mardi 15 juillet 2008

HAITI: FLAMBEE CONTINUE DES PRIX DES PRODUITS ALIMENTAIRES

Haiti : Flambée continue des prix des produits alimentaires
lundi 14 juillet 2008

P-au-P., 14 juil. 08 [AlterPresse] --- La plupart des produits alimentaires de base ont subi une hausse considérable depuis les manifestations d’avril dernier contre la cherté de la vie, constate AlterPresse.

Les prix des produits tels que le riz, le maïs, la farine, le sucre blanc, l’huile, les lames, les mangues ont fortement augmenté.

La palme revient au sac de maïs qui était à 400,00 gourdes l’année passée et qui aujourd’hui revient à 1050,00 gourdes (1,00 USD = 37,50 gourdes). Sur le marché, la marmite de maïs haïtien coûte 100,00 gourdes, donc moins cher que le maïs importé de Etats-Unis qui est à 150,00 gourdes la marmite.

Le riz du pays est passé de 125,00 gourdes à 225,00 gourdes la marmite. Le prix du riz en provenance des Etats-Unis a cependant diminué. Avant la crise, le sac de riz états-unien s’élevait à 2500,00 gourdes et depuis il est à 2000,00 gourdes.

Cette différence de prix pour ce produit peut être préjudiciable aux producteurs haïtiens.

La marmite de petit mil qui revenait à 45,00 gourdes s’élève aujourd’hui à 100,00 gourdes.

S’agissant du blé, l’année dernière, la marmite vacillait entre 60,00 gourdes et 75,00 gourdes, mais aujourd’hui, elle atteint les 125,00 gourdes.

La marmite de blé qui coûtait entre 60,00 gourdes et 75,00 gourdes a presque doublé aujourd’hui et s’élève à 125,00 gourdes. De même pour le sac de farine qui est passé de 900,00 gourdes à 1500,00 gourdes.

Une douzaine de « véritables » (arbre véritable) passe de 100,00 gourdes à 150,00 gourdes et le gallon d’huile de 290,00 gourdes à 325,00 gourdes.

Pour le pois, le prix est redevenu à la norme c’est-à-dire 150,00 gourdes, tandis qu’en avril il avoisinait les 200,00 gourdes.

Le prix du sucre a connu une légère hausse. Le sac de sucre états-unien était à 1250,00 gourdes en avril et aujourd’hui il vaut presque 1500,00 gourdes. Une marmite de sucre blanc revient à 110,00 gourdes alors qu’une marmite de sucre roux, fabrication locale, revient à 100,00 gourdes.

La grosse marmite de café est passée de 150,00 gourdes à 250,00 gourdes.

S’agissant des mangues, il semblerait que les vendeurs préfèrent les acheter en gros aux usines qui leur refilent les produits qui ne sont pas exportables à un prix moins élevés. La douzaine de mangues qui revenait avant à 25,00 gourdes est à l’heure actuelle à 40,00 gourdes.

Des produits comme le lait, les spaghettis ont varié à la baisse. Le prix de la caisse de lait est passé de 700,00 gourdes à 690,00 gourdes et celui des spaghettis de 460,00 gourdes à 420,00 gourdes. [mv gp apr 14/07/2008 00:20]

samedi 12 juillet 2008

HAITI - PREMIER MINISTRE: DEUX VISIONS EN CONFLIT

Haïti – Premier Ministre : Deux visions en conflit

samedi 12 juillet 2008

Par Wooldy Edson Louidor

Analyse

P-au.P, 12 juillet 08 [AlterPresse] --- Les débats suscités en Haïti, autour de la désignation de Michèle Duvivier Pierre-Louis au poste de première ministre par le président haïtien René Garcia Préval le 23 juin 2008, mettent en lumière deux grandes visions opposées sur ce qu’est la morale et sur ce qui serait actuellement prioritaire pour le pays, relève l’agence en ligne AlterPresse.

Une vision inquisitrice, hypocrite et priorisant l’application de ce qu’elle considère comme « la morale » à la vie privée de la première ministre désignée

Il y a une première vision « moraliste » qui insiste sur l´application de ce qu´elle considère comme la « morale » à la vie privée des aspirants et aspirantes à occuper de hautes fonctions publiques. En ce sens, il n´y aurait pas d´ « autonomie » entre le public et le privé.

Cette vision est inquisitrice : elle se met à fouiller dans la vie privée de l´actuelle première ministre désignée et se met au créneau pour juger, pour critiquer, au nom de cette « morale » et avec une intention frisant la diffamation.

En ce sens, ce qui serait actuellement prioritaire pour le pays, selon cette vision, ce n´est pas tant la conformité des pièces et documents de Madame Pierre-Louis avec les critères établis par la Constitution haïtienne de 1987, encore moins l´éventail de ses compétences, ses qualifications et autres capacités, acclamées ici et ailleurs, et prouvées sur le terrain sur la base de sa longue expérience.

En fait, quel est le véritable intérêt de ceux et celles qui prônent cette vision « moraliste » ? Qu´ont-ils/elles fait au profit du pays et, pire encore, dans cette conjoncture difficile ponctuée par la misère, l´insécurité, la corruption… ? Est-il moral que des millions de gens meurent de faim et vivent terrorisés par le kidnapping, la violence et sous la menace de l´imminence d´une explosion sociale ?

On pourrait aussi se demander si ces prétendus moralistes et/ou d’autres secteurs ne sont-ils/elles pas en train de mener cette campagne de dénigrement sur la vie privée d’une future cheffe de gouvernement dont la crédibilité, le sens éthique et professionnel et la détermination à lutter contre la corruption sont hors de tout doute et leur font peur ?

Une vision priorisant l’engagement social et citoyen et l’union de tous et de toutes pour reconstruire le pays

Il est clair que la morale, dont le pays a besoin, doit être une morale de sincérité et d’honnêteté. Elle ne peut non plus hypocritement se fermer sur elle-même, sur sa prétendue pureté intérieure, sur son soi-disant attachement à des principes éthiques, à des règles morales…

L’autre vision pense que la morale doit surtout être constructivement active en s´ouvrant à notre communauté haïtienne et en travaillant avec et pour des compatriotes, pour qui manger, vivre en paix, en sécurité, avoir accès à des soins de santé, au pain de l´instruction …, pourtant des droits humains fondamentaux, deviennent de plus en plus un luxe.

Cette vision met l´accent sur l´engagement que doit prendre chaque haïtien et haïtienne en tant que citoyen/ne à faire quelque chose de concret pour le pays, à apporter son grain de sable à la reconstruction de notre pays, à recoudre le tissu social si déchiré, à construire l´unité et à retrouver notre force dans l´union. Ce serait la priorité des priorités pour cette autre vision.

Comment transformer la situation actuelle ?

Le mal dans ce pays est à l´intérieur de chacun de nous, mais le mal intérieur se manifeste à son paroxysme dans notre société haïtienne. Personne ne saurait être et demeurer pur dans une société si impure, où la corruption et son cortège de maux font la loi.

Nous sommes tous et toutes à la fois victimes et en partie coupables de cette situation. Donc, il nous revient de la transformer en donnant le meilleur de nous-mêmes et en choisissant la voie de l´union et de la collaboration pour assainir le pays, pour lui rendre sa pureté, sa beauté et sa vérité. [wel rc apr 12/07/2008

lundi 7 juillet 2008

LES BIOCARBURANTS, UNE SOLUTION POUR HAITI?

