vendredi 28 septembre 2012
Thèmes de l’Emission de la semaine
Orlando le 28 septembre, 2012
Actualités Politiques : Grandes Lignes
A l’époque de la guerre froide et au-delà, c'est-à-dire de Kebreau à Préval, en Haïti, la gestion de la conquête, du maintien et de la perte du pouvoir, ont échappé totalement à la volonté citoyenne, dans la plupart des pays du tiers-monde. La dictature sanguinaire des Duvalier, a duré presque 30 ans, durant lesquels une bonne partie de la classe moyenne a été forcé de prendre le chemin de l’exile, ainsi que 85% des intellectuels, des professionnels, des technocrates et des administrateurs. Après son renversement en 1986, on a annoncé tambour battant l’avènement de la Démocratie émancipatrice en Haïti. Avec la nuance, que l’Internationale a choisi manifestement d’ignorer les rapports étroits existant entre la légitimité politique et l’expression de la volonté générale !
Bien que ponctuellement, on ait eu des élections pour tous les postes électifs. Force est de constater dans les faits que l’Internationale s’est réservé le droit d’intervenir ouvertement et ponctuellement à chaque élection présidentielle sans exception, pour imposer qui elle veut à la présidence. Mais en prenant soin de laisser à ceux catapulté au pouvoir, la liberté de faire à leurs guises, pour consolider leurs pouvoirs, en confisquant indistinctement toutes les élections, du législatif aux postes des collectivités territoriales. Voilà ce qu’a été la politique électorale, d’accès et d’octroi de pouvoir, pendant un quart de siècle, de désillusion, de bluff et de démocrature. Les vrais enjeux électoraux jusqu'à présent, restent et demeurent irréfutablement, le contrôle à la fois du CEP et de la machine électorale.
Pour ménager les apparences, l’International a adopté et réutilisé la transposition d’une popularité acquise dans un autre domaine, en politique, créant ainsi artificiellement l’apparence d’une légitimité politique pour ceux qui sont catapultés à la présidence. Avoir une popularité peu importe le domaine, est maintenant consacré comme qualification et pré-requis pour la présidence. Les conséquences directes de cette consécration, sur les partis politiques, sont énormes et catastrophiques. Le parti en tant qu’instrument politique moderne, est désormais en échec et mat. L’accès au pouvoir politique ne passe plus par le biais de l’appartenance à un instrument politique, qui est en Démocratie une étape de modernité. Ce processus est court-circuité par la consécration de cette formule.
L’hégémonie méridionale, leader de la force militaire multinationale de l’ONU, la Minustah, est allée encore plus loin. Elle a retourné au pouvoir, au lendemain du renversement du régime lavalas, dû à une longue lutte insurrectionnelle, le 1er premier ministre et le second chef d’état du régime lavalas. Pour ce faire, l’ex-représentant du Secrétaire Général de l’ONU en Haïti, Juan Gabriel Valdès, a qualifié l’Opération Baghdâd et les zones de non-droit, orchestrés par lavalas, d’être des phénomènes de revendication sociale ! Et c’est par le biais du chantage de la terreur et du chambardement total que l’on a forcé Boniface Alexandre et le CEP à entériner une victoire au premier tour pour le retour de René Préval au pouvoir. C’est à partir de ce fait historique irréfutable qu’est venue un peu plus tard, l’idée de l’impératif de la négociation et du dialogue avec les bandits.
Or, c’est ce même régime lavalas qui a manifestement provoqué, en deux fois, dans l’espace d’une décade, la faillite de l’Etat haïtien, en pérennisant la déliquescence institutionnelle, introduite par le régime des Duvalier. A chacune de ces deux faillites, le Conseil de Sécurité de l’ONU a évoqué le Chapitre VII de sa Charte pour placer Haïti sous tutelle. On est jusqu'à présent sous la dernière tutelle en date.
Jugeant de l’effet de ces interventions directes de l’Internationale pendant plus d’un demi-siècle. Catapultant à son gré, ceux qui ont assumé les responsabilités de gouverner notre pays. On constate malheureusement, que ces gouvernants ont intentionnellement maintenu plus de 60% d’illettrés, pour réduire les risques de toute prise de conscience des masses et éliminer du même coup toute possibilité de réaction citoyenne, face à ces interventions qui sont manifestement contre l’intérêt national. Rendant ainsi possible à perpétuité la possibilité de ces immixtions internationales, par le maintien de l’indifférence totale des masses inconscientes de ces violations.
Le Wall Street journal, vient de publier dans sa rubrique 24/7 Wall St. la liste des pays les plus pauvres du monde, à partir d’un rapport de la Banque mondiale. Haïti, selon ce rapport, a remporté la palm cette fois-ci. Elle est en tête de liste, à 77% de taux de pauvreté, le pays le plus pauvre de la planète :
1. Haiti
· Poverty rate: 77 percent
· Population: 10,123,787
· GDP: $7.35 billion (66th lowest)
· GDP per capita: $726 (22nd lowest)
2. Equatorial Guinea
· Poverty rate: 76.8 percent
· Population: 720,213
· GDP: $19.79 billion (99th lowest)
· GDP per capita: $27,478 (40th highest)
3. Zimbabwe
· Poverty rate: 72 percent
· Population: 12,754,378
· GDP: $9.9 billion (72nd lowest)
· GDP per capita: $776 (25th lowest)
4. Congo (Democratic Republic)
· Poverty rate: 71.3 percent
· Population: 67,757,577
· GDP: $15.64 billion (91st lowest)
· GDP per capita: $231 (the lowest)
5. Swaziland
· Poverty rate: 69.2 percent
· Population: 1,067,773
· GDP: $3.98 billion (47th lowest)
· GDP per capita: $3,725 (82nd lowest)
Compte tenu du déclin précipité depuis plusieurs décades, cette classification n’est pas surprenante. C’est plutôt la conclusion que tire l’auteur de cet article, mettant sans nuance l’emphase uniquement sur la responsabilité citoyenne des peuples du tiers-monde. C’est un déni absolu de responsabilité des superpuissances dans la gestion catastrophique de leurs intérêts à travers le tiers-monde durant 67 ans d’affilé, de la guerre froide et au-delà, de 1945 à 2012. Voilà la conclusion verbatim : «"Our background and circumstances may have influenced who we are, but we are responsible for who we become." » Quelles sont vos réactions en lisant cette conclusion ? Est-elle juste ? Est-elle pertinente ?
Cette conclusion indubitablement déculpabilise et ignore totalement les conséquences directes des interventions hégémoniques prédatrices des puissances mondiales exploitant et vassalisant intentionnellement ces pays appauvris du tiers-monde, de l’époque des atrocités de la guerre froide à nos jours. Parce qu’aucun de ces pays des deux pôles gérant férocement les carnages de cette guerre froide, n’ont subi aucune conséquence négative directe de cette longue guerre sur leurs territoires. Et leurs nations n’en ont subi aucun dommage. Si pour ces deux pôles, ça a été une guerre d’influence idéologique, par proxy. Pour les pays du tiers-monde, ça n’a pas été le cas. Les pays leader des deux pôles et leurs institutions veulent, pour sauf-garder leurs prestiges et leurs dominations, ignorer le fait que cette guerre froide a été gérée avec toute sa violence et toute sa férocité, exclusivement sur le territoire des pays du tiers-monde, en y imposant et en y maintenant au pouvoir par la force des armes et des fois par le génocide, des gouvernement dictatoriaux et sanguinaires pour défendre exclusivement leurs intérêts. Cette « guerre froide » a causé des dommages physiques et psychiques profonds et inestimables dans les entrailles de ces populations appauvris et meurtris du tiers-monde.
Il y a eu le Plan Marshal pour les pays d’Europe victimes des bombardements indiscriminés de civils de la seconde guerre mondiale 1939-1945, 6 ans. Mais quant aux pays du tiers-monde qui ont subi ces atrocités de la guerre froide 1945-1989, 44 ans en théorie, mais 67 ans en réalité. Quel sera ce plan ? Quand certaines nations évoquent avec fierté la période de prospérité des 30 glorieuses, 1945-1975. On oublie trop souvent qu’à la même époque, c’étaient l’enfer des tranchés sanglants, jonchés de cadavres, hantés par les gémissements des suppliciés, qui se creusaient uniquement sur les territoires des pays du tiers-monde où la guerre froide faisait rage. De fait certain pays tel qu’Haïti, elle n’est pas la seule d’ailleurs, demeure jusqu'à présent sous le même régime de tutelle hégémonique, ne varietur, pendant plus d’un demi-siècle, avec des gouvernants catapultés et maintenus au pouvoir par l’Internationale ! In fine, qui a contribué le plus, directement ou indirectement au fait qu’Haïti ait pu atteindre 77% de taux de pauvreté ?
Les gouvernants haïtiens, pour se maintenir au pouvoir, y ont contribué aussi, sans aucun doute. Ils ont maintenu intentionnellement la grande majorité de la nation dans la pauvreté, l’ignorance et l’inconscience, pour s’assurer du pouvoir absolu et de sa pérennisation. Ils feignent d’exécuter ponctuellement le rituelle électoral, plutôt pour feindre une fausse légitimité politique, entérinée et consacrée régulièrement par le corps diplomatique, après chaque élection. En effet, l’entérinement et la consécration des résultats électoraux frauduleux par le corps diplomatique, clôture sans appel, à chaque fois, tous débats concernant la contestation électorale. De fait, les contestations électorales n’ont jamais abouti. Le corollaire est que les taux de participation ont proportionnellement décliné, reflétant ainsi le niveau de confiance accordé par l’électorat à ces élections bidon.
