Haiti : Cri d’indignation de l’ANDAH suite à « l’odieuse exécution » de l’agronome Jean-Mari Romain
lundi 24 mars 2008
Communiqué de l’Association Nationale des Agroprofessionnels Haitiens (ANDAH)
Soumis à AlterPresse le 22 mars 2008
Dans la nuit du vendredi 14 mars 2008, l’agronome Jean-Mari ROMAIN a été victime d’un attentat criminel sur la route de Laboule/Kenscoff.
Le monstre qui lui a logé, avec beaucoup d’expertise, une balle fatale au cou, a mis fin aux jours de ce jeune et dynamique cadre plein de rêves pour son pays et pour les producteurs paysans qu’il s’efforçait d’accompagner au mieux de ses capacités et dans des conditions très difficiles.
En quelques secondes, le briseur de rêves qui a appuyé sur la gâchette, a anéanti des dizaines d’années d’études et de sacrifices.
Ses études classiques achevées, Jean-Mari ROMAIN, né à Cayes-Jacmel le 20 août 1964, entame des études en sciences économiques (en 1989) puis part pour Cuba en 1991 pour étudier l’agronomie à l’Université Centrale de Santa Clara (UCLV).
En 1997, Jean Mari Romain obtient son diplôme d’ingénieur-agronome mais, pour accroître ses compétences agronomiques, il décide de poursuivre ses études en République Dominicaine puis en Belgique ou il obtient une spécialisation en gestion environnementale.
De retour en Haïti, il s’attache humblement à accompagner les producteurs paysans au niveau de divers projets d’appui à l’Agriculture (entre autres à La Gonâve) tout en dispensant des cours à l’Université Quisqueya.
Dès 1999, sentant la nécessité de fréquenter un espace d’échanges/analyse sur la complexe réalité agricole et environnementale haïtienne, l’agronome Jean Mari Romain s’inscrit à l’ANDAH.
Jean-Mari Romain, jusqu’à son odieuse exécution, occupait le poste de Directeur Départemental du Sud-Est au Ministère de l’Environnement et avait la responsabilité de gérer le Parc National La Visite.
La machine infernale qui a déjà dévorée des milliers et des milliers de citoyens et de citoyennes d’Haïti vient de frapper à nouveau l’ANDAH. Rappelons que nous avons perdu en décembre 2003 (à la veille de Noël), l’un de nos membres fondateurs suite à un assassinat crapuleux. L’agronome Rodini CONTE, âgé de plus de quatre vingt années, avait été retrouvé mort, gisant dans une grande flaque de sang.
Les membres de l’ANDAH horrifiés, croyaient alors avoir touché le fonds de l’abîme. Quatre années plus tard, nous voici à nouveau victimes de ces vampires, de ces chacals assoiffés de sang.
Hormis les membres de l’ANDAH, divers autres agro-professionnels ont été victimes de la spirale mortifère Insécurité-Impunité qui, depuis de nombreuses années, broie notre Société. A titre d’exemple citons bien sur le cas le plus connu : celui de l’agronome –journaliste Jean L. DOMINIQUE. Mais il y a tant d’autres cas tel : l’agronome Donald DANIEL assassiné le 13 août 2004 au Puilboro sous les regards de son fils alors âgé de moins de 2 ans.
Beaucoup d’agro-professionnels, durement frappés, de manière directe ou indirecte, par la mortifère machine sous référence, ont préféré garder le silence et souffrir seuls dans leur for intérieur. C’est certainement le cas, par exemple, de l’agronome Dunel DANIEL et de son épouse qui ont dû supporter l’incommensurable souffrance causée par l’execution, en novembre 2005, de leur fille Jennie (assassinée sous les yeux de sa mère non loin de leur domicile). Jennie DANIEL était une étudiante finissante à la Faculté des Sciences de la Santé de l’UNDH.
Dans d’autres secteurs aussi, de jeunes cadres, plein de talents et désireux de contribuer à construire une Haïti Nouvelle, ont été fauchés. Citons à titre d’exemple le cas de l’ingénieur –architecte Nadine Hyppolite dans la trentaine, vraiment une promesse pour Haïti, lâchement assassinée à Pétion-ville le 24 avril 2007, en présence de ses 3 enfants.
L’ANDAH ne cite ici que quelques exemples car établir une liste exhaustive des victimes de cette infernale machine mortifère serait une tâche herculéenne et puis il y a aussi toutes ces victimes anonymes non répertoriées et dont forcément il est difficile de faire référence.
Au train où vont les choses, si des dispositions sécuritaires globales et appropriées se sont pas implémentées au plus tôt, doit-on conclure que tous les cadres honnêtes restant encore au pays, doivent le laisser afin de rechercher ailleurs une meilleure sécurité physique pour eux et leur famille ?
Et dire que les gouvernants actuels disent vouloir créer un climat favorable au retour de cadres techniques haïtiens de haut niveau qui ont du s’expatrier afin que ceux-ci puissent, grâce au savoir faire acquis à l’étranger, contribuer dans les limites de leurs compétences, à la reconstruction d’Haïti. Ces cadres expatriés peuvent ils vraiment, en dépit de la place qu’ils gardent dans leur cœur pour leur Patrie d’origine, venir ainsi se jeter dans la gueule des fauves lâchés aux quatre coins du territoire en toute liberté /complicité ?
En vérité, il faut stopper cette machine infernale qui produit quotidiennement son lot de cadavres et de deuil. N’est il pas maintenant révolu, le temps des multiples colloques et symposiums et/ou commissions sur :
• la Reforme du Système Judiciaire à implémenter , • « la Nouvelle Force Publique » à mettre en place , • le « désarmement » à effectuer, • le « veting » (nettoyage ?) au sein de la PNH soit disant en cours depuis plusieurs années ; le tout sous le « bienveillant » monitoring de la Communauté Internationale ?
Le temps pour la Nation Haïtienne de poser souverainement la problématique de la sécurité de nos citoyens et de nos citoyennes et de rechercher ensemble des solutions adaptées, donc viables, n’est-il pas enfin venu ? Pendant combien de temps encore allons nous, à cause de querelles de chapelles ou par irresponsabilité citoyenne et manque de vision, laisser à d’autres le soin de gérer à notre place la Sécurité globale du pays ? A noter que nous évoquons ici un concept de Sécurité globale : alimentaire, environnementale, socio-économique etc.
Comment devons nous, à l’ANDAH, marquer le départ forcé de l’agronome Jean-Mari ROMAIN, un défenseur/accompagnateur modèle du monde rural ?
Plusieurs jours après avoir appris l’exécution de l’agronome Jean-Mari Romain, nous n’avons pas vraiment retrouvé tous nos esprits à l’ANDAH, nous sommes encore abasourdis par cet assassinat crapuleux. Nous avons l’impression d’avoir reçu un grand coup de massue à la tête.
A chaque fois que nous songeons à l’exécution sommaire de ce jeune agro-professionnel qui avait tant désiré mettre ses compétences au service d’Haïti, en vérité, une grande douleur nous envahit.
En tout état de causes, il y a des gouvernants nationaux en place et de ce fait, le Comité Exécutif de l’ANDAH, sans vouloir formuler un vœu pieux, exige de ceux-ci que toute la lumière soit faite sur l’assassinat crapuleux de l’agronome Jean-Mari ROMAIN. Il est un devoir pour les responsables d’Etat en fonction (à divers niveaux) de prendre , pour une fois, des mesures concrètes afin que les auteurs intellectuels et matériels de l’exécution de Jean-Mari Romain soient identifiés, arrêtés, jugés, condamnés et ceci, sans complaisance aucune.
L’ANDAH fait appel à une large mobilisation citoyenne pour que prenne fin le règne de l’Impunité et de l’Insécurité généralisée. Trop d’enfants du pays ont déjà été sacrifiés.
Le Comité Exécutif de l’ANDAH présente ses condoléances émues à toute la famille du très regretté Jean-Mari Romain, particulièrement à son épouse et à ses 2 (deux) très jeunes enfants : Che-Alexis et Laura.
Travailler à la Relance effective de la Production Agricole Nationale et à la Protection/ Préservation de notre Environnement et ce, avec plus d’ardeur chaque jour, c’est une autre manière aussi pour nous tous, membres de l’ANDAH et citoyens / citoyennes honnêtes d’horizons divers, de rendre Justice à Ayiti qui, encore une fois s’est vu ravir un de ses enfants de lumière.
Le Comité Exécutif de l’ANDAH profite de l’occasion pour informer qu’il compte organiser, à une date qui sera annoncée ultérieurement, une journée d’hommage en l’honneur de l’agronome Jean-Mari Romain.
Port-au-Prince le 20 mars 2008
Pour le Comité Exécutif de l’ANDAH :
Phito BLEMUR : Responsable Affaires Internationales
Jacques ALIX : Responsable Affaires Financières
Joseph DELLIEN : Responsable à la Formation
mardi 25 mars 2008
jeudi 20 mars 2008
LA MARCHANDISATION DE L'EAU
Par Marc Laimé
Journaliste, auteur du Dossier de l’eau. Pénurie, pollution, corruption, Seuil, Paris, 2003.
La communauté internationale célèbre le 20 mars 2008 (1), sous l’égide de l’ONU, la 15ème « Journée mondiale de l’eau ». L’absence d’accès à l’eau affecte 1,1 milliard d’êtres humains ; l’absence de moyens sanitaires de base touche 2,6 milliards de personnes. Paradoxalement, alors que les premières étapes de la marchandisation de ce bien commun ont suscité de fortes mobilisations populaires sur les cinq continents, le mouvement mondial de libéralisation des marchés de l’eau, initié dans les années 1980, semble s’accélérer.
La « libéralisation » des marchés de l’eau s’est au départ fortement inspirée du « modèle français » : le partenariat-public-privé (PPP). Un dogme s’affirmait avec force : la puissance publique est défaillante ; le recours au secteur privé est indispensable ; la bonne gouvernance repose sur le trépied de fer — dérégulation, décentralisation, privatisation ; les services de l’eau ont un coût, qui doit être payé intégralement par les usagers.
Dans ce cadre, les signatures de contrats avec des grandes métropoles du Sud se succèdent à un rythme impressionnant. Mais les conflits surgissent dès la moitié des années 1990, quand les opérateurs privés entendent faire payer des usagers fraîchement raccordés, qui n’ont ni la culture du paiement d’un bien jusqu’alors largement subsidié par la puissance publique, ni, le plus souvent, les moyens de payer. De nombreuses luttes se succèdent sur les cinq continents. La tenue des premiers grands forums altermondialistes publicise le thème du refus de la « marchandisation » de l’eau.
Le discours évolue à l’aube des années 2000, le sustainable cost recovery (recouvrement soutenable des coûts) succède au full cost recovery (recouvrement intégral). Place à l’ingénierie sociale et politique. Les engagements largement médiatisés de la communauté internationale se succèdent lors de la tenue de forums qui s’enchaînent à un rythme soutenu. Sommet du Millénaire pour le développement à New York en 2000, Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002 (« La maison brûle et nous regardons ailleurs », y proclamera le président de la République française, M. Jacques Chirac...), Troisième Forum mondial de l’eau à Kyoto en 2003. Le rapport du « panel » Camdessus publié en juin 2003 martèle que l’engagement financier pour fournir de l’eau à tous à l’horizon 2025 doit atteindre la somme phénoménale de 180 milliards de dollars par an. Il appelle à une plus grande implication des acteurs locaux : collectivités, communautés de base, ONG..., au nom de l’« empowerment ». Qui consiste à conférer un réel pouvoir de décision à la société civile. Conjointement, on envisage de nouveaux crédits consentis par les institutions financières internationales (IFI). De nouvelles normes d’organisation ou de gestion sont mises en avant, impliquant de façon croissante des acteurs extra-étatiques, privés ou associatifs, dans des dispositifs de plus en plus décentralisés.
Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Le PPP apparaît pour ce qu’il est en réalité : une branche industrielle prestataire de services dont la gestion échappe à la sanction du marché. Aujourd’hui 7 % à 8 % des marchés de l’eau et de l’assainissement ont été libéralisés dans le monde, avec des fortunes diverses. La cartographie mondiale du marché laisse apparaître une grande hétérogénéité. Globalement non solvable, l’Afrique n’enregistre que quelques contrats, dûment garantis par de l’argent public, dans quelques métropoles de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb. L’eldorado sud-américain a réservé de cinglantes déconvenues aux opérateurs privés qui l’abandonnent dans la confusion. Ils se recentrent sur l’Europe où émergent les marchés considérables de la dépollution d’une ressource sans cesse plus dégradée. Les contrats mirobolants signés en Chine par Veolia, souvent pour des durées de 50 ans, et des dizaines de milliards de dollars, le sont dans une configuration politique pour le moins hypothétique. Quid de la Chine en 2050 ?
Parmi les marchés en pleine expansion, on trouve l’externalisation du traitement des eaux usées industrielles. Suez-Ondeo détient un portefeuille de 50 000 contrats de ce type. Autre marché émergent, promis à un développement fulgurant, le dessalement de l’eau de mer. Ou encore, celui de la réutilisation des eaux usées pour l’industrie et l’agriculture. Et un nouveau Far-East, déjà à peu près totalement conquis : les ex-démocraties populaires de l’Europe de l’est. Un marché potentiel de 100 millions de clients, qui auront recouvré, à horizon de 20 ans, un niveau de vie équivalent à celui de l’Europe occidentale. Des infrastructures, certes anciennes, mais qui ont le mérite d’exister. Des financements communautaires pré et post adhésion, qui ont tout de la fontaine miraculeuse. Et — last but not least — un personnel politique majoritairement constitué d’ex-apparatchiks fermement résolus à céder aux sirènes de l’ultralibéralisme le plus débridé...
Mais, en dépit des engagements répétés de la communauté internationale, l’argent promis pour l’eau fait défaut. La manne n’est pas aussi importante que prévu. Rétrospectivement, nombre d’analystes stigmatisent l’ivresse de l’euphorie économique de la fin des années 1990, qui, à l’image de la bulle Internet, aurait précipité la course à la croissance mondiale des majors de l’eau. Plusieurs initiatives se sont révélées catastrophiques dans des pays confrontés à des crises monétaires, comme en Argentine, et ont conduit les majors à se retirer de nombreux projets trop risqués. Un paradoxe pour les apôtres de la liberté d’entreprendre et de la « prise de risques »... Les déclarations des apologistes de la libéralisation des "marchés" de l’eau lors du 4ème Forum mondial de l’eau, à Mexico, du 16 au 22 mars 2006, tranchaient dès lors singulièrement avec les discours martelés depuis une dizaine d’années. Ils y proclamaient unanimement que ce sont bien la puissance publique, et l’argent public, qui doivent procéder aux investissements qui doivent impérativement être déployés pour promouvoir l’eau et l’assainissement pour tous. Manière de garder la main, quand de nouvelles coalitions regroupant services publics et militants de l’eau s’organisent afin de promouvoir de nouveaux « partenariats-public-public », Nord-Sud et Sud-Sud dans le monde entier.
Changement climatique et crise écologique
Le changement climatique, qui affecte les modèles météorologiques, les précipitations et le cycle hydrologique, et par conséquence la disponibilité des eaux de surface, l’humidité des sols et l’alimentation des nappes souterraines, pourrait provoquer une augmentation de l’ampleur et de la fréquence des catastrophes naturelles liées aux précipitations : inondations, sécheresses, glissements de terrain, ouragans et cyclones. Et, en conséquence, provoquer de grandes vagues de « réfugiés environnementaux ». Si les prévisions actuelles se confirment, avec un climat plus irrégulier dans les années à venir, le rendement des cultures serait menacé tant dans les pays développés que dans les pays en développement, et près de 3 milliards de personnes seraient exposées à des pénuries d’eau.
Dans de vastes régions de l’Europe de l’Est, de la Russie occidentale, du centre du Canada et en Californie, les débits de pointe des cours d’eau sont désormais enregistrés en hiver, car la proportion des pluies par rapport à la neige y est plus importante, et les eaux de ruissellement atteignent les rivières plus rapidement. Dans les bassins du Niger, du lac Tchad et du Sénégal, qui font partie des bassins versants les plus grands d’Afrique, la quantité totale d’eau disponible a déjà baissé de 40 % à 60 %.
Si des changements radicaux du cycle de l’eau se généralisent, les tendances observées par le passé ne peuvent plus fournir de modèles fiables pour prévoir la gestion de la ressource en eau dans le futur. De nouveaux modèles devront être mis en œuvre pour anticiper les inondations et les sécheresses, déterminer la taille des réserves d’eau et décider de l’allocation de la ressource entre les usages domestiques, industriels et agricoles. Les implications en sont très lourdes, si l’on considère que l’investissement mondial annuel dans l’infrastructure de l’eau représente 500 milliards de dollars, et que celui-ci est réalisé en fonction de l’hypothèse, déjà dépassée, selon laquelle le cycle de l’eau oscillerait dans les limites relativement étroites constatées dans le passé.
Fuite en avant technologique
Pour répondre au défi de l’épuisement des ressources, à défaut de remettre en cause des modèles de développement générateurs de prélèvements excessifs, de gaspillage et de pollution, la tentation est grande d’une fuite en avant technologique lourde de risques, et génératrice de nouvelles inégalités.
Plus d’un tiers des terres du globe arides ou semi-arides manquent d’eau. Les perspectives d’évolution démographique permettent d’augurer qu’en 2050 près de 40 % de la population du globe souffrira de stress hydrique, entrave majeure à toute perspective de développement. Avec pour conséquences l’absence de sécurité alimentaire, des pertes économiques, une pollution sans cesse accrue et de possibles conflits.
