samedi 16 novembre 2013
HAITI-HISTOIRE: DE VERTIERES A CE JOUR EN PASSANT PAR LE PONT ROUGE (3 DE 4)
Haïti-Histoire : De Vertières à ce jour en passant par le Pont Rouge (3 de 4)-
vendredi 15 novembre 2013 -
Par Leslie Péan -
Soumis à AlterPresse le 13 novembre 2013 -
Dessalines contracte des emprunts auprès des commerçants pour s’approvisionner en armes et en munitions. Les marchands de Philadelphie qui amènent sur le Connecticut la couronne et les habits somptueux pour le sacre de l’empereur Dessalines en octobre 1804 font bombance. La position des négociants américains est particulièrement importante. Dessalines accorde un traitement spécial aux commerçants américains. En effet dans le décret numéro 36 en date du 1er août 1805, Dessalines déclare : « À dater de la publication du présent décret, tout capitaine étranger, à son arrivée dans un des ports de l’île, sera tenu de faire cautionner son bâtiment par une maison de commerce haïtienne ou américaine, expressément commissionnée ad hoc, à laquelle il confiera le dépôt et la vente des marchandises par lui importées [1]. » La porte est ouverte au quasi-monopole que les Américains et les Anglais auront dans le commerce de consignation.
Depuis septembre 1805, les négociants étrangers sont obligés par la loi de confier leurs cargaisons à des Haïtiens et des Américains qui sont dénommés consignataires. Par exemple, la firme Powell, Kane and Co. reçoit de Dessalines la commission de consignataire le 22 septembre 1805. Cette firme transfère ce privilège et la patente de commissionnaire à Siméon Johnson [2], un américain résidant aux Gonaïves, le 5 juillet 1806. Ces négociants consignataires, choisis personnellement par Dessalines, sont chargés de vendre en détail les produits importés, mais également les denrées que les commerçants étrangers veulent acheter. À l’achat comme à la vente, les négociants consignataires reçoivent une commission de 6% du montant des transactions. Les commerçants américains et anglais Jacob Lewis et Robert Sutherland vont monopoliser le commerce extérieur haïtien dès 1806.
Les rapports des dirigeants du nouvel État avec ces commerçants étrangers connaissent des hauts et des bas. Avec son pouvoir discrétionnaire contre les commerçants contrebandiers, Dessalines pouvait aller jusqu’à la condamnation à mort. Ce fut le cas avec le commerçant anglais Thomas Thuat établi à Jacmel depuis 30 ans. Ce dernier fut assassiné sous les ordres de Dessalines en 1806, et sa fortune servit à la création de l’entreprise commerciale Innocent et Cie au nom du fils de l’empereur. Mais en même temps, Dessalines pouvait être généreux et soustraire du massacre des Français le riche négociant français Chéry Brochard. D’autres négociants bénéficièrent également d’un traitement de faveur.
Toutefois, Dessalines garde sa motivation essentielle pour pouvoir gouverner. Ses décisions contre certains commerçants ne sont absentes de ce calcul. Aussi il demande le 8 septembre 1806 au directeur des Domaines Inginac de vérifier les comptes des commerçants MacIntosh et Hopsengarther établis aux Cayes et de leur faire payer les droits et taxes dus à l’État. Après vérification, MacIntosh fut obligé de payer 120 000 gourdes et Hopsengarther 60 000 gourdes [3]. Mais s’assurer que l’État reçoive ce qui lui est dû ne signifie nullement que l’État remplit ses propres responsabilités. Par exemple, André Vernet, ministre des Finances, refusa, sur ordre de Dessalines, de payer le commerçant américain Jacob Lewis pour 2 832 barils de poudre et d’autres munitions que ce dernier avait livrés au général Pétion le 27 août 1804. Dessalines avait dit à Vernet de payer plutôt un autre fournisseur américain qui venait de lui livrer d’autres marchandises à Saint Marc.
Pétion commença par présenter des excuses [4] au commerçant américain le 20 janvier 1806 et lui offrit, en attendant de le rembourser complètement, une partie de sa récolte de café sur une habitation qu’il avait à Jacmel. Toutefois Jacob Lewis continua ses activités et transporta pour Dessalines les troupes haïtiennes envoyées au Venezuela avec Miranda en 1806. Après l’assassinat de Dessalines il présenta à nouveau sa créance à Pétion qui lui promit de payer. En effet, le 20 août 1807, Pétion prit un arrêté allouant la récolte de café d’une des habitations de Mme. Dessalines jusqu’au paiement intégral de la dette [5].
