mardi 6 mai 2008

HAITI: QUELLE STRATEGIE POUR COMBATTRE QUELLE PAUVRETE?

Haïti : Quelle stratégie pour combattre quelle pauvreté ?
mardi 6 mai 2008

Par Gary Olius [1]
Soumis a AlterPresse le 2 mai 2008

La pauvreté qui sévit en Haïti est plurielle et, au fur et à mesure qu’on l’explore, on peut se rendre compte de sa monstrueuse dimension. Pourtant, on prétend la dompter par le biais d’un singulier document, désormais élevé au rang de panacée, le DSNCRP [2]. Sincèrement, il faut reconnaître que ce document est loin d’être vide et qu’il bénéficie d’une bonne presse dans les milieux politiques. Mais son efficacité ne saurait être garantie par le trop plein de confiance dont font montre ses partisans, lesquels vont jusqu’à le sacraliser pour en faire le lieu géométrique des solutions de tous les problèmes du pays. Ce malaise saute tellement aux yeux que le Premier Ministre désigné, Ericq Pierre, ne s’est pas embarrassé de convenance pour affirmer sans détour que le DSNCRP n’est pas une bible et qu’il nécessite des ajustements. Juste de quoi faire hurler de rage ceux qui se sont déjà octroyés un droit exclusif d’exégèse sur le contenu et la philosophie dudit document. Pour le bien d’Haïti et de ses millions de pauvres, il faut espérer que ce soit le début d’une démarche de démystification qui fera comprendre à plus d’un qu’il est dangereux de fonder trop d’espoir sur l’application de ce texte, car le risque de déception est énorme.

L’élaboration du DSNCRP a été, on le sait, participatif ; mais force nous est de reconnaître que la participation à elle-seule ne peut constituer un gage d’efficacité. Et, de plus, les produits découlant d’un tel processus, pour valoir quelque chose, ne devaient pas se passer d’un dispositif de rétro-alimentation ; dès lors que l’on vit dans un milieu peuplé de coquins où l’on n’est jamais sûr que les propositions faites par les groupes consultés ont été fidèlement rapportées.

Un deuxième péché originel du DSNCRP est qu’il s’est passé aussi de certains diagnostics préalables visant à déterminer les racines structurelles ou culturelles de la pauvreté en Haïti, lesquels devraient servir d’ingrédients entrant dans la conception des interventions pro-pauvres. Par exemple, aucun élément de ce document ne montre que ses élaborateurs étaient conscients du mécanisme par lequel la corruption alimente la pauvreté dans certains segments précis de la société et vice versa. On n’a pas songé non plus à établir les liens existant entre le degré de fertilité [3] et la pauvreté, ne serait que dans les endroits où ce phénomène a atteint des proportions très inquiétantes. Or, personne n’est dupe du fait que pour avoir des résultats durables dans une lutte contre la pauvreté on devra s’attaquer systématiquement à ses racines profondes et que, réciproquement, s’atteler à ses seuls effets visibles seront tôt ou tard assimilables à des coups d’épée dans l’eau.

Qui sait si la plupart des causes de la misère massive des gens entassés dans les bidonvilles du pays ne sont pas à chercher dans la tête des hommes et des femmes d’élite résidant dans les maisons descentes ou somptueuses situées dans les zones « non pauvres » ! Oui, il y a de ces formes de pauvreté qui se laissent voir et qui sont étroitement corrélées à d’autres formes qui ne se laisseront jamais voir. La pauvreté matérielle, quand elle est liée à une pauvreté idéelle (celle des mentalités), pourra incroyablement résister à des stratégies comme celle inscrite dans notre DSNCRP.

N’étant pas conscient de cette éventualité, non seulement on risque de se retrouver après 2015 avec une quantité incroyable de gens à la fois plus frustrée (et plus pauvre) qu’avant à cause d’un cumul d’espoirs déçus nourris par la mise en œuvre d’une série d’actions incomplètes ou inappropriées, mais aussi on pourra se retrouver en flagrant délit de contribuer à l’alimentation de la pauvreté sans le vouloir. Alors, on prétextera que la pauvreté est comme une bête sauvage qui montre dents et griffes à chaque fois qu’on veut la combattre. Lè yo atakel li pi sovay…

Au stade où se trouve maintenant le DSNCRP, nous doutons fort que les responsables pourraient envisager la somme de profonds remaniements qu’il nécessite ; d’autant plus que le temps presse et qu’il a fallu se doter d’un instrument devant servir de cadre de coopération avec la communauté internationale. Au-delà du désir de coopérer pour se donner bonne conscience et de la détermination irrépressible d’avoir à sa disposition des ressources et de les utiliser dans des interventions sans commune mesure avec les grands problèmes du pays, il y a une question fondamentale d’efficacité qu’il fallait poser avec sang-froid. Cette disposition permettrait d’éviter de faire de la lutte contre la pauvreté en Haïti un véritable tonneau de danaïdes. Ainsi, en 2015 on pourrait chanter à bon droit les louanges de l’Efficacité et de l’Efficience, après en avoir expérimenté les vertus.

[1] Contact : golius@excite.com.
[2] Document de Stratégie Nationale pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté
[3] En Haiti le haut niveau de fertilité est soutenu par la croyance que ‘pitit se byen malere’ (les enfants constituent un capital pour les malheureux).

mercredi 16 avril 2008

HAITI: IL FAUT REBATIR L'ESPRIT!

Haïti : Il faut rebâtir l’esprit !

mardi 15 avril 2008

Par Camille Loty Mallebranche

Soumis a AlterPresse le 11 avril 2008
(Vers une alternative culturelle pour combattre le grave déficit d’humanité de la société.)

Dans un pays qui a hérité dans les traits culturels du maître contempteur et de l’esclave inapte à assumer la liberté au-delà des chaînes physiques et de l’esclavage formel, il faut épurer la culture et promouvoir de nouvelles valeurs et de nouveaux repères. L’homme haïtien doit être reconstruit à la dimension d’une nouvelle culture qui libère loin de la violence primaire acquise des structures répressives et exclusives des deux siècles écoulés !