L’Internationale paradoxalement se plaint constamment de l’incompétence et de la corruption proverbiale des gouvernants haïtiens. Ne devrait-elle pas s’interroger sur ce fait ? Pourquoi intervient-elle ponctuellement à chaque élection présidentielle, pour catapulter et maintenir les mêmes incompétents et les mêmes corrompus au pouvoir pendant plus d’un demi-siècle ? De quoi se plaint-elle ? Quel intérêt a-t-elle à ce jeu manifestement cynique et malsain ? Ne comprend-elle pas que ce soit l’une des causes principales de la mauvaise gouvernance, qui fait d’Haïti le pays le plus pauvre de la planète ? Si son intérêt est dans la destruction et l’éradication de la première République Nègre, qu’elle ait le courage de l’avouer ! On saura désormais à quoi s’en tenir ! Ou qu’elle ait au moins le courage, de se l’avouer. Elle cessera enfin de se plaindre ! Mais aura-t-elle jamais conscience du mal qu’elle est en train de causer à tout un pan d’humanité dans le tiers-monde ?
ROBERT BENODIN, ORLANDO, FLORIDA
mardi 5 juin 2012
HOW TO DEVELOP 5 CRITICAL THINKING TYPES
How to Develop 5 Critical Thinking Types
Holly Green, Contributor (FORBES.COM)
Great leaders think strategically.
They can understand and appreciate the current state as well as see possibilities. When dealing with today’s issues, they operate from a broad, long-term perspective rather than focusing only on short-term implications. And they can gather information and make decisions in a timely manner.
Most of all, strategic leaders know how to strike a balance between visualizing what might or could be and an effective day-to-day approach to implementation. They can look into the future to see where the company needs to go and what it will look like once they get there. And they can do this while making sure the right things get done on a daily basis.
This type of strategic leadership requires five different types of thinking. Knowing when and how much to utilize each one is the hallmark of great leaders.
Critical thinking is the mental process of objectively analyzing a situation by gathering information from all possible sources, and then evaluating both the tangible and intangible aspects, as well as the implications of any course of action.
Implementation thinking is the ability to organize ideas and plans in a way that they will be effectively carried out.
Conceptual thinking consists of the ability to find connections or patterns between abstract ideas and then piece them together to form a complete picture.
Innovative thinking involves generating new ideas or new ways of approaching things to create possibilities and opportunities.
Intuitive thinking is the ability to take what you may sense or perceive to be true and, without knowledge or evidence, appropriately factor it in to the final decision.
Until recently, most leaders could get by with critical and implementation thinking. But in today’s hyper-fast world, conceptual, innovative and intuitive thinking have becoming increasingly important, especially in industries where frenetic change represents the rule rather than the exception.
Business leaders still need to gather and analyze data, make decisions, and implement them well. But now they have to take in vast amounts of data from a more diverse array of sources. They have to make decisions much more quickly. And they have to do it knowing that everything could change overnight.
In such an environment, the ability to ponder possibilities, see patterns and connections that others don’t see, and look at the same data in new and different ways represents a formidable competitive advantage.
Some leaders seem to be born with these intuitive types of thinking skills. But since most of us are not so naturally gifted, here are some suggestions for developing these essential leadership skills.
Take time to look around. Browse business websites and read related publications to learn how other organizations have implemented various strategies in order to increase their competitive advantage.
Be willing to change directions and/or pursue new goals when strategic opportunities arise. Think about what is keeping you on the same path and force yourself to ponder whether or not you should shift plans. Consider worst-case scenarios.
When problems arise, don’t settle for a quick fix. Instead, carefully look at the problem and take the time to analyze all possible solutions. Create a checklist for yourself to trigger thoughts on long-term consequences and possibilities.
Help others in the organization feel that they are part of the overall mission and strategies by discussing it with them frequently and involving them as much as possible.
Pause and view your situation from another perspective – that of an employee, customer, supplier, etc.
Research and analyze your company’s major competitors. Create a detailed profile of each one and share it with your team. Constantly look for first-hand data rather than relying on anecdotal information.
Engage in “what-if” thinking. For example, “If we do this, how will our competitors respond? What will our customers think? What impact will this have on our suppliers and distributors? What if there is something we have not considered?”
Expand your data sources to include areas totally outside your business or industry. Analyze other industries to see what they’re doing well and how that could be adapted to your business.
Most of all, get in the habit of stimulating your mind by not thinking about your business. From time to time, go outside your office and take a walk. Turn off your processing and just soak in the sights, sounds, and scents of the environment. Let your mind wander, and allow yourself the luxury of daydreaming. You’ll be amazed at what you can come up with simply by shifting out of the critical/implementation thinking modes from time to time.
The human brain is a powerful leadership tool. It works even better when you use all five thinking types!
mercredi 9 mai 2012
HISTOIRE DE L'HOPITAL JUSTINIEN
Histoire de l’Hopital Justinien
Cap-Haitien, Haiti
En 1880, M. Justinien Etienne, alors magistrat communal du Cap-Haitien proposa aux membres du cercle du commerce la création d’un Hospice pour les mendiants et les infirmes de la ville, un rêve qu’il chérissait. Pour extraordinaire que fut l’idée, elle fut acceptée avec enthousiasme. L’impression produite par la vue des infirmes de toutes catégories qui circulaient librement a travers les rues de la ville était fort pénible. L’orgueil des vrais Capois, si chatouilleux quand il s’agit de leur ville, était blesse quand les étrangers aussi étaient témoins de cette triste situation.
Pour faire face a la difficulté initiale du financement du projet, Justinien et ses collaborateurs décidèrent de recourir aux souscriptions. Mais ses amis étaient loin de penser sérieusement a voir s’intégrer son projet dans le réel, ne concevant pas qu’il allait pouvoir, grâce a l’initiative privée, trouver les ressources suffisantes pour faire subsister une telle entreprise. Mais Justinien lui était comme envahi d’une véritable passion pour la réalisation de son œuvre. Et quand son ami l’architecte Frederick Rutter a qui il avait eu recours, lui souligna les obstacles qu’il lui faudrait vaincre pour réaliser son projet, il se contenta de lui répondre : « Donnez-moi un plan et je me charge de trouver l’argent ».
L’autre difficulté escomptée, celle de trouver le personnel hospitalier, fut résolue avant même le commencement des travaux de construction car, sur qu’il allait pouvoir réaliser son projet, Justinien Etienne, avec l’appui de Mgr Hillion, avait sollicite l’aide des religieuses de la Congrégation des Filles de la Sagesse et celles-ci avaient acquiescé a sa demande et lui avaient promis qu’elles lui apporteraient leurs concours des que l’hospice ouvrirait ses portes.
Il restait a trouver un local approprie. Justinien eut l’idée d’utiliser une ancienne caserne coloniale située sur la colline connue sous le nom de Mandeau (ou Mando), aux pentes douces et a la fraicheur prenante alimentée par une brise constante qui fait de ces lieux un havre de paix et de repos. Cette question fut résolue quand le futur président Florvil Hyppolite (1889-1896), a l’époque sénateur de la république, s’empressa de prêter ses bons offices pour les démarches devant les chambres législatives pour l’obtention d’une concession du terrain- concession qu’il obtint non sans de grands ennuis. Par la suite, il put obtenir aussi une subvention de 3,000.00 gourdes.
Ils obtinrent donc du gouvernement la cour des grandes casernes et firent placer sur la porte d’entrée un écriteau avec ces mots : « Hôpital a construire ». En 1882,, avec seulement 600 gourdes en caisse, au grand étonnement de ses amis, et alors qu’une terrible épidémie de petite vérole qui avait éclaté en 1881 décimait les familles a travers le pays, la première pierre et les premières fondations du bâtiment principal de l’Hospice Justinien furent posées.
Les travaux devaient durer huit ans, ralentis par le manque de fonds et interrompus par les troubles politiques causes par les renversements successifs des présidents Salomon (1879-1888) et Légitime (1888-1889). Mais Justinien ne se découragea pas et le 16 mars 1890, l’Hospice fut enfin inaugure solennellement avec » d’imposantes manifestations » Le journal « La Liberté » du jour rapporte que « la ville du Cap tout entière, y compris les corps constitues, était debout en ce jour pour participer a l’interminable procession partie de la cathédrale pour se rendre a l’Hospice. L’inauguration se termina par la bénédiction solennelle des lieux et celle du Saint Sacrement.
Justinien fut nomme administrateur de l’Hospice et le resta pendant 22 ans, jusqu'à sa mort en 1912. Pendant 30 ans, l’Hospice Justinien vécut de la charité publique et la charité des médecins désintéressés qui ont consacre à l’établissement leur science et leur dévouement. Le Service d’Hygiène en assuma la responsabilité en 1917 sous l’Occupation Américaine, et en 1920, il fut transformé en vrai hôpital. En 1920/1930, l’Hôpital Justinien fut doté d’une salle d’opération et de services de radiologie, d’ophtalmologie, d’Art Dentaire, et de Dispensaire, au milieu d’un environnement sain et accueillant ou on retrouvait un magnifique kiosque, des parterres agréables, reliées par des allées de buis et de plantes décoratives bien entretenues, des salles spacieuses aux toits élevés faits pour maintenir la fraicheur et de large ouvertures pour leur bonne aération, en particulier des salles privées confortables, les meilleures du pays jusqu'à un passé récent, avec fourniture d’eau a profusion a partir d’un puits artésien et de grands réservoirs et des cuisines importantes. Ces améliorations se firent sous l’administration du Dr. Laning (1922-1926), un chirurgien américain, un homme d’un dévouement inlassable qui allait transformer cet hospice en un vrai hôpital. Pour financer ces travaux, Laning sollicita l’aide de la Croix-Rouge qui donna $10,000.00. Le gouvernement contribua $40,000 mais comme cela ne suffisait pas, il organisa des fêtes de charité et ouvrit des souscriptions.
