Irak, cinq ans après : Les raisons d’une guerre
vendredi 28 mars 2008
Par Alain Saint Victor
Soumis à AlterPresse le 27 mars 2008
Pour justifier la guerre en Irak, l’administration Bush est passée par différentes élucubrations : la raison principale en était au départ l’élimination des armes de destruction massive afin d’empêcher l’Irak de briser « l’équilibre » dans la région et devenir ainsi une menace. Lorsqu’il paraissait évident que ces fameuses armes étaient fictives, d’autres prétextes pour justifier la continuation de la guerre et l’occupation du pays s’avéraient nécessaires. On faisait appel à la propagande de base, celle qui, depuis le début du XXe siècle, sert de justifications aux différentes interventions américaines : la promotion de la démocratie. Puisque l’Irak, par faute d’armes, ne pouvait constituer une menace pour ses voisins, il fallait alors libérer le peuple irakien du joug de Saddam Hussein. Pour l’administration Bush, cette perception de la mission de l’armée américaine en Irak devait être claire, et qu’il fallait, pour la consommation locale, que cette vision de la guerre ne soit pas remise en question.
Pendant les trois premières années, les grand médias et même la majorité des membres du Sénat et du Congrès américains s’y conformèrent et décidèrent de soutenir le président (les voix dissidentes se faisaient de plus en plus rares dans le contexte de l’après 11 septembre), ceci, ne l’oublions pas, malgré le fait que l’ONU émit des réserves et n’autorisa pas « officiellement » l’invasion du pays.
Or, face au désastre de la guerre, les raisons mises en avant pour la justifier devenaient de moins en moins efficaces, et il a fallu répéter des centaines de fois en différentes occasions les raisons pour lesquelles cette guerre fut nécessaire.
Une étude publiée par « The Center for Public Integrity [1] » fait état de « 232 fausses déclarations (de la part de Bush) concernant les armes de destruction massive, 28 autres fausses déclarations sur la question du lien existant entre l’Irak et Al Qaeda. Le secrétaire d’État, Colin Powell fit 244 fausses déclarations relatives aux armes de destruction massive et 10 à propos du lien entre l’Irak et Al Qaeda. Rumsfield et Fleischer ont chacun fait 109 fausses déclarations, suivis par Wolfowitz (avec 85), Rice (avec 56), Cheney (avec 48), and McClellan (avec14) ». N’est-ce pas faire sien le principe du brillant ministre de la propagande d’Hitler, Joseph Goebbels (1897-1945), principe selon lequel on pouvait faire croire au peuple, en utilisant une propagande efficace et répétitive, les mensonges les plus invraisemblables. Et, comme de fait, l’effet cumulatif de ces fausses déclarations était massif, souligne l’organisme, et « avec le concours des médias, on créait un vacarme continu durant les premiers mois de la guerre… », vacarme conçu pour rendre toute critique inacceptable, ou du moins risquée. Certains journalistes vont être forcés de démissionner pour avoir remis en question les prétextes pour justifier la guerre, ou encore pour en avoir critiqué le déroulement. Durant les deux premières années de l’occupation, les grands médias s’organisèrent de telle façon, qu’ils étaient devenus, comme le souhaitait Goebbels, « un piano sur lequel puisse jouer le gouvernement. »
Mais si au début il était plutôt facile à une partie de la grande presse [2] de soutenir la politique belliciste de l’administration Bush, depuis au moins trois ans, la guerre a pris une telle tournure que continuer à épauler le président américain aurait été une erreur : on compte maintenant plus de quatre mille soldats américains tués, plus de trente mille blessés, dont treize mille gravement. Du côté irakien, on dénombrerait entre 90 000 et un million de morts. Durant seulement la semaine du 9 au 16 mars, 247 civils ont trouvé la mort, parmi lesquels plusieurs enfants [3].
Du point de vu économique, on commence à peine à mesurer les conséquences de cette guerre. Selon certaines estimations, elle aurait coûté plus de cinq cent milliards de dollars à l’économie américaine, mais pour le prix Nobel de l’économie Joseph Stiglitz, ces calculs sont au bas mot de ce que représente la réalité. Dans un article publié sur le site du Times [4], il estime le coût de la guerre à trois mille milliards de dollars. « Le coût des opérations directes de la guerre, explique Stiglitz, - non incluant ceux à long terme comme les soins médicaux des vétérans – a déjà excédé le coût de la guerre de 12 ans du Vietnam et représente plus du double du coût de la guerre de Corée. » La seule guerre dans l’histoire américaine, remarque l’économiste, dont les coûts dépassent ceux de la guerre d’Irak est la deuxième guerre mondiale. Et même cette assertion est vraie que si l’on considère ces coûts en terme absolu ; si l’on compare le coût par soldat, la guerre d’Irak dépasse de loin celle de la deuxième guerre ($400 000 contre 100 000).
À ce rythme, il n’est pas étonnant que l’invasion d’Irak occupe une place importante dans les élections américaines actuelles. Bien entendu, les débats se font autour de décisions portant sur des stratégies, de moyens logistiques et d’intelligences. Historiquement, les invasions américaines sont toujours justifiées essentiellement sur le plan de l’idéologie de la liberté, plus particulièrement de la défense de la liberté à travers le monde ; et cela même si plusieurs officiels de différentes administrations justifient les guerres en prenant pour base « les intérêts américains » dans le monde.
La guerre en Irak a certes une raison économique, mais celle-ci ne réduit pas simplement à la question de l’expropriation du pétrole irakien - la presse traditionnelle y fait allusion pour ridiculiser ceux qui prétendent que l’objectif de l’invasion serait l’accaparement des ressources pétrolifères irakiennes. Les États-Unis ont eu toujours suffisamment accès au pétrole du moyen orient pour que cela ne justifie une guerre, particulièrement une guerre aussi importante que celle d’aujourd’hui en Irak. L’objectif principal, comme l’explique le linguiste, politologue et philosophe Noam Chomsky, « ce n’est pas d’accéder mais de contrôler [5] » la réserve de pétrole d’Irak, qui constitue la deuxième réserve en importance au monde. « Le contrôle de ces ressources, remarque Chomsky, donnerait aux Etats-Unis un avantage économique et stratégique par rapport aux pays industrialisés rivaux… ».
Mais de façon générale, l’invasion de l’Irak n’est-elle pas surtout symptomatique d’une crise profonde du système néolibéral, comme le pense le géographe britannique David Harvey ? Depuis les années 1970, la priorité accordée au capitalisme financier a permis aux Etats-Unis d’exercer son hégémonie sur l’économie mondiale, en assurant, particulièrement avec l’aide d’institutions comme le FMI et la banque mondiale, une nouvelle forme d’accumulation que Harvey appelle « accumulation par dépossession [6] ».
Ce système qui permet la reproduction du capital au moyen de sa mondialisation commence à s’essouffler, et dans le cas où l’hégémonie économique américaine est véritablement remise en question - surtout par les économies asiatiques qui occupent une place de plus en plus importante dans l’économie mondiale - la guerre pourrait devenir inévitable, car, comme l’explique Harvey, il est difficile d’imaginer que les classes dominantes états-uniennes puissent opter pour l’investissement social, qui permettrait à long terme de résorber la crise. Mais pour combien de temps encore l’option militaire peut-elle perdurer ?
[1] Voir : www.publicintegrity.org
[2] Une bonne partie de la presse de droite et surtout celle d’extrême droite soutient jusqu’à présent la politique de guerre de Bush.
[3] Voir le site : www.irakbodycount.org
[4] The three trillion dollar war by Joseph Stiglitz and Linda Bilmes dans www.timesonline.co.uk
[5] Pourquoi les Etats-Unis ont-ils envahi l’Irak, Noam Chomsky, Znet, 27 décembre 2006
[6] Harvey, David ; The New Imperialism, Oxford, 2005
samedi 29 mars 2008
jeudi 27 mars 2008
LE FAUX PROCES DE BOULOS
Le faux procès de Boulos
Jean Erich René
erich@mondenet.com
22 mars 08
Le débat orageux qui se déroule au sujet de la double nationalité sur la toile, au Parlement et qui fait les frais de presque toutes les conversations nous inquiète. A travers le profil du Sénateur Rudolph Boulos se détache l'image d'un nombre imposant d'Haïtiens et d'Haïtiennes qui se trouvent dans une situation similaire tant dans la diaspora que parmi les parlementaires et les membres de l'Exécutif haïtien. Le dixième Département se sent menacé. Nous alertons l'opinion publique nationale sur l'importance de la problématique de la double nationalité qui par sa complexité et son étendue peut prendre la dimension d'un drame fatal pour l'avenir de la société haïtienne.
Nous ne voulons pas contester les articles de la Constitution par rapport à la double nationalité, ce serait nous contredire! Nous ne sommes l'avocat de personne. Cependant nous nous constituons comme parti civil en demandant à nos donneurs de leçons de faire preuve d'éthique en plaçant la double nationalité dans son contexte légal et social. Les moralistes peuvent trouver mineuses les raisons qui portent certains de nos compatriotes à avoir une autre nationalité sans pour autant renoncer à leur statut légal d'Haïtiens et d'Haïtiennes mais l'évidence saute aux yeux. Il est totalement incohérent de reprocher à certains enfants nés à l'Étranger de ne pas jouir de la Nationalité haïtienne. Ils n'ont pas choisi la Nationalité du pays ou ils sont nés. Ils l'ont acquise naturellement ' juris solis, comme le Sénateur Rudolph Boulos, en fonction de la législation de certains pays comme les USA, le Canada et la France etc. Les tribunes les plus suspectes ont capté la balle au bond pour en faire une opération marketing autour de leurs propres chapelles. Des arguments spécieux sont invoqués sans tenir compte de leurs impacts négatifs .
L'actualité de ce combat sollicite la force de la littérature pour éplucher le dossier et faire une mise au point judicieuse et objective. L'aspect le plus accablant c'est le silence total de nos Hommes politiques. Le Sénateur Boulos n'ira pas seul au tribunal. Il est membre d'un Parti Politique qui l'a choisi pour être son représentant dans le Nord-est. Il avait fait le dépôt légal de sa candidature devant le Conseil Électoral Provisoire. S'il est coupable d'un crime quelconque, selon le code pénal: auteurs, co-auteurs et complices doivent connaître le même sort. Il en est de même pour son compagnon d'infortune Ultimo Compère.
Pour être candidat au sénat, le citoyen doit présenter son certificat de naissance délivré par les services compétents. Alors comment Boulos a-t-il pu avoir un tel document en sa possession sans soulever aucun soupçon. L'affaire Boulos traduit la situation de corruption du système judiciaire et du manque d'honnêteté des Chefs de nos Partis Politiques. Comment Victor Benoît a-t-il pu recruter l'intéressé? En une telle occurrence les Chefs de la Fusion et de l'Espoir, nous voulons citer Victor Benoît et René Préval et/ou les membres des directoires de ces deux Partis doivent se présenter devant le Juge d'Instruction de Première Instance pour répondre de leur forfait pour avoir intégré des étrangers dans les affaires politiques haïtiennes. Nul n'est au-dessus de la loi.
Le Conseil Électoral Provisoire ou CEP a pour mission de dresser un filtre pour trier les pièces déposées par les Candidats. La Nationalité doit figurer dans les premières lignes de la déclinaison des nom, prénom, date de naissance, lieu de naissance et état civil. De toutes les façons dans les préliminaires de l'enquête sur l'identité d'un candidat on ne peut pas rater sa nationalité. Comment le CEP n'a-t-il pas pu relever la nationalité étrangère de Rudolph Boulos et Ultimo Compère. Ont-ils fraudé? Si oui comment la Commission sénatoriale d'enquête sur la double nationalité par un coup de fil au Service de l'Immigration d'Haïti a-t-elle pu obtenir avec célérité des informations abondantes sur le type de passeport qui trahit l'appartenance étrangère des accusés. Le CEP dispose aussi des mêmes moyens pour s'enquérir sur les candidats. De deux choses l'une ou bien le formulaire d'enquête est mal bâti ou encore les membres du CEP sont de mèche avec les candidats. Dans ce cas ils doivent répondre de leur crime pour complicité. La loi est une pour tous. S'il n'y a pas deux poids et deux mesures, la même balance qui a pesé Rudolph Boulos et Ultimo Compère et qui les a jugé coupables, doit jauger également d'autres membres du Parlement dont 30 d'entre eux se trouvent dans la même situation que nos deux premières victimes c'est-à-dire ont une nationalité étrangère. Le député de Pétion-Ville, beau-frère de René Préval n'est-il pas américain? Et le Président ne serait pas sans le savoir! Le Secrétaire Général d'un Parti Socialiste en lutte ne serait-il pas belge. Certains Ministres et même la Garde des Sceaux n'ont-ils pas une autre nationalité. Que celui, qui dans le Gouvernement de Préval n'a pas une autre nationalité, jette la première pierre à Rudolph Boulos. Si l'enquête se poursuit à peine les plus justes seront sauvés et on sera forcé de décréter les élections générales avant 2011.
Si on fait une analyse cas par cas des dossiers de Boulos et de Compère les espèces ne sont pas du tout les mêmes. Au prime abord nous vous assurons que Rudolph Boulos n'a fait aucune faute mais il a seulement commis une erreur. Il croit pouvoir affronter les vagues hostiles qui l'assaillent, .puisqu'il est muni d'un bouclier légal. Et l'épreuve des coups bas! Mettons de coté les bas instincts qui animent la discussion autour de la double nationalité donnant lieu à certains acrobates de la pensée délétère l'opportunité de cracher leurs haines et leurs frustrations. Au nom de la vérité, faisons une approche objective et rigoureuse du dossier de Boulos qui ne fait nullement partie du cercle de nos amis. Et Dieu nous met matériellement à l'abri de certaines bassesses. Nous déclarons publiquement que le sénateur du Nord-est répond sur toutes les coutures aux exigences de l'article 11 de la Constitution de 1987 qui stipule :
ARTICLE 11: "Possède la Nationalité Haïtienne d'origine, tout individu né d'un père haïtien ou d'une mère haïtienne qui eux-mêmes sont nés Haïtiens et n'avaient jamais renoncé à leur nationalité au moment de la naissance". Où est la faute? L'erreur de Boulos vient du fait que dès l'éclatement de cette affaire il n'a pas dévoilé sa nationalité américaine. Là encore il ne l'a pas choisie. Il est né aux États-unis, juis solis il est citoyen américain. Pour condamner quelqu'un pour un crime il faut un jugement et une procédure qui s'appuie sur la loi. Ce cas d'espèce n'est pas prévu par le législateur. Maintenant c'est une pratique courante pour les familles haïtiennes d'accoucher aux USA. Le président Préval ne se fait-il pas soigner à l'étranger ordinairement? L'argument qui veut que Boulos ait renoncé à sa nationalité est mensonger. Cependant Boulos est à la fois américain et haïtien. Il a deux nationalités différentes donc deux passeports distincts. De ce fait il butte contre l'article 15 de la Constitution de 1987 qui précise:
ARTICLE 15: La double nationalité haïtienne et étrangère n'est admise dans aucun cas. Le cas de Ultimo Compère est différent parce qu'il s'est naturalisé américain. Il tombe sous le coup de l'article 13a de la Constitution de 1987:
ARTICLE 13: La Nationalité haïtienne se perd par : a) La Naturalisation acquise en Pays étranger; Le sénateur Compère doit affronter prochainement la Justice américaine parce qu'il a violé le serment solennel qu'il a prononcé lors de son intronisation.