Toutes les institutions d’éducation, de conversion ou de répression de l’homme et de la société ont été monopolisées par les classes de l’asservissement et l’éducation, l’école, l’église, la force publique convergent toutes dans une vision de terrassement des intérêts collectifs au profit de ceux d’une certaine oligarchie et d’intérêts privés. Parler de transformation du tissu social infect d’Haïti c’est d’abord penser à révolutionner cette information de mépris de l’homme qui prévaut à travers la structure sociale et la corrompt jusques en ses racines.

L’homme haïtien ne verra pas le jour sans avoir au préalable vu une humanisation des structures de la pensée et des institutions de la société haïtienne. Du goût macabre du lugubre « nou tout ap mouri » de l’haïtien, il faut le faire évoluer vers une vision vitale et constructive car tous les actuels meurtres crapuleux des gangs narcocriminels ou narcopolitiques sans revendication sérieuse ni autre motivation que la haine, relèvent aussi de cette vision nihiliste passant de la mort passive à la mort active !

Sur ce couple de concepts : Structure et Culture, je veux souligner pour nos amis lecteurs, que lorsque j’évoque les structures, je n’abstrais guère le rôle de l’homme ! Personnaliste et humaniste convaincu, quoique loin du catholicisme mouniérien, je suis fulminant contre la philosophie sociale structuraliste. Le structuralisme en littérature vaut son pesant d’or mais dans l’interprétation exclusive qu’il applique à la société et à l’histoire où il a été à juste titre appelé la philosophie de la mort de l’homme, a effectivement commis l’énormité d’évacuer l’intervention des hommes dans l’interstice de ces sortes de mutations qui font évoluer chaque société à travers les âges et conjonctures.

Par exemple, si nous prenons une révolution, après le chambardement du statu quo qui en constitue le premier moment, l’autre moment de sa réalisation, l’ordre de substitution qui est le nouveau système à établir, n’est guère donné par la structure pourrie qui appelait à son propre effondrement, cet ordre nouveau proprement révolutionnaire vient de l’homme qui, entre divers possibles, choisit, définit et applique le nouveau système. L’accomplissement révolutionnaire est un démenti à cette pensée anonyme qui, selon Foucault, précéderait toute pensée libre d’un homme !

Sur la structure sociale, définition sémantico-conceptuelle !
Dans ce discours fortement sémantico-conceptuel, je tiens à préciser, que la culture étant tout ce qui n’est pas naturel, il va de soi que les structures institutionnelles de la société et de l’État, sont culturelles. C’est même, sans doute, un truisme de le rappeler ! Toutefois, la structure telle que je l’entends et qu’elle se présente à nous, est duelle sur le plan de ses rapports avec les hommes.

Les structures viennent de l’homme.
C’est pourquoi, précisément quand nous parlons de structure de société quelle qu’elle soit : structure étatique, structure religieuse, structure éducative..., il est fondamental d’y voir une matrice, un moule de reproduction de la société et donc de conditionnement et de reproduction des mentalités, des réflexes voire des esprits (entendez ici esprit dans le sens d’entendement, de modes de pensée et de vision du monde "weltanschauung").

L’Homme crée la structure et la structure le recrée, en ce sens, la structure lui rend toujours bien son œuvre de créateur. Dans ce retour inévitable de l’effet sur la cause, il faut constater avec moi que la structure, une fois établie, prime l’homme qu’elle conditionne de part en part. Seuls des esprits émergents, des distanciateurs avisés et révolutionnaires arrivent à se séparer mentalement et intellectuellement de la structure où ils sont immergés, pour en envisager la réforme voire le rejet pur et simple en vue de son remplacement par d’autres.

L’homme crée les structures mais la structure le recrée, je le redis. Il sort de la structure pour y rentrer mais dans l’intervalle, il doit avoir la claire vision nécessaire pour fonder des structures qui servent et desservent son humanité en évitant celles qui l’asservissent ! L’homme doit primer les structures mais hélas ! partout il est dans les chaînes des structures qui l’aliènent ! Prenons par exemple les structures de la société industrielle, l’homme y est minuté et programmé pour le fonctionnement structurel. C’est que la conception structurale des establishments, une fois corsée dans les institutions, ces structures matérielles et idéelles de la rection sociale, finit par être la maîtresse des hommes ou tout au moins des majorités ainsi assujetties par quelques individus surhommes, démiurges qui façonnent entretiennent et maintiennent les structures le plus souvent opprimantes et aliénantes des masses.

Et le comble de l’inhumanité dans tout cela, est cette illusion démocratique qui laisse croire à l’esclave heureux et nourri qu’il est maître du système structurel qui le conditionne, le réifie et l’utilise à ses propres fins fonctionnelles et ludiques au profit des oligarchies ploutocrates.
Néanmoins, malgré cette prééminence de l’homme jamais mise en doute dans mes textes où je parle souvent de nouvelle humanité haïtienne et malgré la brève démonstration que je viens de faire des limites de la structures, je tiens donc à rappeler que la structure - en tant qu’une "gestalt" c’est à dire une forme composée de plusieurs parties imbriquées qui font jeu et fonction, la structure étant un système en soi - en société, c’est donc plusieurs structures institutionnelles donc systémiques qui vont composer le grand système ou la mégastructure sociale dont le fonctionnement est systématique, c’est-à-dire régulé et ordonné d’après des principes réguliers permanents !

La structure, parce que forme, opère comme moule qui régit et donne forme au mode d’être (hommes et action) qu’elle détermine. Lorsque la structure est expropriée parce que posée par les contempteurs, les ennemis de la société et que les dirigeants sont précisément des complices de ces contempteurs, il y a péril en la demeure ! Le cas haïtien est un cas plus unique que d’autres, l’on s’y trompe si l’on pense que d’autres peuples d’Amérique voire du monde aient connu les mêmes turpitudes car c’est le seul pays à avoir eu son indépendance par des esclaves révoltés et non par des colons séparatistes.