Les Biocarburants, une solution pour Haïti ?

dimanche 6 juillet 2008

Débat

Par Réginald Noël et Gaël Pressoir [1]

Soumis à AlterPresse en juin 2008

Les deux premiers postes à l’importation en Haïti sont les produits pétroliers et les produits alimentaires. Ensemble, ils représentent les deux tiers de nos importations. À l’heure où tout le monde semble subitement découvrir qu’il serait peut-être une bonne chose de produire plutôt que d’importer, on a lu et entendu des pseudos experts affirmer que la production nationale des aliments et celle des biocarburants ne sont pas conciliables. Rien n’est plus faux. Nous pouvons produire suffisamment pour nous nourrir et pour satisfaire notre consommation énergétique et ainsi changer l’économie Haïtienne.

À en croire certains, la production de biocarburants dans le monde serait responsable de tous nos maux, et particulièrement de la hausse des prix des aliments de base dont le riz. Or, on ne fait pas de biocarburants avec du riz… Lula, Président du Brésil, s’est exclamé récemment, "Ne me dites pas, pour l’amour de Dieu, que la nourriture est chère à cause du biocarburant. Elle est chère parce que le monde n’était pas préparé à voir des millions de Chinois, d’Indiens, d’Africains, de Brésiliens et de Latino-Américains manger trois fois par jour." Il a ajouté : "Les biocarburants ne sont pas les méchants qui menacent la sécurité alimentaire, au contraire, ils permettent de se libérer de la dépendance énergétique sans menacer la nourriture". Et pour citer une dernière fois Lula, "parlons [des problèmes] sans passion et de façon rationnelle".

Plaidoyer pour les biocarburants en Haïti

Aujourd’hui, la hausse continue du prix des carburants s’explique par la formidable croissance économique de pays émergents comme l’Inde et la Chine associé au fait que l’offre ne peut suivre la demande sans cesse grandissante et que le pétrole est de plus en plus cher à extraire. Et il n’y a aucune raison que ça s’arrête. Le pétrole va continuer à être de plus en plus cher sur les marchés internationaux. Et la cherté de la vie en Haïti est pour beaucoup tributaire du coût des transports (le TapTap et les camions qui transportent les denrées alimentaires de nos campagnes vers nos villes).

Mais le coût grandissant du prix du pétrole n’explique pas seul la hausse vertigineuse du prix des aliments de base. Il faut également compter sur des facteurs à long terme comme l’augmentation de la population mondiale et la richesse croissante de pays comme l’Inde, la Chine ou le Brésil où l’on consomme plus de viande et de produits agricoles (il faut noter que l’élevage de bétail et de volaille est consommateur d’énormes quantités de maïs et de soja contribuant à la hausse des prix des aliments). Tout cela suggère que la hausse des prix des matières premières agricoles est durable.

Nous avons l’opportunité d’encourager la production nationale à la fois pour les produits alimentaires et les biocarburants. Nous devons faire le choix rationnel et patriotique de préférer enrichir la paysannerie haïtienne plutôt que d’importer des produits qui grèvent notre balance des paiements. Continuer à importer des produits qui coûtent toujours plus cher sur les marchés internationaux ne fera qu’aggraver la situation de la cherté de la vie ici en Haïti. Le coût de l’alimentation, du transport et de l’énergie va continuer à augmenter irrémédiablement, nous devons accepter cette réalité. Mais nous pouvons et devons améliorer la situation de notre économie et la rendre plus forte et moins vulnérable.

Les biocarburants en Haïti, une opportunité unique

Pour résoudre ce grave défi des années à venir nous devons relancer la production nationale. Produire de la nourriture, certes, mais nous pouvons également produire les carburants dont notre économie a besoin.

Peut-on produire des biocarburants en Haïti sans porter atteinte au potentiel agricole pour satisfaire notre demande alimentaire ?

Oui. Les biocarburants peuvent contribuer à la sécurité énergétique et alimentaire en Haïti (aussi surprenant que cela puisse paraître pour certains).

Les cultures pour faire des biocarburants vont-elles déplacer les cultures vivrières et contribuer à l’insécurité alimentaire en Haïti ?

Non. Cela pourrait être vrai si on visait à produire de l’éthanol à partir du mais. Mais ce serait économiquement aberrant et ce ne serait pas rentable du tout (cela fonctionne aux USA uniquement parce que l’éthanol y est largement subventionné). Les solutions en Haïti sont autres et vont nous permettre de construire notre sécurité énergétique tout en contribuant à la sécurité alimentaire.

Quels Biocarburants pour Haïti ?

Il existe deux types de biocarburants pouvant être utilisé sans modification de nos moteurs : le biodiesel et l’éthanol. Le biodiesel peut être utilisé en mélange ou pur dans n’importe quel moteur diesel et ce, sans modification du moteur. Le biodiesel est produit à partir d’huile végétale et requiert donc des plantes dites oléagineuses. L’éthanol, pour sa part, est un additif de la gazoline qui augmente l’indice d’Octane. On peut l’utiliser jusqu’à hauteur de 15% sans modification du moteur ; au-delà de 15%, il faut avoir un véhicule flexfuel du type de ceux qui roulent au Brésil. L’éthanol résulte de la fermentation du sucre et requiert donc des plantes avec des tiges/grains/tubercules sucrés ou amylacés. Par choix stratégique et dans le meilleur intérêt d’Haïti, nous exclurons ici les tubercules et grains qui sont des aliments pour ne considérer que les tiges qui n’ont pas de vocation alimentaire.

Gwo Medsiyen, Gwo Avantaj !

Une solution pour le biodiesel : le Gwo Medsiyen (ou Medsiyen Beni). Connu dans le reste du monde sous son nom scientifique Jatropha curcas, le Gwo Medsiyen pousse sur des terres sablonneuses et marginales impropres à l’agriculture (on peut penser aux vastes étendues de mornes calcaires, par exemple dans le Nord d’Ouest, qui ne sont pas cultivées et où pourrait être cultivé le Gwo Medsiyen). Le Gwo Medsiyen permettrait donc de valoriser des terres aujourd’hui mises à nu par la déforestation et qui ne sont pas utilisées pour l’agriculture vivrière. L’huile de Gwo Medsiyen présente la qualité requise pour la production de biodiesel (esters méthyliques ou éthyliques) et peut également être utilisée pure et non transformée dans des moteurs diesels modifiés ou encore dans des moteurs de type Lister (moteurs à révolution lente <1200tr/mn). Par ailleurs, le tourteau, riche en protéines, des graines de Gwo Medsiyen non toxique (les variétés présentes en Haïti aujourd’hui ont des graines toxiques, mais il existe dans le monde des variétés à graines non toxiques) permettrait de nourrir des élevages de poissons et de poulets (l’un des principaux problèmes de l’élevage avicole en Haïti est le coût prohibitif de la nourriture importée).

La culture du Gwo Medsiyen ne contribuerait donc aucunement à l’insécurité alimentaire. Au contraire ! La culture du Gwo Medsiyen nous permettrait de produire des biocarburants et de l’alimentation pour l’élevage ainsi que lutter contre l’érosion, le tout sur des terres non utilisées ou sous-utilisées à l’heure actuelle. On estime aujourd’hui que près de 70% du territoire n’est pas cultivé en Haïti. Or avec de bonnes variétés de Gwo Medsiyen, il ne faudrait pas plus de 10% du territoire pour produire tout le diesel que nous consommons aujourd’hui !