Face à ces défis émerge depuis quelques années l’idée de déployer une nouvelle « gestion raisonnée » de la ressource, s’appuyant sur des réponses technologiques innovantes. Les projets de transferts d’eau massifs, à l’échelle d’un pays ou d’un sous-continent, en Libye, au Canada ou en Espagne, le dessalement de l’eau de mer, la réutilisation des eaux usées pour des usages agricoles, industriels, voire pour l’alimentation humaine, comme la mobilisation de nouvelles ressources par le biais de la réalimentation artificielle des nappes phréatiques, sont désormais fortement promus comme autant de réponses pertinentes à la crise de l’eau.
Le dessalement permettrait ainsi un accès illimité à la ressource. Sachant que 40 % de la population mondiale vit à moins de 100 kilomètres de la mer et, que sur 70 villes de plus de 1 million d’habitants sans accès direct à des ressources supplémentaires en eau douce, 42 sont situées sur la côte, le dessalement par osmose inverse est ainsi présenté comme une solution compatible à l’avenir avec des énergies renouvelables, telles que les éoliennes.
Nécessitant un fort apport d’énergie, ces technologies ne sont aujourd’hui mobilisables que par les émirats du Golfe, l’Australie, l’Espagne, l’Algérie, la Chine, ou les Etats-Unis. Mais on compte déjà dans le monde près de 15 000 unités de dessalement, et la capacité de production pourrait être multipliée par deux dans les dix prochaines années. Reste la facture environnementale de cette nouvelle technologie : pour produire un litre d’eau dessalée, on rejette à la mer un litre de saumure, qui affecte l’équilibre des milieux aquatiques.
De même, le constat qu’aujourd’hui, dans le monde, 165 milliards de mètres cubes d’eaux usées sont collectées et traitées dans des stations d’épuration avant d’être rejetées dans le milieu naturel, conduit à la proposition d’utiliser cette eau comme ressource alternative. Le développement de technologies de pointe, notamment la mise en œuvre de procédés utilisant des membranes d’ultrafiltration, permettrait de mettre à disposition une eau traitée, dont la qualité rendrait possible leur réutilisation à des fins agricoles et industrielles, ou pour les loisirs, qui consomment de plus en plus d’eau dans les pays développés. Procédé qui réduirait d’autant les prélèvements directs dans la ressource, la réservant à la consommation humaine.
Les entreprises qui maîtrisent ces technologies affirment qu’on sait aujourd’hui produire une eau totalement potable à partir d’eaux usées et qu’il serait possible de fonctionner quasiment en circuit fermé pour faire face à une demande croissante. De plus, cette technologie est moins onéreuse que le dessalement. Les habitants de Singapour et la capitale de la Namibie boivent déjà en partie de l’eau recyclée. En Australie, les autorités ont été contraintes de demander l’avis de la population par referendum avant de recourir à l’eau recyclée.
Ce vertige technologique semble repousser toute limite. M. Mark Shannon, directeur du Centre de matériaux avancés pour la purification de l’eau à l’université de l’Illinois, aux Etats-Unis, déclarait ainsi à l’Agence France Presse le 18 mars 2008 que : « L’eau, même douce, doit encore être décontaminée, car il y a de nombreux composants toxiques dans l’eau en petites quantités, mais les traitements chimiques sont très coûteux et posent des problèmes. » Et d’indiquer que le recours à des matières nanostructurées, dont les particules ont une taille de quelques millionièmes de millimètre, ainsi qu’aux rayons ultra-violets pour transformer et lier les substances toxiques, permettraient à l’avenir d’améliorer les traitements de l’eau...
L’ensemble de ces innovations expriment aussi des choix politiques, environnementaux, qui devraient susciter un large débat, aujourd’hui inexistant. Car c’est bien la dégradation accélérée de la ressource qui légitime cette nouvelle approche de la question de l’eau. Avec pour perspective un risque croissant d’appropriation marchande de la ressource elle-même, et de tous les services qui garantissent son usage le plus efficient, pour les besoins énergétiques, industriels, agricoles, et bien sur humains.
Un nouveau facteur accroît les tensions sur la disponibilité de la ressource et sa qualité. Dans la perspective de l’« après-pétrole », les Etats-Unis, l’Europe et plusieurs pays émergents se fixent pour objectif l’utilisation croissante de carburants issus de produits agricoles pour les transports routiers. Redessinant la carte de l’agriculture mondiale, bouleversant le paysage des productions et des échanges commerciaux, agricoles et énergétiques, cette « nouvelle économie » va à son tour peser sur l’allocation des ressources en eau, et contribuer à la dégradation de leur qualité.
Nouvelles inégalités
La nouvelle régulation des besoins pourrait donc à l’avenir reposer sur le déploiement de ces nouvelles technologies, qui n’emportent malheureusement aucune remise en cause des pratiques énergétiques, agricoles, industrielles, économiques, qui sont au fondement de la dégradation accélérée, sur toute la planète, des ressources en eau.
Comment par ailleurs imaginer que les milliards d’êtres humains qui survivent avec moins d’un dollar par jour pourront demain bénéficier des bienfaits du dessalement de l’eau de mer ou de la réutilisation des eaux usées ? Déjà dans nombre de pays pauvres l’alimentation sous forme d’eaux embouteillées est ouvertement privilégiée, et bénéficie aux seules élites qui peuvent en faire l’acquisition, au détriment de l’accès à l’eau pour les populations défavorisées.
Le déploiement industriel de cette nouvelle « gestion raisonnée » à l’échelle planétaire repose sur l’imposition massive de nouveaux process et de nouvelles technologies, notamment les technologies « membranaires » (ultra et nano-filtration, osmose inverse), protégées par des normes et des brevets qui garantissent la captation de rente par les firmes transnationales. Lesquelles se substitueraient, avec l’appui des institutions financières internationales et des pays du Nord, aux pratiques traditionnelles de gestion de l’eau, héritage de l’histoire, que possèdent et maîtrisent les communautés humaines des pays pauvres.
(1) Avec deux jours d’avance sur la date officielle, pour cause de week-end pascal.
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-03-19-La-marchandisation-de-l-eau- mars 2008
Journaliste, auteur du Dossier de l’eau. Pénurie, pollution, corruption, Seuil, Paris, 2003.
La communauté internationale célèbre le 20 mars 2008 (1), sous l’égide de l’ONU, la 15ème « Journée mondiale de l’eau ». L’absence d’accès à l’eau affecte 1,1 milliard d’êtres humains ; l’absence de moyens sanitaires de base touche 2,6 milliards de personnes. Paradoxalement, alors que les premières étapes de la marchandisation de ce bien commun ont suscité de fortes mobilisations populaires sur les cinq continents, le mouvement mondial de libéralisation des marchés de l’eau, initié dans les années 1980, semble s’accélérer.
La « libéralisation » des marchés de l’eau s’est au départ fortement inspirée du « modèle français » : le partenariat-public-privé (PPP). Un dogme s’affirmait avec force : la puissance publique est défaillante ; le recours au secteur privé est indispensable ; la bonne gouvernance repose sur le trépied de fer — dérégulation, décentralisation, privatisation ; les services de l’eau ont un coût, qui doit être payé intégralement par les usagers.
Dans ce cadre, les signatures de contrats avec des grandes métropoles du Sud se succèdent à un rythme impressionnant. Mais les conflits surgissent dès la moitié des années 1990, quand les opérateurs privés entendent faire payer des usagers fraîchement raccordés, qui n’ont ni la culture du paiement d’un bien jusqu’alors largement subsidié par la puissance publique, ni, le plus souvent, les moyens de payer. De nombreuses luttes se succèdent sur les cinq continents. La tenue des premiers grands forums altermondialistes publicise le thème du refus de la « marchandisation » de l’eau.
Le discours évolue à l’aube des années 2000, le sustainable cost recovery (recouvrement soutenable des coûts) succède au full cost recovery (recouvrement intégral). Place à l’ingénierie sociale et politique. Les engagements largement médiatisés de la communauté internationale se succèdent lors de la tenue de forums qui s’enchaînent à un rythme soutenu. Sommet du Millénaire pour le développement à New York en 2000, Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002 (« La maison brûle et nous regardons ailleurs », y proclamera le président de la République française, M. Jacques Chirac...), Troisième Forum mondial de l’eau à Kyoto en 2003. Le rapport du « panel » Camdessus publié en juin 2003 martèle que l’engagement financier pour fournir de l’eau à tous à l’horizon 2025 doit atteindre la somme phénoménale de 180 milliards de dollars par an. Il appelle à une plus grande implication des acteurs locaux : collectivités, communautés de base, ONG..., au nom de l’« empowerment ». Qui consiste à conférer un réel pouvoir de décision à la société civile. Conjointement, on envisage de nouveaux crédits consentis par les institutions financières internationales (IFI). De nouvelles normes d’organisation ou de gestion sont mises en avant, impliquant de façon croissante des acteurs extra-étatiques, privés ou associatifs, dans des dispositifs de plus en plus décentralisés.
Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Le PPP apparaît pour ce qu’il est en réalité : une branche industrielle prestataire de services dont la gestion échappe à la sanction du marché. Aujourd’hui 7 % à 8 % des marchés de l’eau et de l’assainissement ont été libéralisés dans le monde, avec des fortunes diverses. La cartographie mondiale du marché laisse apparaître une grande hétérogénéité. Globalement non solvable, l’Afrique n’enregistre que quelques contrats, dûment garantis par de l’argent public, dans quelques métropoles de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb. L’eldorado sud-américain a réservé de cinglantes déconvenues aux opérateurs privés qui l’abandonnent dans la confusion. Ils se recentrent sur l’Europe où émergent les marchés considérables de la dépollution d’une ressource sans cesse plus dégradée. Les contrats mirobolants signés en Chine par Veolia, souvent pour des durées de 50 ans, et des dizaines de milliards de dollars, le sont dans une configuration politique pour le moins hypothétique. Quid de la Chine en 2050 ?
Parmi les marchés en pleine expansion, on trouve l’externalisation du traitement des eaux usées industrielles. Suez-Ondeo détient un portefeuille de 50 000 contrats de ce type. Autre marché émergent, promis à un développement fulgurant, le dessalement de l’eau de mer. Ou encore, celui de la réutilisation des eaux usées pour l’industrie et l’agriculture. Et un nouveau Far-East, déjà à peu près totalement conquis : les ex-démocraties populaires de l’Europe de l’est. Un marché potentiel de 100 millions de clients, qui auront recouvré, à horizon de 20 ans, un niveau de vie équivalent à celui de l’Europe occidentale. Des infrastructures, certes anciennes, mais qui ont le mérite d’exister. Des financements communautaires pré et post adhésion, qui ont tout de la fontaine miraculeuse. Et — last but not least — un personnel politique majoritairement constitué d’ex-apparatchiks fermement résolus à céder aux sirènes de l’ultralibéralisme le plus débridé...
Mais, en dépit des engagements répétés de la communauté internationale, l’argent promis pour l’eau fait défaut. La manne n’est pas aussi importante que prévu. Rétrospectivement, nombre d’analystes stigmatisent l’ivresse de l’euphorie économique de la fin des années 1990, qui, à l’image de la bulle Internet, aurait précipité la course à la croissance mondiale des majors de l’eau. Plusieurs initiatives se sont révélées catastrophiques dans des pays confrontés à des crises monétaires, comme en Argentine, et ont conduit les majors à se retirer de nombreux projets trop risqués. Un paradoxe pour les apôtres de la liberté d’entreprendre et de la « prise de risques »... Les déclarations des apologistes de la libéralisation des "marchés" de l’eau lors du 4ème Forum mondial de l’eau, à Mexico, du 16 au 22 mars 2006, tranchaient dès lors singulièrement avec les discours martelés depuis une dizaine d’années. Ils y proclamaient unanimement que ce sont bien la puissance publique, et l’argent public, qui doivent procéder aux investissements qui doivent impérativement être déployés pour promouvoir l’eau et l’assainissement pour tous. Manière de garder la main, quand de nouvelles coalitions regroupant services publics et militants de l’eau s’organisent afin de promouvoir de nouveaux « partenariats-public-public », Nord-Sud et Sud-Sud dans le monde entier.
Changement climatique et crise écologique
Le changement climatique, qui affecte les modèles météorologiques, les précipitations et le cycle hydrologique, et par conséquence la disponibilité des eaux de surface, l’humidité des sols et l’alimentation des nappes souterraines, pourrait provoquer une augmentation de l’ampleur et de la fréquence des catastrophes naturelles liées aux précipitations : inondations, sécheresses, glissements de terrain, ouragans et cyclones. Et, en conséquence, provoquer de grandes vagues de « réfugiés environnementaux ». Si les prévisions actuelles se confirment, avec un climat plus irrégulier dans les années à venir, le rendement des cultures serait menacé tant dans les pays développés que dans les pays en développement, et près de 3 milliards de personnes seraient exposées à des pénuries d’eau.
Dans de vastes régions de l’Europe de l’Est, de la Russie occidentale, du centre du Canada et en Californie, les débits de pointe des cours d’eau sont désormais enregistrés en hiver, car la proportion des pluies par rapport à la neige y est plus importante, et les eaux de ruissellement atteignent les rivières plus rapidement. Dans les bassins du Niger, du lac Tchad et du Sénégal, qui font partie des bassins versants les plus grands d’Afrique, la quantité totale d’eau disponible a déjà baissé de 40 % à 60 %.
Si des changements radicaux du cycle de l’eau se généralisent, les tendances observées par le passé ne peuvent plus fournir de modèles fiables pour prévoir la gestion de la ressource en eau dans le futur. De nouveaux modèles devront être mis en œuvre pour anticiper les inondations et les sécheresses, déterminer la taille des réserves d’eau et décider de l’allocation de la ressource entre les usages domestiques, industriels et agricoles. Les implications en sont très lourdes, si l’on considère que l’investissement mondial annuel dans l’infrastructure de l’eau représente 500 milliards de dollars, et que celui-ci est réalisé en fonction de l’hypothèse, déjà dépassée, selon laquelle le cycle de l’eau oscillerait dans les limites relativement étroites constatées dans le passé.
Fuite en avant technologique
Pour répondre au défi de l’épuisement des ressources, à défaut de remettre en cause des modèles de développement générateurs de prélèvements excessifs, de gaspillage et de pollution, la tentation est grande d’une fuite en avant technologique lourde de risques, et génératrice de nouvelles inégalités.
Plus d’un tiers des terres du globe arides ou semi-arides manquent d’eau. Les perspectives d’évolution démographique permettent d’augurer qu’en 2050 près de 40 % de la population du globe souffrira de stress hydrique, entrave majeure à toute perspective de développement. Avec pour conséquences l’absence de sécurité alimentaire, des pertes économiques, une pollution sans cesse accrue et de possibles conflits.
Face à ces défis émerge depuis quelques années l’idée de déployer une nouvelle « gestion raisonnée » de la ressource, s’appuyant sur des réponses technologiques innovantes. Les projets de transferts d’eau massifs, à l’échelle d’un pays ou d’un sous-continent, en Libye, au Canada ou en Espagne, le dessalement de l’eau de mer, la réutilisation des eaux usées pour des usages agricoles, industriels, voire pour l’alimentation humaine, comme la mobilisation de nouvelles ressources par le biais de la réalimentation artificielle des nappes phréatiques, sont désormais fortement promus comme autant de réponses pertinentes à la crise de l’eau.
Le dessalement permettrait ainsi un accès illimité à la ressource. Sachant que 40 % de la population mondiale vit à moins de 100 kilomètres de la mer et, que sur 70 villes de plus de 1 million d’habitants sans accès direct à des ressources supplémentaires en eau douce, 42 sont situées sur la côte, le dessalement par osmose inverse est ainsi présenté comme une solution compatible à l’avenir avec des énergies renouvelables, telles que les éoliennes.
Nécessitant un fort apport d’énergie, ces technologies ne sont aujourd’hui mobilisables que par les émirats du Golfe, l’Australie, l’Espagne, l’Algérie, la Chine, ou les Etats-Unis. Mais on compte déjà dans le monde près de 15 000 unités de dessalement, et la capacité de production pourrait être multipliée par deux dans les dix prochaines années. Reste la facture environnementale de cette nouvelle technologie : pour produire un litre d’eau dessalée, on rejette à la mer un litre de saumure, qui affecte l’équilibre des milieux aquatiques.
De même, le constat qu’aujourd’hui, dans le monde, 165 milliards de mètres cubes d’eaux usées sont collectées et traitées dans des stations d’épuration avant d’être rejetées dans le milieu naturel, conduit à la proposition d’utiliser cette eau comme ressource alternative. Le développement de technologies de pointe, notamment la mise en œuvre de procédés utilisant des membranes d’ultrafiltration, permettrait de mettre à disposition une eau traitée, dont la qualité rendrait possible leur réutilisation à des fins agricoles et industrielles, ou pour les loisirs, qui consomment de plus en plus d’eau dans les pays développés. Procédé qui réduirait d’autant les prélèvements directs dans la ressource, la réservant à la consommation humaine.