Dès lors, l’étrangeté des haïtiens étant totale aux puissances de l’époque, nous savons que les pays qui auraient pu commercer avec Haïti comme les États-Unis et l’Angleterre ont refusé de traiter formellement avec le nouvel État, Les États-Unis ont imposé un embargo à Haïti, la France a infligé la fameuse subvention aux colons dite dette l’indépendance, ce qui a détruit littéralement l’économie haïtienne.

Haïti n’a pas été invité à la conférence de Panama malgré ses aides aux libertadores Miranda et Bolivar. Sans être paranoïaques, nous ne devons pas être naïfs à ce compte, un pays nègre en Amérique et, de surcroît, qui a osé, imposé l’antiesclavagisme enclenchant les abolitions ultérieures de l’esclavage partout sur le continent - alors que l’esclave était la principale machine productrice du capitalisme de l’époque - était considéré et isolé par l’occident blanc comme un pestiféré.

Rappelons-nous les propos de Jefferson évoquant Haïti "la peste vient de ce pays" disait-il ! Par la suite, l’éducation haïtienne remise entre les mains de l’Église catholique française raciste, inculquant à côté des données académiques toutes sortes d’ordures mentales pour favoriser les pires préjugés et clivages, sans oublier les horreurs particulièrement violentes de l’esclavage restées présentes et douloureuses dans la mémoire collective, (traumatisme de l’histoire et du souvenir) a altéré l’esprit et le comportement haïtiens ! Car les majorités haïtiennes - dont le mode d’exclusion du système étatique et aliéné d’Haïti avec des dirigeants non moins aliénés s’est fait l’ennemi parce qu’au service de quelques familles, sans se soucier de jeter les moindres miettes ni de poser les plus minimes structures de partage - ont fini par basculer dans un sentiment de rejet et d’abandon au sein de leur propre pays où elles ont toujours vécu et vivent encore une misère restée proche de celle des esclaves d’avant l’indépendance.

La cicatrisation des béances du passé et la réhabilitation humaine des majorités opprimées et traumatisées, n’ayant jamais été entreprise ou favorisée par l’État Moloch haïtien, la société haïtienne est restée celle de la faille et de toutes chimères et dissensions liées aux vices de construction et d’orientation de départ jamais corrigés !

La culture évoquée est importante, mais rappelons-nous que la culture, c’est ce qui fait émerger l’esprit, l’homme proprement dit, alors que la nature enfantait l’animal humain préculturel. La culture parce qu’elle prend forme dans le rapport de l’animal humain à soi, à autrui et à l’univers et s’enrichissant sans cesse en cumulant les conquêtes ininterrompues de ce triple rapport, lorsqu’elle répète dans le cas d’une société, les merdes du colon, ne laisse nullement la place à la santé d’esprit pour forger la libération et l’élévation !

Au lieu d’un Big Bang, une explosion originaire qui produit un univers qui s’épand, la société haïtienne donne le triste et morne visage d’un Big Crunch où l’espace de vie se restreint et semble fatalement programmé pour la destruction, l’implosion ! Voilà donc pourquoi je parle de nouvelle humanité mais aussi de transformation des structures surtout celles du mental, celles de la culture et du comportement, si fortes et si infectes que je les compare souvent à des ferments tératogènes, des germes générateurs de monstres !

Il faut en finir avec la "tératogénie" culturelle, c’est à dire cette production sociale et politique de monstres qui se reproduisent aux dépens de notre droit de peuple au bonheur !
Combattre les trois moments de la corruption (Corruptible, corrompu, corrupteur)
En finir avec la corruption de l’esprit haïtien en promouvant des valeurs constructives et d’apaisement, voilà la mission de l’élite actuelle. La corruption est avant tout l’altération d’un corps qui pourrit et est détruit. Quand on parle de la société, c’est donc de la pourriture des mentalités et comportements et du pourrissement des institutions rendues dysfonctionnelles parce qu’altérées par les errements et malversations des administrants et administrés.

Mais bâtir des valeurs constructives comme repères, ne signifie guère qu’il faille démissionner comme ceux qui actuellement dirigent, devant toutes les actions sans merci et la force publique à mettre en branle contre les assassins qui se permettent d’agir en plein jour dans l’impunité. Mais au-delà de la juste répression sans pitié du crime, voici quelques-unes des tâches à entreprendre.

1) Nous devons prévenir la corruption d’abord du corruptible c’est-à-dire celle de ces jeunes haïtiens plongés dans cette déchéance, ce désespoir qui le rend, à force d’exclusion ou de vide d’estime de soi, disponible pour toutes sortes de crimes et de prostitution. Nous devons éradiquer les racines politiques de la corruption et créer un environnement pédagogique appuyé par un climat social et politique favorable pour une nouvelle éducation humano-citoyenne de l’haïtien !

2) Aux corrompus irrécupérables, aux criminels invétérés, pour éviter tout risque à la société, il faut les mettre hors d’état de nuire de quelque façon que ce soit. Dans ces cas il faut être sans complaisance et sans mollesse ! Quant aux autres, ils seront après examen sérieux et observation pertinente, rééduqués pour leur réinsertion sociale.

3) Dans le monde de la corruption, l’infernale chaîne de la pourriture, le premier maillon, le pire qu’il faut détruire est le corrupteur, celui à qui profite la salissure. Les parrains de la drogue qui arment leurs trafiquants subalternes, les proxénètes et/ou pédophiles qui financent les orgies et la prostitution hétéro comme homo des jeunes voire des enfants, les politiciens élus qui achètent des oisifs et les arment pour se maintenir en poste ou pour dissuader toute opposition, les commerçants immoraux qui font kidnapper et tuer tous ceux qui veulent protéger les consommateurs, tous ceux qui d’une manière ou d’une autre profitent et encouragent la malpropreté sociale, la marginalisation et les méfaits.