Pitimi dous, pi dous pou nou tout !

Une solution pour la production d’éthanol : le Sorgho ou Pitimi sucré. C’est une variété de Pitimi dont la canne est juteuse et sucrée (comme la canne à sucre). On peut donc produire de l’éthanol avec la canne et de la nourriture avec les grains. C’est uniquement la canne et non le grain qui est utilisé pour faire de l’alcool et donc de l’éthanol. Les grains peuvent être consommés comme le sont les grains de pitimi ordinaire (le pitimi ak pwa kongo est d’ailleurs un délice de la cuisine locale traditionnelle à redécouvrir par ceux qui ne mangent plus que du riz). L’utilisation du Pitimi sucré à la place du Pitimi traditionnel permettrait de produire de l’éthanol sans affecter en aucune sorte la production de céréales (grains) tout en permettant aux agriculteurs d’augmenter considérablement leurs revenus (deux produits au lieu d’un seul).

Nous voyons donc que non seulement la production de biocarburants en Haïti n’affecterait pas la production alimentaire, mais elle contribuerait grandement à l’augmenter. Repenser l’agriculture en Haïti

La hausse du prix des produits agricoles et des produits pétroliers offre en fait une opportunité unique de redévelopper l’agriculture en Haïti ; en effet, grâce aux prix élevés, l’agriculture dans ce pays est virtuellement à nouveau rentable !

Une agriculture qui produira à la fois de l’énergie et des aliments puisque l’espace à utiliser pour les cultures alimentaires traditionnelles et le Gwo Medsiyen n’est pas le même. Le Gwo Medsiyen nous permettra de détourner les fonds utilisés à l’achat de carburant vers nos agriculteurs et grâce aux variétés non toxiques, son tourteau riche en protéines permettra de réaliser des aliments équilibrés pour nos élevages. Le Pitimi sucré, pour sa part, représente à la fois une culture alimentaire (grain) et une culture énergétique (bagasse, jus de canne), et permettra à nos agriculteurs d’augmenter leurs revenus.

Nous avons ici mentionné à plusieurs reprises le terme de variété. Il est en effet crucial d’avoir les variétés appropriées pour que la culture de ces plantes soit économiquement attractive. Des variétés à haute teneur en sucre et haut rendement en grains pour le Pitimi sucré ; des variétés à haute teneur en huile et haut rendement en grains non toxiques pour le Gwo Medsiyen. Le secret de la réussite en agriculture réside dans le triptyque variétés (variétés adaptées à nos besoins et nos conditions agro-environnementales), dissémination (production de semences et de plantules ainsi que leur réseau de distribution) et agronomie (itinéraires techniques). Il est essentiel pour la réussite de la filière biocarburants d’apporter à nos agriculteurs et nos entreprises agricoles, la technologie adéquate et le support technique à travers la mise en place de centres techniques (ceci est vrai pour toutes les filières agricoles et est indispensable à la relance de la production nationale agricole). L’ensemble des pays ayant connu une révolution agricole avaient mis en place les structures assurant ce triptyque de la réussite. Et il est aujourd’hui grand temps pour Haïti de faire sa propre révolution agricole. Il est temps d’arrêter de considérer nos cultivateurs comme des simples paysans et de leur permettre aujourd’hui de devenir des agriculteurs travaillant à la réussite économique du pays tout entier. Une bonne variété peut plus que doubler les revenus d’un agriculteur. Avec la technologie appropriée (variétés/dissémination/agronomie), la culture du Gwo Medsiyen et du Pitimi sucré peut être très rentable pour nos agriculteurs et leur permettre de s’enrichir et de sortir de la pauvreté qui aujourd’hui caractérise nos zones rurales (tout particulièrement dans les zones les plus marginales où aujourd’hui rien ne pousse et où pousserait facilement le Gwo Medsiyen).

Agriculture et décentralisation : des outils contre l’exode rural

Si les biocarburants peuvent être profitables pour nos agriculteurs, ils représentent également une formidable opportunité de créer une véritable agro-industrie génératrice d’activités dans nos provinces. Pour presser l’huile de Jatropha, la transformer en biodiesel, pour presser la canne et faire du sirop, pour produire de l’éthanol, il faudra mettre en place ces petites industries qui aujourd’hui manquent cruellement aux régions reculées du pays. Le considérable avantage d’une culture non destinée à l’exportation, c’est que nous créons non seulement des emplois agricoles, mais également les emplois nécessaires à la transformation de ces produits. L’autre avantage lié aux biocarburants, c’est que nous avons un marché captif de plusieurs centaines de millions de dollars, un marché qui n’est pas près de s’épuiser. L’industrie des biocarburants ne serait donc tributaire d’aucun choix stratégique réalisé dans et par un quelconque autre pays.

Quant à nos provinces où le diesel se vend souvent 35% plus cher qu’à Port-au-Prince, la production locale de carburant (notamment de biodiesel) permettrait de diminuer sensiblement le coût du transport et permettrait ainsi de diminuer le coût d’acheminement des denrées agricoles (l’installation d’une unité de production locale de biodiesel peut être mise en place pour moins de 50,000 dollars US). Les provinces pourront aussi générer de l’électricité à partir de l’huile à un coût moitié moindre de celui payé aujourd’hui en utilisant le diesel. L’ensemble de la filière économique (chaîne de valeur) trouverait sa place au cœur même de nos provinces et y génèrerait des revenus (avec de l’argent qui autrement part dans des pays exportateurs de pétrole). Si nous substituions la production nationale à nos importations de carburant, cette filière pourrait créer plusieurs centaines de milliers d’emplois et devenir le premier employeur du pays.

Enfin, la misère en Haïti est une question de pouvoir d’achat. Augmenter le pouvoir d’achat de nos cultivateurs, c’est leurs permettre de mieux nourrir leur famille, de payer l’écolage des enfants, de se vêtir et de consommer des biens de services et de production.

Agriculture et environnement : protéger et revaloriser

Le Gwo Medsiyen est un outil extraordinaire pour le reboisement du pays puisque c’est une culture pérenne qui pourrait fournir des revenus aux agriculteurs : c’est une plante économiquement utile, elle ne fait pas de charbon de bois et elle ne craint pas les animaux (le Gwo Medsiyen est traditionnellement utilisé pour réaliser des haies vives – lantouray et maintenir les cabris à l’écart des cultures). Le Gwo Medsiyen permet de lutter contre l’érosion et la déforestation et de récupérer ainsi des terres mises à nu par le déboisement sauvage et préalablement perdues pour l’agriculture. Enfin nous pouvons mettre avec le Gwo Medsiyen de la végétation là ou il n’y en avait pas et piéger une quantité importante de dioxyde de carbone (CO2) et contribuer ainsi à la lutte contre le réchauffement climatique.

En résumé, les biocarburants peuvent contribuer à la sécurité énergétique du pays tout en contribuant (et certainement sans affecter aucunement) notre sécurité alimentaire. Les biocarburants peuvent générer une nouvelle économie dans nos provinces et nos zones rurales, et créer plusieurs centaines de milliers d’emplois durables. Enfin, le Gwo Medsiyen peut contribuer à résoudre le drame écologique causé par le déboisement en Haïti.

Le choix des biocarburants est un choix stratégique pour Haïti, un choix qui peut nous conduire sur la voie de l’autosuffisance énergétique et contribuer au démarrage de la croissance de l’économie haïtienne à travers la revitalisation de son agriculture. C’est un choix patriotique, pour une Haïti plus verte et plus riche.