Les entreprises qui maîtrisent ces technologies affirment qu’on sait aujourd’hui produire une eau totalement potable à partir d’eaux usées et qu’il serait possible de fonctionner quasiment en circuit fermé pour faire face à une demande croissante. De plus, cette technologie est moins onéreuse que le dessalement. Les habitants de Singapour et la capitale de la Namibie boivent déjà en partie de l’eau recyclée. En Australie, les autorités ont été contraintes de demander l’avis de la population par referendum avant de recourir à l’eau recyclée.
Ce vertige technologique semble repousser toute limite. M. Mark Shannon, directeur du Centre de matériaux avancés pour la purification de l’eau à l’université de l’Illinois, aux Etats-Unis, déclarait ainsi à l’Agence France Presse le 18 mars 2008 que : « L’eau, même douce, doit encore être décontaminée, car il y a de nombreux composants toxiques dans l’eau en petites quantités, mais les traitements chimiques sont très coûteux et posent des problèmes. » Et d’indiquer que le recours à des matières nanostructurées, dont les particules ont une taille de quelques millionièmes de millimètre, ainsi qu’aux rayons ultra-violets pour transformer et lier les substances toxiques, permettraient à l’avenir d’améliorer les traitements de l’eau...
L’ensemble de ces innovations expriment aussi des choix politiques, environnementaux, qui devraient susciter un large débat, aujourd’hui inexistant. Car c’est bien la dégradation accélérée de la ressource qui légitime cette nouvelle approche de la question de l’eau. Avec pour perspective un risque croissant d’appropriation marchande de la ressource elle-même, et de tous les services qui garantissent son usage le plus efficient, pour les besoins énergétiques, industriels, agricoles, et bien sur humains.
Un nouveau facteur accroît les tensions sur la disponibilité de la ressource et sa qualité. Dans la perspective de l’« après-pétrole », les Etats-Unis, l’Europe et plusieurs pays émergents se fixent pour objectif l’utilisation croissante de carburants issus de produits agricoles pour les transports routiers. Redessinant la carte de l’agriculture mondiale, bouleversant le paysage des productions et des échanges commerciaux, agricoles et énergétiques, cette « nouvelle économie » va à son tour peser sur l’allocation des ressources en eau, et contribuer à la dégradation de leur qualité.
Nouvelles inégalités
La nouvelle régulation des besoins pourrait donc à l’avenir reposer sur le déploiement de ces nouvelles technologies, qui n’emportent malheureusement aucune remise en cause des pratiques énergétiques, agricoles, industrielles, économiques, qui sont au fondement de la dégradation accélérée, sur toute la planète, des ressources en eau.
Comment par ailleurs imaginer que les milliards d’êtres humains qui survivent avec moins d’un dollar par jour pourront demain bénéficier des bienfaits du dessalement de l’eau de mer ou de la réutilisation des eaux usées ? Déjà dans nombre de pays pauvres l’alimentation sous forme d’eaux embouteillées est ouvertement privilégiée, et bénéficie aux seules élites qui peuvent en faire l’acquisition, au détriment de l’accès à l’eau pour les populations défavorisées.
Le déploiement industriel de cette nouvelle « gestion raisonnée » à l’échelle planétaire repose sur l’imposition massive de nouveaux process et de nouvelles technologies, notamment les technologies « membranaires » (ultra et nano-filtration, osmose inverse), protégées par des normes et des brevets qui garantissent la captation de rente par les firmes transnationales. Lesquelles se substitueraient, avec l’appui des institutions financières internationales et des pays du Nord, aux pratiques traditionnelles de gestion de l’eau, héritage de l’histoire, que possèdent et maîtrisent les communautés humaines des pays pauvres.
(1) Avec deux jours d’avance sur la date officielle, pour cause de week-end pascal.
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-03-19-La-marchandisation-de-l-eau- mars 2008
lundi 17 mars 2008
PLAIDOIRIE POUR UNE REFORME DE LA DIPLOMATIE
Haïti : Plaidoirie pour une réforme de la diplomatie
lundi 17 mars 2008
Par Pierre Richard Cajuste
Soumis à AlterPresse le 13 mars 2008
Dans sa déclaration de politique générale devant le Parlement en juin 2006, le Premier Ministre Jacques Édouard ALEXIS a plaidé en faveur de l’adoption de « nouvelles orientations dans le domaine de la politique extérieure…en vue d’avoir des retombées plus immédiatement visibles pour le pays en termes de promotion culturelle, de recherche d’investissements, d’ouverture de marchés pour nos produits… ».
Deux ans après, les changements réels au niveau de la diplomatie se font toujours attendre.
Comme on a pu le constater, Haïti est devenue membre du Groupe de Rio et est entrain d’assurer la présidence de l’Association des Etats des Caraïbes (Aec) et du Conseil économique et social des Nations Unies (Ecosoc).
Alors, il s’avérait urgent pour le pays de jouer sa nouvelle carte, tant dans la dynamique des relations bilatérales, multilatérales, que dans la coopération décentralisée. A ce stade, qui contestera le fait que les nominations dans les services externes de la Chancellerie aient été effectuées, sous le gouvernement de transition Latortue-Alexandre, avec autant de désinvolture et de légèreté que de partisannerie politique.
Notons qu’il est tout à fait évident qu’à côté de la pratique traditionnelle des relations internationales, fondées sur le maintien des liens d’amitié, de paix et de concorde entre les nations, la diplomatie haïtienne doit faire montre de créativité, étant donné la situation exceptionnelle dans laquelle se trouve le pays.
C’est précisément cet exceptionnalisme qui doit conduire les décideurs haïtiens à conceptualiser, dans cette conjoncture, un nouveau paradigme politico-diplomatique qui peut servir de cadre à l’avancement du pays. Ceci, en prenant en considération la spécificité haïtienne.
La diplomatie peut et doit servir de moteur dans la quête du développement du pays en adressant les questions urgentes, comme : la lutte contre l’insécurité, la lutte contre la pauvreté, l’instauration d’un état de droit, la mise en marche des institutions de l’état, la conquête de l’investissement étranger et du commerce international, la défense des droits des immigrés haïtiens, l’amélioration de l’image du pays à l’étranger.
Ce dernier point est remarquable par son importance. C’est comme un impératif de premier ordre de travailler à changer l’image du pays à l’étranger en neutralisant les vieux réflexes pavlovisés de violence, de misère, d’insalubrité, à partir desquels est perçu habituellement le pays.
Pour ce, le Gouvernement haïtien se doit de créer un agenda clairement défini, en sus d’une vision stratégique et d’un cadre opérationnel clair ; d’autant que les diverses crises politiques, qui ont affecté le pays depuis de nombreuses années, l’ont mis très en retard.
Dans le contexte actuel, l’action diplomatique doit être aussi l’expression d’une politique extérieure qui se définit par référence aux nouvelles données de l’ordre mondial, à savoir la prépondérance du marché et l’universalisation des valeurs démocratiques.
Pourtant, depuis l’installation du gouvernement en juin 2006, rien de substantiel n’a été fait dans la diplomatie.
Les Chefs de Mission (on ne dira pas les Ambassadeurs) occupent encore leur poste en violation de l’article 141 de la Constitution de 1987). Car, nommés à une période où il n’y avait pas de Parlement, ils auraient dû être présentés devant la Commission des Affaires Étrangères du Sénat dès l’avènement de ce gouvernement constitutionnel et légitime qui, implicitement, a décidé de les garder à leur poste.
On a vu ce cas avec le Directeur général de la Police nationale d’Haïti (Pnh), Mario Andresol, qui, nommé par le Gouvernement intérimaire Latortue-Alexandre, fut obligé de se présenter devant le Sénat (toujours en vertu de l’article 141 de la Constitution de 1987) lorsqu’il a été reconduit par le Président René Préval.
Cette diplomatie coûte plus de 2 millions de dollars américains par mois à la nation haïtienne, alors que les ambassades, les consulats et les missions permanentes, non seulement ne fonctionnent pas, mais ne sont pas en cohérence avec la vision dégagée dans la politique générale du gouvernement. Pareille somme pour appuyer l’action diplomatique serait dérisoire si elle était utilisée à bon escient, dans une logique de profit en faveur de la Nation.
Ils sont légion, les cas de dysfonctionnement de l’appareil diplomatique, qui prouvent, par le menu, que le renforcement des capacités devrait être aussi une priorité dans la conceptualisation et la mise en œuvre d’une politique étrangère valable, viable et susceptible d’accompagner le gouvernement dans sa stratégie de développement.
La bonne gouvernance ne s’accommode pas d’un gaspillage de ressources, ni d’une mauvaise allocation de ces ressources. Pourquoi avoir deux, trois ambassadeurs dans une même mission diplomatique ? Et un personnel pléthorique qui ne correspond pas aux besoins réels des Missions Diplomatiques et consulaires ?
Les décideurs au niveau de la chancellerie doivent être capables de faire marcher les missions diplomatiques et consulaires et les représentations permanentes. Il est aussi connu que ces missions fonctionnent à vau-l’eau, sans instructions/orientations précises de la part du ministère des affaires étrangères. Elles sont livrées à elles-mêmes.
Va-t-on appuyer le processus du Conseil économique et social des Nations Unies (Ecosoc) ou allons-nous vers la Commission de consolidation de la paix (Ccp) ? Sans concertation ? Sans cohésion ? Une situation qui génère un énorme gaspillage de ressources.
La République d’Haïti préside actuellement l’Ecosoc. La grande question consiste à savoir : est-ce que l’exercice de cette présidence, en dépit de son caractère honorifique, est vraiment important pour Haïti ?
Cette présidence à l’Ecosoc coûterait à l’État haïtien la rondelette somme de plusieurs milliers de dollars américains par mois.
Jusqu’à présent, Haïti ne s’est pas bien structurée pour gérer l’Alternative bolivarienne des Amériques (Alba) de façon institutionnelle.
Le pays n’a toujours participé qu’aux conseils présidentiels. Les autres structures de l’Alba ne sont pas animées, comme le conseil des ministres, le conseil des organisations sociales et le secrétariat permanent, ainsi que les diverses commissions.
La dynamique économique et surtout commerciale entre la République d’Haïti et ses alliés, qui se développe depuis quelques années, traduit la nécessité de la mise en place d’un nouveau positionnement et d’une nouvelle politique de coopération vis-à-vis de ses partenaires privilégiés et des nouveaux acteurs émergeant sur la scène internationale.
La diplomatie doit appuyer les négociations entreprises par le ministère de l’économie et des finances ainsi que le ministère de la planification et de la coopération externe dans le cadre du multilatéral et du bilatéral, de manière à créer une synergie entre les acteurs. L’élaboration du document de stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté (Dsncrp) placera, éventuellement, Haïti dans une autre sphère de coopération.
Le ministère des affaires étrangères, en tant que ministère transversal, doit jouer son rôle dans le cadre du Dsncrp, en réalisant le lien institutionnel et systémique entre le maintien d’un environnement sécuritaire et le réseau international d’assistance et de mobilisation des bailleurs de fonds. Le passage de la phase de stabilisation à celle de la consolidation et à la question de la souveraineté : tout cela appelle une nouvelle réflexion, un nouveau débat.
Bref, l’appui international reste un élément important dans la reconstruction du pays. Cet appui international n’arrivera tout bonnement pas si l’action diplomatique n’est pas efficace et efficiente, si la léthargie et le laxisme continuent à caractériser les pratiques diplomatiques.
Pierre Richard Cajuste
cajuste2000@yahoo.com
lundi 17 mars 2008
Par Pierre Richard Cajuste
Soumis à AlterPresse le 13 mars 2008
Dans sa déclaration de politique générale devant le Parlement en juin 2006, le Premier Ministre Jacques Édouard ALEXIS a plaidé en faveur de l’adoption de « nouvelles orientations dans le domaine de la politique extérieure…en vue d’avoir des retombées plus immédiatement visibles pour le pays en termes de promotion culturelle, de recherche d’investissements, d’ouverture de marchés pour nos produits… ».
Deux ans après, les changements réels au niveau de la diplomatie se font toujours attendre.
Comme on a pu le constater, Haïti est devenue membre du Groupe de Rio et est entrain d’assurer la présidence de l’Association des Etats des Caraïbes (Aec) et du Conseil économique et social des Nations Unies (Ecosoc).
Alors, il s’avérait urgent pour le pays de jouer sa nouvelle carte, tant dans la dynamique des relations bilatérales, multilatérales, que dans la coopération décentralisée. A ce stade, qui contestera le fait que les nominations dans les services externes de la Chancellerie aient été effectuées, sous le gouvernement de transition Latortue-Alexandre, avec autant de désinvolture et de légèreté que de partisannerie politique.
Notons qu’il est tout à fait évident qu’à côté de la pratique traditionnelle des relations internationales, fondées sur le maintien des liens d’amitié, de paix et de concorde entre les nations, la diplomatie haïtienne doit faire montre de créativité, étant donné la situation exceptionnelle dans laquelle se trouve le pays.
C’est précisément cet exceptionnalisme qui doit conduire les décideurs haïtiens à conceptualiser, dans cette conjoncture, un nouveau paradigme politico-diplomatique qui peut servir de cadre à l’avancement du pays. Ceci, en prenant en considération la spécificité haïtienne.
La diplomatie peut et doit servir de moteur dans la quête du développement du pays en adressant les questions urgentes, comme : la lutte contre l’insécurité, la lutte contre la pauvreté, l’instauration d’un état de droit, la mise en marche des institutions de l’état, la conquête de l’investissement étranger et du commerce international, la défense des droits des immigrés haïtiens, l’amélioration de l’image du pays à l’étranger.
Ce dernier point est remarquable par son importance. C’est comme un impératif de premier ordre de travailler à changer l’image du pays à l’étranger en neutralisant les vieux réflexes pavlovisés de violence, de misère, d’insalubrité, à partir desquels est perçu habituellement le pays.
Pour ce, le Gouvernement haïtien se doit de créer un agenda clairement défini, en sus d’une vision stratégique et d’un cadre opérationnel clair ; d’autant que les diverses crises politiques, qui ont affecté le pays depuis de nombreuses années, l’ont mis très en retard.
Dans le contexte actuel, l’action diplomatique doit être aussi l’expression d’une politique extérieure qui se définit par référence aux nouvelles données de l’ordre mondial, à savoir la prépondérance du marché et l’universalisation des valeurs démocratiques.
Pourtant, depuis l’installation du gouvernement en juin 2006, rien de substantiel n’a été fait dans la diplomatie.
Les Chefs de Mission (on ne dira pas les Ambassadeurs) occupent encore leur poste en violation de l’article 141 de la Constitution de 1987). Car, nommés à une période où il n’y avait pas de Parlement, ils auraient dû être présentés devant la Commission des Affaires Étrangères du Sénat dès l’avènement de ce gouvernement constitutionnel et légitime qui, implicitement, a décidé de les garder à leur poste.
On a vu ce cas avec le Directeur général de la Police nationale d’Haïti (Pnh), Mario Andresol, qui, nommé par le Gouvernement intérimaire Latortue-Alexandre, fut obligé de se présenter devant le Sénat (toujours en vertu de l’article 141 de la Constitution de 1987) lorsqu’il a été reconduit par le Président René Préval.
Cette diplomatie coûte plus de 2 millions de dollars américains par mois à la nation haïtienne, alors que les ambassades, les consulats et les missions permanentes, non seulement ne fonctionnent pas, mais ne sont pas en cohérence avec la vision dégagée dans la politique générale du gouvernement. Pareille somme pour appuyer l’action diplomatique serait dérisoire si elle était utilisée à bon escient, dans une logique de profit en faveur de la Nation.
Ils sont légion, les cas de dysfonctionnement de l’appareil diplomatique, qui prouvent, par le menu, que le renforcement des capacités devrait être aussi une priorité dans la conceptualisation et la mise en œuvre d’une politique étrangère valable, viable et susceptible d’accompagner le gouvernement dans sa stratégie de développement.
La bonne gouvernance ne s’accommode pas d’un gaspillage de ressources, ni d’une mauvaise allocation de ces ressources. Pourquoi avoir deux, trois ambassadeurs dans une même mission diplomatique ? Et un personnel pléthorique qui ne correspond pas aux besoins réels des Missions Diplomatiques et consulaires ?
Les décideurs au niveau de la chancellerie doivent être capables de faire marcher les missions diplomatiques et consulaires et les représentations permanentes. Il est aussi connu que ces missions fonctionnent à vau-l’eau, sans instructions/orientations précises de la part du ministère des affaires étrangères. Elles sont livrées à elles-mêmes.
Va-t-on appuyer le processus du Conseil économique et social des Nations Unies (Ecosoc) ou allons-nous vers la Commission de consolidation de la paix (Ccp) ? Sans concertation ? Sans cohésion ? Une situation qui génère un énorme gaspillage de ressources.
La République d’Haïti préside actuellement l’Ecosoc. La grande question consiste à savoir : est-ce que l’exercice de cette présidence, en dépit de son caractère honorifique, est vraiment important pour Haïti ?
Cette présidence à l’Ecosoc coûterait à l’État haïtien la rondelette somme de plusieurs milliers de dollars américains par mois.
Jusqu’à présent, Haïti ne s’est pas bien structurée pour gérer l’Alternative bolivarienne des Amériques (Alba) de façon institutionnelle.
Le pays n’a toujours participé qu’aux conseils présidentiels. Les autres structures de l’Alba ne sont pas animées, comme le conseil des ministres, le conseil des organisations sociales et le secrétariat permanent, ainsi que les diverses commissions.
