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U.S. Economy on Brink of Disaster
Sunday, January 11, 2009 11:02 AM
By: Arnaud de Borchgrave
When "IOUSA" made its documentary film debut last August, it soon earned the sobriquet "fiscal wake-up tour."
Its unrelenting gloom toted up a $9 trillion federal debt, a $738.6 billion trade deficit, and the news that each U.S. citizen now owes $30,000.
But all the stats are already hopelessly out of date, as evidenced by CNN's two-hour Saturday update of "IOUSA," repeated on Sunday, starring Dave Walker, president and CEO of the Peter G. Peterson Foundation, and former U.S. comptroller general under three presidents; Pete Peterson, chairman of the Blackstone Group, chairman of the Council on Foreign Relations, former chairman of the Federal Reserve Bank of New York, and former chairman and CEO of Lehman Bros.; Bill Bradley, former U.S. senator and Democratic presidential candidate; and Alice Rivlin, former director of the Office of Management and Budget.
The all-star cast was supplemented by cameos by Warren Buffett; two former Federal Reserve chairmen, Paul Volcker and Alan Greenspan; and two former treasury secretaries, Paul O'Neill and Robert Rubin.
On the short list for an Oscar nomination for Best Documentary, "IOUSA" revisited by CNN's Ali Velshi and Christine Romans, co-anchors of "Your Money," piled on with stats that put the United States among the world's failing nations as it plunges into another Great Depression.
Global forces now can override most anything that monetary and fiscal policy can do, said Alan Greenspan, "and central banks have increasingly lost their capacity to influence the longer end of the market."
Fiscal irresponsibility is now a calamitous cycle that poses a bigger threat than al-Qaida and its plans to attack the United States with a weapon of mass destruction.
David Walker, the Paul Revere of a total economic and financial collapse on the present course, says the United States has a fiscal cancer "that is growing within us." And "if not treated, it will be catastrophic for our country."
Cliches about growing our way out of it now ring hollow. But other cliches have America running on empty and about to go over the cliff.
The National Debt Clock in New York ran out of digits as it raced past $10 trillion to $10.7 trillion and still rising.
"IOUSA" explains that the first perceived crisis with national debt took place after the Revolutionary War, and that revolutionary governments took action under George Washington, John Adams, and Thomas Jefferson.
Budget deficits and national debt remained under control for many years, even during the Civil War, World War I, and World War II. And there really wasn't a problem, says the documentary, until the 1980s, with Ronald Reagan's huge tax cuts, and then early this decade, with George W. Bush's huge tax cuts — coupled with the Iraq war, whose estimated cost is $1 trillion.
President Bill Clinton finished his eight years with a surplus and an economy that had expanded 50 percent in real terms, and a GNP of $10 trillion, one-quarter of the entire world economic output.
Clinton also left office with a jobless rate of 4 percent, a 40-year low, while the economy grew 15 million jobs.
Today, counting all those who have dropped off unemployment rolls for part-time work or no work, 21 million Americans are either jobless or underemployed, according to the Economic Policy Institute.
Average workweeks also are being cut back. Some employers now shorten workweeks as a way to keep some on the payroll. And as the baby boomer generation begins to retire, "IOUSA" asks if there will even be any Social Security benefits left to collect.
Overextended entitlement programs and debts to foreign countries are becoming impossible to honor.
Unfunded entitlements are calculated at $53 trillion, or $175,000 per person. America has to mend its spendthrift ways, the documentary says, or face an economic disaster of epic proportions.
The documentary follows former U.S. Comptroller General David Walker as he crisscrosses the country explaining America's death-wish fiscal policies to average citizens. "We've become a culture that wants it all now, but doesn't want to pay for it." So we borrow $3 billion a day from other countries, chiefly China, to keep up the world's highest standard of living, based on conspicuous consumption.
The United States has mortgaged its future to foreigners with promises to its own people it can't possibly keep. China, with $1.3 trillion in U.S. paper, could decide its strategic interest is no longer compatible with America's — and quit as America's banker.
How do we get Americans to save more? Overspending still dominates the lives of U.S. citizens. The Chinese save 35 percent of what they earn; Americans save less than 1 percent, the lowest of any developed country.
Singapore, Chile and Australia, for example, have mandatory savings — outside of government control. "IOUSA" says there should be stronger incentives to save, because without savings America has no future.
Americans are now shocked to see their 401(k) retirement savings accounts losing their allure, as many employers say they no longer can afford matching funds. The government, for its part, is taking in more than it can pay out.
Isn't that how Ponzi schemes work?
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mardi 13 janvier 2009
MONDE-HAITI: NOUVELLES VOIES ENERGETIQUES
Monde-Haiti : Nouvelles voies énergétiques
lundi 12 janvier 2009
Par Marc Archer [1]
Soumis à AlterPresse le 11 janvier 2009
« La planète est désormais un tout petit « village ». Et ce qui se produit dans d’autres pays nous concerne forcément. »
E. Wiesel, Prix Nobel de la paix
Cet article devait voir le jour sous le titre « Déséquilibres énergétiques ». Conçu durant le mois d’octobre, et devant être publié durant le mois de novembre, le hasard a voulu qu’il ne le fût pas. Certains événements qui ont eu lieu après avoir écrit l’article, m’ont donc poussé à changer d’orientation, non pas dans les idées de base, mais plutôt dans l’habillement. Cela a motivé la fusion de deux articles et leur parution sous un nouveau titre qui se veut plus parlant, plus intéressant, plus complet. Après un silence de plusieurs mois et des événements aussi importants, dans le monde et en Haïti, je ne pouvais laisser passer l’heure des bilans, au début d’une nouvelle année sans offrir mon point de vue sur la situation énergétique haïtienne ou sans analyser certaines des options ou des voies énergétiques qui se trouvent à la portée de la société haïtienne pour faciliter son transit vers le développement économique.
Il est clair que nous avançons vers une nouvelle étape au niveau mondial et cela concerne tous les pays. L’enracinement de certains conflits, identitaires, idéologiques, économiques, religieux, le banditisme international (voir ce qui se passe avec la piraterie par exemple), les problèmes de mauvaise gouvernance (énergétique ou économique), les problèmes environnementaux (nationaux, transfrontaliers, globaux), nécessitent d’un changement profond, dans les idées, dans les mentalités, dans les actions, afin de leur trouver une solution définitive.
La fragilité économique historique que le monde est en train de vivre, la vulnérabilité environnementale de notre Planète provoquée par une typologie agressive d’activités anthropiques, l’imprévisibilité des risques (risques politiques, conflits sociaux, violences terroristes, conflits identitaires latents ou déclarés donnant naissance parfois à un fondamentalisme aveugle, nationalismes exacerbés, banditisme international, narcotrafic) associés à l’univers sociopolitique, peuvent être considérés comme les grands signes parlants de l’existence de phénomènes perturbateurs violents au sein de la société mondiale. Les inégalités sociales, les relations asymétriques entre les différents pays, l’accès inégal aux ressources économiques, la disponibilité restreinte de ressources naturelles, l’impossibilité pour les moins riches d’accéder et de maîtriser les technologies nouvelles, sont les causes fondamentales de ces phénomènes perturbateurs. Les déséquilibres créés, véritables structures de propagation de ces perturbations, sont de plus en plus graves aussi bien au niveau environnemental qu’au niveau social et les réactions bien qu’apparemment sous contrôle sont en train de miner le futur collectif.
La société mondiale aura à souffrir différentes mutations pour passer de cet état d’équilibre (stable ou apparent) dans lequel nous avons vécu jusqu’à présent, à un nouvel état d’équilibre (à rechercher). Des décisions sont à prendre, des actions sont à entreprendre afin de trouver solution aux différents problèmes ci-devant mentionnés. L’Europe et les Etats-Unis ont déjà marqué le pas. La nouvelle équipe qui aura à diriger la nation américaine, durant les quatre prochaines années (ou peut-être 8), aura à contribuer, obligatoirement, à rechercher une « nouvelle orbite stable » pour la société mondiale. Parmi les différentes mutations prévues, pour passer à occuper une « nouvelle orbite stable », les mutations liées au secteur de l’énergie devront jouer un rôle capital.
Grâce à l’énergie, l’humanité a vécu les plus beaux moments de son histoire, tant et si bien que nous avons tous cru à « l’énergie indéfiniment », à de l’énergie bon marché, toujours disponible, omniprésente, manipulable à besoin. Cela a servi à créer un modèle de société « énergivore », prédatrice, autodestructrice. Nous commençons, fort heureusement, à nous en rendre compte et nous comprenons maintenant (mieux vaut tard que jamais) que les coûts associés à l’impact environnemental causé par l’utilisation de l’énergie, n’étant pas comptabilisés dans les différentes interventions économiques (aucun processus d’internalisation des coûts environnementaux n’étant réalisé), les bénéfices obtenus ne sont pas aussi importants qu’on voudrait le croire. Le Réchauffement de la Planète semble vouloir favoriser de nouvelles voies et inciter à adopter de nouvelles valeurs citoyennes, dans la gestion de l’énergie, puisqu’on commence effectivement à se rendre compte que « La planète est désormais un tout petit « village ». Et ce qui se produit dans d’autres pays nous concerne forcément ». De nouvelles préoccupations semblent apparaître, de nouvelles valeurs semblent vouloir émerger, autour de certains concepts tels que :
Eco Solidarité
Économies d’énergie
Sécurité dans les Approvisionnements
Consommation Responsable
Environnement Propre
Diversification du Bouquet Énergétique
Optimisation des Réseaux de Transport
Minimisation des Besoins de Déplacement
Accès démocratique à l’Énergie
Les premiers « forgeurs d’opinion » et « preneurs de décision », en ce sens, sont l’Union Européenne et les États-Unis d’Amérique. Parlons d’abord de l’Europe, de l’Union Européenne. Le Club des 27 s’est mis d’accord, le mois de décembre dernier, sur le « Paquet Climat/Energie » qui devra leur obliger d’atteindre « l’Objectif Triple Vingt pour 2020 », le fameux « Objectif 3 x 20 » qui ne prétend nullement être un jeu de mots :
Réduire de 20% les émissions de Gaz à effet de serre, par rapport à leur niveau de 1990.
Porter la contribution des énergies renouvelables à 20% de la consommation énergétique globale.
Réaliser 20% d’économie d’énergie.
De leur côté, les Etats-Unis jouent aussi leur partition. Le nouveau gouvernement commence à présenter les bases d’une nouvelle vision de l’énergie, en faisant des Etats-Unis le « Leader de la lutte contre le Changement Climatique » (« Make the U.S. a Leader on Climate Change »). Le Plan Énergétique du Président Obama est basé sur certains points qui semblent montrer les différents axes d’intervention :
Démarrage d’un plan économique pour réduire de 80 % les émissions de gaz à effet de serre, d’ici à 2050 ;
150 milliards de dollars sur 10 ans pour développer les énergies renouvelables (estimation de 5 millions d’emplois créés) ;
10 % de l’électricité générée par les énergies renouvelables d’ici à 2012, 25 % pour 2025 ;
Développement de la source d’énergie la moins chère, la plus propre et la plus rapide : Promotion de l’efficacité énergétique.
Développer et déployer la technologie du “charbon propre” ;
Promouvoir la production “responsable” de pétrole et de gaz naturel.
Souhait d’un million de voitures hybrides sur les routes américaines d’ici à 2015
Crédit d’impôt de 7.000 $ pour l’achat d’un de ces véhicules.
D’après mon point de vue, il manquerait ici une Politique du Transport et de la Mobilité Durable adaptée aux Etats-Unis tendant à minimiser les besoins de déplacements et à optimiser les déplacements en voiture puisque les déplacements sont inévitables dans un pays dans lequel on tend à occuper tout l’espace offert.
Un troisième groupe de décideurs, formant le contrepoids, serait constitué, d’un côté, du Brésil en tant que défenseur à outrance d’une certaine « Voie Verte » basée sur l’exploitation des biocarburants et, de l’autre côté, par le groupe des pays émergents, véritables « bouffeurs d’énergie » et utilisateurs de technologies de production beaucoup plus polluantes. Un quatrième pôle qui représenterait plutôt un « centre de préoccupations énergétiques », est constitué par les pays à structure énergétique fortement déséquilibrée.
Nous pouvons citer Haïti comme l’un des exemples les plus intéressants. Si la situation est grave, à travers le monde, au niveau d’Haïti, elle peut être considérée extrême, bien que notre facilité à « minimiser les risques » (Epi, … Epi Anyen !), nous empêche de voir le danger qui nous plane dessus. Fragilité (sociale) et vulnérabilité (multidimensionnelle) sont deux concepts qui décrivent la situation de notre pays. Les événements qui se sont produits en Haïti cette année 2008 (annus horribilis pour le pays), illustrent ce point de vue. Ils nous montrent aussi, si nous savons lire les événements, comment gérer les différents déséquilibres existant dans notre pays et comment contrôler les mécanismes perturbateurs, si nous voulons, non pas simplement « traverser la durée » comme dirait Emile Olivier, mais plutôt vivre, de façon plénière, notre vie de peuple.
Ce déséquilibre profond qui caractérise notre société et qui entrave notre développement, se manifeste à trois niveaux (niveau social, niveau environnemental, niveau économique), avec un fort effet de réalimentation entre les trois niveaux . Ce qui traduit le mieux cette situation est donc le « Déséquilibre Énergétique » d’Haïti dont les éléments caractéristiques sont :
Faible existence de ressources énergétiques naturelles.
Faible disponibilité économique pour l’obtention de ressources énergétiques traditionnelles.
Faibles capacités d’exploitation des ressources renouvelables identifiées.
Faible disponibilité technologique.
Absence de volonté d’adaptation aux changements technologiques
Besoins thermiques satisfaits de façon inefficiente et à un coût élevé.
Insouciance environnementale (caractérisée par une consommation énergétique basée sur l’exploitation des ressources locales exerçant une pression « Insoutenable » sur l’environnement physique et mettant même en jeu la permanence des structures du pays).
Absence de contrôle sur la maîtrise de la consommation (prolifération de la production autonome d’énergie et mauvaise gestion du transport routier).
Accès très limité à l’électricité,
Fortes limitations aux possibilités de déplacements (Transport et Mobilité)
Coûts de conservation d’aliments extrêmement élevés.
Cela a pour conséquences directes :
Une insatisfaction notable des besoins énergétiques de base de l’Haïtien.
Une couverture énergétique qui se fait au détriment de l’environnement, à un coût environnemental qui provoque la dégradation poussée de l’environnement physique du pays.
Une perte de compétitivité économique de plus en plus grave du pays à cause du « coût énergétique » élevé de production de Biens et de Services.
La pauvreté généralisée du pays (économique, environnementale).
Dans une société moderne, toute transformation sociale se base sur l’accès aux services énergétiques qui sont les vrais porteurs de changement. Il est donc impossible de penser à établir des structures de changement en Haïti, sans un accès global aux services énergétiques car, les carences énergétiques créent dans la société haïtienne, de profonds déséquilibres qui facilitent la dégradation de l’environnement (physique et social) et réduisent énormément la capacité de sustentation du territoire haïtien. Lutter contre ces déséquilibres est donc un devoir, nécessaire et urgent. Il faudra réaliser de nouveaux Choix, Politiques, Technologiques, Économiques, Psychologiques, afin de permettre de modifier la situation antérieurement décrite et atteindre des objectifs correcteurs performants. Un grand effort pédagogique est à faire par les différents acteurs pour informer la société sur les enjeux réels de la situation technologique du pays, et promouvoir l’adaptation à une mentalité technologique facilitatrice de changement, apte à admettre l’incorporation de nouveaux codes de fonctionnement.
Ce n’est peut-être qu’ainsi que les relations entre l’État el les différents acteurs civils pourront tendre vers l’équilibre. Ce ne serait que le premier geste à réaliser dans cette nouvelle démarche de réduction des déséquilibres. Quant au financement, les moyens existent (bien que 2,2 milliards de dollars pour le Budget National ne permettent pas de faire de grands gestes). Il nous faudra peut-être apprendre à négocier, entre nous d’abord et ensuite avec les « financeurs de rêves et d’échecs ».
Et, si Einstein disait que « nous aurons le destin que nous aurons mérité », je préfère croire que nous aurons le destin que nous aurons choisi car, choisir est encore possible. Dans l’espoir de pouvoir voir la concrétisation de ce choix durant cette nouvelle année qui s’annonce, je profite de cet article pour souhaiter au pays mes meilleurs « Souhaits Énergétiques » afin que Haïti trouve la « Bonne Voie Énergétique » qui sûrement conduira vers la réussite économique et sociale ainsi que mes vœux de « prospérité collective », de « confiance généralisée », de « croissance partagée ».
Bonne Année 2009 à tous.
Barcelone, Janvier 2009
[1] Physicien Industriel
iphcaten@yahoo.es
lundi 12 janvier 2009
Par Marc Archer [1]
Soumis à AlterPresse le 11 janvier 2009
« La planète est désormais un tout petit « village ». Et ce qui se produit dans d’autres pays nous concerne forcément. »
E. Wiesel, Prix Nobel de la paix
Cet article devait voir le jour sous le titre « Déséquilibres énergétiques ». Conçu durant le mois d’octobre, et devant être publié durant le mois de novembre, le hasard a voulu qu’il ne le fût pas. Certains événements qui ont eu lieu après avoir écrit l’article, m’ont donc poussé à changer d’orientation, non pas dans les idées de base, mais plutôt dans l’habillement. Cela a motivé la fusion de deux articles et leur parution sous un nouveau titre qui se veut plus parlant, plus intéressant, plus complet. Après un silence de plusieurs mois et des événements aussi importants, dans le monde et en Haïti, je ne pouvais laisser passer l’heure des bilans, au début d’une nouvelle année sans offrir mon point de vue sur la situation énergétique haïtienne ou sans analyser certaines des options ou des voies énergétiques qui se trouvent à la portée de la société haïtienne pour faciliter son transit vers le développement économique.
Il est clair que nous avançons vers une nouvelle étape au niveau mondial et cela concerne tous les pays. L’enracinement de certains conflits, identitaires, idéologiques, économiques, religieux, le banditisme international (voir ce qui se passe avec la piraterie par exemple), les problèmes de mauvaise gouvernance (énergétique ou économique), les problèmes environnementaux (nationaux, transfrontaliers, globaux), nécessitent d’un changement profond, dans les idées, dans les mentalités, dans les actions, afin de leur trouver une solution définitive.
La fragilité économique historique que le monde est en train de vivre, la vulnérabilité environnementale de notre Planète provoquée par une typologie agressive d’activités anthropiques, l’imprévisibilité des risques (risques politiques, conflits sociaux, violences terroristes, conflits identitaires latents ou déclarés donnant naissance parfois à un fondamentalisme aveugle, nationalismes exacerbés, banditisme international, narcotrafic) associés à l’univers sociopolitique, peuvent être considérés comme les grands signes parlants de l’existence de phénomènes perturbateurs violents au sein de la société mondiale. Les inégalités sociales, les relations asymétriques entre les différents pays, l’accès inégal aux ressources économiques, la disponibilité restreinte de ressources naturelles, l’impossibilité pour les moins riches d’accéder et de maîtriser les technologies nouvelles, sont les causes fondamentales de ces phénomènes perturbateurs. Les déséquilibres créés, véritables structures de propagation de ces perturbations, sont de plus en plus graves aussi bien au niveau environnemental qu’au niveau social et les réactions bien qu’apparemment sous contrôle sont en train de miner le futur collectif.
La société mondiale aura à souffrir différentes mutations pour passer de cet état d’équilibre (stable ou apparent) dans lequel nous avons vécu jusqu’à présent, à un nouvel état d’équilibre (à rechercher). Des décisions sont à prendre, des actions sont à entreprendre afin de trouver solution aux différents problèmes ci-devant mentionnés. L’Europe et les Etats-Unis ont déjà marqué le pas. La nouvelle équipe qui aura à diriger la nation américaine, durant les quatre prochaines années (ou peut-être 8), aura à contribuer, obligatoirement, à rechercher une « nouvelle orbite stable » pour la société mondiale. Parmi les différentes mutations prévues, pour passer à occuper une « nouvelle orbite stable », les mutations liées au secteur de l’énergie devront jouer un rôle capital.
Grâce à l’énergie, l’humanité a vécu les plus beaux moments de son histoire, tant et si bien que nous avons tous cru à « l’énergie indéfiniment », à de l’énergie bon marché, toujours disponible, omniprésente, manipulable à besoin. Cela a servi à créer un modèle de société « énergivore », prédatrice, autodestructrice. Nous commençons, fort heureusement, à nous en rendre compte et nous comprenons maintenant (mieux vaut tard que jamais) que les coûts associés à l’impact environnemental causé par l’utilisation de l’énergie, n’étant pas comptabilisés dans les différentes interventions économiques (aucun processus d’internalisation des coûts environnementaux n’étant réalisé), les bénéfices obtenus ne sont pas aussi importants qu’on voudrait le croire. Le Réchauffement de la Planète semble vouloir favoriser de nouvelles voies et inciter à adopter de nouvelles valeurs citoyennes, dans la gestion de l’énergie, puisqu’on commence effectivement à se rendre compte que « La planète est désormais un tout petit « village ». Et ce qui se produit dans d’autres pays nous concerne forcément ». De nouvelles préoccupations semblent apparaître, de nouvelles valeurs semblent vouloir émerger, autour de certains concepts tels que :
Eco Solidarité
Économies d’énergie
Sécurité dans les Approvisionnements
Consommation Responsable
Environnement Propre
Diversification du Bouquet Énergétique
Optimisation des Réseaux de Transport
Minimisation des Besoins de Déplacement
Accès démocratique à l’Énergie
Les premiers « forgeurs d’opinion » et « preneurs de décision », en ce sens, sont l’Union Européenne et les États-Unis d’Amérique. Parlons d’abord de l’Europe, de l’Union Européenne. Le Club des 27 s’est mis d’accord, le mois de décembre dernier, sur le « Paquet Climat/Energie » qui devra leur obliger d’atteindre « l’Objectif Triple Vingt pour 2020 », le fameux « Objectif 3 x 20 » qui ne prétend nullement être un jeu de mots :
Réduire de 20% les émissions de Gaz à effet de serre, par rapport à leur niveau de 1990.
Porter la contribution des énergies renouvelables à 20% de la consommation énergétique globale.
Réaliser 20% d’économie d’énergie.
De leur côté, les Etats-Unis jouent aussi leur partition. Le nouveau gouvernement commence à présenter les bases d’une nouvelle vision de l’énergie, en faisant des Etats-Unis le « Leader de la lutte contre le Changement Climatique » (« Make the U.S. a Leader on Climate Change »). Le Plan Énergétique du Président Obama est basé sur certains points qui semblent montrer les différents axes d’intervention :
Démarrage d’un plan économique pour réduire de 80 % les émissions de gaz à effet de serre, d’ici à 2050 ;
150 milliards de dollars sur 10 ans pour développer les énergies renouvelables (estimation de 5 millions d’emplois créés) ;
10 % de l’électricité générée par les énergies renouvelables d’ici à 2012, 25 % pour 2025 ;
Développement de la source d’énergie la moins chère, la plus propre et la plus rapide : Promotion de l’efficacité énergétique.