La décision de Dessalines de faire payer les commerçants contrebandiers a eu des effets désastreux pour lui. Ces derniers ont alors participé à la conspiration contre lui en tirant les ficelles des généraux et autres militaires qui avaient fait main basse sur les propriétés des anciens colons. Une partie de la fortune accumulée à travers la contrebande a servi à financer le soulèvement contre l’empereur. En exploitant certains agissements de ce dernier, dont son pouvoir absolutiste, le gaspillage des deniers publics et ses nombreuses maîtresses qui, dans les grandes villes du pays, émargeaient au budget de l’État. Des pratiques auxquelles s’adonnaient les autres généraux dont Geffrard dans le Sud. Dessalines accordait des monopoles à qui il voulait, faisant aussi bien des mécontents que des heureux.
L’impopularité de Dessalines parmi les généraux grandit. Ils décident de comploter contre lui. La conspiration fait tâche d’huile, tout comme ce fut le cas à Rome avec Cassius et Brutus contre César. Dessalines est cerné au guet-apens du Pont Rouge et est tué. Ses assassins diront plus tard qu’ils voulaient l’arrêter pour le juger mais qu’il ne s’est pas rendu. La Gazette politique et commerciale d’Haïti du jeudi 6 novembre 1806 commente l’événement en ces termes : Des raisons, qu’il est difficile d’expliquer, nous ont empêché de mentionner plus tôt les événements qui viennent de se passer dans les divisions du Sud et la seconde de l’Ouest. Depuis quelque temps le mécontentement éclatait dans plusieurs endroits de l’empire. Une mauvaise administration, diverses injustices, et des actes contraires à la sureté des premiers fonctionnaires publics, ainsi que des particuliers, avaient excités un dégoût général du gouvernement qui vient d’être renversé [6]. »
La lutte pour le pouvoir fait rage. Le général Christophe avait accepté le 23 octobre le poste de chef provisoire du gouvernement haïtien. Il avait été choisi par les conspirateurs comme chef provisoire du gouvernement haïtien dès le 16 octobre 1806, dans leur manifeste La résistance à l’oppression, puis confirmé dans les deux lettres en date du 18 octobre signées par Pétion et Gérin [7]. Christophe conditionne toutefois son acceptation à la création d’une assemblée constituante et à la formulation d’une nouvelle Constitution. À partir de ce moment, les problèmes et malentendus vont surgir en cascade.
La fraude électorale et la guerre
La méfiance s’installe dès la publication par Christophe de la circulaire du 3 novembre 1806 indiquant 59 paroisses, soit 35 pour le Nord et 24 pour l’Ouest et le Sud [8]. Ces 59 paroisses correspondaient à la répartition géographique de la population avec la majorité vivant dans le Nord et le Centre avec plus de 40 habitants au kilomètre carré [9]. Pétion et Gérin détournent l’objectif en augmentant arbitrairement de 15 le nombre de paroisses de l’Ouest et du Sud qui passent alors de 24 à 39. Ainsi ils ont la majorité des représentants dans l’Assemblée Constituante pour voter la nouvelle Constitution. L’objectif de la « combine » était de diminuer les pouvoirs du président afin de ne pas se retrouver avec un despote comme Dessalines. Surtout avec la crainte qu’inspirait Christophe après son élimination macabre de Capois-la-mort.
Le tissu de relations politiques qui se constitue dans l’Ouest et le Sud comprend des circuits parallèles de pouvoir avec leurs réseaux et filières parmi les sénateurs. Constatant ce qui se tramait, le mulâtre Juste Hugonin, délégué du Nord, conseillera à Christophe de ne pas accepter cette Constitution qui ne lui laissait même pas les pouvoirs d’un caporal. Le signal était donné pour la guerre civile entre le Nord et le Sud qui durera plusieurs années. Et depuis lors, les vainqueurs aux élections sont tributaires de la machine électorale. Les rebondissements ne manquent pas. La matrice conceptuelle de l’aventure haïtienne des fraudes électorales produit impuissance et déclin en pointillé dans une errance qui nous empêche de réaliser nos potentialités.