[1] Réginald Noël est l’un des fondateurs de Biocarburants d’Haïti SA, connu aussi sous le nom de Groupe Biodiesel Haïti, une société pionnière en Haïti dans la production de biodiesel. www.biocarburantsdhaiti.com. Gaël Pressoir est chercheur à la FONDATION CHIBAS, un centre de recherches et d’appui technique sur les biocarburants. www.chibas-bioenergy.org

vendredi 4 juillet 2008

CONFERENCE-DEBAT SUR LA DOUBLE NATIONALITE

CONFERENCE-DEBAT SUR LA DOUBLE NATIONALITE

La question de la double nationalité a suscite de vives discussions le weekend dernier (27-28 Juin 2008) a Evanston, Illinois. La conférence-débat a été organisée par le Haitian Congress. Des personnalités politiques telles, le Sénateur Rudolph Herve Boulos, le Députe Maxeau Balthazar, Maitre Victor Benoit, Président du parti Fusion des Sociaux-démocrates, Pasteur Chavannes Jeune, Président du Parti l’Union ont honoré la conférence-débat de leur présence et ont partagé leur expertise sur la question. La Conférence-débat a débuté avec une analyse objective et profonde de la question par le Professeur Max Gustave Joseph et le Comptable Alix Claude, tous deux membres du Comite Directeur de Haitian Congress. Rien n’était laissé au hasard dans le contexte de la mondialisation de la double nationalité. Ils ont mis a jour les avantages, les conceptions, et aussi les faits saillants autour de la question. Il y a, selon les deux intervenants, plus de cent (100) pays qui accordent la double nationalité a leurs ressortissants.
Tout au cours de ces deux journées du 27-28 juin 2008, l’aspect légal, constitutionnel, politique, social, et économique de la double nationalité était débattu. Des experts, venus de New Jersey, Haïti, Georgia, ont parle des atouts politiques de la Diaspora, son influence, le statut des Haïtiens a l’étranger, les lacunes et les ambigüités de la Constitution du 29 mars 1987, l’impact de la Constitution sur les droits des Haïtiens naturalises étrangers, l’utilisation de la contribution financière de la Diaspora, comment investir en Haïti et enfin les rôles et enjeux des individus, des organisations, et officiels du gouvernement d’Haïti dans la lutte pour la reconnaissance de la double nationalité. De brillantes interventions de certaines personnalités telles que,
• Harry Fouché, économiste, Président-Directeur General du Consortium for Haitian Empowerment
• Frantz Bourget, Comptable, Census 2010
• Joseph Mackhandal Champagne, avocat, Haitian-American Leadership Conference
• Emmanuel Coffy, avocet, Haitian-American Leadership Conference
• Dr. Bernier Lauredan, M.D., President-Directeur General de Haitian Community Relations
• Dr. Daniel Faustin, Vice-président du SIMACT
…ont fait de cette conférence-débat un succès unissant les enfants d’une même patrie. Haitian Congress a posé une pierre angulaire dans la construction de ce dialogue qui risque de provoquer des divisions au sein des Haïtiens si la question n’est pas traitée avec objectivité, sagesse et délicatesse. Une proposition de projet de loi, préparée par un avocat, membre de Haitian Congress, a été lue pour l’audience. Pour plus d’amples informations, visiter le site suivant : www.haitiancongress.com ou téléphoner le 847.424.0400

LeGrand Parisien Salvant, MBA

HAITI - ETHIQUE ET POLITIQUE: OU EN SOMMES-NOUS?

Haiti - Ethique et politique : Où en sommes-nous ?

jeudi 3 juillet 2008

Par Josué J. P. Dahomey [1]

Soumis a AlterPresse le 1er juillet 08

La question du rapport entre éthique et politique semblait avoir trouvé, depuis au moins un siècle, sa résolution la plus pertinente. L’argument semblait en fait clair et faisait autorité chez toutes les consciences éclairées : la séparation de la sphère publique et de la sphère privée ne devrait souffrir aucun amalgame. L’espace public comme espace de délibération des citoyens sur ce qui relève de l’intérêt commun se séparait de tout ce qui relève des convictions religieuses, des goûts, préférences et valeurs individuelles. La chose semblait jusqu’ici claire et entendue. Au demeurant, il y a lieu de se demander par quelle déroute de l’intelligence on en vient à assister en Haïti aujourd’hui à l’émergence de « palabres » sur une question qui relève de la sphère privée et qui ne devrait, sous aucun prétexte, être évoquée dans l’espace public ?

La chose est déconcertante, et en tant que telle, elle est l’indice d’une sorte de défaite de la pensée, trop longtemps acceptée dans notre société, au profit d’une certaine vulgarité qui porte l’empreinte des temps de l’inquisition. La sclérose intellectuelle dont sont frappées certaines gens ici est pathétique. Mais le comble dans tout cela, C’est l’immoralisme de ceux qui, au nom de la morale, commettent les forfaitures du dénigrement et de la misogynie. Les arguments fallacieux qui consistent à faire grande messe de la vie privée, cachent souvent les motivations les plus perfides, et les schémas dont ils se prévalent, sont aussi perfidement d’un autre temps. Il nous faut donc une pédagogie politique pour sortir des archaïsmes de tous bords qui ensablent notre société et l’enfoncent de part en part dans ce désert de conscience critique et démocratique.

L’âge démocratique et ses exigences éthiques

Il est difficile de prendre part à un débat qui n’en est pas un. Car c’est toujours délicat de vouloir ramener à la raison les gens qui sont, ou bien de mauvaise foi, ou bien tout simplement enrôlés dans des fondamentalismes, et, à fortiori, des fondamentalismes phallocratiques. Aussi, Il est difficile d’engager une discussion sérieuse sur des propos qui, de par leur teneur médiocre, ne sauraient aucunement s’élever au rang d’une simple pétition de principes. Toutefois, devant le spectre de l’immobilisme, voire du retour à l’intolérance et à l’incivilité ; devant le spectacle de la haine distillée dans les rouages de la société, il est impératif de convoquer la conscience critique sur les valeurs et exigences de l’âge démocratique.

En effet, pour qu’il y ait démocratie, il est impératif qu’advienne dans une société un certain nombre de valeurs et d’exigences dont les plus représentatives sont, la pluralité des formes de vie, l’égalité, la libre détermination ou l’autonomie individuelle ou encore la liberté, la solidarité. Il n’y a pas de démocratie sans valeurs démocratiques. Et de ce fait, les valeurs démocratiques sont les seules exigences éthiques qu’une société a le droit de requérir de ses membres. Tout le reste – les convictions religieuses, les tendances affectives, les codes émotionnels, etc. – relève du champ de la vie intime et privée et ne saurait, dans une société démocratique, être en aucune façon évoqué à des fins délibératives.

Par ailleurs, c’est une réalité désormais incontournable que la dynamique démocratique ne saurait être solidaire d’une structure sociale caractérisée par le patriarcat, la misogynie, le sexisme, ou l’homophobie. Car même si le travail à faire sur les mentalités est immense et exige une longue patience, la phallocratie ne peut plus être tenue comme une condition naturelle pour une société juste et bien ordonnée. Les vieux réflexes de la domination masculine ne peuvent plus être tenus pour des principes intangibles. C’est la logique démocratique de transformation des conditions structurelles des mentalités elle-même qui appelle à une refondation des superstructures intellectuelles.

