jeudi 24 janvier 2013
DOSSIER DE CORRUPTION: $150,000,000 US DE DOMMAGE...
Actualités - TOUT-HAITI
Dossier Corruption:$150,000,000 US de dommage - Sophia et Olivier Martelly cités pour comparaitre au tribunal correctionnel dans 3 jours francs
Détails -
Catégorie : Actualités -
Publié le jeudi 24 janvier 2013 18:18
D'avoir à comparaitre au Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince, dans le délai de 3 jours francs, dès dix heures du matin, par devant le juge siégeant en ses attributions correctionnelles, à suivre, au besoin toutes les audiences subséquentes dudit Tribunal, toujours à mêmes jour et heure que dessus, jusqu'au jugement définitif de la cause, pour :
ATTENDU QU'en octobre 2011 , la citée Sophia ST REMY MARTELLY, lors d'un voyage au Brésil, a eu plusieurs rencontres, notamment avec Marco Farani, Ministre et Directeur de l'Agence Brésilienne de Coopération (ABC), dans le cadre de la coopération dans lutte contre la faim, et ce, en s'immisçant dans des domaines réservés aux Ministères de la Planification et de la Coopération Externe et des Affaires Sociales et du Travail, de la Santé Publique et de la Population et des Affaires Etrangères ;-
ATTENDU QU'aucune délégation de compétence n'a été faite à ce sujet ; -
ATTENDU QUE lors des festivités de fin d'année de 2011 la Dame Sophia ST REMY MARTELLY avait à sa disposition plusieurs dizaines de MILLIONS DE GOURDES, alors qu'elle n'est pas comptable des deniers publics ; -
ATTENDU QUE Olivier MARTELLY a admis avoir à sa disposition une enveloppe de plus de CINQ MILLIONS DE DOLLARS AMERICAINS ($ 5,000,000.00 US) millions de dollars américains pour construire des terrains de football dans les dix départements du pays; -
ATTENDU QUE dans une interview publiée par le Journal Le Nouvelliste le 13 juin 2012 le cité Olivier MARTELLY a déclaré que ces fonds qui servent à construire ces mini-stadiums proviennent du trésor public ; -
ATTENDU QUE le cité Olivier MARTELLY a déclaré lors de l'inauguration du prétendu mini-stadium de Gressier qu'il était le Superviseur de l'exécution de ces travaux ; Que sa mission consistait à s'assurer que lesdits travaux répondaient aux normes exigées dans le projet de départ ; -
ATTENDU QUE l'intervention du cité Olivier MARTELLY dans les travaux d'infrastructures sportives du Pays doit faire l'objet d'une nomination du titulaire du Ministère de la Jeunesse et des Sports et de l'Action Civique conformément à l'Organigramme dudit Ministère et des normes régissant la Fonction Publique ; -
ATTENDU QUE la Première Dame et son fils n'ont aucun statut juridique les habilitant de part leur qualité à jouer un quelconque rôle dans l'Ordre politique, administratif et juridique du Pays ou dans la Gestion des Institutions Publiques ; Qu'ils ne bénéficient d'aucun privilège juridictionnel ou protocolaire et n'ont aucune place dans le Budget de la République ; -
ATTENDU QUE toute intervention de leur part dans l'Ordre politique, administratif et juridique de la République, se manifestant par la gestion ou le maniement des deniers publics, est subordonnée à l'accomplissement des formalités prévues par les règles régissant la Fonction Publique ; -
ATTENDU QUE la qualité d'épouse ou de fils du Chef de l'Etat n'est pas un statut conférant à leur titulaire des prérogatives ou des attributions les autorisant à poser des Actes de Puissance Publique au même titre que les Autorités constituées ; Qu'il s'agit de préférence de titres découlant d'une situation conjugale et ou familiale ; -
ATTENDU QUE l'épouse du Chef de l'Etat et son fils sont des citoyens parmi les autres, astreints au respect scrupuleux des lois de la République et ne jouissant d'aucun régime dérogatoire au droit commun; -
ATTENDU QUE toute immixtion sans titre dans l'exercice d'une fonction publique par l'accomplissement de l'un des actes réservés au titulaire de cette fonction est un fait infractionnel baptisé par le code Pénal haïtien usurpation de fonction; -
ATTENDU QUE l'usurpation de fonction implique le fait d'exercer une activité dans des conditions susceptibles à créer dans l'esprit du public une confusion avec l'exercice d'une fonction publique ou d'une activité réservée aux Autorités légalement constituées; -
ATTENDU QUE l'usurpation de fonction fait partie des infractions répertoriées aux Sections du Titre premier, Chapitre III du Code Pénal traitant des infractions contre la Chose Publique en général et contre la Paix Publique en particulier ; Qu'elle constitue un fait répréhensible portant une atteinte gravissime à l'Autorité de l'Etat ; Que les agissements illégaux de la Première Dame et de son fils constituent des attentats contre les Institutions Publiques et les Intérêts Supérieurs de la Nation haïtienne; -