Développer et déployer la technologie du “charbon propre” ;
Promouvoir la production “responsable” de pétrole et de gaz naturel.
Souhait d’un million de voitures hybrides sur les routes américaines d’ici à 2015
Crédit d’impôt de 7.000 $ pour l’achat d’un de ces véhicules.
D’après mon point de vue, il manquerait ici une Politique du Transport et de la Mobilité Durable adaptée aux Etats-Unis tendant à minimiser les besoins de déplacements et à optimiser les déplacements en voiture puisque les déplacements sont inévitables dans un pays dans lequel on tend à occuper tout l’espace offert.
Un troisième groupe de décideurs, formant le contrepoids, serait constitué, d’un côté, du Brésil en tant que défenseur à outrance d’une certaine « Voie Verte » basée sur l’exploitation des biocarburants et, de l’autre côté, par le groupe des pays émergents, véritables « bouffeurs d’énergie » et utilisateurs de technologies de production beaucoup plus polluantes. Un quatrième pôle qui représenterait plutôt un « centre de préoccupations énergétiques », est constitué par les pays à structure énergétique fortement déséquilibrée.
Nous pouvons citer Haïti comme l’un des exemples les plus intéressants. Si la situation est grave, à travers le monde, au niveau d’Haïti, elle peut être considérée extrême, bien que notre facilité à « minimiser les risques » (Epi, … Epi Anyen !), nous empêche de voir le danger qui nous plane dessus. Fragilité (sociale) et vulnérabilité (multidimensionnelle) sont deux concepts qui décrivent la situation de notre pays. Les événements qui se sont produits en Haïti cette année 2008 (annus horribilis pour le pays), illustrent ce point de vue. Ils nous montrent aussi, si nous savons lire les événements, comment gérer les différents déséquilibres existant dans notre pays et comment contrôler les mécanismes perturbateurs, si nous voulons, non pas simplement « traverser la durée » comme dirait Emile Olivier, mais plutôt vivre, de façon plénière, notre vie de peuple.
Ce déséquilibre profond qui caractérise notre société et qui entrave notre développement, se manifeste à trois niveaux (niveau social, niveau environnemental, niveau économique), avec un fort effet de réalimentation entre les trois niveaux . Ce qui traduit le mieux cette situation est donc le « Déséquilibre Énergétique » d’Haïti dont les éléments caractéristiques sont :
Faible existence de ressources énergétiques naturelles.
Faible disponibilité économique pour l’obtention de ressources énergétiques traditionnelles.
Faibles capacités d’exploitation des ressources renouvelables identifiées.
Faible disponibilité technologique.
Absence de volonté d’adaptation aux changements technologiques
Besoins thermiques satisfaits de façon inefficiente et à un coût élevé.
Insouciance environnementale (caractérisée par une consommation énergétique basée sur l’exploitation des ressources locales exerçant une pression « Insoutenable » sur l’environnement physique et mettant même en jeu la permanence des structures du pays).
Absence de contrôle sur la maîtrise de la consommation (prolifération de la production autonome d’énergie et mauvaise gestion du transport routier).
Accès très limité à l’électricité,
Fortes limitations aux possibilités de déplacements (Transport et Mobilité)
Coûts de conservation d’aliments extrêmement élevés.
Cela a pour conséquences directes :
Une insatisfaction notable des besoins énergétiques de base de l’Haïtien.
Une couverture énergétique qui se fait au détriment de l’environnement, à un coût environnemental qui provoque la dégradation poussée de l’environnement physique du pays.
Une perte de compétitivité économique de plus en plus grave du pays à cause du « coût énergétique » élevé de production de Biens et de Services.
La pauvreté généralisée du pays (économique, environnementale).
Dans une société moderne, toute transformation sociale se base sur l’accès aux services énergétiques qui sont les vrais porteurs de changement. Il est donc impossible de penser à établir des structures de changement en Haïti, sans un accès global aux services énergétiques car, les carences énergétiques créent dans la société haïtienne, de profonds déséquilibres qui facilitent la dégradation de l’environnement (physique et social) et réduisent énormément la capacité de sustentation du territoire haïtien. Lutter contre ces déséquilibres est donc un devoir, nécessaire et urgent. Il faudra réaliser de nouveaux Choix, Politiques, Technologiques, Économiques, Psychologiques, afin de permettre de modifier la situation antérieurement décrite et atteindre des objectifs correcteurs performants. Un grand effort pédagogique est à faire par les différents acteurs pour informer la société sur les enjeux réels de la situation technologique du pays, et promouvoir l’adaptation à une mentalité technologique facilitatrice de changement, apte à admettre l’incorporation de nouveaux codes de fonctionnement.
Ce n’est peut-être qu’ainsi que les relations entre l’État el les différents acteurs civils pourront tendre vers l’équilibre. Ce ne serait que le premier geste à réaliser dans cette nouvelle démarche de réduction des déséquilibres. Quant au financement, les moyens existent (bien que 2,2 milliards de dollars pour le Budget National ne permettent pas de faire de grands gestes). Il nous faudra peut-être apprendre à négocier, entre nous d’abord et ensuite avec les « financeurs de rêves et d’échecs ».
Et, si Einstein disait que « nous aurons le destin que nous aurons mérité », je préfère croire que nous aurons le destin que nous aurons choisi car, choisir est encore possible. Dans l’espoir de pouvoir voir la concrétisation de ce choix durant cette nouvelle année qui s’annonce, je profite de cet article pour souhaiter au pays mes meilleurs « Souhaits Énergétiques » afin que Haïti trouve la « Bonne Voie Énergétique » qui sûrement conduira vers la réussite économique et sociale ainsi que mes vœux de « prospérité collective », de « confiance généralisée », de « croissance partagée ».
Bonne Année 2009 à tous.
Barcelone, Janvier 2009
[1] Physicien Industriel
iphcaten@yahoo.es
vendredi 9 janvier 2009
LES HAITIENS SERONT PLUS DE 16 MILLIONS EN 2050
Les Haïtiens seront plus de 16 millions en 2050
La population haïtienne passera à quelques 16 millions 149 mille à l'horizon de 2050, selon les projections de l'Institut haïtien de statistique et d'informatique (Ihsi), présentées ce 16 décembre 2008 devant la presse, dont l'agence en ligne AlterPresse.
Cette population est estimée aujourd'hui à 9,8 millions habitants. Les pauvres, qui en représentent plus de la moitié, sont au nombre de 5,4 millions, selon le statisticien-démographe Jacques Hendry Rousseau.
« Estimation et projections de la population totale, urbaine, rurale et économiquement active », est le titre de cette présentation de l'Ihsi qui prévoit pour Haïti une population de plus de 16 millions d'habitants en 2050, dont 8,023,000 hommes et 8,126,000 femmes.
Ces projections, qui fournissent des informations sur la répartition de la population haïtienne, sont indispensables au processus de la planification du développement économique et social du pays, précise le ministre de l'Economie et des Finances, Daniel Dorsainvil.
« Avec ces statistiques, nous pouvons mieux planifier l'avenir et prévoir la taille de la population haïtienne en 2050 (...) Nous pouvons également nous faire une idée, de façon plus objective, des défis auxquels nous aurons à faire face : les écoles, les centres de santé à construire, les emplois à créer », affirme Dorsainvil.
Le gouvernement va se servir de ces projections pour « améliorer sa compréhension des dynamiques de croissance et prédire des changements qui sont suffisamment précis pour supporter de bonnes prises de décision », informe le ministre des finances
L'exercice de projections de la population haïtienne sur 2050 a été réalisé avec le soutien du Centre latino-américain de démographie (Celade)/Commission économique pour l'Amérique latine (Cepal) aux fins d'actualiser les perspectives démographiques du pays, explique Evens Joseph, directeur de l'IHSI
Cet exercice a permis notamment à l'Ihsi de projeter les quotients de mortalité par sexe et âge, les taux de fécondité par âge de la mère et un seuil de population migratoire par sexe et âge.
En attendant, le prochain recensement de population aura lieu en 2013. Le ministre Dorsainvil a déjà renouvelé l'engagement de l'Etat à faciliter la réalisation de ce recensement.
Jusqu'en 2050, la croissance de la population haïtienne sera assurée à un rythme annuel moyen, inférieur à celui observé au cours des 50 dernières années, précise le directeur de l'Ihsi.
A cet horizon, ajoute-t-il, plus de deux tiers de cette population vivraient en zones urbaines contre moins de la moitié actuellement. La différence d'effectifs entre les femmes et les hommes se maintiendra à 100 mille âmes, malgré un écart d'espérance de vie en augmentation
« Les projections, qui nous sont présentées, viennent combler des besoins urgents en information, elles permettent dès à présent de prévoir l'avenir avec plus de réalisme, de pertinence, et d'envisager des actions efficaces devant mettre en harmonie la distribution géographique de la population avec celle des infrastructures, notamment sociales et économiques », déclare, pour sa part, Francesco Gosetti di Sturmeck, chef de la délégation de l'Union européenne en Haïti.
Avec ces projections, Gosetti estime que les autorités haïtiennes auront également la possibilité d'orienter les processus de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.
De 500 mille en 1804 à l'occasion de la l'Indépendance nationale, la population haïtienne - qui était de 3,221 millions en 1950, 9,293 millions en 2005 - passera à 11 millions en 2015.
Le pourcentage de la population urbaine est passé de 25% à 40% de 1982 à 2003.
Dans l'intervalle, la taille des villes a plus que doublé. Port-au-Prince absorbe plus d'un tiers, soit39%, de la population totale du pays, constate Francesco Gosetti.
La présentation de nouvelles données statistiques, sur l'évolution de la population, a été accueillie avec satisfaction par Joël Boutroue, coordinateur humanitaire et représentant du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en Haïti.
Le fonctionnaire onusien parle d'un lien étroit entre ces données et le Document de stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté (DSNCRP) et rassure que ces statistiques seront utilisées dans le cadre de suivi et de la mise en oeuvre du plan-cadre des Nations Unies pour l'aide au développement pour la période 2009/2011.
Le problème d'Haïti, selon Joël Boutroue, ne réside pas dans sa densité de population ou son éventuelle explosion démographique.
« L'aspect population et ressources disponibles est aussi un élément extrêmement important qu'il faut garder à l'esprit. Cela dit, la population haïtienne n'est pas fractionnée par rapport à son territoire : en témoigne le taux relativement modéré de la densité de population particulièrement en région rurale », avance-t-il.
« Il n'y a pas en fait d'explosion démographique » en Haïti, caractérisée par une transition démographique avec une forte structure de population très jeune et « un taux de fécondité et de croissance démographique en baisse constante et régulière », soutient le coordinateur humanitaire du PNUD.
Boutroue exhorte les autorités haïtiennes à se servir des jeunes, à l'instar des pays asiatiques, pour dynamiser le marché du travail et soutenir une croissance économique forte dans le pays caribéen.
Ces projections de population seront, entre autres, utilisées par les officiels du gouvernement, les planificateurs publics et privés, les analystes de marchés pour atteindre des objectifs en termes de détermination des allocations de fonds au niveau national et régional, de la planification administrative, de la préparation des études descriptives et analytiques, de la fixation des dénominateurs utilisés lors du calcul de certains taux ainsi que du développement des indicateurs de marché, considère le directeur de l'IHSI.
La population haïtienne passera à quelques 16 millions 149 mille à l'horizon de 2050, selon les projections de l'Institut haïtien de statistique et d'informatique (Ihsi), présentées ce 16 décembre 2008 devant la presse, dont l'agence en ligne AlterPresse.
Cette population est estimée aujourd'hui à 9,8 millions habitants. Les pauvres, qui en représentent plus de la moitié, sont au nombre de 5,4 millions, selon le statisticien-démographe Jacques Hendry Rousseau.
« Estimation et projections de la population totale, urbaine, rurale et économiquement active », est le titre de cette présentation de l'Ihsi qui prévoit pour Haïti une population de plus de 16 millions d'habitants en 2050, dont 8,023,000 hommes et 8,126,000 femmes.
Ces projections, qui fournissent des informations sur la répartition de la population haïtienne, sont indispensables au processus de la planification du développement économique et social du pays, précise le ministre de l'Economie et des Finances, Daniel Dorsainvil.
« Avec ces statistiques, nous pouvons mieux planifier l'avenir et prévoir la taille de la population haïtienne en 2050 (...) Nous pouvons également nous faire une idée, de façon plus objective, des défis auxquels nous aurons à faire face : les écoles, les centres de santé à construire, les emplois à créer », affirme Dorsainvil.
Le gouvernement va se servir de ces projections pour « améliorer sa compréhension des dynamiques de croissance et prédire des changements qui sont suffisamment précis pour supporter de bonnes prises de décision », informe le ministre des finances
L'exercice de projections de la population haïtienne sur 2050 a été réalisé avec le soutien du Centre latino-américain de démographie (Celade)/Commission économique pour l'Amérique latine (Cepal) aux fins d'actualiser les perspectives démographiques du pays, explique Evens Joseph, directeur de l'IHSI
Cet exercice a permis notamment à l'Ihsi de projeter les quotients de mortalité par sexe et âge, les taux de fécondité par âge de la mère et un seuil de population migratoire par sexe et âge.
En attendant, le prochain recensement de population aura lieu en 2013. Le ministre Dorsainvil a déjà renouvelé l'engagement de l'Etat à faciliter la réalisation de ce recensement.
Jusqu'en 2050, la croissance de la population haïtienne sera assurée à un rythme annuel moyen, inférieur à celui observé au cours des 50 dernières années, précise le directeur de l'Ihsi.
A cet horizon, ajoute-t-il, plus de deux tiers de cette population vivraient en zones urbaines contre moins de la moitié actuellement. La différence d'effectifs entre les femmes et les hommes se maintiendra à 100 mille âmes, malgré un écart d'espérance de vie en augmentation
« Les projections, qui nous sont présentées, viennent combler des besoins urgents en information, elles permettent dès à présent de prévoir l'avenir avec plus de réalisme, de pertinence, et d'envisager des actions efficaces devant mettre en harmonie la distribution géographique de la population avec celle des infrastructures, notamment sociales et économiques », déclare, pour sa part, Francesco Gosetti di Sturmeck, chef de la délégation de l'Union européenne en Haïti.
Avec ces projections, Gosetti estime que les autorités haïtiennes auront également la possibilité d'orienter les processus de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.
De 500 mille en 1804 à l'occasion de la l'Indépendance nationale, la population haïtienne - qui était de 3,221 millions en 1950, 9,293 millions en 2005 - passera à 11 millions en 2015.
Le pourcentage de la population urbaine est passé de 25% à 40% de 1982 à 2003.
Dans l'intervalle, la taille des villes a plus que doublé. Port-au-Prince absorbe plus d'un tiers, soit39%, de la population totale du pays, constate Francesco Gosetti.
La présentation de nouvelles données statistiques, sur l'évolution de la population, a été accueillie avec satisfaction par Joël Boutroue, coordinateur humanitaire et représentant du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en Haïti.
Le fonctionnaire onusien parle d'un lien étroit entre ces données et le Document de stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté (DSNCRP) et rassure que ces statistiques seront utilisées dans le cadre de suivi et de la mise en oeuvre du plan-cadre des Nations Unies pour l'aide au développement pour la période 2009/2011.
Le problème d'Haïti, selon Joël Boutroue, ne réside pas dans sa densité de population ou son éventuelle explosion démographique.
« L'aspect population et ressources disponibles est aussi un élément extrêmement important qu'il faut garder à l'esprit. Cela dit, la population haïtienne n'est pas fractionnée par rapport à son territoire : en témoigne le taux relativement modéré de la densité de population particulièrement en région rurale », avance-t-il.
« Il n'y a pas en fait d'explosion démographique » en Haïti, caractérisée par une transition démographique avec une forte structure de population très jeune et « un taux de fécondité et de croissance démographique en baisse constante et régulière », soutient le coordinateur humanitaire du PNUD.
Boutroue exhorte les autorités haïtiennes à se servir des jeunes, à l'instar des pays asiatiques, pour dynamiser le marché du travail et soutenir une croissance économique forte dans le pays caribéen.
Ces projections de population seront, entre autres, utilisées par les officiels du gouvernement, les planificateurs publics et privés, les analystes de marchés pour atteindre des objectifs en termes de détermination des allocations de fonds au niveau national et régional, de la planification administrative, de la préparation des études descriptives et analytiques, de la fixation des dénominateurs utilisés lors du calcul de certains taux ainsi que du développement des indicateurs de marché, considère le directeur de l'IHSI.
lundi 5 janvier 2009
A PROPOS DES DETTES DE L'INDEPENDANCE PAR LA FRANCE
(Extrait du "Le Nouvelliste"
Société
5 Janvier 2009
A propos des dettes de l'Indépendance par la France
Dr. Yves Gérard SAINT-CYR
O ! Haïti, pauvre pays
Depuis de nombreuses années revient à l'esprit de beaucoup d'haïtiens, la restitution des dettes de l'Indépendance par lesquelles de très fortes sommes d'argent ont été versées à la France, afin de faire reconnaître ce pays à l'échelle internationale.
Cette obligation, en effet, a été très mal fondée et accuse, sans nul doute, un abus flagrant exercé par un grand pays sur un petit non avancé. Cet état de fait explique très clairement l'intrusion d'un pays colonisateur avortant dans le temps des hommes cupides et assassins, qui s'arrogeaient à l'époque le droit de réduire en esclavage de paisibles noirs d'Afrique, pour les vendre aux enchères, suivant la terrible loi de la traite.
Non seulement ces damnés français nous ont conduit dans l'esclavage pendant plus de quatre siècles, avec tout le cortège d'atrocités subies telles que : le supplice du collier, le fouet, le tatouage, la marque de fer, le viol, des misères dans l'entrepôt de bateaux, sous un soleil ardent, la faim, la surcharge de travail à longueur de journée et de nuit et j'en passe, mais aussi, l'exigence nous était faite en 1825 de payer cette colossale somme de 90 millions de francs or, comme gage aux nègres marrons au nombre de 600.000 délaissés dans la colonie.
Quelle atrocité, quelle méchanceté faite à ce petit pays, à ces hommes provoquant de grandes séquelles psychologiques, conséquences des conditions infra humaines auxquelles ont été soumises nos ancêtres malheureux.
La France, pays parasitaire a dérobé par ses colons, ces prédateurs, toutes les richesses de l'île d'Haïti, ses tentacules dévastatrices nous ont étranglé jusqu'aux os, empêchant le moindre développement de notre pays. En nous abandonnant à notre sort, non seulement rien ne nous a été attribué à l'époque, mais aussi la France a contribué pour que ce pays insignifiant ne représente rien à l'échelle internationale, en boycottant par ses magouilles politiques tout ce qui pouvait aider Haïti à être prospère. Il fallait que son ancienne colonie paie de son insolence. Cet état de frustration, de méchanceté suite aux horreurs de l'esclavage constituent sans nul doute les causes fondamentales du soulèvement du peuple haïtien vers l'Indépendance. La guerre de l'Indépendance était une nécessité pour la nation haïtienne. Une situation incontournable à laquelle, il fallait que les gens de la colonie réagissent. La restitution, cela suppose pour nous autres haïtiens la récupération normale d'une dette qui nous est due à juste titre et aussi un engagement du peuple français face à son ancienne colonie maltraitée et traumatisée.
Bonaparte, en exécutant un véritable génocide en Haïti, éliminant 300.000 individus d'origine africaine ayant été torturés, violés, noyés, fusillés, roués, crucifiés, égorgés, brûlés, emprisonnés et j'en passe, à cause de la couleur de leur peau, avant de dérober de toutes leurs richesses lors des expéditions de son armée, savait très bien que c'était injuste ce qu'il faisait mais la raison du plus fort est toujours la meilleure. Le progrès de la France et son développement ont sans nul doute un rapport étroit avec la dilapidation des biens, des trésors d'Haïti sur les cadavres des esclaves de la colonie. Quelle banque, quelle société d'assurance française n'a pas eu un peu de sang et des sueurs d'Afrique ou des Antilles sur ses parchemins ?, a dit un auteur.
En 1814, le colonel Malenfant a évoqué lui aussi ces crimes atroces dans son livre sur les colonies et particulièrement celle de Saint-Domingue.
Si l'on reconnaît que l'esclavage, la déportation des noirs par la traite sont des crimes contre l'humanité, force nous est alors donnée de réclamer à la France la restitution de cette dette, qui doit nous être combien utile en ce moment. En guise de préjudices subis par l'esclavage et l'exigence qui nous était faite de payer cette colossale somme en plusieurs tranches estimées à des milliards de dollars américains ou d'euros de nos jours, ce versement doit être considéré comme l' expropriation des biens d'un pays et nous exigeons aujourd'hui : restitution et réparation pour Haïti et son économie, dont le développement parait déjà très hypothéqué.
Le roi Charles X, le 17 Avril 1825 ayant, en effet, reconnu l'Indépendance d'Haïti moyennant le versement de cette somme considérable, a contribué lui aussi à nous causer du tort, en ralentissant énormément notre processus de développement et jusqu'à nos jours nous en payons les conséquences.
On comprend bien que la déforestation d'Haïti a commencé sous Napoléon, car nous devions coûte que coûte trouver de l'argent pour répondre aux exigences des Français, par la coupe exagérée du bois dont la vente était très pratiquée à l'époque. Par un autre accord, lit-on, la République d'Haïti devait verser pendant 30 ans la somme de 60 millions de Francs or aux colons français en compensation des pertes qu'ils ont subies en Haïti.
La restitution, en fait, d'après certains analystes, devait atteindre au total près de 33 8 milliards de dollars américains .
Le gouvernement haïtien attend avec impatience, la récupération de cette somme indispensable pour son économie déjà dégradée au fil des temps.
Un coup d'oeil rétrospectif nous fait voir l'état lamentable de ce peuple qui patauge jusqu'à présent dans la misère la plus atroce et dont le moindre développement lui est illusoire.
La France, Messieurs les dirigeants français, regardez ce geste combien grandiose du Chef du Gouvernement Italien, en la personne de Monsieur Sylvio Berlusconi, qui a alloué au peuple de la Libye cette importante somme de 5 milliards de dollars en compensation de la colonisation de ce pays par l'Italie pendant 30 ans. Compliments au Chef Berlusconi, qui a non seulement alloué cette somme considérable au peuple libyen, mais lui a aussi présenté des excuses pour toutes les horreurs de la guerre et tous les actes faits à ce pays africain. Honneur et gloire à Monsieur Sylvio Berlusconi, qui a remonté le prestige de l'Italie face aux pays européens et au monde entier. Dieu le lui rendra au centuple. Tout dernièrement, le Canada a fait de même en faveur des Indiens autochtones en leur restituant de l'argent tout en demandant pardon publiquement aux ressortissants des différentes communautés canadiennes.