Pourtant, malgré cette dynamique de notre temps, nous faisons l’expérience, actuellement dans l’arène politique haïtienne, d’une sorte de degré zéro du débat, où l’on fait fi des problèmes réels (sociaux, politiques, économiques), pour se focaliser, non sur un faux problème, mais sur un problème qui n’en est pas un du tout. La récupération de l’ordre des urgences de notre société par ces joutes aussi verbeuses que creuses sur la vie privée d’une personne, est en elle-même éloquente du déficit éthique d’un moralisme pré-démocratique. Il faudra pourtant bien vite aller au-delà de ces inepties. Car en dépit de tout, nous sommes tenus d’avancer. Mais que sais-je ! Après tout, il est peut-être important de chercher à comprendre pourquoi, aujourd’hui, il s’impose à nous de débattre d’un non-débat. C’est peut-être en disant non à cette négation suffocante, non à la machine de destruction et du ressentiment, non au lynchage politique ; c’est peut-être dans la négation de la négation, que la dynamique démocratique chez nous puisse trouver enfin son moteur. J’invite toutes les consciences éclairées de la société à la négation (critique) de la négation (destructrice).

C’est enfin au nom des repères éthiques de l’âge démocratique, que nous exigeons l’arrêt immédiat de ce lynchage contre la personne du premier ministre désigné.

Messieurs les pseudo-moralisateurs, souffrez qu’on exige de vous un peu plus d’efforts, et que vos seuls arguments ne soient plus guère que l’expression vile de vos refoulements mal négociés avec vous-mêmes.



[1] Professeur de philosophie éthique et politique

vendredi 27 juin 2008

VALSE DE L'INSECURITE ET POLITIQUE NEOLIBERALE

Haiti : Valse de l’insécurité et politique néolibérale

jeudi 26 juin 2008

Par Marc- Arthur Fils- Aimé [1]

Soumis à AlterPresse le 20 juin 2006

Pourquoi cette valse d’insécurité ?

Tous les rapports qui proviennent des organismes internationaux ont toujours dressé, depuis quelques années, un bilan négatif du pays. Par exemple, Haïti a reçu la palme de la corruption par la Transparency International, l’année dernière. Cette année, elle se trouve classée au bas de l’échelle alors que les énormes détournements de fonds qu’opèrent les grands puissants du monde occidental sont simplement retenus comme des erreurs de parcours de quelques brebis égarées du capitalisme régnant même si celui-ci s’essouffle actuellement sous le poids de moments difficiles. Cette nation baignée par la Mer des Caraïbes et l’Océan Atlantique, vient d’être nommée parmi les trois pays les plus violents au monde après l’Afghanistan, la Colombie. Au lieu de nous attarder à démentir ces fausses allégations sans nier pour autant l’existence de ces phénomènes chez nous, cherchons de préférence à expliquer de façon synthétique la réalité.

Depuis le début de ladite opération dénommée « Opération Bagdad » en septembre 2004, Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, trébuche sous la menace constante de la violence mais d’une violence partielle et en grande partie sectorisée. Les bandes armées qui semaient le deuil surtout à travers certaines rues de la métropole, ont débuté leurs actions par des slogans politiques nationalistes, réclamant le retour de l’ex- président Aristide. Mais au fil du temps, l’aspect de la délinquance sociale a étouffé les premières velléités politiques. Disons mieux, des velléités politiques peu avouables se manifestent sous le label de la délinquance sociale avec des têtes pensantes bien installées parmi les politiciens traditionnels au pouvoir et dans l’opposition, la bourgeoisie compradore et les ténors du trafic de la drogue et de la contrebande. Des intérêts locaux et étrangers égoïstes corroborent le manque de volonté politique pour éradiquer cette dérive inédite de la société haïtienne. Les délinquants isolés ou organisés trouvent le terrain pavé pour entreprendre leurs forfaits. Le fait que les juges de nos principaux tribunaux ne s’embarrassent d’aucun souci et d’aucune déontologie pour libérer quelques mois après, voire quelques semaines après, des bandits dangereux parfois récidivistes, sous les prétextes les plus fallacieux,- dossier mal préparé par la police, non respect du délai d’être entendu par leur juge naturel- participent de ce complot ourdi dans des niveaux bien placés. L’existence de quelques magistrats assis et debout gangrenés par la corruption et cachés derrière l’autonomie du pouvoir judiciaire, constitue une pièce importante dans l’ensemble de la machine.

La base géographique et sociale de cette violence est facilement récupérable par la police nationale et la force de l’occupation, la Mission des Nations Unies pour la stabilité d’Haïti (la MINUSTAH). Cette violence localisée, car malgré tout elle n’arrive pas à s’enraciner avec la même vigueur et la même permanence dans toutes les sections communales, n’est pas statique. Plutôt erratique, elle se meut dans le temps, dans l’espace et dans la forme.

Dans le temps, elle n’est pas toujours présente. Parfois, elle garde un profil très bas. On dirait même qu’elle a disparu ou est en train de l’être tant que l’on n’entend presque plus parler d’elle.

Dans l’espace, son centre principal se déplace d’un quartier à l’autre. Au début, le quartier de Bel- Air présentait le profil d’une aire peu fréquentable par les honnêtes gens, même par celles et ceux qui l’habitaient. Au fur et à mesure que des tractations de toutes sortes de la part des dirigeants se multipliaient, que des interventions musclées de la police traquaient certains bandits avec l’apport positif de la grande majorité de sa population, Bel- Air se dégageait de ces malfrats pour céder la place à Cité Soleil, l’un des plus grands bidonvilles du pays, si ce n’est le plus grand. Cet immense quartier dépourvu et abandonné par l’État, a joué pendant longtemps au cours de cette période difficile, le rôle d’épicentre de la plupart des actes odieux qui se commettaient dans le pays. Aujourd’hui, la violence a l’air éparpillée dans différents coins de la capitale avec de timides tentatives de retour à Bel- Air et à Cité Soleil.

La violence est devenue aussi protéiforme. A chaque moment, elle a changé de cibles et de tactiques dominantes. A un certain moment, c’était surtout le vol à mains armées de voitures, surtout de véhicules 4x4. Après, les assassinats en pleine rue parfois sans motifs apparents ont handicapé le développement normal de la cité. Depuis quelque temps, les bandits ont cru bon de faire fortune rapide par le kidnapping de certaines catégories de personnes qu’ils ont privilégiées selon le moment ou peut-être selon les commandes. Parfois, des écoliers, parfois des personnes très âgées, parfois des ressortissantes et des ressortissants étrangers, notamment des Américains et des Canadiens qui sont libérés- excepté les cas où la victime a été assassinée même après le dépôt de la rançon- après que leurs proches aient versé de fortes sommes d’argent, des sommes que, dans la plupart des cas, ces gens n’ont jamais eu en mains de leur vie.

L’on peut se demander quel objectif peuvent poursuivre les principales actrices et les principaux acteurs de ces menées machiavéliques. Des politiciens en ont besoin pour désorienter et dépolitiser les classes travailleuses et l’aile de la petite- bourgeoisie qui s’appauvrit de jour en jour du fait des conséquences néfastes du néolibéralisme ; les trafiquants et les contrebandiers qui ne nagent que dans les eaux troubles comme la majorité des chefs de prétendus partis politiques traditionnels qui, tapis dans l’opposition, ne sauraient compter avec le peuple pour satisfaire leur soif du pouvoir. Les délinquants, jouissant de l’impunité générale, ramassent malhonnêtement d’énormes sommes d’argent.