Rebâtir l’esprit par la communication d’autres valeurs comme repères est une urgence sociale pour Haïti et une exigence pour les élites responsables qui ne peuvent ni ne doivent l’éluder. Le prérequis de tout changement donc est l’établissement de ces valeurs d’intégration et d’éducation en tant que choix social de la politique d’État, puis la systématisation institutionnelle pour donner force opératoire à la nouvelle société projetée !

Vrais Partisans du changement et de la libération, Protagonistes de l’alternative culturelle pour la transformation positive, militants d’un nouveau mode d’existence sociale haïtienne, humanistes promoteurs d’une nouvelle humanité haïtienne : l’action doit être vôtre, pardon, nôtre !

UNE REVOLUTION AGRICOLE EN HAITI: LE CHANTIER DE L'AVENIR

Une révolution agricole en Haïti : le chantier de l’avenir !

mercredi 16 avril 2008

Article d’Agropresse [1]

Soumis à AlterPresse le 15 avril 2008

Le marché de riz en Haïti dépasse plus de 8 millions consommateurs. La production rizicole locale correspond à environ 20 % de la consommation nationale. Le reste – 80 % – est satisfait à partir des importations et de l’aide alimentaire. Le riz importé en Haïti provient d’une vingtaine de pays, parmi lesquels les États-Unis, avec 70 à 80 % des approvisionnements.

La production nationale, estimée à 125 000 tonnes métriques (TM) en 1985, est passée à environ 90 000 TM. 60 % de cette production proviennent de la Vallée de l’Artibonite et le reste (40 %) des autres périmètres du pays tels Maribahoux, Torbeck, St Raphael, Grison-Garde, etc.
En ce qui concerne la filière maïs, elle jouit d’une importance stratégique en Haïti compte tenu du nombre élevé de sous-produits auxquels le maïs donne lieu. De plus, cette denrée est cultivée par un nombre élevé d’exploitants agricoles. Les départements géographiques les plus concernés par cette culture sont : le Centre, le Sud, le Sud-Est et l’Artibonite.

La plaine des Cayes est l’un des plus grands centres de production de maïs dans le pays. Haïti aurait plus de 300 000 producteurs de maïs dont 10 % dans la plaine des Cayes. Les producteurs et leurs familles sont estimés à 1,5 million de personnes. Pour l’ensemble du pays, 240 000 tonnes métriques de maïs ont été produites en 2004.

L’augmentation de la production du riz et du maïs est essentielle pour réduire l’insécurité alimentaire, laquelle touche un segment important de la population haïtienne. Selon un rapport publié par la Plate-forme nationale de la sécurité alimentaire (PNFSA, 2005), il existe un déficit de 15,4 % au niveau de l’offre alimentaire en Haïti, laquelle comprend la production locale, les importations et l’aide alimentaire.
En raison du déclin de l’agriculture haïtienne, l’offre locale affiche une tendance à la baisse. La filière céréale, à travers la production de riz et de maïs, illustre très bien la situation de décroissance de la production nationale.

La baisse de la production nationale, particulièrement le riz, s’est produite parrallèlement à l’accroissement des importations de céréales. Depuis 1986, les aliments importés occupent, en effet, une place de plus en plus importante dans la disponibilité alimentaire haïtienne. La capacité des exportations à financer les importations se détériore au fur et à mesure. De 70 % en 1970, cette capacité est passée à 54 % en 1991, à 35 % en 1996 et 32 % en 2006.

Insécurité alimentaire : des formes diverses
La situation d’insécurité alimentaire prévalant en Haïti se manifeste sous plusieurs formes. La dépendance du pays vis-à-vis des ressources externes en est une première forme.
Les importations de produits alimentaires sont financées dans une large proportion par des capitaux étrangers, provenant de l’aide internationale et des transferts de fonds des travailleurs haïtiens vivant à l’étranger.

Or, le pays ne maîtrise pas le mouvement de ces capitaux. À n’importe quel moment, une rareté de devises peut être créée. Par conséquent, les difficultés à financer les importations peuvent conduire à une hausse des prix sur le marché local. Les ménages en seraient fortement affectés dans leur possibilité de se procurer une ration alimentaire suffisante.

D’autres facteurs conduisent également à l’insécurité alimentaire, comme par exemple : l’instabilité politique, la mauvaise gouvernance économique, la faible structuration de la société civile, les inondations et les sécheresses, et un manque de vision en matière des politiques alimentaires (PNFSA, 2005). À ces facteurs, il faut ajouter la hausse des prix sur le marché international.

Les données disponibles montrent que l’insécurité alimentaire est massive et largement étendue en Haïti. Les 2,4 millions d’Haïtiens, vivant en situation d’extrême pauvreté (avec moins d’un dollar américain par jour), sont les plus exposés.
Selon les prévisions de l’Institut haitien de statistique et d’informatique (IHSI), la population d’Haïti passera à 17 millions d’habitants en 2030. Par conséquent, la demande en produits alimentaires continuera de s’accroître suivant un rythme soutenu. Ce qui conduit à la nécessité de renforcer les filières agricoles porteuses.

Le gouvernement haïtien annonce une réduction prochaine du prix de l’engrais. Cette mesure pourrait être inscrite dans une stratégie globale et de long terme pour favoriser l’accès à l’engrais. Parrallèlement d’autres mesures pourraient être envisagées. Il s’agit, entre autres, de l’amélioration des conditions de transformation des céréales, en particulier, et des produits alimentaires, en général.

Il y a lieu aussi d’apporter un soutien aux secteurs agricole et agro-industriel pour améliorer la qualité et la présentation des produits. L’ensemble des mesures pourraient être couronnées par un meilleur accès au crédit au bénéfice de la production nationale.

Une révolution verte en Haïti : un grand chantier à envisager

mardi 15 avril 2008

HAITI-CRISE: L'APPLICATION DE LA POLITIQUE NEOLIBERALE...