La dynamique économique et surtout commerciale entre la République d’Haïti et ses alliés, qui se développe depuis quelques années, traduit la nécessité de la mise en place d’un nouveau positionnement et d’une nouvelle politique de coopération vis-à-vis de ses partenaires privilégiés et des nouveaux acteurs émergeant sur la scène internationale.
La diplomatie doit appuyer les négociations entreprises par le ministère de l’économie et des finances ainsi que le ministère de la planification et de la coopération externe dans le cadre du multilatéral et du bilatéral, de manière à créer une synergie entre les acteurs. L’élaboration du document de stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté (Dsncrp) placera, éventuellement, Haïti dans une autre sphère de coopération.
Le ministère des affaires étrangères, en tant que ministère transversal, doit jouer son rôle dans le cadre du Dsncrp, en réalisant le lien institutionnel et systémique entre le maintien d’un environnement sécuritaire et le réseau international d’assistance et de mobilisation des bailleurs de fonds. Le passage de la phase de stabilisation à celle de la consolidation et à la question de la souveraineté : tout cela appelle une nouvelle réflexion, un nouveau débat.
Bref, l’appui international reste un élément important dans la reconstruction du pays. Cet appui international n’arrivera tout bonnement pas si l’action diplomatique n’est pas efficace et efficiente, si la léthargie et le laxisme continuent à caractériser les pratiques diplomatiques.
Pierre Richard Cajuste
cajuste2000@yahoo.com
dimanche 16 mars 2008
DOUBLE NATIONALITE, TRIPLE PROBLEME
Double nationalité, triple problèmePar Jean Erich René
erich@mondenet.com 15 mars 08
Le nombrilisme de nos hommes politiques les porte à pratiquer le saucissonnage des articles de Notre Charte Fondamentale afin de les croquer à leur goût tout en mettant en péril la souveraineté nationale. On ne peut pas ballotter une Constitution comme un fétu de paille rien que pour satisfaire les ambitions d'une clique. Le drame qui se déroule actuellement au Parlement dépasse toute imagination. Des têtes de linotte s'avisent de modifier la loi sur la nationalité haïtienne juste pour satisfaire le désir d'un psychopathe. La finesse de la question dépasse l'entendement de l'homme de la rue. Comme cobayes, le Laboratoire Politique Prévalas expérimente sa colle sur les Sénateurs Ultimo Compère et Réginald Boulos. Par voie de conséquence, la route sera pavée à la candidature à la présidence de Mildred Trouillot Aristide dont l'état civil et politique est similaire. Des deux côtés le mal va mal finir.
Les réactions du PM Jacques Édouard Alexis exhortant ses Ministres à bouder le formulaire d'enquête du Parlement sur la nationalité n'est qu'une piètre manigance. Le Rapport d'enquête sénatoriale annonçant une modification de la loi sur la nationalité est un signe avant-coureur de la mise à mort de la noblesse d'un article de la Constitution haïtienne qui de 1804 à 1987 ne reconnaît jamais la double nationalité.
a) Constitution impériale du 20 Mai 1805Article 7 La qualité de citoyen d'Haïti se perd par l'émigration et par la naturalisation en pays étranger, et par la condamnation à des peines afflictives et infamantes. Le premier cas emporte la peine de mort et laconfiscation des propriétés.
b) Constitution du 29 mars 1987ARTICLE 15: La double nationalité haïtienne et étrangère n'est admise dans aucun cas.
Les données sont claires : ceux et celles qui jouissent de la double nationalité et qui ont brigué délibérément des postes électifs ou administratifs de haut niveau ont péché avec la Bible en main, d'autantplus qu'ils ont prêté serment sur la Constitution de 1987 qui contient des articles prohibitifs à ce sujet. Il s'agit d'un crime de haute trahison, passible de la Haute Cour de Justice. Il est vraiment troublant et suspectqu'un socialiste ML de la trempe de Victor Benoît se fasse l'avocat d'un citoyen américain. La loi est une pour tous, soit qu'elle punisse, soit qu'elle protège. En une telle occurrence il est dangereux de banaliser laquestion par une mascarade de la Commission sénatoriale.
Pour les incrédules nous reproduisons textuellement un extrait d'un article de la Revue québécoise "L'Actualité 1er Avril 2008" sous la rubrique : « Quatre contes à faire peur » :"Est-il possible que des règles discriminatoires américaines aient des répercussions jusqu'à Mirabel ? Un étudiant canadien l'a appris à ses dépens l'an dernier quand il s'est vu refuser un stage au sein de l'entreprise Bell Helicopter à Mirabel. Son délit ? Etre né en Haïti ! En vertu de l'International Traffic in Arms Regulation (ITAR) les sociétés qui fournissent du matériel militaire aux Etats-Unis sont en effet tenues d'exclure de certaines tâches les employés originaires de 26 pays jugés à risque, même s'ils ont la nationalité canadienne. Bell Helicopter avait aussi dû réaffecter, l'an dernier, une vingtaine d'employés possédant une double nationalité." (L'Actualité 1er Avril 2008 p.30) Amen !
Alors, comment donc accepter la Double Nationalité dans notre propre cuisine politique ! Le brouillard qui enveloppe la modification de l'article sur la Nationalité que propose la Commission sénatoriale et l'ordre formel du Premier Ministre interdisant à ses Ministres de ne pas répondre directement aux questions de la Commission sénatoriale nous effraient, tout en nous mettant la puce à l'oreille. Tout observateur attentif doit remarquer qu'il y a un complot qui se trame.
Dans une perspective historique, remontons au drame du 6 décembre 1897. Deux navires de guerre allemands: Le Charlotte et le Stein sous l'ordre du Commandant Thiele se présentaient dans la rade de Port-au-Prince pour donner leur ultimatum au Gouvernement du Président Tirésias Simon Sam dont les agents de police avaient arrêté, pour voie de faits, MONSIEUR EMILE LUDERS DE MÈRE HAITIENNE ET DE PÈRE ALLEMAND. Dans un livre de 400 pages intitulé « L'Affaire Luders » Solon Menos, Docteur en droit de l'Université de Paris et Ministre des Affaires Étrangères, a exposé les insultes du Gouvernement de Berlin au Président Sam et les raisons qui doivent nous interdire d'admettre la double nationalité.
Dans un passé plus récent, le lundi 8 septembre 2003 la 47e législature, sous l'ordre de Jean Bertrand Aristide a tenté de tordre le cou à la Constitution de 1987 en l'handicapant de son article 11 qui stipule : : «possède la nationalité haïtienne d'origine, tout individu né d'un père haïtien ou d'une mère haïtienne qui eux-mêmes sont nés haïtiens et n'avaient jamais renoncé à leur nationalité au moment de la naissance » La chimérique Constitution que voudrait nous imposer Aristide afin de préparer sa succession au pouvoir par son épouse Mildred Trouillot dans son article 9 précisait : « possède la nationalité haïtienne d'origine, tout individu né d'un père haïtien et ou d'une mère haïtienne ou tout individu né en Haïti » En raison d'une absence de quorum le projet d'amendement constitutionnel a avorté. Mais la 47e législature avait glissé dans les minutes du Parlement une note d'indulgence à l'attention de la 48e qui aujourd'hui se propose d'ajuster l'article sur la Nationalité selon le profil de la future candidate à la présidence, la collègue et amie de Hillary Clinton, nulle autre que Mildred Trouillot Aristide.
La modification dont parle le Rapport d'enquête du Sénat sur la nationalité nage en pleine illégalité. De quel chef vont-ils tenter d'entreprendre cette retouche cosmétique ? La Constitution de 1987 sur laquelle lessénateurs ont prêté serment, au Titre XIII prévoit les conditions de son amendement selon les dispositions des articles 282, 282.1, 283, 284, 284.1, 284.2.
ARTICLE 282: Le Pouvoir Législatif, sur la proposition de l'une des deux (2) Chambres ou du Pouvoir Exécutif, a le droit de déclarer qu'il y a lieu d'amender la Constitution, avec motifs à l'appui.
ARTICLE 282.1: Cette déclaration doit réunir l'adhésion des deux (2/3) de chacune des deux (2) Chambres. Elle ne peut être faite qu'au cours de la dernière Session Ordinaire d'une Législature et est publiée immédiatement sur toutel'étendue du Territoire.
ARTICLE 283: A la première Session de la Législature suivante, les Chambres se réunissent en Assemblée Nationale et statuent sur l'amendement proposé.
ARTICLE 284: L'Assemblée Nationale ne peut siéger, ni délibérer sur l'amendement si les deux (2/3) tiers au moins des Membres de chacune des deux (2) Chambres ne sont présents.
ARTICLE 284.1: Aucune décision de l'Assemblée Nationale ne peut être adoptée qu'à la majorité des deux (2/3) tiers des suffrages exprimés.
ARTICLE 284.2: L'amendement obtenu ne peut entrer en vigueur qu'après l'installation du prochain Président élu. En aucun cas, le Président sous le gouvernement de qui l'amendement a eu lieu ne peut bénéficier des avantages qui en découlent.
Actuellement il n'y a pas de quorum au Parlement puisque les deux (2/3) de chacune des deux (2) Chambres ne peuvent pas se réunir à cause de certains postes vacants. Nous ne sommes pas non plus à la dernière Session Ordinaire de la 48e Législature. Cet amendement pour être effectif exige la délibération en Assemblée Nationale de la 49e Législature dès sa première Session. Les Parlementaires ciblés comme images virtuelles et réellement Mildred Trouillot Aristide doivent attendre 2011 pour la prestation de serment de la 49e législature ainsi que du prochain Président pour bénéficier de cet amendement. En attendant nos sénateurs, nos ministres et Premier Ministre délictueux tombent sous le coup de la loi en la matière. Quelle est donc cette mimique grimaçante que nous fait la Commission sénatoriale chargée de l'enquête sur la nationalité? Veut-elle livrer le pays aux étrangers. Il nous faut unir nos voix pour dire non aux magouilleurs du Sénat. Double nationalité, triple problème.
erich@mondenet.com 15 mars 08
Le nombrilisme de nos hommes politiques les porte à pratiquer le saucissonnage des articles de Notre Charte Fondamentale afin de les croquer à leur goût tout en mettant en péril la souveraineté nationale. On ne peut pas ballotter une Constitution comme un fétu de paille rien que pour satisfaire les ambitions d'une clique. Le drame qui se déroule actuellement au Parlement dépasse toute imagination. Des têtes de linotte s'avisent de modifier la loi sur la nationalité haïtienne juste pour satisfaire le désir d'un psychopathe. La finesse de la question dépasse l'entendement de l'homme de la rue. Comme cobayes, le Laboratoire Politique Prévalas expérimente sa colle sur les Sénateurs Ultimo Compère et Réginald Boulos. Par voie de conséquence, la route sera pavée à la candidature à la présidence de Mildred Trouillot Aristide dont l'état civil et politique est similaire. Des deux côtés le mal va mal finir.
Les réactions du PM Jacques Édouard Alexis exhortant ses Ministres à bouder le formulaire d'enquête du Parlement sur la nationalité n'est qu'une piètre manigance. Le Rapport d'enquête sénatoriale annonçant une modification de la loi sur la nationalité est un signe avant-coureur de la mise à mort de la noblesse d'un article de la Constitution haïtienne qui de 1804 à 1987 ne reconnaît jamais la double nationalité.
a) Constitution impériale du 20 Mai 1805Article 7 La qualité de citoyen d'Haïti se perd par l'émigration et par la naturalisation en pays étranger, et par la condamnation à des peines afflictives et infamantes. Le premier cas emporte la peine de mort et laconfiscation des propriétés.
b) Constitution du 29 mars 1987ARTICLE 15: La double nationalité haïtienne et étrangère n'est admise dans aucun cas.
Les données sont claires : ceux et celles qui jouissent de la double nationalité et qui ont brigué délibérément des postes électifs ou administratifs de haut niveau ont péché avec la Bible en main, d'autantplus qu'ils ont prêté serment sur la Constitution de 1987 qui contient des articles prohibitifs à ce sujet. Il s'agit d'un crime de haute trahison, passible de la Haute Cour de Justice. Il est vraiment troublant et suspectqu'un socialiste ML de la trempe de Victor Benoît se fasse l'avocat d'un citoyen américain. La loi est une pour tous, soit qu'elle punisse, soit qu'elle protège. En une telle occurrence il est dangereux de banaliser laquestion par une mascarade de la Commission sénatoriale.
Pour les incrédules nous reproduisons textuellement un extrait d'un article de la Revue québécoise "L'Actualité 1er Avril 2008" sous la rubrique : « Quatre contes à faire peur » :"Est-il possible que des règles discriminatoires américaines aient des répercussions jusqu'à Mirabel ? Un étudiant canadien l'a appris à ses dépens l'an dernier quand il s'est vu refuser un stage au sein de l'entreprise Bell Helicopter à Mirabel. Son délit ? Etre né en Haïti ! En vertu de l'International Traffic in Arms Regulation (ITAR) les sociétés qui fournissent du matériel militaire aux Etats-Unis sont en effet tenues d'exclure de certaines tâches les employés originaires de 26 pays jugés à risque, même s'ils ont la nationalité canadienne. Bell Helicopter avait aussi dû réaffecter, l'an dernier, une vingtaine d'employés possédant une double nationalité." (L'Actualité 1er Avril 2008 p.30) Amen !
Alors, comment donc accepter la Double Nationalité dans notre propre cuisine politique ! Le brouillard qui enveloppe la modification de l'article sur la Nationalité que propose la Commission sénatoriale et l'ordre formel du Premier Ministre interdisant à ses Ministres de ne pas répondre directement aux questions de la Commission sénatoriale nous effraient, tout en nous mettant la puce à l'oreille. Tout observateur attentif doit remarquer qu'il y a un complot qui se trame.
Dans une perspective historique, remontons au drame du 6 décembre 1897. Deux navires de guerre allemands: Le Charlotte et le Stein sous l'ordre du Commandant Thiele se présentaient dans la rade de Port-au-Prince pour donner leur ultimatum au Gouvernement du Président Tirésias Simon Sam dont les agents de police avaient arrêté, pour voie de faits, MONSIEUR EMILE LUDERS DE MÈRE HAITIENNE ET DE PÈRE ALLEMAND. Dans un livre de 400 pages intitulé « L'Affaire Luders » Solon Menos, Docteur en droit de l'Université de Paris et Ministre des Affaires Étrangères, a exposé les insultes du Gouvernement de Berlin au Président Sam et les raisons qui doivent nous interdire d'admettre la double nationalité.
Dans un passé plus récent, le lundi 8 septembre 2003 la 47e législature, sous l'ordre de Jean Bertrand Aristide a tenté de tordre le cou à la Constitution de 1987 en l'handicapant de son article 11 qui stipule : : «possède la nationalité haïtienne d'origine, tout individu né d'un père haïtien ou d'une mère haïtienne qui eux-mêmes sont nés haïtiens et n'avaient jamais renoncé à leur nationalité au moment de la naissance » La chimérique Constitution que voudrait nous imposer Aristide afin de préparer sa succession au pouvoir par son épouse Mildred Trouillot dans son article 9 précisait : « possède la nationalité haïtienne d'origine, tout individu né d'un père haïtien et ou d'une mère haïtienne ou tout individu né en Haïti » En raison d'une absence de quorum le projet d'amendement constitutionnel a avorté. Mais la 47e législature avait glissé dans les minutes du Parlement une note d'indulgence à l'attention de la 48e qui aujourd'hui se propose d'ajuster l'article sur la Nationalité selon le profil de la future candidate à la présidence, la collègue et amie de Hillary Clinton, nulle autre que Mildred Trouillot Aristide.
La modification dont parle le Rapport d'enquête du Sénat sur la nationalité nage en pleine illégalité. De quel chef vont-ils tenter d'entreprendre cette retouche cosmétique ? La Constitution de 1987 sur laquelle lessénateurs ont prêté serment, au Titre XIII prévoit les conditions de son amendement selon les dispositions des articles 282, 282.1, 283, 284, 284.1, 284.2.
ARTICLE 282: Le Pouvoir Législatif, sur la proposition de l'une des deux (2) Chambres ou du Pouvoir Exécutif, a le droit de déclarer qu'il y a lieu d'amender la Constitution, avec motifs à l'appui.
ARTICLE 282.1: Cette déclaration doit réunir l'adhésion des deux (2/3) de chacune des deux (2) Chambres. Elle ne peut être faite qu'au cours de la dernière Session Ordinaire d'une Législature et est publiée immédiatement sur toutel'étendue du Territoire.
ARTICLE 283: A la première Session de la Législature suivante, les Chambres se réunissent en Assemblée Nationale et statuent sur l'amendement proposé.
ARTICLE 284: L'Assemblée Nationale ne peut siéger, ni délibérer sur l'amendement si les deux (2/3) tiers au moins des Membres de chacune des deux (2) Chambres ne sont présents.
ARTICLE 284.1: Aucune décision de l'Assemblée Nationale ne peut être adoptée qu'à la majorité des deux (2/3) tiers des suffrages exprimés.
ARTICLE 284.2: L'amendement obtenu ne peut entrer en vigueur qu'après l'installation du prochain Président élu. En aucun cas, le Président sous le gouvernement de qui l'amendement a eu lieu ne peut bénéficier des avantages qui en découlent.