La dépendance commerciale s’accentue
Le conflit armé entre Pétion et Christophe ne diminue pas le poids des commerçants anglais et américains, les premiers servant souvent de couverture [10] aux seconds à cause de l’embargo américain décrété par le président Jefferson le 28 février 1806. Malgré la mesure expresse de Christophe libéralisant le commerce le 24 novembre 1806 et les excellents rapports de Christophe avec les Anglais dont l’un d’entre eux, l’amiral Goodall fut le commandant de sa marine, les commerçants anglais faisaient de meilleures affaires avec la république de Pétion. Christophe avait mis fin aux mesures de Dessalines obligeant les marchands étrangers à vendre leurs cargaisons et à acheter des denrées uniquement de négociants haïtiens et américains choisis et patentés par lui.
Les démarches des commerçants anglais dans la république de Pétion étaient organisées par Robert Sutherland, qui avait obtenu de Dessalines, le 10 octobre 1806, le monopole de la représentation pour le commerce anglais [11]. Après l’assassinat de Dessalines, Sutherland opta pour la république de l’Ouest. Il qualifia Pétion de libéral et Christophe de barbare. Sutherland communiqua de fausses informations sur Christophe en disant, entre autres, aux Anglais que ce dernier avait des relations avec Bonaparte à travers le général Ferrand à Saint-Domingue et qu’un de ses fils avait été pris en charge en France par le chancelier Talleyrand. Cette campagne de désinformation consolida ses activités commerciales qui connaitront une impulsion significative.
C’est aussi le cas pour plusieurs de ses compatriotes dont les nommés W. et S. Dawson, James Booth, J. Milroy, Westenfield, Blackhurst, Scribner, W. Salter, Langlois, W. Doran, Sureau, Archibald Kane, Oliver Carter, etc. Le clan des 39 commerçants anglais sera assez fort pour constituer une association dénommée Union Club à Port-au-Prince. En 1818, à la mort du président Pétion, ces commerçants anglais écriront une lettre au Sir Home Popham, commandant des forces navales anglaises à la Jamaïque, pour lui demander protection car ils craignaient une éventuelle attaque des troupes de Christophe. Des frissons entièrement justifiés puisque l’un d’entre eux, le commerçant anglais John Smith, venait de prêter 50 mille gourdes au président Pétion pour payer la troupe [12]. Depuis cette époque, le poids des marchands étrangers, mais surtout anglais et américains, n’a jamais été négligeable.
Selon Tim Matthewson [13], en commençant par l’aide fournie à Toussaint Louverture en 1799, l’indépendance d’Haïti n’aurait pas été possible sans l’aide des marchands américains. Sans doute, le commerce américain est significatif mais la bravoure des combattants, ces gens qui « riaient de la mort » comme le disait le général Leclerc, l’est encore plus. Une certitude de la mort qui a donné la vie. Le commerce américain avec Haïti est passé de $3.6 millions en 1804, à $7.4 millions en 1805, et $6.7 millions en 1806 avant de diminuer à $5.8 millions en 1807 et $1.8 millions en 1808 [14]. Les gouvernements de Pétion et Christophe vont jouer la carte de l’Angleterre, alors maîtresse des mers. Cette démarche répond à une double motivation : d’une part l’embargo imposé par le président Jefferson diminuait les échanges et d’autre part, les États-Unis subissaient leur première grande défaite avec la guerre de 1812 quand la capitale Washington fut brûlée par les troupes anglaises. La concurrence est rude pour le marché haïtien entre les États-Unis, l’Angleterre, et la France. En effet, depuis la défaite de Waterloo et le congrès de Vienne de 1815, la France essaie de reconquérir les positions perdues.