ATTENDU QUE l'usurpation de fonction constitue l'une des formes de détournement, d'appropriation du pouvoir et d'inversion des hiérarchies allant à l'encontre des normes régissant la Fonction Publique, qui elle, relève d'une délégation de l'Autorité et d'une portion de pouvoir définie et circonscrite dans son exercice; -
ATTENDU QUE l'usurpation de fonction se pare d'une couleur de violence réelle et symbolique, faisant de son auteur un individu se mettant de facto et de jure hors la loi;
ATTENDU QUE l'idée centrale à la base de cette infraction est la rupture totale de l'ordre juridico-constitutionnel de l'Etat; -
ATTENDU QUE le Code Pénal dispose en son article 217 : « « Quiconque, sans titre, se sera immiscé dans des fonctions publiques civiles ou militaires, ou aura fait les actes d'une de ces fonctions, sera puni d'un emprisonnement d'un an à trois ans sans préjudice de la peine de faux, si l'acte porte le caractère de ce crime » »; -
ATTENDU QUE le trouble social né de la violation de la loi pénale occasionne des préjudices à la société, donc, aux citoyens. -
ATTENDU QUE tout citoyen qui s'en estime lésé peut ester en justice pour réclamer la réparation des préjudices subis. -
ATTENDU QUE les agissements des cités Sophia ST REMY MARTELLY et Olivier MARTELLY ont causé des préjudices au requérant; -
ATTENDU QUE ces préjudices devront être réparés en espèces sonnantes et trébuchantes conformément aux articles 1168 et 1169 du Code Civil; -
ATTENDU QUE toute partie qui succombe en justice est passible des dépens; -
PAR CES CAUSES ET MOTIFS, tous autres à suppléer de droit, d'office et d'équité, entendre le Tribunal correctionnel Déclarer constant le délit d'usurpation de fonction reproché aux cités, l'imputer aux cités, et sur la demande du Ministère Public, les condamner à 3 ans d'emprisonnement et à l'amende exigée au profit de l'Etat ; les condamner à CENT CINQUANTE MILLIONS DE DOLLARS AMERICAINS ($ 150,000,000.00 US) de dommages intérêts, montant qui sera versé par le requérant au Trésor Public contre bonne et valable quittance.
Ce faisant ce sera droit.
Et à ce qu'ils n'en ignorent ou n'en prétextent ignorance, je leur ai, audit lieu, étant et parlant comme dessus, laissé séparément copie de mon présent exploit. Dont acte. Le coût est de cent cinquante gourdes. Apposé sur l'original et la copie le timbre requis par la loi.
A la requête de Enold FLORESTAL, propriétaire, demeurant et domicilié à Port-au-Prince
dimanche 20 janvier 2013
ACTE DE L'INDEPENDANCE
UNE PAGE DE L’HISTOIRE HAITIENNE -
«Pour rédiger l’acte de l’indépendance, il nous faut la peau d’un blanc pour parchemin, son crane pour écritoire, son sang pour encre et sa baïonnette pour plume » DIXIT Jean-Jacques Dessalines Le Grand, Empereur d’Haïti.
samedi 19 janvier 2013
REPONSE DU GENERAL HENRI CHRISTOPHE AU GENERAL LECLERC
UNE PAGE DE L'HISTOIRE HAITIENNE -
Écoutons la réponse que fit, en 1801, deux ans avant Vertières, le général Henri Christophe, commandant de la ville du Cap à Leclerc :
« Si vous avez toute la force dont vous me menacez, je vous opposerai toute la résistance qui caractérise un général et, si le sort des armes vous est favorable, je ne vous livrerai la ville du Cap que lorsqu’elle sera réduite en cendres et, même sur la cendre, je vous combattrai encore ».
vendredi 18 janvier 2013
LA CRISE DUVALIERO-AMERICAINE
UNE PAGE DE L'HISTOIRE HAITIENNE -
L’histoire récente, cependant, nous montre un Docteur François Duvalier, un dessalinien farouche, avide de pouvoir, mais aussi jaloux de son pouvoir, trop jaloux, fit tout, et allât jusqu’à l’extrême pour le défendre. Cependant, il n’hésitât pas à le perdre quand la fierté, l’intégrité, la souveraineté, la dignité, et l’auto-détermination nationales l’exigeaient. Devant l’insistance des Etats-Unis d’Amérique pour qu’il laissât le pouvoir le 15 mai 1963, alors qu’il surveillât d’un œil ouvert les mouvements de la 7e flotte américaine dans les eaux territoriales d’Haïti, il prononçât ces paroles célèbres le 22 mai 1963 : « Les eaux territoriales de la République d’Haïti, peut-on retenir de mémoire, ont été envahies par des monstres de ferraille qui attendent de déverser sur la terre de nos ancêtres leur cargaison de soldats, de mitrailles et de mort. Je le dis en vérité : si un seul soldat américain foule le sol sacré de la Patrie, je refais le geste de l’Empereur ». (Dr Rony Gilot, François Duvalier, le mal-aimé, page 298).