Depuis lors, plusieurs bâtiments tels que le bloc opératoire ont été érigés. D’autres pavillons ont été agrandis. Citons le pavillon de pédiatrie et plus récemment le pavillon des cliniques externes qui s’est vu coiffe d’un étage hébergeant le service de Médecine de famille. Le gouvernement israélien vient de faire don d’un pavillon préfabriqué qui sert d’unité de soins intensifs. Ce pavillon se situe entre l’allée principale de l’hôpital et le pavillon de la Maternité (Obstétrique et Gynécologie)
L’hôpital a cependant perdu beaucoup de sa splendeur, mais surtout il est dépassé par l’explosion démographique que connait tout le pays. L’hôpital dessert actuellement une population de près d’un million de personnes et le périmètre de l’institution est reste le même depuis plus de 130 ans. Le flot incessant de patients et de visiteurs cause une congestion de personnes et de voitures. Bien que les soins de sante soient officiellement gratuits en Haïti, les patients sont obliges de payer pour chaque test de laboratoire et d’acheter tous leurs médicaments, les solutés et les aiguilles intraveineux, et même les bonbonnes d’oxygène, s’ils sont en détresse respiratoire.
Au jour de l’inauguration de l’Hôpital le 16 mars 1890, le rédacteur du journal La Liberté écrivit : » Justinien Etienne a pose un acte de patriotisme qu’on n’a pas l’habitude d’admirer chez nous et a donne une belle leçon d’énergie a tous le hésitants et les faiblards qui n’entendent rien entreprendre de nouveau pour changer certains états de choses chez nous dont l’archaïsme nous frappe et porte l’étranger qui nous visite a souligner notre état de peuple arriéré, sous le fallacieux prétexte qu’ils n’ont pas les moyens nécessaires a leur disposition ».
Et Marlene Rigaud Apollon de conclure : A combien d’entre nous ces reproches s’adresseraient-ils aujourd’hui ?
Louis J Auguste, MD – 6 mai 2012
Ce texte a été rédigé a partir d’un article de Mme Marlene Rigaud Apollon, intitulé « Justinien Etienne, Héros peu connu- Modèle pour notre temps » publié dans l’ouvrage collectif « Cap-Haitien – Excursion dans le temps / Voix Capoises de la diaspora » sous la direction de Max Manigat, Educa Vision Inc. Pblshrs, Coconut Creek, FL.
vendredi 13 avril 2012
Stanley Lucas: Haiti Solutions: RAPPORT DE LA COMMISSION SUR L’ARMEE D'HAITI AU PR...
Stanley Lucas: Haiti Solutions: RAPPORT DE LA COMMISSION SUR L’ARMEE D'HAITI AU PR...: Port-au-Prince, le 23 décembre 2011 Monsieur Michel Joseph Martelly Président de la République Palais National Monsieur le Président, La C...
jeudi 29 mars 2012
HAITI: IL Y A VINGT-CINQ ANS, UNE NOUVELLE CONSTITUTION ETAIT ADOPTEE
National 28 Mars 2012
(Extrait du "Le Nouvelliste)
Haïti: Il y a vingt-cinq ans, une nouvelle Constitution était adoptée
Le 29 mars 1987, vêtue de blanc comme tous les citoyens qui, suivant les conseils largement diffusés, avaient décidé d'approuver la nouvelle Constitution, j'avais voté "oui". Il fallait le faire et je ne le regrette pas.
C'était un radieux dimanche chargé d'espérances, où résonnait encore l'écho du slogan accrocheur et mobilisateur "Plus jamais ça !". Une vraie fête républicaine, où les citoyens se retrouvaient, en ligne sage et patiente, dans une ambiance presque fraternelle, heureux de participer à cette forme de catharsis chargée de virtualités optimistes. Une nouvelle Constitution était née et il y avait dans l'accueil festif et insouciant qui lui était réservé quelque chose comme une opération d'autosatisfaction qui permettait de la créditer, ne serait-ce qu'un instant, de toutes les vertus curatives, alors que des failles étaient déjà perceptibles. Mais en ce jour solennel, ce n'était pas là l'essentiel et l'émotion patriotique neutralisait les réserves de la froide raison.
La mémoire collective retient ainsi la date du 29 mars pour célébrer la Constitution alors que deux autres auraient mieux correspondu à l'orthodoxie juridique : 10 mars, jour de son adoption, à 2h du matin, conformément à la tradition et tel que le rapporte l'émouvant et très utile témoignage de mon ami Georges Michel dans son livre "La Constitution de 1987. Souvenirs d'un constituant"; ou le 28 avril, date de sa publication dans Le Moniteur (No 36 pour la version française et No 36-A pour la version créole), ce qui l'avait rendue désormais exécutoire.
Une durée non sans problèmes
Un quart de siècle de survie, même chaotique, c'est le record atteint par la dernière en date des 22 Constitutions qui ont jalonné la vie nationale entre 1805 et 1987. Par référence à la durée, elle est devancée d'une courte tête par la Charte de 1816 qui a fonctionné pendant 27 ans jusqu'à la chute de Jean-Pierre Boyer en 1843, et par la doyenne de notre patrimoine, celle de 1889 qui, elle, a bouclé 29 ans, a servi 11 présidents, de Florvil Hyppolite à Sudre Dartiguenave à ses débuts, et organisé 11 législatures, de la 19e à la 29e, et cela sans avoir jamais été amendée malgré cinq tentatives infructueuses (1892, 1898, 1910, 1913, 1916). De ce fait, l'immortelle, comme les historiens l'ont baptisée, est restée vierge et inaltérée jusqu'en 1918. En fait, l'Assemblée constituante où se sont distingués deux éminents juristes de l'époque, Anténor Firmin et Léger Cauvin, est plus retenue comme un extraordinaire moment de science constitutionnelle, et cela jusqu'au milieu du XXe siècle, comme en témoigne l'hommage qui lui a été rendu à l'Assemblée Constituante de 1950, que le texte lui-même qui n'est pas le meilleur produit de notre histoire constitutionnelle.
La Constitution de 1987 a traversé pas mal de péripéties depuis son adoption. Imprudemment conçue pour fonctionner en eau calme, elle a affronté les turbulences de notre vie nationale. En effet, comme balise, elle n'affiche pas un palmarès édifiant même si, par ses seules insuffisances, elle ne saurait être rendue comptable des dysfonctionnements dus à des contingences politiques. Mais l'histoire impitoyable et souvent injuste retiendra ceux que, par ses vertus, elle n'a pas pu empêcher. En effet, elle a vu défiler six présidents élus : Manigat, Aristide I, Préval I, Aristide II, Préval II et Martelly. Seul René Préval, à deux reprises, en 2001 et en 2011 a terminé son mandat, une exception remarquable dans un pays où, sur les 42 Chefs d'Etat, monarques et présidents qui se sont succédé, seuls 5 avant lui ont eu cette opportunité (sans compter, évidemment, Christophe qui s'est suicidé, les 6 qui sont morts au pouvoir : Pétion, Guerrier, Riché, Hyppolite, Auguste, Duvalier; et les 4 qui ont été tués : Dessalines, Salnave, Leconte, Guillaume Sam). Ont en effet connu ce destin constitutionnel : Nissage Saget, le premier en 1874, Tiresias Simon Sam en 1902, Sudre Dartiguenave en 1922, Louis Borno (deux mandats) en 1930, Sténio Vincent (deux mandats) en 1941. Mais parallèlement, elle a dû s'accommoder de 7 gouvernements provisoires, dont 3 militaires : Namphy I et II, Avril. L'Article 149 qui organise la vacance n'a jamais été correctement appliqué, car si Joseph Nerette en 1991 et Boniface Alexandre en 2004 étaient bien sortis du vivier de la présidence de la Cour de cassation, ils ont exercé le pouvoir plus longtemps que les trois mois prévus; Ertha Pascal Trouillot n'était pas la juge la mieux placée dans la hiérarchie de la Cour, mais dans le contexte de 1990, elle jouissait du double avantage d'être une femme et d'avoir suivi un parcours professionnel impeccable, ce qui lui conférait l'auréole de la compétence et de l'intégrité. Et Emile Jonassaint, le prestigieux président de l'Assemblée constituante de décembre 1986 à mars 1987, et devenu Président de la Cour de cassation, a conclu en 1994 dans des circonstances irrégulières l'intermède entre deux passages au pouvoir du Président Aristide.
La Constitution prescrit un exécutif bicéphale en son Article 133, mais les constituants ne prévoyaient pas un défilé de 16 Premiers ministres, de Martial Célestin en 1988 à Gary Conille en 2011, ce qui rétrécit la fonction et même fait douter de l'efficacité de cette dyarchie qui était censée assurer la stabilité à la tête de l'Etat. Le système en tandem a fonctionné entre 4 mois (Manigat-Celestin) et (Martelly-Conille) et 27 mois (Alexandre-Latortue), alors que René Préval a collaboré, à deux reprises, avec Jacques Édouard Alexis, une première fois pendant 23 mois et une seconde pendant 25 mois. Mais le pays a connu quelques entorses juridiques : Namphy II, Avril, Ertha P. Trouillot, Emile Jonassaint ne se sont pas embarrassés d'un Premier ministre et la présidente Ertha Pascal Trouillot a tout simplement phagocyté un Conseil d'Etat non prévu par les normes constitutionnelles, mais à qui on avait confié la tâche improvisée et juridiquement surprenante et contestable de contrôler son pouvoir; Marc Bazin a occupé la Primature sans un président; et enfin René Préval avait placé le système bicéphale en veilleuse de juin 1997 à mars 1998 en ne nommant pas un Premier ministre.
Elle a aussi souffert dans son intégrité. Suspendue au lendemain du coup d'Etat contre le président Leslie Manigat en juin 1988, elle a été rétablie le 13 mars 1989 par le général Prosper Avril, mais amputée de quelques 20 Articles et une ahurissante explication avait été fournie à cette occasion selon laquelle ces dispositions étaient incompatibles avec la forme de son gouvernement. La présidente Ertha Pascal Trouillot la rétablit dans son intégralité quelques mois plus tard.