Je demanderai à la France d'emboîter le pas, aux Italiens et Canadiens en faveur des haïtiens, qui ont connu dans le passé tant de déboires, tant de misères, avec des séquelles aux conséquences non encore évaluées, sous sa gouvernance sous le poids de l'esclavage et de la traite des noirs pendant plus de quatre siècles.
Que représente cette somme 33 8 milliards de dollars évaluée par les experts? Absolument rien. Je présume, à côté des méga sommes que vous, Français, utilisez, que vous manipulez dans votre pays, pour son organisation et pour secourir votre système financier en faillite.
Je pense que l'actuel Président français, Français, Monsieur Nicolas Sarkosy, se penchera sur le cas d'Haïti, combien important pour les Haïtiens. Ce pauvre pays des Caraïbes est le seul à patauger dans la misère la plus atroce. L'aide qu'Haïti reçoit des pays amis est loin d'être suffisante. On a grand besoin de cet argent pour que ce pays redevienne prospère tel qu'il était après le départ des Français en 1804, la perle des Antilles. On a l'impression que même la nature est contre nous, tant on est frappé par les intempéries, les catastrophes naturelles de toutes sortes, nous causant bien des problèmes face à notre situation déjà anémiée et envenimée.
A vous Français, l'avenir de la situation d'Haïti est entre vos mains. La hâche de guerre est déjà enfouie depuis 1804, après le départ de ces colons méchants. Nous comptons sur vous, de la nouvelle génération, de cette nouvelle classe d'hommes pour le plus grand bien des haïtiens, pour la restitution de cette dette de l'Indépendance.
L'architecte de l'Univers vous rendra d'avantage, de l'effort que vous allez faire pour nous restituer cet argent, qui nous sera fort utile pour le développement d'Haïti. En écrivant cet article, cela ne doit pas être une insulte ou une offense au peuple Français, car notre demande est juste et de plus nous ne demandons de la charité à qui que ce soit pour cette dette qui nous revient légalement.
Bien entendu, ce sera l'occasion pour nous haïtiens de prendre conscience de notre situation, de notre avenir de nous refaire une peau en nous constituant en honnêtes citoyens, authentiques aimant notre pays, tout en respectant notre hymne national. Nous avons fait l'histoire, tout en laissant nos empreintes, comme étant le champion de la liberté, du panaméricanisme en aidant d'autres pays. Un retour à la fraternité doit nous est utile, tout en évitant le piège de la corruption pour que la restitution de cette dette, soit utile et profitable à Haïti, et ne tombe pas dans le gaspillage et la débauche.
Vive Haïti
En mémoire de l'Empereur Jn Jacques Dessalines lâchement assassiné le 17 octobre 1806.
Dr. Yves-Gérard SAINT-CYR
Email : saint-cyrger@yahoo.fr
Société
5 Janvier 2009
A propos des dettes de l'Indépendance par la France
Dr. Yves Gérard SAINT-CYR
O ! Haïti, pauvre pays
Depuis de nombreuses années revient à l'esprit de beaucoup d'haïtiens, la restitution des dettes de l'Indépendance par lesquelles de très fortes sommes d'argent ont été versées à la France, afin de faire reconnaître ce pays à l'échelle internationale.
Cette obligation, en effet, a été très mal fondée et accuse, sans nul doute, un abus flagrant exercé par un grand pays sur un petit non avancé. Cet état de fait explique très clairement l'intrusion d'un pays colonisateur avortant dans le temps des hommes cupides et assassins, qui s'arrogeaient à l'époque le droit de réduire en esclavage de paisibles noirs d'Afrique, pour les vendre aux enchères, suivant la terrible loi de la traite.
Non seulement ces damnés français nous ont conduit dans l'esclavage pendant plus de quatre siècles, avec tout le cortège d'atrocités subies telles que : le supplice du collier, le fouet, le tatouage, la marque de fer, le viol, des misères dans l'entrepôt de bateaux, sous un soleil ardent, la faim, la surcharge de travail à longueur de journée et de nuit et j'en passe, mais aussi, l'exigence nous était faite en 1825 de payer cette colossale somme de 90 millions de francs or, comme gage aux nègres marrons au nombre de 600.000 délaissés dans la colonie.
Quelle atrocité, quelle méchanceté faite à ce petit pays, à ces hommes provoquant de grandes séquelles psychologiques, conséquences des conditions infra humaines auxquelles ont été soumises nos ancêtres malheureux.
La France, pays parasitaire a dérobé par ses colons, ces prédateurs, toutes les richesses de l'île d'Haïti, ses tentacules dévastatrices nous ont étranglé jusqu'aux os, empêchant le moindre développement de notre pays. En nous abandonnant à notre sort, non seulement rien ne nous a été attribué à l'époque, mais aussi la France a contribué pour que ce pays insignifiant ne représente rien à l'échelle internationale, en boycottant par ses magouilles politiques tout ce qui pouvait aider Haïti à être prospère. Il fallait que son ancienne colonie paie de son insolence. Cet état de frustration, de méchanceté suite aux horreurs de l'esclavage constituent sans nul doute les causes fondamentales du soulèvement du peuple haïtien vers l'Indépendance. La guerre de l'Indépendance était une nécessité pour la nation haïtienne. Une situation incontournable à laquelle, il fallait que les gens de la colonie réagissent. La restitution, cela suppose pour nous autres haïtiens la récupération normale d'une dette qui nous est due à juste titre et aussi un engagement du peuple français face à son ancienne colonie maltraitée et traumatisée.
Bonaparte, en exécutant un véritable génocide en Haïti, éliminant 300.000 individus d'origine africaine ayant été torturés, violés, noyés, fusillés, roués, crucifiés, égorgés, brûlés, emprisonnés et j'en passe, à cause de la couleur de leur peau, avant de dérober de toutes leurs richesses lors des expéditions de son armée, savait très bien que c'était injuste ce qu'il faisait mais la raison du plus fort est toujours la meilleure. Le progrès de la France et son développement ont sans nul doute un rapport étroit avec la dilapidation des biens, des trésors d'Haïti sur les cadavres des esclaves de la colonie. Quelle banque, quelle société d'assurance française n'a pas eu un peu de sang et des sueurs d'Afrique ou des Antilles sur ses parchemins ?, a dit un auteur.
En 1814, le colonel Malenfant a évoqué lui aussi ces crimes atroces dans son livre sur les colonies et particulièrement celle de Saint-Domingue.
Si l'on reconnaît que l'esclavage, la déportation des noirs par la traite sont des crimes contre l'humanité, force nous est alors donnée de réclamer à la France la restitution de cette dette, qui doit nous être combien utile en ce moment. En guise de préjudices subis par l'esclavage et l'exigence qui nous était faite de payer cette colossale somme en plusieurs tranches estimées à des milliards de dollars américains ou d'euros de nos jours, ce versement doit être considéré comme l' expropriation des biens d'un pays et nous exigeons aujourd'hui : restitution et réparation pour Haïti et son économie, dont le développement parait déjà très hypothéqué.
Le roi Charles X, le 17 Avril 1825 ayant, en effet, reconnu l'Indépendance d'Haïti moyennant le versement de cette somme considérable, a contribué lui aussi à nous causer du tort, en ralentissant énormément notre processus de développement et jusqu'à nos jours nous en payons les conséquences.
On comprend bien que la déforestation d'Haïti a commencé sous Napoléon, car nous devions coûte que coûte trouver de l'argent pour répondre aux exigences des Français, par la coupe exagérée du bois dont la vente était très pratiquée à l'époque. Par un autre accord, lit-on, la République d'Haïti devait verser pendant 30 ans la somme de 60 millions de Francs or aux colons français en compensation des pertes qu'ils ont subies en Haïti.
La restitution, en fait, d'après certains analystes, devait atteindre au total près de 33 8 milliards de dollars américains .
Le gouvernement haïtien attend avec impatience, la récupération de cette somme indispensable pour son économie déjà dégradée au fil des temps.
Un coup d'oeil rétrospectif nous fait voir l'état lamentable de ce peuple qui patauge jusqu'à présent dans la misère la plus atroce et dont le moindre développement lui est illusoire.
La France, Messieurs les dirigeants français, regardez ce geste combien grandiose du Chef du Gouvernement Italien, en la personne de Monsieur Sylvio Berlusconi, qui a alloué au peuple de la Libye cette importante somme de 5 milliards de dollars en compensation de la colonisation de ce pays par l'Italie pendant 30 ans. Compliments au Chef Berlusconi, qui a non seulement alloué cette somme considérable au peuple libyen, mais lui a aussi présenté des excuses pour toutes les horreurs de la guerre et tous les actes faits à ce pays africain. Honneur et gloire à Monsieur Sylvio Berlusconi, qui a remonté le prestige de l'Italie face aux pays européens et au monde entier. Dieu le lui rendra au centuple. Tout dernièrement, le Canada a fait de même en faveur des Indiens autochtones en leur restituant de l'argent tout en demandant pardon publiquement aux ressortissants des différentes communautés canadiennes.
Je demanderai à la France d'emboîter le pas, aux Italiens et Canadiens en faveur des haïtiens, qui ont connu dans le passé tant de déboires, tant de misères, avec des séquelles aux conséquences non encore évaluées, sous sa gouvernance sous le poids de l'esclavage et de la traite des noirs pendant plus de quatre siècles.
Que représente cette somme 33 8 milliards de dollars évaluée par les experts? Absolument rien. Je présume, à côté des méga sommes que vous, Français, utilisez, que vous manipulez dans votre pays, pour son organisation et pour secourir votre système financier en faillite.
Je pense que l'actuel Président français, Français, Monsieur Nicolas Sarkosy, se penchera sur le cas d'Haïti, combien important pour les Haïtiens. Ce pauvre pays des Caraïbes est le seul à patauger dans la misère la plus atroce. L'aide qu'Haïti reçoit des pays amis est loin d'être suffisante. On a grand besoin de cet argent pour que ce pays redevienne prospère tel qu'il était après le départ des Français en 1804, la perle des Antilles. On a l'impression que même la nature est contre nous, tant on est frappé par les intempéries, les catastrophes naturelles de toutes sortes, nous causant bien des problèmes face à notre situation déjà anémiée et envenimée.
A vous Français, l'avenir de la situation d'Haïti est entre vos mains. La hâche de guerre est déjà enfouie depuis 1804, après le départ de ces colons méchants. Nous comptons sur vous, de la nouvelle génération, de cette nouvelle classe d'hommes pour le plus grand bien des haïtiens, pour la restitution de cette dette de l'Indépendance.
L'architecte de l'Univers vous rendra d'avantage, de l'effort que vous allez faire pour nous restituer cet argent, qui nous sera fort utile pour le développement d'Haïti. En écrivant cet article, cela ne doit pas être une insulte ou une offense au peuple Français, car notre demande est juste et de plus nous ne demandons de la charité à qui que ce soit pour cette dette qui nous revient légalement.
Bien entendu, ce sera l'occasion pour nous haïtiens de prendre conscience de notre situation, de notre avenir de nous refaire une peau en nous constituant en honnêtes citoyens, authentiques aimant notre pays, tout en respectant notre hymne national. Nous avons fait l'histoire, tout en laissant nos empreintes, comme étant le champion de la liberté, du panaméricanisme en aidant d'autres pays. Un retour à la fraternité doit nous est utile, tout en évitant le piège de la corruption pour que la restitution de cette dette, soit utile et profitable à Haïti, et ne tombe pas dans le gaspillage et la débauche.
Vive Haïti
En mémoire de l'Empereur Jn Jacques Dessalines lâchement assassiné le 17 octobre 1806.
Dr. Yves-Gérard SAINT-CYR
Email : saint-cyrger@yahoo.fr
samedi 20 décembre 2008
HAITI: BILAN 2008
HAITI : BILAN 2008
Pour Arthur Volel, Sony Bastien, Jacques Mésidor disparus en 2008.
Par Michel SOUKAR
2008 : L’année de toutes les catastrophes : irresponsabilité, incohérence, insouciance sur toute la ligne.
Sur le plan politique :
Haïti est encore classé parmi les quatre (4) pays les plus corrompus de la planète par Transparency International qui publie un rapport annuel sur la perception de la corruption dans le monde. Plusieurs questions dominaient le débat politique dans le pays. Parmi elles figuraient celle du renvoi du CEP dirigé par Max Mathurin, celle de la double nationalité et celle de l’organisation d’élections en vue de la mise en place des assemblées locales et du renouvellement du tiers du Sénat.
A. Le Pouvoir Exécutif piétine. Sans vision ni programme, le Président de la République prononçait un discours de pacotille, fade et décousu, le 1er janvier 2008, jour de la commémoration du 204e anniversaire de la proclamation de l’indépendance d’Haïti, sur la Place d’Armes des Gonaïves. En panne d’inspiration et d’imagination, le Président faisait la promotion d’un jus de fruit fabriqué dans le cadre d’un projet de développement local exécuté à Marmelade. Jusqu’à la fin de l’année 2008, Préval restera en panne d’idées positives, tout comme il renoncera à la dernière minute à l’invitation du Brésil de participer au sommet des chefs d’états d’Amérique latine et de la Caraïbe.
Par contre, le discours qu’il prononçait, une semaine plus tard, à l’occasion de l’ouverture de la session parlementaire, était moins pâle. Il s’inspirait du Document National de Stratégie pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (DSNCRP).
En somme, les projets du Président Préval pour ce deuxième quinquennat ne sont pas nombreux. Ce sont la stabilisation de la situation politique du pays, la révision de la Constitution du 29 mars 1987, la construction des trois (3) centrales électriques fournies par le Venezuela dans le cadre de l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (ALBA), la construction de quelques infrastructures routières importantes.
La stabilisation politique est un processus complexe et long. Elle ne se résume pas simplement à l’organisation d’élections et au renouvellement du mandat présidentiel.
La Constitution de 1987 représente à ses yeux une source permanente d’instabilité dans le pays. Cette Constitution prévoit l’organisation de trop d’élections, la mise en place de trop d’institutions. Son application intégrale coûterait trop chère au trésor public. Peut-être, a-t-il en partie raison? Cependant, le comportement de nos dirigeants depuis 1987 n’a-t-il pas été, lui aussi, cause d’instabilité? Mais la Constitution de 1987 prévoit son propre mode d’amendement. Trois questions figurent à l’agenda du Président Préval : la double nationalité, l’abolition de l’Armée et le renouvellement du mandat présidentiel.
La construction des trois (3) centrales électriques est très avancée à Port-au-Prince, aux Gonaïves et au Cap-Haïtien. Le Président Préval a favorisé la remise sur pied rapide du Centre National d’Équipements (CNE) en vue de la construction des infrastructures routières. Mais il fait face à de nombreuses contraintes financières. Par exemple, l’argent récupéré dans le cadre du Projet Petro Caribe est utilisé à d’autres fins, suite aux dégâts causés par le passage des ouragans.
Le Gouvernement, dirigé par le Premier Ministre Jacques Édouard Alexis, était sous la menace constante d’un vote de censure à cause de son inefficacité. Aucun des projets, figurant dans sa déclaration de politique générale, n’a vu le jour. Le programme d’apaisement social est une illusion, celui de maillage routier une utopie et le plan de développement touristique un leurre.
Entre temps, sur le marché international, les prix du pétrole et des céréales augmentaient. Il en résultait la hausse des prix des produits de première nécessité sur le marché haïtien. La grogne de la population, dénonçant l’augmentation du coût de la vie, se transformait très vite en manifestations violentes dans certaines villes du pays. Le signal, donné par la ville des Cayes, était relayé par d’autres villes dont la capitale Port-au-Prince. Des manifestations violentes s’étaient déroulées durant toute une semaine. Les manifestants s’en prenaient particulièrement à des établissements commerciaux privés et à certaines banques commerciales.
Peu de temps après, un groupe de douze (12) sénateurs prenait le relais des manifestations de rue et réclamait la démission du Premier Ministre Jacques Édouard Alexis. Le processus d’interpellation était mis en branle rapidement. Le 12 avril 2008, le sénat infligeait à son Gouvernement un vote de censure. Cet évènement s’était produit quelques mois après que la chambre des députés lui eut renouvelé sa confiance.
Drôle de coïncidence, le jour de l’interpellation du Gouvernement, la Télévision Nationale d’Haïti (TNH) retransmettait en direct une séance de négociation entre le Président de la République, accompagne du Secrétaire d’État de l’Agriculture, l’Agronome Joanas Gué et deux des plus grands importateurs de riz dans le pays, en vue de parvenir à une réduction du prix du riz sur le marché local.
Ce climat d’instabilité portait la communauté internationale à reporter sine die la conférence des bailleurs sur Haïti. Le financement du DSNCRP est renvoyé aux calendes grecques.
La valse des choix de Premier Ministre débutait. Le Président jette son dévolu sur son ami, l’Agronome Ericq Pierre. Celui-ci est aussi un fonctionnaire international jouissant d’une bonne réputation dans le milieu. Comme sous la précédente présidence de Préval, le 12 mai 2008, la chambre basse, dominée par la Concertation des Parlementaires Progressistes (CPP), rejetait son choix. Le motif était à peu près le même que la première fois : confusion d’état civil. S’appelait-il Ericq Pierre ou Pierre Ericq Pierre? Au cours d’une conférence de presse tenue à l’hôtel Montana, quelques jours après le rejet de son choix, Ericq Pierre fustigeait les députés du CPP qu’il accusait littéralement de corruption.
Puis, c’était le tour de Robert Manuel, un autre ami du Président Préval. La désignation de celui-ci a donné lieu à un débat acide sur le réseau Internet. Ce débat portait principalement sur le caractère de son aïeul, l’ancien Président René Trancrède Auguste. Très vite, les murs des principales rues de la zone métropolitaine de Port-au-Prince étaient couverts de graffitis le proclamant apôtre de la sécurité. Le 12 juin 2008, un mois après le rejet du choix d’Eric Pierre et deux mois après le départ d’Alexis, le choix de Bob Manuel était également rejeté. Il n’était pas propriétaire de biens immobiliers et ne détenait pas de carte d’identification nationale.
Après deux échecs consécutifs, le nom de Madame Michèle Duvivier Pierre-Louis, Directrice Exécutive de la Fondation Connaissance et Liberté (FOKAL), était cité. Le Président Préval engageait des discussions et des négociations avec le parlement et les représentants des partis politiques aussi bien autour du choix du Premier Ministre que de la formation du Gouvernement.
Le choix de Madame Pierre-Louis donnait lieu à un débat moral sur son comportement sexuel. Après maintes protestations et condamnations publiques émanant de plusieurs secteurs, notamment de représentants d’organisations protestantes, des parlementaires réclamaient une déclaration publique de la part du Premier Ministre désigné. Une déclaration sibylline, effectuée à sa sortie d’une réunion, suffisait pour calmer l’esprit de ses détracteurs. Jamais femme n’a autant souffert dans sa pudeur, sa personnalité et sa réputation.
Tout ce débat prenait corps alors que la saison cyclonique battait son plein. Selon les prévisions météorologiques, Haïti se trouvait sur le parcours des premiers ouragans. Des pluies torrentielles commençaient à s’abattre sur plusieurs régions du pays occasionnant l’inondation de nombreuses villes. Quatre ans après Jeanne, Gonaives en a encore fait les frais des inondations.
Après trois mois de tergiversation, le pays était enfin doté d’un Premier Ministre. Cette confrontation entre l’Exécutif et le Législatif affaiblissait fortement l’image du Gouvernement dirigé par Madame Michèle Duvivier Pierre-Louis. C’était un Gouvernement conçu dans l’urgence pour gérer l’urgence.
La première urgence était de venir en aide aux populations sinistrées aux Gonaives, à Cabaret et dans d’autres régions du pays. La deuxième était de reconstruire les infrastructures routières détruites, suite au passage des quatre ouragans qui ont effleuré le pays au cours de la saison cyclonique. La troisième urgence consistait à relancer la production nationale de biens et de services.
Quatre ans après le cyclone Jeanne, Gonaives était encore ensevelie sous les eaux et sous les boues. Comme d’habitude, l’aide humanitaire et les promesses affluaient. Mais la situation de la ville et les conditions de vie de la population n’ont pas changé.
Plusieurs régions étaient coupées du reste du pays : l’Artibonite, suite à la chute du pont de Montrouis et de Mirebalais; le grand Nord, suite à l’effondrement du pont d’Ennery; le Sud, les Nippes et la Grande-Anse, suite à la montée des eaux de l’Étang de Miragoane. Aujourd’hui, des passages de fortune relient ces régions. La construction d’infrastructures définitives se fait toujours attendre.
L’Organisation des Nations-Unies (ONU) lançait un appel d’urgence (flash appeal) de collecte de fonds qui a fait peu d’écho. Les fonds collectés étaient dérisoires par rapport aux besoins à satisfaire.
Le Gouvernement décrétait l’État d’urgence et décidait d’utiliser les fonds générés dans le cadre du Programme Petro Caribe. Un montant de 197 millions de dollars américains est disponible. Les résultats de son utilisation ne sont pas visibles. Manque de transparence qui alimente les allégations de corruptions. Le Parlement est très critiqué sur ce point.
B. Le Pouvoir Législatif est inefficace. Le Parlement est perçu comme un foyer de scandales. La rentrée parlementaire, prévue au deuxième lundi de janvier, s’annonçait sur fond d’incertitude. Le mandat des parlementaires élus pour deux ans arrivait à expiration. Suite à des tractations entre les Pouvoirs Exécutif et Législatif, un compromis était trouvé. Leur mandat était prorogé jusqu’au mois de mai 2008.
Au Parlement, députés et sénateurs se regroupaient. Deux groupes se sont formés à la chambre des députés. Il s’agit de la Concertation des Parlementaires Progressistes (CPP) et de l’Union des Parlementaires pour le Développement National (UPDN).
Le renouvellement du Bureau de la chambre des députés s’est réalisé sur fond de scandale. Un rapport accablant dénonce les dépenses inopportunes, de location de voitures ou d’acquisition de pneus, effectuées par la Questure de la chambre des députés.
Au Sénat, il était également question de renouveler le Bureau. Ce qui donnait lieu à des remous au sein de l’assemblée. Le Président sortant, le sénateur Joseph Lambert, ne partageait pas cet avis. Les sénateurs ont du recourir à l’amendement des règlements intérieurs du Sénat avant l’organisation des élections.
Le Sénateur Kely C. Bastien, de la plate-forme Lespwa, succédait au Sénateur Joseph Lambert, comme Président du Sénat. Le Sénateur Rudolph Henry Boulos en devenait le Vice-président. Cette élection a, semble-t-il, mis le feu aux poudres.