jeudi 17 janvier 2013
COMMENT LE JEUNE ETAT NEGRE IMPOSA UN DOUBLE ECHEC A LA DIPLOMATIE AMERICAINE
Extrait des Archives du "Le Monde Diplomatique" -
Une page de l'histoire haïtienne -
Comment le jeune État nègre imposa un double échec à la diplomatie américaine -
Par Yves L. Auguste – Décembre 1959
Le 1er janvier 1804 un nouvel Etat prend place dans la communauté internationale : après des luttes épiques, dont les épisodes mouvementés et sanglants accélèrent l'épuisement de l'armée expéditionnaire de Rochambeau, Dessalines force la porte de l'histoire et proclame urbi et orbi l'indépendance d'Haïti.
Privée d'une riche et florissante colonie, vaincue sur le terrain militaire, ne se consolant pas encore de cette défaite et en attendant de pouvoir relever le gant, la France transpose la lutte sur le terrain diplomatique et politique. Par tous les moyens que lui dicte sa science aiguisée des relations internationales, elle contrecarre les efforts du jeune Etat nègre pour se faire accepter dans la société œcuménique des nations, s'applique à lui mettre les bâtons dans les roues et tente, de toutes les façons, de l'isoler, si ce n'est de le réduire par l'asphyxie.
Protestations tant à Washington — de la part du chargé d'affaires français — qu'à Paris — de la part de Talleyrand, qui dirige la politique extérieure — contre le commerce qui se poursuit entre les Etats-Unis et cette nouvelle entité. Irritation de Napoléon... Décrets de Guadeloupe... Rien n'y fait. L'intercourse se développe entre Haïti et les Etats-Unis.
La pression du gouvernement français pour l'annihiler continue sans désemparer, et des deux côtés de l'Atlantique ses représentants saisissent les moindres occasions pour la ranimer. Ils font tant et si bien qu'en février 1806 le Congrès américain décrète l'embargo sur le commerce entre les Etats-Unis et Haïti.
Cette prohibition du Congrès américain n'éteint pas pour autant les rapports entre les deux pays. Le trafic s'engage dans les voies de la clandestinité. Tant il est vrai que l'impératif économique détourne bien souvent le cours de l'histoire du lit conventionnel que lui assigne la sagesse relative des hommes d'Etat ou leur vision nuageuse de l'avenir.
Dessalines n'eut guère le temps de réagir contre cette mesure. Il tomba assassiné au Pont-Rouge. L'entaille tragique faite à son destin coïncida avec celle faite au commerce entre les Etats-Unis et Haïti.
Après sa mort des rivalités sanglantes mirent aux prises les deux généraux les plus habiles à lui succéder et aboutirent à la scission de l'Etat haïtien en deux organisations politiques autonomes : la République de l'Ouest ayant à sa tête Pétion, et le Royaume du Nord gouverné par Christophe.
Ce dernier, que Ludwig Lee Montague appelle l'anglophile roi du Nord, captant les courants prédominants dans la conjoncture internationale de l'époque, s'aboucha avec l'Angleterre et il s'établit entre le Royaume du Nord et les marins anglais des communications si fréquentes et si cordiales que des démarches positives furent engagées en vue d'en canaliser l'orientation dans les grandes lignes d'un accord commercial. Ce qui est important à noter, car à cette époque l'indépendance d'Haïti n'était encore reconnue par aucun Etat.
Cependant les dispositions favorables du monarque du Nord à l'égard du Royaume-Uni ne le portèrent point à assigner à sa politique extérieure une orientation à sens unique et encore moins à méconnaître le complexe géographique que forment les divers Etats de cet hémisphère.
