mercredi 3 octobre 2012
Débat -
Par Leslie Péan * -
Soumis à AlterPresse le 1 er octobre 2012 -
Haïti est en pleine ébullition et peut-être à la veille d’une révolte populaire. La grande manifestation du Nord du 27 septembre écoulé a illustré l’existence d’une conjoncture de crise similaire à celle que le philosophe anglais John Locke définissait en 1690 comme « une rébellion visible, ouverte et éclatante [1]. » À la capitale Port-au-Prince, le 30 septembre 2012, brandissant le carton rouge signifiant la disqualification du président Martelly et la nécessité de l’expulser du terrain politique, plusieurs milliers de manifestants criaient Vle pa vle, fòl ale (Qu’il le veuille ou non, il doit partir) [2]. La présence des Paul Denis, Turneb Delpé et de nombreux autres ténors de l’opposition démocratique à cette manifestation est très significative. Il faut maintenant taire les contradictions secondaires avec le mouvement lavalasse et privilégier la contradiction principale avec le pouvoir absolutiste tèt kalé. C’est ce que demande la moindre réflexion mais aussi ce qu’exige le réalisme !
Les contestations pleuvent contre le gouvernement : Miragoâne, Petit-Goâve, Jérémie, Cayes, La Chapelle, et surtout le Cap-Haitien où trois manifestations ont eu lieu depuis le 13 septembre avec des foules scandant des cris de colère et de désespoir. Ailleurs, la résistance s’organise. Contre l’arbitraire et l’injustice d’un chef d’État qui nage dans l’improvisation et accumule gaffe sur gaffe, provocation sur provocation. Qui bâillonne les libertés publiques, viole la propriété privée, comme c’est le cas avec son voisin limitrophe, le docteur André Morno [3]. Réaction prévisible, les citoyens investissent les rues pour dire Non. Tous les citoyens et toutes les couches sociales sont concernés : parlementaires, juges, commerçants, paysans, ouvriers, chômeurs, etc. Tous prennent la parole pour dénoncer en chœur les forfaitures du Conseil Électoral Permanent, du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), de la corruption et du gaspillage des deniers publics qui s’étalent à vue d’œil.
La diaspora a répondu à cette levée de boucliers avec la manifestation tenue le mercredi 26 septembre devant le Brooklyn College à New-York. Les manifestations sont la preuve par quatre que le peuple a retiré sa confiance au gouvernement. Le peuple ouvre grand les deux bras et commence à exiger son départ pour trouver sa délivrance. Ce que d’autres traduisent par le slogan « Délivrer ou se désister ».
Le gouvernement en place n’est pas à la hauteur des défis de l’heure. Ses membres se comportent comme de vulgaires petits jouisseurs sans conscience et dont les seules préoccupations consistent à s’amuser, à boire, à forniquer et à courir les carnavals. Dans la crise économique et financière internationale actuelle, où les gouvernements des pays donateurs mènent une politique d’austérité, le gouvernement haïtien augmente sans vergogne le nombre des sinécures et portefeuilles ministériels confiés à des copains.
Sur le plan de la gouvernance, c’est l’imbroglio de la témérité avec 18 Ministres et 20 Secrétaires d’État au gouvernement Martelly/Lamothe (soit un total de 38 membres) alors qu’il n’y en avait que 27 sous celui de Préval/Bellerive en 2009, 24 sous Préval/Pierre-Louis en 2008, 23 sous celui de Préval/Alexis en 2006. L’inconscience triomphe avec ce cabinet ministériel de 38 membres pour une population de 9,9 millions d’habitants, tandis que le gouvernement français a 34 membres dirigeant un pays de 65 millions d’habitants.
Supériorité krizokal et politique du crachat
Aux Etats-Unis, le président Obama propose de réduire d’un tiers le déficit public de 14 mille milliards de dollars, soit de 4 mille milliards de dollars sur 12 ans et coupe le budget fédéral pour 2012 de 38 milliards de dollars. En France, face au président Sarkozy qui annonçait le gel des salaires du président de la République et des ministres jusqu’en 2016, son concurrent François Hollande est allé plus loin et a proposé, s’il est élu président, de réduire de 30% les salaires du président et des ministres. La mesure a été adoptée au premier conseil des ministres de son quinquennat le 17 mai 2012.
En Haïti, c’est la politique du gaspillage qui prédomine. Le président Danilo Medina, de la République dominicaine, vient en visite aux Nations Unies à New York avec une délégation de 7 membres [4], tandis que la délégation haïtienne conduite par le président Martelly compte 45 membres [5]. Contrairement à la délégation dominicaine, cette délégation est composée de comparses et d’éléments tellement insignifiants que le pouvoir n’a pas jugé nécessaire de les identifier. Surprenant ! Peccadille ou cas pendable ? C’est bizarre quand même. On ne comprend pas cet acharnement à se surpasser dans la bêtise. Cela ne ressemble-t-il pas à une arnaque pour encaisser des per diem, une escroquerie qui ne veut pas dire son nom ? Une manière inconsciente d’afficher la propension au gaspillage ?
La boucle est bouclée par Edwin Zenny, un sénateur du parti présidentiel, qui crache au visage du juge Bob Simonis en lui intimant l’ordre de se la boucler [6]. Sans tourner autour du pot, en voulant redorer son image mulâtriste et revendiquer une « supériorité krizokal », l’agresseur a déclaré : « Tu dois respecter un mulâtre, Edo Zenny te connait, mais pas le sénateur Zenny. Je suis blanc, et toi tu es nègre [7]. » C’est osé, scandaleux et explosif. La coupe est pleine avec un gouvernement qui après 16 mois au pouvoir est déjà émaillé de mésaventures les unes plus répréhensibles que les autres. La barbarie et la sauvagerie sont aux commandes avec une flagrante absence de lucidité.
Le petit clan au pouvoir
Le scandale est partout et quand il ne l’est pas, c’est le malaise. L’échec du petit clan au pouvoir vient en tout premier lieu de son inexpérience politique et du comportement aberrant du président consistant à agir comme si tout dépendait de lui et qu’il n’existait pas d’institutions dans le pays. Ayant été catapulté au pouvoir par une communauté internationale aux abois qui fuyait comme la peste le regroupement mascarade Inité-Préval, le petit clan au pouvoir n’a pas compris que les temps ont changé et que le président de la République ne peut plus faire à sa guise. Sans qu’aucune loi ne soit votée au Parlement, et avant même qu’un premier ministre soit approuvé, le gouvernement Martelly a imposé une taxe (présentée comme une redevance) d’un montant de $1.50 sur le montant de chaque transfert d’argent reçu en Haïti et de 5 cents sur chaque appel téléphonique vers Haïti. Ces mesures sont illégales, car n’ayant jamais été ratifiées avant ou après leur mise en vigueur par une loi de finances. C’est donc un vol perpétré contre les plus pauvres, un vol pratiqué par une clique dont les membres se comportent comme des gangsters qui ont fait main basse sur l’État.
La clique au pouvoir n’a pas analysé la situation de l’assemblée législative composée en majorité de députés frauduleusement élus. Comme le dit l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL) dans sa dernière Adresse à la nation, cette assemblée législative regroupe « une flopée d’élus issus d’élections préprogrammées, les plus rocambolesques de l’histoire de ces trente dernières années, sous l’arbitrage scandaleux de juges électoraux vénaux. » Le petit clan au pouvoir a plongé tête baissée dans la voie tracée par ses prédécesseurs. En ayant recours à l’achat des votes des parlementaires afin que ces derniers votent pour son Premier ministre, il s’est enfoncé dans le piège infernal de la corruption. De nos jours, les députés ne se vendent pas mais se louent plutôt, l’espace d’un vote et même pas celui d’une législature.
Ne disposant pas de ressources financières pour acheter indéfiniment les votes nécessaires pour passer les moindres lois, le pouvoir exécutif creuse chaque jour sa tombe et commence à en creuser pour ses collaborateurs des pouvoirs législatif et judiciaire. Sa dernière découverte a été le recours aux arrestations arbitraires de 36 personnalités politiques dont les avocats Newton St. Juste et André Michel. La tentative a avorté grâce à la rectitude du commissaire du gouvernement Jean Renel Sénatus qui a payé cher cet acte de courage. Les élections pour le renouvellement du Sénat n’ont pas eu lieu aux échéances fixées de sorte que le président Martelly n’a pas passé le test fondamental de la démocratie qui fait du chef de l’État le garant du fonctionnement normal des institutions.
Le gouvernement Martelly, son propre ennemi
Ayant piteusement échoué, le petit clan au pouvoir est au bout du rouleau. L’opposition démocratique l’a placé devant une alternative : délivrer ou partir. Dans le premier cas de figure, le gouvernement abandonnerait sa logique de jeu à somme négative, dans laquelle tout le monde perd au moins une partie de sa mise, pour un grand jeu à somme positive où tout le monde gagne : la présidence, les partis d’opposition, le pays tout entier. Dans le second cas de figure, le gouvernement lui-même peut encore se racheter en démissionnant. C’est le choix qu’ont fait, ces derniers temps, Silvio Berlusconi en Italie et George Papandréou en Grèce. Quand l’exécutif ne peut plus corrompre avec des enveloppes bourrées d’argent, il doit se rendre à l’évidence : la partie est terminée.