La conjoncture nationale ne se réduit pas au banditisme de grand chemin

Cette première partie qui a occupé une place importante dans notre analyse, ne doit pas nous conduire à la myopie politique. Celle-ci consiste à compresser toute la conjoncture sous l’aspect de la violence des rues en abordant de façon séparée les autres éléments importants qui composent cette conjoncture. L’on rentrerait carrément dans le schéma traditionnel qui se contente de diviser cette dernière en de multiples morceaux que l’on saisit isolément. La conjoncture nationale ne se réduit pas au banditisme de grand chemin. De multiples autres préoccupations assombrissent la santé physique et morale de la grande majorité du peuple qui, après avoir ouvertement rejeté entre autres moments, au cours des deux premières semaines du mois d’avril, la politique néolibérale du président Préval et de son ancien Premier Ministre Jacques Edouard Alexis, attend une amélioration de ses conditions de vie. Là encore, la tendance réactionnaire vulgarisée à travers presque tous les médias, s’en prend seulement à un côté de la crise d’ailleurs de façon pernicieuse : au côté de la cherté de la vie. Ce volet n’est qu’un paramètre d’une crise alimentaire multi- céphale. La communauté internationale en a capté seulement cette dimension. Ce qui nous a valu d’ailleurs des dons de nourriture de plusieurs pays étrangers.

Pourtant, tous nos marchés publics regorgent de nourriture de toutes sortes, de fruits, de légumes et de diverses qualités de végétaux dont d’ailleurs une proportion considérable pourrit à la campagne à cause d’un système de transport inadéquat. La concurrence déloyale des produits importés dans le cadre de l’ouverture du marché selon le canon néolibéral, a contribué à renchérir les denrées au détriment de la production nationale. Cependant, les 70% de chômeurs où se recrutent les tranches d’âge potentiellement aptes à travailler, ne peuvent pas se les procurer. La base du problème, pour la comprendre, doit être recherchée là, c’est-à-dire dans le mode de production, de distribution et de circulation des richesses nationales et dans la politique anti- nationale de l’équipe dirigeante.

Focaliser toute la crise sur une personne

Depuis la révocation peu élégante du gouvernement Alexis par le Sénat ce samedi 12 avril, toutes les préoccupations se sont concentrées sur le choix d’un premier ministre pendant que la cherté de la vie s’aiguise de jour en jour, et que les gangs se spécialisent davantage dans la façon d’enlever les gens jusque dans leur lit. La méthode d’isoler l’un de l’autre, les différents éléments qui composent la conjoncture, fait partie d’une vieille méthode métaphysique pour tromper la vigilance des masses populaires.

Le calcul de focaliser toute la crise sur une personne, sur un objet ou sur une cause quelconque à chaque moment fort de la vie socio- politique du pays, s’avère d’une grande intelligence de la part des théoriciens du capitalisme. On dirait que l’ancien premier ministre portait seul la responsabilité de tous les déboires actuels et de toute une situation grave dont les racines s’abreuvent de trois sources dialectiquement combinées : de la structure socio-économique vielle de 2004, de la politique imposée par la communauté internationale qui conditionne, en ses avantages, tous ses prêts et ses dons et, surtout du gouvernement qui, au lieu de secouer le statu quo, irrigue par sa politique la vieille formation sociale haïtienne sclérosée. Il est vrai que le deuxième personnage, après le Président de la République, représente une pièce importante dans le fonctionnement du système. Son rôle dans la politique macro et micro-économique ne doit pas être négligé.

Le profil du nouveau premier ministre à venir ne semble pas éloigné de l’ancien. Ce qui signifie, que les quelques pansements qu’il aura à appliquer aux grands maux du pays n’éteindront pas la crise. Au contraire, celle-ci empirera tout autant que la politique dominante restera attachée à la globalisation capitaliste qui montre des signes d’étouffement évidents.

[1] Directeur Général de l’Institut Culturel Karl Levêque ( ICKL)

jeudi 26 juin 2008

LA LIBERTE D'EXPRESSION: QUELS PRINCIPLES?

Dimanche, 15 Juin 2008
La liberté d’expression : quels principes ?
Jean Bricmont
Tribune libre

Le but de cette note est de résumer la logique de ceux qui défendent la liberté d’expression et de répondre à certaines des objections les plus fréquemment formulées. En effet, beaucoup de gens pensent « qu’on ne peut pas tout dire », mais ce qui est rarement discuté clairement, et qui est la question fondamentale, c’est de savoir ce que l’on veut interdire et sur la base de quels principes.Tout d’abord, il faut rappeler que le droit n’est pas la morale, et que, même s’il se fonde sur des principes moraux, le droit ne peut pas tout réguler : il y a des actions que l’on peut juger immorales mais qu’aucune loi ne peut empêcher. Par conséquent, on peut parfaitement considérer que des propos sont odieux, scandaleux, etc. sans pour autant vouloir les interdire.De plus, dans toute société et à toute époque, la liberté d’expression a toujours existé — du moins pour certains. Personne n’a jamais empêché le pape ou le roi de France de s’exprimer librement. Par définition, la censure est toujours exercée par ceux qui ont le pouvoir et, en particulier, par ceux qui jouissent de la liberté d’expression, contre ceux qui ne l’ont pas. Par conséquent, la seule question à se poser à propos de la censure est de savoir au nom de quels principes les gens qui peuvent s’exprimer ont-ils le droit d’empêcher d’autres de le faire ?Les partisans de la censure peuvent rétorquer qu’une censure, exercée par des tribunaux et sous le contrôle d’un parlement élu dans un État démocratique n’est pas la même chose qu’une censure « totalitaire ».

C’est vrai, mais cette défense d’une censure « démocratique » se heurte à des difficultés à mon avis insurmontables. Pour les expliquer, je vais partir de quelques considérations générales, puis aborder le problème juridique fondamental et, finalement, faire quelques observations d’ordre pragmatique .La première remarque que l’on peut faire, c’est que la censure de la minorité par la majorité comporte des risques évidents. Elle fera peut-être taire un « négationniste » ou « un apologiste du terrorisme », mais elle réduirait aussi au silence Galilée, Darwin, Einstein, ainsi que tous les créateurs artistiques qui ont eu, à un moment donné au moins, une position minoritaire. Le jeu en vaut-il la chandelle ?Les partisans de la censure dans les sociétés démocratiques sont souvent conscients de ce genre de problèmes et diront par conséquent qu’ils veulent limiter leur censure à des idées « vraiment » odieuses, ou « vraiment » dangereuses, laissant ainsi les Einstein et les Picasso travailler en paix.Mais le problème juridique fondamental rencontré par ce genre d’idées provient du fait que le droit démocratique moderne repose sur des règles ayant une portée générale et qui sont applicables de façon impartiale ; en effet, si l’on n’accepte pas cette prémisse, on retombe dans l’arbitraire du pouvoir et les lettres de cachet. Mais comment combiner cette exigence avec la censure ?Les critères le plus souvent invoqués pour justifier la censure, concernent le caractère manifestement faux et mensonger des propos, ou leur caractère odieux ou blessant, ou encore leur caractère nocif. Voyons, tour à tour, pourquoi aucun de ces critères ne peut être appliqué de façon impartiale.