Nouveautés et souffle nouveau
La Constitution de 1987 a apporté des dispositions novatrices, à notre patrimoine. La première indication de ce renouveau, nous la trouvons dans le préambule. On comprendra ma légitime fierté à rappeler que le texte fut transmis par le RDNP et qu'il fut adopté sans discussion. Cependant les constituants ont, pour la première fois dans une charte, et fort opportunément, ajouté la Déclaration d'indépendance du 1er janvier 1804, associée, en un symbolisme saisissant, à la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948.
Il n'est pas sans intérêt de souligner l'impact de l'Article 5 qui sonne comme une réparation, car il rompait avec une frilosité empreinte de préjugés qui reléguait le créole, par une litote anonyme, au rang de langue usitée dans le pays, depuis la Constitution de 1843 ou de langue parlée et comprise par la majorité. En 1957, pour la première fois, le mot créole fera son apparition dans une Constitution, mais le français était maintenu comme langue officielle et rendu obligatoire dans les services publics. Dans la Constitution de 1983, on avait bien mentionné le créole comme étant une des langues nationales, mais l'Article 62 avait plombé toute possibilité de reconnaissance constitutionnelle égalitaire en édictant que le français tient lieu de langue officielle de la République d'Haiti. Une concession, voire une commodité, à laquelle la charte de 1987 mettra fin, d'autant qu'à l'Article 40 il sera fait obligation à l'Etat de publier tous les textes officiels dans les deux langues. Force est de reconnaître que cette disposition constitutionnelle est restée lettre morte. Mais le texte aurait pu ajouter cette précision que l'on retrouve à la fin des Conventions internationales adoptées dans plusieurs langues, "chacune d'elles faisant également foi", ce qui donnerait une légitimité normative égalitaire aux deux versions de la Constitution.
On peut souligner, dès à présent, que le débat actuel concernant l'amendement mort-né de la Constitution met en évidence, fort opportunément, le fait que seules des versions françaises circulent et que l'on ne fait guère état du texte créole qui lui aussi devrait être amendé afin de respecter l'égalité proclamée à l'Article 5. Il ne s'agit pas seulement d'un problème de sensibilité patriotique pour notre langue nationale, mais aussi d'une question de droit : toute modification d'un texte juridique implique une opération simultanée appliquée à toutes les versions; dans le cas contraire, la révision est frappée de caducité, faute d'être réalisée dans toutes les dimensions de son intégrité juridique. Le texte créole n'est pas une traduction du français; il a été voté et publié séparément dans le journal officiel et il conserve, de ce fait, une authenticité normative autonome.
Une générosité exceptionnelle
Avec 298 articles (y compris les dispositions transitoires qui sont désormais toutes caduques), elle est la plus prolixe de nos chartes, encore que l'on peut allonger le nombre car le décompte nous révèle que 49 articles sont doubles, générant 98 points; 20 sont triples, entraînant 60 données; 12 sont quadruples, débouchant sur 48 dispositions; 3 sont quintuples, donnant naissance à 15 normes; 3 sont sextuples aboutissant à 18 prescriptions. La palme en ce domaine multiplicateur revient à 5 Articles (35, 36, 121,129, 200) identifiés de 1 à 6 comportant ainsi, chacun, 7 éléments, à l'Article 111 qui en engendre 9 tandis que l'Article 32 caracole en tête avec 10 suivants. Ainsi, nous avons un total de 498 articles, dont 204 seulement sont simples, c'est-à-dire comportant des alinéas, mais pas de subdivisions chiffrées. La structure de la Constitution mérite ainsi d'être un peu plus maîtrisée, ce qui permettrait un recours plus rigoureux à la grammaire juridique et une application plus stricte d'un principe cardinal, la suprématie de la lettre, ce qui est énoncé sur l'esprit, les intentions.
On retrouve dans le texte des principes déjà adoptés auparavant et même depuis le XIXe siècle, par exemple dans le large développement des droits et libertés qui parait surprenant, car ils sont déjà indiqués dans le Code pénal et dans le Code d'instruction criminelle. Pas moins de 39 articles organisent la justice alors que les dispositions y afférentes sont déjà en vigueur dans les Codes en usage. Ce délayage peut se comprendre, car après une longue période de dictature il était inévitable de les marteler, au risque de verser dans la redondance inévitable. Ainsi, on ne peut pas justifier la pertinence de l'Article 41-1 qui stipule qu'un Haitien n'a pas besoin d'autorisation pour quitter son pays ou pour revenir en ignorant (ou en ne se souvenant pas) que, sous les Duvalier, un visa de sortie et de retour était nécessaire, une mesure qui a été abrogée seulement quelques semaines après le 7 février 1986. Le délayage des droits alourdit le texte qui prend parfois l'allure d'un décalogue et il méritera d'être un peu aéré. Et l'Article 32 confie, en termes coercitifs, des tâches écrasantes à l'Etat et aux Collectivités territoriales en matière d'éducation, alors que l'énoncé doctrinal de l'idéal aurait suffi, assorti d'un calendrier raisonnable et d'une planification qui tiennent compte de la complexité et de l'ampleur de la question qui ne doit pas être envisagée en termes de propagande, mais avec sérieux. Dans ce domaine, plus que dans d'autres, il s'avère nécessaire de laisser à la loi le soin de mettre en oeuvre les prescriptions constitutionnelles qui ne peuvent pas tout prévoir.
Il n'était pas inutile d'interdire le culte de la personnalité en prohibant à l'Article 7 la diffusion des photos sur la monnaie, les timbres, mais aussi dans les rues et les ouvrages d'art, car le narcissisme est une tentation à laquelle cèdent trop souvent les détenteurs du pouvoir d'Etat. Dans ce cas aussi, force est de reconnaître qu'à l'heure actuelle, cette disposition n'est pas observée et que l'on constate une flagrante violation de la Constitution par un véritable débauchage photographique public, une publicité largement mensongère qui irrite plus qu'elle ne renseigne.
Un régime mixte insatisfaisant
Au niveau de l'aménagement des institutions, l'accent a été mis sur le pouvoir du Parlement, car il s'agissait pour les constituants de limiter les prérogatives présidentielles. C'est la raison pour laquelle la Constitution a jeté les bases d'un régime qui n'est ni présidentiel ni parlementaire et dont une caractéristique essentielle est l'aménagement d'un pouvoir exécutif bicéphale. Certes, c'est avec la révision intervenue en 1985 de la Constitution de 1983 que la Primature fut instaurée, mais le Président Jean-Claude Duvalier n'a jamais nommé un Premier ministre. Mais un débat est ouvert sur le point de savoir si cette dyarchie est fonctionnelle et s'il n'y avait pas un autre moyen de limiter les pouvoirs du président de la République et ainsi de prévenir tout retour à la dictature.
Le rétablissement du Sénat, qui fut d'ailleurs le premier Parlement monocaméral du pays entre 1807 et 1816, introduit un élément de rééquilibre entre les deux organes législatifs, mais on peut observer que le système de renouvellement par tiers qui remonte à la Constitution de 1806 et maintenu depuis lors paraît obsolète et coûteux, car il augmente le rythme des élections. Par ailleurs, il est évident que si les deux organes partagent des pouvoirs équivalents, par exemple en ce qui concerne la procédure d'adoption des lois, il y a un gonflement en faveur du Sénat qui détient des prérogatives supplémentaires relatives à la nomination des membres de la Cour de cassation et de ceux de la Cour supérieure des Comptes et du Contentieux administratif. Le langage courant et traditionnel reproduit la prééminence du Sénat appelé volontiers la Chambre Haute, tandis que l'autre est qualifiée de Chambre Basse.
Par ailleurs, la décentralisation unanimement réclamée comme une voie conduisant à la démocratie est restée au niveau institutionnel avec d'ailleurs des prérogatives accordées aux Collectivités Territoriales qui ne correspondent pas à leur raison d'être et à la philosophie sur laquelle se construit la nécessaire décentralisation. Ainsi, il ne semble pas opportun d'accorder aux instances prévues le pouvoir de participer à la nomination des juges, tel que l'institue l'Article 175. Mais les réformes normatives envisagées ne sauraient porter atteinte aux principes sur lesquels repose une politique de décentralisation. Dans ce cas aussi, il sera nécessaire d'envisager l'adoption de plusieurs lois d'application pour expliciter, en termes pratiques, les possibilités et les bienfaits de la décentralisation, entre autres, préciser le découpage territorial des unités administratives, les domaines d'intervention de l'Etat et des Collectivités territoriales, la notion d'autonomie financière et les moyens de l'appliquer, la cohabitation d'une fonction publique nationale avec une fonction publique territoriale.
Enfin, les constituants ont manifesté le légitime souci de construire un Etat de droit par lequel tous les citoyens, gouvernants et gouvernés seraient soumis aux rigueurs de la Constitution et de la loi. Ainsi, ils ont repris les dispositions relatives à la Haute Cour de Justice en vigueur depuis la Constitution de 1805 et inscrites, en termes variés, dans toutes nos chartes. Mais à cet égard, il convient de faire remarquer qu'avec l'Article 186, tous les détenteurs du pouvoir d'Etat (président, Premier ministre, ministres, membres du CEP et de la CSCCA, juges et officiers du ministère public près la Cour de cassation, protecteur du citoyen) sont passibles de ce tribunal d'exception, sauf les parlementaires, alors qu'au XIXe siècle, eux aussi étaient exposés à être jugés par cette instance, cela jusqu'à la Constitution de 1874. Ainsi, à côté de l'immunité légitime couplée en irresponsabilité et en inviolabilité, ils jouissent d'une impunité dans l'accomplissement de leurs fonctions qui les couvre du manteau de l'absolution préventive dans l'accomplissement de leurs fonctions.