En plus de ses émissaires Dauxion-Lavaysse, Medina, Esmangart, Fontanges et Dupetit-Thouars envoyés en Haïti entre 1814, 1816 et 1821, le nombre de bateaux marchands français arrivant dans les ports d’Haïti double en 5 ans et passe de 39 en 1817 à 82 en 1821 [15]. La France reste quand même en troisième positio. En 1821, après la mort de Christophe et la réunification, les importations en provenance des États-Unis représentent 45% du total des importations haïtiennes, tandis que celles en provenance de l’Angleterre représentent 30% et celles en provenance de la France 21%. À l’époque, les commerçants haïtiens signalent dans le journal L’Abeille Haytienne que « ces étrangers sont maitres des consignations les plus importantes ; ils accumulent les bénéfices, leurs fortunes grossissent sensiblement [16]. » En 1825, les commerçants américains ont un net contrôle du marché avec 374 bâtiments sur 552, soit 67%, un tonnage de 60% de la valeur totale et 42% de la valeur des cargaisons [17].
La connaissance de l’univers économique nécessaire pour la bonne gestion a fait défaut. Essentiellement les dirigeants politiques dépendaient de leurs anticipations dont la plus importante était un éventuel retour des Français pour les remettre en esclavage. D’où les investissements dans la construction de fortifications à travers le pays. Toutefois, les dirigeants du nouvel État n’ont pas pris en compte la manière de mobiliser et sensibiliser la population afin qu’elle soit soudée aux chefs. Cela demandait d’autres rapports de production pour permettre l’acceptation de la grande plantation sans l’assimiler au travail servile de la colonie.
Je crains les Grecs, même lorsqu’ils font des présents
Cette mobilisation était nécessaire car, en son absence, l’État ne peut pas avoir les moyens financiers pour assurer sa propre survie, c’est-à-dire acheter les armes et munitions nécessaires à sa défense en cas d’un retour armé des colons esclavagistes. Enfin, c’était le seul moyen pour souder les Haïtiens face à une communauté internationale délibérément décidée à tuer dans l’œuf cette expérience de liberté de la seule république noire indépendante au monde. En effet, la France a pu rallier les autres États européens et les États-Unis à son objectif de ne pas reconnaître l’indépendance d’Haïti. L’offre de Pétion en 1814 de payer une indemnité aux Français est plus que le moindre mal. Elle est carrément un « acte d’ignominie » comme le remarquait le baron de Vastey en 1819 [18]. Surtout à un moment de pénurie catastrophique dans la république de l’Ouest. En effet, c’est par l’endettement auprès des commerçants que Pétion arrivait à payer les employés publics. On voit donc difficilement comment il aurait pu honorer sa parole.
En réfléchissant sur l’offre faite par Pétion en 1814 de payer une indemnité à la France pour l’indépendance, Frédéric Marcelin se devait de dire : « On se demande où Pétion, avec son administration ruinée, sans ressort, sans finances, aurait pris l’argent nécessaire pour la payer » [19]. Cette indemnité devint un goulot d’étranglement au cou de la nation haïtienne. Non seulement elle contracta les ressources du pays du fait que son acceptation était liée à la diminution des droits de douane payés par la France de moitié, mais aussi elle donna naissance immédiatement à une dette de 36 millions de francs pour payer la première échéance. En effet, le taux d’émission était de 80% c’est-à-dire Haïti recevait seulement 24 millions et devait ajouter 6 millions de ses propres fonds pour payer la première échéance. D’ailleurs, l’indemnité et la dette seront réunies en 1870 avec les intérêts de retard pour les périodes au cours desquelles nous n’avions pas les ressources financières pour payer. Le mot de Frédéric Marcelin est dit à bon escient. « En 1825, une révolte de notre patriotisme, refusant de souscrire à la répudiation qu’on nous imposait, était logique et peut-être même nécessaire [20]. »
L’empoisonnement des sources de la croissance et du développement d’Haïti allait de soi. Il était inscrit dans le projet colonial que le baron de Vastey a dénoncé dans son opuscule Le système colonial dévoilé. Même l’Angleterre qui pourtant avait le plus aidé Haïti avec son blocus des ports de Saint-Domingue, lors de la bataille de Vertières, accepta qu’Haïti était une colonie française, avec une clause secrète du Traité de Paris du 30 mai 1814. Malheureusement, les Haïtiens qui avaient pu s’entendre après la guerre du Sud de 1799 pour gagner l’indépendance en 1804 n’ont pas pu renouveler cette entente depuis 1806. Ayant compris que les Haïtiens demeurent des colonisés mentaux malgré l’indépendance, les Français ont joué sur cette carte pour les diviser.