La question de la double nationalité faisait rage au sein du parlement. Le sénateur Jean Gabriel Fortuné ne tardait pas à monter au créneau. Il dénonçait la double nationalité dont semblait jouir le sénateur Boulos. Une Commission, présidée par le sénateur Youri Latortue, était formée pour enquêter sur la question. Cette Commission voulait étendre son mandat au contrôle de la nationalité des Ministres. Le Gouvernement s’y était opposé.
Au terme de son mandat, la Commission déclarait avoir recueilli des éléments de preuve sur la double nationalité éventuelle de deux Sénateurs. Il s’agissait des sénateurs Rudolph Boulos (Nord-Est) et Ultimo Compère (Centre).
Coup de théâtre! Le sénateur Compère n’a même pas attendu la présentation du rapport de la Commission pour s’envoler pour les États-Unis d’Amérique. Alors, qu’il assistait à la foire binationale à Belladère, il en a profité pour traverser la frontière et prendre l’avion en République dominicaine à destination de New-York. Par contre, le sénateur Boulos devait présenter sa démission peu avant l’adoption d’une résolution par l’assemblée des sénateurs, proclamant sa déchéance. Rudy Boulos, lui aussi, s’est réfugié aux États-Unis via la République dominicaine.
L’on se pose la question de savoir pourquoi le Sénateur Boulos avait démissionné avec autant de précipitation, pour se proclamer ensuite Sénateur empêché et intenter une action en justice réclamant l’invalidation de la résolution du Sénat? Sa vie était-il en danger d’autant plus qu’il a été l’objet d’une tentative d’attentat en République Dominicaine quelques mois plus tard?
L’action, introduite dans la juridiction de Fort-Liberté sur une question autre que celle de la nationalité, s’est terminée par un jugement rendu en sa faveur. En effet, le Tribunal de Première Instance de cette juridiction a rendu un jugement proclamant l’annulation de la Résolution du sénat. Évidemment, l’État haïtien a utilisé les voies de recours et l’affaire est aujourd’hui en Cassation. Mais, coup de théâtre, les mêmes Sénateurs qui avaient voté la résolution, remettent la question en débat. Le public éprouve du mal à cerner leur motivation.
A la Chambre des Députés, la Commission chargée d’enquêter sur la nationalité de ses membres a pris plus de temps pour remettre son rapport. Entre temps, le Député de l’Île de la Gonave démissionnait pour cause de maladie. Il devait se rendre par la suite en traitement aux États-Unis d’Amérique. Pourtant, il pouvait solliciter un congé de maladie et continuer à percevoir ses émoluments; puisque jouissant d’un mandat de quatre années. Jusqu'à ce jour, la Commission n’a pas soumis officiellement son rapport à la sanction de l’assemblée des députés.
Le bilan du parlement est maigre. Très peu de lois ont été votées cette année. Son efficacité se mesure par le nombre de séances organisées, par la qualité des débats effectués sur des questions d’intérêt national et par le nombre de lois votées.
Le vote de ratification de la déclaration de politique générale du nouveau Premier Ministre, Madame Michèle Duvivier Pierre-Louis, s’est réalisé dans des conditions difficiles. Bénéficiant du soutien du groupe CPP, elle obtenait sans difficulté le vote de la chambre des députés. Au sénat, la situation était plus compliquée. Le quorum est très fragile. La prise de position catégorique du sénateur Edmonde Supplice Beauzile et celle plus nuancée d’autres membres de l’assemblée des sénateurs rendaient sa ratification peu probable. A un certain moment, il était même question de passer outre le vote du sénat.
La séance de ratification eut lieu dans une atmosphère, marquée premièrement par un vote de rejet. L’abstention des Sénateurs Supplice de la fusion (Centre) et de Joseph Pierre-Louis de l’OPL (Nippes) avait compliqué la donne. Le sénateur Andris Riché de l’OPL (Grande-Anse), qui n’a jamais marchandé ni caché son soutien au Premier Ministre ratifié, s’est jeté a l’eau pour renverser la vapeur et sauver Michèle. Après une rencontre très longue à huis-clos, le vote de ratification a été repris au cours de la même séance, cette fois en l’absence du sénateur Beauzile. Le sénateur Pierre-Louis s’était ravisé et avait voté pour.
Le parlement est ambivalent. Il réclame des postes dans le gouvernement. Il veut recevoir de l’argent du trésor pour exécuter directement des projets. En même temps, il veut assurer le suivi et le contrôle de l’action gouvernementale.
A la fin de l’année, un groupe de sénateurs, conduit par le sénateur Anacacis Jean Hector, menace de sanctionner le Ministre de l’Économie et des Finances. Le sénat est divisé sur la question. Une rencontre est vite organisée entre le Premier Ministre et les Bureaux des deux chambres pour présenter des ébauches de feuilles de route, promises un mois après la déclaration de politique générale.
C’est dans ce contexte que s’est déroulé un atelier de travail entre l’Exécutif et le Législatif sur l’élaboration d’un agenda parlementaire. Le sénateur Anacacis en a critiqué l’organisation de cet atelier avec le financement de la communauté internationale. Ces derniers temps, les parlementaires sont très critiques envers le gouvernement qu’ils jugent peu efficace.
A trois mois du début de l’année fiscale 2008-2009, la loi des finances n’est toujours pas soumise à la sanction du Parlement. Le Premier Ministre avait promis de le transmettre au Parlement le 15 décembre 2008.
Ce jour là, c’est l’arrêté de convocation de la chambre des députés, en session extraordinaire, pour statuer sur ledit Projet, qui lui a été transmis. Les débats s’annoncent orageux. Des voix s’élèvent aussi bien au Parlement qu’au sein de la société civile en vue de la présentation d’un budget décentralisé.
C. Le Pouvoir Judiciaire est inexistant. Malgré le vote des lois portant sur le statut de la Magistrature, celui de l’École de la Magistrature et la création du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), l’organisation du Pouvoir Judiciaire est restée lettre morte. La séparation et l’indépendance des pouvoirs, prônées par la Constitution de 1987, ne se sont toujours pas matérialisées dans les faits.
Cette fois-ci, l’Exécutif, par l’intermédiaire du Ministère de la Justice, s’est engagé dans un processus dilatoire de validation des membres du CSPJ qui sont soit élus par leurs pairs soit désignés par des organisations des droits humains. Cette procédure devrait précéder le choix des honorables membres du CSPJ. Le Parlement a voté une loi. L’Exécutif ne peut passer outre. Il doit la mettre en application, suite à sa promulgation.
La mission de valider les membres du CSPJ est assignée au Secrétaire d’État de la Sécurité Publique. Ce dernier confie sa réalisation à des agents de la Police Nationale d’Haïti (PNH). Se faisant, l’Exécutif viole la Constitution de 1987 et humilie les membres d’un pouvoir indépendant.
C’est aussi une façon détournée et maladroite de s’opposer au transfert des prérogatives de gestion du Pouvoir Judiciaire, dévolues au Ministère de la Justice sur la base des décrets de mars 1983 et d’août 1995.
Le Ministère de la justice ferait mieux de définir sa nouvelle mission dans la perspective prochaine de l’indépendance du Pouvoir Judiciaire. Cette Mission pourrait se résumer ainsi : servir de conseiller juridique principal du gouvernement, assurer la tutelle de la police, du Parquet et gérer le système pénitentiaire.
Aujourd’hui, sans local ni budget, c’est la communauté internationale qui finance les rencontres des membres du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire. Or, le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) devrait participer à l’élaboration du Pouvoir.
De combien de juges a-t-on besoin pour le fonctionnement des 18 juridictions de la République? Combien devra-t-on former cette année? Quel doit être le budget de l’École de la Magistrature? Quel sera le budget affecté au fonctionnement des cours et tribunaux de la République?
Autant de questions dont les réponses relèvent des prérogatives du Pouvoir Judiciaire. Puis, l’on s’entonnera de l’inefficacité de la justice, de la corruption présumée des magistrats et de l’encombrement des prisons.
La situation de la détention préventive prolongée est toujours préoccupante. Le nouveau ministre de la Justice, Me Jean Joseph Exumé, a formé une Commission, chargée de conseiller le Ministère sur la question. Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a protesté contre la publication du nom de Vilès Alizar, sans son consentement, comme membre de cette Commission.
La lutte contre la corruption, le trafic des stupéfiants et le blanchiment des avoirs, se sont intensifiés cette année. Un cas a défrayé la chronique. Il s’agit de celui de M. Sandro Joseph, Directeur Général de l’Office d’Assurance Vieillesse (ONA). Celui-ci aurait payé cash un véhicule, offert à sa concubine à l’occasion de la Saint-Valentin. L’Unité de Lutte Contre la Corruption, après enquête, a demandé au Parquet de mettre l’action publique en mouvement.
Le nouveau Commissaire du Gouvernement, Me joseph Manès Louis qui remplace à ce poste Me Claudy Gassant, mettait l’action publique en mouvement. Aujourd’hui, le cas est déféré au cabinet d’instruction. Dans cette affaire, M. Joseph se dit victime de machinations et de persécutions politiques. Cette affaire a mis en lumière la pratique de prêts hypothécaires accordés par l’ONA à des parlementaires à des taux bonifiés et sur des périodes dépassant 15 ans.
La Drug Enforcement Agency (DEA), des Etats-Unis, a mené de nouvelles opérations de lutte contre le trafic des stupéfiants dans plusieurs régions du pays. Des présumés trafiquants, arrêtés aux Gonaives, à Jacmel et à Port-de-Paix, ont été transférés aux Etats-Unis pour faire face à la justice américaine. Dans cette dernière ville, la perquisition de la maison d’un proche d’un présumé trafiquant de drogue a permis de découvrir un coffre-fort contenant des millions de dollars américains. Les biens immobiliers leur appartenant, ont été mis sous séquestre par le gouvernement haïtien.
Au début du mois de décembre, une jeune femme nommée Monique Pierre, entretenant des relations amoureuses avec le Commissaire de Police Ernst Bouquet Dorfeuille, affecté au commissariat des Gonaives, a été enlevée dans sa résidence située dans la banlieue Est de Petion-Ville et tuée.
Son cadavre a été retrouvé sur une route nouvellement aménagée non loin du morne à cabris. On la dit très riche et on la soupçonne d’entretenir des liens avec la mafia de la drogue. Son fiancé a été interrogé par le Parquet, en présence de ses avocats. Son cas est déféré au cabinet d’instruction qui l’a inculpé sous trois chefs d’accusation.
Parlant de Parquet, on se souvient de Me Claudy Gassant, ce Commissaire du Gouvernement tout-puissant qui entretenait des relations conflictuelles avec tout le monde sauf avec son maitre Préval. Peu de temps avant l’entrée en fonction du Gouvernement Préval-Pierre-Louis, il est nommé maintenant Ministre Conseiller à la Mission diplomatique haïtienne en République dominicaine. Madame Pierre-Louis ne voulait-t-elle pas gérer les sautes d’humeur du Commissaire Gassant? Puisqu’elle allait occuper le portefeuille de Ministre de la Justice.
Le Directeur Général de la Police semble avoir gain de cause. Le dernier épisode du feuilleton sur le conflit l’opposant à Me Gassant remontait à l’affaire Assad Volcy. Le véhicule de ce dernier, Directeur de la Communication au Palais National, serait soupçonné d’implication dans un cas d’enlèvement à Petion-Ville. N’était-ce l’intervention opportune du Commissaire Gassant, il aurait été arrêté par la police de Pétion-Ville.
Aujourd’hui, on s’attend à ce que Me Gassant mette son talent et son zèle au service des migrants haïtiens, objets des pires traitements dans les bateys et dans les villes frontalières de la République dominicaine. Les relations entre les deux états sont cordiales. Le Gouvernement ne semble pas préoccupé par les conditions de vies inhumaines menées par nos compatriotes en république voisine.
Cette année encore, l’insécurité a fait de nouvelles victimes au sein de la population haïtienne. Les actes de kidnapping ont repris de plus belle. Les femmes et les enfants, particulièrement les écoliers, en sont les principales victimes. Cette situation permet aux partisans des Forces Armées d’Haïti de remettre la question de sa réactivation sur le tapis.
Des militaires démobilisés ont fait entendre leurs voix à Hinche. Au Cap-Haïtien, certains d’entre eux en profitaient pour occuper l’espace de certains bâtiments publics. De plus, la Commission chargée de réfléchir sur la nécessité d’une seconde force publique remettait son rapport.
Ce contexte était aussi propice au renouvellement du mandat de la MINUSTAH pour une année supplémentaire. L’ONU présente Haïti comme une menace pour la sécurité de l’île, de la Caraïbe et de l’hémisphère. Mais après quatre ans et six mois de présence sur le territoire haïtien, quel bilan peut-on clairement dresser de son travail pour conjurer cette menace? La MINUSTHA n’est-elle pas surtout une force de dissuasion? Et combien de temps cette dissuasion doit-elle durer et pour quel résultat?
En termes de performance, le parlement a voté très peu de lois au cours de cette année. La performance de l’Exécutif se mesure à l’aune de la paralysie et de l’inaction. La Justice est en panne.
D. Autres Acteurs de la vie nationale.
Le CEP : La question du renvoi des membres du Conseil Électoral Provisoire (CEP), dirigé par Max Mathurin a dominé l’actualité. On est unanime à reconnaître que c’était un CEP à problèmes. Cependant, on s’interrogeait sur la logique et l’économie d’une telle décision. Il fallait organiser les élections pour le renouvellement du tiers du Sénat et les élections indirectes pour compléter le cycle électoral qui a été initié en 2006.
Ces dernières élections devraient conduire à la mise en place de toutes les institutions indépendantes prévues dans la Constitution de 1987, y compris le Conseil Électoral Permanent. D’aucuns soupçonnent le Président Préval d’être contre l’organisation des élections intermédiaires.
Cette question du remplacement du CEP a donné lieu à des protestations au niveau de la classe politique et de la société civile. Mais cela ne leur a pas empêché de désigner des personnalités pour les représenter dans le nouveau CEP. Par exemple, le nom de Jacques Bernard, Directeur Général de l’ancien CEP, dont le rôle était instrumental à la réussite des élections de 2006, était cité pour représenter la Chambre de Commerce et de l’Industrie d’Haïti (CCIH).
Coup de théâtre ou manœuvre politique! Son nom ne figurait pas sur la liste des membres. Pourtant, il était nommé Directeur Général par Arrête Présidentiel. Nomination éphémère, dirait-on. Il devait démissionner peu de temps après, pour signifier son désaccord à la révision des règlements intérieurs du CEP. Révision qui réduisait les pouvoirs du Directeur Général à celui d’un caporal. Il était remplacé à ce poste par Mr Pierre-Louis Opont, ancien cadre de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC).
L’absence de gouvernement et les catastrophes naturelles ont considérablement ralenti l’élan du Conseil Électoral Provisoire nouvelle version. Jusqu'à présent, ce dernier n’a pas publié de calendrier électoral. Deux dates hypothétiques, avril et juin 2009, sont retenues pour l’organisation des élections en vue du renouvellement du tiers du sénat. Il se pose la question de l’inscription des nouveaux électeurs et celle de la distribution des cartes électorales par l’Office National de l’Identification (ONI). Le matériel, commandé à cet effet, est disponible. On attend l’ouverture des inscriptions des nouveaux électeurs, la distribution des cartes fabriquées lors des précédentes élections ainsi que le remplacement des cartes égarées.
Le CEP n’inspire pas confiance. Parlementaires et regroupements de partis politiques se plaignent. Ils critiquent le CEP de vouloir les écarter du processus électoral. Ils le critiquent davantage parce qu’il a changé presque tout le personnel des bureaux départementaux et communaux. Il a procédé à un concours pour recruter le nouveau personnel.
L’installation de nouveaux responsables des Bureaux Électoraux Départementaux (BED), s’est effectuée dans une atmosphère de protestation. Dans au moins deux départements (Centre et Grande-Anse), certains membres ne sont pas installés. Dans la Grande-Anse, l’un d’entre eux a même fait l’objet d’arrestation pour implication présumée dans la commission d’infractions pénales. Comment peut-on s’attendre à des élections honnêtes et crédibles quand ceux préposés à leur organisation ne le sont pas?
Les opinions sont divisées sur l’opportunité et la pertinence de l’organisation de ces élections cette année, après autant de catastrophes et de déboires. Leur coût est estimé à 16 millions de dollars américains. Ne faudrait-il pas consacrer cette somme à des activités productives et génératrices de revenus?
L’Université : un nouveau Conseil est élu pour gérer les destinées de l’Université d’État d’Haïti (UEH). Mis à part l’Agronome Jean Vernet Henry, les deux Vice-recteurs, ayant dirigés avec le Recteur Pierre- Marie Paquiot, ont été réélus.
En dépit de ce changement, les facultés ne se portent pas mieux. L’École Normale Supérieure est en crise. Des étudiants de la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV) demandent de participer à la relance de la production agricole.
Ils ont malmené le Ministre de l’Agriculture, l’Agronome François Sevrin. En outre, la capacité d’accueil de l’UEH est dépassée. Il y a plus d’étudiants haïtiens à Santiago en République dominicaine que dans toutes les universités fonctionnant dans le pays.
Les Partis Politiques : l’image et la réputation des partis politiques sont très érodées cette année. Premièrement, la formation du groupe CPP à la chambre des députés a fortement affecté la réputation des partis politiques représentés au Parlement.
La CPP imposait sa loi dans les négociations portant sur le choix des candidats au poste de Premier Ministre et sur la formation du Gouvernement. Elle est devenue une force incontournable sur l’échiquier politique.
Les partis politiques, faisant partie de la Convention et autres regroupements de partis, reprennent du poil de la bête à l’annonce de la préparation des élections.
La Société Civile : elle n’a pas d’agenda spécifique. Elle est en mode réactif depuis l’accession de Préval à la Présidence. Son palmarès n’est pas très brillant cette année.
D’un coté, la Chambre de Commerce et de l’Industrie d’Haïti (CCIH) jointes à l’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH) et a l’Association des Médias Indépendants d’Haïti (AMIH) ont organisé, avec succès, une journée de levée de fonds au Parc Historique de la Canne à Sucre, en vue de venir en aide aux sinistrés des quatre ouragans qui ont frappé le pays durant la saison cyclonique. Avec la faillite de l’état haïtien et l’inefficacité du secteur privatif haïtien, le marathon s’installe comme mode de gestion de désastres et comme certificat de citoyenneté. Les organisations qui s’occupent d’éducation civique ont du pain sur la planche.
De l’autre, un groupe d’organisations a réagi sur la question de la réforme constitutionnelle et récemment sur la préparation du budget 2008-2009. En outre, un collectif d’organisations a organisé une marche pacifique contre le kidnapping. Suite à cette marche, le collectif a soumis un avant-projet de loi au sénat qui l’a voté sans difficulté.
Par ailleurs, des organisations dites paysannes ont manifesté dans les rues de la capitale pour réclamer le respect de la souveraineté alimentaire. Il faudrait commencer par produire du citron, de la banane et des noix de coco en quantité suffisante pour satisfaire la demande domestique.
Enfin, la commémoration du 60e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits Humains a donné lieu à des débats très animés sur la ratification éventuelle par Haïti de la Convention des Nations-Unies sur les droits économiques, sociaux et culturels.
Ce débat est vieux, dans la mesure où il remonte à l’époque de la guerre froide. A cette époque, la tendance en était que les pays du bloc socialiste, de tendance plus égalitaire mais moins enclin à l’alternance politique, adoptaient la convention sur les droits économiques sociaux et culturels. Alors que les pays du bloc capitaliste, de tendance inégalitaire mais plus encline à l’alternance politique ne serait-ce qu’à travers l’organisation d’élections truquées, adoptait celle sur les droits civils et politiques.
C’est ainsi, par exemple, que la République socialiste de Cuba a ratifié la Convention sur les droits économiques, sociaux et culturels. Alors qu’Haïti, même sous la dictature des Duvalier, a ratifié celle sur les droits civils et politiques. Il n’est pas étonnant que les conditions de vie de la population soient bien meilleures à Cuba. Alors que certaines libertés publiques sont plus ou moins constatées en Haïti.
E. La Communauté Internationale : La Mission des Nations Unies de Stabilisation en Haïti (MINUSTAH) a rempli tant bien que mal son rôle de force de stabilisation. Elle ne manque jamais l’occasion de rappeler que la mission de développement incombe aux haïtiens.
La MINUSTAH, dans toutes ses composantes, s’est montrée très utile au cours de cette période. Son rôle a été primordial dans l’acheminement des secours quand tous les ponts étaient coupés. Son mandat est reconduit pour un an. Certaines voix et pas des moindres se sont élevées pour réclamer son départ. D’autres plus raisonnables réclament un calendrier de désengagement, moyennant la constitution d’une force de substitution.
D’une façon générale, les organisations du système des Nations Unies, les Agences de Développement international ainsi que les organisations caritatives ont apporté une aide humanitaire substantielle, suite aux catastrophes tant humaines que naturelles qui ont affecté ce pays cette année.
Toutefois, les Haïtiens doivent créer eux-mêmes les conditions de paix et de stabilité indispensable au développement socio-économique du pays.
Sur le plan économique :
Haïti est épinglé par un rapport sur l’environnement des affaires dans le monde. L’économie haïtienne, déjà moribonde, a subi les conséquences de crises majeures tant externes qu’internes. Le premier trimestre de l’année 2008 débutait par l’annonce de la découverte d’un foyer de grippe aviaire dans la province orientale de Higuey. Il a également été témoin de la montée des prix du pétrole et des céréales sur le marché international.
Sur le plan externe, la découverte d’un foyer de grippe aviaire dans la province orientale d’Higuey, en République dominicaine, a porté les autorités haïtiennes à adopter de mesures restrictives sur les importations de produits avicoles en provenance de la République. Ces mesures ont eu pour effet immédiat de renchérir le prix des poulets et des œufs sur le marché haïtien. La viande de poulet était la plus accessible aux petites bourses en Haïti, en raison du caractère modéré de son prix.
Ensuite, la crise pétrolière. Le prix du baril de pétrole atteignait les 140 dollars sur les marchés de Londres et de New-York. Cette crise affectait non seulement la balance commerciale et la balance des paiements du pays, en termes de sortie de devises pour s’en approvisionner, les prix de l’énergie, du transport et de tous les produits associés ou connexes étaient en hausse. L’effet de cette crise sur le coût de la vie de l’haïtien moyen était insupportable.
Puis, la crise alimentaire. L’amélioration des conditions de vie dans des pays émergents et très peuplés, comme la Chine et l’Inde augmentaient la demande de céréales dans ces pays. Conséquence immédiate : les prix du riz, du soja et du blé avaient plus que doublé. Il est résulté la hausse vertigineuse des prix de tout produit complémentaire ou substitut.