Haïti-Crise : L’application de la politique néolibérale, remise en question par les secteurs sociaux
lundi 14 avril 2008 par Djems Olivier

P-au-P, 14 avril 08 [AlterPresse] --- A la faveur des émeutes de la faim de la deuxième semaine d’avril 2008 en Haïti, les secteurs sociaux remettent à nouveau en question les modes d’application, depuis 1986, de la politique néolibérale par les gouvernements qui se sont succédé sur le territoire national,
Dans différentes prises de positions, acheminées à l’agence en ligne AlterPresse, ces secteurs sociaux nationaux souhaitent la poursuite de la mobilisation, par la population haïtienne, pour mettre fin à la « politique néolibérale et encourager des initiatives visant à l’amélioration des conditions de vie dans le pays.

L’organisation féministe Kay Fanm (La Maison des femmes), la Solidarité des femmes haïtiennes (Sofa), Batay Ouvriye (Luttes ouvrières), les prêtres jésuites d’Haïti, ainsi que le Mouvement démocratique et populaire (Modep) figurent parmi les organisations ayant exprimé des revendications pour un plan de développement soutenu, reflétant une vision basée sur l’intérêt collectif national.

Ces différentes organisations et/ou institutions demandent au peuple haïtien d’amplifier leur mobilisation en vue de forcer les autorités concernées à mettre un terme à la « politique néolibérale » appliquée dans le pays depuis plus d’une vingtaine d’années.
Pour ces secteurs sociaux, les récentes levées de bouclier de la population haïtienne sont la conséquence de la politique néolibérale mise en oeuvre dans le pays.
Signalant que la politique néolibérale est appliquée, sans les mêmes conséquences, dans d’autres pays des Caraïbes, certains économistes haïtiens voient ailleurs les causes des émeutes de la faim, comme celles enregistrées la semaine dernière dans diverses villes du pays.

D’autres économistes estiment que les dirigeants haïtiens vont, en général, trop loin dans la politique néolibérale, offrant aux institutions internationales l’opportunité de prendre des mesures beaucoup plus drastiques que celles préconisées.
Aujourd’hui, le tarif douanier pratiqué en Haïti sur les importations de biens de consommation courante s’avère le plus bas de toute la région, en moyenne 2.9%.

Pour sa part, la Solidarité des femmes haïtiennes opte pour l’application de politiques capables d’aboutir à des solutions durables. Des dispositions doivent être prises au niveau de l’Etat pour augmenter l’assiette fiscale et pour permettre à la population de mesurer les impacts visibles de ces politiques de développement durable.

La présidence de la République, selon Sofa, doit prendre des mesures urgentes et appropriées, en liant le geste à la parole, pour soulager la misère du peuple haïtien.
Une note, en provenance de la Faculté des Sciences humaines de l’Université d’Etat d’Haïti (Ueh), suggère la fixation du salaire minimum à 300 gourdes [Ndlr : US $ 1.00 = 37.75 gourdes aujourd’hui, la monnaie nationale], la baisse des prix de l’essence dans les stations-services et celle des produits de première nécessité.

Tout en souhaitant, par ailleurs, le départ du pays de la Mission des Nations Unies de stabilisation en Haïti (Minustah). les signataires de cette note plaident pour la fin des révocations massives à la compagnie nationale de téléphonie (Téléco). Ils demandant également au gouvernement de cesser d’investir des sommes mirobolantes dans les voyages à l’étranger ainsi que dans l’achat de voitures.

Le Kolektif solidarite idantite ak libète (KSIL) – Collectif de solidarité, d’identité et de liberté – croit important de décréter l’état d’urgence, durant une période de six mois en Haïti, et de former un gouvernement restreint, composé de personnalités conscientes des desiderata de la population.
La stabilité politique, préconisée par l’équipe au pouvoir, avait pour objectif, selon KSIL, de satisfaire les caprices de la communauté internationale, représentée par la Minustah.
Toute politique, qui ne vise pas les revendications de la population, est vouée à l’échec, selon ce collectif de citoyennes et citoyens.

Face à la situation socioéconomique désastreuse du pays, les masses populaires haïtiennes doivent assumer leurs responsabilités historiques, selon l’organisation Chandèl dans un communiqué.

De leur côté, les prêtres jésuites de l’église catholique romaine estiment que le peuple haïtien doit « continuer d’appeler, de crier et de convoquer ceux et celles que tu avais choisis pour te servir » tout en l’invitant à choisir la voie de « la non-violence organisée et soutenue ».
Pour les prêtres jésuites, cette situation de misère qui prévaut en Haïti relève, entre autres, de « l’incapacité totale de la majorité de nos gouvernants à faire face aux problèmes fondamentaux de la société » et de « l’absence totale d’une opposition politique constructive, susceptible de contrôler et de stimuler l’action gouvernementale au bénéfice de la nation ».
Cette situation de misère, ajoutent les prêtres jésuites, découle également de « l’annihilation totale de la fonction politique du Parlement au moyen de procédés malhonnêtes, tels que les pots de vin, la corruption ».

Cependant, ces secteurs invitent la population à manifester pacifiquement contre la hausse du coût de la vie.
« Le peuple doit rester mobilisé pacifiquement, sans se laisser intimider par des individus malintentionnés s’adonnant à des actes de vandalisme et de pillage », indique l’organisation Kay Fanm dans sa note de presse.
D’autres organisations sociales partagent toutes ces positions, exprimées par des secteurs vitaux de la société haïtienne, tout en espérant la poursuite des mobilisations contre la cherté de la vie.
Les émeutes de la faim, survenues en Haïti au cours des dernières semaines, ont fait au moins 6 morts, plusieurs blessés ainsi que d’importants dégâts matériels.
Ces tensions sociales ont occasionné le renvoi du gouvernement de Jacques Edouard Alexis, sanctionné par un ensemble de 16 sénateurs, lors d’un vote d’interpellation tenu le samedi 12 avril 2008.
Un nouveau premier ministre doit être désigné sous peu par le président René Garcia Préval, en accord avec les présidents des deux chambres du corps législatif.
Entre-temps, des rumeurs circulent quant aux noms de personnalités « premiers ministrables ».