Le baron de Vastey fait ce constat quand il écrit « dans cette guerre civile, malheureuse et désastreuse pour le peuple haytien, les blancs comme dans toutes nos précédentes guerres, jouèrent leur rôles accoutumés ; ils conseillaient et intriguaient des deux côtés ; ils aidaient de tout leur pouvoir aux deux partis à se faire tout le mal possible ; des deux côtés, ils s’empressaient de fournir des armes, des munitions, des vaisseaux, des provisions, etc. On a vu même qu’aussitôt qu’un parti était prêt à succomber ils faisaient tout leur effort pour le relever, afin de perpétuer la guerre civile [21]. »
L’analyse du baron de Vastey est confirmée par la correspondance envoyée par Jean-Jacques de la Martellière, sous commissaire de la Marine, en 1809 au général Barquier, commandant des forces françaises à Santo-Domingo. Il lui fit un rapport dans lequel on lit « L’affaiblissement du parti de Pétion m’a paru nuisible aux intérêts de la France et il serait à désirer, je pense, qu’on pût donner à ce parti une force suffisante pour qu’il continuât à lutter avec celui de Christophe. On prolongerait ainsi cette guerre intestine dont tous les résultats sont pour nous » [22].
Le baron de Vastey est d’une lucidité exceptionnelle sur le cirque de la communauté internationale défendant ses propres intérêts. Un cirque qui toutefois n’est pas grotesque quand un peuple est soumis au génocide par des bandes rivales pratiquant le suicide étatique. Et parce que dans ces cas-la, l’ingérence humanitaire devient ingérence politique, le baron de Vastey reproduit à la première page de son ouvrage Réflexions politiques paru en 1817 ses mots de Virgile « Je crains les Grecs, lors même qu’ils font des présents [23]. » (à suivre)
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Économiste, écrivain
[1] Linstant de Pradines, Recueil Général des Lois et Actes du Gouvernement d’Haïti, Tome premier, 1804-1808, Paris, Pedone, 1886, p. 116-117.
[2] Léon-François Hoffmann, « An American Trader in Revolutionary Haiti », Princeton University Library Chronicle, XLIX, 3, 1988.
[3] Thomas Madiou, Histoire d’Haïti, Tome III, op. cit., p. 354-355.
[4] Ibid., p. 329.
[5] Thomas Madiou, Histoire d’Haïti, Tome IV, P-au-P, Deschamps, 1987, p. 51-52.
[6] Gazette politique et commerciale d’Haïti, numéro 43, Cap-Haitien, jeudi 6 novembre 1806, p. 169.
[7] Beaubrun Ardouin, Études sur l’Histoire d’Haïti, Tome sixième, Paris, 1856, p. 75-78.
[8] Louis-Joseph Janvier, Les Constitutions d’Haïti, Paris, Marpon et Flammarion, 1986, p. 74.
[9] Zélie Navarro, « Espace résidentiel et intégration sociale : le cas des administrateurs coloniaux de Saint-Domingue au XVIIIe siècle », Les Cahiers de Framespa, numéro 4, 2008.
[10] Hubert Cole, Christophe : King of Haïti, London, Eyre and Spottiswoode, 1967, p. 164.
[11] Paul Verna, Robert Sutherland : un amigo de Bolívar en Haití, Caracas, Fundación John Boulton, 1966, p. 42.
[12] Vertus Saint-Louis, « Commerce extérieur et concept d’indépendance (1807-1820) », Michel Hector et Laënnec Hurbon, Genèse de l’État haïtien (1804-1859), Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 2009, p. 289.
[13] Tim Matthewson, « Jefferson and the Nonrecognition of Haiti », Proceedings of the American Philosophical Society, Vol. 140, No. 1, March 1996, p. 24.
[14] Ibid, p. 27 et 35.
[15] Jean-François Brière, « Le baron Portal et l’indépendance d’Haïti 1818-1821 », French Colonial History, Vo. 10, Michigan University Press, 2009, p. 100.
[16] Mémoire adressé à Son Excellence le Président d’Haïti, au nom des Commerçants du Port-au-Prince, L’Abeille Haytienne, 1er mars au 30 avril 1820, p. 6.
[17] Charles Mackenzie, Notes on Haïti, vol II, London, 1830, p. 325.
[18] Baron Valentin Pompée de Vastey, Essai sur les causes de la révolution et des guerres civiles d’Hayti, Sans Souci, Imprimerie Royale, 1819, p. 245.