Par ailleurs, une précision s'impose en ce qui concerne le président de la République, qui, aux termes de l'Article 186 pt.a peut être mis en accusation pour crime de haute trahison ou tout autre crime ou délit commis dans l'exercice de ses fonctions. Une interprétation restrictive voudrait faire croire que seuls des délits dénoncés pendant la durée de son mandat entrent dans ce cadre. Toutefois, l'Article 21 définit le crime de haute trahison et inclut la violation de la Constitution; il s'agit de cas imprescriptibles, on pourrait dire intemporels, caractérisés par leur nature et non par le moment où ils se présentent, dans la mesure où même avant d'assumer le pouvoir, un Président peut avoir commis un crime de haute trahison sous la forme d'une violation de la Constitution, mais qui serait rendu public après.
On entre ainsi dans le domaine de la nécessaire et salutaire combinaison entre le droit et la morale publique. Ainsi, un citoyen ne saurait se réfugier derrière l'immunité de fonction que semble évoquer l'Article 186 et pourrait être traduit devant la Haute Cour de Justice à n'importe quel moment. Le caractère justiciable, en tant que président, commence avec la prestation de serment et, à cet égard, on peut établir un crime de lèse-Constitution s'il jure de respecter et de faire respecter la Charte (Article 135-1) alors que son élection serait entachée de violation et même de forfaiture. Il n'est pas sans intérêt de rappeler, à ce sujet, que le président américain Richard Nixon avait échappé, en démissionnant, à la destitution en 1974, non parce qu'il avait participé à la lamentable effraction d'un bureau du Parti démocrate dans le célèbre immeuble Watergate, mais parce qu'il avait menti à la Commission sénatoriale chargée de l'enquête sur la question. Il y a ainsi une exigence morale qui s'attache au prestige et à l'intégrité de la présidence de la République en tant qu'institution d'Etat et commande comme premier devoir d'un titulaire potentiel qu'il évite de la souiller par des mensonges et des actes délétères, de quelque nature que ce soit et à quelque moment que ce soit.
Une lamentable opportunité ratée
Toute Constitution est fille de son temps et, une fois adoptée, elle ne se transforme pas en une bible intouchable. Aussi le texte prévoit la procédure d'amendement caractérisée par deux principes : les prescriptions sont d'application stricte et leur mise en oeuvre doit respecter le temps constitutionnel inséré dans un chronogramme. Notre histoire révèle que nous avons eu recours plus fréquemment à une nouvelle charte qu'à la procédure d'amendement, et seules 6 Constitutions ont été amendées (1846, 1879, 1918, 1935, 1964, 1983). A six reprises (1846, 1858, 1876, 1879, 1946, 1957), on recourut à la remise en vigueur d'une ancienne Constitution afin d'éviter de prolonger une période d'a-constitutionnalité entre la répudiation d'une charte et la gestation d'une nouvelle. On peut faire remarquer qu'un tel recours ne semblait pas opportun en 1986, au motif qu'il s'était avéré délicat de choisir une de nos anciennes Constitutions; ainsi, le pays a vécu de février 1986 à avril 1987 sans Constitution, une situation passablement dangereuse pour la préservation de l'Etat de droit, car le Conseil national de gouvernement jouissait des pleins pouvoirs, un privilège qui sera d'ailleurs confirmé par la Constitution elle-même qui, par l'Article 285-1, lui permettra d'adopter des décrets-lois jusqu'à l'installation des Chambres, alors qu'elle ne reconnaît pas ce droit au pouvoir exécutif.
Ainsi, la présente charte a prévu les modalités de l'amendement (Articles 282 à 284-4). Il n'est pas inutile de rappeler brièvement les étapes de la seule tentative de révision effectuée depuis 25 ans. Le 4 septembre 2009, l'exécutif faisait parvenir au Parlement des propositions d'amendement et, le 14 septembre, le dernier jour de la dernière session de la 48e Législature, les deux Chambres les entérinaient séparément, avec une rapidité surprenante qui fait douter de la possibilité d'un examen quelconque. En effet, le procès-verbal des deux séances indique qu'à 6h12, l'appel nominal accusa un quorum de 69 députés et, à 7h, le texte était voté : la séance a donc duré 48 minutes. A 7h19, on enregistra la présence de 22 sénateurs et à 8h tout était bouclé en une séance de 41 minutes. L'exécutif a ainsi publié le 6 octobre dans Le Moniteur les résultats de ces étranges et rapides initiatives réalisées au galop et in extremis.
Depuis lors, on assiste à des opérations de rafistolage juridique qui font reculer l'Etat de droit. En effet, conformément aux prévisions, le 9 mai 2011, l'Assemblée nationale de la 49e législature a entériné les amendements et les a transmis à l'exécutif qui les a promulgués puis publiés dans Le Moniteur le 13 mai. Une altération majeure mérite d'être soulignée : la Constitution indique à l'Article 284 que l'amendement ne peut entrer en vigueur qu'après l'installation d'un nouveau président, alors que la loi constitutionnelle publiée indique à l'installation un changement significatif de temps lourd de conséquences. La première préposition souligne la postérité tandis que la seconde la simultanéité.
A partir de là, l'actualité s'emballe et on a entendu des parlementaires souligner que le texte publié n'était pas conforme à celui qu'ils avaient adopté et qu'une manipulation coupable était intervenue et, jusqu'à présent, il n'est pas indiqué d'où elle provenait. Le 31 mai 2011, la procédure enregistre un accroc monumental : un arrêté est publié pour rappeler la loi, une monstruosité juridique de taille, car en raison de la hiérarchie des normes, un arrêté ne saurait annuler une Loi placée au-dessus. Par ailleurs, le nouvel exécutif n'a rien à faire avec une procédure d'amendement achevée avec le précédent chef de l'Etat. Le chronogramme précis indique simplement, à l'Article 284-2, que son installation marque le moment de l'entrée en vigueur de l'amendement obtenu. Le hasard chronologique a voulu que deux étapes se soient produites en un chevauchement de jours, celle du vote de l'Assemblée nationale suivie de la publication au Moniteur et celle de l'entrée en fonction d'un nouveau titulaire. Une opération de simulation aurait pu reléguer la seconde des années après, établissant ainsi une nette séparation entre les différentes phases de la procédure entre l'initiative, la discussion, le vote en Chambres séparées, puis en Assemblée nationale, la promulgation et la mise en oeuvre. Et l'évocation qui est faite de l'Article 136 qui stipule que le Président de la République veille à la stabilité des institutions et à l'application de la Constitution ne signifie, en aucun cas, qu'il dispose du pouvoir d'interpréter, voire de modifier, le texte, d'autant que l'Article 150 précise qu'il n'a d'autres pouvoirs que ceux que lui attribue la Constitution.
Depuis lors, nous avons en circulation limitée trois textes en souffrance de légitimité : celui soumis par l'Assemblée nationale au président Préval et dont aucune copie ne semble avoir été conservée dans les archives du Parlement; la loi publiée dans Le Moniteur le 13 mai 2011; enfin une version dite "corrigée pour erreurs" soumise à l'exécutif aux fins de publication. Entre-temps, un groupe de spécialistes du droit a pris position le 28 février 2012, soulignant, sur deux colonnes, les contradictions, erreurs, altérations entre deux textes: d'un côté, le "Rapport du Bureau du palais législatif des séances de l'Assemblée nationale des 7,8 et 9 mai 2011"; de l'autre une "Loi constitutionnelle pour reproduction pour erreurs matérielles".
On est en plein imbroglio et la conséquence qui en découle, du point de vue juridique et pour la préservation de l'Etat de droit, est que la Constitution de 1987 n'a pas été amendée, faute de procédure, et par conséquent elle demeure en exercice et elle est d'ailleurs appliquée dans divers domaines de la vie nationale, malgré ses faiblesses. On peut discuter sur la validité et surtout sur le caractère définitif de la publication au journal officiel, une opération qui généralement clôt la procédure d'adoption des textes de loi. A cet égard, la doctrine et le bon sens devraient intervenir pour souligner qu'en l'absence d'un Conseil constitutionnel qui aurait autorité pour annuler le texte a posteriori, il n'existe pas dans notre système juridique une institution habilitée à le faire. En fait, seul le président René Préval, s'il était encore en fonction, aurait pu opérer le retrait de la loi constitutionnelle; en aucun cas son successeur ne peut s'octroyer le droit de le faire. On se trouve placé dans une situation anachronique de caducité virtuelle d'un texte de loi coincé entre une apparente légitimation et une contestation orchestrée par ceux qui l'ont élaboré. Une sorte d'enfant renié par ses pères et qui survit dans les limbes.
Pour entreprendre une nouvelle procédure d'amendement, il faudra attendre la dernière session de la 49e législature, c'est-à-dire le moment constitutionnel entre le deuxième lundi de juin et le deuxième lundi de septembre 2015 et, cette fois, avec sérieux. Mais un agenda de révision peut être élaboré et surtout publié à l'avance afin que les citoyens en prennent conscience, et inclure des questions de grand intérêt national telles que l'admission de la double nationalité, l'assouplissement des conditions pour les postes électifs, la création d'un Conseil constitutionnel et, aux risques de paraître iconoclaste, l'établissement d'un régime présidentiel contrôlé impliquant la suppression de la dyarchie exécutive et donc de la Primature.
Lorsque les conditions de la vie nationale le permettront, il sera souhaitable d'envisager un autre terme de l'alternative, mettre sur pied une Assemblée constituante afin de préparer une nouvelle Constitution. Je n'ai jamais caché ma préférence pour une telle opération chirurgicale sans rejeter la procédure d'amendement, mais à condition qu'elle soit menée à terme selon les prescriptions contenues dans la charte.
En ce vingt-cinquième anniversaire, c'est l'hommage triste et désabusé à rendre à la Constitution de 1987 : lui préserver son intégrité formelle à défaut de transformer son contenu et lui éviter un lamentable rafistolage de fond.