En Haïti, comme dans beaucoup d’autres pays moins avancés, les prix des produits de première nécessité avaient dérapé. Cela précipitait dans la détresse et la famine les 40% et plus de la population vivant au-dessous du seuil de pauvreté avec moins de un dollar américain par jour.
Après la grogne, ce fut le tour des manifestations de rues aux Cayes, une ville réputée généralement calme. Le mot d’ordre gagnait d’autres villes. Dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, ces manifestations étaient violentes. Les manifestants s’en prenaient aux maisons de commerce et à certaines banques commerciales. Le coût des dégâts est énorme. Le manque à gagner pour le fisc était considérable.
Ces manifestations servaient de détonateur à l’interpellation du Premier Ministre Jacques Édouard Alexis et au renvoi de son gouvernement, suite à un vote de censure infligé par le sénat de la République.
Sur le plan interne, le renvoi du gouvernement marquait le début d’une longue crise politique. Pendant quatre mois, le gouvernement Alexis expédiait les affaires courantes. L’aide financière promise par la Communauté internationale était littéralement bloquée. Cette crise politique aggravait la situation déjà précaire d’une population aux abois.
De plus, le processus de la préparation du budget du prochain exercice, qui démarre généralement en mars de l’année en cours, est retardé. Le taux d’inflation augmentait pour atteindre plus de 18 % en rythme annuel, dépassant toutes les prévisions établies dans le cadre du programme de stabilisation économique.
Le taux de change de la gourde par rapport au dollar américain dérapait également. Ce qui portait la Banque Centrale à intervenir sur le marché des changes pour éviter une dépréciation plus accélérée de la gourde par rapport à la devise américaine. En Haïti, la variation à la hausse du taux de change et l’augmentation du prix du pétrole sur le marché international sont les deux principaux paramètres considérés pour décider de l’augmentation du prix du pétrole à la pompe.
Peu de temps après, les catastrophes naturelles. Depuis quelques temps, la saison cyclonique n’est pas clémente envers le pays qui est constamment sous l’effet de catastrophes environnementales produites par l’homme. Haïti est devenu très vulnérable aux catastrophes naturelles. Cette année, quatre ouragans majeurs ont effleuré les côtes septentrionales et méridionales haïtiennes. Ils ont eu pour nom : Gustav, Hanna, Ike et Josephine.
Quatre ans après le passage du cyclone Jeanne qui avait inondé et dévasté la ville des Gonaives, cette ville se retrouve encore ensevelie sous les eaux. L’Organisme chargé de la Protection Civile recensait plus d’un millier de morts, des centaines de disparus et des centaines de milliers de sans abri sans compter la destruction des commerces et des plantations. Gonaives était paralysée.
L’Artibonite est sans doute le département le plus touché; mais pas le seul. Le plateau central, les Nippes et le Nord-ouest sont également très affectés. Les inondations ont ravagé les plantations, emporté les cultures et endommagé les infrastructures de base.
Dans certaines régions du pays, les infrastructures routières sont détruites et les plantations emportées par les eaux en furie. C’est le cas, par exemple de la ville Cabaret ou une bonne partie des bananeraies était détruite, sans oublier les pertes considérables en vies humaines. Il était difficile voire impossible d’approvisionner certaines régions en carburant.
Enfin, la crise financière. Cette dernière frappe particulièrement certains pays développés occidentaux. Mais ses effets sur l’économie réelle ne se sont pas fait attendre. L’économie de la plupart des pays développés rentre en récession. Les populations de migrants basculent dans le chômage.
Il en résulte la baisse des flux de transferts vers des pays sous-développés. C’est le cas en Haïti où le chômage est déjà endémique. Son taux avoisine 70% de la force de travail. On annonce encore la mise à pied d’au moins un millier d’ouvriers dans la zone franche établie non loin de la frontière nord avec la République dominicaine.
Cette année, Haïti renoue avec la reconduction du budget. La loi des finances rectificative est votée par le Parlement juste quelques heures avant la fin de l’année fiscale 2007-2008, soit le 30 septembre 2008. L’année fiscale se termine avec un déficit budgétaire, évalué à quelques 3 milliards de gourdes. C’est la raison pour laquelle les bailleurs de fonds internationaux ont encouragé le Gouvernement à utiliser les fonds générés dans le cadre du Programme PetroCaribe pour financer le programme d’urgence.
C’est à la fin du premier trimestre de l’année fiscale 2008-2009 que le projet de lois des finances sera soumis à la sanction parlementaire. Donc, il est difficile de prétendre pouvoir améliorer les conditions de vie quand les ressources ne cadrent pas avec l’augmentation d’une population sans cesse croissante.
Sur le plan social :
Une enquête, effectuée par l’institut de sondage Gallup, classe Haïti parmi les pays où la population n’est pas satisfaite de sa qualité de vie. Le jour de la publication des résultats de cette enquête, un correspondant de presse au parlement posait la question à certains députés. Ces derniers ont répondu que les conditions de vie dans le pays sont abominables.
En 2008, le peuple haïtien a vécu dans le désespoir, la désolation, le désarroi et la détresse. Il ne manquait une occasion pour clamer son mal être. A cela, le Président Préval et l’ancien Premier Ministre Jacques Édouard Alexis répondaient qu’ils n’étaient pas des magiciens et qu’ils ne pouvaient opérer des miracles.
Quel est le rôle des dirigeants, si ce n’est de raviver l’espoir au sein de la population? D’ailleurs, c’est sous ce label que la plateforme qui les a portés au pouvoir avait mené campagne et gagné les élections.
Les différentes situations de crise qui ont frappé le pays au cours de cette année, que ce soit la crise alimentaire, la crise pétrolière, la crise politique, les catastrophes naturelles et la crise financière, toutes ont eu des conséquences très graves sur les conditions de vie déjà précaires de la population haïtienne, en général.
A ces différentes crises s’ajoutaient les vagues de révocation dans des entreprises publiques comme la Téléco, l’Autorité Portuaire Nationale (APN), le Service Métropolitain de Collecte des Résidus Solides (SMCRS). Des milliers d’employés, en majorité des gagne-petit, se retrouvaient subitement sans emploi, sans revenu et sans moyens de subsistance.
Ces anciens employés allaient automatiquement grossir l’armée des chômeurs. Le chômage affecte cette année 5 millions d’habitants environ. C’est dans cette catégorie que se recrutent les plus pauvres d’entre les pauvres. Ceux-là vivent dans la pauvreté la plus abjecte. Elles sont les premières victimes des catastrophes naturelles qui se sont abattues sur le pays cette année.
De plus, des centaines de familles pleurent la disparition d’etres chers aux Gonaives, à Cabaret, à Mirebalais et à Hinche. Certaines d’entre elles ont tout perdu. La seule alternative qui s’offre à eux est l’exode. Quand elles ne viennent pas augmenter le nombre de taudis et de bidonvilles, elles traversent la frontière ou prennent la mer à la recherche d’une ville meilleure.
Elles ne sont désirées nulle part. C’est par bandes qu’elles sont rapatriées tous les jours de la République dominicaine, des Bahamas et des États-Unis d’Amérique. Les moins fortunes périssent en mer. Depuis quelques temps, une situation de tension règne dans les villes frontalières entre Haïtiens et Dominicains.
Le tableau s’est davantage assombri avec l’effondrement d’une école, dénommée la Promesse Évangélique fonctionnant à Nérette dans la banlieue de Pétion-Ville. Le bilan des victimes était lourd : une centaine de morts et des centaines de blessés.
Cette école, dirigée par un pasteur de cultes réformés, est construite sur trois niveaux dans un bidonville, sans calcul préalable de la résistance du sol et des matériaux. Les dégâts seraient moindres s’il existait des routes facilitant l’acheminement des secours. Le pasteur est arrêté sous la prévention d’usurpation de titres et d’homicide involontaire. Est-il le seul responsable de cette catastrophe?
Toutes les institutions publiques qui ont failli à leur mission de contrôle sont responsables. La Présidence l’a si bien comprise qu’elle a convoqué les Maires des 140 communes à une retraite au Palais National pour deviser sur la meilleure façon de lutter contre les constructions anarchiques qui sont légions dans le pays.
Un pays ne meurt pas, dit-on. Mais Haïti agonise sous le poids de l’incohérence, de l’irresponsabilité et de l’insouciance de ses fils, de ses gouvernants, de ses élites aussi bien morales, politiques qu’économiques.
Cette année, le temps n’est ni aux souhaits ni aux vœux pieux. Consacrons-le à la réflexion citoyenne. Une réflexion qui doit éveiller la conscience des élites haïtiennes sur leur mission véritable qui est de travailler au bonheur du peuple haïtien.
Toutefois, le peuple doit vouloir vivre heureux et le décider collectivement. Il doit commencer par confier la gestion de ses destinées à des dirigeants honnêtes, responsables, compétents, soucieux de son avenir et de celui des enfants.
Quand on confie un pouvoir même en haillons à des chefs de bandes qui se pavanent en hommes d’État, on plonge l’avenir dans la nuit. Les Haïtiens ont-ils les ressources matérielles, intellectuelles et morales pour se tirer du gouffre sans passer par une tutelle efficace? En ce début du 21ème siècle, Haïti est un navire sans gouvernail avec une caricature de capitaine. Dans un pays de misère profonde, d’ignorance crasse, avec un système d’électrocratie malsaine poussant sur le terreau fertile d’une société corrompue et largement analphabète, l’écrasante majorité ne vote pas ce qu’elle mérite mais ce qui lui ressemble, la démagogie et l’argent sale aidant. Si Barack Obama était Haïtien, nos compatriotes, pour la plupart, l’auraient vu comme un métis dérangeant et lui auraient préféré un nul sans programme, sans langage, un politicien de pacotille pataugeant comme eux dans la médiocrité ambiante et parfait joujou de nos affairistes cyniques et méprisables. Il ne resterait à Barack qu’à se caser dans un poste d’ONG ou d’un organisme international ou à se refugier à l’extérieure. Pendant combien de temps, Haïti sera-t-elle encore considérée comme un comptoir par des escrocs tant nationaux qu’étrangers, marchands d’une « démocrassie » qui signifie tout le monde dans la crasse? Dans ce pays où, parait-il, Dieu devra prouver qu’il existe, tant sont immenses la lâcheté, l’égoïsme, l’incapacité d’apprendre et de comprendre de la plupart de ceux qui l’habitent, la fin de la descente aux enfers dépend-t-elle encore de la volonté, de l’intelligence et du courage d’un groupe d’Haïtiens?
Michel SOUKAR
Décembre 2008
Pour Arthur Volel, Sony Bastien, Jacques Mésidor disparus en 2008.
Par Michel SOUKAR
2008 : L’année de toutes les catastrophes : irresponsabilité, incohérence, insouciance sur toute la ligne.
Sur le plan politique :
Haïti est encore classé parmi les quatre (4) pays les plus corrompus de la planète par Transparency International qui publie un rapport annuel sur la perception de la corruption dans le monde. Plusieurs questions dominaient le débat politique dans le pays. Parmi elles figuraient celle du renvoi du CEP dirigé par Max Mathurin, celle de la double nationalité et celle de l’organisation d’élections en vue de la mise en place des assemblées locales et du renouvellement du tiers du Sénat.
A. Le Pouvoir Exécutif piétine. Sans vision ni programme, le Président de la République prononçait un discours de pacotille, fade et décousu, le 1er janvier 2008, jour de la commémoration du 204e anniversaire de la proclamation de l’indépendance d’Haïti, sur la Place d’Armes des Gonaïves. En panne d’inspiration et d’imagination, le Président faisait la promotion d’un jus de fruit fabriqué dans le cadre d’un projet de développement local exécuté à Marmelade. Jusqu’à la fin de l’année 2008, Préval restera en panne d’idées positives, tout comme il renoncera à la dernière minute à l’invitation du Brésil de participer au sommet des chefs d’états d’Amérique latine et de la Caraïbe.
Par contre, le discours qu’il prononçait, une semaine plus tard, à l’occasion de l’ouverture de la session parlementaire, était moins pâle. Il s’inspirait du Document National de Stratégie pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (DSNCRP).
En somme, les projets du Président Préval pour ce deuxième quinquennat ne sont pas nombreux. Ce sont la stabilisation de la situation politique du pays, la révision de la Constitution du 29 mars 1987, la construction des trois (3) centrales électriques fournies par le Venezuela dans le cadre de l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (ALBA), la construction de quelques infrastructures routières importantes.
La stabilisation politique est un processus complexe et long. Elle ne se résume pas simplement à l’organisation d’élections et au renouvellement du mandat présidentiel.
La Constitution de 1987 représente à ses yeux une source permanente d’instabilité dans le pays. Cette Constitution prévoit l’organisation de trop d’élections, la mise en place de trop d’institutions. Son application intégrale coûterait trop chère au trésor public. Peut-être, a-t-il en partie raison? Cependant, le comportement de nos dirigeants depuis 1987 n’a-t-il pas été, lui aussi, cause d’instabilité? Mais la Constitution de 1987 prévoit son propre mode d’amendement. Trois questions figurent à l’agenda du Président Préval : la double nationalité, l’abolition de l’Armée et le renouvellement du mandat présidentiel.
La construction des trois (3) centrales électriques est très avancée à Port-au-Prince, aux Gonaïves et au Cap-Haïtien. Le Président Préval a favorisé la remise sur pied rapide du Centre National d’Équipements (CNE) en vue de la construction des infrastructures routières. Mais il fait face à de nombreuses contraintes financières. Par exemple, l’argent récupéré dans le cadre du Projet Petro Caribe est utilisé à d’autres fins, suite aux dégâts causés par le passage des ouragans.
Le Gouvernement, dirigé par le Premier Ministre Jacques Édouard Alexis, était sous la menace constante d’un vote de censure à cause de son inefficacité. Aucun des projets, figurant dans sa déclaration de politique générale, n’a vu le jour. Le programme d’apaisement social est une illusion, celui de maillage routier une utopie et le plan de développement touristique un leurre.
Entre temps, sur le marché international, les prix du pétrole et des céréales augmentaient. Il en résultait la hausse des prix des produits de première nécessité sur le marché haïtien. La grogne de la population, dénonçant l’augmentation du coût de la vie, se transformait très vite en manifestations violentes dans certaines villes du pays. Le signal, donné par la ville des Cayes, était relayé par d’autres villes dont la capitale Port-au-Prince. Des manifestations violentes s’étaient déroulées durant toute une semaine. Les manifestants s’en prenaient particulièrement à des établissements commerciaux privés et à certaines banques commerciales.
Peu de temps après, un groupe de douze (12) sénateurs prenait le relais des manifestations de rue et réclamait la démission du Premier Ministre Jacques Édouard Alexis. Le processus d’interpellation était mis en branle rapidement. Le 12 avril 2008, le sénat infligeait à son Gouvernement un vote de censure. Cet évènement s’était produit quelques mois après que la chambre des députés lui eut renouvelé sa confiance.
Drôle de coïncidence, le jour de l’interpellation du Gouvernement, la Télévision Nationale d’Haïti (TNH) retransmettait en direct une séance de négociation entre le Président de la République, accompagne du Secrétaire d’État de l’Agriculture, l’Agronome Joanas Gué et deux des plus grands importateurs de riz dans le pays, en vue de parvenir à une réduction du prix du riz sur le marché local.
Ce climat d’instabilité portait la communauté internationale à reporter sine die la conférence des bailleurs sur Haïti. Le financement du DSNCRP est renvoyé aux calendes grecques.
La valse des choix de Premier Ministre débutait. Le Président jette son dévolu sur son ami, l’Agronome Ericq Pierre. Celui-ci est aussi un fonctionnaire international jouissant d’une bonne réputation dans le milieu. Comme sous la précédente présidence de Préval, le 12 mai 2008, la chambre basse, dominée par la Concertation des Parlementaires Progressistes (CPP), rejetait son choix. Le motif était à peu près le même que la première fois : confusion d’état civil. S’appelait-il Ericq Pierre ou Pierre Ericq Pierre? Au cours d’une conférence de presse tenue à l’hôtel Montana, quelques jours après le rejet de son choix, Ericq Pierre fustigeait les députés du CPP qu’il accusait littéralement de corruption.
Puis, c’était le tour de Robert Manuel, un autre ami du Président Préval. La désignation de celui-ci a donné lieu à un débat acide sur le réseau Internet. Ce débat portait principalement sur le caractère de son aïeul, l’ancien Président René Trancrède Auguste. Très vite, les murs des principales rues de la zone métropolitaine de Port-au-Prince étaient couverts de graffitis le proclamant apôtre de la sécurité. Le 12 juin 2008, un mois après le rejet du choix d’Eric Pierre et deux mois après le départ d’Alexis, le choix de Bob Manuel était également rejeté. Il n’était pas propriétaire de biens immobiliers et ne détenait pas de carte d’identification nationale.
Après deux échecs consécutifs, le nom de Madame Michèle Duvivier Pierre-Louis, Directrice Exécutive de la Fondation Connaissance et Liberté (FOKAL), était cité. Le Président Préval engageait des discussions et des négociations avec le parlement et les représentants des partis politiques aussi bien autour du choix du Premier Ministre que de la formation du Gouvernement.
Le choix de Madame Pierre-Louis donnait lieu à un débat moral sur son comportement sexuel. Après maintes protestations et condamnations publiques émanant de plusieurs secteurs, notamment de représentants d’organisations protestantes, des parlementaires réclamaient une déclaration publique de la part du Premier Ministre désigné. Une déclaration sibylline, effectuée à sa sortie d’une réunion, suffisait pour calmer l’esprit de ses détracteurs. Jamais femme n’a autant souffert dans sa pudeur, sa personnalité et sa réputation.
Tout ce débat prenait corps alors que la saison cyclonique battait son plein. Selon les prévisions météorologiques, Haïti se trouvait sur le parcours des premiers ouragans. Des pluies torrentielles commençaient à s’abattre sur plusieurs régions du pays occasionnant l’inondation de nombreuses villes. Quatre ans après Jeanne, Gonaives en a encore fait les frais des inondations.
Après trois mois de tergiversation, le pays était enfin doté d’un Premier Ministre. Cette confrontation entre l’Exécutif et le Législatif affaiblissait fortement l’image du Gouvernement dirigé par Madame Michèle Duvivier Pierre-Louis. C’était un Gouvernement conçu dans l’urgence pour gérer l’urgence.
La première urgence était de venir en aide aux populations sinistrées aux Gonaives, à Cabaret et dans d’autres régions du pays. La deuxième était de reconstruire les infrastructures routières détruites, suite au passage des quatre ouragans qui ont effleuré le pays au cours de la saison cyclonique. La troisième urgence consistait à relancer la production nationale de biens et de services.
Quatre ans après le cyclone Jeanne, Gonaives était encore ensevelie sous les eaux et sous les boues. Comme d’habitude, l’aide humanitaire et les promesses affluaient. Mais la situation de la ville et les conditions de vie de la population n’ont pas changé.
Plusieurs régions étaient coupées du reste du pays : l’Artibonite, suite à la chute du pont de Montrouis et de Mirebalais; le grand Nord, suite à l’effondrement du pont d’Ennery; le Sud, les Nippes et la Grande-Anse, suite à la montée des eaux de l’Étang de Miragoane. Aujourd’hui, des passages de fortune relient ces régions. La construction d’infrastructures définitives se fait toujours attendre.
L’Organisation des Nations-Unies (ONU) lançait un appel d’urgence (flash appeal) de collecte de fonds qui a fait peu d’écho. Les fonds collectés étaient dérisoires par rapport aux besoins à satisfaire.
Le Gouvernement décrétait l’État d’urgence et décidait d’utiliser les fonds générés dans le cadre du Programme Petro Caribe. Un montant de 197 millions de dollars américains est disponible. Les résultats de son utilisation ne sont pas visibles. Manque de transparence qui alimente les allégations de corruptions. Le Parlement est très critiqué sur ce point.
B. Le Pouvoir Législatif est inefficace. Le Parlement est perçu comme un foyer de scandales. La rentrée parlementaire, prévue au deuxième lundi de janvier, s’annonçait sur fond d’incertitude. Le mandat des parlementaires élus pour deux ans arrivait à expiration. Suite à des tractations entre les Pouvoirs Exécutif et Législatif, un compromis était trouvé. Leur mandat était prorogé jusqu’au mois de mai 2008.
Au Parlement, députés et sénateurs se regroupaient. Deux groupes se sont formés à la chambre des députés. Il s’agit de la Concertation des Parlementaires Progressistes (CPP) et de l’Union des Parlementaires pour le Développement National (UPDN).
Le renouvellement du Bureau de la chambre des députés s’est réalisé sur fond de scandale. Un rapport accablant dénonce les dépenses inopportunes, de location de voitures ou d’acquisition de pneus, effectuées par la Questure de la chambre des députés.
Au Sénat, il était également question de renouveler le Bureau. Ce qui donnait lieu à des remous au sein de l’assemblée. Le Président sortant, le sénateur Joseph Lambert, ne partageait pas cet avis. Les sénateurs ont du recourir à l’amendement des règlements intérieurs du Sénat avant l’organisation des élections.
Le Sénateur Kely C. Bastien, de la plate-forme Lespwa, succédait au Sénateur Joseph Lambert, comme Président du Sénat. Le Sénateur Rudolph Henry Boulos en devenait le Vice-président. Cette élection a, semble-t-il, mis le feu aux poudres.
La question de la double nationalité faisait rage au sein du parlement. Le sénateur Jean Gabriel Fortuné ne tardait pas à monter au créneau. Il dénonçait la double nationalité dont semblait jouir le sénateur Boulos. Une Commission, présidée par le sénateur Youri Latortue, était formée pour enquêter sur la question. Cette Commission voulait étendre son mandat au contrôle de la nationalité des Ministres. Le Gouvernement s’y était opposé.
Au terme de son mandat, la Commission déclarait avoir recueilli des éléments de preuve sur la double nationalité éventuelle de deux Sénateurs. Il s’agissait des sénateurs Rudolph Boulos (Nord-Est) et Ultimo Compère (Centre).
Coup de théâtre! Le sénateur Compère n’a même pas attendu la présentation du rapport de la Commission pour s’envoler pour les États-Unis d’Amérique. Alors, qu’il assistait à la foire binationale à Belladère, il en a profité pour traverser la frontière et prendre l’avion en République dominicaine à destination de New-York. Par contre, le sénateur Boulos devait présenter sa démission peu avant l’adoption d’une résolution par l’assemblée des sénateurs, proclamant sa déchéance. Rudy Boulos, lui aussi, s’est réfugié aux États-Unis via la République dominicaine.
L’on se pose la question de savoir pourquoi le Sénateur Boulos avait démissionné avec autant de précipitation, pour se proclamer ensuite Sénateur empêché et intenter une action en justice réclamant l’invalidation de la résolution du Sénat? Sa vie était-il en danger d’autant plus qu’il a été l’objet d’une tentative d’attentat en République Dominicaine quelques mois plus tard?