Les négociants américains soutiennent le jeune État
En dépit de l'embargo et des manœuvres incessantes de la France pour en obtenir la prolongation, la solidarité d'intérêts qui lie les hommes d'affaires américains et les gouvernements haïtiens ne se dément pas. L'extension des relations entre Haïti et les Etats-Unis devient une cause d'inquiétude constante pour le cabinet de Paris. Le chargé d'affaires français à Washington fait à tout bout de champ des représentations à ce sujet au département d'Etat ; il dénonce les activités de Bunnel, qui travaille pour Christophe : « Monsieur, écrit-il le 15 août 1809 au secrétaire d'Etat Madison, j'apprends que ce même Bunnel sur lequel j'avais appelé la surveillance du gouvernement fédéral, après avoir fait plusieurs envois au Cap par l'intermédiaire de divers négociants, notamment la maison van Kapff and Brunce, fait en ce moment construire publiquement à Fell's Point, par le constructeur Price (que je crois être celui des Etats-Unis), une frégate de 36 à 40 canons... Je crois pouvoir me borner à prévenir le gouvernement de l'Union d'une circonstance si bien calculée pour compromettre l'harmonie qui existe entre les deux nations... »
Les récriminations de ce genre fourmillent dans sa correspondance, mais elles n'ont guère la vertu d'apaiser la fièvre de transactions de toutes sortes qui anime les négociants américains et les porte à s'approvisionner sur le marché haïtien et à y écouler leurs produits. Dans cette course au profit et à l'enrichissement rapide, où personne n'aspire à des prix de vertu, maints accrocs souillent les pratiques commerciales d'alors. Christophe est victime de la mauvaise foi de ses fournisseurs : 124 955 dollars envoyés au nom de son gouvernement à la maison van Kapff and Brunce « pour l'acquisition de certains articles » sont confisqués. Il entreprend des démarches en vue de recouvrer cet argent : il délègue même aux Etats-Unis un commerçant du Cap du nom de Marple. Rien n'y fait : il est bel et bien perdant. Ne voulant point se résigner à cette mauvaise plaisanterie, il recourt aux grands moyens : il réquisitionne cet argent des commerçants américains établis dans le Nord. Cette mesure devient effective le 17 avril 1811 par un décret du roi : tous ceux qui sont visés contribuent proportionnellement à leurs chiffres d'affaires à acquitter cette dette, avec l'espoir qu'ils seront remboursés en cas de restitution postérieure.
Ces représailles n'eurent pas l'heur de plaire au gouvernement et au peuple américains. Des pétitions affluèrent au Congrès de Washington, réclamant l'intervention de l'Exécutif et le pressant de relever ce défi — un défi d'autant plus cinglant qu'il venait d'un nègre. Heureusement ou malheureusement aucun contact officiel n'était établi entre le cabinet de Washington et le Royaume du Nord. Haïti avait proclamé son indépendance depuis plus de dix années et elle était encore considérée dans la communauté internationale comme un parent pauvre avec qui l'on traitait au gré de ses intérêts, mais dont on évitait autant que possible de statuer sur la qualité et les prétentions. Et cela pour ne pas froisser la France, qui persistait à considérer notre pays comme sa colonie révoltée.
Haïti repousse la nomination du représentant américain
En 1816 Septimus Tyler est nommé agent commercial du gouvernement américain au Cap, avec instructions formelles de « protester dès son arrivée contre cette injurieuse mesure : la saisie et la confiscation d'une somme considérable d'avoirs américains au Cap français au cours de l'année 1811 par le général Christophe, sous le fallacieux et arbitraire prétexte que son agent à Baltimore l'avait escroqué (1). Le New York Gazette se réjouit de cette initiative et la commente en ces termes : « On rapporte que le gouvernement se propose de dépêcher une frégate pour réclamer de Christophe le paiement d'environ 500 000 dollars, montant des spoliations qu'il a opérées sur notre commerce. L'expérience mérite d'être tentée, car il n'y a pas le moindre doute au sujet de sa réussite. Christophe, comme on le sait, est riche en espèces et en biens... »
Le 31 juillet 1817 le représentant du gouvernement américain arrivait au Cap à bord de la frégate Le Congrès, désigné auprès de la cour d'Haïti, porteur du document suivant, une espèce de certificat :
« A tous ceux qui ces présentes verront, salut.
» Je certifie que Septimus Tyler, écuyer, a été appointé par le président des Etats-Unis pour résider au Cap français dans l'ile de Saint-Domingue en qualité d'agent de commerce et de marine des Etats-Unis d'Amérique, avec pleins pouvoirs et émoluments y appartenant. En témoignage de quoi, moi, James Monroe, secrétaire d'Etat des Etats-Unis, j'y ai souscrit mon nom et ai fait apposer le sceau du Département d'Etat.
» Donné dans la cité de Washington le 18 décembre 1816.