Signe des temps, la population des Cayes a déjà manifesté son indifférence face à l’argent envoyé pour la corrompre. Hier, c’était celle du Cap-Haitien qui, le 27 septembre 2012, donnait la preuve que rien ne va plus. Comme l’écrit Daly Valet dans l’éditorial du 28 septembre 2012, « L’échec au Cap-Haïtien de la "tactique des enveloppes " n’est autre qu’un camouflet à tous ceux qui croient, en tout et partout, aux vertus anesthésiantes et aphrodisiaques de l’argent [8]. »
Le président de la République est aujourd’hui la principale victime de la guerre qu’il a déclarée à la société haïtienne. Guerre du divertissement carnavalesque qui a sur le coup apparemment réussi mais qui, en fait, a piteusement échoué. Avec les éléments en majorité sans scrupule qui le composent, le gouvernement Martelly est son propre ennemi. Pour essayer de sortir du pétrin, il doit commencer par résister à ses propres pulsions destructrices. Pourquoi l’ex-ministre de la Justice Josué Pierre-Louis (connu pour le crime d’arrestation d’un parlementaire en fonction) incite-t-il le commissaire Jean Renel Sénatus à envoyer au cabinet du juge d’instruction de Port-au-Prince le dossier de manipulation des fonds publics par Madame la présidente Sophia Saint-Rémy Martelly ?
Quel est le mobile caché de cette action terrifiante ? Un acte vengeur exercé froidement ? Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il il existe bien au sein du pouvoir une équipe d’artisans du chaos. Paradoxalement, c’est ce même Josué Pierre-Louis que le président Martelly a nommé président de son Conseil Electoral Permanent. Une autre forfaiture. L’avenir est sombre. Ce que les perspectives actuelles promettent en fait de larmes et de souffrances ne saurait plaire à personne. Dans le bras de fer qui se joue entre le gouvernement Martelly et l’opposition démocratique, la réponse du pouvoir ne peut être ni la démagogie ni la rhétorique. Le président Martelly doit s’incliner. Les revendications du peuple haïtien sont légitimes et doivent être satisfaites. FIN - Leslie Pean
[1] John Locke, Traité du gouvernement civil (1690), Université du Québec à Chicoutimi, Canada, 2002, p. 139.
[2] Amélie Baron, « Haïti : la colère contre le pouvoir gagne Port-au-Prince », RFI, 1er octobre 2012.
[3] André Morno, « Lettre ouverte au Président Michel Joseph Martelly », Le Nouvelliste, 21 septembre 2012
[4] La délégation dominicaine accompagnant le président Danilo Medina et son épouse aux Nations Unies était composée de Carlos Morales Troncoso (Ministre des Affaires Étrangères) ; Gustavo Montalvo (Ministre de la Présidence) ; Jose Ramon Peralta (Ministre des Affaires administratives présidentielles) ; Roberto Rodriguez Marchena (Directeur de la Communication) ; Miguel Mercedes (Directeur adjoint du Département d’Investigation Nationale) ; Carlos Pared Perez (assistant du Directeur adjoint du Département d’Investigation Nationale) et le General Adams Caceres Silvestre, chef de la garde militaire présidentielle).
[5] Haïti/Nations-Unies : Une délégation de 45 membres accompagnera Martelly et Lamothe à la 67e session de l’assemblée générale, AlterPresse, 25 septembre 2012.
[6] Thomas Péralte, « Un sénateur crache au visage d’un juge », Haïti Liberté, 18 Septembre 2012. Voir aussi Walter Cameau, « Le juge Bob Simonis humilié par le Sénateur Edo Zenny », Le Matin, 10 septembre 2002
[7] Thomas Péralte, op. cit.
[8] Daly Valet, « Le pouvoir comme hibou », Le Matin, 28 septembre 2012
lundi 1 octobre 2012
MARTELLY PEUT-IL SAUVER SON MANDAT - Par Marc-Arthur Pierre Louis -
Soumis à Tout Haïti ce 1er Octobre 2012 -
Je n'ai pas supporté le renversement d'Aristide en 2004, ce n'est pas aujourd'hui que je vais supporter aucune tentative qui viserait à renverser le président Martelly malgré toutes les irrégularités qui facilitèrent son ascension à la première magistrature de l'état. Comme je le dis toujours, la démocratie c'est défendre les droits de l'autre comme si sa vie en dépendait, comme s'ils étaient les siens. Le démocrate que je suis, veux que le président achève son mandat. C'est ce qui serait mieux pour notre frêle démocratie. Renverser Martelly n'est pas, de loin, ce dont le pays a besoin en ce moment. Cependant le capital politique que Martelly a amassé à son arrivée a été dilapidé, effrité, pulvérisé. Cela est nettement visible dans les trois plus grandes métropoles du pays qui l'ont propulsé au palais national. Les Cayes qui furent le fer de lance de son élection se soulevèrent en premier et cela était un très mauvais signe que ses bases commencèrent à le lâcher. Lorsque le Cap qui le porta en apothéose lors de ses tournées entra en éruption en deux occasions et annonce une grève générale pour le premier Octobre et que Port-au-Prince s'embrasa aujourd'hui tout en scandant des slogans anti-Martelly et en réclamant son départ du pays les choses se corsent et n'augurent rien de bon pour le pouvoir en place.
Il semble que Martelly n'a pas apprécié la dynamique de la grande majorité du peuple Haïtien qui ne chérit pas les idéaux démocratiques par ce que justement personne ne les lui a enseigné. Cependant tout comme St Thomas d'Aquin disait qu'il faut un minimum de bien-être pour exercer la vertu, les vertus démocratiques réclament un minimum de bien-être, un strict nécessaire. Dans presque tous les pays du monde si le peuple ne mange pas à sa faim et si les services les plus élémentaires sont hors de sa portée on peut s'attendre à des émeutes et à des chamboulements. Ce qui va exacerber la situation c'est la présence de ses ennemis politiques qui profitent du moindre faux-pas pour capitaliser et creuser votre tombe politiquement.
Le gouvernement Martelly parle d'un laboratoire de déstabilisation. Il est quasi certain que ce laboratoire existe. Cependant ce gouvernement lui a rendu la tache absolument plus facile. Si à ce laboratoire de déstabilisation le gouvernement n'oppose que son propre laboratoire de crises tous azimuts alors le mélange devient caustique, volatile, et peut exploser à tout moment. Il est évident que le schéma du pouvoir tel qu'il se découpe dans la pensée du chef d'état est rétrograde par ce que calqué sur le modèle duvalérien ou le leader est un chef suprême qui prend des décisions auxquelles ses subalternes s'empressent de donner une couverture légale la majeure parties des cas au prix des grandes contorsions et gymnastiques dénaturées. Cependant ces manœuvres ne sont plus à l'ordre du jour dans la période post 1987. La peur qu'inspiraient les hommes de main des gouvernements passés n'existant pas aujourd'hui il est extrêmement difficile de faire avaler des couleuvres au peuple comme ce fut le cas dans le passé. Ce n'est pas que les hommes du pouvoir n'ont pas essayé mais la stratégie s'est retournée contre eux toutes les fois. On n'a qu'à consulter les incidents Bélizaire, Apaid et Morno et Sénatus pour se rendre compte de la nouvelle fragilité de l'exercice des manœuvres d'antan extrêmement efficaces à museler l'opposition.
Il n'est pas trop tard à Martelly de sauver son mandat cependant il ne devra pas commettre les erreurs de ses prédécesseurs et surtout il devra dompter sa propre capacité à créer des situations explosives. Dans la situation actuelle ou il se trouve, en plus des vautours qui l'entourent qui ont le potentiel de le ruiner complètement, l'ennemi le plus farouche de Martelly est le Sweet Micky dynamique, polémiste hors pairs et qui va constamment au devant des défis, provocations et bagarres de toutes sortes et qui fait fi des lois établies ou cherche toujours le moyen de les contourner, en d'autres mots l'aura du bandit légal. Si Martelly veut réussir son mandat il devra commencer à se conduire complètement en chef d'état. Il n'est pas impossible de projeter cette image mais il lui sera extrêmement difficile car l'ennemi qui est dans son sein peut frapper mortellement à un moment ou l'on s'y attendait le moins. Il doit d'abord pacifier les foules. Un discours de grande envergure à la nation ou il peut en faire une livraison ininterrompue qui prendra tout le talent des rédacteurs de discours pour trouver les mots justes est une nécessité impossible à contourner. Ce discours devra assumer toutes les erreurs commises avec des promesses certaines de correction et comme gages des mesures immédiates garantes de sa bonne volonté.