Actuellement il n'y a pas de quorum au Parlement puisque les deux (2/3) de chacune des deux (2) Chambres ne peuvent pas se réunir à cause de certains postes vacants. Nous ne sommes pas non plus à la dernière Session Ordinaire de la 48e Législature. Cet amendement pour être effectif exige la délibération en Assemblée Nationale de la 49e Législature dès sa première Session. Les Parlementaires ciblés comme images virtuelles et réellement Mildred Trouillot Aristide doivent attendre 2011 pour la prestation de serment de la 49e législature ainsi que du prochain Président pour bénéficier de cet amendement. En attendant nos sénateurs, nos ministres et Premier Ministre délictueux tombent sous le coup de la loi en la matière. Quelle est donc cette mimique grimaçante que nous fait la Commission sénatoriale chargée de l'enquête sur la nationalité? Veut-elle livrer le pays aux étrangers. Il nous faut unir nos voix pour dire non aux magouilleurs du Sénat. Double nationalité, triple problème.
samedi 15 mars 2008
HAITI: LA QUESTION DE LA DOUBLE NATIONALITE ET LES PERSPECTIVES D'AVENIR
Haiti : La question de la double nationalité et les perspectives d’avenir
samedi 15 mars 2008
Débat
Par Michel Julien [1]
Soumis à AlterPresse le 12 mars 2008
Depuis quelques mois, les nouvelles d’Haïti font état de grandes difficultés qui semblent, de plus en plus, ébranler la confiance de nombreux citoyens de toutes les couches sociales du pays. La hausse des prix de nombreux produits alimentaires ainsi que du prix du carburant ajoutée au chômage chronique, ne manque pas de compliquer l’existence de nos compatriotes. Nos frères et soeurs, en tant que consommateurs, ne savent plus comment joindre les deux bouts. Les dirigeants politiques, face à cette situation, ont dû annoncer divers programmes afin de contrer la hausse du coût de la vie et de faciliter le quotidien de la population.
Certains peuvent estimer l’intervention gouvernementale trop tardive ou même se plaindre de l’inadéquation de certaines des mesures prises, d’autres peuvent se sentir offensés par certains discours trop directs ; n’empêche que le gouvernement n’est pas resté insensible et inactif devant la détérioration du pouvoir d’achat des consommateurs, puisqu’il est entrain d’adopter diverses mesures pour essayer de réduire les effets du chômage et de la hausse des prix.
Mais, tandis que l’exécutif se débat pour trouver des solutions aux difficultés du pays, car il faut bien en convenir, à moins de se faire des illusions, de la complexité de la crise haïtienne. Alors que de partout, des cris s’élèvent pour que des actions encore plus vigoureuses soient entreprises en vue de sortir Haïti de cette situation désespérante. Alors que de nombreux compatriotes, vivant à l’extérieur du pays, se dévouent et cherchent, par tous les moyens, à soutenir ceux de l’intérieur, n’est-il pas étonnant que la question de la double nationalité revienne avec autant de force dans l’actualité.
Le moment est-il vraiment bien choisi pour faire de cette question une priorité ? En outre, la façon et surtout les raisons pour lesquelles elle a été abordée ne risquent-elles pas de provoquer des divisions au sein des Haïtiens, au moment où l’union s’avèrerait indispensable ? En fait, quel message veulent lancer ces parlementaires, qui ont soulevé cette question, aux Haïtiens de la diaspora et ne craignent-ils pas un effet boomerang ? Si ces parlementaires ont le droit ou même le devoir de s’assurer du respect de la Constitution, ne doivent-ils pas cependant éviter de laisser croire à une chasse aux sorcières, avec seul objectif de se débarrasser de ces « faux Haïtiens » qui cherchent à envahir le pays ?
En vérité, est-il possible, dans la conjoncture, que le débat sur la double nationalité occupe, en ce moment, une si grande place dans le travail parlementaire ? Devant l’urgence et la complexité de la situation générale du pays, des représentants du peuple ne devraient-ils pas plutôt se pencher sur les moyens de créer des entreprises et des emplois, de dôter le pays d’infrastructures de base comme l’électricité, des routes praticables, des systèmes téléphoniques adéquats ? N’est-il pas beaucoup plus urgent de se pencher sur les problèmes agricoles alors que le pays n’arrive plus à nourrir sa population, d’étudier les moyens d’améliorer les systèmes scolaire et de santé ? N’y a-t-il pas d’autres sujets nettement plus préoccupants, comme le contrôle des prix, la sécurité des citoyens qui devraient retenir leur attention et faire l’objet de débats sérieux ?
En attendant d’obtenir leurs réponses, examinons rapidement les raisons qui nous poussent à attirer l’attention sur les risques inhérents à cette question de la double nationalité, telle qu’elle a été lancée. Peut-être, comprendrions-nous mieux, par la suite, pourquoi cette question mérite d’être traîtée, à la fois, avec délicatesse, objectivité et beaucoup de sagesse. Une telle démarche nous permettra probablement d’éviter des erreurs préjudiciables à la nation haïtienne qui, plus que jamais, a besoin de toutes ses filles et de tous ses fils.
L’approche utilisée, ces dernières semaines, par certains parlementaires comporte, à court terme , mais surtout à moyen et long terme, de grands risques pour notre pays. Tenant compte du contexte historique et politique qui prévalait au moment de la rédaction des textes constitutionnels de 1987, avec le recul, notre communauté nationale ne conviendrait-elle pas de la nécessité, voire de l’urgence de dégager maintenant un consensus afin de reviser cette Constitution pour la débarrasser de toute forme d’émotivité. N’est-il pas de l’intérêt national d’éviter ces distinctions qui créent plusieurs catégories d’Haïtiens et qui peuvent provoquer une rupture brutale entre elles ? Le pays ne confronte-t-il pas déjà assez de problèmes difficiles pour éviter d’en ajouter ? Cette question de la double nationalité, entre autres, doit donc être rigoureusement étudiée avant toute décision et la prudence doit être de mise dans toute démarche visant à amender la Constitution de 1987 malgré ses lacunes. Car, il faut bien reconnaître qu’elle ne reflète pas très bien la culture haïtienne en proposant un régime hybride et en ne tenant pas, non plus, vraiment compte de la situation économique du pays à cause de la fréquence et de la multiplicité des élections qu’elle prévoit et des sommes élevées que l’Etat doit allouer à leur organisation aux dépens de projets à caractère social. Ces motifs, à notre avis, suffisent pour justifier des amendements à l’actuelle Constitution..
Mais, laissons-nous faire ressortir d’autres raisons qui plaident non seulement en faveur de l’amendement constitutionnel mais qui nous font aussi mieux apprécier certains blocages qui découlent du statu quo. C’est en référence à l’article 15 de la Constitution de 1987 que les candidatures de plusieurs Haïtiens provenant de la diaspora ont été empêchées lors des élections générales de 2006. C’est en référence à ce même article que, de nouveau, ces dernières semaines, certains parlementaires interpellent des serviteurs de l’Etat - ministres, sénateurs, députés - qui ont vécu à l’étranger, soupçonnés de double nationalité. Cette question soulève donc de multiples problèmes. Comment la traîter ?
Une analyse objective de la situation nationale démontrerait rapidement combien une telle disposition constitutionnelle va à l’encontre des intérêts du peuple haïtien. En effet, l’article 15 nous engage dans une voie contraire à celle qu’empruntent, de nos jours, beaucoup de pays développés. Plusieurs de ces pays, particulièrement les plus riches, cherchent, par tous les moyens, à attirer sur leur territoire les cerveaux étrangers, autrement dit la matière grise, capital important, pour les aider dans leur propre développement. Pour ces pays, la double nationalité ne constitue nullement un problème. C’est le cas du Canada, par exemple, qui a comme gouverneure générale une canado-haïtienne, Michaelle Jean, qui a été fièrement et chaleureusement reçue en Haïti. En outre, plusieurs Canadiens d’origine étrangère ont été élus députés dans diverses provinces du pays, citons-en deux d’origine haïtienne, Emmanuel Dubourg qui siège à l’Assemblée Nationale du Québec et Viviane Barbeau au Parlement du Canada. C’est également, en partie, le cas aux Etats-Unis où les immigrants naturalisés sont privés du droit d’accéder à la présidence tout en ayant celui de remplir de hautes fonctions au sein du gouvernement américain. Les exemples d’Henry Kissinger né à Nuremberg en Allemagne, de Madeleine Albrigth, née à Prague en Tchcoslovaquie, qui ont été de grands secrétaires d’Etat, sont éloquents. Actuellement, le gouverneur de la Californie est un américain d’origine autrichienne. Notre pays n’aurait-il pas aussi intérêt à faire évoluer sa Constitution en ce sens ? Rendons hommages au Président de la République, M. René Préval, qui a fait preuve de vision en prônant, dès les lendemains de son élection, l’amendement de la Constitution de 1987, en vue d’y apporter les corrections nécessaires. En dépit des tiraillements, il doit maintenir le cap, la grandeur du geste n’échappera pas aux générations futures.
Tôt ou tard, les Haïtiens devront faire preuve de réalisme et amender l’actuelle Constitution. Il faut espérer, que de leur réflexion, découlent des décisions objectives et mûries, particulièrement sur le sort réservé à leurs compatriotes qui ont, pour toutes sortes de raisons, quitté le pays et qui, sans nécessairement renoncer à la nationalité haïtienne, ont acquis d’autres nationalités pour assurer leur avenir. Nos dirigeants politiques doivent donc faire preuve de leadership et choisir le moment idéal pour inviter la nation à réfléchir sérieusement sur les changements qui s’imposent en vue d’améliorer la gouvernance du pays et ses possibilités de développement. Un grand débat démocratique sur les vraies questions est nécessaire pour permettre de dégager un consensus national sur les amendements souhaitables. Afin de faire de ce débat un moment historique, il faut que tous s’élèvent au-dessus des intérêts personnels et partisans pour traiter les vraies questions dans l’intérêt général. Mais alors, quelles sont les vraies questions qui méritent l’attention ? Elles concernent plusieurs articles de la Constitution et traîtent de sujets divers. Plusieurs crises politiques des vingt dernières années sont en rapport direct avec certains articles de la Constitution de 1987 et un simple rappel des faits fera ressortir les questions qui les sous tendaient. Dans notre papier cependant, nous souhaitons nous limiter à celles qui découlent de l’article 15 de la Constitution et qui préoccupent davantage la diaspora en ce moment. Nous en retenons particulièrement cinq auxquelles la nation haïtienne devra répondre avec objectivité et ouverture d’esprit.
1)D’abord, avec le recul, notre nation est-elle prête à reconnaître à tous les Haïtiens indistinctement les mêmes droits ? 2) Les dirigeants Haïtiens comptent-ils mettre à profit ce capital que constitue la matière grise haïtienne de la diaspora dans le redressement du pays ? 3) De quelle façon la nation haïtienne compte-t-elle assurer la continuité des liens avec les descendants, nés à l’étranger, de ces Haïtiens qui ont quitté le pays dans les années 60 ? 4) Le pays peut-il se passer de l’apport financier récurrent ( plus d’un milliard de dollars annuellement) de sa diaspora ? 5) Enfin, le développement régional n’a-t-il pas plus de chance de réussir avec la réintégration des Haïtiens de la diaspora qui souhaitent retourner dans leur localité d’origine respective ?
C’est en réfléchissant sérieusement sur ces questions que notre communauté nationale réalisera combien il est important d’aborder la question de la double nationalité avec beaucoup de tact et d’ouverture. Après vingt ans d’application de la Constitution de 1987, la société haïtienne doit s’interroger sur ses limites, réfléchir sur leurs conséquences et s’engager fermement à faire les amendements nécessaires pour faciliter la gestion de l’Etat. La raison doit donc prévaloir pour que ces changements se fassent en tenant essentiellement compte de l’intérêt national.
La recherche de cohésion sociale doit aussi constituer une priorité pour les dirigeants du pays. Car, en ce moment, il n’est pas exagéré de parler d’un certain émoi dans divers milieux de la diaspora, suite aux récentes interpellations et vérifications d’identités des derniers jours, entamées par quelques parlementaires à l’encontre de certains compatriotes. Plusieurs Haïtiens s’interrogent sur la place qui leur est réservée en Haïti et n’hésitent pas à parler de chasse aux sorcières injustifiée. La plus grande prudence s’impose dans ce dossier. Et, ces écrits n’ont d’autres buts que de sensibiliser nos représentants et nos dirigeants à cette situation. Ils auront besoin de beaucoup d’écoute et de bons conseils. C’est dans cet esprit, que nous nous permettons d’exprimer, en attendant d’autres points de vue, notre opinion sur les questions précédemment soulevées.
Une des meilleures façons de répondre objectivement à la question principale qui porte sur la reconnaissance de tous les droits des Haïtiens de la diaspora est de procéder à une analyse comparative des avantages et désavantages qui en découlent. Mais, les limites d’un article ne nous permettent pas d’être exhaustif. Aussi, nous intéresserons-nous à souligner très simplement et seulement quelques avantages qui nous semblent incontestables. Les désavantages, de toutes les façons, ne sont pas significatifs.
1)La démographie du pays indique une population plutôt jeune. Le départ massif de nombreux intellectuels et de techniciens dans les années soixante a laissé un vide. Le retour des aînés permettra de faire le lien entre l’ancienne génération et la nouvelle qui constitue l’avenir du pays. De plus, ces membres de la diaspora augmenteront le nombre de compatriotes pouvant servir de modèles dans le pays.
2)Nombreux Haïtiens de la diaspora apporteront un savoir et un savoir faire qu’ils pourront transmettre immédiatement aux plus jeunes. En fait, la matière grise Haïtienne, capital inestimable, contribuera à activer la reconstruction nationale. Ces revenants de la diaspora viendront en renfort aux éducateurs, aux techniciens, aux professionnels restés dans le pays et qui travaillent déjà avec beaucoup d’acharnement à sa sauvegarde. Grâce à cette synergie, le pays pourra former rapidement les ressources humaines nécessaires à sa relève.
3)Enfin, ces Haïtiens de la diaspora qui regagneront la terre natale seront, pour leur localité respective, de précieux agents de changement. Leur présence provoquera une certaine activité économique et contribuera au développement des zones où ils seront installés. Ils seront de bons consommateurs, des investisseurs potentiels voire même de bons entrepreneurs ou travailleurs.
La réintégration des Haïtiens de la diaspora comporte à long terme d’autres avantages significatifs. En effet, qu’adviendra-t-il des descendants de la diaspora haïtienne, nés à l’étranger qui n’ont pas encore eu la chance de tisser des liens affectifs avec la patrie de leurs parents ? Le retour de ces derniers en Haïti est le meilleur moyen de corriger la situation. Les enfants, lors des visites de leurs parents, trouveront l’occasion de découvrir le charme du pays et de s’y attacher. Les méfaits de certaines informations et de certaines images dégradantes du pays rapportées par les média, seront relativisés. De voyage en voyage, la nouvelle génération pourra développer des liens plus étroits avec Haïti, ce qui favorisera à long terme la continuité de l’aide de la diaspora. Cet aspect a une incidence économique importante, car le pays n’a pas les moyens de se passer des tranferts de la diaspora qui comblent une partie significative des besoins de nombreux parents. Qu’on le veuille ou non, la probabilité de maintenir ces tranferts d’argent vers Haïti augmente avec la réinstallation des parents retraités en Haïti. Un grand nombre d’entre eux conditionnent cependant leur retour à la pleine reconnaissance de leurs droits. Que faire ?
D’autres motifs encore plus importants jouent en faveur de la reconnaissance des droits des Haïtiens de la diaspora et méritent l’attention. Au cours des cinquante dernières années, Haïti est l’un des pays à avoir subi un fort taux d’émigration, surtout pour ce qui concerne sa classe moyenne. Ainsi, le pays a été privé de précieuses ressources humaines, de sa force motrice avec le départ d’innombrables techniciens et de professionnels de toutes sortes tels par exemple, des enseignants, des médecins, des infirmières, des hommes et femmes d’affaires. Il s’est donc créé un vide tant sur le plan démographique, social et économique. En effet, la classe moyenne , dans tous les pays, est celle qui fournit le plus haut taux de main d’oeuvre qualifiée tant au secteur privé qu’au secteur public. C’est elle qui procure généralement à l’Etat, la plus grande part de ses recettes fiscales. L’absence de la classe moyenne pour faire le pont entre la classe la plus riche et la moins favorisée, dans le cas d’Haïti, a eu pour conséquence directe, la désorganisation économique et sociale d’où l’affaiblissement progressif de l’Etat.
Pour ces raisons, une fois adopté un cadre légal approprié à la situstion, les dirigeants doivent, autant que possible, faire appel aux Haïtiens naturalisés de la diaspora pour rapidement reconstituer la classe moyenne haïtienne afin de combler le vide actuel. C’est une condition sine qua non si nous voulons réellement renverser la situation dans des délais raisonnables. Cette solution sera avantageuse pour toute la communauté nationale. Les élites autant que le peuple y trouveront leur compte. La solution à la crise haïtienne passe par la croissance, -augmentation de la richesse nationale- en même temps qu’un partage plus équitable. Cela n’est possible que dans la mesure où le pays arrive à se dôter de nouvelles structures sociales, politiques et économiques. La contribution de la diaspora semble incontournable. C’est faire preuve de sagesse et d’objectivité que de le reconnaître.