L’action, introduite dans la juridiction de Fort-Liberté sur une question autre que celle de la nationalité, s’est terminée par un jugement rendu en sa faveur. En effet, le Tribunal de Première Instance de cette juridiction a rendu un jugement proclamant l’annulation de la Résolution du sénat. Évidemment, l’État haïtien a utilisé les voies de recours et l’affaire est aujourd’hui en Cassation. Mais, coup de théâtre, les mêmes Sénateurs qui avaient voté la résolution, remettent la question en débat. Le public éprouve du mal à cerner leur motivation.
A la Chambre des Députés, la Commission chargée d’enquêter sur la nationalité de ses membres a pris plus de temps pour remettre son rapport. Entre temps, le Député de l’Île de la Gonave démissionnait pour cause de maladie. Il devait se rendre par la suite en traitement aux États-Unis d’Amérique. Pourtant, il pouvait solliciter un congé de maladie et continuer à percevoir ses émoluments; puisque jouissant d’un mandat de quatre années. Jusqu'à ce jour, la Commission n’a pas soumis officiellement son rapport à la sanction de l’assemblée des députés.
Le bilan du parlement est maigre. Très peu de lois ont été votées cette année. Son efficacité se mesure par le nombre de séances organisées, par la qualité des débats effectués sur des questions d’intérêt national et par le nombre de lois votées.
Le vote de ratification de la déclaration de politique générale du nouveau Premier Ministre, Madame Michèle Duvivier Pierre-Louis, s’est réalisé dans des conditions difficiles. Bénéficiant du soutien du groupe CPP, elle obtenait sans difficulté le vote de la chambre des députés. Au sénat, la situation était plus compliquée. Le quorum est très fragile. La prise de position catégorique du sénateur Edmonde Supplice Beauzile et celle plus nuancée d’autres membres de l’assemblée des sénateurs rendaient sa ratification peu probable. A un certain moment, il était même question de passer outre le vote du sénat.
La séance de ratification eut lieu dans une atmosphère, marquée premièrement par un vote de rejet. L’abstention des Sénateurs Supplice de la fusion (Centre) et de Joseph Pierre-Louis de l’OPL (Nippes) avait compliqué la donne. Le sénateur Andris Riché de l’OPL (Grande-Anse), qui n’a jamais marchandé ni caché son soutien au Premier Ministre ratifié, s’est jeté a l’eau pour renverser la vapeur et sauver Michèle. Après une rencontre très longue à huis-clos, le vote de ratification a été repris au cours de la même séance, cette fois en l’absence du sénateur Beauzile. Le sénateur Pierre-Louis s’était ravisé et avait voté pour.
Le parlement est ambivalent. Il réclame des postes dans le gouvernement. Il veut recevoir de l’argent du trésor pour exécuter directement des projets. En même temps, il veut assurer le suivi et le contrôle de l’action gouvernementale.
A la fin de l’année, un groupe de sénateurs, conduit par le sénateur Anacacis Jean Hector, menace de sanctionner le Ministre de l’Économie et des Finances. Le sénat est divisé sur la question. Une rencontre est vite organisée entre le Premier Ministre et les Bureaux des deux chambres pour présenter des ébauches de feuilles de route, promises un mois après la déclaration de politique générale.
C’est dans ce contexte que s’est déroulé un atelier de travail entre l’Exécutif et le Législatif sur l’élaboration d’un agenda parlementaire. Le sénateur Anacacis en a critiqué l’organisation de cet atelier avec le financement de la communauté internationale. Ces derniers temps, les parlementaires sont très critiques envers le gouvernement qu’ils jugent peu efficace.
A trois mois du début de l’année fiscale 2008-2009, la loi des finances n’est toujours pas soumise à la sanction du Parlement. Le Premier Ministre avait promis de le transmettre au Parlement le 15 décembre 2008.
Ce jour là, c’est l’arrêté de convocation de la chambre des députés, en session extraordinaire, pour statuer sur ledit Projet, qui lui a été transmis. Les débats s’annoncent orageux. Des voix s’élèvent aussi bien au Parlement qu’au sein de la société civile en vue de la présentation d’un budget décentralisé.
C. Le Pouvoir Judiciaire est inexistant. Malgré le vote des lois portant sur le statut de la Magistrature, celui de l’École de la Magistrature et la création du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), l’organisation du Pouvoir Judiciaire est restée lettre morte. La séparation et l’indépendance des pouvoirs, prônées par la Constitution de 1987, ne se sont toujours pas matérialisées dans les faits.
Cette fois-ci, l’Exécutif, par l’intermédiaire du Ministère de la Justice, s’est engagé dans un processus dilatoire de validation des membres du CSPJ qui sont soit élus par leurs pairs soit désignés par des organisations des droits humains. Cette procédure devrait précéder le choix des honorables membres du CSPJ. Le Parlement a voté une loi. L’Exécutif ne peut passer outre. Il doit la mettre en application, suite à sa promulgation.
La mission de valider les membres du CSPJ est assignée au Secrétaire d’État de la Sécurité Publique. Ce dernier confie sa réalisation à des agents de la Police Nationale d’Haïti (PNH). Se faisant, l’Exécutif viole la Constitution de 1987 et humilie les membres d’un pouvoir indépendant.
C’est aussi une façon détournée et maladroite de s’opposer au transfert des prérogatives de gestion du Pouvoir Judiciaire, dévolues au Ministère de la Justice sur la base des décrets de mars 1983 et d’août 1995.
Le Ministère de la justice ferait mieux de définir sa nouvelle mission dans la perspective prochaine de l’indépendance du Pouvoir Judiciaire. Cette Mission pourrait se résumer ainsi : servir de conseiller juridique principal du gouvernement, assurer la tutelle de la police, du Parquet et gérer le système pénitentiaire.
Aujourd’hui, sans local ni budget, c’est la communauté internationale qui finance les rencontres des membres du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire. Or, le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) devrait participer à l’élaboration du Pouvoir.
De combien de juges a-t-on besoin pour le fonctionnement des 18 juridictions de la République? Combien devra-t-on former cette année? Quel doit être le budget de l’École de la Magistrature? Quel sera le budget affecté au fonctionnement des cours et tribunaux de la République?
Autant de questions dont les réponses relèvent des prérogatives du Pouvoir Judiciaire. Puis, l’on s’entonnera de l’inefficacité de la justice, de la corruption présumée des magistrats et de l’encombrement des prisons.
La situation de la détention préventive prolongée est toujours préoccupante. Le nouveau ministre de la Justice, Me Jean Joseph Exumé, a formé une Commission, chargée de conseiller le Ministère sur la question. Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a protesté contre la publication du nom de Vilès Alizar, sans son consentement, comme membre de cette Commission.
La lutte contre la corruption, le trafic des stupéfiants et le blanchiment des avoirs, se sont intensifiés cette année. Un cas a défrayé la chronique. Il s’agit de celui de M. Sandro Joseph, Directeur Général de l’Office d’Assurance Vieillesse (ONA). Celui-ci aurait payé cash un véhicule, offert à sa concubine à l’occasion de la Saint-Valentin. L’Unité de Lutte Contre la Corruption, après enquête, a demandé au Parquet de mettre l’action publique en mouvement.
Le nouveau Commissaire du Gouvernement, Me joseph Manès Louis qui remplace à ce poste Me Claudy Gassant, mettait l’action publique en mouvement. Aujourd’hui, le cas est déféré au cabinet d’instruction. Dans cette affaire, M. Joseph se dit victime de machinations et de persécutions politiques. Cette affaire a mis en lumière la pratique de prêts hypothécaires accordés par l’ONA à des parlementaires à des taux bonifiés et sur des périodes dépassant 15 ans.
La Drug Enforcement Agency (DEA), des Etats-Unis, a mené de nouvelles opérations de lutte contre le trafic des stupéfiants dans plusieurs régions du pays. Des présumés trafiquants, arrêtés aux Gonaives, à Jacmel et à Port-de-Paix, ont été transférés aux Etats-Unis pour faire face à la justice américaine. Dans cette dernière ville, la perquisition de la maison d’un proche d’un présumé trafiquant de drogue a permis de découvrir un coffre-fort contenant des millions de dollars américains. Les biens immobiliers leur appartenant, ont été mis sous séquestre par le gouvernement haïtien.
Au début du mois de décembre, une jeune femme nommée Monique Pierre, entretenant des relations amoureuses avec le Commissaire de Police Ernst Bouquet Dorfeuille, affecté au commissariat des Gonaives, a été enlevée dans sa résidence située dans la banlieue Est de Petion-Ville et tuée.
Son cadavre a été retrouvé sur une route nouvellement aménagée non loin du morne à cabris. On la dit très riche et on la soupçonne d’entretenir des liens avec la mafia de la drogue. Son fiancé a été interrogé par le Parquet, en présence de ses avocats. Son cas est déféré au cabinet d’instruction qui l’a inculpé sous trois chefs d’accusation.
Parlant de Parquet, on se souvient de Me Claudy Gassant, ce Commissaire du Gouvernement tout-puissant qui entretenait des relations conflictuelles avec tout le monde sauf avec son maitre Préval. Peu de temps avant l’entrée en fonction du Gouvernement Préval-Pierre-Louis, il est nommé maintenant Ministre Conseiller à la Mission diplomatique haïtienne en République dominicaine. Madame Pierre-Louis ne voulait-t-elle pas gérer les sautes d’humeur du Commissaire Gassant? Puisqu’elle allait occuper le portefeuille de Ministre de la Justice.
Le Directeur Général de la Police semble avoir gain de cause. Le dernier épisode du feuilleton sur le conflit l’opposant à Me Gassant remontait à l’affaire Assad Volcy. Le véhicule de ce dernier, Directeur de la Communication au Palais National, serait soupçonné d’implication dans un cas d’enlèvement à Petion-Ville. N’était-ce l’intervention opportune du Commissaire Gassant, il aurait été arrêté par la police de Pétion-Ville.
Aujourd’hui, on s’attend à ce que Me Gassant mette son talent et son zèle au service des migrants haïtiens, objets des pires traitements dans les bateys et dans les villes frontalières de la République dominicaine. Les relations entre les deux états sont cordiales. Le Gouvernement ne semble pas préoccupé par les conditions de vies inhumaines menées par nos compatriotes en république voisine.
Cette année encore, l’insécurité a fait de nouvelles victimes au sein de la population haïtienne. Les actes de kidnapping ont repris de plus belle. Les femmes et les enfants, particulièrement les écoliers, en sont les principales victimes. Cette situation permet aux partisans des Forces Armées d’Haïti de remettre la question de sa réactivation sur le tapis.
Des militaires démobilisés ont fait entendre leurs voix à Hinche. Au Cap-Haïtien, certains d’entre eux en profitaient pour occuper l’espace de certains bâtiments publics. De plus, la Commission chargée de réfléchir sur la nécessité d’une seconde force publique remettait son rapport.
Ce contexte était aussi propice au renouvellement du mandat de la MINUSTAH pour une année supplémentaire. L’ONU présente Haïti comme une menace pour la sécurité de l’île, de la Caraïbe et de l’hémisphère. Mais après quatre ans et six mois de présence sur le territoire haïtien, quel bilan peut-on clairement dresser de son travail pour conjurer cette menace? La MINUSTHA n’est-elle pas surtout une force de dissuasion? Et combien de temps cette dissuasion doit-elle durer et pour quel résultat?
En termes de performance, le parlement a voté très peu de lois au cours de cette année. La performance de l’Exécutif se mesure à l’aune de la paralysie et de l’inaction. La Justice est en panne.
D. Autres Acteurs de la vie nationale.
Le CEP : La question du renvoi des membres du Conseil Électoral Provisoire (CEP), dirigé par Max Mathurin a dominé l’actualité. On est unanime à reconnaître que c’était un CEP à problèmes. Cependant, on s’interrogeait sur la logique et l’économie d’une telle décision. Il fallait organiser les élections pour le renouvellement du tiers du Sénat et les élections indirectes pour compléter le cycle électoral qui a été initié en 2006.
Ces dernières élections devraient conduire à la mise en place de toutes les institutions indépendantes prévues dans la Constitution de 1987, y compris le Conseil Électoral Permanent. D’aucuns soupçonnent le Président Préval d’être contre l’organisation des élections intermédiaires.
Cette question du remplacement du CEP a donné lieu à des protestations au niveau de la classe politique et de la société civile. Mais cela ne leur a pas empêché de désigner des personnalités pour les représenter dans le nouveau CEP. Par exemple, le nom de Jacques Bernard, Directeur Général de l’ancien CEP, dont le rôle était instrumental à la réussite des élections de 2006, était cité pour représenter la Chambre de Commerce et de l’Industrie d’Haïti (CCIH).
Coup de théâtre ou manœuvre politique! Son nom ne figurait pas sur la liste des membres. Pourtant, il était nommé Directeur Général par Arrête Présidentiel. Nomination éphémère, dirait-on. Il devait démissionner peu de temps après, pour signifier son désaccord à la révision des règlements intérieurs du CEP. Révision qui réduisait les pouvoirs du Directeur Général à celui d’un caporal. Il était remplacé à ce poste par Mr Pierre-Louis Opont, ancien cadre de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC).
L’absence de gouvernement et les catastrophes naturelles ont considérablement ralenti l’élan du Conseil Électoral Provisoire nouvelle version. Jusqu'à présent, ce dernier n’a pas publié de calendrier électoral. Deux dates hypothétiques, avril et juin 2009, sont retenues pour l’organisation des élections en vue du renouvellement du tiers du sénat. Il se pose la question de l’inscription des nouveaux électeurs et celle de la distribution des cartes électorales par l’Office National de l’Identification (ONI). Le matériel, commandé à cet effet, est disponible. On attend l’ouverture des inscriptions des nouveaux électeurs, la distribution des cartes fabriquées lors des précédentes élections ainsi que le remplacement des cartes égarées.
Le CEP n’inspire pas confiance. Parlementaires et regroupements de partis politiques se plaignent. Ils critiquent le CEP de vouloir les écarter du processus électoral. Ils le critiquent davantage parce qu’il a changé presque tout le personnel des bureaux départementaux et communaux. Il a procédé à un concours pour recruter le nouveau personnel.
L’installation de nouveaux responsables des Bureaux Électoraux Départementaux (BED), s’est effectuée dans une atmosphère de protestation. Dans au moins deux départements (Centre et Grande-Anse), certains membres ne sont pas installés. Dans la Grande-Anse, l’un d’entre eux a même fait l’objet d’arrestation pour implication présumée dans la commission d’infractions pénales. Comment peut-on s’attendre à des élections honnêtes et crédibles quand ceux préposés à leur organisation ne le sont pas?
Les opinions sont divisées sur l’opportunité et la pertinence de l’organisation de ces élections cette année, après autant de catastrophes et de déboires. Leur coût est estimé à 16 millions de dollars américains. Ne faudrait-il pas consacrer cette somme à des activités productives et génératrices de revenus?
L’Université : un nouveau Conseil est élu pour gérer les destinées de l’Université d’État d’Haïti (UEH). Mis à part l’Agronome Jean Vernet Henry, les deux Vice-recteurs, ayant dirigés avec le Recteur Pierre- Marie Paquiot, ont été réélus.
En dépit de ce changement, les facultés ne se portent pas mieux. L’École Normale Supérieure est en crise. Des étudiants de la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV) demandent de participer à la relance de la production agricole.
Ils ont malmené le Ministre de l’Agriculture, l’Agronome François Sevrin. En outre, la capacité d’accueil de l’UEH est dépassée. Il y a plus d’étudiants haïtiens à Santiago en République dominicaine que dans toutes les universités fonctionnant dans le pays.
Les Partis Politiques : l’image et la réputation des partis politiques sont très érodées cette année. Premièrement, la formation du groupe CPP à la chambre des députés a fortement affecté la réputation des partis politiques représentés au Parlement.
La CPP imposait sa loi dans les négociations portant sur le choix des candidats au poste de Premier Ministre et sur la formation du Gouvernement. Elle est devenue une force incontournable sur l’échiquier politique.
Les partis politiques, faisant partie de la Convention et autres regroupements de partis, reprennent du poil de la bête à l’annonce de la préparation des élections.
La Société Civile : elle n’a pas d’agenda spécifique. Elle est en mode réactif depuis l’accession de Préval à la Présidence. Son palmarès n’est pas très brillant cette année.
D’un coté, la Chambre de Commerce et de l’Industrie d’Haïti (CCIH) jointes à l’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH) et a l’Association des Médias Indépendants d’Haïti (AMIH) ont organisé, avec succès, une journée de levée de fonds au Parc Historique de la Canne à Sucre, en vue de venir en aide aux sinistrés des quatre ouragans qui ont frappé le pays durant la saison cyclonique. Avec la faillite de l’état haïtien et l’inefficacité du secteur privatif haïtien, le marathon s’installe comme mode de gestion de désastres et comme certificat de citoyenneté. Les organisations qui s’occupent d’éducation civique ont du pain sur la planche.
De l’autre, un groupe d’organisations a réagi sur la question de la réforme constitutionnelle et récemment sur la préparation du budget 2008-2009. En outre, un collectif d’organisations a organisé une marche pacifique contre le kidnapping. Suite à cette marche, le collectif a soumis un avant-projet de loi au sénat qui l’a voté sans difficulté.
Par ailleurs, des organisations dites paysannes ont manifesté dans les rues de la capitale pour réclamer le respect de la souveraineté alimentaire. Il faudrait commencer par produire du citron, de la banane et des noix de coco en quantité suffisante pour satisfaire la demande domestique.
Enfin, la commémoration du 60e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits Humains a donné lieu à des débats très animés sur la ratification éventuelle par Haïti de la Convention des Nations-Unies sur les droits économiques, sociaux et culturels.
Ce débat est vieux, dans la mesure où il remonte à l’époque de la guerre froide. A cette époque, la tendance en était que les pays du bloc socialiste, de tendance plus égalitaire mais moins enclin à l’alternance politique, adoptaient la convention sur les droits économiques sociaux et culturels. Alors que les pays du bloc capitaliste, de tendance inégalitaire mais plus encline à l’alternance politique ne serait-ce qu’à travers l’organisation d’élections truquées, adoptait celle sur les droits civils et politiques.
C’est ainsi, par exemple, que la République socialiste de Cuba a ratifié la Convention sur les droits économiques, sociaux et culturels. Alors qu’Haïti, même sous la dictature des Duvalier, a ratifié celle sur les droits civils et politiques. Il n’est pas étonnant que les conditions de vie de la population soient bien meilleures à Cuba. Alors que certaines libertés publiques sont plus ou moins constatées en Haïti.
E. La Communauté Internationale : La Mission des Nations Unies de Stabilisation en Haïti (MINUSTAH) a rempli tant bien que mal son rôle de force de stabilisation. Elle ne manque jamais l’occasion de rappeler que la mission de développement incombe aux haïtiens.
La MINUSTAH, dans toutes ses composantes, s’est montrée très utile au cours de cette période. Son rôle a été primordial dans l’acheminement des secours quand tous les ponts étaient coupés. Son mandat est reconduit pour un an. Certaines voix et pas des moindres se sont élevées pour réclamer son départ. D’autres plus raisonnables réclament un calendrier de désengagement, moyennant la constitution d’une force de substitution.
D’une façon générale, les organisations du système des Nations Unies, les Agences de Développement international ainsi que les organisations caritatives ont apporté une aide humanitaire substantielle, suite aux catastrophes tant humaines que naturelles qui ont affecté ce pays cette année.
Toutefois, les Haïtiens doivent créer eux-mêmes les conditions de paix et de stabilité indispensable au développement socio-économique du pays.
Sur le plan économique :
Haïti est épinglé par un rapport sur l’environnement des affaires dans le monde. L’économie haïtienne, déjà moribonde, a subi les conséquences de crises majeures tant externes qu’internes. Le premier trimestre de l’année 2008 débutait par l’annonce de la découverte d’un foyer de grippe aviaire dans la province orientale de Higuey. Il a également été témoin de la montée des prix du pétrole et des céréales sur le marché international.
Sur le plan externe, la découverte d’un foyer de grippe aviaire dans la province orientale d’Higuey, en République dominicaine, a porté les autorités haïtiennes à adopter de mesures restrictives sur les importations de produits avicoles en provenance de la République. Ces mesures ont eu pour effet immédiat de renchérir le prix des poulets et des œufs sur le marché haïtien. La viande de poulet était la plus accessible aux petites bourses en Haïti, en raison du caractère modéré de son prix.
Ensuite, la crise pétrolière. Le prix du baril de pétrole atteignait les 140 dollars sur les marchés de Londres et de New-York. Cette crise affectait non seulement la balance commerciale et la balance des paiements du pays, en termes de sortie de devises pour s’en approvisionner, les prix de l’énergie, du transport et de tous les produits associés ou connexes étaient en hausse. L’effet de cette crise sur le coût de la vie de l’haïtien moyen était insupportable.
Puis, la crise alimentaire. L’amélioration des conditions de vie dans des pays émergents et très peuplés, comme la Chine et l’Inde augmentaient la demande de céréales dans ces pays. Conséquence immédiate : les prix du riz, du soja et du blé avaient plus que doublé. Il est résulté la hausse vertigineuse des prix de tout produit complémentaire ou substitut.
En Haïti, comme dans beaucoup d’autres pays moins avancés, les prix des produits de première nécessité avaient dérapé. Cela précipitait dans la détresse et la famine les 40% et plus de la population vivant au-dessous du seuil de pauvreté avec moins de un dollar américain par jour.
Après la grogne, ce fut le tour des manifestations de rues aux Cayes, une ville réputée généralement calme. Le mot d’ordre gagnait d’autres villes. Dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, ces manifestations étaient violentes. Les manifestants s’en prenaient aux maisons de commerce et à certaines banques commerciales. Le coût des dégâts est énorme. Le manque à gagner pour le fisc était considérable.
Ces manifestations servaient de détonateur à l’interpellation du Premier Ministre Jacques Édouard Alexis et au renvoi de son gouvernement, suite à un vote de censure infligé par le sénat de la République.
Sur le plan interne, le renvoi du gouvernement marquait le début d’une longue crise politique. Pendant quatre mois, le gouvernement Alexis expédiait les affaires courantes. L’aide financière promise par la Communauté internationale était littéralement bloquée. Cette crise politique aggravait la situation déjà précaire d’une population aux abois.
De plus, le processus de la préparation du budget du prochain exercice, qui démarre généralement en mars de l’année en cours, est retardé. Le taux d’inflation augmentait pour atteindre plus de 18 % en rythme annuel, dépassant toutes les prévisions établies dans le cadre du programme de stabilisation économique.