Le premier critère est clairement inapplicable : que va-t-on faire des milliers de doctrines farfelues ou pseudoscientifiques ? Ne sont-elles pas, certaines d’entre elles du moins, manifestement fausses ? Mais qui veut se risquer à légiférer là-dessus ? Une commission de censure qui s’occuperait de ces choses ne risquerait-elle pas d’interdire rapidement les idées scientifiques neuves ? Quant au mensonge, il suppose que l’on juge non seulement de la fausseté des propos, mais également de l’intention de celui qui les tient, ce qui rend le problème plus compliqué encore.Pour ce qui est des propos odieux, chercher à les censurer, c’est réinstaurer le délit de blasphème. Mais presque tous les croyants se sentent blessés par les propos tenus par les athées ou par les adhérents d’autres religions. Est-il raisonnable de confier au législateur le soin de distinguer entre propos « vraiment » odieux et propos qui ne paraissent odieux qu’en fonction de préjugés religieux ? Mme Oriana Fallaci, dont les livres se vendent comme des petits pains, écrit que les musulmans se multiplient « comme des rats ». L’humoriste Dieudonné lui-même peut, sans que cela ne soulève de protestations, comparer la religion avec le fait de « péter dans son bain » (voulant dire par là que c’est une affaire privée). Si ces propos sont tolérés pourquoi d’autres ne le seraient-ils pas ? Et si on veut les interdire, comment procéder de façon impartiale sans en interdire une quantité d’autres ?Ensuite, il y a la question des « effets » des discours, l’idée étant que l’on doit censurer les discours nocifs ou dangereux. Le problème est que, par définition, la censure renforce toujours le pouvoir de ceux qui le possèdent déjà et ne permet jamais de censurer les aspects les plus nocifs des discours dominants, mais permet uniquement de faire taire des marginaux dont les discours, précisément parce qu’ils émanent de personnes marginalisées, ne peuvent pas avoir de conséquences directes importantes. Il est fort probable que les discours dont les effets sont, en pratique, les plus nocifs sont les textes « sacrés » des « grandes » religions, qui contiennent tous des appels à la guerre contre les infidèles et qui sont, parfois, pris très au sérieux par les croyants. Mais qui voudrait censurer la Bible ou le Coran ?

Par ailleurs, si l’on considère les discours proprement politiques, ceux qui justifient ou justifiaient la guerre du Vietnam ou l’embargo contre l’Irak, dont les victimes se comptent par millions sont loin d’être interdits : ils sont même, en général, bien récompensés. À ce sujet, Noam Chomsky cite un exemple intéressant de « révisionnisme » : on a demandé aux Américains quel était, selon eux, le nombre de morts vietnamiens lors de la guerre du Vietnam ; la moyenne des réponses se situait aux environs de cent mille, c’est-à-dire environs 5 % de l’estimation officielle du gouvernement américain. Comme il le fait remarquer, que penserait-on de la culture politique allemande si des réponses similaires étaient données à propos du massacre des juifs ?

De plus, ce révisionnisme est soutenu par l’essentiel de l’élite intellectuelle et des médias. Veut-on le renforcer en donnant en plus à cette élite le droit de censurer ce qui ne lui plaît pas ?Il est parfois suggéré qu’il faut interdire des propos marginaux avant justement qu’ils ne deviennent dominants et dangereux – ceux de Hitler avant sa prise du pouvoir par exemple. Mais les prises de pouvoir ne résultent pas seulement de l’expression d’idées (il existe encore des nazis dans nos sociétés et certains s’expriment – pourquoi ne prennent-ils pas le pouvoir ?), elles sont liées à toutes sortes de circonstances socio-économiques et historiques. Que l’on puisse ou non agir sur celles-ci soulève un problème compliqué, mais à supposer qu’une telle action ait eu lieu (par exemple, une solution de la crise économique ou une alliance entre les adversaires de Hitler), on voit mal pourquoi la censure de celui-ci aurait alors été nécessaire. D’autre part, il est difficile d’imaginer qu’en l’absence de telles actions, la censure à elle seule aurait pu arrêter Hitler.En fait, on peut répondre à ce type d’objections de façon générale en invoquant une idée de John Stuart Mill : laissez la vérité et l’erreur s’affronter à armes égales. Qui, pensez-vous, va l’emporter ? Les partisans de la censure répondront sans doute : l’erreur (en invoquant, par exemple, l’idée que les masses sont aisément manipulables). Mais, si l’on raisonne ainsi, peut-on encore espérer que la censure ne soit pas finalement contrôlée par ceux qui sont dans l’erreur et que la chance que la vérité l’emporte ne soit éliminée à tout jamais ? Pour éviter cela, il faudrait que la censure tombe en de « bonnes » mains et y reste pour toujours. Mais pourquoi ceux qui détiennent la vérité manipuleraient-ils mieux que les autres l’arme de la censure ? Ce type de raisonnement en faveur de la censure est assez répandu, au moins implicitement, mais il témoigne non seulement d’un pessimisme radical envers la démocratie mais surtout d’un optimisme irréaliste par rapport à l’autocratie.

La liberté d’expression : quelles limites ?

Il est vrai que certaines paroles ne sont pas protégées par la liberté d’expression : si un individu a un revolver sur la tempe d’un autre et qu’une tierce personne dit « tire », ce n’est considéré dans aucun pays comme une expression d’opinion. La différence étant qu’il s’agit ici d’une incitation à une action (illégale) immédiate. Du point de vue de la défense de la liberté d’expression, la distinction fondamentale est entre parole et action — les premières sont libres mais les deuxièmes évidemment pas, et, dans certaines circonstances, des paroles (« tire ») peuvent être assimilées à des actions. Provoquer artificiellement des paniques (crier « au feu » dans un théâtre où il n’y a pas de feu) n’est pas non plus couvert par la liberté d’expression, mais le motif en est que la parole est, dans ce cas-ci aussi, une forme d’action avec des effets immédiats.