Il faudra une assurance que les dépenses inutiles vont cesser avec un assainissement de son entourage et démontrer sans équivoques des mesures d'austérité au sein de la présidence même pour une parcimonie des deniers publics qui indique que le chef de l'état sent la souffrance des masses et fait preuve d'empathie avec elles. Avec cela l'annonce de mesures visant à contrecarrer la cherté de la vie devra être faite de sitôt. Certains arrêtés controversés devront être rappelés et cela montrerait une volonté ferme de redémarrer. La promesse de meilleures relations avec le parlement et une visite extraordinaire effectuée dans l'enceinte de ce corps avec un discours conciliateur empreint d'humilité et une main tendue à ses adversaires politiques sera un grand pas dans la bonne direction et un événement rare qui enverrait un signal positif au pays aussi bien qu'a ses amis. Il sera nécessaire de travailler à l'affermissement des relations du département de liaison avec le parlement et surtout un remaniement des protocoles qui gèrent ces relations sera aussi un signe distinct de détente et un désir arrêté d'en finir avec les antagonismes caractéristiques de ce bras de fer en permanence entre les deux pouvoirs.
Martelly devra en appeler à tous ses talents de communicateur pour gagner à sa cause ceux qu'il a perdu et surtout de créer une disposition chez les sceptiques à vouloir lui donner une chance de l'observer pendant une période de temps. Il devra aborder sa présidence comme s'il commençait maintenant et devra se défaire complètement de l'opinion du pouvoir avec laquelle il a pris le pouvoir car le peuple sent qu'il a été dupé. Il devra donner les signaux indubitables qu'il veut désormais et irréversiblement mettre les intérêts de la nation au dessus des siens et intimer à ses collaborateurs l'essence du nouveau programme et leur donner l'opportunité de se retirer s'ils pensent qu'ils n'ont pas la capacité de se soumettre au nouveau régime. Il fera la promesse de livrer une lutte sans merci à la corruption, au népotisme, au trafic des stupéfiants et surtout à l'insécurité avec des mesures tangibles montrant une intention nette d'œuvrer et de réussir dans ces domaines. Il devra en appeler à la conscience citoyenne de tous les fonctionnaires de l'état et surtout du parlement et inaugurer une ère nouvelle dans les relations avec les pouvoirs du pays.
Martelly devra se rappeler qu'il avait fait des promesses qu'il n'a pas livrées. Notamment qu'il allait laisser Conille diriger après l'incident Bélizaire, qu'il allait faire une rupture complète avec les systèmes du passé, construire des universités, décentraliser le pays et tant d'autres. Un Martelly contrit et qui explique pourquoi il n'a pu tenir ses promesses et surtout qui fait état d'une volonté dure comme l'acier à changer de direction et à promouvoir une période de paix sur tout le territoire peut renverser la vapeur s'il est complètement honnête. Il devra se rappeler que les crises avec le parlement ne sont rien en comparaison avec les crises avec le peuple qui peuvent tout chambarder en un laps de temps très court et que jouer avec les sentiments du peuple est jouer avec un feu qui peut tout embraser et dévorer. Donc il n'aurait aucun intérêt à présenter une image au peuple qui ne serait pas la vraie. Qu'il se rappelle comme relaté plus haut que le peuple se soucie, malheureusement, guère des idéaux démocratiques et que des pays comme les Etats Unis vont l'abandonner à son sort et même lui demander de partir dès qu'ils perçoivent une volonté arrêtée du peuple de se débarrasser de lui. Qu'il se rappelle que la mesure d'un pays est souvent la mesure de son leader.
Les destinées de Martelly sont entre ses mains. Qu'il se rappelle de cette pensée : Il y a des gens qui font l'histoire; il y en a que fait l'histoire. Ces derniers doivent lui rendre la réciprocité si le cycle de vie doit continuer. C'est en les créant que l'histoire se recrée. Mr. Martelly a été créé par l'histoire mais plus il oublie cette réalité plus il se met en position de nier la possibilité à l'histoire de se recréer sans des déchirures atroces. Mais s'il se dit qu'il a des redevances à l'histoire chaque fois qu'il se regarde dans un miroir alors il mettra tout en œuvre pour rendre à l'histoire sa réciprocité pour que le cycle de vie chez nous se préserve.
Par Marc-Arthur Pierre Louis
vendredi 28 septembre 2012
Thèmes de l’Emission de la semaine
Orlando le 28 septembre, 2012
Actualités Politiques : Grandes Lignes
A l’époque de la guerre froide et au-delà, c'est-à-dire de Kebreau à Préval, en Haïti, la gestion de la conquête, du maintien et de la perte du pouvoir, ont échappé totalement à la volonté citoyenne, dans la plupart des pays du tiers-monde. La dictature sanguinaire des Duvalier, a duré presque 30 ans, durant lesquels une bonne partie de la classe moyenne a été forcé de prendre le chemin de l’exile, ainsi que 85% des intellectuels, des professionnels, des technocrates et des administrateurs. Après son renversement en 1986, on a annoncé tambour battant l’avènement de la Démocratie émancipatrice en Haïti. Avec la nuance, que l’Internationale a choisi manifestement d’ignorer les rapports étroits existant entre la légitimité politique et l’expression de la volonté générale !
Bien que ponctuellement, on ait eu des élections pour tous les postes électifs. Force est de constater dans les faits que l’Internationale s’est réservé le droit d’intervenir ouvertement et ponctuellement à chaque élection présidentielle sans exception, pour imposer qui elle veut à la présidence. Mais en prenant soin de laisser à ceux catapulté au pouvoir, la liberté de faire à leurs guises, pour consolider leurs pouvoirs, en confisquant indistinctement toutes les élections, du législatif aux postes des collectivités territoriales. Voilà ce qu’a été la politique électorale, d’accès et d’octroi de pouvoir, pendant un quart de siècle, de désillusion, de bluff et de démocrature. Les vrais enjeux électoraux jusqu'à présent, restent et demeurent irréfutablement, le contrôle à la fois du CEP et de la machine électorale.
Pour ménager les apparences, l’International a adopté et réutilisé la transposition d’une popularité acquise dans un autre domaine, en politique, créant ainsi artificiellement l’apparence d’une légitimité politique pour ceux qui sont catapultés à la présidence. Avoir une popularité peu importe le domaine, est maintenant consacré comme qualification et pré-requis pour la présidence. Les conséquences directes de cette consécration, sur les partis politiques, sont énormes et catastrophiques. Le parti en tant qu’instrument politique moderne, est désormais en échec et mat. L’accès au pouvoir politique ne passe plus par le biais de l’appartenance à un instrument politique, qui est en Démocratie une étape de modernité. Ce processus est court-circuité par la consécration de cette formule.
L’hégémonie méridionale, leader de la force militaire multinationale de l’ONU, la Minustah, est allée encore plus loin. Elle a retourné au pouvoir, au lendemain du renversement du régime lavalas, dû à une longue lutte insurrectionnelle, le 1er premier ministre et le second chef d’état du régime lavalas. Pour ce faire, l’ex-représentant du Secrétaire Général de l’ONU en Haïti, Juan Gabriel Valdès, a qualifié l’Opération Baghdâd et les zones de non-droit, orchestrés par lavalas, d’être des phénomènes de revendication sociale ! Et c’est par le biais du chantage de la terreur et du chambardement total que l’on a forcé Boniface Alexandre et le CEP à entériner une victoire au premier tour pour le retour de René Préval au pouvoir. C’est à partir de ce fait historique irréfutable qu’est venue un peu plus tard, l’idée de l’impératif de la négociation et du dialogue avec les bandits.
Or, c’est ce même régime lavalas qui a manifestement provoqué, en deux fois, dans l’espace d’une décade, la faillite de l’Etat haïtien, en pérennisant la déliquescence institutionnelle, introduite par le régime des Duvalier. A chacune de ces deux faillites, le Conseil de Sécurité de l’ONU a évoqué le Chapitre VII de sa Charte pour placer Haïti sous tutelle. On est jusqu'à présent sous la dernière tutelle en date.
Jugeant de l’effet de ces interventions directes de l’Internationale pendant plus d’un demi-siècle. Catapultant à son gré, ceux qui ont assumé les responsabilités de gouverner notre pays. On constate malheureusement, que ces gouvernants ont intentionnellement maintenu plus de 60% d’illettrés, pour réduire les risques de toute prise de conscience des masses et éliminer du même coup toute possibilité de réaction citoyenne, face à ces interventions qui sont manifestement contre l’intérêt national. Rendant ainsi possible à perpétuité la possibilité de ces immixtions internationales, par le maintien de l’indifférence totale des masses inconscientes de ces violations.