Est-ce à dire que des solutions durables à la crise seront à la fois économiques et politiques pendant les semaines à venir...[do rc apr 14/04/2008 19:00]

vendredi 11 avril 2008

HAITI:VIE CHERE/PROTESTATION: TENSION A OUANAMINTHE

Haiti/Vie chere/Protestation : Tension à Ouanaminthe
jeudi 10 avril 2008

Par Solidarite Fwontalye / Service Jésuite aux Réfugiés et Migrants (Haïti)

Transmis à AlterPresse le 9 avril 2008

Tôt dans la matinée de ce mercredi 9 avril 2008, les tensions ont véritablement commencé à Ouanaminthe. Partout dans les rues et les quartiers, on voit brûler des pneus. Les flammes font peur et obligent presque toutes les écoles ainsi que les banques à fermer temporairement afin d’éviter d’être victimes d’actes de vandalisme et de pillage des groupes en colère.
La présence des agents de la PNH et de la MINUSTAH est remarquée dans certains endroits de la ville et spécialement devant les locaux abritant la douane de Ouanaminthe. La brigarde douanière semble ciblée par des membres de la population qui l’accusent de rendre difficiles les transactions douanières, alors qu’au fond, elle joue la carte de la corruption, déclarent-ils.
Une marchande déclare à Radio Power que des brigardiers ont déjà confisqué ses marchandises supposément interdites (oeufs, poules, et autres) pour les lui remettre après la fermeture du travail, c’est-à-dire le soir, loin des regards ou pour les négocier avec d’autres commerçants. Pour éviter le pire avec une population en colère, les agents de la PNH effectuent des patrouilles dans des zones sensibles.

À la base de cette situation : la montée vertigineuse des prix des produits de première nécessité. Cette situation qui règne actuellement à Ouanaminthe ne constitue pas un fait isolé, mais s’inscrit dans le cadre du soulèvement qui semble général dans le pays comme pour protester contre l’inaction du gouvernement sur la hausse des prix des produits de base pour la consommation.

Dans le Nord-est, la majorité des familles se trouve dans l’impossibilité de satisfaire ses besoins les plus élémentaires, comme la nourriture, les vêtements, etc.. La région a perdu depuis longtemps de sa potentialité en matière de développement agricole. Les paysans préfèrent vendre leurs forces de travail aux cultivateurs dominicains au lieu de travailler leurs petits lopins de terre. Ils sont découragés parce qu’ils ne trouvent aucun encadrement de la part des responsables de l’Etat. Et pourtant, nous ne cessons pas de dire qu’Haïti est un pays essentiellement agricole.

Et comme résultat : la population du Nord-Est dépend pour une grande part des produits que fournit la République Dominicaine. On se demande s’il existe une politique de développement agricole en Haïti ; si c’est le cas, quel rôle y joue le ministère de l’agriculture et quelles sont les actions concrètes qu’il a déjà entreprises pour augmenter la capacité du pays au niveau de la production ? Aujourd’hui, c’est un scandale qu’après plus de 200 ans de notre indépendance, les Haïtiens continuent de crier famine.

Si rien n’est fait dans l’immédiat pour palier à cette situation de misère et de détresse, le pays sera intenable. "Solidarite Fwontalye / Service Jésuite aux Réfugiés et Migrants", organisation de droits humains siégant à Ouanaminthe, lance un appel à l’investissement à grande échelle dans le secteur agricole en vue de relancer la production nationale et de procéder à la création d’emplois à haute intensité. Cet appel est d’abord adressé aux responsables de l’Etat et du gouvernement, et ensuite à tous les entrepreneurs du secteur privé qui croient et veulent un développement durable pour Haïti.

Solidarite Fwontalye / Service Jésuite aux Réfugiés et Migrants (Haïti) Communication de la Section Migration.

mardi 8 avril 2008

HAITI-SOCIETE-VIE CHERE: LES INGREDIENTS D'UNE CRISE GENERALE EN PERSPECTIVE

Haïti-Société-Vie chère : Les ingrédients d’une crise générale en perspective
lundi 7 avril 2008