Le taux de change de la gourde par rapport au dollar américain dérapait également. Ce qui portait la Banque Centrale à intervenir sur le marché des changes pour éviter une dépréciation plus accélérée de la gourde par rapport à la devise américaine. En Haïti, la variation à la hausse du taux de change et l’augmentation du prix du pétrole sur le marché international sont les deux principaux paramètres considérés pour décider de l’augmentation du prix du pétrole à la pompe.
Peu de temps après, les catastrophes naturelles. Depuis quelques temps, la saison cyclonique n’est pas clémente envers le pays qui est constamment sous l’effet de catastrophes environnementales produites par l’homme. Haïti est devenu très vulnérable aux catastrophes naturelles. Cette année, quatre ouragans majeurs ont effleuré les côtes septentrionales et méridionales haïtiennes. Ils ont eu pour nom : Gustav, Hanna, Ike et Josephine.
Quatre ans après le passage du cyclone Jeanne qui avait inondé et dévasté la ville des Gonaives, cette ville se retrouve encore ensevelie sous les eaux. L’Organisme chargé de la Protection Civile recensait plus d’un millier de morts, des centaines de disparus et des centaines de milliers de sans abri sans compter la destruction des commerces et des plantations. Gonaives était paralysée.
L’Artibonite est sans doute le département le plus touché; mais pas le seul. Le plateau central, les Nippes et le Nord-ouest sont également très affectés. Les inondations ont ravagé les plantations, emporté les cultures et endommagé les infrastructures de base.
Dans certaines régions du pays, les infrastructures routières sont détruites et les plantations emportées par les eaux en furie. C’est le cas, par exemple de la ville Cabaret ou une bonne partie des bananeraies était détruite, sans oublier les pertes considérables en vies humaines. Il était difficile voire impossible d’approvisionner certaines régions en carburant.
Enfin, la crise financière. Cette dernière frappe particulièrement certains pays développés occidentaux. Mais ses effets sur l’économie réelle ne se sont pas fait attendre. L’économie de la plupart des pays développés rentre en récession. Les populations de migrants basculent dans le chômage.
Il en résulte la baisse des flux de transferts vers des pays sous-développés. C’est le cas en Haïti où le chômage est déjà endémique. Son taux avoisine 70% de la force de travail. On annonce encore la mise à pied d’au moins un millier d’ouvriers dans la zone franche établie non loin de la frontière nord avec la République dominicaine.
Cette année, Haïti renoue avec la reconduction du budget. La loi des finances rectificative est votée par le Parlement juste quelques heures avant la fin de l’année fiscale 2007-2008, soit le 30 septembre 2008. L’année fiscale se termine avec un déficit budgétaire, évalué à quelques 3 milliards de gourdes. C’est la raison pour laquelle les bailleurs de fonds internationaux ont encouragé le Gouvernement à utiliser les fonds générés dans le cadre du Programme PetroCaribe pour financer le programme d’urgence.
C’est à la fin du premier trimestre de l’année fiscale 2008-2009 que le projet de lois des finances sera soumis à la sanction parlementaire. Donc, il est difficile de prétendre pouvoir améliorer les conditions de vie quand les ressources ne cadrent pas avec l’augmentation d’une population sans cesse croissante.
Sur le plan social :
Une enquête, effectuée par l’institut de sondage Gallup, classe Haïti parmi les pays où la population n’est pas satisfaite de sa qualité de vie. Le jour de la publication des résultats de cette enquête, un correspondant de presse au parlement posait la question à certains députés. Ces derniers ont répondu que les conditions de vie dans le pays sont abominables.
En 2008, le peuple haïtien a vécu dans le désespoir, la désolation, le désarroi et la détresse. Il ne manquait une occasion pour clamer son mal être. A cela, le Président Préval et l’ancien Premier Ministre Jacques Édouard Alexis répondaient qu’ils n’étaient pas des magiciens et qu’ils ne pouvaient opérer des miracles.
Quel est le rôle des dirigeants, si ce n’est de raviver l’espoir au sein de la population? D’ailleurs, c’est sous ce label que la plateforme qui les a portés au pouvoir avait mené campagne et gagné les élections.
Les différentes situations de crise qui ont frappé le pays au cours de cette année, que ce soit la crise alimentaire, la crise pétrolière, la crise politique, les catastrophes naturelles et la crise financière, toutes ont eu des conséquences très graves sur les conditions de vie déjà précaires de la population haïtienne, en général.
A ces différentes crises s’ajoutaient les vagues de révocation dans des entreprises publiques comme la Téléco, l’Autorité Portuaire Nationale (APN), le Service Métropolitain de Collecte des Résidus Solides (SMCRS). Des milliers d’employés, en majorité des gagne-petit, se retrouvaient subitement sans emploi, sans revenu et sans moyens de subsistance.
Ces anciens employés allaient automatiquement grossir l’armée des chômeurs. Le chômage affecte cette année 5 millions d’habitants environ. C’est dans cette catégorie que se recrutent les plus pauvres d’entre les pauvres. Ceux-là vivent dans la pauvreté la plus abjecte. Elles sont les premières victimes des catastrophes naturelles qui se sont abattues sur le pays cette année.
De plus, des centaines de familles pleurent la disparition d’etres chers aux Gonaives, à Cabaret, à Mirebalais et à Hinche. Certaines d’entre elles ont tout perdu. La seule alternative qui s’offre à eux est l’exode. Quand elles ne viennent pas augmenter le nombre de taudis et de bidonvilles, elles traversent la frontière ou prennent la mer à la recherche d’une ville meilleure.
Elles ne sont désirées nulle part. C’est par bandes qu’elles sont rapatriées tous les jours de la République dominicaine, des Bahamas et des États-Unis d’Amérique. Les moins fortunes périssent en mer. Depuis quelques temps, une situation de tension règne dans les villes frontalières entre Haïtiens et Dominicains.
Le tableau s’est davantage assombri avec l’effondrement d’une école, dénommée la Promesse Évangélique fonctionnant à Nérette dans la banlieue de Pétion-Ville. Le bilan des victimes était lourd : une centaine de morts et des centaines de blessés.
Cette école, dirigée par un pasteur de cultes réformés, est construite sur trois niveaux dans un bidonville, sans calcul préalable de la résistance du sol et des matériaux. Les dégâts seraient moindres s’il existait des routes facilitant l’acheminement des secours. Le pasteur est arrêté sous la prévention d’usurpation de titres et d’homicide involontaire. Est-il le seul responsable de cette catastrophe?
Toutes les institutions publiques qui ont failli à leur mission de contrôle sont responsables. La Présidence l’a si bien comprise qu’elle a convoqué les Maires des 140 communes à une retraite au Palais National pour deviser sur la meilleure façon de lutter contre les constructions anarchiques qui sont légions dans le pays.
Un pays ne meurt pas, dit-on. Mais Haïti agonise sous le poids de l’incohérence, de l’irresponsabilité et de l’insouciance de ses fils, de ses gouvernants, de ses élites aussi bien morales, politiques qu’économiques.
Cette année, le temps n’est ni aux souhaits ni aux vœux pieux. Consacrons-le à la réflexion citoyenne. Une réflexion qui doit éveiller la conscience des élites haïtiennes sur leur mission véritable qui est de travailler au bonheur du peuple haïtien.
Toutefois, le peuple doit vouloir vivre heureux et le décider collectivement. Il doit commencer par confier la gestion de ses destinées à des dirigeants honnêtes, responsables, compétents, soucieux de son avenir et de celui des enfants.
Quand on confie un pouvoir même en haillons à des chefs de bandes qui se pavanent en hommes d’État, on plonge l’avenir dans la nuit. Les Haïtiens ont-ils les ressources matérielles, intellectuelles et morales pour se tirer du gouffre sans passer par une tutelle efficace? En ce début du 21ème siècle, Haïti est un navire sans gouvernail avec une caricature de capitaine. Dans un pays de misère profonde, d’ignorance crasse, avec un système d’électrocratie malsaine poussant sur le terreau fertile d’une société corrompue et largement analphabète, l’écrasante majorité ne vote pas ce qu’elle mérite mais ce qui lui ressemble, la démagogie et l’argent sale aidant. Si Barack Obama était Haïtien, nos compatriotes, pour la plupart, l’auraient vu comme un métis dérangeant et lui auraient préféré un nul sans programme, sans langage, un politicien de pacotille pataugeant comme eux dans la médiocrité ambiante et parfait joujou de nos affairistes cyniques et méprisables. Il ne resterait à Barack qu’à se caser dans un poste d’ONG ou d’un organisme international ou à se refugier à l’extérieure. Pendant combien de temps, Haïti sera-t-elle encore considérée comme un comptoir par des escrocs tant nationaux qu’étrangers, marchands d’une « démocrassie » qui signifie tout le monde dans la crasse? Dans ce pays où, parait-il, Dieu devra prouver qu’il existe, tant sont immenses la lâcheté, l’égoïsme, l’incapacité d’apprendre et de comprendre de la plupart de ceux qui l’habitent, la fin de la descente aux enfers dépend-t-elle encore de la volonté, de l’intelligence et du courage d’un groupe d’Haïtiens?
Michel SOUKAR
Décembre 2008
lundi 24 novembre 2008
HAITI: LE POPULISME AURA-T-IL RAISON DE NOUS?
Haiti : Le populisme aura-t-il raison de nous ?
dimanche 23 novembre 2008
Par Nancy Roc
Soumis à AlterPresse le 22 novembre 2008
Selon un vieil adage, le pouvoir corrompt tout homme. En Haïti, il transforme les hommes en fauves. De Faustin Soulouque au général Nord Alexis, de François Duvalier à Jean-Bertrand Aristide, l’histoire de notre pays regorge de ces fauves. Depuis 1804, la culture et l’intelligence ont systématiquement été rejetées par les élites politiciennes au profit de l’intérêt personnel des uns et financier des autres. Deux cents ans plus tard, « si les hommes politiques et les diplomates peuvent se permettre de jouer avec les mots, les scientifiques sont bel et bien obligés de tenir compte de l’évidence des faits : Haïti est un pays naufragé, un État effondré », constate le politologue Sauveur Pierre Étienne dans son livre intitulé « L’énigme haïtienne : échec de l’État moderne en Haïti » [1]. La corruption, la terreur programmée et l’anarchie téléguidée ont conduit notre pays au bord du gouffre. Depuis 1990, le populisme lavalassien l’y a finalement précipité.
La tragédie de Nérette est le symbole de ce populisme mortifère : des dizaines d’enfants ont payé de leur vie l’irresponsabilité des autorités qui, depuis 18 ans, préfèrent utiliser le peuple à des fins politiciennes au détriment de toute logique, d’un minimum de sécurité nationale. « Haïti est un pays où la norme est d’être hors normes », fait remarquer le psychiatre canadien d’origine haïtienne, le Dr Joël Des Rosiers, suite à ce drame. « Nous ne fonctionnons pas au nom de la Loi. Il faut donc construire une culture de la Loi car aucune communauté de citoyens ne peut survivre sans des règles, sans des normes, sans des lois », souligne-t-il. « La justice est le plus grand opérateur de solidarité dans un pays. Si nous n’arrivons pas à construire l’édifice de la Loi, nous ne pouvons pas constituer un pays » [2], soutient-il. Et le Dr Joël Des Rosiers conclut qu’en l’absence de justice et de lois, Haïti est vouée à l’anarchie.
Une inorganisation …organisée
À Port-au-Prince, cette anarchie s’étale et s’étend au vu et au su de tous. Dans cette capitale du non-droit, au nom du populisme, il est interdit d’interdire. La problématique de l’aménagement du territoire haïtien relève d’une situation de fait qui se manifeste de manière graduelle dans le pays depuis environ près de cinq décennies et s’est accentuée au cours de ces 20 dernières années : l’organisation de l’inorganisation de l’ensemble du territoire national [3].
Si l’on considère le territoire complet d’une nation comme « un système organisé composé de cellules, d’organes différenciés et de réseaux dans lesquels circulent l’influx nerveux et le sang qui doivent atteindre toutes les parties du corps [4] », il s’avère, dès lors, nécessaire de poser au départ le principe de sa structuration et de son organisation réelle. Sinon, l’on risque d’encourager et de perpétuer les résistances psychologiques au progrès, les blocages et les freinages matériels compromettant la croissance et le fonctionnement des organes nouvellement créés [5].
Si l’aménagement du territoire est une approche synthétique et rationnelle visant le modelage d’un cadre physique, d’un espace géographique, alors Haïti et notamment sa capitale, nous renvoient la monstruosité de notre irrationalité. D’un côté, l’État ne maîtrise pas l’espace, de l’autre, le peuple a pris d’assaut les mornes et leurs versants dans une dangereuse et constante pulsion qui se rapproche davantage de la mort que de la survie. Ceci s’explique notamment par le fait que « les problèmes d’ordonnancement de l’espace et d’harmonisation des relations de l’homme avec son milieu n’ont pas encore acquis de valeurs sociales en Haïti, c’est-à-dire qu’ils n’arrivent pas à s’imposer à la conscience du plus grand nombre » [6]. Tout comme elle se manifeste aujourd’hui au niveau de l’organisation du territoire national par trois (3) grands fléaux :
• La décapitalisation massive des moyens de production ;
• L’urbanisation sans industrialisation liée à un développement anarchique accéléré au niveau des grandes villes et des villes moyennes ;
• l’hypertrophisation et le congestionnement de Port-au-Prince, la capitale.
Les préoccupations explicites d’organiser le territoire national remontent aux années 1969 lorsque certaines études ont révélé la nécessité d’un aménagement volontaire du pays afin de combattre le développement monopolaire de la capitale et réduire les disparités constatées au niveau des principales villes du pays. Deux grandes périodes ont marqué l’expérience haïtienne en matière de pratique d’aménagement du territoire : la première dominée par l’idée de régionalisation remonte aux années 1971 jusqu’en 1987 ; la seconde caractérisée plutôt par la décentralisation et la planification de type territorial, part de l’adoption de la Constitution en 1987 et ce jusqu’ à nos jours. Aujourd’hui, en dehors de la Constitution, aucune ligne directrice précise n’a été définie.
Entre démagogie et lâcheté
Aujourd’hui, l’État complice, concepteur et promoteur de cette anarchie, se retrouve être le gouverné au lieu d’être le gouvernant. Les constructions sont illégales mais leurs propriétaires revendiquent le droit d’être dédommagés par l’État si leurs propriétés sont détruites. Idem pour les marchandes : n’importe qui installe son petit commerce dans la rue, mais pour déplacer les marchandes il faut leur trouver une alternative, un autre espace, construire un autre marché pour elles. Aucune sanction n’est imposée et, pis encore, plus on est illégal, plus on a le droit de revendiquer. À ce rythme là, il faudrait une autre capitale pour répondre aux besoins de tous ceux qui, au nom du populisme, passent du stade de l’illégalité à la compensation sans avoir jamais rempli un minimum des devoirs du citoyen !
La démagogie et l’irresponsabilité du pouvoir exercé par Jean-Bertrand Aristide et René Préval sont en train de nous exploser en plein visage. « Aristide a utilisé les méthodes habituelles du leader populiste (encadrement de la société par la terreur, les médias, le parti, la fraude électorale, la corruption), il s’est trouvé aussi affaibli par les limites de ses soutiens (milices armées incontrôlables, rôle incertain des mafias de la drogue, division interne à son parti, faiblesse de la police haïtienne, isolement international). Dans ce contexte, malgré la terreur imposée aux intellectuels et à l’opposition, il n’a pas su empêcher la montée en puissance des mécontentements. Le peuple, manipulé, a, dès les années 2000-2002, abandonné celui qu’il a adulé, disqualifiant alors le populisme aristidien, en dictature propre, de type néo-duvaliériste, si l’on s’en réfère à la culture politique haïtienne (…) Il a échoué dans tous les domaines, sombrant dans une démagogie et un discours sans prise sur l’opinion. Le régime d’Aristide ne fut qu’un populisme de misère, indigne, pour un peuple digne toujours en quête de démocratie ». [7]
À la chute d’Aristide en février 2004, le gouvernement de transition avait l’opportunité historique de mettre de l’ordre dans le désordre qui caractérise le pays. N’ayant ni à plaire ni à dépendre d’un électorat, ce gouvernement aurait dû – et nous l’avions souvent écrit à l’époque- imposer des mesures peut-être impopulaires mais urgentes dans les grands dossiers empoisonnants le devenir de la nation : la lutte contre la corruption et le trafic de la drogue, l’aménagement du territoire, la lutte contre la mafia environnementale, pour ne citer que ceux-là. Malheureusement, le Premier ministre Gérard Latortue s’est révélé être un lamentable chef de gouvernement : « un pantin, une personnalité politique creuse et sans consistance qui se contente uniquement d’exécuter les ordres de ses maîtres. Rongé par l’ambition, attiré particulièrement par les avantages que procure le pouvoir, Gérard Latortue (…) a été, politiquement, un lâche et un irresponsable sans vergogne fuyant ses responsabilités gouvernementales pour se courber devant le diktat d’une certaine communauté internationale incarnée par les États-Unis, la France, l’Union Européenne, Gabriel Valdez le représentant de l’ONU et un général Brésilien, commandant de la force militaire d’occupation. Le tandem Latortue-Alexandre s’est révélé ainsi comme une vulgaire caricature institutionnelle imposée par l’étranger pour masquer la mise sous tutelle accélérée du pays décrié ingouvernable et en faillite totale. » [8]
Or, comme l’a souligné le politologue Sauveur Pierre Étienne, le défi de « la (re)fondation de l’État-nation, impliquant une société inclusive, permettant la transformation des individus en citoyens à part entière, ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs envers l’État, qui ne peut être qu’un État démocratique de droit », incombait au technocrate, à l’expert en ingénierie politique et, surtout, au politique. [9]
Gérard Larortue s’est révélé être un fourbe et clown politique dont les pitreries ne faisaient rire personne. Quant aux élections organisées par son gouvernement, elles n’ont rien résolu et encore moins concrétisé une véritable transition démocratique, vu la complexité du cas haïtien. Le peuple haïtien a été maintenu dans sa misère et dans sa solitude amère loin des préoccupations mondialistes. René Préval a été réélu en s’arrogeant le droit d’être le seul candidat à la présidence au monde à se présenter sans programme et sans même daigner s’adresser à la presse nationale. À la veille du premier mandat présidentiel de René Préval, Jean-Bertrand Aristide, parlant de son « frère jumeau », eut à déclarer à l’hebdomadaire français L’Express, ce constat lapidaire : « entre l’incompétent et le nul, il se rapproche davantage du nul ». Le vin était tiré.
Un pays livré à lui-même
« Si l’État est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons », disait Paul Valéry [10]. Dans la diaspora, beaucoup d’Haïtiens ont de plus en plus le sentiment que le pays dégage un parfum de fin du monde. On a beau réfléchir, mais force est de constater qu’au terme de 18 ans de populisme lavalassien, « il n’y a pas d’État moderne, pas de citoyens, pas de société civile, pas d’espace public, pas d’opinion publique et pas de démocratie. » [11] Même si, en 1986, le peuple haïtien s’est libéré de la dictature, les élites politico-sociales ont conservé les mêmes réflexes de caudillisme…sans chef militaire. Il est affligeant de constater avec quelle facilité le grand nombre est gouverné par le petit et l’humble soumission avec laquelle les Haïtiens sacrifient leurs sentiments et leurs penchants au profit des caprices de leurs petits chefs. Sous Jean-Bertrand Aristide, cette soumission a atteint son paroxysme et elle se poursuit sous le second mandat de René Préval.
Pourtant, la pensée politique veut que ce soit sur « l’opinion que tout gouvernement est fondé, le plus despotique et le plus militaire aussi bien que le plus populaire et le plus libre » [12]. Dois-je ajouter, le plus mièvre aussi ? Que nous réserve l’inexistence de l’État ? On a l’impression qu’après l’effondrement de l’État et de la société, le pays est, physiquement, à bout de souffle et s’écroule littéralement sur nous et sur nos enfants. Gouvernants et gouvernés se trouvent dans une dynamique d’entonnoir : les premiers, impuissants, ne font que constater les dégâts ; les seconds, complètement démoralisés, subissent encore sans avoir la force de protester. Le pays s’est transformé en une nation de zombies livrée à elle-même. Une nation pathétique, davantage encore que celle décrite par l’écrivain Jean Métellus.
Les dernières déclarations du président et du Premier ministre, suite au drame de Nérette, n’ont rien de rassurant. Au cours d’une cérémonie spéciale en mémoire des victimes de l’effondrement de l’école La Promesse Evangélique, le chef de l’État, René Préval, a indiqué qu’une « mauvaise compréhension de la démocratie est à l’origine du désordre dans la construction des bâtiments ». Il estime que les catastrophes actuelles sont les conséquences de nos mauvais comportements et sont liées au fait que « depuis 50 ans, nous n’avons fait que ce que nous voulions ». Il a toutefois omis de dire que sur ces 50 ans, il a « conduit » les affaires du pays pendant 18 ans, de concert avec son « frère-jumeau » Jean-Bertrand Aristide. En effet, ces deux anarcho-populistes n’ont fait que ce qu’ils voulaient et aujourd’hui, la population en paye un lourd tribu avec la vie de ses enfants ! Quant aux promesses du président de « mettre de l’ordre dans les constructions anarchiques », elles reflètent encore la démagogie qui a caractérisé le populisme lavalassien depuis 1990. En effet, ce dernier puise tout son capital politique des bidonvilles et aux sources du sous-prolétariat. Déplaire à cet électorat ébranlerait les fondements du populisme et René Préval n’a ni le courage et encore moins l’envergure de changer de vision pour assurer la sécurité de « son » peuple. Quant au Premier ministre Michèle Pierre-Louis, dépassée par les événements, elle est vraisemblablement incapable de s’imposer au président populiste. La déclaration de Mme Pierre-Louis concernant les constructions anarchiques est éloquente : « Ce serait chimérique de penser qu’on peut détruire toutes les constructions anarchiques », assure-t-elle, appelant de préférence à un effort pour faire respecter des normes standards et, pour y parvenir, elle entend passer à l’action en …mettant des affiches pour empêcher d’autres constructions, notamment sur les versants du Morne l’Hôpital ! [13] Sans commentaires !
La boîte de Pandore
L’imposture du populisme semble être à son comble et, pourtant, le pire est à venir. En effet, l’incapacité de René Préval et de ses gouvernements successifs de faire face aux besoins élémentaires de la population, ajoutée aux catastrophes en série qui ont affecté le pays en moins de quatre mois, ouvrira la voie au retour en force sur la scène politique du Parti Lafanmi de Jean-Bertrand Aristide. (…) L’audace des lavalassiens est sans limite. En témoigne l’intervention du sénateur Rudy Hériveau qui, à l’occasion du 10ème Sommet international sur le crime transnational organisé les 13 et 14 novembre 2008 à Paris, a demandé aux responsables de Transparency International de réviser les critères sur le classement des pays dits les plus corrompus du monde. « Il n’est pas normal qu’Haïti soit classé au quatrième rang des pays les plus corrompus du monde alors que ces dernières années beaucoup d’efforts ont été consentis par les autorités pour combattre la corruption » [14] , a osé proclamer celui qui, en 2004, caché dans l’enceinte de la Télévision Nationale d’Haïti, lançait des pierres sur les manifestants et les étudiants qui, dans la rue, réclamaient par milliers le départ d’Aristide.