[19] Frédéric Marcelin, Haïti et l’indemnité française, Paris, Imprimerie de Kugelmann, 1897, p. 22.
[20] Ibid, p. 146.
[21] Baron Valentin Pompée de Vastey, Essai sur les causes de la révolution, op. cit., p. 87.
[22] Jean-François Brière, Haïti et la France 1804-1848, op. cit., p. 56.
[23] Baron Valentin Pompée de Vastey, Réflexions politiques sur quelques ouvrages et journaux français concernant Hayti, Sans Souci, Imprimerie royale, 1817.
jeudi 14 novembre 2013
HAITI-HISTOIRE: DE VERTIERES A CE JOUR EN PASSANT PAR LE PONT ROUGE (2 DE 4)
Haiti-Histoire: De Vertieres a ce jour en passant par le pont rouge (2 de 4)-
mercredi 13 novembre 2013 -
Par Leslie Péan* -
Soumis à AlterPresse le 12 Novembre 2013 -
Les démêlés mineurs entre les dirigeants des anciens libres et des nouveaux libres pour le contrôle du pouvoir, source de la richesse, n’ont jamais cessé depuis. Une vraie guéguerre qui a mis le pays en faillite en le plongeant dans le gouffre de l’endettement. Les uns et les autres ont fait appel aux puissances étrangères pour leur offrir le contrôle du pays en échange du pouvoir. Mais la vraie guerre est bien celle qui a lieu entre les élites et le peuple. Roland Paret met cette situation en perspective en ces termes :
« Le problème de ce pays que vous connaissez, c’est que justement ceux qui n’ont même pas le salaire minimum, les Lamour Dérance, les Caca Poule, les Mamzèl, les Alaou, les Petit Noël Prieur et autres Romaine la prophétesse, c’est-à-dire la majorité du peuple, n’ont jamais été intégrés à la société, n’ont jamais été un élément de la définition du pays auquel ils sont censés appartenir : niés, refoulés, ils ont toujours été laissés aux portes des salons de ce pays que vous connaissez [1]. »
La bataille de Vertières du 18 novembre 1803 ouvre la route pour l’indépendance proclamée le 1er janvier 1804. Elle constitue le kaselezo à la naissance d’Haïti. Mais elle creuse en même temps la route qui mène au Pont Rouge moins de trois ans plus tard. L’Acte de l’Indépendance est fondateur du pacte social d’exclusion de la grande majorité de la population. Pacte fondateur pour continuer les productions matérielles de sucre, de café, de coton et d’indigo telles qu’elles se produisaient dans la colonie de Saint-Domingue. Ce pacte fondateur met en œuvre un ordonnancement cruel, un apartheid anti-africain, organisant la zombification de la population. La misère du plus grand nombre est planifiée à travers l’enrichissement d’un petit groupe de la classe de pouvoir d’état. Depuis lors, tous les efforts sont faits pour déposséder ces gens de leur conscience et de leur volonté afin qu’ils ne se rebellent pas. Toute l’énigme haïtien est là. Depuis lors un nihilisme sous de multiples formes est propagé dans le peuple. Tout est fait pour continuer la subsistance éternelle du même pour que nous ne puissions jamais aller au-delà de nous-mêmes comme le firent nos aïeux.
L’essence de la question haïtienne réside dans le sort réservé aux soldats, aux hommes qui ont été au cœur de l’événement, aux travailleurs agricoles à la source de la production des richesses. Des hommes mais aussi des femmes telles que Cécile Fatiman, Louise Râteau, Victoria Montou, Henriette Saint-Marc, Catherine Flon, Sanite Belair, Marie-Claire Félicité (Claire-heureuse), Marie Bunel encore connue sous les noms de Fanchette Estève ou Fanchette Moton [2].
Les nouveaux chefs indigènes qui se sont accaparé des plantations abandonnées par les colons veulent avoir de la main d’œuvre pour produire la richesse dans des conditions similaires à celles de la colonie. Les dirigeants du nouvel État n’ont cessé de dire aux anciens esclaves que l’obligation de continuer à travailler la terre fait partie de leurs devoirs sacrés. Ils claironnaient cette propagande d’autant plus qu’eux-mêmes méprisaient royalement le travail agricole tout en étant de grands propriétaires terriens. Dans les attentes des dirigeants haïtiens, les paysans haïtiens doivent travailler avec joie pour construire la nation. Les nouveaux propriétaires disent aux travailleurs que leur plus important devoir est de travailler la terre.