Voici la version française :
J'affirme par la présente, sous serment, que Je renonce et abjure absolument et entièrement toute allégeance et fidélité à n'importe quel prince étranger, potentat, état, ou souveraineté dont j'ai été jusqu'ici un sujet ou un citoyen ; que je soutiendrai et défendrai la constitution et les lois des Etats-Unis d'Amérique contre tous les ennemis, étrangers et domestiques ; que je soutiendrai la foi et l'allégeance vraies à la même chose ; que je porterai les armes au nom des Etats-Unis quand c'est requis par la loi ; que j'assurerai le service de non-combattant dans les Forces Armées des Etats-Unis quand c'est requis par la loi ; que j'effectuerai le travail d'importance nationale sous la direction civile quand c'est requis par la loi ; et pour cela je prends cet engagement librement sans aucune arrière pensée ou intention d'évasion ; que Dieu m'aide.
Des deux cotés le mal va mal finir pour le sénateur de l'Espoir Ultimo Compère .En dépit de tout, le Sénat a outrepassé ses droits et n'a aucun pouvoir pour chasser un membre du Parlement avant qu'il ne soit entendu par un Tribunal de droit commun selon les articles : 112.1 et 113 de la Constitution de 1987
ARTICLE 112.1: Chaque Chambre peut appliquer à ses membres pour conduite répréhensible, par décision prise à la majorité des 2/3, des peines disciplinaires sauf, celle de la radiation.
ARTICLE 113: Sera déchu de sa qualité de député ou de sénateur, tout membre du Corps législatif qui, pendant la durée de son mandat, aura été frappé d'une condamnation prononcée par un tribunal de droit commun qui a acquis autorité de chose jugée et entraîne l'inéligibilité .
Les Sénateur Rudolph Boulos et Ultimo Compère ont t-il été entendus et condamnés par un Tribunal de Droit commun? De quel Chef le Sénat exige leur démission ? Dans le traitement de ces dossiers, la haine et la colère se mélangent de façon détonante. L'incohérence de la Commission sénatoriale d'enquête sur la double nationalité vient de pressions politiques dirigées. La performance du Sénateur Boulos auprès de ses mandants du Nord-est et son aura a Cité Soleil font des jaloux. Ses aventures galantes avec la Reine ne sont pas à exclure! « Partager sa moitié, est-ce que cela comporte. Je suis presque obligé de les mettre à la porte. » (Le Cocu, Paroles et Musique de Georges Brassens). En effet, les arguments spécieux soulevés pour mettre le Sénateur Boulos à la porte relèvent d'un faux procès. Dans un État de droit c'est la loi qui prime. Singulier petit pays! Ceux qui font les lois les ignorent. L'histoire dira le reste.
Jean Erich René
erich@mondenet.com
22 mars 08
Le débat orageux qui se déroule au sujet de la double nationalité sur la toile, au Parlement et qui fait les frais de presque toutes les conversations nous inquiète. A travers le profil du Sénateur Rudolph Boulos se détache l'image d'un nombre imposant d'Haïtiens et d'Haïtiennes qui se trouvent dans une situation similaire tant dans la diaspora que parmi les parlementaires et les membres de l'Exécutif haïtien. Le dixième Département se sent menacé. Nous alertons l'opinion publique nationale sur l'importance de la problématique de la double nationalité qui par sa complexité et son étendue peut prendre la dimension d'un drame fatal pour l'avenir de la société haïtienne.
Nous ne voulons pas contester les articles de la Constitution par rapport à la double nationalité, ce serait nous contredire! Nous ne sommes l'avocat de personne. Cependant nous nous constituons comme parti civil en demandant à nos donneurs de leçons de faire preuve d'éthique en plaçant la double nationalité dans son contexte légal et social. Les moralistes peuvent trouver mineuses les raisons qui portent certains de nos compatriotes à avoir une autre nationalité sans pour autant renoncer à leur statut légal d'Haïtiens et d'Haïtiennes mais l'évidence saute aux yeux. Il est totalement incohérent de reprocher à certains enfants nés à l'Étranger de ne pas jouir de la Nationalité haïtienne. Ils n'ont pas choisi la Nationalité du pays ou ils sont nés. Ils l'ont acquise naturellement ' juris solis, comme le Sénateur Rudolph Boulos, en fonction de la législation de certains pays comme les USA, le Canada et la France etc. Les tribunes les plus suspectes ont capté la balle au bond pour en faire une opération marketing autour de leurs propres chapelles. Des arguments spécieux sont invoqués sans tenir compte de leurs impacts négatifs .
L'actualité de ce combat sollicite la force de la littérature pour éplucher le dossier et faire une mise au point judicieuse et objective. L'aspect le plus accablant c'est le silence total de nos Hommes politiques. Le Sénateur Boulos n'ira pas seul au tribunal. Il est membre d'un Parti Politique qui l'a choisi pour être son représentant dans le Nord-est. Il avait fait le dépôt légal de sa candidature devant le Conseil Électoral Provisoire. S'il est coupable d'un crime quelconque, selon le code pénal: auteurs, co-auteurs et complices doivent connaître le même sort. Il en est de même pour son compagnon d'infortune Ultimo Compère.
Pour être candidat au sénat, le citoyen doit présenter son certificat de naissance délivré par les services compétents. Alors comment Boulos a-t-il pu avoir un tel document en sa possession sans soulever aucun soupçon. L'affaire Boulos traduit la situation de corruption du système judiciaire et du manque d'honnêteté des Chefs de nos Partis Politiques. Comment Victor Benoît a-t-il pu recruter l'intéressé? En une telle occurrence les Chefs de la Fusion et de l'Espoir, nous voulons citer Victor Benoît et René Préval et/ou les membres des directoires de ces deux Partis doivent se présenter devant le Juge d'Instruction de Première Instance pour répondre de leur forfait pour avoir intégré des étrangers dans les affaires politiques haïtiennes. Nul n'est au-dessus de la loi.
Le Conseil Électoral Provisoire ou CEP a pour mission de dresser un filtre pour trier les pièces déposées par les Candidats. La Nationalité doit figurer dans les premières lignes de la déclinaison des nom, prénom, date de naissance, lieu de naissance et état civil. De toutes les façons dans les préliminaires de l'enquête sur l'identité d'un candidat on ne peut pas rater sa nationalité. Comment le CEP n'a-t-il pas pu relever la nationalité étrangère de Rudolph Boulos et Ultimo Compère. Ont-ils fraudé? Si oui comment la Commission sénatoriale d'enquête sur la double nationalité par un coup de fil au Service de l'Immigration d'Haïti a-t-elle pu obtenir avec célérité des informations abondantes sur le type de passeport qui trahit l'appartenance étrangère des accusés. Le CEP dispose aussi des mêmes moyens pour s'enquérir sur les candidats. De deux choses l'une ou bien le formulaire d'enquête est mal bâti ou encore les membres du CEP sont de mèche avec les candidats. Dans ce cas ils doivent répondre de leur crime pour complicité. La loi est une pour tous. S'il n'y a pas deux poids et deux mesures, la même balance qui a pesé Rudolph Boulos et Ultimo Compère et qui les a jugé coupables, doit jauger également d'autres membres du Parlement dont 30 d'entre eux se trouvent dans la même situation que nos deux premières victimes c'est-à-dire ont une nationalité étrangère. Le député de Pétion-Ville, beau-frère de René Préval n'est-il pas américain? Et le Président ne serait pas sans le savoir! Le Secrétaire Général d'un Parti Socialiste en lutte ne serait-il pas belge. Certains Ministres et même la Garde des Sceaux n'ont-ils pas une autre nationalité. Que celui, qui dans le Gouvernement de Préval n'a pas une autre nationalité, jette la première pierre à Rudolph Boulos. Si l'enquête se poursuit à peine les plus justes seront sauvés et on sera forcé de décréter les élections générales avant 2011.
Si on fait une analyse cas par cas des dossiers de Boulos et de Compère les espèces ne sont pas du tout les mêmes. Au prime abord nous vous assurons que Rudolph Boulos n'a fait aucune faute mais il a seulement commis une erreur. Il croit pouvoir affronter les vagues hostiles qui l'assaillent, .puisqu'il est muni d'un bouclier légal. Et l'épreuve des coups bas! Mettons de coté les bas instincts qui animent la discussion autour de la double nationalité donnant lieu à certains acrobates de la pensée délétère l'opportunité de cracher leurs haines et leurs frustrations. Au nom de la vérité, faisons une approche objective et rigoureuse du dossier de Boulos qui ne fait nullement partie du cercle de nos amis. Et Dieu nous met matériellement à l'abri de certaines bassesses. Nous déclarons publiquement que le sénateur du Nord-est répond sur toutes les coutures aux exigences de l'article 11 de la Constitution de 1987 qui stipule :
ARTICLE 11: "Possède la Nationalité Haïtienne d'origine, tout individu né d'un père haïtien ou d'une mère haïtienne qui eux-mêmes sont nés Haïtiens et n'avaient jamais renoncé à leur nationalité au moment de la naissance". Où est la faute? L'erreur de Boulos vient du fait que dès l'éclatement de cette affaire il n'a pas dévoilé sa nationalité américaine. Là encore il ne l'a pas choisie. Il est né aux États-unis, juis solis il est citoyen américain. Pour condamner quelqu'un pour un crime il faut un jugement et une procédure qui s'appuie sur la loi. Ce cas d'espèce n'est pas prévu par le législateur. Maintenant c'est une pratique courante pour les familles haïtiennes d'accoucher aux USA. Le président Préval ne se fait-il pas soigner à l'étranger ordinairement? L'argument qui veut que Boulos ait renoncé à sa nationalité est mensonger. Cependant Boulos est à la fois américain et haïtien. Il a deux nationalités différentes donc deux passeports distincts. De ce fait il butte contre l'article 15 de la Constitution de 1987 qui précise:
ARTICLE 15: La double nationalité haïtienne et étrangère n'est admise dans aucun cas. Le cas de Ultimo Compère est différent parce qu'il s'est naturalisé américain. Il tombe sous le coup de l'article 13a de la Constitution de 1987:
ARTICLE 13: La Nationalité haïtienne se perd par : a) La Naturalisation acquise en Pays étranger; Le sénateur Compère doit affronter prochainement la Justice américaine parce qu'il a violé le serment solennel qu'il a prononcé lors de son intronisation.
Voici la version française :
J'affirme par la présente, sous serment, que Je renonce et abjure absolument et entièrement toute allégeance et fidélité à n'importe quel prince étranger, potentat, état, ou souveraineté dont j'ai été jusqu'ici un sujet ou un citoyen ; que je soutiendrai et défendrai la constitution et les lois des Etats-Unis d'Amérique contre tous les ennemis, étrangers et domestiques ; que je soutiendrai la foi et l'allégeance vraies à la même chose ; que je porterai les armes au nom des Etats-Unis quand c'est requis par la loi ; que j'assurerai le service de non-combattant dans les Forces Armées des Etats-Unis quand c'est requis par la loi ; que j'effectuerai le travail d'importance nationale sous la direction civile quand c'est requis par la loi ; et pour cela je prends cet engagement librement sans aucune arrière pensée ou intention d'évasion ; que Dieu m'aide.
Des deux cotés le mal va mal finir pour le sénateur de l'Espoir Ultimo Compère .En dépit de tout, le Sénat a outrepassé ses droits et n'a aucun pouvoir pour chasser un membre du Parlement avant qu'il ne soit entendu par un Tribunal de droit commun selon les articles : 112.1 et 113 de la Constitution de 1987
ARTICLE 112.1: Chaque Chambre peut appliquer à ses membres pour conduite répréhensible, par décision prise à la majorité des 2/3, des peines disciplinaires sauf, celle de la radiation.
ARTICLE 113: Sera déchu de sa qualité de député ou de sénateur, tout membre du Corps législatif qui, pendant la durée de son mandat, aura été frappé d'une condamnation prononcée par un tribunal de droit commun qui a acquis autorité de chose jugée et entraîne l'inéligibilité .
Les Sénateur Rudolph Boulos et Ultimo Compère ont t-il été entendus et condamnés par un Tribunal de Droit commun? De quel Chef le Sénat exige leur démission ? Dans le traitement de ces dossiers, la haine et la colère se mélangent de façon détonante. L'incohérence de la Commission sénatoriale d'enquête sur la double nationalité vient de pressions politiques dirigées. La performance du Sénateur Boulos auprès de ses mandants du Nord-est et son aura a Cité Soleil font des jaloux. Ses aventures galantes avec la Reine ne sont pas à exclure! « Partager sa moitié, est-ce que cela comporte. Je suis presque obligé de les mettre à la porte. » (Le Cocu, Paroles et Musique de Georges Brassens). En effet, les arguments spécieux soulevés pour mettre le Sénateur Boulos à la porte relèvent d'un faux procès. Dans un État de droit c'est la loi qui prime. Singulier petit pays! Ceux qui font les lois les ignorent. L'histoire dira le reste.
HAITI-ELECTIONS SENATORIALES 2008...
Haïti-Élections Sénatoriales 2008 : Retard circonstanciel du processus ou répit démocratique planifié ?
jeudi 27 mars 2008
Débat
Par Gary Olius
Soumis à AlterPresse le 26 mars 2008
Les élections présidentielles qui ont vu le retour de M. René Préval au pouvoir ont fait jubiler la communauté internationale. Pour elle le pari de la démocratisation du pays était en grande partie gagné - du moins dans sa première manche - étant donné la marrée humaine qui s’était déferlée dans les bureaux de vote. Avec un triomphalisme à peine contenu, l’OEA [1] et les responsables onusiens se sont attribués un satisfecit et ont considéré que lesdites élections n’avaient pas de pareilles en Amérique Latine. Deux ans après, que reste-t-il de cette euphorie manifestée à hue et à dia ? L’échéance constitutionnelle fixée pour le renouvellement du tiers du Sénat s’épuise dangereusement et ceux là qui ont sauté au plafond en février 2006 donnent aujourd’hui leur langue au chat.
Pourtant ces élections sénatoriales devraient confirmer la progression, s’il en est, du processus de démocratisation d’Haïti. Il y a cette velléité de confirmation de ces acteurs en quête de prouesses pouvant garnir leur rapport de mission, mais il y a aussi la réaction quasi prévisible d’un électorat désenchanté et qui s’est rendu compte que dans cette démocratisation sur mesure, il ne constitue que le dindon de la farce. Les faits sont là pour prouver qu’il n’attend que le moment opportun pour rendre à tous les décideurs la monnaie de leur pièce.
Etant donné cette réalité, la prudence est de rigueur. Des élections sénatoriales avec moins de 10% de participation constitueraient un vrai camouflet tant pour le gouvernement que pour la communauté internationale. Le risque étant le même pour tous, l’obligation de solidarité s’impose d’emblée comme abri commun. Et sur cette base, on en vint à établir un pacte de fait : le gouvernement fait ce qu’il peut pour sauver les meubles et la communauté internationale s’engage à rester muette sur la question ou à lancer sournoisement des signaux d’approbation sur les mesures entreprises. Du reste, tous savent que cette façon de faire a ses limites et que le temps qui passe est toujours prêt à les mettre à nu. Avec ou sans le ferme appui des puissances internationales l’exécutif ne pourra pas sans fin s’amuser à brûler les échéances constitutionnelles sans s’exposer à la risée des observateurs avertis.