Mirlande MANIGAT
vendredi 23 mars 2012
DANS LE CHAUDRON POLITIQUE CHINOIS
Dans le chaudron politique chinois
Un commentaire
jeudi 22 mars 2012, par Martine Bulard
(Extrait du "Le Monde Diplomatique)
Une croissance qui s’essouffle, des mouvements sociaux qui prolifèrent, un parti qui se divise au grand jour... Commencé sous le signe de la stabilité, le règne du président Hu Jintao et du premier ministre Wen Jiabao, qui quitteront leurs fonctions en octobre prochain, lors du XVIIIe congrès du Parti communiste chinois (PCC) [1], risque de se terminer dans l’agitation, pas forcément contrôlée. Toutes proportions gardées, il faut remonter à 1989, à la veille des événements de la place Tiananmen, pour trouver un tel cocktail, même si les questions du pouvoir d’achat étaient alors plus fortes et les exigences d’ouverture politique plus prégnantes. En tout cas, on comprend l’étrange atmosphère qui régnait lors de la session annuelle de l’Assemblée populaire nationale (APN), réunie du 5 au 14 mars — la dernière séance pour MM. Hu et Wen.
Certes, l’APN est restée assez éloignée du vent de fronde, à la différence d’une précédente réunion, en mars 2009. A l’époque, les dirigeants craignaient un effondrement économique dans la foulée de la crise occidentale. La vaste assemblée s’était même fait l’écho des protestations : « Nous devrions réparer la maison avant qu’il ne pleuve », avait lancé M. Li Yuquan, maire de Dongguan, dans la province exportatrice du Guangdong [2]. Rien de tel en 2012.
Signe des temps, c’est plutôt l’étalage de richesses des députés qui a retenu l’attention. Nombre d’internautes chinois ont comparé la session à « un défilé de mode d’une grande maison de haute couture, vu le nombre de costumes griffés et de sacs à main de marque qui s’y exhibent », rapporte l’Agence France-Presse (5 mars), quelques questions des bloggeurs en plus : « Est-ce que ces délégués représentent vraiment le peuple, notre pays est-il vraiment devenu si riche ? » ; ou encore « Qui donc défendra les droits et allocations des pauvres ? »
Ceux des grandes fortunes, eux, semblent avoir quelques avocats dans la place. Comme le souligne le magazine américain Business Week (5 mars), « la richesse des soixante-dix membres les plus prospères du Parlement chinois [sur 2 985 délégués] a augmenté davantage que la somme des patrimoines des cinq cent trente-cinq membres du Congrès, du président, de son cabinet et de l’ensemble de la Cour suprême des Etats-Unis. (...) Les ressources cumulées de ces députés chinois se sont élevées à 90 milliards de dollars en 2011 ». Il est vrai que ces derniers n’ont quasiment aucun pouvoir (contrairement aux élus du Congrès américain) et qu’ils peuvent tomber en disgrâce du jour au lendemain ; il est non moins vrai qu’une partie de ces grandes fortunes ont leurs petites et grandes entrées dans le cénacle pékinois et pèsent sur les décisions des dirigeants.
Moins de création d’emplois en 2012
Dans son rapport devant l’APN, M. Wen a, sans surprise, dressé un tableau positif de la situation du pays. De fait, le système de santé s’est amélioré (cf. The Lancet, vol. 379, mars 2012) ainsi que celui des retraites ; le pouvoir d’achat des salariés a augmenté — de 4 % à 5 % l’an [3] —, avec des conséquences positives sur la consommation. Mais les revenus des plus fortunés ont grimpé encore plus vite. Enfin, les perspectives ne sont plus aussi flamboyantes qu’au cours de cette dernière décennie : la croissance devrait tomber à 7,5 % pour 2012, contre 9,2 % en 2011, et la création d’emplois à 9 millions dans les agglomérations urbaines, contre 12,1 millions l’année précédente, selon les pronostics mêmes de M. Wen. Les familles craignent pour l’avenir de leur enfant, l’embauche des jeunes diplômés restant l’une des préoccupations majeures des couches moyennes. Du coup, le premier ministre a clairement envisagé de « poursuivre une politique budgétaire de relance ». Il en a (encore) les moyens. Fin 2008, le pouvoir avait injecté l’équivalent de 430 milliards d’euros — ce qui n’était pas allé sans gâchis de capitaux (investissements démesurés, spéculation immobilière...). Depuis, il navigue — avec succès — entre restrictions (pour assainir) et injections (pour relancer). Mais pour combien de temps ?
Par ailleurs, l’arrogance des riches, notamment des « fils de prince » (les enfants des anciens dirigeants) et le creusement des inégalités constituent une bombe sociale à retardement. Les mouvements sociaux et identitaires (Tibet, Xinjiang) se multiplient tandis que les autorités manient plus facilement les pressions, la censure et la répression que la mise en œuvre des réformes. Les exemples de raidissement politique abondent — de l’étroite surveillance des blogs à l’assignation à résidence de tel ou tel « dissident ».
La bataille contre les « cadres nus »
Toutefois, il n’est plus rare de voir, même dans la presse officielle, des intellectuels ou éditorialistes s’inquiéter ouvertement. En novembre dernier, Li Xiguang, directeur du Centre international de communication de Tsinghua, l’une des plus grandes universités chinoises, alertait dans Global Times : « La Chine est désormais la deuxième économie au monde. Mais le coefficient de Gini [4] se rapproche de 0,50, contre environ 0,28 en 1978 ; il figure parmi les plus élevés du monde » (lire « Des “indignés” à la chinoise », Planète Asie, 29 novembre 2011). A la mi-mars, le magazine réformateur de Canton Nanfang Chuang appelait à « mener bataille contre les groupes d’intérêts particuliers (...) qui influencent le processus politique et représentent la racine de nombreux problèmes politiques, économiques et sociaux ». Selon le journal, le gouvernement devrait également « faire des efforts pour mettre en œuvre le système de déclaration du patrimoine des fonctionnaires et lutter contre les ”cadres nus” [fonctionnaires dont les enfants et épouses (ou époux) s’établissent à l’étranger ou ont obtenu la nationalité dans des pays étrangers pour préserver leur fortune ; cf. « La Chine, la crise et les fraudeurs », Planète Asie, 14 novembre 2011]. Selon le Livre bleu publié par l’Académie des sciences sociales, poursuit Nanfang Chuang, 40 % des fonctionnaires acceptent le phénomène des “cadres nus” ; ce n’est plus le seul problème de la corruption, mais aussi celui de l’identité politique et nationale des membres du gouvernement ».
Lors d’une conférence de presse, inhabituelle dans sa longueur (trois heures), le premier ministre a, d’une certaine manière, reconnu l’ampleur du défi : « Nous sommes à un stade critique. Sans une réforme politique couronnée de succès, il est impossible pour la Chine de mener à bien la réforme économique, et les gains que nous avons réalisés peuvent être perdus ; de nouveaux problèmes qui ont surgi dans la société ne pourront pas être fondamentalement résolus. » Et d’ajouter : « Je suis pleinement conscient que, pour résoudre ces problèmes, nous devons mener de front deux réformes structurelles : la réforme économique et la réforme politique, en particulier les réformes sur le système de direction du parti et du pays. » Dommage que M. Wen n’en ait rien dit dans son discours programme devant l’APN. Dommage qu’il n’en ait rien fait, au cours de ces dernières années. Pas plus que le numéro un, M. Hu. La stabilité s’est muée en immobilisme.
Bo Xilai ou le spectre de la Révolution culturelle
C’est dans ce contexte de crise reconnue que vient d’éclater l’affaire Bo Xilai, dirigeant communiste de la ville-province de Chongqing (32,6 millions d’habitants), destitué avec fracas et remplacé illico presto, au lendemain de la réunion de l’APN, le 15 mars. Il avait pourtant amorcé une (légère) autocritique devant ses pairs, dans la plus pure tradition du parti. En vain. Fort opportunément circule désormais sur les sites chinois un « rapport officiel » accusant M. Bo de corruption et de brutalité, le soupçonnant d’avoir menacé son bras droit et chef de la police Wang Lijun... lequel se serait réfugié au consulat de Chengdu, à quelque trois cents kilomètres de Chongqing, avant d’être récupéré par le pouvoir central pour être mis en « congé pour surmenage ». On se croirait dans un roman du John Le Carré de la guerre froide.
Ce n’est pas la première fois qu’un dirigeant est ainsi écarté. Le secrétaire du parti de Pékin en 1995, celui de Shanghaï en 2006, tous deux membres du Bureau politique, ont été limogés puis emprisonnés. La bataille n’était pas dénuée d’arrière-pensées politiques — leur éviction arrangeait bien l’équipe au pouvoir —, mais la corruption était avérée. Dans le cas de M. Bo, l’histoire semble plus compliquée.
Le tandem Bo-Wang s’est fait une réputation d’incorruptible et de chasseur de corrompus qui a dépassé très largement de cadre de la province. Quand il est arrivé à Chongqing en 2007, M. Bo — fils d’un héros de la Révolution, Bo Yibo, ayant connu les purges maoïstes (sa femme est morte en prison) avant d’être réhabilité — a décidé de faire le grand ménage. Il a coupé les liens entre l’appareil du parti et celui de l’Etat, d’un côté, et les grands manitous économiques et les organisations mafieuses, de l’autre. Avec son chef de la police, il a procédé à de vastes arrestations. Et beaucoup leur ont reproché — avant qu’ils ne tombent — leurs méthodes expéditives et l’absence de procès équitable pour les victimes.