P-au-P, 7 avril 08 [AlterPresse] --- Des signes évidents d’un malaise, notamment un ralentissement marqué des transports publics, sont perceptibles, lundi matin 7 avril 2008, en différentes municipalités de la zone métropolitaine de la capitale, observe l’agence en ligne AlterPresse.
Après le Sud et l’Artibonite (Nord), les manifestations, par groupes, contre la vie chère commencent par gagner Port-au-Prince, et convergent en diverses directions, dont vers le Parlement (à l’ouest de la capitale) et le Bel Air (grande agglomération surplombant la place publique du Champ de Mars, non loin du palais présidentiel).
Une grève tacite, ou un arrêt de travail des chauffeurs de transport public, frappe l’attention dans la matinée du 7 avril. La circulation automobile est fluide sur les différents circuits de transport public, avec quelques bouchons en certains endroits.
Les activités commerciales sont affectées par l’atmosphère d’inquiétude qui plane sur la ville de Port-au-Prince, où des parents ont décidé de garder leurs enfants à la maison par crainte d’une tournure non contrôlée des événements en cours.
Des traces de pneus usagés incendiés sont remarqués sur certaines artères, tandis que des pierres sont lancées par des mains inconnues dans d’autres secteurs de la capitale.
A l’Ecole normale supérieure de l’Université d’Etat d’Haïti, des étudiants ont, de très bonne heure, dressé des barricades sur la chaussée. Arrivés sur les lieux, des agents de la police nationale ont tenté de rétablir le calme.
A rappeler que, depuis plus d’une semaine, les étudiants de la Faculté des sciences humaines (Fasch) ont entamé, au siège de la Faculté, un mouvement de protestation dénommé « Bat tenèb » (concert de casseroles).
Plusieurs d’entre eux ont marché dans des rues de la capitale, le vendredi 4 avril 2008, pour dénoncer la réalité dramatique de la population et appeler à la responsabilité des autorités concernées.
Sur la route de Carrefour (sortie sud de Port-au-Prince), ce 7 avril, des habitants ont investi les rues pour faire valoir leurs revendications par rapport aux problèmes de la vie chère. La circulation est quasiment paralysée dans ce secteur où des pare-brise de véhicule privé ont essuyé des jets de pierre.
Du nord au sud, de l’est à l’ouest de Port-au-Prince, plusieurs files de passagères et passagers attendaient de trouver un véhicule de transport en commun pour se rendre sur leurs lieux de travail. De nombreux écoliers et écolières ne savaient point s’ils allaient pouvoir parvenir à leurs établissements scolaires, tant il était difficile de trouver un tap tap (véhicule de transport en commun) assurant la desserte en différents endroits.
Plusieurs citoyennes et citoyens, qui s’apprêtaient à aller vaquer à leurs occupations coutumières, ont dû rebrousser chemin à cause de la situation d’incertitude qui plane sur la zone métropolitaine
Cette situation de vie chère, qualifiée de « Chlorox » par la population, interpelle de nombreux citoyens qui exigent des autorités gouvernementales la subvention des produits de première nécessité aux fins de réduire le coût élevé la vie.
La situation qui se développe a des répercussions sur la vie globale et sur la planification d’activités sectorielles.
Tension, anxiété, inquiétude, se lisent sur les visages de plusieurs personnes qui s’interrogent sur la couleur du temps, avec la hausse accélérée des prix de différents biens, dont les biens essentiels à la consommation, après le nouveau relèvement, fin mars 2008, des prix des produits pétroliers sur le marché national.
Des agents de la police nationale d’Haïti (Pnh) sont intervenus pour enlever des barricades de pierres érigées çà et là par des riverains. Des militaires de la Mission des Nations Unies de Stabilisation en Haïti (Minustah) campent, avec des véhicules blindés, devant certains édifices publics, comme la compagnie nationale des Télécommunications (Teleco).
Des dispositifs de sécurité semblent être renforcés devant le Palais national et à proximité du Bureau du Premier ministre.
C’est, à peu près, le même cas de figure dans la ville des Cayes (troisième ville du pays à 186 kilomètres au sud de la capitale), où les manifestations de rue gagnent en ampleur. Après un week-end plus ou moins calme, les protestations ont repris dans cette ville haïtienne qui a déjà pleuré au moins deux morts et plusieurs blessés lors des précédentes échauffourées avec les casques bleus uruguayens présents dans ce département géographique.
Le 4 avril 2008, le premier ministre Jacques Edouard Alexis a reconnu le droit des citoyens d’exprimer leur réprobation par rapport à la hausse du coût de la vie. Mais, il a pointé du doigt ce qu’il appelle l’implication de trafiquants de drogue et de contrebandiers dans le mouvement de contestation en cours.
Tout en admettant de possibles infiltrations dans la contestation en cours, des secteurs de droits humains critiquent le laxisme des dirigeants qui, au-delà des promesses non encore concrétisées, n’ont adopté aucune mesure immédiate pour prévenir une détérioration de la situation globale du pays. [do rc apr 07/04/2008 10:10]

HAITI/VIE CHERE...

Haïti/Vie chère : 1 mort et 4 blessés par balles dans des protestations tendant à se généraliser Bilan partiel d’une quatrième journée de manifestations
lundi 7 avril 2008

P-au-P, 7 avr. 08 [AlterPresse] --- Des violences ont été enregistrées à Port-au-Prince et dans certaines villes de province au cours d’un mouvement de protestation, initialement contre la cherté de la vie qui frappe toutes les couches de la population depuis octobre 2007, a constaté l’agence en ligne AlterPresse.
1 mort, 4 blessés par balles (dont 2 aux Cayes, ainsi qu’un étudiant et un policier à Port-au-Prince), plusieurs pare-brise de véhicules brisés (dont 2 de la chaîne privée Télé Haïti à Martissant – banlieue sud - et à l’avenue John Brown à Port-au-Prince, un nombre indéterminé de véhicules incendiés, la résidence de la famille du sénateur Jean Gabriel Fortuné saccagée aux Cayes, troisième ville du pays, jets de pierres contre plusieurs édifices publics et privés, barricades de pneus usagés enflammés, divers incidents çà et là : c’est le bilan non exhaustif des casses opérées pendant une quatrième journée de protestation nationale ce 7 avril.
Non satisfaits de l’absence de réponses concrètes du gouvernement aux desiderata de la population et déplorant le problème de communication chez les dirigeants, notamment contre la hausse accélérée du coût de la vie, des manifestants ont usé d’actes violents pour faire passer leurs revendications.
Ils s’en prennent non seulement au Premier ministre Jacques Edouard Alexis et au reste du gouvernement, mais aussi au président René Garcia Préval, dont ils réclament la démission pour « absence de vision » et « de réponses immédiates concrètes » à la misère et à la faim, lot d’une grande partie de la population ces derniers mois.