Évidemment, il est impossible, comme souvent en droit, de donner des critères mécaniques et universellement applicables qui permettraient de distinguer entre expression d’opinion et paroles assimilables à des actions – mais l’idée que seules sont condamnables les paroles qui incitent à des actions immédiates est une bonne façon d’éviter que des opinions ne soient censurées en vertu des conséquences à long terme qu’elles sont supposées avoir. Par exemple, « l’incitation à la haine raciale » n’est pas, sauf en des circonstances très particulières, une incitation à des actions immédiates, et sa répression doit être vue comme une entrave à la liberté d’expression. Si l’on devait appliquer de façon impartiale la censure à l’égard de l’incitation à la haine raciale, on aurait tôt fait d’interdire pas mal de livres sacrés, ainsi qu’une bonne partie de la pensée occidentale, qui abonde en apologies de la guerre, de l’esclavage ou du racisme . De nouveau, soulignons que ne sont visés aujourd’hui, lorsqu’on réprime l’incitation à la haine, que des discours marginaux. Comme le fait remarquer Chomsky, il n’existe pas réellement de « lois contre la haine », il existe seulement des lois contre les gens que ceux qui ont le pouvoir de faire des lois haïssent, ce qui est très différent.Pour illustrer cette idée, on peut opposer la vertueuse indignation dont fit preuve en février 2006 la presse européenne suite aux réactions du monde musulman face aux caricatures danoises de Mahomet, et le silence presque complet des mêmes « défenseurs de la liberté d’expression » lorsqu’un historien britannique, David Irving, voyageant en Autriche, est arrêté et condamné à trois ans de prison ferme pour des propos négationnistes tenus en 1989, dont il s’excuse et à propos desquels il dit avoir changé d’avis. Sur ce dernier point, on remarquera que le procureur soutient que cette rétractation est fictive et vise uniquement à éviter une peine plus lourde. Suivant cette logique, le Saint-Office n’aurait pas dû être aussi clément qu’il l’a été envers Galilée, dont le repentir était sûrement fictif.Évidemment, il existe aussi des limites légitimes qu’on peut imposer à des « paroles » et qui sont liées à la diffamation, aux insultes ou au respect de la vie privée. Mais, outre le fait que ce genre de problèmes relève plus du droit civil que du droit pénal, il faut éviter de permettre à des institutions ou à des individus puissants de faire taire ceux qui les critiquent en les poursuivant, de façon abusive, pour diffamation. Avancer des notions telles que la diffamation de la mémoire, ou la responsabilité de l’historien, c’est de nouveau abuser de la notion de diffamation pour réduire au silence certaines opinions .Outre ces questions de principe du droit, il existe des problèmes pragmatiques qui sont ignorés par les gens qui pensent « qu’on ne peut pas tout dire » : d’abord celui de l’efficacité de la censure. Toutes les idées anticommunistes se sont répandues, malgré la censure, dans les pays socialistes. Mais la même chose s’est passée avec les idées républicaines dans les monarchies ou avec l’idée d’indépendance dans les colonies. Et tout cela se passait avant Internet. Depuis l’avènement de cet outil, on ne peut que souhaiter bonne chance aux censeurs. Par ailleurs, c’est se faire beaucoup d’illusions sur la situation du racisme dans nos sociétés que de croire que les lois qui en répriment l’expression ont quelque effet positif que ce soit. Et, pour ce qui est du négationnisme, les déclarations en 2005 du président iranien allant dans ce sens suggèrent que ces idées sont relativement répandues dans le monde musulman.Un autre problème pragmatique rencontré par la censure est que la pensée humaine est quelque chose de tellement subtil et capable de tant de nuances que, lorsqu’on cherche à l’enfermer dans un carcan (ce qu’on peut dire et ne pas dire), elle trouve presque toujours le moyen de s’en échapper ou de dire « d’une autre façon », « avec d’autres mots », etc., la même chose que ce que les censeurs veulent interdire. Seul un cadre absolument totalitaire peut empêcher ce genre de choses, au moins temporairement. Des lois comme la loi Gayssot, en France, ou son analogue en Belgique, qui cherchent à interdire certaines pensées (« négationnistes ») dans une société par ailleurs démocratique, sont particulièrement absurdes.

Pour éviter une dérive totalitaire, de telles lois sont formulées de façon à viser des cibles très précises (le rejet du jugement de Nuremberg sur…) mais, ce faisant, elles entrent en contradiction avec une des bases du droit dans les sociétés démocratiques, à savoir le caractère général des lois.Un dernier problème pragmatique est celui de la pente glissante : où la censure va-t-elle s’arrêter ? Si l’on censure M. X, mais qu’on autorise M. Y à défendre la liberté d’opinion de M. X, il sera très difficile de faire en sorte que les opinions de M. X ne soient pas connues ; or, empêcher cela, est probablement l’un des principaux buts de la censure. Donc, il faut faire taire M. Y. Survient alors M. Z, qui admet qu’on condamne M. X, mais considère que M. Y doit pouvoir s’exprimer… Ces préoccupations ne sont pas purement théoriques. L’affaire Gollnisch illustre bien le problème : ce professeur de droit international et de civilisation japonaise à l’université de Lyon, membre important du Front National, a été suspendu d’enseignement et condamné à trois mois de prison (avec sursis) pour avoir dit que les historiens doivent pouvoir travailler librement ou encore, qu’un débat sur les crimes commis durant la Seconde Guerre mondiale doit avoir lieu. Ces propos, en tant que tels, ne sont pas (encore) illégaux. Ce n’est qu’au vu de la position de Gollnisch au sein du Front National que ces propos sont interprétés comme étant implicitement négationnistes. Mais, même en admettant que l’interprétation soit correcte, le problème juridique posé par cette suspension est que l’on réintroduit ainsi, en plus du délit d’opinion, le procès d’intention, puisque c’est l’intention ou « ce qu’il a derrière la tête », et non le fait lui-même, qui constitue ici l’infraction.Notons au passage que la question n’est pas de savoir si on « aime » Gollnisch (ou Faurisson, Irving, etc.), mais jusqu’à quel point on est prêt à sacrifier les principes les plus élémentaires de la justice et du droit pour faire taire les gens qu’on n’aime pas.Il est par ailleurs paradoxal de constater combien, en France, c’est souvent la gauche ou l’extrême-gauche qui encourage la censure, au moins contre leurs ennemis (pas de liberté pour les ennemis de la liberté, les « fascistes », etc.) , sans se rendre compte du fait que la logique de la censure implique qu’elle sera, tôt ou tard, utilisée par les pouvoirs que ces mouvements politiques veulent critiquer et, par conséquent, se retournera contre eux. Les condamnations des critiques « radicales » du sionisme pour antisémitisme sont une parfaite illustration de ce phénomène. On entend souvent dire à gauche que la défense de la liberté d’expression, dans le cas de Faurisson ou de Gollnisch, « sert » l’extrême-droite. Mais, dans la mesure où cela est vrai (ce qui reste à discuter), c’est uniquement parce que la plus grosse partie de la gauche refuse de défendre la liberté d’expression par principe, c’est-à-dire y compris pour ses ennemis.Enfin, une des confusions fréquentes consiste à confondre accès aux médias et possibilité de s’exprimer à titre privé. Sans aucun doute, l’accès aux médias est, aux États-Unis comme en Europe, extrêmement favorable aux partisans du « marché libre » ou du militarisme.

Ce biais est un sérieux problème dans une société qui se dit démocratique. Mais la question de savoir si quelqu’un a le droit d’exprimer ses idées de façon privée, par voie d’exposé oral, de lettres, d’articles envoyés aux journaux est toute autre. La réponse aux problèmes des biais dans les médias se trouve à nouveau dans les idées de Mill : ceux qui critiquent l’ordre social doivent exiger que les médias dominants laissent une plus grande place à de véritables débats, où leurs idées pourront affronter celles des autres « à armes égales », et non pas demander que l’on donne indirectement aux détenteurs de ces médias, la possibilité de supprimer toute dissidence, en renforçant la censure.
notes

Jean Bricmont, né en 1952, est un physicien et essayiste belge. Docteur en sciences, il a travaillé comme chercheur à l’université Rutgers puis a enseigné à l’Université de Princeton. Il est actuellement professeur de physique théorique à luniversité catholique de Louvain, dans l'unité de physique théorique et de physique mathématique (département de physique).Son activité de recherche concerne les méthodes de groupe de renormalisation et les équations différentielles non Bricmont est impliqué en France dans la défense de la rationalité et de la démarche scientifique. Il a été président de l'Association française pour l'information scientifique de 2001 à 2006. Il en est actuellement le président d'honneur.En 2005 il publie ''Impérialisme humanitaire. Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort ?'', paru aux éditions Aden.En 2006, il préface ''L'Atlas alternatif'' dirigé par Frédéric Delorca au Temps des Cerises.Il a co-dirigé avec Julie Franck en janvier 2007 un Cahier de L'Herne consacré à Noam Chomsky.