Le Wall Street journal, vient de publier dans sa rubrique 24/7 Wall St. la liste des pays les plus pauvres du monde, à partir d’un rapport de la Banque mondiale. Haïti, selon ce rapport, a remporté la palm cette fois-ci. Elle est en tête de liste, à 77% de taux de pauvreté, le pays le plus pauvre de la planète :
1. Haiti
· Poverty rate: 77 percent
· Population: 10,123,787
· GDP: $7.35 billion (66th lowest)
· GDP per capita: $726 (22nd lowest)
2. Equatorial Guinea
· Poverty rate: 76.8 percent
· Population: 720,213
· GDP: $19.79 billion (99th lowest)
· GDP per capita: $27,478 (40th highest)
3. Zimbabwe
· Poverty rate: 72 percent
· Population: 12,754,378
· GDP: $9.9 billion (72nd lowest)
· GDP per capita: $776 (25th lowest)
4. Congo (Democratic Republic)
· Poverty rate: 71.3 percent
· Population: 67,757,577
· GDP: $15.64 billion (91st lowest)
· GDP per capita: $231 (the lowest)
5. Swaziland
· Poverty rate: 69.2 percent
· Population: 1,067,773
· GDP: $3.98 billion (47th lowest)
· GDP per capita: $3,725 (82nd lowest)
Compte tenu du déclin précipité depuis plusieurs décades, cette classification n’est pas surprenante. C’est plutôt la conclusion que tire l’auteur de cet article, mettant sans nuance l’emphase uniquement sur la responsabilité citoyenne des peuples du tiers-monde. C’est un déni absolu de responsabilité des superpuissances dans la gestion catastrophique de leurs intérêts à travers le tiers-monde durant 67 ans d’affilé, de la guerre froide et au-delà, de 1945 à 2012. Voilà la conclusion verbatim : «"Our background and circumstances may have influenced who we are, but we are responsible for who we become." » Quelles sont vos réactions en lisant cette conclusion ? Est-elle juste ? Est-elle pertinente ?
Cette conclusion indubitablement déculpabilise et ignore totalement les conséquences directes des interventions hégémoniques prédatrices des puissances mondiales exploitant et vassalisant intentionnellement ces pays appauvris du tiers-monde, de l’époque des atrocités de la guerre froide à nos jours. Parce qu’aucun de ces pays des deux pôles gérant férocement les carnages de cette guerre froide, n’ont subi aucune conséquence négative directe de cette longue guerre sur leurs territoires. Et leurs nations n’en ont subi aucun dommage. Si pour ces deux pôles, ça a été une guerre d’influence idéologique, par proxy. Pour les pays du tiers-monde, ça n’a pas été le cas. Les pays leader des deux pôles et leurs institutions veulent, pour sauf-garder leurs prestiges et leurs dominations, ignorer le fait que cette guerre froide a été gérée avec toute sa violence et toute sa férocité, exclusivement sur le territoire des pays du tiers-monde, en y imposant et en y maintenant au pouvoir par la force des armes et des fois par le génocide, des gouvernement dictatoriaux et sanguinaires pour défendre exclusivement leurs intérêts. Cette « guerre froide » a causé des dommages physiques et psychiques profonds et inestimables dans les entrailles de ces populations appauvris et meurtris du tiers-monde.
Il y a eu le Plan Marshal pour les pays d’Europe victimes des bombardements indiscriminés de civils de la seconde guerre mondiale 1939-1945, 6 ans. Mais quant aux pays du tiers-monde qui ont subi ces atrocités de la guerre froide 1945-1989, 44 ans en théorie, mais 67 ans en réalité. Quel sera ce plan ? Quand certaines nations évoquent avec fierté la période de prospérité des 30 glorieuses, 1945-1975. On oublie trop souvent qu’à la même époque, c’étaient l’enfer des tranchés sanglants, jonchés de cadavres, hantés par les gémissements des suppliciés, qui se creusaient uniquement sur les territoires des pays du tiers-monde où la guerre froide faisait rage. De fait certain pays tel qu’Haïti, elle n’est pas la seule d’ailleurs, demeure jusqu'à présent sous le même régime de tutelle hégémonique, ne varietur, pendant plus d’un demi-siècle, avec des gouvernants catapultés et maintenus au pouvoir par l’Internationale ! In fine, qui a contribué le plus, directement ou indirectement au fait qu’Haïti ait pu atteindre 77% de taux de pauvreté ?
Les gouvernants haïtiens, pour se maintenir au pouvoir, y ont contribué aussi, sans aucun doute. Ils ont maintenu intentionnellement la grande majorité de la nation dans la pauvreté, l’ignorance et l’inconscience, pour s’assurer du pouvoir absolu et de sa pérennisation. Ils feignent d’exécuter ponctuellement le rituelle électoral, plutôt pour feindre une fausse légitimité politique, entérinée et consacrée régulièrement par le corps diplomatique, après chaque élection. En effet, l’entérinement et la consécration des résultats électoraux frauduleux par le corps diplomatique, clôture sans appel, à chaque fois, tous débats concernant la contestation électorale. De fait, les contestations électorales n’ont jamais abouti. Le corollaire est que les taux de participation ont proportionnellement décliné, reflétant ainsi le niveau de confiance accordé par l’électorat à ces élections bidon.
L’Internationale paradoxalement se plaint constamment de l’incompétence et de la corruption proverbiale des gouvernants haïtiens. Ne devrait-elle pas s’interroger sur ce fait ? Pourquoi intervient-elle ponctuellement à chaque élection présidentielle, pour catapulter et maintenir les mêmes incompétents et les mêmes corrompus au pouvoir pendant plus d’un demi-siècle ? De quoi se plaint-elle ? Quel intérêt a-t-elle à ce jeu manifestement cynique et malsain ? Ne comprend-elle pas que ce soit l’une des causes principales de la mauvaise gouvernance, qui fait d’Haïti le pays le plus pauvre de la planète ? Si son intérêt est dans la destruction et l’éradication de la première République Nègre, qu’elle ait le courage de l’avouer ! On saura désormais à quoi s’en tenir ! Ou qu’elle ait au moins le courage, de se l’avouer. Elle cessera enfin de se plaindre ! Mais aura-t-elle jamais conscience du mal qu’elle est en train de causer à tout un pan d’humanité dans le tiers-monde ?
ROBERT BENODIN, ORLANDO, FLORIDA
mardi 5 juin 2012
HOW TO DEVELOP 5 CRITICAL THINKING TYPES
How to Develop 5 Critical Thinking Types
Holly Green, Contributor (FORBES.COM)
Great leaders think strategically.
They can understand and appreciate the current state as well as see possibilities. When dealing with today’s issues, they operate from a broad, long-term perspective rather than focusing only on short-term implications. And they can gather information and make decisions in a timely manner.
Most of all, strategic leaders know how to strike a balance between visualizing what might or could be and an effective day-to-day approach to implementation. They can look into the future to see where the company needs to go and what it will look like once they get there. And they can do this while making sure the right things get done on a daily basis.
This type of strategic leadership requires five different types of thinking. Knowing when and how much to utilize each one is the hallmark of great leaders.
Critical thinking is the mental process of objectively analyzing a situation by gathering information from all possible sources, and then evaluating both the tangible and intangible aspects, as well as the implications of any course of action.
Implementation thinking is the ability to organize ideas and plans in a way that they will be effectively carried out.
Conceptual thinking consists of the ability to find connections or patterns between abstract ideas and then piece them together to form a complete picture.
Innovative thinking involves generating new ideas or new ways of approaching things to create possibilities and opportunities.
Intuitive thinking is the ability to take what you may sense or perceive to be true and, without knowledge or evidence, appropriately factor it in to the final decision.
Until recently, most leaders could get by with critical and implementation thinking. But in today’s hyper-fast world, conceptual, innovative and intuitive thinking have becoming increasingly important, especially in industries where frenetic change represents the rule rather than the exception.
Business leaders still need to gather and analyze data, make decisions, and implement them well. But now they have to take in vast amounts of data from a more diverse array of sources. They have to make decisions much more quickly. And they have to do it knowing that everything could change overnight.
In such an environment, the ability to ponder possibilities, see patterns and connections that others don’t see, and look at the same data in new and different ways represents a formidable competitive advantage.
Some leaders seem to be born with these intuitive types of thinking skills. But since most of us are not so naturally gifted, here are some suggestions for developing these essential leadership skills.
Take time to look around. Browse business websites and read related publications to learn how other organizations have implemented various strategies in order to increase their competitive advantage.
Be willing to change directions and/or pursue new goals when strategic opportunities arise. Think about what is keeping you on the same path and force yourself to ponder whether or not you should shift plans. Consider worst-case scenarios.
When problems arise, don’t settle for a quick fix. Instead, carefully look at the problem and take the time to analyze all possible solutions. Create a checklist for yourself to trigger thoughts on long-term consequences and possibilities.
Help others in the organization feel that they are part of the overall mission and strategies by discussing it with them frequently and involving them as much as possible.
Pause and view your situation from another perspective – that of an employee, customer, supplier, etc.
Research and analyze your company’s major competitors. Create a detailed profile of each one and share it with your team. Constantly look for first-hand data rather than relying on anecdotal information.