Les besoins sont immenses. l’Etat haïtien doit donc convier indistinctement tous les Haïtiens à un urgent coumbite national. Il faut constituer une meilleure fonction publique, un meilleur système d’éducation et de santé, développer le secteur économique, d’où le besoin de cadres, de professionnels et de techniciens divers : enseignants, médecins, infirmières, ingénieurs, agronomes, sociologues, économistes, avocats, informaticiens ou électroniciens, plombiers, électriciens, maçons , etc. Haïti est chanceuse de disposer d’une réserve aussi grande de compétence et d’expertise dans tous ces domaines. Ces québécois venus d’Haïti, livre récemment publié au Québec, qui ne porte que sur une infime partie de l’émigration haïtienne, en atteste. Il appartient maintenant aux dirigeants et aux leaders de prendre les bonnes décisions.
Ce sont là quelques-uns des motifs qui militent en faveur du retour en Haïti des Haïtiens de la diaspora et de la reconnaissance de leurs droits. Il est temps d’admettre que l’alliance des Haïtiens de l’intérieur avec ceux de la diaspora, naturalisés ou non, constitue la seule force pouvant entraîner le pays vers un avenir meilleur. Il faut donc éviter le piège de la discrimination et consentir des droits égaux à tous les Haïtiens. L’avenir du pays en dépend.
Amender la Constitution de 1987 devient de plus en plus impératif pour permettre de régler, une fois pour toute, la question de la double nationalité ainsi que celles portant sur la gouvernance et sur l’organisation des élections. Car Haïti ne peut se permettre d’investir aussi souvent de si fortes sommes dans des élections alors qu’il y a tant de besoins sociaux urgents à combler. Par ailleurs, il faut bien admettre qu’ un pays qui ne peut assumer les coûts de ses propres élections peut difficilement défendre son indépendance.
En terminant, il est souhaitable que nos dirigeants et nos leaders réfléchissent à la portée de leurs gestes en ce moment, car le pays a besoin de stabilité politique, économique et sociale et certains messages d’exclusion qui circulent, en ce moment, ne font que maintenir des incertitudes. Il faut surtout éviter de lancer des messages négatifs vis à vis des citoyens de la diaspora. Convenons que nous sommes tous des HAITIENS.
Je me réjouis, à la toute fin, des résultats du vote sur la motion de confiance envers le Premier Ministre haïtien. De nombreux parlementaires avec à leur tête, le président du Sénat, ont bien saisi l’importance de ce vote. Par ailleurs, divers groupes plaident en faveur d’un remaniement ministériel. Sans porter atteinte aux prérogatives de l’exécutif, il y a lieu de s’interroger sur sa pertinence , maintenant que les Ministres du Gouvernement ont acquis une certaine expérience et maîtrisent mieux leurs dossiers. Pourquoi alors ne pas les maintenir, autant que possible, en poste surtout s’ils ont atteint les objectifs fixés. Haïti ne peut se payer le luxe d’une nouvelle crise politique. Ses impacts seraient catastrophiques. Certes, si les circonstances l’exigent, tout citoyen a le devoir de réagir, mais de préférence, en faisant des critiques constructives. Car, la situation est complexe et les moyens limités. La conjoncture exige donc un front commun de tous les Haïtiens autour d’un projet de pays.
Contact « vegamic@hotmail.com
[1] Consultant senior en développement économique
samedi 15 mars 2008
Débat
Par Michel Julien [1]
Soumis à AlterPresse le 12 mars 2008
Depuis quelques mois, les nouvelles d’Haïti font état de grandes difficultés qui semblent, de plus en plus, ébranler la confiance de nombreux citoyens de toutes les couches sociales du pays. La hausse des prix de nombreux produits alimentaires ainsi que du prix du carburant ajoutée au chômage chronique, ne manque pas de compliquer l’existence de nos compatriotes. Nos frères et soeurs, en tant que consommateurs, ne savent plus comment joindre les deux bouts. Les dirigeants politiques, face à cette situation, ont dû annoncer divers programmes afin de contrer la hausse du coût de la vie et de faciliter le quotidien de la population.
Certains peuvent estimer l’intervention gouvernementale trop tardive ou même se plaindre de l’inadéquation de certaines des mesures prises, d’autres peuvent se sentir offensés par certains discours trop directs ; n’empêche que le gouvernement n’est pas resté insensible et inactif devant la détérioration du pouvoir d’achat des consommateurs, puisqu’il est entrain d’adopter diverses mesures pour essayer de réduire les effets du chômage et de la hausse des prix.
Mais, tandis que l’exécutif se débat pour trouver des solutions aux difficultés du pays, car il faut bien en convenir, à moins de se faire des illusions, de la complexité de la crise haïtienne. Alors que de partout, des cris s’élèvent pour que des actions encore plus vigoureuses soient entreprises en vue de sortir Haïti de cette situation désespérante. Alors que de nombreux compatriotes, vivant à l’extérieur du pays, se dévouent et cherchent, par tous les moyens, à soutenir ceux de l’intérieur, n’est-il pas étonnant que la question de la double nationalité revienne avec autant de force dans l’actualité.
Le moment est-il vraiment bien choisi pour faire de cette question une priorité ? En outre, la façon et surtout les raisons pour lesquelles elle a été abordée ne risquent-elles pas de provoquer des divisions au sein des Haïtiens, au moment où l’union s’avèrerait indispensable ? En fait, quel message veulent lancer ces parlementaires, qui ont soulevé cette question, aux Haïtiens de la diaspora et ne craignent-ils pas un effet boomerang ? Si ces parlementaires ont le droit ou même le devoir de s’assurer du respect de la Constitution, ne doivent-ils pas cependant éviter de laisser croire à une chasse aux sorcières, avec seul objectif de se débarrasser de ces « faux Haïtiens » qui cherchent à envahir le pays ?
En vérité, est-il possible, dans la conjoncture, que le débat sur la double nationalité occupe, en ce moment, une si grande place dans le travail parlementaire ? Devant l’urgence et la complexité de la situation générale du pays, des représentants du peuple ne devraient-ils pas plutôt se pencher sur les moyens de créer des entreprises et des emplois, de dôter le pays d’infrastructures de base comme l’électricité, des routes praticables, des systèmes téléphoniques adéquats ? N’est-il pas beaucoup plus urgent de se pencher sur les problèmes agricoles alors que le pays n’arrive plus à nourrir sa population, d’étudier les moyens d’améliorer les systèmes scolaire et de santé ? N’y a-t-il pas d’autres sujets nettement plus préoccupants, comme le contrôle des prix, la sécurité des citoyens qui devraient retenir leur attention et faire l’objet de débats sérieux ?
En attendant d’obtenir leurs réponses, examinons rapidement les raisons qui nous poussent à attirer l’attention sur les risques inhérents à cette question de la double nationalité, telle qu’elle a été lancée. Peut-être, comprendrions-nous mieux, par la suite, pourquoi cette question mérite d’être traîtée, à la fois, avec délicatesse, objectivité et beaucoup de sagesse. Une telle démarche nous permettra probablement d’éviter des erreurs préjudiciables à la nation haïtienne qui, plus que jamais, a besoin de toutes ses filles et de tous ses fils.
L’approche utilisée, ces dernières semaines, par certains parlementaires comporte, à court terme , mais surtout à moyen et long terme, de grands risques pour notre pays. Tenant compte du contexte historique et politique qui prévalait au moment de la rédaction des textes constitutionnels de 1987, avec le recul, notre communauté nationale ne conviendrait-elle pas de la nécessité, voire de l’urgence de dégager maintenant un consensus afin de reviser cette Constitution pour la débarrasser de toute forme d’émotivité. N’est-il pas de l’intérêt national d’éviter ces distinctions qui créent plusieurs catégories d’Haïtiens et qui peuvent provoquer une rupture brutale entre elles ? Le pays ne confronte-t-il pas déjà assez de problèmes difficiles pour éviter d’en ajouter ? Cette question de la double nationalité, entre autres, doit donc être rigoureusement étudiée avant toute décision et la prudence doit être de mise dans toute démarche visant à amender la Constitution de 1987 malgré ses lacunes. Car, il faut bien reconnaître qu’elle ne reflète pas très bien la culture haïtienne en proposant un régime hybride et en ne tenant pas, non plus, vraiment compte de la situation économique du pays à cause de la fréquence et de la multiplicité des élections qu’elle prévoit et des sommes élevées que l’Etat doit allouer à leur organisation aux dépens de projets à caractère social. Ces motifs, à notre avis, suffisent pour justifier des amendements à l’actuelle Constitution..
Mais, laissons-nous faire ressortir d’autres raisons qui plaident non seulement en faveur de l’amendement constitutionnel mais qui nous font aussi mieux apprécier certains blocages qui découlent du statu quo. C’est en référence à l’article 15 de la Constitution de 1987 que les candidatures de plusieurs Haïtiens provenant de la diaspora ont été empêchées lors des élections générales de 2006. C’est en référence à ce même article que, de nouveau, ces dernières semaines, certains parlementaires interpellent des serviteurs de l’Etat - ministres, sénateurs, députés - qui ont vécu à l’étranger, soupçonnés de double nationalité. Cette question soulève donc de multiples problèmes. Comment la traîter ?
Une analyse objective de la situation nationale démontrerait rapidement combien une telle disposition constitutionnelle va à l’encontre des intérêts du peuple haïtien. En effet, l’article 15 nous engage dans une voie contraire à celle qu’empruntent, de nos jours, beaucoup de pays développés. Plusieurs de ces pays, particulièrement les plus riches, cherchent, par tous les moyens, à attirer sur leur territoire les cerveaux étrangers, autrement dit la matière grise, capital important, pour les aider dans leur propre développement. Pour ces pays, la double nationalité ne constitue nullement un problème. C’est le cas du Canada, par exemple, qui a comme gouverneure générale une canado-haïtienne, Michaelle Jean, qui a été fièrement et chaleureusement reçue en Haïti. En outre, plusieurs Canadiens d’origine étrangère ont été élus députés dans diverses provinces du pays, citons-en deux d’origine haïtienne, Emmanuel Dubourg qui siège à l’Assemblée Nationale du Québec et Viviane Barbeau au Parlement du Canada. C’est également, en partie, le cas aux Etats-Unis où les immigrants naturalisés sont privés du droit d’accéder à la présidence tout en ayant celui de remplir de hautes fonctions au sein du gouvernement américain. Les exemples d’Henry Kissinger né à Nuremberg en Allemagne, de Madeleine Albrigth, née à Prague en Tchcoslovaquie, qui ont été de grands secrétaires d’Etat, sont éloquents. Actuellement, le gouverneur de la Californie est un américain d’origine autrichienne. Notre pays n’aurait-il pas aussi intérêt à faire évoluer sa Constitution en ce sens ? Rendons hommages au Président de la République, M. René Préval, qui a fait preuve de vision en prônant, dès les lendemains de son élection, l’amendement de la Constitution de 1987, en vue d’y apporter les corrections nécessaires. En dépit des tiraillements, il doit maintenir le cap, la grandeur du geste n’échappera pas aux générations futures.
Tôt ou tard, les Haïtiens devront faire preuve de réalisme et amender l’actuelle Constitution. Il faut espérer, que de leur réflexion, découlent des décisions objectives et mûries, particulièrement sur le sort réservé à leurs compatriotes qui ont, pour toutes sortes de raisons, quitté le pays et qui, sans nécessairement renoncer à la nationalité haïtienne, ont acquis d’autres nationalités pour assurer leur avenir. Nos dirigeants politiques doivent donc faire preuve de leadership et choisir le moment idéal pour inviter la nation à réfléchir sérieusement sur les changements qui s’imposent en vue d’améliorer la gouvernance du pays et ses possibilités de développement. Un grand débat démocratique sur les vraies questions est nécessaire pour permettre de dégager un consensus national sur les amendements souhaitables. Afin de faire de ce débat un moment historique, il faut que tous s’élèvent au-dessus des intérêts personnels et partisans pour traiter les vraies questions dans l’intérêt général. Mais alors, quelles sont les vraies questions qui méritent l’attention ? Elles concernent plusieurs articles de la Constitution et traîtent de sujets divers. Plusieurs crises politiques des vingt dernières années sont en rapport direct avec certains articles de la Constitution de 1987 et un simple rappel des faits fera ressortir les questions qui les sous tendaient. Dans notre papier cependant, nous souhaitons nous limiter à celles qui découlent de l’article 15 de la Constitution et qui préoccupent davantage la diaspora en ce moment. Nous en retenons particulièrement cinq auxquelles la nation haïtienne devra répondre avec objectivité et ouverture d’esprit.
1)D’abord, avec le recul, notre nation est-elle prête à reconnaître à tous les Haïtiens indistinctement les mêmes droits ? 2) Les dirigeants Haïtiens comptent-ils mettre à profit ce capital que constitue la matière grise haïtienne de la diaspora dans le redressement du pays ? 3) De quelle façon la nation haïtienne compte-t-elle assurer la continuité des liens avec les descendants, nés à l’étranger, de ces Haïtiens qui ont quitté le pays dans les années 60 ? 4) Le pays peut-il se passer de l’apport financier récurrent ( plus d’un milliard de dollars annuellement) de sa diaspora ? 5) Enfin, le développement régional n’a-t-il pas plus de chance de réussir avec la réintégration des Haïtiens de la diaspora qui souhaitent retourner dans leur localité d’origine respective ?
C’est en réfléchissant sérieusement sur ces questions que notre communauté nationale réalisera combien il est important d’aborder la question de la double nationalité avec beaucoup de tact et d’ouverture. Après vingt ans d’application de la Constitution de 1987, la société haïtienne doit s’interroger sur ses limites, réfléchir sur leurs conséquences et s’engager fermement à faire les amendements nécessaires pour faciliter la gestion de l’Etat. La raison doit donc prévaloir pour que ces changements se fassent en tenant essentiellement compte de l’intérêt national.
La recherche de cohésion sociale doit aussi constituer une priorité pour les dirigeants du pays. Car, en ce moment, il n’est pas exagéré de parler d’un certain émoi dans divers milieux de la diaspora, suite aux récentes interpellations et vérifications d’identités des derniers jours, entamées par quelques parlementaires à l’encontre de certains compatriotes. Plusieurs Haïtiens s’interrogent sur la place qui leur est réservée en Haïti et n’hésitent pas à parler de chasse aux sorcières injustifiée. La plus grande prudence s’impose dans ce dossier. Et, ces écrits n’ont d’autres buts que de sensibiliser nos représentants et nos dirigeants à cette situation. Ils auront besoin de beaucoup d’écoute et de bons conseils. C’est dans cet esprit, que nous nous permettons d’exprimer, en attendant d’autres points de vue, notre opinion sur les questions précédemment soulevées.
Une des meilleures façons de répondre objectivement à la question principale qui porte sur la reconnaissance de tous les droits des Haïtiens de la diaspora est de procéder à une analyse comparative des avantages et désavantages qui en découlent. Mais, les limites d’un article ne nous permettent pas d’être exhaustif. Aussi, nous intéresserons-nous à souligner très simplement et seulement quelques avantages qui nous semblent incontestables. Les désavantages, de toutes les façons, ne sont pas significatifs.
1)La démographie du pays indique une population plutôt jeune. Le départ massif de nombreux intellectuels et de techniciens dans les années soixante a laissé un vide. Le retour des aînés permettra de faire le lien entre l’ancienne génération et la nouvelle qui constitue l’avenir du pays. De plus, ces membres de la diaspora augmenteront le nombre de compatriotes pouvant servir de modèles dans le pays.
2)Nombreux Haïtiens de la diaspora apporteront un savoir et un savoir faire qu’ils pourront transmettre immédiatement aux plus jeunes. En fait, la matière grise Haïtienne, capital inestimable, contribuera à activer la reconstruction nationale. Ces revenants de la diaspora viendront en renfort aux éducateurs, aux techniciens, aux professionnels restés dans le pays et qui travaillent déjà avec beaucoup d’acharnement à sa sauvegarde. Grâce à cette synergie, le pays pourra former rapidement les ressources humaines nécessaires à sa relève.
3)Enfin, ces Haïtiens de la diaspora qui regagneront la terre natale seront, pour leur localité respective, de précieux agents de changement. Leur présence provoquera une certaine activité économique et contribuera au développement des zones où ils seront installés. Ils seront de bons consommateurs, des investisseurs potentiels voire même de bons entrepreneurs ou travailleurs.
La réintégration des Haïtiens de la diaspora comporte à long terme d’autres avantages significatifs. En effet, qu’adviendra-t-il des descendants de la diaspora haïtienne, nés à l’étranger qui n’ont pas encore eu la chance de tisser des liens affectifs avec la patrie de leurs parents ? Le retour de ces derniers en Haïti est le meilleur moyen de corriger la situation. Les enfants, lors des visites de leurs parents, trouveront l’occasion de découvrir le charme du pays et de s’y attacher. Les méfaits de certaines informations et de certaines images dégradantes du pays rapportées par les média, seront relativisés. De voyage en voyage, la nouvelle génération pourra développer des liens plus étroits avec Haïti, ce qui favorisera à long terme la continuité de l’aide de la diaspora. Cet aspect a une incidence économique importante, car le pays n’a pas les moyens de se passer des tranferts de la diaspora qui comblent une partie significative des besoins de nombreux parents. Qu’on le veuille ou non, la probabilité de maintenir ces tranferts d’argent vers Haïti augmente avec la réinstallation des parents retraités en Haïti. Un grand nombre d’entre eux conditionnent cependant leur retour à la pleine reconnaissance de leurs droits. Que faire ?