» Signé : J. Monroe. »
Soumettre ce petit papier, c'était faire un pas de clerc. Christophe a dû rager en en prenant connaissance. Les termes démolissaient son œuvre élaborée dans le sang et dans le feu. Il comprit pourtant que la diplomatie est un plat qu'on sert et mange froid. Dissimulant leurs réactions, les autorités du Cap comblèrent d'attention Tyler et les officiers du Congrès, cependant que la chancellerie royale cuisinait le plat qui devait être servi à cet incongru. Le baron de Dupuy, secrétaire-interprète du roi, traduisit le document soumis et reçut, en retour, la réponse suivante que lui fit parvenir le 1er août 1817 le comte de Limonade, secrétaire d'Etat, ministre des affaires étrangères d'Haïti :
« Royaume d'Haïti, Le secrétaire d'Etat, ministre des affaires étrangères d'Haïti, à Monsieur le baron de Dupuy, secrétaire interprète du roi au palais de la Grande-Rivière, le 1er août 1817, l'an 14e de l'Indépendance.
« Monsieur le baron, J'ai reçu votre lettre du jour d'hier qui m'annonce l'arrivée de la frégate américaine Le Congrès dans le port de la capitale avec M. Tyler, qui s'est annoncé comme agent pour le commerce des Etats-Unis d'Amérique.
» En apprenant l'arrivée de M. Tyler, je m'attendais à recevoir des dépêches de son gouvernement et des lettres qui l'accréditeraient auprès de la cour d'Haïti ; mais j'ai été étrangement surpris, d'après le rapport que vous m'avez fait, qu'il n'était porteur que d'un simple certificat couché dans des termes inusités, inadmissibles, et de plus renfermant les mots de Cap français et d'île de Saint-Domingue, expressions impropres et injurieuses au gouvernement de Sa Majesté.
» Malgré le désir que Sa Majesté aurait de voir s'établir des relations de commerce et d'amitié entre les deux gouvernements, je suis dans la nécessité de vous charger de notifier à M. Tyler qu'il ne peut être reçu et considéré comme agent de commerce, n'étant pas muni des pièces authentiques en bonne et due forme qui l'accréditent suffisamment auprès du gouvernement d'Haïti.
» Comme il ignore sans doute les usages établis dans ce royaume pour les communications diplomatiques de gouvernement à gouvernement, vous les lui ferez connaître et lui remettrez un exemplaire de la déclaration du roi en date du 20 novembre 1816.
» Je regrette que Sa Majesté, étant en ce moment en tournée, ne puisse donner une audience à M. Tyler et au capitaine de la frégate Le Congrès comme ils le désirent.
» J'ai l'honneur de vous saluer avec considération...
» Comte de Limonade. »
Le deuxième échec de Washington
Tyler éconduit, le cabinet de Washington revint à la charge l'année suivante : un nouvel agent est désigné auprès de la cour d'Haïti. Cette fois-ci on recourt à un homme versé dans les questions haïtiennes, William Taylor, que deux missions successives auprès de Pétion — l'autre chef qui gouverne la République de l'Ouest — avait familiarisé avec les problèmes particuliers de cette communauté de nègres. Les nouvelles instructions qu'il reçoit se réfèrent à l'échec de son prédécesseur et contiennent des directives précises en vue d'éviter un second faux pas .
Arrivé au Cap à bord du Hornet le 22 avril de la même année, ce dernier initie le lendemain ses contacts avec les autorités de la ville. Par l'intermédiaire du baron de Dupuy, secrétaire interprète du roi, il sollicite une audience de Sa Majesté. Sa requête ainsi que la nouvelle de son arrivée sont notifiées au palais, et le 24, à midi, le baron de Dupuy lui réclame, par note verbale, pour être communiqué à Sa Majesté, le certificat attestant sa nomination. Le même jour, l'agent américain lui rend une visite de courtoisie ; le récit de leur entretien revit dans cette dépêche que Taylor adressera par la suite au département d'Etat : « Notre conversation roula au début sur divers sujets d'ordre général et se centra peu de temps après sur ma nomination... Je lui dis combien le président des Etats-Unis désirerait voir les deux gouvernements arriver à une parfaite compréhension... Le baron de Dupuy m'avoua que cela lui faisait plaisir de constater que les mots insolites qui entachaient la commission de mon prédécesseur et qui avaient déplu à Sa Majesté n'étaient point reproduits dans la mienne... J'ai été alors avisé que Sa Majesté regrettait de ne pouvoir me recevoir, du fait qu'elle était très occupée à faire des préparatifs pour une immédiate tournée d'inspection... »
Le lendemain le baron de Dupuy retourne sa visite à Taylor. La diplomatie, dans le Nord, tirée à quatre épingles, ne bronche point sur les principes. Entrevue des plus cordiales au cours de laquelle il renouvelle à l'agent américain son désir de voir sa nomination agréée par le roi et l'informe qu'il avait été mandé par ce dernier, en résidence à Sans-Souci. A son retour il invite le lundi 27 le représentant américain à se présenter le même jour à son office. Taylor s'y rend pour apprendre que « Sa Majesté s'opposait à son admission, en raison des irrégularités de sa nomination ». Il tente de discuter le point de vue de la Chancellerie royale. C'est en vain :