Mais, dans un pays où la corruption est l’une des plus grandes plaies, l’action de M. Bo fut extrêmement populaire dans sa ville comme à l’extérieur. Il ne se privait pas de le faire savoir ni de mettre en accusation ses prédécesseurs à Chongqing : M. Wang Yang (qui n’a aucun lien de parenté avec le chef de la police Wang Lijun), l’actuel gouverneur de la province du Guangdong (réformateur libéral, pressenti pour être l’un des neuf membres du secrétariat permanent du PCC, le saint des saints, comme l’était jusque-là M. Bo) ; M. He Guoqiang, ex-secrétaire du parti et désormais secrétaire de la commission centrale de contrôle de la discipline du PCC (celle qui mène l’enquête sur M. Bo). La bataille d’influence apparaît clairement. D’autant que l’ancien dirigeant de Chongqing aimait à manier les références à Mao Zedong, envoyant, paraît-il, des textos avec des citations du Grand Timonier, ou exaltant les foules autour des chants d’antan.
C’est sans doute ce qui a conduit le premier ministre, lors de sa conférence de presse du 14 mars, à mettre en garde : « Des tragédies historiques, comme la Révolution culturelle, peuvent arriver de nouveau en Chine. » L’avertissement servait surtout à préparer l’opinion à l’éviction de M. Bo, dont les références tenaient plus du folklore que de la nostalgie, même si, dans les affaires publiques, les symboles ont toujours une connotation politique.
A Chongqing, une politique sociale inédite
Toutefois, on aurait tort de réduire l’action de M. Bo à ses méthodes sommaires de lutte contre la corruption et à ses « chants rouges ». En cinq ans, il a mené une politique sociale et de droits pour les migrants inédite en Chine. Par un système assez complexe d’échange de terres, il a stabilisé la surface cultivée autour de la ville, alors qu’elle ne cessait de se rétrécir avec l’urbanisation. Comme le montre Cui Zhiyuan [5], chercheur à la prestigieuse Ecole de politique publique et management (équivalent de l’ENA) à Pékin, plus de deux millions de migrants (entre août 2010 et juillet 2011) ont été régularisés alors qu’ils travaillaient depuis plus de cinq ans dans la ville sans permis de résidence — et donc sans droits pour eux et leurs enfants. Chaque matin, une distribution de lait et d’œufs était organisée dans les écoles, bénéficiant à un million d’enfants. Un vaste programme de construction de logements sociaux a été lancé, réduisant la montée des prix de l’immobilier. Enfin, grand partisan du partenariat public-privé, M. Bo s’est attaché a attirer les investissements dans sa ville-province, tout en reprenant la main publique dans plusieurs secteurs (dont la construction).
Evidemment, ces choix l’ont rendu très populaire auprès d’une partie des habitants — on a parfois parlé de « modèle de Chongqing ». A contrario, il était particulièrement détesté dans les milieux d’affaires et dans une partie de l’élite. Etait-il pour autant au-dessus de tout soupçon de corruption ? On dit que son policier en chef Wang Lijun avait mis au jour des malversations et de corruption dans son entourage. C’est ce que laisse entendre une lettre qui a circulé sur Internet après son « exfiltration » par les dirigeants de Pékin. Mais nul ne sait pourquoi il s’était soudainement mis à enquêter.
Incontestablement sensible aux inégalités et à la situation difficile des migrants, M. Bo n’a guère montré de volonté réformatrice du côté politique. Pour lui, l’ancien modèle était toujours de mise.
Un rival démocrate partisan du libéralisme
Son grand rival, M. Wang Yang, se situe, au contraire, aux côtés de l’élite économique qui réclame des réformes libérales et des privatisations, tout en affirmant une vision politique beaucoup plus ouverte. Il a joué un rôle positif pour dénouer l’affaire de Wukan : dans ce village du Guangdong, les paysans ont, pendant plusieurs semaines, affronté le potentat local qui voulait les spolier et avait battu à mort l’un des leurs. Non seulement ils ont eu gain de cause, mais ils ont pu, sous la houlette de M. Wang Yang, organiser des élections libres. M. Lin Zuluan, l’un des leaders de la révolte, a même été élu chef du village. Une première dans le pays... vite récupérée par le PCC et M. Wang Yang. Pour en faire un exemple au prochain Congrès ?
C’est ce que laissait entendre le premier ministre lors de sa conférence de presse fleuve : « Il faut poursuivre la mise en œuvre du système d’auto-gouvernance des villageois et assurer la protection de leurs droits légitimes à des élections directes. Dans de nombreux villages, les paysans ont montré leur capacité à réussir l’élection directe des comités villageois ; les gens sont capables de bien gérer leur village, ils peuvent bien le faire également à l’échelle du canton et du comté. Nous devrions les encourager à expérimenter avec audace. »
D’une certaine manière, l’affrontement Bo Xilai — Wang Yang résume le débat (et ses limites) qui agite le pays. Ce qui étonne, c’est l’éclat donné à ces divisions et à cette querelle de chefs dans un parti où le futur numéro un, M. Xi Jinping, et le futur numéro deux, M. Li Keqiang, sont connus depuis plus d’un an. Pour l’heure, M. Hu Jintao est resté fort discret. Tout au plus son poulain, M. Xi, a-t-il mis en garde dans une revue du PCC contre « ceux qui jouent la foule » et « usent de leur position pour gagner la célébrité ou la richesse [6] ». Exit M. Bo !
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Notes
[1] Leurs successeurs, qui seront désignés en octobre, prendront officiellement leurs fonctions lors de l’Assemblée populaire nationale en mars 2013.
[2] « La Chine, la relance et la consommation », Planète Asie, 11 mars 2009.
[3] Yann Rousseau, « Forte poussée des salaires dans toute l’Asie », Les Echos, Paris, 21 mars 2012.
[4] Le coefficient de Gini mesure les inégalités. Plus il est proche de 1, plus la société est inégalitaire ; plus il est près de 0, plus on se rapproche de l’égalité.
[5] Rencontre avec l’auteur à Pékin en novembre 2011. Lire « Partial intimations of the coming whole ; the Chongqing experiment in light of theories of Henry George, James Mead and Antonio Gramsci », Modern China, Sage, Pékin, 2011.
[6] Cité par Michael Wines et Jonathan Ansfield, « Report on ousted China official shows effort at damage control », International Herald Tribune, 19 mars 2012.
dimanche 18 mars 2012
YOU LEKOL TET ANBA NAN YOU PEYI TET ANBA
C’est du lavage de cerveau, quand l’éducation est utilisée pour supprimer l’identité, le langage, la culture, et la philosophie de vie d’une personne et les remplacer par quelque chose d’autre. » (Hampton, intellectuel amérindien)
« Quoi d’étonnant si la prison ressemble aux usines, aux écoles, aux casernes, aux hôpitaux, qui tous ressemblent aux prisons ? » (Michel Foulcault)
« You lekol tèt anba nan you peyi tèt anba. » (Yves Déjean)
(Extrait d'UMPP)
Entre la seconde moitié du 19e et le début du 20e siècle, au moment où chaque puissance colonial esclavagiste de l’Europe peaufinait ses stratégies pour mieux assurer sa domination sur le reste du monde, l’Évêque Joseph Shanahan, à l’instar d’un « prophète » avait prédit ce qui suit : « Qui tient l’école tient le pays, tient la religion, tient l’avenir ». À cet effet, durant leur « second espace colonial », les Français ont été parmi les premiers à prendre au sérieux les mots de cet Évêque catholique. Ils ont appliqué dans tout leur empire la doctrine de « l’assimilation » via une éducation dispensée dans la langue du soit disant « civilisé »: le français. Dans le néo-colonialisme français baptisée « mission civilisatrice », l’éducation formelle a joué un rôle primordial, central et fondamental, puisqu’avant tout il était question d’une conquête morale. Comme disait Delassus (1958), « Il s’agit pour elle de faire la conquête morale de ses sujets, de les préparer à être de vrais enfants adoptifs. C’est une seconde conquête à accomplir, plus noble et moins nécessaire que la première. Il s’agit pour elle d’affermir sa domination en soumettant les âmes, en les faisant français » C’est dans ce contexte que l’« école coloniale », a été mis en place sous la direction du « ministère des colonies ». Pour bien instaurer et faire fonctionner cette « école coloniale », les autorités de l’hexagone ont bénéficié de l’appui inconditionnel d’une grande armée de missionnaires catholiques. Notons bien que plus de deux tiers (2/3) des missionnaires dans le monde à cette époque étaient des Français (Pruhomme, 1994). Ils étaient éparpillés aux quatre (4) coins du monde. Ces religieux et religieuses assuraient bien l’hégémonie de l’empire dans les nouvelles et anciennes colonies françaises qui regroupaient plus de soixante millions de colonisés et néocolonisés (Deming Lewis, 1962). À ce sujet, Claude Prudhomme (1994), dans sa thèse « Stratégie Missionnaire du Saint-Siège sous Léon XIII (1878-1903) : Centralisation Romaine et Défis Culturels, a indiqué à partir de source primaire le statut et l’importance de ces missionnaires catholiques dans le système néocolonial français. À la page 496, nous lisons ce qui suit : « Le rapport établi par l'ambassade de France pour le président du Conseil plaide ardemment afin que le gouvernement accorde aux congrégations missionnaires un traitement particulier. «Il est facile de concevoir les bénéfices que notre action dans le monde retire du concours de ces milliers de missionnaires des deux sexes qui, de l'avis unanime de nos diplomates, de nos consuls, de nos autorités militaires, de nos agents coloniaux, et - ce qui n'est pas moins caractéristique - de nos concurrents, s'emploient avec une ardeur égale à défendre la cause de la France en même temps que celle de la Religion.» Et plus loin, le rapport a conclu en ces termes: « ... Notre véritable armée, la seule sur laquelle nous puissions compter, c'est donc celle que composent les religieux catholiques ».