D’autres motifs encore plus importants jouent en faveur de la reconnaissance des droits des Haïtiens de la diaspora et méritent l’attention. Au cours des cinquante dernières années, Haïti est l’un des pays à avoir subi un fort taux d’émigration, surtout pour ce qui concerne sa classe moyenne. Ainsi, le pays a été privé de précieuses ressources humaines, de sa force motrice avec le départ d’innombrables techniciens et de professionnels de toutes sortes tels par exemple, des enseignants, des médecins, des infirmières, des hommes et femmes d’affaires. Il s’est donc créé un vide tant sur le plan démographique, social et économique. En effet, la classe moyenne , dans tous les pays, est celle qui fournit le plus haut taux de main d’oeuvre qualifiée tant au secteur privé qu’au secteur public. C’est elle qui procure généralement à l’Etat, la plus grande part de ses recettes fiscales. L’absence de la classe moyenne pour faire le pont entre la classe la plus riche et la moins favorisée, dans le cas d’Haïti, a eu pour conséquence directe, la désorganisation économique et sociale d’où l’affaiblissement progressif de l’Etat.
Pour ces raisons, une fois adopté un cadre légal approprié à la situstion, les dirigeants doivent, autant que possible, faire appel aux Haïtiens naturalisés de la diaspora pour rapidement reconstituer la classe moyenne haïtienne afin de combler le vide actuel. C’est une condition sine qua non si nous voulons réellement renverser la situation dans des délais raisonnables. Cette solution sera avantageuse pour toute la communauté nationale. Les élites autant que le peuple y trouveront leur compte. La solution à la crise haïtienne passe par la croissance, -augmentation de la richesse nationale- en même temps qu’un partage plus équitable. Cela n’est possible que dans la mesure où le pays arrive à se dôter de nouvelles structures sociales, politiques et économiques. La contribution de la diaspora semble incontournable. C’est faire preuve de sagesse et d’objectivité que de le reconnaître.
Les besoins sont immenses. l’Etat haïtien doit donc convier indistinctement tous les Haïtiens à un urgent coumbite national. Il faut constituer une meilleure fonction publique, un meilleur système d’éducation et de santé, développer le secteur économique, d’où le besoin de cadres, de professionnels et de techniciens divers : enseignants, médecins, infirmières, ingénieurs, agronomes, sociologues, économistes, avocats, informaticiens ou électroniciens, plombiers, électriciens, maçons , etc. Haïti est chanceuse de disposer d’une réserve aussi grande de compétence et d’expertise dans tous ces domaines. Ces québécois venus d’Haïti, livre récemment publié au Québec, qui ne porte que sur une infime partie de l’émigration haïtienne, en atteste. Il appartient maintenant aux dirigeants et aux leaders de prendre les bonnes décisions.
Ce sont là quelques-uns des motifs qui militent en faveur du retour en Haïti des Haïtiens de la diaspora et de la reconnaissance de leurs droits. Il est temps d’admettre que l’alliance des Haïtiens de l’intérieur avec ceux de la diaspora, naturalisés ou non, constitue la seule force pouvant entraîner le pays vers un avenir meilleur. Il faut donc éviter le piège de la discrimination et consentir des droits égaux à tous les Haïtiens. L’avenir du pays en dépend.
Amender la Constitution de 1987 devient de plus en plus impératif pour permettre de régler, une fois pour toute, la question de la double nationalité ainsi que celles portant sur la gouvernance et sur l’organisation des élections. Car Haïti ne peut se permettre d’investir aussi souvent de si fortes sommes dans des élections alors qu’il y a tant de besoins sociaux urgents à combler. Par ailleurs, il faut bien admettre qu’ un pays qui ne peut assumer les coûts de ses propres élections peut difficilement défendre son indépendance.
En terminant, il est souhaitable que nos dirigeants et nos leaders réfléchissent à la portée de leurs gestes en ce moment, car le pays a besoin de stabilité politique, économique et sociale et certains messages d’exclusion qui circulent, en ce moment, ne font que maintenir des incertitudes. Il faut surtout éviter de lancer des messages négatifs vis à vis des citoyens de la diaspora. Convenons que nous sommes tous des HAITIENS.
Je me réjouis, à la toute fin, des résultats du vote sur la motion de confiance envers le Premier Ministre haïtien. De nombreux parlementaires avec à leur tête, le président du Sénat, ont bien saisi l’importance de ce vote. Par ailleurs, divers groupes plaident en faveur d’un remaniement ministériel. Sans porter atteinte aux prérogatives de l’exécutif, il y a lieu de s’interroger sur sa pertinence , maintenant que les Ministres du Gouvernement ont acquis une certaine expérience et maîtrisent mieux leurs dossiers. Pourquoi alors ne pas les maintenir, autant que possible, en poste surtout s’ils ont atteint les objectifs fixés. Haïti ne peut se payer le luxe d’une nouvelle crise politique. Ses impacts seraient catastrophiques. Certes, si les circonstances l’exigent, tout citoyen a le devoir de réagir, mais de préférence, en faisant des critiques constructives. Car, la situation est complexe et les moyens limités. La conjoncture exige donc un front commun de tous les Haïtiens autour d’un projet de pays.
Contact « vegamic@hotmail.com
[1] Consultant senior en développement économique
jeudi 13 mars 2008
REPENSER HAITI AVEC LA JEUNESSE HAITIENNE
Haïti/ Canada : Lancement du projet « Repenser Haïti avec la jeunesse haïtienne »
mercredi 12 mars 2008
Par Cindy Drogue
P-au-P., 12 mars. 08 [AlterPresse] --- L’Association des Ingénieurs et Scientifiques Haïtiano-Canadiens (AIHC) lancera, Le 15 mars 2008, un projet inédit de visioconférences entre Haïti et sa diaspora (canadienne).
D’après le document de référence, le projet consiste à organiser et diffuser 10 visioconférences entre Montréal, Port-au-Prince et différentes villes de provinces ( Hinche et Jacmel pour la première conférence), sous le thème générique « Repenser Haïti avec la jeunesse haïtienne ».
L’hôte des visioconférences à Port-au-Prince sera la Faculté des Sciences de l’Université d’Etat d’Haïti et l’École de Polytechnique de l’Université de Montréal au Cananda.
AlterPresse a interrogé (par tchat) la coordonnatrice du projet, la journaliste Nancy Roc.
AlterPresse : Pouvez-vous nous préciser ce qui vous a motivé dans la conception de ce projet ?
Nancy Roc : D’abord, depuis mon arrivée au Québec, je me suis rendue compte de l’importance du rôle que peut jouer la diaspora en particulier à Montréal qui est un véritable « trésor de cerveaux » ; ceci, malgré une absence de vision gouvernementale sur l’apport concret de la diaspora au-delà des limites de la Constitution.
De plus, suite au dernier concert de Wyclef Jean à Port au Prince, j’ai constaté que les 100.00 jeunes présents ont chanté en anglais pendant deux heures de temps...dans un pays soit-disant à 60% d’analphabètes et je me suis rendue compte que l’on ne connaissait sans doute pas la jeunesse haïtienne aujourd’hui dans ses véritables composantes.
De ce constat, j’ai proposé cette idée de mieux explorer les donnes de la jeunesse au professeur Samuel Pierre qui a poursuivi l’idée en me proposant de mettre sur pied une série de visioconférences.
Apr : Avez-vous rencontré des obstacles dans l’élaboration du projet ?
N. Roc : Pour réaliser ce projet, l’Association des Ingénieurs et Scientifiques Haïtiano-Canadiens (AIHC) a du mettre sur pied un Comité de Coordination International, un Comité de Pilotage National ainsi que des comités locaux d’organisation dans chaque ville de province.
Les organisateurs de l’événement du 15 mars prochain ont dû faire preuve d’une détermination et d’une persévérance exemplaires pour pouvoir lancer le projet de ces visioconférences. En effet, ils ont fait face à de nombreux obstacles pour arriver à leur but : des obstacles d’ordre sociologique, des obstacles technologiques et financiers.
Pour l’ingénieur et Professeur Raymond Noël, président du Comité National de Pilotage, les obstacles sociologiques, qui selon lui ont été les plus importants « renvoient au scepticisme grandissant dans notre société, qui s’enferme hélas trop dans une culture de l’échec. Les réflexes qui s’en dégagent laissent peu de place à l’imagination, aux idées nouvelles, et bien entendu au goût du risque. Dans un tel contexte, la mobilisation de partenaires institutionnels et individuels est loin d’être aisée ».
D’autre part, dans un pays connu pour sa déficience en infrastructures, la mise en œuvre du projet comme prévu, dans les différentes villes ciblées, a vite fait face aux déficiences du pays en matière de pénétration des technologies de l’information : absence de fournisseurs d’accès Internet dans des villes, mauvaise qualité ou inexistence du signal de la TNH dans d’autres, indisponibilité de terminaux de visioconférence, limitation du réseau téléphonique, insuffisance du débit du signal Internet pour la visioconférence, etc.
Selon M. Raymond Noël, cela a amené dans un premier temps à réduire le nombre de villes participantes et risque de compromettre l’extension des visioconférences dans les provinces.
Toutefois, les organisateurs restent optimistes car pour le Professeur Samuel Pierre, « cette expérience unique qui consiste à mettre en situation de dialogue différentes villes du pays et un segment de la diaspora, par l’intermédiaire de ces technologies, constitue une démonstration éloquente de ce que le pays pourrait faire en termes de pratique démocratique (e-democracy), de formation à distance (e-learning), de commerce électronique (e-commerce), de télétravail et de télésanté.
Apr : Les jeunes qui auront la parole pendant les conférences, comment ont-ils été "choisis" ?
N. Roc : en demandant aux nombreuses organisations de jeunes à Montréal aussi bien qu’en Haïti de participer et de choisir des intervenants. Nous avons fait des partenariats avec de nombreuses associations de jeunes parmi lesquelles : l’Association Haïtienne pour le développement des TIC (AHTIC), Jeune Haïti / Fondation Espoir, l’École Supérieure d’Infotronic d’Haïti (ESIH), FOKAL, Réseau Citadelle- Cap Haïtien, IDEJEN, Jeunes unis pour la protection de l’environnement et le développement (JUPED), Mouvement Paysans Papaye (MPP) de Hinche.
A Montréal il y aura les jeunes de la Chaire de recherche industrielle en systèmes réseautiques mobiles de prochaines générations de l’École Polytechnique de l’Université de Montréal, de la Fondation Québec-Haïti pour une scolarisation universelle de qualité (QHASUQ), de la Fondation Canado-Haïtienne pour la promotion de l’excellence en éducation (FOCHAPEE), de la Jeune Chambre de Commerce Haïtienne et de la Maison d’Haïti. La visoconférence aura lieu à l’École de polytechnique de l’Université de Montréal et nous n’avons plus une place qui nous reste.
Apr : Pouvez-vous nous donner une idée du nombre de jeunes que vous envisagez de toucher ?
N. Roc : Pour la première visioconférence, nous allons toucher ( en transmission direct par satellite) 1.000 jeunes ( mille) : 200 à la Faculté des Sciences, 200 à Jacmel à travers l’Alliance française et 600 à Hinche. Le MPP a fait un travail extraordinaire de mobilisation pour ce projet. C’est ce que nous voulions car il faut que les villes s’approprient le projet pour être sélectionnées. Nous appelons à la participation et non à assister la population.
Le but principal de ce projet étant de donner la parole aux jeunes haitiens, les écouter et receuillir leurs revendications et idées dans une banque de données. À cet effet, il y aura aussi la tenue d’ateliers de travail dans chaque ville après les conférences et les comité locaux d’organisation (CLO) nous transmettront les travaux, ceux-ci seront analysés et ensuite distribuer à la presse à la fin de l’année.
Nous espérons que la réussite de cette première visioconférence encouragera d’autres partenaires à nous rejoindre, en particulier la communauté internationale qui n’a pas répondu à l’appel, sauf pour le PNUD et le Ministère des Relations Extérieures du Québec.
Apr : A ce propos, quels sont les bailleurs du projet ?
N. Roc : Le CONATEL, le Ministère de l’Éducation et de la Formation Professionnelle (MENFP), le Ministère des Haïtiens vivant à l’étranger (MHAVE), le Ministère de la Condition Féminine et aux Droits de la Femme (MCFDF), Ministère de la Santé et de la Population (MSPP)
Apr : Vous avez l’appui de nombreux médias également, c’est bien cela ?
N. Roc : Oui la presse a été formidable et nous avons l’appui de plusieurs médias dont : la Télévision Nationale d’Haïti (TNH), Télé Haïti, Télémax, Le Matin, Le Nouvelliste, Radio Métropole, Radio Vision 2000, Signal FM et Radio CKUT à Montréal avec Raymond Laurent qui nous a offert de retransmettre la visioconférence en direct sur www.ckut.ca.
La TNH s’est montrée formidable et nous tenons à remercier son directeur général, Pradel Henriquez. [1]
Apr : Quels résultats concrets attendez-vous de ce projet ?
N. Roc : L’objectif principal de ce projet est de contribuer à redonner l’espoir à une jeunesse exclue et à rendre Haïti plus attractif comme pays pour ses jeunes. Cette initiative permettra de mieux appréhender les attentes d’une jeunesse exclue des débats médiatiques et sociopolitiques autant de permettre un transfert de connaissances, à moindres coûts, vers la terre natale afin que cette génération ne soit pas sacrifiée comme les générations précédentes et qu’elle puisse avoir d’autres opportunités grâce à l’apport des TICs de l’extérieur.
Le projet « Repenser Haïti avec la jeunesse haïtienne » devrait permettre aux Haïtiens et Haïtiennes, restés au pays et dans la diaspora, de se faire une idée plus réaliste des attentes de la jeunesse haïtienne autant que de lui offrir des opportunités en matière de transferts de connaissance et de débouchés professionnels.
Nous espérons qu’un tel dispositif pourra à l’avenir servir à reconnecter le pays, dans ses composantes internes et externes, donnant ainsi corps à une « Haïti virtuel » qui déborderait le simple cadre des frontières nationales, l’Haïti du 21e siècle. Il permettrait également à ces diverses composantes de pouvoir débattre plus facilement des grands enjeux de la vie nationale, dans une quête de compréhension commune considérée comme passage obligé vers la cohésion sociale et point de départ de l’action concertée.
Nous espérons que les potentiels partenaires locaux et internationaux comprendront les enjeux inhérents à la réussite de ce projet pilote inédit. Il faut que les gens se rendent compte de l’importance du transfert des connaissances dans un pays où 83% des cadres se trouvent à l’étranger
Apr : Merci.
N. Roc : Merci beaucoup à vous et nous tenons particulièrement à remercier tous nos partenaires et invitons les autres à nous rejoindre sinon le projet ne pourra pas se poursuivre sur toute l’année. Ce serait une grande perte pour la jeunesse surtout que c’est une action civique et citoyenne et nous avons, tant à Montréal qu’à Port au Prince donné notre temps gratuitement pour ce projet.
Je tiens aussi à saluer la détermination du Professeur Samuel Pierre et celle des membres du Comité National de Pilotage sans lesquels nous aurions été découragés par la quantité d’obstacles qu’il fallait surmonter.
Apr : Merci.
La téléconférence du 15 mars sera retransmise en direct (1O h AM) sur la Télévision Nationale d’Haïti à travers le pays et sur www.ckut.ca à partir de 11hAM. Le champion du monde de boxe des super mi-moyens de la WBA, Joachim Alcine et la vedette internationale Wyclef Jean contribueront au lancement de cette première téléconférence.
Les programmes de la conférence du 15 mars et des suivantes sont disponibles sur le site du projet : http://www.haiti-quebec.ca/. [cd gp apr 12/03/2008 20:00]
[1] NDLR : AlterPresse est aussi partenaire du projet
mercredi 12 mars 2008
Par Cindy Drogue
P-au-P., 12 mars. 08 [AlterPresse] --- L’Association des Ingénieurs et Scientifiques Haïtiano-Canadiens (AIHC) lancera, Le 15 mars 2008, un projet inédit de visioconférences entre Haïti et sa diaspora (canadienne).
D’après le document de référence, le projet consiste à organiser et diffuser 10 visioconférences entre Montréal, Port-au-Prince et différentes villes de provinces ( Hinche et Jacmel pour la première conférence), sous le thème générique « Repenser Haïti avec la jeunesse haïtienne ».
L’hôte des visioconférences à Port-au-Prince sera la Faculté des Sciences de l’Université d’Etat d’Haïti et l’École de Polytechnique de l’Université de Montréal au Cananda.
AlterPresse a interrogé (par tchat) la coordonnatrice du projet, la journaliste Nancy Roc.
AlterPresse : Pouvez-vous nous préciser ce qui vous a motivé dans la conception de ce projet ?
Nancy Roc : D’abord, depuis mon arrivée au Québec, je me suis rendue compte de l’importance du rôle que peut jouer la diaspora en particulier à Montréal qui est un véritable « trésor de cerveaux » ; ceci, malgré une absence de vision gouvernementale sur l’apport concret de la diaspora au-delà des limites de la Constitution.
De plus, suite au dernier concert de Wyclef Jean à Port au Prince, j’ai constaté que les 100.00 jeunes présents ont chanté en anglais pendant deux heures de temps...dans un pays soit-disant à 60% d’analphabètes et je me suis rendue compte que l’on ne connaissait sans doute pas la jeunesse haïtienne aujourd’hui dans ses véritables composantes.
De ce constat, j’ai proposé cette idée de mieux explorer les donnes de la jeunesse au professeur Samuel Pierre qui a poursuivi l’idée en me proposant de mettre sur pied une série de visioconférences.
Apr : Avez-vous rencontré des obstacles dans l’élaboration du projet ?