« Sur l'observation que je lui fis, écrit-il dans un long rapport au département d'Etat, que cette objection était couverte par le fait que j'avais été introduit par le capitaine Read, il sourit et me répondit que l'introduction devait être appuyée par les documents prescrits par l'usage et la coutume... il me laissa entendre... que je recevrais la réponse du roi au cours de la journée ainsi que le certificat de ma nomination... Le baron m'apprit en outre qu'une tentative semblable faite par le gouvernement anglais en vue d'établir un agent commercial au Cap échoua de la même façon, par suite de l'inobservance des formalités... »
Dans la soirée, Taylor était irrévocablement fixé sur le sort de sa mission auprès de Christophe. La communication suivante qu'on lui adressa confirmait le langage du baron de Dupuy :
« Le baron de Dupuy, chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Henry, secrétaire interprète et membre du Conseil du roi, à Monsieur William Taylor,
» Au Cap Henry le 27 avril 1818, l'an 15 de l'Indépendance. Monsieur, J'ai l'honneur de vous remettre, inclus, le certificat que vous m'avez présenté, à votre arrivée, pour être soumis à Sa Majesté, et, d'après vos désirs, je vous retourne pareillement copie de la lettre que m'a fait l'honneur de m'écrire Son Excellence Monseigneur le comte de Limonade, ministre des affaires étrangères et secrétaire d'Etat. Je vous fais aussi l'envoi du Code Henry et d'autres livres sortis de la presse haïtienne, qui vous mettront à même de former une juste idée des lois qui nous régissent et des productions de quelques-uns de nous et vous prie de croire, avec la plus haute considération, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
» De Dupuy. »
Avec cette lettre était également transmise copie de la dépêche du comte de Limonade déclarant persona non grata l'agent américain.
Cette page, peu connue, de la diplomatie haïtienne, où sourd, discrète et subtile, l'impatience frémissante du jeune Etat nègre de s'imposer dans la plénitude de ses droits souverains à la communauté internationale, est en parfaite harmonie avec la tonalité générale d'une époque faste où une politique de prestige élève les hommes à la hauteur des événements et des conjonctures internationales.
Yves L. Auguste
(1) Executive Document 27th Congress 3d sess. Senate 420 Document n° 36
jeudi 10 janvier 2013
ENCORE UNE PREMIERE...
ENCORE UNE PREMIERE…
Monsieur Barack Hussein Obama est le premier noir devenu Président des Etats-Unis, il sera le deuxième président dans l’histoire du pays, avec Franklin D. Roosevelt, à avoir prêté le serment présidentiel quatre fois. Selon la constitution américaine, le nouveau président doit prêter serment le 20 janvier après son élection le premier mardi du mois de Novembre. Si le 20 janvier est un dimanche, comme c’est le cas pour cette année, le Président doit prêter serment dans une cérémonie privée à la Maison Blanche. Et le lendemain, soit le 21 janvier, il doit prêter serment encore dans la cérémonie publique traditionnelle. Le serment présidentiel comprend 35 mots and il doit être lu et répété dans l’ordre il est écrit, sinon c’est une infraction grave et le serment est anticonstitutionnel. On se rappelle que le 20 janvier 2009, le chef de la Cour Suprême des Etats-Unis, Mr. John G. Roberts avait placé le mot « fidèlement » après « les Etats-Unis », et comme c’est un pays de lois, Mr. Obama se trouvait dans l’obligation de prêter le serment encore une fois à la Maison Blanche le lendemain, 21 janvier 2009.
lundi 7 janvier 2013
HAITI EST LA PREUVE DE L'ECHEC DE L'AIDE INTERNATIONALE
Entretien lundi20 décembre 2010
«Haïti est la preuve de l’échec de l’aide internationale»
Par Arnaud Robert, de retour de Port-au-Prince
Diplômé de l’Institut de hautes études internationales de Genève, le Brésilien Ricardo Seitenfus a 62 ans. Depuis 2008, il représente l’Organisation des Etats américains en Haïti. Il dresse un véritable réquisitoire contre la présence internationale dans le pays
Le Temps: Dix mille Casques bleus en Haïti. A votre sens, une présence contre-productive…
Ricardo Seitenfus: Le système de prévention des litiges dans le cadre du système onusien n’est pas adapté au contexte haïtien. Haïti n’est pas une menace internationale. Nous ne sommes pas en situation de guerre civile. Haïti n’est ni l’Irak ni l’Afghanistan. Et pourtant le Conseil de sécurité, puisqu’il manque d’alternative, a imposé des Casques bleus depuis 2004, après le départ du président Aristide. Depuis 1990, nous en sommes ici à notre huitième mission onusienne. Haïti vit depuis 1986 et le départ de Jean-Claude Duvalier ce que j’appelle un conflit de basse intensité. Nous sommes confrontés à des luttes pour le pouvoir entre des acteurs politiques qui ne respectent pas le jeu démocratique. Mais il me semble qu’Haïti, sur la scène internationale, paie essentiellement sa grande proximité avec les Etats-Unis. Haïti a été l’objet d’une attention négative de la part du système international. Il s’agissait pour l’ONU de geler le pouvoir et de transformer les Haïtiens en prisonniers de leur propre île. L’angoisse des boat people explique pour beaucoup les décisions de l’international vis-à-vis d’Haïti. On veut à tout prix qu’ils restent chez eux.