Un sénateur en difficulté
La résidence de la famille du sénateur du Sud Jean-Gabriel Fortuné a été pillée, ce 7 avril 2008, dans la ville des Cayes (à 186 kilomètres au sud de Port-au-Prince), par des manifestants en colère, apprend AlterPresse.
Intervenant sur des stations de radio de la capitale haïtienne, le parlementaire estime que ce mouvement de protestation serait manipulé par des trafiquants de drogue et des militants du parti Fanmi Lavalas.
Fortuné signale la présence de « Ti Pistòl », de son vrai nom Lucien Angela, parmi les manifestants. « Ti Pistòl » était un membre influent des organisations populaires Lavalas avant la chute du régime de Jean-Bertrand Aristide.
« Il s’agit d’un mouvement purement politique. Ils [ces manifestants] cherchent à résoudre avec moi des problèmes politiques », déclare sur Radio Métropole Jean-Gabriel Fortuné.
L’élu du Sud interprète ce mouvement comme une « revanche de la Fanmi Lavalas et des trafiquants de drogue ».
« Ce sont des gens qui profitent des revendications légitimes de la population », insiste Gabriel Fortuné qui appelle à l’arrestation de tous les fauteurs de trouble. Le parlementaire a toutefois indiqué que la police est impuissante face aux manifestants qui se montrent de plus en plus violents.
La famille Fortuné est pour l’heure sous le choc. Margareth Fortuné, responsable de l’Association des femmes victimes de la faillite des coopératives, s’inquiète du sort qui pourrait être réservé à son frère, le sénateur Jean-Gabriel Fortuné.
Larmes aux yeux, Margareth Fortuné demande au pouvoir exécutif de prendre les mesures nécessaires pour garantir la sécurité de son frère, en difficulté.
Sur les ondes de Signal FM, Margareth Fortuné demande pardon aux manifestants pour les multiples déclarations du sénateur Fortuné relatives à ce mouvement de protestation.
Dans la foulée, une personne a été tuée par balles portant le bilan à au moins 4 morts par balles aux Cayes, depuis le lancement de cette levée de boucliers le 3 avril 2008.
Ce nouveau décès s’est produit non loin de la résidence du sénateur Jean Gabriel Fortuné, objet d’attaques de la part de certains manifestants.

Mobilisation à la capitale
Parallèlement, la mobilisation contre la vie chère tend à augmenter en intensité à Port-au-Prince et d’autres villes de province (Petit-Goâve, Jérémie, Cayes) où plusieurs milliers de personnes ont investi les rues pour exprimer leur ras-le-bol.
A Port-au-Prince, en fin d’après-midi du lundi 7 avril, un étudiant a été blessé par balle, dans des circonstances non élucidées, non loin de la Faculté des Sciences humaines et de l’Institut national d’administration, de gestion et des hautes études internationales (Inaghei), deux entités de l’Université d’Etat d’Haïti.
Très tôt, dans la capitale, ce 7 avril, plusieurs groupes de manifestants ont fait valoir leurs revendications. Des étudiants de l’Ecole normale supérieure ont entamé un mouvement en érigeant des barricades aux abords de cette entité de l’Université d’Etat d’Haïti.
Aux environs de la Faculté d’Ethnologie, des barricades de pneus enflammées ont été dressées. Mais la police faisait bonne garde.
La panique a gagné d’autres endroits de la capitale, notamment à Canapé-Vert et à l’avenue John Brown au niveau de Lalue. Des passants ont dû courir à toutes jambes pour éviter d’être victimes.
Plusieurs écolières et écoliers, ainsi que divers professionnels, ont dû regagner leur domicile devant les difficultés éprouvées pour trouver des véhicules de transport public, dont les chauffeurs ont observé un arrêt de travail sur différents circuits à Port-au-Prince.
D’autres villes rejoignent le mouvement

Après Gonaïves (Artibonite, Nord) et Cayes, Aquin, Cavaillon (Sud), ainsi que Petit-Goave (Ouest, direction sud du pays), d’autres villes d’Haïti tendent à rejoindre le mouvement orchestré la semaine dernière contre la cherté de la vie.

A Jérémie (Sud-Ouest), des rumeurs faisaient croire que des protestataires allaient même incendier la base régionale de la Mission de stabilisation des Nations Unies en Haïti (Minustah). Cinq personnes ont, à l’occasion, été appréhendées par la police.

A Petit-Goâve, à 68 kilomètres au sud de la capitale, un mouvement de protestation contre la vie chère a également eu lieu. Ecoles, centres commerciaux ont dû fermer leurs portes, tandis que la route nationale No 2 a été bloquée pendant une bonne partie de la journée au cours de la manifestation. A Miragoane (Nippes, Sud-Ouest), à quelques kilomètres de Petit-Goâve, les activités ont été paralysées par des jets de pierres et l’annonce d’un probable mouvement contre la vie chère.
A Léogane, à une trentaine de kilomètres au sud de Port-au-Prince, les activités ont été paralysées, notamment par des barricades de pneus usagés enflammés.

Les desiderata de la population
Outre les biens essentiels à la consommation (farine, pain, sucre, huile de cuisine, lait, riz et autres) qui connaissent une hausse sans précédent ces derniers mois, les prix d’autres biens stratégiques, comme les produits pétroliers, viennent de subir un relèvement à la fin de mars 2008. Ce qui porte les conducteurs de transports publics à exiger une variation à la hausse du tarif des transports publics.
Certains chauffeurs ont même donné un ultimatum au gouvernement [jusqu’au 11 avril 2008] pour l’adoption de mesures concrètes devant faire baisser le coût de la vie à tous les niveaux.
Ce lundi 7 avril 2008, des manifestants ont mis la détérioration de la situation nationale sur le compte des parlementaires, en particulier les députés qui avaient donné un vote de confiance au gouvernement Alexis en février dernier, malgré le peu de résultats obtenus par l’équipe au pouvoir depuis juin 2006. Une session des députés, sur les événements en cours, n’a pas pu se dérouler devant l’ampleur des manifestations par groupes à Port-au-Prince.
Des économistes ainsi que des secteurs du mouvement alternatifs stigmatisent la conduite des autorités qui s’adonnent tête baissée dans l’application des politiques néolibérales, dictées par les bailleurs de fonds internationaux comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, sans se soucier de dispositions appropriées pour affronter les éventuelles tensions sociales.
Au contraire, les dirigeants nationaux préfèrent associer la vie chère sur le marché national à une augmentation des prix au plan international. Les promesses de programme d’apaisement social (Pas) à celles de projets à impact communal (Pic) ne sont pas ressenties dans leur matérialisation par la population nationale.
Des dirigeants nationaux auraient évoqué un possible « tremblement de terre », c’est-à-dire une réalité d’agitation voire de bouleversements sociaux sur le territoire national dans les prochaines semaines, indiquent des milieux politiques dans la capitale haïtienne. [do rc apr 07/04/2008 14 :40]