N. Roc : Pour réaliser ce projet, l’Association des Ingénieurs et Scientifiques Haïtiano-Canadiens (AIHC) a du mettre sur pied un Comité de Coordination International, un Comité de Pilotage National ainsi que des comités locaux d’organisation dans chaque ville de province.
Les organisateurs de l’événement du 15 mars prochain ont dû faire preuve d’une détermination et d’une persévérance exemplaires pour pouvoir lancer le projet de ces visioconférences. En effet, ils ont fait face à de nombreux obstacles pour arriver à leur but : des obstacles d’ordre sociologique, des obstacles technologiques et financiers.
Pour l’ingénieur et Professeur Raymond Noël, président du Comité National de Pilotage, les obstacles sociologiques, qui selon lui ont été les plus importants « renvoient au scepticisme grandissant dans notre société, qui s’enferme hélas trop dans une culture de l’échec. Les réflexes qui s’en dégagent laissent peu de place à l’imagination, aux idées nouvelles, et bien entendu au goût du risque. Dans un tel contexte, la mobilisation de partenaires institutionnels et individuels est loin d’être aisée ».
D’autre part, dans un pays connu pour sa déficience en infrastructures, la mise en œuvre du projet comme prévu, dans les différentes villes ciblées, a vite fait face aux déficiences du pays en matière de pénétration des technologies de l’information : absence de fournisseurs d’accès Internet dans des villes, mauvaise qualité ou inexistence du signal de la TNH dans d’autres, indisponibilité de terminaux de visioconférence, limitation du réseau téléphonique, insuffisance du débit du signal Internet pour la visioconférence, etc.
Selon M. Raymond Noël, cela a amené dans un premier temps à réduire le nombre de villes participantes et risque de compromettre l’extension des visioconférences dans les provinces.
Toutefois, les organisateurs restent optimistes car pour le Professeur Samuel Pierre, « cette expérience unique qui consiste à mettre en situation de dialogue différentes villes du pays et un segment de la diaspora, par l’intermédiaire de ces technologies, constitue une démonstration éloquente de ce que le pays pourrait faire en termes de pratique démocratique (e-democracy), de formation à distance (e-learning), de commerce électronique (e-commerce), de télétravail et de télésanté.
Apr : Les jeunes qui auront la parole pendant les conférences, comment ont-ils été "choisis" ?
N. Roc : en demandant aux nombreuses organisations de jeunes à Montréal aussi bien qu’en Haïti de participer et de choisir des intervenants. Nous avons fait des partenariats avec de nombreuses associations de jeunes parmi lesquelles : l’Association Haïtienne pour le développement des TIC (AHTIC), Jeune Haïti / Fondation Espoir, l’École Supérieure d’Infotronic d’Haïti (ESIH), FOKAL, Réseau Citadelle- Cap Haïtien, IDEJEN, Jeunes unis pour la protection de l’environnement et le développement (JUPED), Mouvement Paysans Papaye (MPP) de Hinche.
A Montréal il y aura les jeunes de la Chaire de recherche industrielle en systèmes réseautiques mobiles de prochaines générations de l’École Polytechnique de l’Université de Montréal, de la Fondation Québec-Haïti pour une scolarisation universelle de qualité (QHASUQ), de la Fondation Canado-Haïtienne pour la promotion de l’excellence en éducation (FOCHAPEE), de la Jeune Chambre de Commerce Haïtienne et de la Maison d’Haïti. La visoconférence aura lieu à l’École de polytechnique de l’Université de Montréal et nous n’avons plus une place qui nous reste.
Apr : Pouvez-vous nous donner une idée du nombre de jeunes que vous envisagez de toucher ?
N. Roc : Pour la première visioconférence, nous allons toucher ( en transmission direct par satellite) 1.000 jeunes ( mille) : 200 à la Faculté des Sciences, 200 à Jacmel à travers l’Alliance française et 600 à Hinche. Le MPP a fait un travail extraordinaire de mobilisation pour ce projet. C’est ce que nous voulions car il faut que les villes s’approprient le projet pour être sélectionnées. Nous appelons à la participation et non à assister la population.
Le but principal de ce projet étant de donner la parole aux jeunes haitiens, les écouter et receuillir leurs revendications et idées dans une banque de données. À cet effet, il y aura aussi la tenue d’ateliers de travail dans chaque ville après les conférences et les comité locaux d’organisation (CLO) nous transmettront les travaux, ceux-ci seront analysés et ensuite distribuer à la presse à la fin de l’année.
Nous espérons que la réussite de cette première visioconférence encouragera d’autres partenaires à nous rejoindre, en particulier la communauté internationale qui n’a pas répondu à l’appel, sauf pour le PNUD et le Ministère des Relations Extérieures du Québec.
Apr : A ce propos, quels sont les bailleurs du projet ?
N. Roc : Le CONATEL, le Ministère de l’Éducation et de la Formation Professionnelle (MENFP), le Ministère des Haïtiens vivant à l’étranger (MHAVE), le Ministère de la Condition Féminine et aux Droits de la Femme (MCFDF), Ministère de la Santé et de la Population (MSPP)
Apr : Vous avez l’appui de nombreux médias également, c’est bien cela ?
N. Roc : Oui la presse a été formidable et nous avons l’appui de plusieurs médias dont : la Télévision Nationale d’Haïti (TNH), Télé Haïti, Télémax, Le Matin, Le Nouvelliste, Radio Métropole, Radio Vision 2000, Signal FM et Radio CKUT à Montréal avec Raymond Laurent qui nous a offert de retransmettre la visioconférence en direct sur www.ckut.ca.
La TNH s’est montrée formidable et nous tenons à remercier son directeur général, Pradel Henriquez. [1]
Apr : Quels résultats concrets attendez-vous de ce projet ?
N. Roc : L’objectif principal de ce projet est de contribuer à redonner l’espoir à une jeunesse exclue et à rendre Haïti plus attractif comme pays pour ses jeunes. Cette initiative permettra de mieux appréhender les attentes d’une jeunesse exclue des débats médiatiques et sociopolitiques autant de permettre un transfert de connaissances, à moindres coûts, vers la terre natale afin que cette génération ne soit pas sacrifiée comme les générations précédentes et qu’elle puisse avoir d’autres opportunités grâce à l’apport des TICs de l’extérieur.
Le projet « Repenser Haïti avec la jeunesse haïtienne » devrait permettre aux Haïtiens et Haïtiennes, restés au pays et dans la diaspora, de se faire une idée plus réaliste des attentes de la jeunesse haïtienne autant que de lui offrir des opportunités en matière de transferts de connaissance et de débouchés professionnels.
Nous espérons qu’un tel dispositif pourra à l’avenir servir à reconnecter le pays, dans ses composantes internes et externes, donnant ainsi corps à une « Haïti virtuel » qui déborderait le simple cadre des frontières nationales, l’Haïti du 21e siècle. Il permettrait également à ces diverses composantes de pouvoir débattre plus facilement des grands enjeux de la vie nationale, dans une quête de compréhension commune considérée comme passage obligé vers la cohésion sociale et point de départ de l’action concertée.
Nous espérons que les potentiels partenaires locaux et internationaux comprendront les enjeux inhérents à la réussite de ce projet pilote inédit. Il faut que les gens se rendent compte de l’importance du transfert des connaissances dans un pays où 83% des cadres se trouvent à l’étranger
Apr : Merci.
N. Roc : Merci beaucoup à vous et nous tenons particulièrement à remercier tous nos partenaires et invitons les autres à nous rejoindre sinon le projet ne pourra pas se poursuivre sur toute l’année. Ce serait une grande perte pour la jeunesse surtout que c’est une action civique et citoyenne et nous avons, tant à Montréal qu’à Port au Prince donné notre temps gratuitement pour ce projet.
Je tiens aussi à saluer la détermination du Professeur Samuel Pierre et celle des membres du Comité National de Pilotage sans lesquels nous aurions été découragés par la quantité d’obstacles qu’il fallait surmonter.
Apr : Merci.
La téléconférence du 15 mars sera retransmise en direct (1O h AM) sur la Télévision Nationale d’Haïti à travers le pays et sur www.ckut.ca à partir de 11hAM. Le champion du monde de boxe des super mi-moyens de la WBA, Joachim Alcine et la vedette internationale Wyclef Jean contribueront au lancement de cette première téléconférence.
Les programmes de la conférence du 15 mars et des suivantes sont disponibles sur le site du projet : http://www.haiti-quebec.ca/. [cd gp apr 12/03/2008 20:00]
[1] NDLR : AlterPresse est aussi partenaire du projet
dimanche 9 mars 2008
PORTRAIT D'HAITI...
Portrait d’Haïti : Deux mots sur les découvertes d’un chroniqueur canadien
samedi 8 mars 2008
Débat
Par Gary Olius
Soumis à AlterPresse le 5 mars 2008
En six jours, comme le grand Dieu qui a créé l’univers, un chroniqueur canadien croit avoir peint une image parfaite d’Haïti. J’ai examiné son chef-d’œuvre à la recherche que j’étais de cette extase que certains canado-haitiens m’ont fait part pour l’avoir eux-mêmes contemplé. Oh oui, je l’ai examiné avec ma raison tandis que d’autres – il me semble – ont été conditionnés à l’admirer ; c’est peut-être là toute la différence… J’ai passé au peigne fin le papier tel qu’il a été repris, assorti d’une introduction laudative, par un quotidien d’Haïti. Je l’ai lu, l’ai relu, j’y ai vu des vérités, des demi-vérités, des tentatives de galvaudage et j’y ai vu aussi des mensonges abjects. [1]
Ma démarche ici n’est pas pour présenter un compte-rendu de lecture de ce texte dont je ne connaîtrai jamais le vrai but, elle n’est non plus pour commenter systématiquement tout ce qui y a été relaté, elle est plutôt pour répondre à une accusation voilée du chroniqueur qui fait de l’Haïtien un menteur pathologique et aussi pour commenter son idée (…) faisant croire que l’amour de l’Haïtien pour son pays est une espèce de masturbation.
Le « savant-chroniqueur » a su faire, en six jours, ce que des spécialistes d’Haïti comme Mats Lundahl, Gérard Barthélemy, Caprio etc… n’ont pas pu faire durant toute leur carrière de chercheur. Comme par miracle, il a découvert que ‘personne ne dit la vérité dans ce foutu pays’. Cette généralisation dont lui-seul a le secret, il l’a tirée de son contact avec un certain Lenz qui sera sou peu au Canada et de deux Haïtiennes qui ont vécu au Canada. On dirait que Monsieur Lagacé a été envoyé pour prêcher cette vérité inexistante en Haïti, ressortissant qu’il est d’un pays qui en a le monopole.
Personne en Haïti ne dit la vérité, donc, l’Haïtien est le prototype même du mensonge. Il ne peut être homme de science, il ne peut rien construire, il est à fuir et est tout juste bon pour la prison. Pourtant, lors de son séjour dans ce pays du mensonge, le chroniqueur a cru pouvoir tirer des données et des informations de la bouche des menteurs qu’il a rencontrés, matière première pouvant lui permettre de garnir de vérités son carnet de diagnostics (pardon ! de voyage). Et comme à Port-au-Prince, dit-il, il y a toutes les pollutions, l’homme véridique qu’est Lagacé y a peut être pollué son esprit, son jugement et sa moralité et c’est assurément pour cela que dans son texte il utilise abondamment le mot “bullshit”et a accouché tant d’autres perles rares de la même espèce. Je regrette que, comme beaucoup d’étrangers pressés de tirer des conclusions sur Haïti, il ne réalise pas que l’Haïtien est comme un miroir clair et fidèle, en le regardant de très près l’observateur ne peut se faire de doute sur ce qu’il voit. Son propre visage…
On dirait aussi que l’amour que les Haïtiens nourrissent pour Haïti agace Lagacé, puisque son diagnostic l’amène à croire dur comme fer qu’on ne saurait aimé un pays cassé. Sans concession, il dit : “C’est peut-être cet amour qui les pousse, remarquez, à constamment bullshiter”. Si je parlais son langage, je lui dirais : c’est aussi bullshiter de prétendre que Haïti s’est cassée d’elle-même et que le poids du colonialisme ou de son pendant moderne - l’impérialisme rampant - n’y est pour rien. M’accrochant à mon latin, je vais rendre Lagacé plus agacé en lui apprenant que l’amour de l’Haïtien pour son pays (son patriotisme même) a subi deux siècles de bombardement massif et a remarquablement résisté. Les formules du genre “Haïti n’existe pas”, “Haïti est un pays Cassé”, “Haïti, premier H des 4H/SIDA” etc. sont très familières à tous les haïtiens et n’ont pas su saper leur attachement pour leur terre. C’est d’ailleurs ce qui rend fous de rage des envoyés comme lui. Le patriotisme haïtien résiste à la pauvreté n’étant pas basé sur le matérialisme plat, il résiste au dénigrement n’étant pas une simple image peinte pour la consommation des médias, il est imperméable à la médisance étant pourvu d’une réalité invariable et il restera à jamais indestructible car il est d’une nature insondable et insaisissable…
samedi 8 mars 2008
Débat
Par Gary Olius
Soumis à AlterPresse le 5 mars 2008
En six jours, comme le grand Dieu qui a créé l’univers, un chroniqueur canadien croit avoir peint une image parfaite d’Haïti. J’ai examiné son chef-d’œuvre à la recherche que j’étais de cette extase que certains canado-haitiens m’ont fait part pour l’avoir eux-mêmes contemplé. Oh oui, je l’ai examiné avec ma raison tandis que d’autres – il me semble – ont été conditionnés à l’admirer ; c’est peut-être là toute la différence… J’ai passé au peigne fin le papier tel qu’il a été repris, assorti d’une introduction laudative, par un quotidien d’Haïti. Je l’ai lu, l’ai relu, j’y ai vu des vérités, des demi-vérités, des tentatives de galvaudage et j’y ai vu aussi des mensonges abjects. [1]
Ma démarche ici n’est pas pour présenter un compte-rendu de lecture de ce texte dont je ne connaîtrai jamais le vrai but, elle n’est non plus pour commenter systématiquement tout ce qui y a été relaté, elle est plutôt pour répondre à une accusation voilée du chroniqueur qui fait de l’Haïtien un menteur pathologique et aussi pour commenter son idée (…) faisant croire que l’amour de l’Haïtien pour son pays est une espèce de masturbation.
Le « savant-chroniqueur » a su faire, en six jours, ce que des spécialistes d’Haïti comme Mats Lundahl, Gérard Barthélemy, Caprio etc… n’ont pas pu faire durant toute leur carrière de chercheur. Comme par miracle, il a découvert que ‘personne ne dit la vérité dans ce foutu pays’. Cette généralisation dont lui-seul a le secret, il l’a tirée de son contact avec un certain Lenz qui sera sou peu au Canada et de deux Haïtiennes qui ont vécu au Canada. On dirait que Monsieur Lagacé a été envoyé pour prêcher cette vérité inexistante en Haïti, ressortissant qu’il est d’un pays qui en a le monopole.
Personne en Haïti ne dit la vérité, donc, l’Haïtien est le prototype même du mensonge. Il ne peut être homme de science, il ne peut rien construire, il est à fuir et est tout juste bon pour la prison. Pourtant, lors de son séjour dans ce pays du mensonge, le chroniqueur a cru pouvoir tirer des données et des informations de la bouche des menteurs qu’il a rencontrés, matière première pouvant lui permettre de garnir de vérités son carnet de diagnostics (pardon ! de voyage). Et comme à Port-au-Prince, dit-il, il y a toutes les pollutions, l’homme véridique qu’est Lagacé y a peut être pollué son esprit, son jugement et sa moralité et c’est assurément pour cela que dans son texte il utilise abondamment le mot “bullshit”et a accouché tant d’autres perles rares de la même espèce. Je regrette que, comme beaucoup d’étrangers pressés de tirer des conclusions sur Haïti, il ne réalise pas que l’Haïtien est comme un miroir clair et fidèle, en le regardant de très près l’observateur ne peut se faire de doute sur ce qu’il voit. Son propre visage…
On dirait aussi que l’amour que les Haïtiens nourrissent pour Haïti agace Lagacé, puisque son diagnostic l’amène à croire dur comme fer qu’on ne saurait aimé un pays cassé. Sans concession, il dit : “C’est peut-être cet amour qui les pousse, remarquez, à constamment bullshiter”. Si je parlais son langage, je lui dirais : c’est aussi bullshiter de prétendre que Haïti s’est cassée d’elle-même et que le poids du colonialisme ou de son pendant moderne - l’impérialisme rampant - n’y est pour rien. M’accrochant à mon latin, je vais rendre Lagacé plus agacé en lui apprenant que l’amour de l’Haïtien pour son pays (son patriotisme même) a subi deux siècles de bombardement massif et a remarquablement résisté. Les formules du genre “Haïti n’existe pas”, “Haïti est un pays Cassé”, “Haïti, premier H des 4H/SIDA” etc. sont très familières à tous les haïtiens et n’ont pas su saper leur attachement pour leur terre. C’est d’ailleurs ce qui rend fous de rage des envoyés comme lui. Le patriotisme haïtien résiste à la pauvreté n’étant pas basé sur le matérialisme plat, il résiste au dénigrement n’étant pas une simple image peinte pour la consommation des médias, il est imperméable à la médisance étant pourvu d’une réalité invariable et il restera à jamais indestructible car il est d’une nature insondable et insaisissable…
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