– Qu’est-ce qui empêche la normalisation du cas haïtien?
– Pendant deux cents ans, la présence de troupes étrangères a alterné avec celle de dictateurs. C’est la force qui définit les relations internationales avec Haïti et jamais le dialogue. Le péché originel d’Haïti, sur la scène mondiale, c’est sa libération. Les Haïtiens commettent l’inacceptable en 1804: un crime de lèse-majesté pour un monde inquiet. L’Occident est alors un monde colonialiste, esclavagiste et raciste qui base sa richesse sur l’exploitation des terres conquises. Donc, le modèle révolutionnaire haïtien fait peur aux grandes puissances. Les Etats-Unis ne reconnaissent l’indépendance d’Haïti qu’en 1865. Et la France exige le paiement d’une rançon pour accepter cette libération. Dès le départ, l’indépendance est compromise et le développement du pays entravé. Le monde n’a jamais su comment traiter Haïti, alors il a fini par l’ignorer. Ont commencé deux cents ans de solitude sur la scène internationale. Aujourd’hui, l’ONU applique aveuglément le chapitre 7 de sa charte, elle déploie ses troupes pour imposer son opération de paix. On ne résout rien, on empire. On veut faire d’Haïti un pays capitaliste, une plate-forme d’exportation pour le marché américain, c’est absurde. Haïti doit revenir à ce qu’il est, c’est-à-dire un pays essentiellement agricole encore fondamentalement imprégné de droit coutumier. Le pays est sans cesse décrit sous l’angle de sa violence. Mais, sans Etat, le niveau de violence n’atteint pourtant qu’une fraction de celle des pays d’Amérique latine. Il existe des éléments dans cette société qui ont pu empêcher que la violence se répande sans mesure.
– N’est-ce pas une démission de voir en Haïti une nation inassimilable, dont le seul horizon est le retour à des valeurs traditionnelles?
– Il existe une partie d’Haïti qui est moderne, urbaine et tournée vers l’étranger. On estime à 4 millions le nombre de Haïtiens qui vivent en dehors de leurs frontières. C’est un pays ouvert au monde. Je ne rêve pas d’un retour au XVIe siècle, à une société agraire. Mais Haïti vit sous l’influence de l’international, des ONG, de la charité universelle. Plus de 90% du système éducatif et de la santé sont en mains privées. Le pays ne dispose pas de ressources publiques pour pouvoir faire fonctionner d’une manière minimale un système étatique. L’ONU échoue à tenir compte des traits culturels. Résumer Haïti à une opération de paix, c’est faire l’économie des véritables défis qui se présentent au pays. Le problème est socio-économique. Quand le taux de chômage atteint 80%, il est insupportable de déployer une mission de stabilisation. Il n’y a rien à stabiliser et tout à bâtir.
– Haïti est un des pays les plus aidés du monde et pourtant la situation n’a fait que se détériorer depuis vingt-cinq ans. Pourquoi?
– L’aide d’urgence est efficace. Mais lorsqu’elle devient structurelle, lorsqu’elle se substitue à l’Etat dans toutes ses missions, on aboutit à une déresponsabilisation collective. S’il existe une preuve de l’échec de l’aide internationale, c’est Haïti. Le pays en est devenu la Mecque. Le séisme du 12 janvier, puis l’épidémie de choléra ne font qu’accentuer ce phénomène. La communauté internationale a le sentiment de devoir refaire chaque jour ce qu’elle a terminé la veille. La fatigue d’Haïti commence à poindre. Cette petite nation doit surprendre la conscience universelle avec des catastrophes de plus en plus énormes. J’avais l’espoir que, dans la détresse du 12 janvier, le monde allait comprendre qu’il avait fait fausse route avec Haïti. Malheureusement, on a renforcé la même politique. Au lieu de faire un bilan, on a envoyé davantage de soldats. Il faut construire des routes, élever des barrages, participer à l’organisation de l’Etat, au système judiciaire. L’ONU dit qu’elle n’a pas de mandat pour cela. Son mandat en Haïti, c’est de maintenir la paix du cimetière.