Engage in “what-if” thinking. For example, “If we do this, how will our competitors respond? What will our customers think? What impact will this have on our suppliers and distributors? What if there is something we have not considered?”
Expand your data sources to include areas totally outside your business or industry. Analyze other industries to see what they’re doing well and how that could be adapted to your business.
Most of all, get in the habit of stimulating your mind by not thinking about your business. From time to time, go outside your office and take a walk. Turn off your processing and just soak in the sights, sounds, and scents of the environment. Let your mind wander, and allow yourself the luxury of daydreaming. You’ll be amazed at what you can come up with simply by shifting out of the critical/implementation thinking modes from time to time.
The human brain is a powerful leadership tool. It works even better when you use all five thinking types!
mercredi 9 mai 2012
HISTOIRE DE L'HOPITAL JUSTINIEN
Histoire de l’Hopital Justinien
Cap-Haitien, Haiti
En 1880, M. Justinien Etienne, alors magistrat communal du Cap-Haitien proposa aux membres du cercle du commerce la création d’un Hospice pour les mendiants et les infirmes de la ville, un rêve qu’il chérissait. Pour extraordinaire que fut l’idée, elle fut acceptée avec enthousiasme. L’impression produite par la vue des infirmes de toutes catégories qui circulaient librement a travers les rues de la ville était fort pénible. L’orgueil des vrais Capois, si chatouilleux quand il s’agit de leur ville, était blesse quand les étrangers aussi étaient témoins de cette triste situation.
Pour faire face a la difficulté initiale du financement du projet, Justinien et ses collaborateurs décidèrent de recourir aux souscriptions. Mais ses amis étaient loin de penser sérieusement a voir s’intégrer son projet dans le réel, ne concevant pas qu’il allait pouvoir, grâce a l’initiative privée, trouver les ressources suffisantes pour faire subsister une telle entreprise. Mais Justinien lui était comme envahi d’une véritable passion pour la réalisation de son œuvre. Et quand son ami l’architecte Frederick Rutter a qui il avait eu recours, lui souligna les obstacles qu’il lui faudrait vaincre pour réaliser son projet, il se contenta de lui répondre : « Donnez-moi un plan et je me charge de trouver l’argent ».
L’autre difficulté escomptée, celle de trouver le personnel hospitalier, fut résolue avant même le commencement des travaux de construction car, sur qu’il allait pouvoir réaliser son projet, Justinien Etienne, avec l’appui de Mgr Hillion, avait sollicite l’aide des religieuses de la Congrégation des Filles de la Sagesse et celles-ci avaient acquiescé a sa demande et lui avaient promis qu’elles lui apporteraient leurs concours des que l’hospice ouvrirait ses portes.
Il restait a trouver un local approprie. Justinien eut l’idée d’utiliser une ancienne caserne coloniale située sur la colline connue sous le nom de Mandeau (ou Mando), aux pentes douces et a la fraicheur prenante alimentée par une brise constante qui fait de ces lieux un havre de paix et de repos. Cette question fut résolue quand le futur président Florvil Hyppolite (1889-1896), a l’époque sénateur de la république, s’empressa de prêter ses bons offices pour les démarches devant les chambres législatives pour l’obtention d’une concession du terrain- concession qu’il obtint non sans de grands ennuis. Par la suite, il put obtenir aussi une subvention de 3,000.00 gourdes.
Ils obtinrent donc du gouvernement la cour des grandes casernes et firent placer sur la porte d’entrée un écriteau avec ces mots : « Hôpital a construire ». En 1882,, avec seulement 600 gourdes en caisse, au grand étonnement de ses amis, et alors qu’une terrible épidémie de petite vérole qui avait éclaté en 1881 décimait les familles a travers le pays, la première pierre et les premières fondations du bâtiment principal de l’Hospice Justinien furent posées.
Les travaux devaient durer huit ans, ralentis par le manque de fonds et interrompus par les troubles politiques causes par les renversements successifs des présidents Salomon (1879-1888) et Légitime (1888-1889). Mais Justinien ne se découragea pas et le 16 mars 1890, l’Hospice fut enfin inaugure solennellement avec » d’imposantes manifestations » Le journal « La Liberté » du jour rapporte que « la ville du Cap tout entière, y compris les corps constitues, était debout en ce jour pour participer a l’interminable procession partie de la cathédrale pour se rendre a l’Hospice. L’inauguration se termina par la bénédiction solennelle des lieux et celle du Saint Sacrement.
Justinien fut nomme administrateur de l’Hospice et le resta pendant 22 ans, jusqu'à sa mort en 1912. Pendant 30 ans, l’Hospice Justinien vécut de la charité publique et la charité des médecins désintéressés qui ont consacre à l’établissement leur science et leur dévouement. Le Service d’Hygiène en assuma la responsabilité en 1917 sous l’Occupation Américaine, et en 1920, il fut transformé en vrai hôpital. En 1920/1930, l’Hôpital Justinien fut doté d’une salle d’opération et de services de radiologie, d’ophtalmologie, d’Art Dentaire, et de Dispensaire, au milieu d’un environnement sain et accueillant ou on retrouvait un magnifique kiosque, des parterres agréables, reliées par des allées de buis et de plantes décoratives bien entretenues, des salles spacieuses aux toits élevés faits pour maintenir la fraicheur et de large ouvertures pour leur bonne aération, en particulier des salles privées confortables, les meilleures du pays jusqu'à un passé récent, avec fourniture d’eau a profusion a partir d’un puits artésien et de grands réservoirs et des cuisines importantes. Ces améliorations se firent sous l’administration du Dr. Laning (1922-1926), un chirurgien américain, un homme d’un dévouement inlassable qui allait transformer cet hospice en un vrai hôpital. Pour financer ces travaux, Laning sollicita l’aide de la Croix-Rouge qui donna $10,000.00. Le gouvernement contribua $40,000 mais comme cela ne suffisait pas, il organisa des fêtes de charité et ouvrit des souscriptions.
Depuis lors, plusieurs bâtiments tels que le bloc opératoire ont été érigés. D’autres pavillons ont été agrandis. Citons le pavillon de pédiatrie et plus récemment le pavillon des cliniques externes qui s’est vu coiffe d’un étage hébergeant le service de Médecine de famille. Le gouvernement israélien vient de faire don d’un pavillon préfabriqué qui sert d’unité de soins intensifs. Ce pavillon se situe entre l’allée principale de l’hôpital et le pavillon de la Maternité (Obstétrique et Gynécologie)
L’hôpital a cependant perdu beaucoup de sa splendeur, mais surtout il est dépassé par l’explosion démographique que connait tout le pays. L’hôpital dessert actuellement une population de près d’un million de personnes et le périmètre de l’institution est reste le même depuis plus de 130 ans. Le flot incessant de patients et de visiteurs cause une congestion de personnes et de voitures. Bien que les soins de sante soient officiellement gratuits en Haïti, les patients sont obliges de payer pour chaque test de laboratoire et d’acheter tous leurs médicaments, les solutés et les aiguilles intraveineux, et même les bonbonnes d’oxygène, s’ils sont en détresse respiratoire.
Au jour de l’inauguration de l’Hôpital le 16 mars 1890, le rédacteur du journal La Liberté écrivit : » Justinien Etienne a pose un acte de patriotisme qu’on n’a pas l’habitude d’admirer chez nous et a donne une belle leçon d’énergie a tous le hésitants et les faiblards qui n’entendent rien entreprendre de nouveau pour changer certains états de choses chez nous dont l’archaïsme nous frappe et porte l’étranger qui nous visite a souligner notre état de peuple arriéré, sous le fallacieux prétexte qu’ils n’ont pas les moyens nécessaires a leur disposition ».
Et Marlene Rigaud Apollon de conclure : A combien d’entre nous ces reproches s’adresseraient-ils aujourd’hui ?
Louis J Auguste, MD – 6 mai 2012
Ce texte a été rédigé a partir d’un article de Mme Marlene Rigaud Apollon, intitulé « Justinien Etienne, Héros peu connu- Modèle pour notre temps » publié dans l’ouvrage collectif « Cap-Haitien – Excursion dans le temps / Voix Capoises de la diaspora » sous la direction de Max Manigat, Educa Vision Inc. Pblshrs, Coconut Creek, FL.
vendredi 13 avril 2012
Stanley Lucas: Haiti Solutions: RAPPORT DE LA COMMISSION SUR L’ARMEE D'HAITI AU PR...
Stanley Lucas: Haiti Solutions: RAPPORT DE LA COMMISSION SUR L’ARMEE D'HAITI AU PR...: Port-au-Prince, le 23 décembre 2011 Monsieur Michel Joseph Martelly Président de la République Palais National Monsieur le Président, La C...
jeudi 29 mars 2012
HAITI: IL Y A VINGT-CINQ ANS, UNE NOUVELLE CONSTITUTION ETAIT ADOPTEE
National 28 Mars 2012
(Extrait du "Le Nouvelliste)
Haïti: Il y a vingt-cinq ans, une nouvelle Constitution était adoptée
Le 29 mars 1987, vêtue de blanc comme tous les citoyens qui, suivant les conseils largement diffusés, avaient décidé d'approuver la nouvelle Constitution, j'avais voté "oui". Il fallait le faire et je ne le regrette pas.