La volonté d’organiser des élections en temps et lieux est là, et personne n’est logiquement autorisé à prêter aux dirigeants et aux bailleurs de fonds de mauvaises intentions. Et on peut dire mieux, ils veulent des élections avec une participation massive de l’électorat. Mais comment y parvenir, quand on sait qu’en cette matière les espoirs déçus, l’insécurité, la morosité économique et la faim sont mauvais conseillers ? Voilà la grande question…. Le gouvernement, qui n’avait pas le choix de sa politique macroéconomique, a réussi à faire tant bien que mal ce qui lui a été demandé : les indicateurs – jadis au rouge – sont revenus au vert. Cependant politiquement, cela a un effet dévastateur, car le peuple ne vit pas d’indicateurs, mais de résultats immédiatement traduisibles au quotidien dans les assiettes. Bref, le constat navrant c’est que les gens votent massivement et les assiettes restent désespérément vides. Leur demander de retourner aux urnes avec la même ferveur, c’est un peu comme leur suggérer d’appuyer la poursuite d’une politique dans laquelle ils ne sont pas sûrs d’avoir quelque chose à gagner dans l’immédiat. Or, un peuple affamé ne vit que de l’immédiateté. Ce n’est pas du populisme déguisé, la politique en contexte de pauvreté massive est ainsi faite. Qui sait pour combien de temps le peuple pourra encore continuer à vivre avec le sentiment – justifié ou pas – de perdre le beurre et l’argent du beurre !
La grande erreur commise, donc, est que le gouvernement et la communauté internationale ne se sont pas mis d’accord sur une politique d’accompagnement, pouvant servir de choc-absorber aux grandes décisions prises au niveau macro-économique. On se fout le droit dans l’œil en pensant pouvoir résoudre les problèmes urgents du peuple toujours en ayant recours au DSNCRP [2]. Les résultats de cet outil sont étalés sur le moyen et le long terme ; et cela dit, il ne saurait constituer par exemple une réponse aux problèmes de la cherté des produits de première nécessité. Adresser avec dextérité des besoins aussi urgents du peuple n’est en rien une tentation au populisme, mais une preuve de clairvoyance politique, car la misère non prise en charge fait perdre aux individus leur estime de soi et, à terme, peut mettre en péril leur citoyenne réelle. C’est justement ce que traduisent les abstentions massives lors des élections, lesquelles ne constituent qu’un déni de citoyenneté.
Le gouvernement semble ne pas être en mesure de concevoir des programmes d’accompagnement aux politiques de stabilisation macroéconomique et la communauté internationale persiste à se voiler la face en minimisant les risques liés à l’absence pure et simple de ces programmes. Pour l’un il y a la peur d’être perçu comme populiste et pour l’autre le désir de prioriser à tout prix les interventions à impacts durables et de long terme. Dans les deux cas, il y a fondamentalement un problème de responsabilité. Et finalement, dans ce contexte électoral tous se sont rendus compte qu’on travaille mieux au profit de la démocratie en appliquant des politiques qui aident les électeurs à garder leur dignité, à être conscients de leur responsabilité citoyenne et ne pas être obligés de troquer leur voix pour un repas ou pour quelques gourdes. Il n’y a pas meilleur antidote contre le populisme…
Actuellement les décideurs craignent une abstention massive de l’électorat. Comme pour augmenter leur désarroi, les cris de détresse des uns et des autres montrent que cette éventualité est ce qu’il y a de plus probable. Pour inverser la tendance, il est impérieux de faire quelque chose, ne serait-ce que pour montrer que la démocratisation voulue est encore possible et que le gouvernement copieusement voté est à la hauteur du crédit qui lui a été attribué, il y a deux ans. L’enjeu est de taille tant pour l’un que pour l’autre.
On a besoin de temps pour faire quelque chose à impacts visibles, dès lors que sans cela tous les décideurs perdront ce qui leur reste de crédibilité. On tergiverse et les échéances critiques s’épuisent les unes après les autres. Les élections sénatoriales doivent attendre… Mais on ne sait toujours pas pour combien de temps. Pour cela, le gouvernement doit avoir sous ses pieds les pédales d’accélération et de freinage, sinon il risque d’être pris au dépourvu. C’est d’ailleurs dans cette logique là qu’il faut inscrire la démission provoquée du technocrate convaincu, Jacques Bernard. D’aucuns ont mal interprété sa décision, mais il savait très bien ce qu’il encourait s’il acceptait que le contrôle administratif et opérationnel de l’institution électorale lui soit retiré. Il a effectué la bonne lecture de la conjoncture, il a bien évalué le degré d’influence et la velléité des acteurs clés et a rendu à temps le tablier ; imbu qu’il était qu’un technocrate sans pouvoir de décision substantiel est un lion dépourvu de griffes et de dents, donc condamné à l’inefficacité. Or, il était hors de question que Jacques Bernard mette en péril l’image de technicien hautement compétent que plus d’un gardent de lui après les dernières élections.
En fait, il est tout aussi vrai que son départ a fait l’affaire des décideurs qui avaient besoin de temps. Il est parti, on a pris du temps pour nommer son successeur et il faut du temps pour que ce dernier se familiarise avec la machine électorale et évalue ce qu’on lui attribue comme pouvoir. Il faut du temps pour finaliser dans une approche participative le projet de loi électorale et il y a là-dedans des propositions-prétextes, osées, audacieuses et exploitables pour faire perdurer les débats aussi longtemps que l’on veut. Quand on pense à l’idée de faire passer le nombre de Députés de 99 à plus de 140 en feignant d’ignorer le poids de cette proposition sur le budget du trésor public, il faut penser qu’il y a là de quoi occuper les législateurs, les politiques, les aspirants députés ou même les bailleurs de fonds pendant un bon bout de temps. Entre-temps, le gouvernement prend son temps pour trouver la bonne inspiration apte à l’aider à concevoir un ensemble d’interventions à effets rapides et visibles susceptibles de l’aider à se refaire une santé politique à trouver le point d’appui nécessaire pour arriver à re-mobiliser l’électorat. Ceux qui parlent de retard dans la mise en œuvre du processus électoral n’ont pas tout à fait raison et eux-mêmes verront sous peu qu’il ne s’agit que d’un répit démocratique pour contourner un danger dont les conséquences seraient dévastatrices tant pour les décideurs que pour la démocratie haïtienne elle-même. Cela dit, croisons les doigts pour que l’on ne soit pas obligé de laisser du temps au temps…
.................................................
Contact : golius@excite.com
[1] Organisation des États Américains
[2] Document de Stratégie Nationale pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté
jeudi 27 mars 2008
Débat
Par Gary Olius
Soumis à AlterPresse le 26 mars 2008
Les élections présidentielles qui ont vu le retour de M. René Préval au pouvoir ont fait jubiler la communauté internationale. Pour elle le pari de la démocratisation du pays était en grande partie gagné - du moins dans sa première manche - étant donné la marrée humaine qui s’était déferlée dans les bureaux de vote. Avec un triomphalisme à peine contenu, l’OEA [1] et les responsables onusiens se sont attribués un satisfecit et ont considéré que lesdites élections n’avaient pas de pareilles en Amérique Latine. Deux ans après, que reste-t-il de cette euphorie manifestée à hue et à dia ? L’échéance constitutionnelle fixée pour le renouvellement du tiers du Sénat s’épuise dangereusement et ceux là qui ont sauté au plafond en février 2006 donnent aujourd’hui leur langue au chat.
Pourtant ces élections sénatoriales devraient confirmer la progression, s’il en est, du processus de démocratisation d’Haïti. Il y a cette velléité de confirmation de ces acteurs en quête de prouesses pouvant garnir leur rapport de mission, mais il y a aussi la réaction quasi prévisible d’un électorat désenchanté et qui s’est rendu compte que dans cette démocratisation sur mesure, il ne constitue que le dindon de la farce. Les faits sont là pour prouver qu’il n’attend que le moment opportun pour rendre à tous les décideurs la monnaie de leur pièce.
Etant donné cette réalité, la prudence est de rigueur. Des élections sénatoriales avec moins de 10% de participation constitueraient un vrai camouflet tant pour le gouvernement que pour la communauté internationale. Le risque étant le même pour tous, l’obligation de solidarité s’impose d’emblée comme abri commun. Et sur cette base, on en vint à établir un pacte de fait : le gouvernement fait ce qu’il peut pour sauver les meubles et la communauté internationale s’engage à rester muette sur la question ou à lancer sournoisement des signaux d’approbation sur les mesures entreprises. Du reste, tous savent que cette façon de faire a ses limites et que le temps qui passe est toujours prêt à les mettre à nu. Avec ou sans le ferme appui des puissances internationales l’exécutif ne pourra pas sans fin s’amuser à brûler les échéances constitutionnelles sans s’exposer à la risée des observateurs avertis.
La volonté d’organiser des élections en temps et lieux est là, et personne n’est logiquement autorisé à prêter aux dirigeants et aux bailleurs de fonds de mauvaises intentions. Et on peut dire mieux, ils veulent des élections avec une participation massive de l’électorat. Mais comment y parvenir, quand on sait qu’en cette matière les espoirs déçus, l’insécurité, la morosité économique et la faim sont mauvais conseillers ? Voilà la grande question…. Le gouvernement, qui n’avait pas le choix de sa politique macroéconomique, a réussi à faire tant bien que mal ce qui lui a été demandé : les indicateurs – jadis au rouge – sont revenus au vert. Cependant politiquement, cela a un effet dévastateur, car le peuple ne vit pas d’indicateurs, mais de résultats immédiatement traduisibles au quotidien dans les assiettes. Bref, le constat navrant c’est que les gens votent massivement et les assiettes restent désespérément vides. Leur demander de retourner aux urnes avec la même ferveur, c’est un peu comme leur suggérer d’appuyer la poursuite d’une politique dans laquelle ils ne sont pas sûrs d’avoir quelque chose à gagner dans l’immédiat. Or, un peuple affamé ne vit que de l’immédiateté. Ce n’est pas du populisme déguisé, la politique en contexte de pauvreté massive est ainsi faite. Qui sait pour combien de temps le peuple pourra encore continuer à vivre avec le sentiment – justifié ou pas – de perdre le beurre et l’argent du beurre !
La grande erreur commise, donc, est que le gouvernement et la communauté internationale ne se sont pas mis d’accord sur une politique d’accompagnement, pouvant servir de choc-absorber aux grandes décisions prises au niveau macro-économique. On se fout le droit dans l’œil en pensant pouvoir résoudre les problèmes urgents du peuple toujours en ayant recours au DSNCRP [2]. Les résultats de cet outil sont étalés sur le moyen et le long terme ; et cela dit, il ne saurait constituer par exemple une réponse aux problèmes de la cherté des produits de première nécessité. Adresser avec dextérité des besoins aussi urgents du peuple n’est en rien une tentation au populisme, mais une preuve de clairvoyance politique, car la misère non prise en charge fait perdre aux individus leur estime de soi et, à terme, peut mettre en péril leur citoyenne réelle. C’est justement ce que traduisent les abstentions massives lors des élections, lesquelles ne constituent qu’un déni de citoyenneté.
Le gouvernement semble ne pas être en mesure de concevoir des programmes d’accompagnement aux politiques de stabilisation macroéconomique et la communauté internationale persiste à se voiler la face en minimisant les risques liés à l’absence pure et simple de ces programmes. Pour l’un il y a la peur d’être perçu comme populiste et pour l’autre le désir de prioriser à tout prix les interventions à impacts durables et de long terme. Dans les deux cas, il y a fondamentalement un problème de responsabilité. Et finalement, dans ce contexte électoral tous se sont rendus compte qu’on travaille mieux au profit de la démocratie en appliquant des politiques qui aident les électeurs à garder leur dignité, à être conscients de leur responsabilité citoyenne et ne pas être obligés de troquer leur voix pour un repas ou pour quelques gourdes. Il n’y a pas meilleur antidote contre le populisme…
Actuellement les décideurs craignent une abstention massive de l’électorat. Comme pour augmenter leur désarroi, les cris de détresse des uns et des autres montrent que cette éventualité est ce qu’il y a de plus probable. Pour inverser la tendance, il est impérieux de faire quelque chose, ne serait-ce que pour montrer que la démocratisation voulue est encore possible et que le gouvernement copieusement voté est à la hauteur du crédit qui lui a été attribué, il y a deux ans. L’enjeu est de taille tant pour l’un que pour l’autre.
On a besoin de temps pour faire quelque chose à impacts visibles, dès lors que sans cela tous les décideurs perdront ce qui leur reste de crédibilité. On tergiverse et les échéances critiques s’épuisent les unes après les autres. Les élections sénatoriales doivent attendre… Mais on ne sait toujours pas pour combien de temps. Pour cela, le gouvernement doit avoir sous ses pieds les pédales d’accélération et de freinage, sinon il risque d’être pris au dépourvu. C’est d’ailleurs dans cette logique là qu’il faut inscrire la démission provoquée du technocrate convaincu, Jacques Bernard. D’aucuns ont mal interprété sa décision, mais il savait très bien ce qu’il encourait s’il acceptait que le contrôle administratif et opérationnel de l’institution électorale lui soit retiré. Il a effectué la bonne lecture de la conjoncture, il a bien évalué le degré d’influence et la velléité des acteurs clés et a rendu à temps le tablier ; imbu qu’il était qu’un technocrate sans pouvoir de décision substantiel est un lion dépourvu de griffes et de dents, donc condamné à l’inefficacité. Or, il était hors de question que Jacques Bernard mette en péril l’image de technicien hautement compétent que plus d’un gardent de lui après les dernières élections.
En fait, il est tout aussi vrai que son départ a fait l’affaire des décideurs qui avaient besoin de temps. Il est parti, on a pris du temps pour nommer son successeur et il faut du temps pour que ce dernier se familiarise avec la machine électorale et évalue ce qu’on lui attribue comme pouvoir. Il faut du temps pour finaliser dans une approche participative le projet de loi électorale et il y a là-dedans des propositions-prétextes, osées, audacieuses et exploitables pour faire perdurer les débats aussi longtemps que l’on veut. Quand on pense à l’idée de faire passer le nombre de Députés de 99 à plus de 140 en feignant d’ignorer le poids de cette proposition sur le budget du trésor public, il faut penser qu’il y a là de quoi occuper les législateurs, les politiques, les aspirants députés ou même les bailleurs de fonds pendant un bon bout de temps. Entre-temps, le gouvernement prend son temps pour trouver la bonne inspiration apte à l’aider à concevoir un ensemble d’interventions à effets rapides et visibles susceptibles de l’aider à se refaire une santé politique à trouver le point d’appui nécessaire pour arriver à re-mobiliser l’électorat. Ceux qui parlent de retard dans la mise en œuvre du processus électoral n’ont pas tout à fait raison et eux-mêmes verront sous peu qu’il ne s’agit que d’un répit démocratique pour contourner un danger dont les conséquences seraient dévastatrices tant pour les décideurs que pour la démocratie haïtienne elle-même. Cela dit, croisons les doigts pour que l’on ne soit pas obligé de laisser du temps au temps…
.................................................
Contact : golius@excite.com
[1] Organisation des États Américains
[2] Document de Stratégie Nationale pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté
mardi 25 mars 2008
HAITI: CRI D'INDIGNATION DE L' ANDAH...
Haiti : Cri d’indignation de l’ANDAH suite à « l’odieuse exécution » de l’agronome Jean-Mari Romain
lundi 24 mars 2008
Communiqué de l’Association Nationale des Agroprofessionnels Haitiens (ANDAH)
Soumis à AlterPresse le 22 mars 2008
Dans la nuit du vendredi 14 mars 2008, l’agronome Jean-Mari ROMAIN a été victime d’un attentat criminel sur la route de Laboule/Kenscoff.
Le monstre qui lui a logé, avec beaucoup d’expertise, une balle fatale au cou, a mis fin aux jours de ce jeune et dynamique cadre plein de rêves pour son pays et pour les producteurs paysans qu’il s’efforçait d’accompagner au mieux de ses capacités et dans des conditions très difficiles.
En quelques secondes, le briseur de rêves qui a appuyé sur la gâchette, a anéanti des dizaines d’années d’études et de sacrifices.