– Quel rôle jouent les ONG dans cette faillite?
– A partir du séisme, Haïti est devenu un carrefour incontournable. Pour les ONG transnationales, Haïti s’est transformé en un lieu de passage forcé. Je dirais même pire que cela: de formation professionnelle. L’âge des coopérants qui sont arrivés après le séisme est très bas; ils débarquent en Haïti sans aucune expérience. Et Haïti, je peux vous le dire, ne convient pas aux amateurs. Après le 12 janvier, à cause du recrutement massif, la qualité professionnelle a beaucoup baissé. Il existe une relation maléfique ou perverse entre la force des ONG et la faiblesse de l’Etat haïtien. Certaines ONG n’existent qu’à cause du malheur haïtien.
– Quelles erreurs ont été commises après le séisme?
– Face à l’importation massive de biens de consommation pour nourrir les sans-abri, la situation de l’agriculture haïtienne s’est encore péjorée. Le pays offre un champ libre à toutes les expériences humanitaires. Il est inacceptable du point de vue moral de considérer Haïti comme un laboratoire. La reconstruction d’Haïti et la promesse que nous faisons miroiter de 11 milliards de dollars attisent les convoitises. Il semble qu’une foule de gens viennent en Haïti, non pas pour Haïti, mais pour faire des affaires. Pour moi qui suis Américain, c’est une honte, une offense à notre conscience. Un exemple: celui des médecins haïtiens que Cuba forme. Plus de 500 ont été instruits à La Havane. Près de la moitié d’entre eux, alors qu’ils devraient être en Haïti, travaillent aujourd’hui aux Etats-Unis, au Canada ou en France. La révolution cubaine est en train de financer la formation de ressources humaines pour ses voisins capitalistes…
– On décrit sans cesse Haïti comme la marge du monde, vous ressentez plutôt le pays comme un concentré de notre monde contemporain…
– C’est le concentré de nos drames et des échecs de la solidarité internationale. Nous ne sommes pas à la hauteur du défi. La presse mondiale vient en Haïti et décrit le chaos. La réaction de l’opinion publique ne se fait pas attendre. Pour elle, Haïti est un des pires pays du monde. Il faut aller vers la culture haïtienne, il faut aller vers le terroir. Je crois qu’il y a trop de médecins au chevet du malade et la majorité de ces médecins sont des économistes. Or, en Haïti, il faut des anthropologues, des sociologues, des historiens, des politologues et même des théologiens. Haïti est trop complexe pour des gens qui sont pressés; les coopérants sont pressés. Personne ne prend le temps ni n’a le goût de tenter de comprendre ce que je pourrais appeler l’âme haïtienne. Les Haïtiens l’ont bien saisi, qui nous considèrent, nous la communauté internationale, comme une vache à traire. Ils veulent tirer profit de cette présence et ils le font avec une maestria extraordinaire. Si les Haïtiens nous considèrent seulement par l’argent que nous apportons, c’est parce que nous nous sommes présentés comme cela.
– Au-delà du constat d’échec, quelles solutions proposez-vous?
– Dans deux mois, j’aurai terminé une mission de deux ans en Haïti. Pour rester ici, et ne pas être terrassé par ce que je vois, j’ai dû me créer un certain nombre de défenses psychologiques. Je voulais rester une voix indépendante malgré le poids de l’organisation que je représente. J’ai tenu parce que je voulais exprimer mes doutes profonds et dire au monde que cela suffit. Cela suffit de jouer avec Haïti. Le 12 janvier m’a appris qu’il existe un potentiel de solidarité extraordinaire dans le monde. Même s’il ne faut pas oublier que, dans les premiers jours, ce sont les Haïtiens tout seuls, les mains nues, qui ont tenté de sauver leurs proches. La compassion a été très importante dans l’urgence. Mais la charité ne peut pas être le moteur des relations internationales. Ce sont l’autonomie, la souveraineté, le commerce équitable, le respect d’autrui qui devraient l’être. Nous devons penser simultanément à offrir des opportunités d’exportation pour Haïti mais aussi protéger cette agriculture familiale qui est essentielle pour le pays. Haïti est le dernier paradis des Caraïbes encore inexploité pour le tourisme, avec 1700 kilomètres de côtes vierges; nous devons favoriser un tourisme culturel et éviter de paver la route à un nouvel eldorado du tourisme de masse. Les leçons que nous donnons sont inefficaces depuis trop longtemps. La reconstruction et l’accompagnement d’une société si riche sont une des dernières grandes aventures humaines. Il y a 200 ans, Haïti a illuminé l’histoire de l’humanité et celle des droits humains. Il faut maintenant laisser une chance aux Haïtiens de confirmer leur vision.
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