C'était un radieux dimanche chargé d'espérances, où résonnait encore l'écho du slogan accrocheur et mobilisateur "Plus jamais ça !". Une vraie fête républicaine, où les citoyens se retrouvaient, en ligne sage et patiente, dans une ambiance presque fraternelle, heureux de participer à cette forme de catharsis chargée de virtualités optimistes. Une nouvelle Constitution était née et il y avait dans l'accueil festif et insouciant qui lui était réservé quelque chose comme une opération d'autosatisfaction qui permettait de la créditer, ne serait-ce qu'un instant, de toutes les vertus curatives, alors que des failles étaient déjà perceptibles. Mais en ce jour solennel, ce n'était pas là l'essentiel et l'émotion patriotique neutralisait les réserves de la froide raison.
La mémoire collective retient ainsi la date du 29 mars pour célébrer la Constitution alors que deux autres auraient mieux correspondu à l'orthodoxie juridique : 10 mars, jour de son adoption, à 2h du matin, conformément à la tradition et tel que le rapporte l'émouvant et très utile témoignage de mon ami Georges Michel dans son livre "La Constitution de 1987. Souvenirs d'un constituant"; ou le 28 avril, date de sa publication dans Le Moniteur (No 36 pour la version française et No 36-A pour la version créole), ce qui l'avait rendue désormais exécutoire.
Une durée non sans problèmes
Un quart de siècle de survie, même chaotique, c'est le record atteint par la dernière en date des 22 Constitutions qui ont jalonné la vie nationale entre 1805 et 1987. Par référence à la durée, elle est devancée d'une courte tête par la Charte de 1816 qui a fonctionné pendant 27 ans jusqu'à la chute de Jean-Pierre Boyer en 1843, et par la doyenne de notre patrimoine, celle de 1889 qui, elle, a bouclé 29 ans, a servi 11 présidents, de Florvil Hyppolite à Sudre Dartiguenave à ses débuts, et organisé 11 législatures, de la 19e à la 29e, et cela sans avoir jamais été amendée malgré cinq tentatives infructueuses (1892, 1898, 1910, 1913, 1916). De ce fait, l'immortelle, comme les historiens l'ont baptisée, est restée vierge et inaltérée jusqu'en 1918. En fait, l'Assemblée constituante où se sont distingués deux éminents juristes de l'époque, Anténor Firmin et Léger Cauvin, est plus retenue comme un extraordinaire moment de science constitutionnelle, et cela jusqu'au milieu du XXe siècle, comme en témoigne l'hommage qui lui a été rendu à l'Assemblée Constituante de 1950, que le texte lui-même qui n'est pas le meilleur produit de notre histoire constitutionnelle.
La Constitution de 1987 a traversé pas mal de péripéties depuis son adoption. Imprudemment conçue pour fonctionner en eau calme, elle a affronté les turbulences de notre vie nationale. En effet, comme balise, elle n'affiche pas un palmarès édifiant même si, par ses seules insuffisances, elle ne saurait être rendue comptable des dysfonctionnements dus à des contingences politiques. Mais l'histoire impitoyable et souvent injuste retiendra ceux que, par ses vertus, elle n'a pas pu empêcher. En effet, elle a vu défiler six présidents élus : Manigat, Aristide I, Préval I, Aristide II, Préval II et Martelly. Seul René Préval, à deux reprises, en 2001 et en 2011 a terminé son mandat, une exception remarquable dans un pays où, sur les 42 Chefs d'Etat, monarques et présidents qui se sont succédé, seuls 5 avant lui ont eu cette opportunité (sans compter, évidemment, Christophe qui s'est suicidé, les 6 qui sont morts au pouvoir : Pétion, Guerrier, Riché, Hyppolite, Auguste, Duvalier; et les 4 qui ont été tués : Dessalines, Salnave, Leconte, Guillaume Sam). Ont en effet connu ce destin constitutionnel : Nissage Saget, le premier en 1874, Tiresias Simon Sam en 1902, Sudre Dartiguenave en 1922, Louis Borno (deux mandats) en 1930, Sténio Vincent (deux mandats) en 1941. Mais parallèlement, elle a dû s'accommoder de 7 gouvernements provisoires, dont 3 militaires : Namphy I et II, Avril. L'Article 149 qui organise la vacance n'a jamais été correctement appliqué, car si Joseph Nerette en 1991 et Boniface Alexandre en 2004 étaient bien sortis du vivier de la présidence de la Cour de cassation, ils ont exercé le pouvoir plus longtemps que les trois mois prévus; Ertha Pascal Trouillot n'était pas la juge la mieux placée dans la hiérarchie de la Cour, mais dans le contexte de 1990, elle jouissait du double avantage d'être une femme et d'avoir suivi un parcours professionnel impeccable, ce qui lui conférait l'auréole de la compétence et de l'intégrité. Et Emile Jonassaint, le prestigieux président de l'Assemblée constituante de décembre 1986 à mars 1987, et devenu Président de la Cour de cassation, a conclu en 1994 dans des circonstances irrégulières l'intermède entre deux passages au pouvoir du Président Aristide.
La Constitution prescrit un exécutif bicéphale en son Article 133, mais les constituants ne prévoyaient pas un défilé de 16 Premiers ministres, de Martial Célestin en 1988 à Gary Conille en 2011, ce qui rétrécit la fonction et même fait douter de l'efficacité de cette dyarchie qui était censée assurer la stabilité à la tête de l'Etat. Le système en tandem a fonctionné entre 4 mois (Manigat-Celestin) et (Martelly-Conille) et 27 mois (Alexandre-Latortue), alors que René Préval a collaboré, à deux reprises, avec Jacques Édouard Alexis, une première fois pendant 23 mois et une seconde pendant 25 mois. Mais le pays a connu quelques entorses juridiques : Namphy II, Avril, Ertha P. Trouillot, Emile Jonassaint ne se sont pas embarrassés d'un Premier ministre et la présidente Ertha Pascal Trouillot a tout simplement phagocyté un Conseil d'Etat non prévu par les normes constitutionnelles, mais à qui on avait confié la tâche improvisée et juridiquement surprenante et contestable de contrôler son pouvoir; Marc Bazin a occupé la Primature sans un président; et enfin René Préval avait placé le système bicéphale en veilleuse de juin 1997 à mars 1998 en ne nommant pas un Premier ministre.
Elle a aussi souffert dans son intégrité. Suspendue au lendemain du coup d'Etat contre le président Leslie Manigat en juin 1988, elle a été rétablie le 13 mars 1989 par le général Prosper Avril, mais amputée de quelques 20 Articles et une ahurissante explication avait été fournie à cette occasion selon laquelle ces dispositions étaient incompatibles avec la forme de son gouvernement. La présidente Ertha Pascal Trouillot la rétablit dans son intégralité quelques mois plus tard.
Nouveautés et souffle nouveau
La Constitution de 1987 a apporté des dispositions novatrices, à notre patrimoine. La première indication de ce renouveau, nous la trouvons dans le préambule. On comprendra ma légitime fierté à rappeler que le texte fut transmis par le RDNP et qu'il fut adopté sans discussion. Cependant les constituants ont, pour la première fois dans une charte, et fort opportunément, ajouté la Déclaration d'indépendance du 1er janvier 1804, associée, en un symbolisme saisissant, à la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948.
Il n'est pas sans intérêt de souligner l'impact de l'Article 5 qui sonne comme une réparation, car il rompait avec une frilosité empreinte de préjugés qui reléguait le créole, par une litote anonyme, au rang de langue usitée dans le pays, depuis la Constitution de 1843 ou de langue parlée et comprise par la majorité. En 1957, pour la première fois, le mot créole fera son apparition dans une Constitution, mais le français était maintenu comme langue officielle et rendu obligatoire dans les services publics. Dans la Constitution de 1983, on avait bien mentionné le créole comme étant une des langues nationales, mais l'Article 62 avait plombé toute possibilité de reconnaissance constitutionnelle égalitaire en édictant que le français tient lieu de langue officielle de la République d'Haiti. Une concession, voire une commodité, à laquelle la charte de 1987 mettra fin, d'autant qu'à l'Article 40 il sera fait obligation à l'Etat de publier tous les textes officiels dans les deux langues. Force est de reconnaître que cette disposition constitutionnelle est restée lettre morte. Mais le texte aurait pu ajouter cette précision que l'on retrouve à la fin des Conventions internationales adoptées dans plusieurs langues, "chacune d'elles faisant également foi", ce qui donnerait une légitimité normative égalitaire aux deux versions de la Constitution.