Ses études classiques achevées, Jean-Mari ROMAIN, né à Cayes-Jacmel le 20 août 1964, entame des études en sciences économiques (en 1989) puis part pour Cuba en 1991 pour étudier l’agronomie à l’Université Centrale de Santa Clara (UCLV).
En 1997, Jean Mari Romain obtient son diplôme d’ingénieur-agronome mais, pour accroître ses compétences agronomiques, il décide de poursuivre ses études en République Dominicaine puis en Belgique ou il obtient une spécialisation en gestion environnementale.
De retour en Haïti, il s’attache humblement à accompagner les producteurs paysans au niveau de divers projets d’appui à l’Agriculture (entre autres à La Gonâve) tout en dispensant des cours à l’Université Quisqueya.
Dès 1999, sentant la nécessité de fréquenter un espace d’échanges/analyse sur la complexe réalité agricole et environnementale haïtienne, l’agronome Jean Mari Romain s’inscrit à l’ANDAH.
Jean-Mari Romain, jusqu’à son odieuse exécution, occupait le poste de Directeur Départemental du Sud-Est au Ministère de l’Environnement et avait la responsabilité de gérer le Parc National La Visite.
La machine infernale qui a déjà dévorée des milliers et des milliers de citoyens et de citoyennes d’Haïti vient de frapper à nouveau l’ANDAH. Rappelons que nous avons perdu en décembre 2003 (à la veille de Noël), l’un de nos membres fondateurs suite à un assassinat crapuleux. L’agronome Rodini CONTE, âgé de plus de quatre vingt années, avait été retrouvé mort, gisant dans une grande flaque de sang.
Les membres de l’ANDAH horrifiés, croyaient alors avoir touché le fonds de l’abîme. Quatre années plus tard, nous voici à nouveau victimes de ces vampires, de ces chacals assoiffés de sang.
Hormis les membres de l’ANDAH, divers autres agro-professionnels ont été victimes de la spirale mortifère Insécurité-Impunité qui, depuis de nombreuses années, broie notre Société. A titre d’exemple citons bien sur le cas le plus connu : celui de l’agronome –journaliste Jean L. DOMINIQUE. Mais il y a tant d’autres cas tel : l’agronome Donald DANIEL assassiné le 13 août 2004 au Puilboro sous les regards de son fils alors âgé de moins de 2 ans.
Beaucoup d’agro-professionnels, durement frappés, de manière directe ou indirecte, par la mortifère machine sous référence, ont préféré garder le silence et souffrir seuls dans leur for intérieur. C’est certainement le cas, par exemple, de l’agronome Dunel DANIEL et de son épouse qui ont dû supporter l’incommensurable souffrance causée par l’execution, en novembre 2005, de leur fille Jennie (assassinée sous les yeux de sa mère non loin de leur domicile). Jennie DANIEL était une étudiante finissante à la Faculté des Sciences de la Santé de l’UNDH.
Dans d’autres secteurs aussi, de jeunes cadres, plein de talents et désireux de contribuer à construire une Haïti Nouvelle, ont été fauchés. Citons à titre d’exemple le cas de l’ingénieur –architecte Nadine Hyppolite dans la trentaine, vraiment une promesse pour Haïti, lâchement assassinée à Pétion-ville le 24 avril 2007, en présence de ses 3 enfants.
L’ANDAH ne cite ici que quelques exemples car établir une liste exhaustive des victimes de cette infernale machine mortifère serait une tâche herculéenne et puis il y a aussi toutes ces victimes anonymes non répertoriées et dont forcément il est difficile de faire référence.
Au train où vont les choses, si des dispositions sécuritaires globales et appropriées se sont pas implémentées au plus tôt, doit-on conclure que tous les cadres honnêtes restant encore au pays, doivent le laisser afin de rechercher ailleurs une meilleure sécurité physique pour eux et leur famille ?
Et dire que les gouvernants actuels disent vouloir créer un climat favorable au retour de cadres techniques haïtiens de haut niveau qui ont du s’expatrier afin que ceux-ci puissent, grâce au savoir faire acquis à l’étranger, contribuer dans les limites de leurs compétences, à la reconstruction d’Haïti. Ces cadres expatriés peuvent ils vraiment, en dépit de la place qu’ils gardent dans leur cœur pour leur Patrie d’origine, venir ainsi se jeter dans la gueule des fauves lâchés aux quatre coins du territoire en toute liberté /complicité ?
En vérité, il faut stopper cette machine infernale qui produit quotidiennement son lot de cadavres et de deuil. N’est il pas maintenant révolu, le temps des multiples colloques et symposiums et/ou commissions sur :
• la Reforme du Système Judiciaire à implémenter , • « la Nouvelle Force Publique » à mettre en place , • le « désarmement » à effectuer, • le « veting » (nettoyage ?) au sein de la PNH soit disant en cours depuis plusieurs années ; le tout sous le « bienveillant » monitoring de la Communauté Internationale ?
Le temps pour la Nation Haïtienne de poser souverainement la problématique de la sécurité de nos citoyens et de nos citoyennes et de rechercher ensemble des solutions adaptées, donc viables, n’est-il pas enfin venu ? Pendant combien de temps encore allons nous, à cause de querelles de chapelles ou par irresponsabilité citoyenne et manque de vision, laisser à d’autres le soin de gérer à notre place la Sécurité globale du pays ? A noter que nous évoquons ici un concept de Sécurité globale : alimentaire, environnementale, socio-économique etc.
Comment devons nous, à l’ANDAH, marquer le départ forcé de l’agronome Jean-Mari ROMAIN, un défenseur/accompagnateur modèle du monde rural ?
Plusieurs jours après avoir appris l’exécution de l’agronome Jean-Mari Romain, nous n’avons pas vraiment retrouvé tous nos esprits à l’ANDAH, nous sommes encore abasourdis par cet assassinat crapuleux. Nous avons l’impression d’avoir reçu un grand coup de massue à la tête.
A chaque fois que nous songeons à l’exécution sommaire de ce jeune agro-professionnel qui avait tant désiré mettre ses compétences au service d’Haïti, en vérité, une grande douleur nous envahit.
En tout état de causes, il y a des gouvernants nationaux en place et de ce fait, le Comité Exécutif de l’ANDAH, sans vouloir formuler un vœu pieux, exige de ceux-ci que toute la lumière soit faite sur l’assassinat crapuleux de l’agronome Jean-Mari ROMAIN. Il est un devoir pour les responsables d’Etat en fonction (à divers niveaux) de prendre , pour une fois, des mesures concrètes afin que les auteurs intellectuels et matériels de l’exécution de Jean-Mari Romain soient identifiés, arrêtés, jugés, condamnés et ceci, sans complaisance aucune.
L’ANDAH fait appel à une large mobilisation citoyenne pour que prenne fin le règne de l’Impunité et de l’Insécurité généralisée. Trop d’enfants du pays ont déjà été sacrifiés.
Le Comité Exécutif de l’ANDAH présente ses condoléances émues à toute la famille du très regretté Jean-Mari Romain, particulièrement à son épouse et à ses 2 (deux) très jeunes enfants : Che-Alexis et Laura.
Travailler à la Relance effective de la Production Agricole Nationale et à la Protection/ Préservation de notre Environnement et ce, avec plus d’ardeur chaque jour, c’est une autre manière aussi pour nous tous, membres de l’ANDAH et citoyens / citoyennes honnêtes d’horizons divers, de rendre Justice à Ayiti qui, encore une fois s’est vu ravir un de ses enfants de lumière.
Le Comité Exécutif de l’ANDAH profite de l’occasion pour informer qu’il compte organiser, à une date qui sera annoncée ultérieurement, une journée d’hommage en l’honneur de l’agronome Jean-Mari Romain.
Port-au-Prince le 20 mars 2008
Pour le Comité Exécutif de l’ANDAH :
Phito BLEMUR : Responsable Affaires Internationales
Jacques ALIX : Responsable Affaires Financières
Joseph DELLIEN : Responsable à la Formation
lundi 24 mars 2008
Communiqué de l’Association Nationale des Agroprofessionnels Haitiens (ANDAH)
Soumis à AlterPresse le 22 mars 2008
Dans la nuit du vendredi 14 mars 2008, l’agronome Jean-Mari ROMAIN a été victime d’un attentat criminel sur la route de Laboule/Kenscoff.
Le monstre qui lui a logé, avec beaucoup d’expertise, une balle fatale au cou, a mis fin aux jours de ce jeune et dynamique cadre plein de rêves pour son pays et pour les producteurs paysans qu’il s’efforçait d’accompagner au mieux de ses capacités et dans des conditions très difficiles.
En quelques secondes, le briseur de rêves qui a appuyé sur la gâchette, a anéanti des dizaines d’années d’études et de sacrifices.
Ses études classiques achevées, Jean-Mari ROMAIN, né à Cayes-Jacmel le 20 août 1964, entame des études en sciences économiques (en 1989) puis part pour Cuba en 1991 pour étudier l’agronomie à l’Université Centrale de Santa Clara (UCLV).
En 1997, Jean Mari Romain obtient son diplôme d’ingénieur-agronome mais, pour accroître ses compétences agronomiques, il décide de poursuivre ses études en République Dominicaine puis en Belgique ou il obtient une spécialisation en gestion environnementale.
De retour en Haïti, il s’attache humblement à accompagner les producteurs paysans au niveau de divers projets d’appui à l’Agriculture (entre autres à La Gonâve) tout en dispensant des cours à l’Université Quisqueya.
Dès 1999, sentant la nécessité de fréquenter un espace d’échanges/analyse sur la complexe réalité agricole et environnementale haïtienne, l’agronome Jean Mari Romain s’inscrit à l’ANDAH.
Jean-Mari Romain, jusqu’à son odieuse exécution, occupait le poste de Directeur Départemental du Sud-Est au Ministère de l’Environnement et avait la responsabilité de gérer le Parc National La Visite.
La machine infernale qui a déjà dévorée des milliers et des milliers de citoyens et de citoyennes d’Haïti vient de frapper à nouveau l’ANDAH. Rappelons que nous avons perdu en décembre 2003 (à la veille de Noël), l’un de nos membres fondateurs suite à un assassinat crapuleux. L’agronome Rodini CONTE, âgé de plus de quatre vingt années, avait été retrouvé mort, gisant dans une grande flaque de sang.
Les membres de l’ANDAH horrifiés, croyaient alors avoir touché le fonds de l’abîme. Quatre années plus tard, nous voici à nouveau victimes de ces vampires, de ces chacals assoiffés de sang.
Hormis les membres de l’ANDAH, divers autres agro-professionnels ont été victimes de la spirale mortifère Insécurité-Impunité qui, depuis de nombreuses années, broie notre Société. A titre d’exemple citons bien sur le cas le plus connu : celui de l’agronome –journaliste Jean L. DOMINIQUE. Mais il y a tant d’autres cas tel : l’agronome Donald DANIEL assassiné le 13 août 2004 au Puilboro sous les regards de son fils alors âgé de moins de 2 ans.
Beaucoup d’agro-professionnels, durement frappés, de manière directe ou indirecte, par la mortifère machine sous référence, ont préféré garder le silence et souffrir seuls dans leur for intérieur. C’est certainement le cas, par exemple, de l’agronome Dunel DANIEL et de son épouse qui ont dû supporter l’incommensurable souffrance causée par l’execution, en novembre 2005, de leur fille Jennie (assassinée sous les yeux de sa mère non loin de leur domicile). Jennie DANIEL était une étudiante finissante à la Faculté des Sciences de la Santé de l’UNDH.
Dans d’autres secteurs aussi, de jeunes cadres, plein de talents et désireux de contribuer à construire une Haïti Nouvelle, ont été fauchés. Citons à titre d’exemple le cas de l’ingénieur –architecte Nadine Hyppolite dans la trentaine, vraiment une promesse pour Haïti, lâchement assassinée à Pétion-ville le 24 avril 2007, en présence de ses 3 enfants.
L’ANDAH ne cite ici que quelques exemples car établir une liste exhaustive des victimes de cette infernale machine mortifère serait une tâche herculéenne et puis il y a aussi toutes ces victimes anonymes non répertoriées et dont forcément il est difficile de faire référence.
Au train où vont les choses, si des dispositions sécuritaires globales et appropriées se sont pas implémentées au plus tôt, doit-on conclure que tous les cadres honnêtes restant encore au pays, doivent le laisser afin de rechercher ailleurs une meilleure sécurité physique pour eux et leur famille ?
Et dire que les gouvernants actuels disent vouloir créer un climat favorable au retour de cadres techniques haïtiens de haut niveau qui ont du s’expatrier afin que ceux-ci puissent, grâce au savoir faire acquis à l’étranger, contribuer dans les limites de leurs compétences, à la reconstruction d’Haïti. Ces cadres expatriés peuvent ils vraiment, en dépit de la place qu’ils gardent dans leur cœur pour leur Patrie d’origine, venir ainsi se jeter dans la gueule des fauves lâchés aux quatre coins du territoire en toute liberté /complicité ?
En vérité, il faut stopper cette machine infernale qui produit quotidiennement son lot de cadavres et de deuil. N’est il pas maintenant révolu, le temps des multiples colloques et symposiums et/ou commissions sur :
• la Reforme du Système Judiciaire à implémenter , • « la Nouvelle Force Publique » à mettre en place , • le « désarmement » à effectuer, • le « veting » (nettoyage ?) au sein de la PNH soit disant en cours depuis plusieurs années ; le tout sous le « bienveillant » monitoring de la Communauté Internationale ?
Le temps pour la Nation Haïtienne de poser souverainement la problématique de la sécurité de nos citoyens et de nos citoyennes et de rechercher ensemble des solutions adaptées, donc viables, n’est-il pas enfin venu ? Pendant combien de temps encore allons nous, à cause de querelles de chapelles ou par irresponsabilité citoyenne et manque de vision, laisser à d’autres le soin de gérer à notre place la Sécurité globale du pays ? A noter que nous évoquons ici un concept de Sécurité globale : alimentaire, environnementale, socio-économique etc.
Comment devons nous, à l’ANDAH, marquer le départ forcé de l’agronome Jean-Mari ROMAIN, un défenseur/accompagnateur modèle du monde rural ?
Plusieurs jours après avoir appris l’exécution de l’agronome Jean-Mari Romain, nous n’avons pas vraiment retrouvé tous nos esprits à l’ANDAH, nous sommes encore abasourdis par cet assassinat crapuleux. Nous avons l’impression d’avoir reçu un grand coup de massue à la tête.
A chaque fois que nous songeons à l’exécution sommaire de ce jeune agro-professionnel qui avait tant désiré mettre ses compétences au service d’Haïti, en vérité, une grande douleur nous envahit.
En tout état de causes, il y a des gouvernants nationaux en place et de ce fait, le Comité Exécutif de l’ANDAH, sans vouloir formuler un vœu pieux, exige de ceux-ci que toute la lumière soit faite sur l’assassinat crapuleux de l’agronome Jean-Mari ROMAIN. Il est un devoir pour les responsables d’Etat en fonction (à divers niveaux) de prendre , pour une fois, des mesures concrètes afin que les auteurs intellectuels et matériels de l’exécution de Jean-Mari Romain soient identifiés, arrêtés, jugés, condamnés et ceci, sans complaisance aucune.
L’ANDAH fait appel à une large mobilisation citoyenne pour que prenne fin le règne de l’Impunité et de l’Insécurité généralisée. Trop d’enfants du pays ont déjà été sacrifiés.
Le Comité Exécutif de l’ANDAH présente ses condoléances émues à toute la famille du très regretté Jean-Mari Romain, particulièrement à son épouse et à ses 2 (deux) très jeunes enfants : Che-Alexis et Laura.