Au nom du populisme, Jean-Bertrand Aristide et René Préval ont utilisé le préjugé de classe et de couleur pour diviser la société haïtienne et mieux régner sur leurs intérêts et ceux de leur clique de prédateurs, « les grands mangeurs ». Pour ce faire, ils ont systématiquement rejeté l’intelligence au profit d’un clientélisme basé sur le militantisme et la soumission au chef. Ils ont aussi fait barrage à la participation de la diaspora dans les affaires du pays en sectionnant tous les grands canaux de transferts de connaissance vers la terre natale. Ils ont donné au peuple l’aversion du savoir, du respect et du mérite de peur que ces valeurs ne lui fassent connaître les erreurs où on l’a plongé. Les partisans de l’absurde ont si bien réussi dans leur machiavélisme, qu’il devient dangereux de les combattre. Il importe peu à ces imposteurs que le peuple soit ignorant pour souffrir qu’on le désabuse. Lors de la cérémonie spéciale en mémoire des victimes de l’effondrement de l’école La Promesse Évangélique, le chef de l’État, René Préval, a appelé les politiques à mettre fin aux querelles intestines, en soutenant que la stabilité permettra d’éviter de nouveaux drames [15]. Ce que le président ne comprend toujours pas c’est qu’un peuple pauvre, qui a faim et qui est désespéré, n’est tout simplement pas compatible avec la sécurité et la stabilité [16]. À plusieurs reprises, le président a déclaré que la Constitution était une source d’instabilité. Que personne ne s’étonne qu’en 2009, il la mette de côté d’un revers de main pour briguer un troisième mandat et, qui sait, peut-être même rétablir la présidence à vie. Ainsi, contrairement aux dires de René Préval, ce n’est pas la Constitution qui est une source d’instabilité mais bien ces fauves populistes à l’appétit de prédateurs dont l’absence de vision et de leadership ces deux dernières décennies, entraîne le peuple haïtien dans les abysses du sous-développement.
Aujourd’hui, la société haïtienne, dans son marronnage perpétuel et ancestral, s’est repliée sur elle-même et est de nouveau contrainte de déguiser la vérité ou de se sacrifier à la rage des faux savants, des populistes, des âmes basses et intéressées. Si la société ne se ressaisit pas dans un sursaut collectif, Haïti deviendra une véritable boîte de Pandore ou un gigantesque cimetière.
[1] Sauveur Pierre ÉTIENNE, L’énigme haïtienne : échec de l’État moderne en Haïti, Montréal, Presses de l’Université de Montréal/ Mémoire d’encrier, 2007.
[2] Émission Metropolis de Radio Métropole, le 15 novembre 2008.
[3] Jean Mercier PROPHETE, La problématique de l’aménagement du territoire en Haïti, Colloque de Trois –Rivières /Québec, Août 2002.
[4] A. Platier, Communication sur l’Aménagement du Territoire, Université Libre de Bruxelles, Belgique 1971.
[5] Jean Mercier PROPHETE, La problématique de l’aménagement du territoire en Haïti, Colloque de Trois –Rivières /Québec, Août 2002
[6] Ibid, page 2.
[7] Laurent Jalabert, Un populisme de la misère : Haïti sous la présidence Aristide (1990-2004), Revue de Civilisation Contemporaine de l’Université de Bretagne Occidentale EUROPES / AMÉRIQUES, http://www.univ-brest.fr/amnis/
[8] Jean-Claude Cambronne, L’honneur perdu de Gérard Latortue, le 20 août 2005.
[9] Sauveur Pierre ÉTIENNE, op. cit. p. 300.
[10] Valéry Paul, « Fluctuations sur la liberté », dans Regards sur le monde et autres essais, Paris, Gallimard, 1945, p. 63.
[11] Ibid., p. 328.
[12] David Hume / 1711-1776 / Essais politiques
[13] Radio Métropole, Michèle-Pierre Louis n’envisage pas de démolir les constructions anarchiques, le 14 novembre 2008.
[14] Le Nouvelliste, Corruption : Transparency International appelé à réviser les critères, le 17 novembre 2008.
[15] Radio Métropole, Préval entend interdire les constructions anarchiques, 14 novembre 2008.
[16] Hédi Annabi, Conférence de Presse à New York, 10 novembre 2008.
dimanche 23 novembre 2008
Par Nancy Roc
Soumis à AlterPresse le 22 novembre 2008
Selon un vieil adage, le pouvoir corrompt tout homme. En Haïti, il transforme les hommes en fauves. De Faustin Soulouque au général Nord Alexis, de François Duvalier à Jean-Bertrand Aristide, l’histoire de notre pays regorge de ces fauves. Depuis 1804, la culture et l’intelligence ont systématiquement été rejetées par les élites politiciennes au profit de l’intérêt personnel des uns et financier des autres. Deux cents ans plus tard, « si les hommes politiques et les diplomates peuvent se permettre de jouer avec les mots, les scientifiques sont bel et bien obligés de tenir compte de l’évidence des faits : Haïti est un pays naufragé, un État effondré », constate le politologue Sauveur Pierre Étienne dans son livre intitulé « L’énigme haïtienne : échec de l’État moderne en Haïti » [1]. La corruption, la terreur programmée et l’anarchie téléguidée ont conduit notre pays au bord du gouffre. Depuis 1990, le populisme lavalassien l’y a finalement précipité.
La tragédie de Nérette est le symbole de ce populisme mortifère : des dizaines d’enfants ont payé de leur vie l’irresponsabilité des autorités qui, depuis 18 ans, préfèrent utiliser le peuple à des fins politiciennes au détriment de toute logique, d’un minimum de sécurité nationale. « Haïti est un pays où la norme est d’être hors normes », fait remarquer le psychiatre canadien d’origine haïtienne, le Dr Joël Des Rosiers, suite à ce drame. « Nous ne fonctionnons pas au nom de la Loi. Il faut donc construire une culture de la Loi car aucune communauté de citoyens ne peut survivre sans des règles, sans des normes, sans des lois », souligne-t-il. « La justice est le plus grand opérateur de solidarité dans un pays. Si nous n’arrivons pas à construire l’édifice de la Loi, nous ne pouvons pas constituer un pays » [2], soutient-il. Et le Dr Joël Des Rosiers conclut qu’en l’absence de justice et de lois, Haïti est vouée à l’anarchie.
Une inorganisation …organisée
À Port-au-Prince, cette anarchie s’étale et s’étend au vu et au su de tous. Dans cette capitale du non-droit, au nom du populisme, il est interdit d’interdire. La problématique de l’aménagement du territoire haïtien relève d’une situation de fait qui se manifeste de manière graduelle dans le pays depuis environ près de cinq décennies et s’est accentuée au cours de ces 20 dernières années : l’organisation de l’inorganisation de l’ensemble du territoire national [3].
Si l’on considère le territoire complet d’une nation comme « un système organisé composé de cellules, d’organes différenciés et de réseaux dans lesquels circulent l’influx nerveux et le sang qui doivent atteindre toutes les parties du corps [4] », il s’avère, dès lors, nécessaire de poser au départ le principe de sa structuration et de son organisation réelle. Sinon, l’on risque d’encourager et de perpétuer les résistances psychologiques au progrès, les blocages et les freinages matériels compromettant la croissance et le fonctionnement des organes nouvellement créés [5].
Si l’aménagement du territoire est une approche synthétique et rationnelle visant le modelage d’un cadre physique, d’un espace géographique, alors Haïti et notamment sa capitale, nous renvoient la monstruosité de notre irrationalité. D’un côté, l’État ne maîtrise pas l’espace, de l’autre, le peuple a pris d’assaut les mornes et leurs versants dans une dangereuse et constante pulsion qui se rapproche davantage de la mort que de la survie. Ceci s’explique notamment par le fait que « les problèmes d’ordonnancement de l’espace et d’harmonisation des relations de l’homme avec son milieu n’ont pas encore acquis de valeurs sociales en Haïti, c’est-à-dire qu’ils n’arrivent pas à s’imposer à la conscience du plus grand nombre » [6]. Tout comme elle se manifeste aujourd’hui au niveau de l’organisation du territoire national par trois (3) grands fléaux :
• La décapitalisation massive des moyens de production ;
• L’urbanisation sans industrialisation liée à un développement anarchique accéléré au niveau des grandes villes et des villes moyennes ;
• l’hypertrophisation et le congestionnement de Port-au-Prince, la capitale.
Les préoccupations explicites d’organiser le territoire national remontent aux années 1969 lorsque certaines études ont révélé la nécessité d’un aménagement volontaire du pays afin de combattre le développement monopolaire de la capitale et réduire les disparités constatées au niveau des principales villes du pays. Deux grandes périodes ont marqué l’expérience haïtienne en matière de pratique d’aménagement du territoire : la première dominée par l’idée de régionalisation remonte aux années 1971 jusqu’en 1987 ; la seconde caractérisée plutôt par la décentralisation et la planification de type territorial, part de l’adoption de la Constitution en 1987 et ce jusqu’ à nos jours. Aujourd’hui, en dehors de la Constitution, aucune ligne directrice précise n’a été définie.
Entre démagogie et lâcheté
Aujourd’hui, l’État complice, concepteur et promoteur de cette anarchie, se retrouve être le gouverné au lieu d’être le gouvernant. Les constructions sont illégales mais leurs propriétaires revendiquent le droit d’être dédommagés par l’État si leurs propriétés sont détruites. Idem pour les marchandes : n’importe qui installe son petit commerce dans la rue, mais pour déplacer les marchandes il faut leur trouver une alternative, un autre espace, construire un autre marché pour elles. Aucune sanction n’est imposée et, pis encore, plus on est illégal, plus on a le droit de revendiquer. À ce rythme là, il faudrait une autre capitale pour répondre aux besoins de tous ceux qui, au nom du populisme, passent du stade de l’illégalité à la compensation sans avoir jamais rempli un minimum des devoirs du citoyen !
La démagogie et l’irresponsabilité du pouvoir exercé par Jean-Bertrand Aristide et René Préval sont en train de nous exploser en plein visage. « Aristide a utilisé les méthodes habituelles du leader populiste (encadrement de la société par la terreur, les médias, le parti, la fraude électorale, la corruption), il s’est trouvé aussi affaibli par les limites de ses soutiens (milices armées incontrôlables, rôle incertain des mafias de la drogue, division interne à son parti, faiblesse de la police haïtienne, isolement international). Dans ce contexte, malgré la terreur imposée aux intellectuels et à l’opposition, il n’a pas su empêcher la montée en puissance des mécontentements. Le peuple, manipulé, a, dès les années 2000-2002, abandonné celui qu’il a adulé, disqualifiant alors le populisme aristidien, en dictature propre, de type néo-duvaliériste, si l’on s’en réfère à la culture politique haïtienne (…) Il a échoué dans tous les domaines, sombrant dans une démagogie et un discours sans prise sur l’opinion. Le régime d’Aristide ne fut qu’un populisme de misère, indigne, pour un peuple digne toujours en quête de démocratie ». [7]
À la chute d’Aristide en février 2004, le gouvernement de transition avait l’opportunité historique de mettre de l’ordre dans le désordre qui caractérise le pays. N’ayant ni à plaire ni à dépendre d’un électorat, ce gouvernement aurait dû – et nous l’avions souvent écrit à l’époque- imposer des mesures peut-être impopulaires mais urgentes dans les grands dossiers empoisonnants le devenir de la nation : la lutte contre la corruption et le trafic de la drogue, l’aménagement du territoire, la lutte contre la mafia environnementale, pour ne citer que ceux-là. Malheureusement, le Premier ministre Gérard Latortue s’est révélé être un lamentable chef de gouvernement : « un pantin, une personnalité politique creuse et sans consistance qui se contente uniquement d’exécuter les ordres de ses maîtres. Rongé par l’ambition, attiré particulièrement par les avantages que procure le pouvoir, Gérard Latortue (…) a été, politiquement, un lâche et un irresponsable sans vergogne fuyant ses responsabilités gouvernementales pour se courber devant le diktat d’une certaine communauté internationale incarnée par les États-Unis, la France, l’Union Européenne, Gabriel Valdez le représentant de l’ONU et un général Brésilien, commandant de la force militaire d’occupation. Le tandem Latortue-Alexandre s’est révélé ainsi comme une vulgaire caricature institutionnelle imposée par l’étranger pour masquer la mise sous tutelle accélérée du pays décrié ingouvernable et en faillite totale. » [8]
Or, comme l’a souligné le politologue Sauveur Pierre Étienne, le défi de « la (re)fondation de l’État-nation, impliquant une société inclusive, permettant la transformation des individus en citoyens à part entière, ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs envers l’État, qui ne peut être qu’un État démocratique de droit », incombait au technocrate, à l’expert en ingénierie politique et, surtout, au politique. [9]
Gérard Larortue s’est révélé être un fourbe et clown politique dont les pitreries ne faisaient rire personne. Quant aux élections organisées par son gouvernement, elles n’ont rien résolu et encore moins concrétisé une véritable transition démocratique, vu la complexité du cas haïtien. Le peuple haïtien a été maintenu dans sa misère et dans sa solitude amère loin des préoccupations mondialistes. René Préval a été réélu en s’arrogeant le droit d’être le seul candidat à la présidence au monde à se présenter sans programme et sans même daigner s’adresser à la presse nationale. À la veille du premier mandat présidentiel de René Préval, Jean-Bertrand Aristide, parlant de son « frère jumeau », eut à déclarer à l’hebdomadaire français L’Express, ce constat lapidaire : « entre l’incompétent et le nul, il se rapproche davantage du nul ». Le vin était tiré.
Un pays livré à lui-même
« Si l’État est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons », disait Paul Valéry [10]. Dans la diaspora, beaucoup d’Haïtiens ont de plus en plus le sentiment que le pays dégage un parfum de fin du monde. On a beau réfléchir, mais force est de constater qu’au terme de 18 ans de populisme lavalassien, « il n’y a pas d’État moderne, pas de citoyens, pas de société civile, pas d’espace public, pas d’opinion publique et pas de démocratie. » [11] Même si, en 1986, le peuple haïtien s’est libéré de la dictature, les élites politico-sociales ont conservé les mêmes réflexes de caudillisme…sans chef militaire. Il est affligeant de constater avec quelle facilité le grand nombre est gouverné par le petit et l’humble soumission avec laquelle les Haïtiens sacrifient leurs sentiments et leurs penchants au profit des caprices de leurs petits chefs. Sous Jean-Bertrand Aristide, cette soumission a atteint son paroxysme et elle se poursuit sous le second mandat de René Préval.
Pourtant, la pensée politique veut que ce soit sur « l’opinion que tout gouvernement est fondé, le plus despotique et le plus militaire aussi bien que le plus populaire et le plus libre » [12]. Dois-je ajouter, le plus mièvre aussi ? Que nous réserve l’inexistence de l’État ? On a l’impression qu’après l’effondrement de l’État et de la société, le pays est, physiquement, à bout de souffle et s’écroule littéralement sur nous et sur nos enfants. Gouvernants et gouvernés se trouvent dans une dynamique d’entonnoir : les premiers, impuissants, ne font que constater les dégâts ; les seconds, complètement démoralisés, subissent encore sans avoir la force de protester. Le pays s’est transformé en une nation de zombies livrée à elle-même. Une nation pathétique, davantage encore que celle décrite par l’écrivain Jean Métellus.
Les dernières déclarations du président et du Premier ministre, suite au drame de Nérette, n’ont rien de rassurant. Au cours d’une cérémonie spéciale en mémoire des victimes de l’effondrement de l’école La Promesse Evangélique, le chef de l’État, René Préval, a indiqué qu’une « mauvaise compréhension de la démocratie est à l’origine du désordre dans la construction des bâtiments ». Il estime que les catastrophes actuelles sont les conséquences de nos mauvais comportements et sont liées au fait que « depuis 50 ans, nous n’avons fait que ce que nous voulions ». Il a toutefois omis de dire que sur ces 50 ans, il a « conduit » les affaires du pays pendant 18 ans, de concert avec son « frère-jumeau » Jean-Bertrand Aristide. En effet, ces deux anarcho-populistes n’ont fait que ce qu’ils voulaient et aujourd’hui, la population en paye un lourd tribu avec la vie de ses enfants ! Quant aux promesses du président de « mettre de l’ordre dans les constructions anarchiques », elles reflètent encore la démagogie qui a caractérisé le populisme lavalassien depuis 1990. En effet, ce dernier puise tout son capital politique des bidonvilles et aux sources du sous-prolétariat. Déplaire à cet électorat ébranlerait les fondements du populisme et René Préval n’a ni le courage et encore moins l’envergure de changer de vision pour assurer la sécurité de « son » peuple. Quant au Premier ministre Michèle Pierre-Louis, dépassée par les événements, elle est vraisemblablement incapable de s’imposer au président populiste. La déclaration de Mme Pierre-Louis concernant les constructions anarchiques est éloquente : « Ce serait chimérique de penser qu’on peut détruire toutes les constructions anarchiques », assure-t-elle, appelant de préférence à un effort pour faire respecter des normes standards et, pour y parvenir, elle entend passer à l’action en …mettant des affiches pour empêcher d’autres constructions, notamment sur les versants du Morne l’Hôpital ! [13] Sans commentaires !
La boîte de Pandore
L’imposture du populisme semble être à son comble et, pourtant, le pire est à venir. En effet, l’incapacité de René Préval et de ses gouvernements successifs de faire face aux besoins élémentaires de la population, ajoutée aux catastrophes en série qui ont affecté le pays en moins de quatre mois, ouvrira la voie au retour en force sur la scène politique du Parti Lafanmi de Jean-Bertrand Aristide. (…) L’audace des lavalassiens est sans limite. En témoigne l’intervention du sénateur Rudy Hériveau qui, à l’occasion du 10ème Sommet international sur le crime transnational organisé les 13 et 14 novembre 2008 à Paris, a demandé aux responsables de Transparency International de réviser les critères sur le classement des pays dits les plus corrompus du monde. « Il n’est pas normal qu’Haïti soit classé au quatrième rang des pays les plus corrompus du monde alors que ces dernières années beaucoup d’efforts ont été consentis par les autorités pour combattre la corruption » [14] , a osé proclamer celui qui, en 2004, caché dans l’enceinte de la Télévision Nationale d’Haïti, lançait des pierres sur les manifestants et les étudiants qui, dans la rue, réclamaient par milliers le départ d’Aristide.
Au nom du populisme, Jean-Bertrand Aristide et René Préval ont utilisé le préjugé de classe et de couleur pour diviser la société haïtienne et mieux régner sur leurs intérêts et ceux de leur clique de prédateurs, « les grands mangeurs ». Pour ce faire, ils ont systématiquement rejeté l’intelligence au profit d’un clientélisme basé sur le militantisme et la soumission au chef. Ils ont aussi fait barrage à la participation de la diaspora dans les affaires du pays en sectionnant tous les grands canaux de transferts de connaissance vers la terre natale. Ils ont donné au peuple l’aversion du savoir, du respect et du mérite de peur que ces valeurs ne lui fassent connaître les erreurs où on l’a plongé. Les partisans de l’absurde ont si bien réussi dans leur machiavélisme, qu’il devient dangereux de les combattre. Il importe peu à ces imposteurs que le peuple soit ignorant pour souffrir qu’on le désabuse. Lors de la cérémonie spéciale en mémoire des victimes de l’effondrement de l’école La Promesse Évangélique, le chef de l’État, René Préval, a appelé les politiques à mettre fin aux querelles intestines, en soutenant que la stabilité permettra d’éviter de nouveaux drames [15]. Ce que le président ne comprend toujours pas c’est qu’un peuple pauvre, qui a faim et qui est désespéré, n’est tout simplement pas compatible avec la sécurité et la stabilité [16]. À plusieurs reprises, le président a déclaré que la Constitution était une source d’instabilité. Que personne ne s’étonne qu’en 2009, il la mette de côté d’un revers de main pour briguer un troisième mandat et, qui sait, peut-être même rétablir la présidence à vie. Ainsi, contrairement aux dires de René Préval, ce n’est pas la Constitution qui est une source d’instabilité mais bien ces fauves populistes à l’appétit de prédateurs dont l’absence de vision et de leadership ces deux dernières décennies, entraîne le peuple haïtien dans les abysses du sous-développement.
Aujourd’hui, la société haïtienne, dans son marronnage perpétuel et ancestral, s’est repliée sur elle-même et est de nouveau contrainte de déguiser la vérité ou de se sacrifier à la rage des faux savants, des populistes, des âmes basses et intéressées. Si la société ne se ressaisit pas dans un sursaut collectif, Haïti deviendra une véritable boîte de Pandore ou un gigantesque cimetière.
[1] Sauveur Pierre ÉTIENNE, L’énigme haïtienne : échec de l’État moderne en Haïti, Montréal, Presses de l’Université de Montréal/ Mémoire d’encrier, 2007.
[2] Émission Metropolis de Radio Métropole, le 15 novembre 2008.
[3] Jean Mercier PROPHETE, La problématique de l’aménagement du territoire en Haïti, Colloque de Trois –Rivières /Québec, Août 2002.
[4] A. Platier, Communication sur l’Aménagement du Territoire, Université Libre de Bruxelles, Belgique 1971.
[5] Jean Mercier PROPHETE, La problématique de l’aménagement du territoire en Haïti, Colloque de Trois –Rivières /Québec, Août 2002
[6] Ibid, page 2.
[7] Laurent Jalabert, Un populisme de la misère : Haïti sous la présidence Aristide (1990-2004), Revue de Civilisation Contemporaine de l’Université de Bretagne Occidentale EUROPES / AMÉRIQUES, http://www.univ-brest.fr/amnis/
[8] Jean-Claude Cambronne, L’honneur perdu de Gérard Latortue, le 20 août 2005.
[9] Sauveur Pierre ÉTIENNE, op. cit. p. 300.
[10] Valéry Paul, « Fluctuations sur la liberté », dans Regards sur le monde et autres essais, Paris, Gallimard, 1945, p. 63.
[11] Ibid., p. 328.
[12] David Hume / 1711-1776 / Essais politiques
[13] Radio Métropole, Michèle-Pierre Louis n’envisage pas de démolir les constructions anarchiques, le 14 novembre 2008.
[14] Le Nouvelliste, Corruption : Transparency International appelé à réviser les critères, le 17 novembre 2008.
[15] Radio Métropole, Préval entend interdire les constructions anarchiques, 14 novembre 2008.
[16] Hédi Annabi, Conférence de Presse à New York, 10 novembre 2008.
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