On peut souligner, dès à présent, que le débat actuel concernant l'amendement mort-né de la Constitution met en évidence, fort opportunément, le fait que seules des versions françaises circulent et que l'on ne fait guère état du texte créole qui lui aussi devrait être amendé afin de respecter l'égalité proclamée à l'Article 5. Il ne s'agit pas seulement d'un problème de sensibilité patriotique pour notre langue nationale, mais aussi d'une question de droit : toute modification d'un texte juridique implique une opération simultanée appliquée à toutes les versions; dans le cas contraire, la révision est frappée de caducité, faute d'être réalisée dans toutes les dimensions de son intégrité juridique. Le texte créole n'est pas une traduction du français; il a été voté et publié séparément dans le journal officiel et il conserve, de ce fait, une authenticité normative autonome.
Une générosité exceptionnelle
Avec 298 articles (y compris les dispositions transitoires qui sont désormais toutes caduques), elle est la plus prolixe de nos chartes, encore que l'on peut allonger le nombre car le décompte nous révèle que 49 articles sont doubles, générant 98 points; 20 sont triples, entraînant 60 données; 12 sont quadruples, débouchant sur 48 dispositions; 3 sont quintuples, donnant naissance à 15 normes; 3 sont sextuples aboutissant à 18 prescriptions. La palme en ce domaine multiplicateur revient à 5 Articles (35, 36, 121,129, 200) identifiés de 1 à 6 comportant ainsi, chacun, 7 éléments, à l'Article 111 qui en engendre 9 tandis que l'Article 32 caracole en tête avec 10 suivants. Ainsi, nous avons un total de 498 articles, dont 204 seulement sont simples, c'est-à-dire comportant des alinéas, mais pas de subdivisions chiffrées. La structure de la Constitution mérite ainsi d'être un peu plus maîtrisée, ce qui permettrait un recours plus rigoureux à la grammaire juridique et une application plus stricte d'un principe cardinal, la suprématie de la lettre, ce qui est énoncé sur l'esprit, les intentions.
On retrouve dans le texte des principes déjà adoptés auparavant et même depuis le XIXe siècle, par exemple dans le large développement des droits et libertés qui parait surprenant, car ils sont déjà indiqués dans le Code pénal et dans le Code d'instruction criminelle. Pas moins de 39 articles organisent la justice alors que les dispositions y afférentes sont déjà en vigueur dans les Codes en usage. Ce délayage peut se comprendre, car après une longue période de dictature il était inévitable de les marteler, au risque de verser dans la redondance inévitable. Ainsi, on ne peut pas justifier la pertinence de l'Article 41-1 qui stipule qu'un Haitien n'a pas besoin d'autorisation pour quitter son pays ou pour revenir en ignorant (ou en ne se souvenant pas) que, sous les Duvalier, un visa de sortie et de retour était nécessaire, une mesure qui a été abrogée seulement quelques semaines après le 7 février 1986. Le délayage des droits alourdit le texte qui prend parfois l'allure d'un décalogue et il méritera d'être un peu aéré. Et l'Article 32 confie, en termes coercitifs, des tâches écrasantes à l'Etat et aux Collectivités territoriales en matière d'éducation, alors que l'énoncé doctrinal de l'idéal aurait suffi, assorti d'un calendrier raisonnable et d'une planification qui tiennent compte de la complexité et de l'ampleur de la question qui ne doit pas être envisagée en termes de propagande, mais avec sérieux. Dans ce domaine, plus que dans d'autres, il s'avère nécessaire de laisser à la loi le soin de mettre en oeuvre les prescriptions constitutionnelles qui ne peuvent pas tout prévoir.
Il n'était pas inutile d'interdire le culte de la personnalité en prohibant à l'Article 7 la diffusion des photos sur la monnaie, les timbres, mais aussi dans les rues et les ouvrages d'art, car le narcissisme est une tentation à laquelle cèdent trop souvent les détenteurs du pouvoir d'Etat. Dans ce cas aussi, force est de reconnaître qu'à l'heure actuelle, cette disposition n'est pas observée et que l'on constate une flagrante violation de la Constitution par un véritable débauchage photographique public, une publicité largement mensongère qui irrite plus qu'elle ne renseigne.
Un régime mixte insatisfaisant
Au niveau de l'aménagement des institutions, l'accent a été mis sur le pouvoir du Parlement, car il s'agissait pour les constituants de limiter les prérogatives présidentielles. C'est la raison pour laquelle la Constitution a jeté les bases d'un régime qui n'est ni présidentiel ni parlementaire et dont une caractéristique essentielle est l'aménagement d'un pouvoir exécutif bicéphale. Certes, c'est avec la révision intervenue en 1985 de la Constitution de 1983 que la Primature fut instaurée, mais le Président Jean-Claude Duvalier n'a jamais nommé un Premier ministre. Mais un débat est ouvert sur le point de savoir si cette dyarchie est fonctionnelle et s'il n'y avait pas un autre moyen de limiter les pouvoirs du président de la République et ainsi de prévenir tout retour à la dictature.
Le rétablissement du Sénat, qui fut d'ailleurs le premier Parlement monocaméral du pays entre 1807 et 1816, introduit un élément de rééquilibre entre les deux organes législatifs, mais on peut observer que le système de renouvellement par tiers qui remonte à la Constitution de 1806 et maintenu depuis lors paraît obsolète et coûteux, car il augmente le rythme des élections. Par ailleurs, il est évident que si les deux organes partagent des pouvoirs équivalents, par exemple en ce qui concerne la procédure d'adoption des lois, il y a un gonflement en faveur du Sénat qui détient des prérogatives supplémentaires relatives à la nomination des membres de la Cour de cassation et de ceux de la Cour supérieure des Comptes et du Contentieux administratif. Le langage courant et traditionnel reproduit la prééminence du Sénat appelé volontiers la Chambre Haute, tandis que l'autre est qualifiée de Chambre Basse.
Par ailleurs, la décentralisation unanimement réclamée comme une voie conduisant à la démocratie est restée au niveau institutionnel avec d'ailleurs des prérogatives accordées aux Collectivités Territoriales qui ne correspondent pas à leur raison d'être et à la philosophie sur laquelle se construit la nécessaire décentralisation. Ainsi, il ne semble pas opportun d'accorder aux instances prévues le pouvoir de participer à la nomination des juges, tel que l'institue l'Article 175. Mais les réformes normatives envisagées ne sauraient porter atteinte aux principes sur lesquels repose une politique de décentralisation. Dans ce cas aussi, il sera nécessaire d'envisager l'adoption de plusieurs lois d'application pour expliciter, en termes pratiques, les possibilités et les bienfaits de la décentralisation, entre autres, préciser le découpage territorial des unités administratives, les domaines d'intervention de l'Etat et des Collectivités territoriales, la notion d'autonomie financière et les moyens de l'appliquer, la cohabitation d'une fonction publique nationale avec une fonction publique territoriale.
Enfin, les constituants ont manifesté le légitime souci de construire un Etat de droit par lequel tous les citoyens, gouvernants et gouvernés seraient soumis aux rigueurs de la Constitution et de la loi. Ainsi, ils ont repris les dispositions relatives à la Haute Cour de Justice en vigueur depuis la Constitution de 1805 et inscrites, en termes variés, dans toutes nos chartes. Mais à cet égard, il convient de faire remarquer qu'avec l'Article 186, tous les détenteurs du pouvoir d'Etat (président, Premier ministre, ministres, membres du CEP et de la CSCCA, juges et officiers du ministère public près la Cour de cassation, protecteur du citoyen) sont passibles de ce tribunal d'exception, sauf les parlementaires, alors qu'au XIXe siècle, eux aussi étaient exposés à être jugés par cette instance, cela jusqu'à la Constitution de 1874. Ainsi, à côté de l'immunité légitime couplée en irresponsabilité et en inviolabilité, ils jouissent d'une impunité dans l'accomplissement de leurs fonctions qui les couvre du manteau de l'absolution préventive dans l'accomplissement de leurs fonctions.
Par ailleurs, une précision s'impose en ce qui concerne le président de la République, qui, aux termes de l'Article 186 pt.a peut être mis en accusation pour crime de haute trahison ou tout autre crime ou délit commis dans l'exercice de ses fonctions. Une interprétation restrictive voudrait faire croire que seuls des délits dénoncés pendant la durée de son mandat entrent dans ce cadre. Toutefois, l'Article 21 définit le crime de haute trahison et inclut la violation de la Constitution; il s'agit de cas imprescriptibles, on pourrait dire intemporels, caractérisés par leur nature et non par le moment où ils se présentent, dans la mesure où même avant d'assumer le pouvoir, un Président peut avoir commis un crime de haute trahison sous la forme d'une violation de la Constitution, mais qui serait rendu public après.