Travailler à la Relance effective de la Production Agricole Nationale et à la Protection/ Préservation de notre Environnement et ce, avec plus d’ardeur chaque jour, c’est une autre manière aussi pour nous tous, membres de l’ANDAH et citoyens / citoyennes honnêtes d’horizons divers, de rendre Justice à Ayiti qui, encore une fois s’est vu ravir un de ses enfants de lumière.
Le Comité Exécutif de l’ANDAH profite de l’occasion pour informer qu’il compte organiser, à une date qui sera annoncée ultérieurement, une journée d’hommage en l’honneur de l’agronome Jean-Mari Romain.
Port-au-Prince le 20 mars 2008
Pour le Comité Exécutif de l’ANDAH :
Phito BLEMUR : Responsable Affaires Internationales
Jacques ALIX : Responsable Affaires Financières
Joseph DELLIEN : Responsable à la Formation
jeudi 20 mars 2008
LA MARCHANDISATION DE L'EAU
Par Marc Laimé
Journaliste, auteur du Dossier de l’eau. Pénurie, pollution, corruption, Seuil, Paris, 2003.
La communauté internationale célèbre le 20 mars 2008 (1), sous l’égide de l’ONU, la 15ème « Journée mondiale de l’eau ». L’absence d’accès à l’eau affecte 1,1 milliard d’êtres humains ; l’absence de moyens sanitaires de base touche 2,6 milliards de personnes. Paradoxalement, alors que les premières étapes de la marchandisation de ce bien commun ont suscité de fortes mobilisations populaires sur les cinq continents, le mouvement mondial de libéralisation des marchés de l’eau, initié dans les années 1980, semble s’accélérer.
La « libéralisation » des marchés de l’eau s’est au départ fortement inspirée du « modèle français » : le partenariat-public-privé (PPP). Un dogme s’affirmait avec force : la puissance publique est défaillante ; le recours au secteur privé est indispensable ; la bonne gouvernance repose sur le trépied de fer — dérégulation, décentralisation, privatisation ; les services de l’eau ont un coût, qui doit être payé intégralement par les usagers.
Dans ce cadre, les signatures de contrats avec des grandes métropoles du Sud se succèdent à un rythme impressionnant. Mais les conflits surgissent dès la moitié des années 1990, quand les opérateurs privés entendent faire payer des usagers fraîchement raccordés, qui n’ont ni la culture du paiement d’un bien jusqu’alors largement subsidié par la puissance publique, ni, le plus souvent, les moyens de payer. De nombreuses luttes se succèdent sur les cinq continents. La tenue des premiers grands forums altermondialistes publicise le thème du refus de la « marchandisation » de l’eau.
Le discours évolue à l’aube des années 2000, le sustainable cost recovery (recouvrement soutenable des coûts) succède au full cost recovery (recouvrement intégral). Place à l’ingénierie sociale et politique. Les engagements largement médiatisés de la communauté internationale se succèdent lors de la tenue de forums qui s’enchaînent à un rythme soutenu. Sommet du Millénaire pour le développement à New York en 2000, Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002 (« La maison brûle et nous regardons ailleurs », y proclamera le président de la République française, M. Jacques Chirac...), Troisième Forum mondial de l’eau à Kyoto en 2003. Le rapport du « panel » Camdessus publié en juin 2003 martèle que l’engagement financier pour fournir de l’eau à tous à l’horizon 2025 doit atteindre la somme phénoménale de 180 milliards de dollars par an. Il appelle à une plus grande implication des acteurs locaux : collectivités, communautés de base, ONG..., au nom de l’« empowerment ». Qui consiste à conférer un réel pouvoir de décision à la société civile. Conjointement, on envisage de nouveaux crédits consentis par les institutions financières internationales (IFI). De nouvelles normes d’organisation ou de gestion sont mises en avant, impliquant de façon croissante des acteurs extra-étatiques, privés ou associatifs, dans des dispositifs de plus en plus décentralisés.
Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Le PPP apparaît pour ce qu’il est en réalité : une branche industrielle prestataire de services dont la gestion échappe à la sanction du marché. Aujourd’hui 7 % à 8 % des marchés de l’eau et de l’assainissement ont été libéralisés dans le monde, avec des fortunes diverses. La cartographie mondiale du marché laisse apparaître une grande hétérogénéité. Globalement non solvable, l’Afrique n’enregistre que quelques contrats, dûment garantis par de l’argent public, dans quelques métropoles de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb. L’eldorado sud-américain a réservé de cinglantes déconvenues aux opérateurs privés qui l’abandonnent dans la confusion. Ils se recentrent sur l’Europe où émergent les marchés considérables de la dépollution d’une ressource sans cesse plus dégradée. Les contrats mirobolants signés en Chine par Veolia, souvent pour des durées de 50 ans, et des dizaines de milliards de dollars, le sont dans une configuration politique pour le moins hypothétique. Quid de la Chine en 2050 ?
Parmi les marchés en pleine expansion, on trouve l’externalisation du traitement des eaux usées industrielles. Suez-Ondeo détient un portefeuille de 50 000 contrats de ce type. Autre marché émergent, promis à un développement fulgurant, le dessalement de l’eau de mer. Ou encore, celui de la réutilisation des eaux usées pour l’industrie et l’agriculture. Et un nouveau Far-East, déjà à peu près totalement conquis : les ex-démocraties populaires de l’Europe de l’est. Un marché potentiel de 100 millions de clients, qui auront recouvré, à horizon de 20 ans, un niveau de vie équivalent à celui de l’Europe occidentale. Des infrastructures, certes anciennes, mais qui ont le mérite d’exister. Des financements communautaires pré et post adhésion, qui ont tout de la fontaine miraculeuse. Et — last but not least — un personnel politique majoritairement constitué d’ex-apparatchiks fermement résolus à céder aux sirènes de l’ultralibéralisme le plus débridé...
Mais, en dépit des engagements répétés de la communauté internationale, l’argent promis pour l’eau fait défaut. La manne n’est pas aussi importante que prévu. Rétrospectivement, nombre d’analystes stigmatisent l’ivresse de l’euphorie économique de la fin des années 1990, qui, à l’image de la bulle Internet, aurait précipité la course à la croissance mondiale des majors de l’eau. Plusieurs initiatives se sont révélées catastrophiques dans des pays confrontés à des crises monétaires, comme en Argentine, et ont conduit les majors à se retirer de nombreux projets trop risqués. Un paradoxe pour les apôtres de la liberté d’entreprendre et de la « prise de risques »... Les déclarations des apologistes de la libéralisation des "marchés" de l’eau lors du 4ème Forum mondial de l’eau, à Mexico, du 16 au 22 mars 2006, tranchaient dès lors singulièrement avec les discours martelés depuis une dizaine d’années. Ils y proclamaient unanimement que ce sont bien la puissance publique, et l’argent public, qui doivent procéder aux investissements qui doivent impérativement être déployés pour promouvoir l’eau et l’assainissement pour tous. Manière de garder la main, quand de nouvelles coalitions regroupant services publics et militants de l’eau s’organisent afin de promouvoir de nouveaux « partenariats-public-public », Nord-Sud et Sud-Sud dans le monde entier.
Changement climatique et crise écologique
Le changement climatique, qui affecte les modèles météorologiques, les précipitations et le cycle hydrologique, et par conséquence la disponibilité des eaux de surface, l’humidité des sols et l’alimentation des nappes souterraines, pourrait provoquer une augmentation de l’ampleur et de la fréquence des catastrophes naturelles liées aux précipitations : inondations, sécheresses, glissements de terrain, ouragans et cyclones. Et, en conséquence, provoquer de grandes vagues de « réfugiés environnementaux ». Si les prévisions actuelles se confirment, avec un climat plus irrégulier dans les années à venir, le rendement des cultures serait menacé tant dans les pays développés que dans les pays en développement, et près de 3 milliards de personnes seraient exposées à des pénuries d’eau.
Dans de vastes régions de l’Europe de l’Est, de la Russie occidentale, du centre du Canada et en Californie, les débits de pointe des cours d’eau sont désormais enregistrés en hiver, car la proportion des pluies par rapport à la neige y est plus importante, et les eaux de ruissellement atteignent les rivières plus rapidement. Dans les bassins du Niger, du lac Tchad et du Sénégal, qui font partie des bassins versants les plus grands d’Afrique, la quantité totale d’eau disponible a déjà baissé de 40 % à 60 %.
Si des changements radicaux du cycle de l’eau se généralisent, les tendances observées par le passé ne peuvent plus fournir de modèles fiables pour prévoir la gestion de la ressource en eau dans le futur. De nouveaux modèles devront être mis en œuvre pour anticiper les inondations et les sécheresses, déterminer la taille des réserves d’eau et décider de l’allocation de la ressource entre les usages domestiques, industriels et agricoles. Les implications en sont très lourdes, si l’on considère que l’investissement mondial annuel dans l’infrastructure de l’eau représente 500 milliards de dollars, et que celui-ci est réalisé en fonction de l’hypothèse, déjà dépassée, selon laquelle le cycle de l’eau oscillerait dans les limites relativement étroites constatées dans le passé.
Fuite en avant technologique
Pour répondre au défi de l’épuisement des ressources, à défaut de remettre en cause des modèles de développement générateurs de prélèvements excessifs, de gaspillage et de pollution, la tentation est grande d’une fuite en avant technologique lourde de risques, et génératrice de nouvelles inégalités.
Plus d’un tiers des terres du globe arides ou semi-arides manquent d’eau. Les perspectives d’évolution démographique permettent d’augurer qu’en 2050 près de 40 % de la population du globe souffrira de stress hydrique, entrave majeure à toute perspective de développement. Avec pour conséquences l’absence de sécurité alimentaire, des pertes économiques, une pollution sans cesse accrue et de possibles conflits.
Face à ces défis émerge depuis quelques années l’idée de déployer une nouvelle « gestion raisonnée » de la ressource, s’appuyant sur des réponses technologiques innovantes. Les projets de transferts d’eau massifs, à l’échelle d’un pays ou d’un sous-continent, en Libye, au Canada ou en Espagne, le dessalement de l’eau de mer, la réutilisation des eaux usées pour des usages agricoles, industriels, voire pour l’alimentation humaine, comme la mobilisation de nouvelles ressources par le biais de la réalimentation artificielle des nappes phréatiques, sont désormais fortement promus comme autant de réponses pertinentes à la crise de l’eau.
Le dessalement permettrait ainsi un accès illimité à la ressource. Sachant que 40 % de la population mondiale vit à moins de 100 kilomètres de la mer et, que sur 70 villes de plus de 1 million d’habitants sans accès direct à des ressources supplémentaires en eau douce, 42 sont situées sur la côte, le dessalement par osmose inverse est ainsi présenté comme une solution compatible à l’avenir avec des énergies renouvelables, telles que les éoliennes.
Nécessitant un fort apport d’énergie, ces technologies ne sont aujourd’hui mobilisables que par les émirats du Golfe, l’Australie, l’Espagne, l’Algérie, la Chine, ou les Etats-Unis. Mais on compte déjà dans le monde près de 15 000 unités de dessalement, et la capacité de production pourrait être multipliée par deux dans les dix prochaines années. Reste la facture environnementale de cette nouvelle technologie : pour produire un litre d’eau dessalée, on rejette à la mer un litre de saumure, qui affecte l’équilibre des milieux aquatiques.
De même, le constat qu’aujourd’hui, dans le monde, 165 milliards de mètres cubes d’eaux usées sont collectées et traitées dans des stations d’épuration avant d’être rejetées dans le milieu naturel, conduit à la proposition d’utiliser cette eau comme ressource alternative. Le développement de technologies de pointe, notamment la mise en œuvre de procédés utilisant des membranes d’ultrafiltration, permettrait de mettre à disposition une eau traitée, dont la qualité rendrait possible leur réutilisation à des fins agricoles et industrielles, ou pour les loisirs, qui consomment de plus en plus d’eau dans les pays développés. Procédé qui réduirait d’autant les prélèvements directs dans la ressource, la réservant à la consommation humaine.
Les entreprises qui maîtrisent ces technologies affirment qu’on sait aujourd’hui produire une eau totalement potable à partir d’eaux usées et qu’il serait possible de fonctionner quasiment en circuit fermé pour faire face à une demande croissante. De plus, cette technologie est moins onéreuse que le dessalement. Les habitants de Singapour et la capitale de la Namibie boivent déjà en partie de l’eau recyclée. En Australie, les autorités ont été contraintes de demander l’avis de la population par referendum avant de recourir à l’eau recyclée.
Ce vertige technologique semble repousser toute limite. M. Mark Shannon, directeur du Centre de matériaux avancés pour la purification de l’eau à l’université de l’Illinois, aux Etats-Unis, déclarait ainsi à l’Agence France Presse le 18 mars 2008 que : « L’eau, même douce, doit encore être décontaminée, car il y a de nombreux composants toxiques dans l’eau en petites quantités, mais les traitements chimiques sont très coûteux et posent des problèmes. » Et d’indiquer que le recours à des matières nanostructurées, dont les particules ont une taille de quelques millionièmes de millimètre, ainsi qu’aux rayons ultra-violets pour transformer et lier les substances toxiques, permettraient à l’avenir d’améliorer les traitements de l’eau...
L’ensemble de ces innovations expriment aussi des choix politiques, environnementaux, qui devraient susciter un large débat, aujourd’hui inexistant. Car c’est bien la dégradation accélérée de la ressource qui légitime cette nouvelle approche de la question de l’eau. Avec pour perspective un risque croissant d’appropriation marchande de la ressource elle-même, et de tous les services qui garantissent son usage le plus efficient, pour les besoins énergétiques, industriels, agricoles, et bien sur humains.
Un nouveau facteur accroît les tensions sur la disponibilité de la ressource et sa qualité. Dans la perspective de l’« après-pétrole », les Etats-Unis, l’Europe et plusieurs pays émergents se fixent pour objectif l’utilisation croissante de carburants issus de produits agricoles pour les transports routiers. Redessinant la carte de l’agriculture mondiale, bouleversant le paysage des productions et des échanges commerciaux, agricoles et énergétiques, cette « nouvelle économie » va à son tour peser sur l’allocation des ressources en eau, et contribuer à la dégradation de leur qualité.
Nouvelles inégalités
La nouvelle régulation des besoins pourrait donc à l’avenir reposer sur le déploiement de ces nouvelles technologies, qui n’emportent malheureusement aucune remise en cause des pratiques énergétiques, agricoles, industrielles, économiques, qui sont au fondement de la dégradation accélérée, sur toute la planète, des ressources en eau.
Comment par ailleurs imaginer que les milliards d’êtres humains qui survivent avec moins d’un dollar par jour pourront demain bénéficier des bienfaits du dessalement de l’eau de mer ou de la réutilisation des eaux usées ? Déjà dans nombre de pays pauvres l’alimentation sous forme d’eaux embouteillées est ouvertement privilégiée, et bénéficie aux seules élites qui peuvent en faire l’acquisition, au détriment de l’accès à l’eau pour les populations défavorisées.
Le déploiement industriel de cette nouvelle « gestion raisonnée » à l’échelle planétaire repose sur l’imposition massive de nouveaux process et de nouvelles technologies, notamment les technologies « membranaires » (ultra et nano-filtration, osmose inverse), protégées par des normes et des brevets qui garantissent la captation de rente par les firmes transnationales. Lesquelles se substitueraient, avec l’appui des institutions financières internationales et des pays du Nord, aux pratiques traditionnelles de gestion de l’eau, héritage de l’histoire, que possèdent et maîtrisent les communautés humaines des pays pauvres.