À côté de cette armée de missionnaires, il y avait aussi toute une batterie de spécialistes et d’experts qui avaient pris part à la conception de cette école. Linda S. Lehmil de Tulane University (USA) nous a gratifiés en 2007 d’une thèse de 328 pages (À L’ÉCOLE DU FRANÇAIS : POLITIQUES COLONIALES DE LA LANGUE (1830-1944) dans laquelle elle a mis à nu toute la structure oppressive et l’idéologie raciste de l’école coloniale dans les espaces francophones. Selon Lehmil, il faut « interroger les doctrines scientifiques (anthropologiques et biologiques), morales, religieuses, politiques et éducatives sur lesquelles se sont basées les éducateurs et décisionnaires pour décider de la forme à donner à cette éducation aux indigènes et pour montrer comment cette théorisation politique façonnera l’institutionnalisation de la politique scolaire… ».
De son côté, Georges Hardy, l’un des dirigeants de cette école en Afrique, dans son livre « Une conquête morale en A.O.F » publié en 1917, a exposé tout le côté déshumanisant de cette éducation. Par exemple, à la page 350, il a exprimé en ces termes la stratégie qui a été appliquée pour favoriser l'assimilation: « Pour transformer les peuples primitifs de nos colonies, pour les rendre le plus dévoués à notre cause et utiles à nos entreprises, nous n’avons à notre disposition qu’un nombre très limité de moyens, et le moyen le plus sûr, c’est de prendre l’indigène dès l’enfance, d’obtenir de lui qu’il nous fréquente assidûment et qu’il subisse nos habitudes intellectuelles et morales pendant plusieurs années de suites ; en un mot, de lui ouvrir des écoles où son esprit se forme à nos intentions. » Comme on peut le remarquer ici, la stratégie est simple et précise. Elle consiste à s’assurer que le néo-colonisé puisse fréquenter dès son jeune âge des écoles où son esprit se forme à leurs intentions. Dans ces lignes, Hardy a souligné toute l’importance accordée à l’école primaire dans le projet colonial. Et de fait, comme l’a souligné Lehmil (2007), « Les critiques en théorie postcoloniale admettent à l’unanimité le rôle clé joué par l’école primaire, garde-fou de la pérennisation de la colonisation et agent de l’institutionnalisation de la francophonie aux colonies …. Elle est considérée comme le moyen le plus efficace pour asseoir la domination territoriale de la France et pénétrer les âmes conquises. » Les idéologues de l’ « école coloniale » ont probablement misé sur le fait que les premiers apprentissages scolaires ont souvent de lourdes conséquences sur le devenir de l’élève.
Dans son ouvrage Éducation, Ellen White affirme que «Les leçons que l’enfant apprend pendant les sept premières années de sa vie forment son caractère plus sûrement que tout ce qu’il apprendra au cours des années suivantes.» Aujourd’hui, de nombreuses études sur le développement du caractère et du sens moral ont confirmé la justesse de cette affirmation. Selon De Landsheere (1992), « Grâce notamment aux travaux de Freud, on sait combien les expériences vécues dans les premières années de la vie peuvent marquer profondément l’individu. Ceci est vrai tant pour le développement affectif que pour le développement intellectuel… » Pour sa part, l’Américain Robert Havighust, auteur de l’ouvrage «Human Development and Education » très connu dans le monde de l’éducation, a recueilli avec l’aide d’autres chercheurs des informations sur les premières années de l’enfant. Une de leurs principales découvertes montre qu’à l’âge de dix (10) ans, ou même avant, le caractère est largement formé.
Le cerveau d’un enfant est en quelque sorte comme une cassette vierge. Sa façon de voir le monde et les choses, sa perception de lui-même et des autres et sa conception de la réalité sont le résultat de ce qu’on a décidé d’y enregistrer au fur et mesure qu’il grandit. Dans cette optique, Goodlad (2004) affirme que « ce que nous sommes en tant qu’individus est, pour la plupart, le résultat d’un processus continu appelé Éducation. » (Ma traduction) Et dans ce processus, l’école occupe la plus importante partie.
Haïti a été l’un des tout premiers pays à avoir expérimenté le modèle d’école coloniale française. En effet, à partir de la deuxième moitié du 19e siècle des missionnaires catholiques venant d’une des zones les plus racistes et conservatrices de la France (la Bretagne) ont fait main mise sur le système éducatif haïtien. Durant une certaine période de notre histoire, ils ont pu contrôler l’intégralité de notre système éducatif. En 2012, leur impact sur le système reste intact et visible.
Ce modèle d’ « école coloniale » mis en place en Haïti a été conçu dans un but bien précis. Toujours dans son livre, George Hardy a défini clairement l’objectif général de cette école. À la page 19, il a écrit ceci : « Comme exigence générale le nouveau système mis en place devait fournir une classe subalterne qui était censée servir d’intermédiaire entre le colonisateur et les populations indigènes… » L’objectif est donc clair. Cette école est censée créer une « élite subalterne » qui doit servir de pont entre la France et Haïti. D’où ce même système à deux écoles installé chez nous, avec d’un côté, les « écoles élites » urbaines, et d’un autre côté, les écoles rurales et autres institutions scolaires défavorisées.
Aussi, pour bien comprendre l’attitude subalterne des différentes élites haitiennes face aux Blancs, il est indispensable d’analyser l’éducation formelle qu’elles ont reçue en amont. Car, le comportement subalterne a été implanté dans leur psyché durant les premières années de leur formation. Leur conscience a été falsifiée durant leur éducation primaire et secondaire. Toute la base qui sert à la construction de leur personnalité est donc mauvaise. On ne peut rien construire de solide sur une mauvaise base. Nous savons que toute bonne construction doit inévitablement avoir une bonne base. Sans une bonne base ou un bon fondement, tout s’effondra très rapidement. L’éducation de base est appelée éducation fondamentale parce qu’elle est dispensée durant l’étape la plus déterminante dans le cheminement académique d’un individu. C’est cette éducation qui détermine le devenir d’un individu. Un pays qui prend à cœur sa survie ne peut en aucun cas confier le mental de ses enfants à n’importe qui, encore moins à des étrangers, de faux amis.
Gustave Le Bon a défini l’éducation comme « l’art de transformer le conscient en inconscient. » En d’autres termes, c’est « l’art de créer des reflexes » chez l’individu. Une telle définition renforce davantage la valeur et la toute puissance de l’éducation de base. Quand on a été exposé dès son enfance à un curriculum fabriqué à l'aide de mensonges et/ou de demi-vérités sur son identité, son histoire, son environnement, ou sa réalité, on doit forcément développer de mauvais reflexes. Quand le contenu qu’on apprend consciemment est faux et/ou demi vrai, notre inconscient doit inévitablement emmagasiner, puis projeter la fausseté et/ou la demi vérité. La conscience de l’élève haïtien reçoit un contenu antinational, par conséquent, son inconscient doit logiquement produire des reflexes anti-haïtiens.
De plus, que dire des reflexes à caractère raciste, sexiste et classiste développés par le curriculum implicite ou caché. Que dire des dommages causés par les apprentissages implicites résultant de l’interaction avec les Bretons ou autres mauvais modèles des écoles. Je n’aurai pas le temps d’en parler présentement. Ce sera pour une prochaine fois.
En conclusion, je dirai que l’Haïtien qui a eu accès à ce type d’école peut toujours accumuler maîtrise sur maîtrise et/ou doctorat sur doctorat, mais il restera toujours le même, à savoir un « SUBALTERNE » qui servira d’abord les intérêts du « Blanc ». Dans de telles conditions, l’éducation postsecondaire qu’il reçoit (même dans les grandes universités du monde) ne fera que renforcer son l’aliénation culturelle. Ces études ne feront que l’éloigner davantage de la réalité haïtienne. Le salut est possible sauf si l’individu en question arrive à devenir conscient de son mal pour ensuite le soigner.
Notre président et son équipe, le parlement, la classe politique, la société civile, comme nous tous d’ailleurs, sont de purs produits de ce vieux modèle d’école coloniale française. Ils ont été programmés pour servir l’intérêt de l’étranger au détriment de leur propre pays. Leurs reflexes sont normalement anti-Haïtiens. Aujourd’hui, il y a lieu d’admettre que la prédiction de l’Évêque Shanahan s’est pleinement réalisée chez nous. Les résultats sont là sous nos yeux. On n’a qu’à regarder notre réalité quotidienne. Puisqu’ils tiennent notre école, ils tiennent notre religion, notre pays et notre avenir. Ils nous tiennent par le bout du nez comme de petits jouets. Ils nous ont bien eus. Nous avons donc été éduqués pour détruire le projet de 1804.
À un moment où l’on parle de bienfaits du « programme de scolarisation universelle » en cours, je me suis souvent posé ces questions:
Comment peut-on vouloir changer les choses en Haïti quand on envoie des enfants à l’école sans être soi-même conscient qu’on est le produit de cette mauvaise école ?
Et comment peut –on vouloir réformer l’école haïtienne sans être soi-même conscient d’abord de son mal-éducation ?
Est-ce qu’on veut vraiment changer les choses quand on a choisi d’envoyer les enfants dans le même modèle d’école qui a préparé des générations d’hommes et de femmes ayant failli collectivement ?
Est-ce qu’on veut vraiment changer les choses quand on a choisi d’envoyer les enfants dans un modèle d’école qui a préparé des générations d’hommes et de femmes qui n’ont fait que marginaliser et déshumaniser une grande majorité de leurs semblables?
Dans de telles conditions, quel type de changement veut-on avoir? Peut-on obtenir des résultats positifs quand on ignore complètement l’état réel des choses ?
Je ne le pense. Voilà pourquoi, dans de pareilles circonstances, je ne m’attends pas à ce que cette équipe soit différente des autres. Telle qu’elle est actuellement, elle ne peut pas l’être. On ne peut pas donner à Haïti ce qu’on n’a pas. Opérer le moindre changement positif dans ce pays exige obligatoirement une PRÉPARATION SPÉCIALE.
Ce sera notre prochain thème. Dans le prochain texte, je dirai davantage.
À suivre….
Cordialement Roselor François
N.B. Le générique masculin est employé ici dans le seul but d’alléger le texte. Et les références complètes peuvent être fournies sur demande.
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