On entre ainsi dans le domaine de la nécessaire et salutaire combinaison entre le droit et la morale publique. Ainsi, un citoyen ne saurait se réfugier derrière l'immunité de fonction que semble évoquer l'Article 186 et pourrait être traduit devant la Haute Cour de Justice à n'importe quel moment. Le caractère justiciable, en tant que président, commence avec la prestation de serment et, à cet égard, on peut établir un crime de lèse-Constitution s'il jure de respecter et de faire respecter la Charte (Article 135-1) alors que son élection serait entachée de violation et même de forfaiture. Il n'est pas sans intérêt de rappeler, à ce sujet, que le président américain Richard Nixon avait échappé, en démissionnant, à la destitution en 1974, non parce qu'il avait participé à la lamentable effraction d'un bureau du Parti démocrate dans le célèbre immeuble Watergate, mais parce qu'il avait menti à la Commission sénatoriale chargée de l'enquête sur la question. Il y a ainsi une exigence morale qui s'attache au prestige et à l'intégrité de la présidence de la République en tant qu'institution d'Etat et commande comme premier devoir d'un titulaire potentiel qu'il évite de la souiller par des mensonges et des actes délétères, de quelque nature que ce soit et à quelque moment que ce soit.
Une lamentable opportunité ratée
Toute Constitution est fille de son temps et, une fois adoptée, elle ne se transforme pas en une bible intouchable. Aussi le texte prévoit la procédure d'amendement caractérisée par deux principes : les prescriptions sont d'application stricte et leur mise en oeuvre doit respecter le temps constitutionnel inséré dans un chronogramme. Notre histoire révèle que nous avons eu recours plus fréquemment à une nouvelle charte qu'à la procédure d'amendement, et seules 6 Constitutions ont été amendées (1846, 1879, 1918, 1935, 1964, 1983). A six reprises (1846, 1858, 1876, 1879, 1946, 1957), on recourut à la remise en vigueur d'une ancienne Constitution afin d'éviter de prolonger une période d'a-constitutionnalité entre la répudiation d'une charte et la gestation d'une nouvelle. On peut faire remarquer qu'un tel recours ne semblait pas opportun en 1986, au motif qu'il s'était avéré délicat de choisir une de nos anciennes Constitutions; ainsi, le pays a vécu de février 1986 à avril 1987 sans Constitution, une situation passablement dangereuse pour la préservation de l'Etat de droit, car le Conseil national de gouvernement jouissait des pleins pouvoirs, un privilège qui sera d'ailleurs confirmé par la Constitution elle-même qui, par l'Article 285-1, lui permettra d'adopter des décrets-lois jusqu'à l'installation des Chambres, alors qu'elle ne reconnaît pas ce droit au pouvoir exécutif.
Ainsi, la présente charte a prévu les modalités de l'amendement (Articles 282 à 284-4). Il n'est pas inutile de rappeler brièvement les étapes de la seule tentative de révision effectuée depuis 25 ans. Le 4 septembre 2009, l'exécutif faisait parvenir au Parlement des propositions d'amendement et, le 14 septembre, le dernier jour de la dernière session de la 48e Législature, les deux Chambres les entérinaient séparément, avec une rapidité surprenante qui fait douter de la possibilité d'un examen quelconque. En effet, le procès-verbal des deux séances indique qu'à 6h12, l'appel nominal accusa un quorum de 69 députés et, à 7h, le texte était voté : la séance a donc duré 48 minutes. A 7h19, on enregistra la présence de 22 sénateurs et à 8h tout était bouclé en une séance de 41 minutes. L'exécutif a ainsi publié le 6 octobre dans Le Moniteur les résultats de ces étranges et rapides initiatives réalisées au galop et in extremis.
Depuis lors, on assiste à des opérations de rafistolage juridique qui font reculer l'Etat de droit. En effet, conformément aux prévisions, le 9 mai 2011, l'Assemblée nationale de la 49e législature a entériné les amendements et les a transmis à l'exécutif qui les a promulgués puis publiés dans Le Moniteur le 13 mai. Une altération majeure mérite d'être soulignée : la Constitution indique à l'Article 284 que l'amendement ne peut entrer en vigueur qu'après l'installation d'un nouveau président, alors que la loi constitutionnelle publiée indique à l'installation un changement significatif de temps lourd de conséquences. La première préposition souligne la postérité tandis que la seconde la simultanéité.
A partir de là, l'actualité s'emballe et on a entendu des parlementaires souligner que le texte publié n'était pas conforme à celui qu'ils avaient adopté et qu'une manipulation coupable était intervenue et, jusqu'à présent, il n'est pas indiqué d'où elle provenait. Le 31 mai 2011, la procédure enregistre un accroc monumental : un arrêté est publié pour rappeler la loi, une monstruosité juridique de taille, car en raison de la hiérarchie des normes, un arrêté ne saurait annuler une Loi placée au-dessus. Par ailleurs, le nouvel exécutif n'a rien à faire avec une procédure d'amendement achevée avec le précédent chef de l'Etat. Le chronogramme précis indique simplement, à l'Article 284-2, que son installation marque le moment de l'entrée en vigueur de l'amendement obtenu. Le hasard chronologique a voulu que deux étapes se soient produites en un chevauchement de jours, celle du vote de l'Assemblée nationale suivie de la publication au Moniteur et celle de l'entrée en fonction d'un nouveau titulaire. Une opération de simulation aurait pu reléguer la seconde des années après, établissant ainsi une nette séparation entre les différentes phases de la procédure entre l'initiative, la discussion, le vote en Chambres séparées, puis en Assemblée nationale, la promulgation et la mise en oeuvre. Et l'évocation qui est faite de l'Article 136 qui stipule que le Président de la République veille à la stabilité des institutions et à l'application de la Constitution ne signifie, en aucun cas, qu'il dispose du pouvoir d'interpréter, voire de modifier, le texte, d'autant que l'Article 150 précise qu'il n'a d'autres pouvoirs que ceux que lui attribue la Constitution.
Depuis lors, nous avons en circulation limitée trois textes en souffrance de légitimité : celui soumis par l'Assemblée nationale au président Préval et dont aucune copie ne semble avoir été conservée dans les archives du Parlement; la loi publiée dans Le Moniteur le 13 mai 2011; enfin une version dite "corrigée pour erreurs" soumise à l'exécutif aux fins de publication. Entre-temps, un groupe de spécialistes du droit a pris position le 28 février 2012, soulignant, sur deux colonnes, les contradictions, erreurs, altérations entre deux textes: d'un côté, le "Rapport du Bureau du palais législatif des séances de l'Assemblée nationale des 7,8 et 9 mai 2011"; de l'autre une "Loi constitutionnelle pour reproduction pour erreurs matérielles".
On est en plein imbroglio et la conséquence qui en découle, du point de vue juridique et pour la préservation de l'Etat de droit, est que la Constitution de 1987 n'a pas été amendée, faute de procédure, et par conséquent elle demeure en exercice et elle est d'ailleurs appliquée dans divers domaines de la vie nationale, malgré ses faiblesses. On peut discuter sur la validité et surtout sur le caractère définitif de la publication au journal officiel, une opération qui généralement clôt la procédure d'adoption des textes de loi. A cet égard, la doctrine et le bon sens devraient intervenir pour souligner qu'en l'absence d'un Conseil constitutionnel qui aurait autorité pour annuler le texte a posteriori, il n'existe pas dans notre système juridique une institution habilitée à le faire. En fait, seul le président René Préval, s'il était encore en fonction, aurait pu opérer le retrait de la loi constitutionnelle; en aucun cas son successeur ne peut s'octroyer le droit de le faire. On se trouve placé dans une situation anachronique de caducité virtuelle d'un texte de loi coincé entre une apparente légitimation et une contestation orchestrée par ceux qui l'ont élaboré. Une sorte d'enfant renié par ses pères et qui survit dans les limbes.
Pour entreprendre une nouvelle procédure d'amendement, il faudra attendre la dernière session de la 49e législature, c'est-à-dire le moment constitutionnel entre le deuxième lundi de juin et le deuxième lundi de septembre 2015 et, cette fois, avec sérieux. Mais un agenda de révision peut être élaboré et surtout publié à l'avance afin que les citoyens en prennent conscience, et inclure des questions de grand intérêt national telles que l'admission de la double nationalité, l'assouplissement des conditions pour les postes électifs, la création d'un Conseil constitutionnel et, aux risques de paraître iconoclaste, l'établissement d'un régime présidentiel contrôlé impliquant la suppression de la dyarchie exécutive et donc de la Primature.
Lorsque les conditions de la vie nationale le permettront, il sera souhaitable d'envisager un autre terme de l'alternative, mettre sur pied une Assemblée constituante afin de préparer une nouvelle Constitution. Je n'ai jamais caché ma préférence pour une telle opération chirurgicale sans rejeter la procédure d'amendement, mais à condition qu'elle soit menée à terme selon les prescriptions contenues dans la charte.
En ce vingt-cinquième anniversaire, c'est l'hommage triste et désabusé à rendre à la Constitution de 1987 : lui préserver son intégrité formelle à défaut de transformer son contenu et lui éviter un lamentable rafistolage de fond.
Mirlande MANIGAT
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