(1) Avec deux jours d’avance sur la date officielle, pour cause de week-end pascal.
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-03-19-La-marchandisation-de-l-eau- mars 2008
Journaliste, auteur du Dossier de l’eau. Pénurie, pollution, corruption, Seuil, Paris, 2003.
La communauté internationale célèbre le 20 mars 2008 (1), sous l’égide de l’ONU, la 15ème « Journée mondiale de l’eau ». L’absence d’accès à l’eau affecte 1,1 milliard d’êtres humains ; l’absence de moyens sanitaires de base touche 2,6 milliards de personnes. Paradoxalement, alors que les premières étapes de la marchandisation de ce bien commun ont suscité de fortes mobilisations populaires sur les cinq continents, le mouvement mondial de libéralisation des marchés de l’eau, initié dans les années 1980, semble s’accélérer.
La « libéralisation » des marchés de l’eau s’est au départ fortement inspirée du « modèle français » : le partenariat-public-privé (PPP). Un dogme s’affirmait avec force : la puissance publique est défaillante ; le recours au secteur privé est indispensable ; la bonne gouvernance repose sur le trépied de fer — dérégulation, décentralisation, privatisation ; les services de l’eau ont un coût, qui doit être payé intégralement par les usagers.
Dans ce cadre, les signatures de contrats avec des grandes métropoles du Sud se succèdent à un rythme impressionnant. Mais les conflits surgissent dès la moitié des années 1990, quand les opérateurs privés entendent faire payer des usagers fraîchement raccordés, qui n’ont ni la culture du paiement d’un bien jusqu’alors largement subsidié par la puissance publique, ni, le plus souvent, les moyens de payer. De nombreuses luttes se succèdent sur les cinq continents. La tenue des premiers grands forums altermondialistes publicise le thème du refus de la « marchandisation » de l’eau.
Le discours évolue à l’aube des années 2000, le sustainable cost recovery (recouvrement soutenable des coûts) succède au full cost recovery (recouvrement intégral). Place à l’ingénierie sociale et politique. Les engagements largement médiatisés de la communauté internationale se succèdent lors de la tenue de forums qui s’enchaînent à un rythme soutenu. Sommet du Millénaire pour le développement à New York en 2000, Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002 (« La maison brûle et nous regardons ailleurs », y proclamera le président de la République française, M. Jacques Chirac...), Troisième Forum mondial de l’eau à Kyoto en 2003. Le rapport du « panel » Camdessus publié en juin 2003 martèle que l’engagement financier pour fournir de l’eau à tous à l’horizon 2025 doit atteindre la somme phénoménale de 180 milliards de dollars par an. Il appelle à une plus grande implication des acteurs locaux : collectivités, communautés de base, ONG..., au nom de l’« empowerment ». Qui consiste à conférer un réel pouvoir de décision à la société civile. Conjointement, on envisage de nouveaux crédits consentis par les institutions financières internationales (IFI). De nouvelles normes d’organisation ou de gestion sont mises en avant, impliquant de façon croissante des acteurs extra-étatiques, privés ou associatifs, dans des dispositifs de plus en plus décentralisés.
Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Le PPP apparaît pour ce qu’il est en réalité : une branche industrielle prestataire de services dont la gestion échappe à la sanction du marché. Aujourd’hui 7 % à 8 % des marchés de l’eau et de l’assainissement ont été libéralisés dans le monde, avec des fortunes diverses. La cartographie mondiale du marché laisse apparaître une grande hétérogénéité. Globalement non solvable, l’Afrique n’enregistre que quelques contrats, dûment garantis par de l’argent public, dans quelques métropoles de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb. L’eldorado sud-américain a réservé de cinglantes déconvenues aux opérateurs privés qui l’abandonnent dans la confusion. Ils se recentrent sur l’Europe où émergent les marchés considérables de la dépollution d’une ressource sans cesse plus dégradée. Les contrats mirobolants signés en Chine par Veolia, souvent pour des durées de 50 ans, et des dizaines de milliards de dollars, le sont dans une configuration politique pour le moins hypothétique. Quid de la Chine en 2050 ?
Parmi les marchés en pleine expansion, on trouve l’externalisation du traitement des eaux usées industrielles. Suez-Ondeo détient un portefeuille de 50 000 contrats de ce type. Autre marché émergent, promis à un développement fulgurant, le dessalement de l’eau de mer. Ou encore, celui de la réutilisation des eaux usées pour l’industrie et l’agriculture. Et un nouveau Far-East, déjà à peu près totalement conquis : les ex-démocraties populaires de l’Europe de l’est. Un marché potentiel de 100 millions de clients, qui auront recouvré, à horizon de 20 ans, un niveau de vie équivalent à celui de l’Europe occidentale. Des infrastructures, certes anciennes, mais qui ont le mérite d’exister. Des financements communautaires pré et post adhésion, qui ont tout de la fontaine miraculeuse. Et — last but not least — un personnel politique majoritairement constitué d’ex-apparatchiks fermement résolus à céder aux sirènes de l’ultralibéralisme le plus débridé...
Mais, en dépit des engagements répétés de la communauté internationale, l’argent promis pour l’eau fait défaut. La manne n’est pas aussi importante que prévu. Rétrospectivement, nombre d’analystes stigmatisent l’ivresse de l’euphorie économique de la fin des années 1990, qui, à l’image de la bulle Internet, aurait précipité la course à la croissance mondiale des majors de l’eau. Plusieurs initiatives se sont révélées catastrophiques dans des pays confrontés à des crises monétaires, comme en Argentine, et ont conduit les majors à se retirer de nombreux projets trop risqués. Un paradoxe pour les apôtres de la liberté d’entreprendre et de la « prise de risques »... Les déclarations des apologistes de la libéralisation des "marchés" de l’eau lors du 4ème Forum mondial de l’eau, à Mexico, du 16 au 22 mars 2006, tranchaient dès lors singulièrement avec les discours martelés depuis une dizaine d’années. Ils y proclamaient unanimement que ce sont bien la puissance publique, et l’argent public, qui doivent procéder aux investissements qui doivent impérativement être déployés pour promouvoir l’eau et l’assainissement pour tous. Manière de garder la main, quand de nouvelles coalitions regroupant services publics et militants de l’eau s’organisent afin de promouvoir de nouveaux « partenariats-public-public », Nord-Sud et Sud-Sud dans le monde entier.
Changement climatique et crise écologique
Le changement climatique, qui affecte les modèles météorologiques, les précipitations et le cycle hydrologique, et par conséquence la disponibilité des eaux de surface, l’humidité des sols et l’alimentation des nappes souterraines, pourrait provoquer une augmentation de l’ampleur et de la fréquence des catastrophes naturelles liées aux précipitations : inondations, sécheresses, glissements de terrain, ouragans et cyclones. Et, en conséquence, provoquer de grandes vagues de « réfugiés environnementaux ». Si les prévisions actuelles se confirment, avec un climat plus irrégulier dans les années à venir, le rendement des cultures serait menacé tant dans les pays développés que dans les pays en développement, et près de 3 milliards de personnes seraient exposées à des pénuries d’eau.
Dans de vastes régions de l’Europe de l’Est, de la Russie occidentale, du centre du Canada et en Californie, les débits de pointe des cours d’eau sont désormais enregistrés en hiver, car la proportion des pluies par rapport à la neige y est plus importante, et les eaux de ruissellement atteignent les rivières plus rapidement. Dans les bassins du Niger, du lac Tchad et du Sénégal, qui font partie des bassins versants les plus grands d’Afrique, la quantité totale d’eau disponible a déjà baissé de 40 % à 60 %.
Si des changements radicaux du cycle de l’eau se généralisent, les tendances observées par le passé ne peuvent plus fournir de modèles fiables pour prévoir la gestion de la ressource en eau dans le futur. De nouveaux modèles devront être mis en œuvre pour anticiper les inondations et les sécheresses, déterminer la taille des réserves d’eau et décider de l’allocation de la ressource entre les usages domestiques, industriels et agricoles. Les implications en sont très lourdes, si l’on considère que l’investissement mondial annuel dans l’infrastructure de l’eau représente 500 milliards de dollars, et que celui-ci est réalisé en fonction de l’hypothèse, déjà dépassée, selon laquelle le cycle de l’eau oscillerait dans les limites relativement étroites constatées dans le passé.
Fuite en avant technologique
Pour répondre au défi de l’épuisement des ressources, à défaut de remettre en cause des modèles de développement générateurs de prélèvements excessifs, de gaspillage et de pollution, la tentation est grande d’une fuite en avant technologique lourde de risques, et génératrice de nouvelles inégalités.
Plus d’un tiers des terres du globe arides ou semi-arides manquent d’eau. Les perspectives d’évolution démographique permettent d’augurer qu’en 2050 près de 40 % de la population du globe souffrira de stress hydrique, entrave majeure à toute perspective de développement. Avec pour conséquences l’absence de sécurité alimentaire, des pertes économiques, une pollution sans cesse accrue et de possibles conflits.
Face à ces défis émerge depuis quelques années l’idée de déployer une nouvelle « gestion raisonnée » de la ressource, s’appuyant sur des réponses technologiques innovantes. Les projets de transferts d’eau massifs, à l’échelle d’un pays ou d’un sous-continent, en Libye, au Canada ou en Espagne, le dessalement de l’eau de mer, la réutilisation des eaux usées pour des usages agricoles, industriels, voire pour l’alimentation humaine, comme la mobilisation de nouvelles ressources par le biais de la réalimentation artificielle des nappes phréatiques, sont désormais fortement promus comme autant de réponses pertinentes à la crise de l’eau.
Le dessalement permettrait ainsi un accès illimité à la ressource. Sachant que 40 % de la population mondiale vit à moins de 100 kilomètres de la mer et, que sur 70 villes de plus de 1 million d’habitants sans accès direct à des ressources supplémentaires en eau douce, 42 sont situées sur la côte, le dessalement par osmose inverse est ainsi présenté comme une solution compatible à l’avenir avec des énergies renouvelables, telles que les éoliennes.
Nécessitant un fort apport d’énergie, ces technologies ne sont aujourd’hui mobilisables que par les émirats du Golfe, l’Australie, l’Espagne, l’Algérie, la Chine, ou les Etats-Unis. Mais on compte déjà dans le monde près de 15 000 unités de dessalement, et la capacité de production pourrait être multipliée par deux dans les dix prochaines années. Reste la facture environnementale de cette nouvelle technologie : pour produire un litre d’eau dessalée, on rejette à la mer un litre de saumure, qui affecte l’équilibre des milieux aquatiques.
De même, le constat qu’aujourd’hui, dans le monde, 165 milliards de mètres cubes d’eaux usées sont collectées et traitées dans des stations d’épuration avant d’être rejetées dans le milieu naturel, conduit à la proposition d’utiliser cette eau comme ressource alternative. Le développement de technologies de pointe, notamment la mise en œuvre de procédés utilisant des membranes d’ultrafiltration, permettrait de mettre à disposition une eau traitée, dont la qualité rendrait possible leur réutilisation à des fins agricoles et industrielles, ou pour les loisirs, qui consomment de plus en plus d’eau dans les pays développés. Procédé qui réduirait d’autant les prélèvements directs dans la ressource, la réservant à la consommation humaine.
Les entreprises qui maîtrisent ces technologies affirment qu’on sait aujourd’hui produire une eau totalement potable à partir d’eaux usées et qu’il serait possible de fonctionner quasiment en circuit fermé pour faire face à une demande croissante. De plus, cette technologie est moins onéreuse que le dessalement. Les habitants de Singapour et la capitale de la Namibie boivent déjà en partie de l’eau recyclée. En Australie, les autorités ont été contraintes de demander l’avis de la population par referendum avant de recourir à l’eau recyclée.
Ce vertige technologique semble repousser toute limite. M. Mark Shannon, directeur du Centre de matériaux avancés pour la purification de l’eau à l’université de l’Illinois, aux Etats-Unis, déclarait ainsi à l’Agence France Presse le 18 mars 2008 que : « L’eau, même douce, doit encore être décontaminée, car il y a de nombreux composants toxiques dans l’eau en petites quantités, mais les traitements chimiques sont très coûteux et posent des problèmes. » Et d’indiquer que le recours à des matières nanostructurées, dont les particules ont une taille de quelques millionièmes de millimètre, ainsi qu’aux rayons ultra-violets pour transformer et lier les substances toxiques, permettraient à l’avenir d’améliorer les traitements de l’eau...
L’ensemble de ces innovations expriment aussi des choix politiques, environnementaux, qui devraient susciter un large débat, aujourd’hui inexistant. Car c’est bien la dégradation accélérée de la ressource qui légitime cette nouvelle approche de la question de l’eau. Avec pour perspective un risque croissant d’appropriation marchande de la ressource elle-même, et de tous les services qui garantissent son usage le plus efficient, pour les besoins énergétiques, industriels, agricoles, et bien sur humains.
Un nouveau facteur accroît les tensions sur la disponibilité de la ressource et sa qualité. Dans la perspective de l’« après-pétrole », les Etats-Unis, l’Europe et plusieurs pays émergents se fixent pour objectif l’utilisation croissante de carburants issus de produits agricoles pour les transports routiers. Redessinant la carte de l’agriculture mondiale, bouleversant le paysage des productions et des échanges commerciaux, agricoles et énergétiques, cette « nouvelle économie » va à son tour peser sur l’allocation des ressources en eau, et contribuer à la dégradation de leur qualité.
Nouvelles inégalités
La nouvelle régulation des besoins pourrait donc à l’avenir reposer sur le déploiement de ces nouvelles technologies, qui n’emportent malheureusement aucune remise en cause des pratiques énergétiques, agricoles, industrielles, économiques, qui sont au fondement de la dégradation accélérée, sur toute la planète, des ressources en eau.
Comment par ailleurs imaginer que les milliards d’êtres humains qui survivent avec moins d’un dollar par jour pourront demain bénéficier des bienfaits du dessalement de l’eau de mer ou de la réutilisation des eaux usées ? Déjà dans nombre de pays pauvres l’alimentation sous forme d’eaux embouteillées est ouvertement privilégiée, et bénéficie aux seules élites qui peuvent en faire l’acquisition, au détriment de l’accès à l’eau pour les populations défavorisées.
Le déploiement industriel de cette nouvelle « gestion raisonnée » à l’échelle planétaire repose sur l’imposition massive de nouveaux process et de nouvelles technologies, notamment les technologies « membranaires » (ultra et nano-filtration, osmose inverse), protégées par des normes et des brevets qui garantissent la captation de rente par les firmes transnationales. Lesquelles se substitueraient, avec l’appui des institutions financières internationales et des pays du Nord, aux pratiques traditionnelles de gestion de l’eau, héritage de l’histoire, que possèdent et maîtrisent les communautés humaines des pays pauvres.
(1) Avec deux jours d’avance sur la date officielle, pour cause de week-end pascal.
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-03-19-La-marchandisation-de-l-eau- mars 2008
lundi 17 mars 2008
PLAIDOIRIE POUR UNE REFORME DE LA DIPLOMATIE
Haïti : Plaidoirie pour une réforme de la diplomatie
lundi 17 mars 2008
Par Pierre Richard Cajuste
Soumis à AlterPresse le 13 mars 2008
Dans sa déclaration de politique générale devant le Parlement en juin 2006, le Premier Ministre Jacques Édouard ALEXIS a plaidé en faveur de l’adoption de « nouvelles orientations dans le domaine de la politique extérieure…en vue d’avoir des retombées plus immédiatement visibles pour le pays en termes de promotion culturelle, de recherche d’investissements, d’ouverture de marchés pour nos produits… ».
Deux ans après, les changements réels au niveau de la diplomatie se font toujours attendre.
Comme on a pu le constater, Haïti est devenue membre du Groupe de Rio et est entrain d’assurer la présidence de l’Association des Etats des Caraïbes (Aec) et du Conseil économique et social des Nations Unies (Ecosoc).
Alors, il s’avérait urgent pour le pays de jouer sa nouvelle carte, tant dans la dynamique des relations bilatérales, multilatérales, que dans la coopération décentralisée. A ce stade, qui contestera le fait que les nominations dans les services externes de la Chancellerie aient été effectuées, sous le gouvernement de transition Latortue-Alexandre, avec autant de désinvolture et de légèreté que de partisannerie politique.
Notons qu’il est tout à fait évident qu’à côté de la pratique traditionnelle des relations internationales, fondées sur le maintien des liens d’amitié, de paix et de concorde entre les nations, la diplomatie haïtienne doit faire montre de créativité, étant donné la situation exceptionnelle dans laquelle se trouve le pays.
C’est précisément cet exceptionnalisme qui doit conduire les décideurs haïtiens à conceptualiser, dans cette conjoncture, un nouveau paradigme politico-diplomatique qui peut servir de cadre à l’avancement du pays. Ceci, en prenant en considération la spécificité haïtienne.
La diplomatie peut et doit servir de moteur dans la quête du développement du pays en adressant les questions urgentes, comme : la lutte contre l’insécurité, la lutte contre la pauvreté, l’instauration d’un état de droit, la mise en marche des institutions de l’état, la conquête de l’investissement étranger et du commerce international, la défense des droits des immigrés haïtiens, l’amélioration de l’image du pays à l’étranger.
Ce dernier point est remarquable par son importance. C’est comme un impératif de premier ordre de travailler à changer l’image du pays à l’étranger en neutralisant les vieux réflexes pavlovisés de violence, de misère, d’insalubrité, à partir desquels est perçu habituellement le pays.
Pour ce, le Gouvernement haïtien se doit de créer un agenda clairement défini, en sus d’une vision stratégique et d’un cadre opérationnel clair ; d’autant que les diverses crises politiques, qui ont affecté le pays depuis de nombreuses années, l’ont mis très en retard.
Dans le contexte actuel, l’action diplomatique doit être aussi l’expression d’une politique extérieure qui se définit par référence aux nouvelles données de l’ordre mondial, à savoir la prépondérance du marché et l’universalisation des valeurs démocratiques.
Pourtant, depuis l’installation du gouvernement en juin 2006, rien de substantiel n’a été fait dans la diplomatie.
Les Chefs de Mission (on ne dira pas les Ambassadeurs) occupent encore leur poste en violation de l’article 141 de la Constitution de 1987). Car, nommés à une période où il n’y avait pas de Parlement, ils auraient dû être présentés devant la Commission des Affaires Étrangères du Sénat dès l’avènement de ce gouvernement constitutionnel et légitime qui, implicitement, a décidé de les garder à leur poste.
On a vu ce cas avec le Directeur général de la Police nationale d’Haïti (Pnh), Mario Andresol, qui, nommé par le Gouvernement intérimaire Latortue-Alexandre, fut obligé de se présenter devant le Sénat (toujours en vertu de l’article 141 de la Constitution de 1987) lorsqu’il a été reconduit par le Président René Préval.
Cette diplomatie coûte plus de 2 millions de dollars américains par mois à la nation haïtienne, alors que les ambassades, les consulats et les missions permanentes, non seulement ne fonctionnent pas, mais ne sont pas en cohérence avec la vision dégagée dans la politique générale du gouvernement. Pareille somme pour appuyer l’action diplomatique serait dérisoire si elle était utilisée à bon escient, dans une logique de profit en faveur de la Nation.
Ils sont légion, les cas de dysfonctionnement de l’appareil diplomatique, qui prouvent, par le menu, que le renforcement des capacités devrait être aussi une priorité dans la conceptualisation et la mise en œuvre d’une politique étrangère valable, viable et susceptible d’accompagner le gouvernement dans sa stratégie de développement.
La bonne gouvernance ne s’accommode pas d’un gaspillage de ressources, ni d’une mauvaise allocation de ces ressources. Pourquoi avoir deux, trois ambassadeurs dans une même mission diplomatique ? Et un personnel pléthorique qui ne correspond pas aux besoins réels des Missions Diplomatiques et consulaires ?
Les décideurs au niveau de la chancellerie doivent être capables de faire marcher les missions diplomatiques et consulaires et les représentations permanentes. Il est aussi connu que ces missions fonctionnent à vau-l’eau, sans instructions/orientations précises de la part du ministère des affaires étrangères. Elles sont livrées à elles-mêmes.
Va-t-on appuyer le processus du Conseil économique et social des Nations Unies (Ecosoc) ou allons-nous vers la Commission de consolidation de la paix (Ccp) ? Sans concertation ? Sans cohésion ? Une situation qui génère un énorme gaspillage de ressources.
La République d’Haïti préside actuellement l’Ecosoc. La grande question consiste à savoir : est-ce que l’exercice de cette présidence, en dépit de son caractère honorifique, est vraiment important pour Haïti ?
Cette présidence à l’Ecosoc coûterait à l’État haïtien la rondelette somme de plusieurs milliers de dollars américains par mois.
Jusqu’à présent, Haïti ne s’est pas bien structurée pour gérer l’Alternative bolivarienne des Amériques (Alba) de façon institutionnelle.
Le pays n’a toujours participé qu’aux conseils présidentiels. Les autres structures de l’Alba ne sont pas animées, comme le conseil des ministres, le conseil des organisations sociales et le secrétariat permanent, ainsi que les diverses commissions.
La dynamique économique et surtout commerciale entre la République d’Haïti et ses alliés, qui se développe depuis quelques années, traduit la nécessité de la mise en place d’un nouveau positionnement et d’une nouvelle politique de coopération vis-à-vis de ses partenaires privilégiés et des nouveaux acteurs émergeant sur la scène internationale.
La diplomatie doit appuyer les négociations entreprises par le ministère de l’économie et des finances ainsi que le ministère de la planification et de la coopération externe dans le cadre du multilatéral et du bilatéral, de manière à créer une synergie entre les acteurs. L’élaboration du document de stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté (Dsncrp) placera, éventuellement, Haïti dans une autre sphère de coopération.
Le ministère des affaires étrangères, en tant que ministère transversal, doit jouer son rôle dans le cadre du Dsncrp, en réalisant le lien institutionnel et systémique entre le maintien d’un environnement sécuritaire et le réseau international d’assistance et de mobilisation des bailleurs de fonds. Le passage de la phase de stabilisation à celle de la consolidation et à la question de la souveraineté : tout cela appelle une nouvelle réflexion, un nouveau débat.
Bref, l’appui international reste un élément important dans la reconstruction du pays. Cet appui international n’arrivera tout bonnement pas si l’action diplomatique n’est pas efficace et efficiente, si la léthargie et le laxisme continuent à caractériser les pratiques diplomatiques.
Pierre Richard Cajuste
cajuste2000@yahoo.com
lundi 17 mars 2008
Par Pierre Richard Cajuste
Soumis à AlterPresse le 13 mars 2008
Dans sa déclaration de politique générale devant le Parlement en juin 2006, le Premier Ministre Jacques Édouard ALEXIS a plaidé en faveur de l’adoption de « nouvelles orientations dans le domaine de la politique extérieure…en vue d’avoir des retombées plus immédiatement visibles pour le pays en termes de promotion culturelle, de recherche d’investissements, d’ouverture de marchés pour nos produits… ».
Deux ans après, les changements réels au niveau de la diplomatie se font toujours attendre.
Comme on a pu le constater, Haïti est devenue membre du Groupe de Rio et est entrain d’assurer la présidence de l’Association des Etats des Caraïbes (Aec) et du Conseil économique et social des Nations Unies (Ecosoc).
Alors, il s’avérait urgent pour le pays de jouer sa nouvelle carte, tant dans la dynamique des relations bilatérales, multilatérales, que dans la coopération décentralisée. A ce stade, qui contestera le fait que les nominations dans les services externes de la Chancellerie aient été effectuées, sous le gouvernement de transition Latortue-Alexandre, avec autant de désinvolture et de légèreté que de partisannerie politique.
Notons qu’il est tout à fait évident qu’à côté de la pratique traditionnelle des relations internationales, fondées sur le maintien des liens d’amitié, de paix et de concorde entre les nations, la diplomatie haïtienne doit faire montre de créativité, étant donné la situation exceptionnelle dans laquelle se trouve le pays.
C’est précisément cet exceptionnalisme qui doit conduire les décideurs haïtiens à conceptualiser, dans cette conjoncture, un nouveau paradigme politico-diplomatique qui peut servir de cadre à l’avancement du pays. Ceci, en prenant en considération la spécificité haïtienne.
La diplomatie peut et doit servir de moteur dans la quête du développement du pays en adressant les questions urgentes, comme : la lutte contre l’insécurité, la lutte contre la pauvreté, l’instauration d’un état de droit, la mise en marche des institutions de l’état, la conquête de l’investissement étranger et du commerce international, la défense des droits des immigrés haïtiens, l’amélioration de l’image du pays à l’étranger.
Ce dernier point est remarquable par son importance. C’est comme un impératif de premier ordre de travailler à changer l’image du pays à l’étranger en neutralisant les vieux réflexes pavlovisés de violence, de misère, d’insalubrité, à partir desquels est perçu habituellement le pays.
Pour ce, le Gouvernement haïtien se doit de créer un agenda clairement défini, en sus d’une vision stratégique et d’un cadre opérationnel clair ; d’autant que les diverses crises politiques, qui ont affecté le pays depuis de nombreuses années, l’ont mis très en retard.
Dans le contexte actuel, l’action diplomatique doit être aussi l’expression d’une politique extérieure qui se définit par référence aux nouvelles données de l’ordre mondial, à savoir la prépondérance du marché et l’universalisation des valeurs démocratiques.
Pourtant, depuis l’installation du gouvernement en juin 2006, rien de substantiel n’a été fait dans la diplomatie.
Les Chefs de Mission (on ne dira pas les Ambassadeurs) occupent encore leur poste en violation de l’article 141 de la Constitution de 1987). Car, nommés à une période où il n’y avait pas de Parlement, ils auraient dû être présentés devant la Commission des Affaires Étrangères du Sénat dès l’avènement de ce gouvernement constitutionnel et légitime qui, implicitement, a décidé de les garder à leur poste.
On a vu ce cas avec le Directeur général de la Police nationale d’Haïti (Pnh), Mario Andresol, qui, nommé par le Gouvernement intérimaire Latortue-Alexandre, fut obligé de se présenter devant le Sénat (toujours en vertu de l’article 141 de la Constitution de 1987) lorsqu’il a été reconduit par le Président René Préval.
Cette diplomatie coûte plus de 2 millions de dollars américains par mois à la nation haïtienne, alors que les ambassades, les consulats et les missions permanentes, non seulement ne fonctionnent pas, mais ne sont pas en cohérence avec la vision dégagée dans la politique générale du gouvernement. Pareille somme pour appuyer l’action diplomatique serait dérisoire si elle était utilisée à bon escient, dans une logique de profit en faveur de la Nation.
Ils sont légion, les cas de dysfonctionnement de l’appareil diplomatique, qui prouvent, par le menu, que le renforcement des capacités devrait être aussi une priorité dans la conceptualisation et la mise en œuvre d’une politique étrangère valable, viable et susceptible d’accompagner le gouvernement dans sa stratégie de développement.
La bonne gouvernance ne s’accommode pas d’un gaspillage de ressources, ni d’une mauvaise allocation de ces ressources. Pourquoi avoir deux, trois ambassadeurs dans une même mission diplomatique ? Et un personnel pléthorique qui ne correspond pas aux besoins réels des Missions Diplomatiques et consulaires ?
Les décideurs au niveau de la chancellerie doivent être capables de faire marcher les missions diplomatiques et consulaires et les représentations permanentes. Il est aussi connu que ces missions fonctionnent à vau-l’eau, sans instructions/orientations précises de la part du ministère des affaires étrangères. Elles sont livrées à elles-mêmes.
Va-t-on appuyer le processus du Conseil économique et social des Nations Unies (Ecosoc) ou allons-nous vers la Commission de consolidation de la paix (Ccp) ? Sans concertation ? Sans cohésion ? Une situation qui génère un énorme gaspillage de ressources.
La République d’Haïti préside actuellement l’Ecosoc. La grande question consiste à savoir : est-ce que l’exercice de cette présidence, en dépit de son caractère honorifique, est vraiment important pour Haïti ?
Cette présidence à l’Ecosoc coûterait à l’État haïtien la rondelette somme de plusieurs milliers de dollars américains par mois.
Jusqu’à présent, Haïti ne s’est pas bien structurée pour gérer l’Alternative bolivarienne des Amériques (Alba) de façon institutionnelle.
Le pays n’a toujours participé qu’aux conseils présidentiels. Les autres structures de l’Alba ne sont pas animées, comme le conseil des ministres, le conseil des organisations sociales et le secrétariat permanent, ainsi que les diverses commissions.
La dynamique économique et surtout commerciale entre la République d’Haïti et ses alliés, qui se développe depuis quelques années, traduit la nécessité de la mise en place d’un nouveau positionnement et d’une nouvelle politique de coopération vis-à-vis de ses partenaires privilégiés et des nouveaux acteurs émergeant sur la scène internationale.
La diplomatie doit appuyer les négociations entreprises par le ministère de l’économie et des finances ainsi que le ministère de la planification et de la coopération externe dans le cadre du multilatéral et du bilatéral, de manière à créer une synergie entre les acteurs. L’élaboration du document de stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté (Dsncrp) placera, éventuellement, Haïti dans une autre sphère de coopération.
Le ministère des affaires étrangères, en tant que ministère transversal, doit jouer son rôle dans le cadre du Dsncrp, en réalisant le lien institutionnel et systémique entre le maintien d’un environnement sécuritaire et le réseau international d’assistance et de mobilisation des bailleurs de fonds. Le passage de la phase de stabilisation à celle de la consolidation et à la question de la souveraineté : tout cela appelle une nouvelle réflexion, un nouveau débat.
Bref, l’appui international reste un élément important dans la reconstruction du pays. Cet appui international n’arrivera tout bonnement pas si l’action diplomatique n’est pas efficace et efficiente, si la léthargie et le laxisme continuent à caractériser les pratiques diplomatiques.
Pierre Richard Cajuste
cajuste2000@yahoo.com
dimanche 16 mars 2008
DOUBLE NATIONALITE, TRIPLE PROBLEME
Double nationalité, triple problèmePar Jean Erich René
erich@mondenet.com 15 mars 08
Le nombrilisme de nos hommes politiques les porte à pratiquer le saucissonnage des articles de Notre Charte Fondamentale afin de les croquer à leur goût tout en mettant en péril la souveraineté nationale. On ne peut pas ballotter une Constitution comme un fétu de paille rien que pour satisfaire les ambitions d'une clique. Le drame qui se déroule actuellement au Parlement dépasse toute imagination. Des têtes de linotte s'avisent de modifier la loi sur la nationalité haïtienne juste pour satisfaire le désir d'un psychopathe. La finesse de la question dépasse l'entendement de l'homme de la rue. Comme cobayes, le Laboratoire Politique Prévalas expérimente sa colle sur les Sénateurs Ultimo Compère et Réginald Boulos. Par voie de conséquence, la route sera pavée à la candidature à la présidence de Mildred Trouillot Aristide dont l'état civil et politique est similaire. Des deux côtés le mal va mal finir.
Les réactions du PM Jacques Édouard Alexis exhortant ses Ministres à bouder le formulaire d'enquête du Parlement sur la nationalité n'est qu'une piètre manigance. Le Rapport d'enquête sénatoriale annonçant une modification de la loi sur la nationalité est un signe avant-coureur de la mise à mort de la noblesse d'un article de la Constitution haïtienne qui de 1804 à 1987 ne reconnaît jamais la double nationalité.
a) Constitution impériale du 20 Mai 1805Article 7 La qualité de citoyen d'Haïti se perd par l'émigration et par la naturalisation en pays étranger, et par la condamnation à des peines afflictives et infamantes. Le premier cas emporte la peine de mort et laconfiscation des propriétés.
b) Constitution du 29 mars 1987ARTICLE 15: La double nationalité haïtienne et étrangère n'est admise dans aucun cas.
Les données sont claires : ceux et celles qui jouissent de la double nationalité et qui ont brigué délibérément des postes électifs ou administratifs de haut niveau ont péché avec la Bible en main, d'autantplus qu'ils ont prêté serment sur la Constitution de 1987 qui contient des articles prohibitifs à ce sujet. Il s'agit d'un crime de haute trahison, passible de la Haute Cour de Justice. Il est vraiment troublant et suspectqu'un socialiste ML de la trempe de Victor Benoît se fasse l'avocat d'un citoyen américain. La loi est une pour tous, soit qu'elle punisse, soit qu'elle protège. En une telle occurrence il est dangereux de banaliser laquestion par une mascarade de la Commission sénatoriale.
Pour les incrédules nous reproduisons textuellement un extrait d'un article de la Revue québécoise "L'Actualité 1er Avril 2008" sous la rubrique : « Quatre contes à faire peur » :"Est-il possible que des règles discriminatoires américaines aient des répercussions jusqu'à Mirabel ? Un étudiant canadien l'a appris à ses dépens l'an dernier quand il s'est vu refuser un stage au sein de l'entreprise Bell Helicopter à Mirabel. Son délit ? Etre né en Haïti ! En vertu de l'International Traffic in Arms Regulation (ITAR) les sociétés qui fournissent du matériel militaire aux Etats-Unis sont en effet tenues d'exclure de certaines tâches les employés originaires de 26 pays jugés à risque, même s'ils ont la nationalité canadienne. Bell Helicopter avait aussi dû réaffecter, l'an dernier, une vingtaine d'employés possédant une double nationalité." (L'Actualité 1er Avril 2008 p.30) Amen !
Alors, comment donc accepter la Double Nationalité dans notre propre cuisine politique ! Le brouillard qui enveloppe la modification de l'article sur la Nationalité que propose la Commission sénatoriale et l'ordre formel du Premier Ministre interdisant à ses Ministres de ne pas répondre directement aux questions de la Commission sénatoriale nous effraient, tout en nous mettant la puce à l'oreille. Tout observateur attentif doit remarquer qu'il y a un complot qui se trame.
Dans une perspective historique, remontons au drame du 6 décembre 1897. Deux navires de guerre allemands: Le Charlotte et le Stein sous l'ordre du Commandant Thiele se présentaient dans la rade de Port-au-Prince pour donner leur ultimatum au Gouvernement du Président Tirésias Simon Sam dont les agents de police avaient arrêté, pour voie de faits, MONSIEUR EMILE LUDERS DE MÈRE HAITIENNE ET DE PÈRE ALLEMAND. Dans un livre de 400 pages intitulé « L'Affaire Luders » Solon Menos, Docteur en droit de l'Université de Paris et Ministre des Affaires Étrangères, a exposé les insultes du Gouvernement de Berlin au Président Sam et les raisons qui doivent nous interdire d'admettre la double nationalité.
Dans un passé plus récent, le lundi 8 septembre 2003 la 47e législature, sous l'ordre de Jean Bertrand Aristide a tenté de tordre le cou à la Constitution de 1987 en l'handicapant de son article 11 qui stipule : : «possède la nationalité haïtienne d'origine, tout individu né d'un père haïtien ou d'une mère haïtienne qui eux-mêmes sont nés haïtiens et n'avaient jamais renoncé à leur nationalité au moment de la naissance » La chimérique Constitution que voudrait nous imposer Aristide afin de préparer sa succession au pouvoir par son épouse Mildred Trouillot dans son article 9 précisait : « possède la nationalité haïtienne d'origine, tout individu né d'un père haïtien et ou d'une mère haïtienne ou tout individu né en Haïti » En raison d'une absence de quorum le projet d'amendement constitutionnel a avorté. Mais la 47e législature avait glissé dans les minutes du Parlement une note d'indulgence à l'attention de la 48e qui aujourd'hui se propose d'ajuster l'article sur la Nationalité selon le profil de la future candidate à la présidence, la collègue et amie de Hillary Clinton, nulle autre que Mildred Trouillot Aristide.
La modification dont parle le Rapport d'enquête du Sénat sur la nationalité nage en pleine illégalité. De quel chef vont-ils tenter d'entreprendre cette retouche cosmétique ? La Constitution de 1987 sur laquelle lessénateurs ont prêté serment, au Titre XIII prévoit les conditions de son amendement selon les dispositions des articles 282, 282.1, 283, 284, 284.1, 284.2.
ARTICLE 282: Le Pouvoir Législatif, sur la proposition de l'une des deux (2) Chambres ou du Pouvoir Exécutif, a le droit de déclarer qu'il y a lieu d'amender la Constitution, avec motifs à l'appui.
ARTICLE 282.1: Cette déclaration doit réunir l'adhésion des deux (2/3) de chacune des deux (2) Chambres. Elle ne peut être faite qu'au cours de la dernière Session Ordinaire d'une Législature et est publiée immédiatement sur toutel'étendue du Territoire.
ARTICLE 283: A la première Session de la Législature suivante, les Chambres se réunissent en Assemblée Nationale et statuent sur l'amendement proposé.
ARTICLE 284: L'Assemblée Nationale ne peut siéger, ni délibérer sur l'amendement si les deux (2/3) tiers au moins des Membres de chacune des deux (2) Chambres ne sont présents.
ARTICLE 284.1: Aucune décision de l'Assemblée Nationale ne peut être adoptée qu'à la majorité des deux (2/3) tiers des suffrages exprimés.
ARTICLE 284.2: L'amendement obtenu ne peut entrer en vigueur qu'après l'installation du prochain Président élu. En aucun cas, le Président sous le gouvernement de qui l'amendement a eu lieu ne peut bénéficier des avantages qui en découlent.
Actuellement il n'y a pas de quorum au Parlement puisque les deux (2/3) de chacune des deux (2) Chambres ne peuvent pas se réunir à cause de certains postes vacants. Nous ne sommes pas non plus à la dernière Session Ordinaire de la 48e Législature. Cet amendement pour être effectif exige la délibération en Assemblée Nationale de la 49e Législature dès sa première Session. Les Parlementaires ciblés comme images virtuelles et réellement Mildred Trouillot Aristide doivent attendre 2011 pour la prestation de serment de la 49e législature ainsi que du prochain Président pour bénéficier de cet amendement. En attendant nos sénateurs, nos ministres et Premier Ministre délictueux tombent sous le coup de la loi en la matière. Quelle est donc cette mimique grimaçante que nous fait la Commission sénatoriale chargée de l'enquête sur la nationalité? Veut-elle livrer le pays aux étrangers. Il nous faut unir nos voix pour dire non aux magouilleurs du Sénat. Double nationalité, triple problème.
erich@mondenet.com 15 mars 08
Le nombrilisme de nos hommes politiques les porte à pratiquer le saucissonnage des articles de Notre Charte Fondamentale afin de les croquer à leur goût tout en mettant en péril la souveraineté nationale. On ne peut pas ballotter une Constitution comme un fétu de paille rien que pour satisfaire les ambitions d'une clique. Le drame qui se déroule actuellement au Parlement dépasse toute imagination. Des têtes de linotte s'avisent de modifier la loi sur la nationalité haïtienne juste pour satisfaire le désir d'un psychopathe. La finesse de la question dépasse l'entendement de l'homme de la rue. Comme cobayes, le Laboratoire Politique Prévalas expérimente sa colle sur les Sénateurs Ultimo Compère et Réginald Boulos. Par voie de conséquence, la route sera pavée à la candidature à la présidence de Mildred Trouillot Aristide dont l'état civil et politique est similaire. Des deux côtés le mal va mal finir.
Les réactions du PM Jacques Édouard Alexis exhortant ses Ministres à bouder le formulaire d'enquête du Parlement sur la nationalité n'est qu'une piètre manigance. Le Rapport d'enquête sénatoriale annonçant une modification de la loi sur la nationalité est un signe avant-coureur de la mise à mort de la noblesse d'un article de la Constitution haïtienne qui de 1804 à 1987 ne reconnaît jamais la double nationalité.
a) Constitution impériale du 20 Mai 1805Article 7 La qualité de citoyen d'Haïti se perd par l'émigration et par la naturalisation en pays étranger, et par la condamnation à des peines afflictives et infamantes. Le premier cas emporte la peine de mort et laconfiscation des propriétés.
b) Constitution du 29 mars 1987ARTICLE 15: La double nationalité haïtienne et étrangère n'est admise dans aucun cas.
Les données sont claires : ceux et celles qui jouissent de la double nationalité et qui ont brigué délibérément des postes électifs ou administratifs de haut niveau ont péché avec la Bible en main, d'autantplus qu'ils ont prêté serment sur la Constitution de 1987 qui contient des articles prohibitifs à ce sujet. Il s'agit d'un crime de haute trahison, passible de la Haute Cour de Justice. Il est vraiment troublant et suspectqu'un socialiste ML de la trempe de Victor Benoît se fasse l'avocat d'un citoyen américain. La loi est une pour tous, soit qu'elle punisse, soit qu'elle protège. En une telle occurrence il est dangereux de banaliser laquestion par une mascarade de la Commission sénatoriale.
Pour les incrédules nous reproduisons textuellement un extrait d'un article de la Revue québécoise "L'Actualité 1er Avril 2008" sous la rubrique : « Quatre contes à faire peur » :"Est-il possible que des règles discriminatoires américaines aient des répercussions jusqu'à Mirabel ? Un étudiant canadien l'a appris à ses dépens l'an dernier quand il s'est vu refuser un stage au sein de l'entreprise Bell Helicopter à Mirabel. Son délit ? Etre né en Haïti ! En vertu de l'International Traffic in Arms Regulation (ITAR) les sociétés qui fournissent du matériel militaire aux Etats-Unis sont en effet tenues d'exclure de certaines tâches les employés originaires de 26 pays jugés à risque, même s'ils ont la nationalité canadienne. Bell Helicopter avait aussi dû réaffecter, l'an dernier, une vingtaine d'employés possédant une double nationalité." (L'Actualité 1er Avril 2008 p.30) Amen !
Alors, comment donc accepter la Double Nationalité dans notre propre cuisine politique ! Le brouillard qui enveloppe la modification de l'article sur la Nationalité que propose la Commission sénatoriale et l'ordre formel du Premier Ministre interdisant à ses Ministres de ne pas répondre directement aux questions de la Commission sénatoriale nous effraient, tout en nous mettant la puce à l'oreille. Tout observateur attentif doit remarquer qu'il y a un complot qui se trame.
Dans une perspective historique, remontons au drame du 6 décembre 1897. Deux navires de guerre allemands: Le Charlotte et le Stein sous l'ordre du Commandant Thiele se présentaient dans la rade de Port-au-Prince pour donner leur ultimatum au Gouvernement du Président Tirésias Simon Sam dont les agents de police avaient arrêté, pour voie de faits, MONSIEUR EMILE LUDERS DE MÈRE HAITIENNE ET DE PÈRE ALLEMAND. Dans un livre de 400 pages intitulé « L'Affaire Luders » Solon Menos, Docteur en droit de l'Université de Paris et Ministre des Affaires Étrangères, a exposé les insultes du Gouvernement de Berlin au Président Sam et les raisons qui doivent nous interdire d'admettre la double nationalité.
Dans un passé plus récent, le lundi 8 septembre 2003 la 47e législature, sous l'ordre de Jean Bertrand Aristide a tenté de tordre le cou à la Constitution de 1987 en l'handicapant de son article 11 qui stipule : : «possède la nationalité haïtienne d'origine, tout individu né d'un père haïtien ou d'une mère haïtienne qui eux-mêmes sont nés haïtiens et n'avaient jamais renoncé à leur nationalité au moment de la naissance » La chimérique Constitution que voudrait nous imposer Aristide afin de préparer sa succession au pouvoir par son épouse Mildred Trouillot dans son article 9 précisait : « possède la nationalité haïtienne d'origine, tout individu né d'un père haïtien et ou d'une mère haïtienne ou tout individu né en Haïti » En raison d'une absence de quorum le projet d'amendement constitutionnel a avorté. Mais la 47e législature avait glissé dans les minutes du Parlement une note d'indulgence à l'attention de la 48e qui aujourd'hui se propose d'ajuster l'article sur la Nationalité selon le profil de la future candidate à la présidence, la collègue et amie de Hillary Clinton, nulle autre que Mildred Trouillot Aristide.
La modification dont parle le Rapport d'enquête du Sénat sur la nationalité nage en pleine illégalité. De quel chef vont-ils tenter d'entreprendre cette retouche cosmétique ? La Constitution de 1987 sur laquelle lessénateurs ont prêté serment, au Titre XIII prévoit les conditions de son amendement selon les dispositions des articles 282, 282.1, 283, 284, 284.1, 284.2.
ARTICLE 282: Le Pouvoir Législatif, sur la proposition de l'une des deux (2) Chambres ou du Pouvoir Exécutif, a le droit de déclarer qu'il y a lieu d'amender la Constitution, avec motifs à l'appui.
ARTICLE 282.1: Cette déclaration doit réunir l'adhésion des deux (2/3) de chacune des deux (2) Chambres. Elle ne peut être faite qu'au cours de la dernière Session Ordinaire d'une Législature et est publiée immédiatement sur toutel'étendue du Territoire.
ARTICLE 283: A la première Session de la Législature suivante, les Chambres se réunissent en Assemblée Nationale et statuent sur l'amendement proposé.
ARTICLE 284: L'Assemblée Nationale ne peut siéger, ni délibérer sur l'amendement si les deux (2/3) tiers au moins des Membres de chacune des deux (2) Chambres ne sont présents.
ARTICLE 284.1: Aucune décision de l'Assemblée Nationale ne peut être adoptée qu'à la majorité des deux (2/3) tiers des suffrages exprimés.
ARTICLE 284.2: L'amendement obtenu ne peut entrer en vigueur qu'après l'installation du prochain Président élu. En aucun cas, le Président sous le gouvernement de qui l'amendement a eu lieu ne peut bénéficier des avantages qui en découlent.
Actuellement il n'y a pas de quorum au Parlement puisque les deux (2/3) de chacune des deux (2) Chambres ne peuvent pas se réunir à cause de certains postes vacants. Nous ne sommes pas non plus à la dernière Session Ordinaire de la 48e Législature. Cet amendement pour être effectif exige la délibération en Assemblée Nationale de la 49e Législature dès sa première Session. Les Parlementaires ciblés comme images virtuelles et réellement Mildred Trouillot Aristide doivent attendre 2011 pour la prestation de serment de la 49e législature ainsi que du prochain Président pour bénéficier de cet amendement. En attendant nos sénateurs, nos ministres et Premier Ministre délictueux tombent sous le coup de la loi en la matière. Quelle est donc cette mimique grimaçante que nous fait la Commission sénatoriale chargée de l'enquête sur la nationalité? Veut-elle livrer le pays aux étrangers. Il nous faut unir nos voix pour dire non aux magouilleurs du Sénat. Double nationalité, triple problème.
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