Le problème de l’absence d’intégration de la majorité du peuple dans la société haïtienne ne cesse de se poser depuis la bataille de Vertières. La fondation de la nation a été faite sur des bases faibles et réductrices. Ce sont les paysans cultivateurs qui sont exclus, ceux qui sont les éléments les plus concernés par le devenir du pays. Leur contribution à la victoire de la bataille de Vertières leur est niée. En refusant de leur laisser dire leur mot sur le devenir d’Haïti, les dirigeants ont plongé les campagnes dans une instabilité permanente. Telles sont les causes endogènes des jacqueries qui vont de Germain Pico sous Dessalines, à Goman sous Pétion et Boyer, puis à Acaau et aux Piquets et Cacos. Là est le fil conducteur, le mal réside dans la politique et l’organisation sociale consistant à écarter du partage du pouvoir les forces vives du pays.
L’effet net de ces facteurs a été un désenchantement progressif de la grande majorité des citoyens du pays. La confiance du peuple en les dirigeants s’est étiolée au fil des décennies. Les noiristes ont essayé d’utiliser la couleur pour sauver les meubles. Mais le peuple a vite vu que ces gens étaient aussi des démagogues qui voulaient simplement satisfaire leurs intérêts de classe. Les discussions et négociations nécessaires pour dégager un consensus n’ont jamais eu lieu. Sans ce travail de fond à effectuer pour élaborer un programme commun permettant à chacun de se sentir concerné, le pays est condamné à une dérive pouvant aller jusqu’à sa disparition totale. L’élaboration de ce programme commun pour le progrès économique et social nécessite des débats sur tous les sujets, Thème par thème, avec des délais précis, afin de dégager dans chaque domaine des solutions tenant compte des contraintes financières existantes et des nouvelles règlementations à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs visés.
Des anticipations produisant l’esprit de pillage
La victoire de Vertières et la proclamation de l’indépendance le 1er janvier 1804 ont placé les pères fondateurs devant deux questions fondamentales. La première concerne le sort réservé aux Français et à leurs propriétés. La seconde est l’avenir d’Haïti une fois la paix rétablie entre la France et les autres nations européennes, l’Angleterre en particulier. Pour le premier point, il importe avant tout de référer à la férocité environnante de « l’entreprise criminelle de la colonisation » [3]. Il est clair que, dans une situation de guerre, il s’agissait autant d’une mesure de sauvegarde que d’une façon de s’approprier les propriétés et les biens des Français. Près de 5 000 français sont tués. Dessalines n’exerce pas une vengeance aveugle. L’ordre formel est donné de ne pas tuer les professionnels, médecins, etc. Les autres Blancs tels que les Anglais, Allemands, Polonais, etc. sont protégés. Des français amis de Dessalines tels que Jean Caze, Joseph Bunel, sont épargnés. Enfin le massacre n’est pas l’objet d’une structuration politique. Nombre de généraux autour de l’empereur s’y opposaient. Et c’est grâce à leurs complicités et au courage des commerçants tels que McIntosh que 2 400 français ont pu s’échapper des Cayes et trouver asile à Baltimore [4].
Mais cette mesure de représailles contre les Français était dictée par la réponse anticipatrice à la seconde question : l’avenir d’Haïti. En effet, dès les premiers jours de 1804, les généraux étaient persuadés que leur aventure allait bientôt prendre fin, une fois la guerre européenne terminée. Guy-Joseph Bonnet raconte ainsi cette réunion qui eut lieu chez Inginac, le directeur des Domaines en sa présence avec les aides de camp de Dessalines. « Boisrond Tonnère émit l’opinion que la guerre (européenne) ne pouvait être éternelle ; que la France ferait la paix avec les autres nations de l’Europe ; que, dégagée de ses embarras, elle porterait bientôt toutes ses forces sur son ancienne colonie, dans le but de s’en ressaisir ; que ceux qui possédaient actuellement le pays ne pourraient résister à la France ; que, quelle que fut leur énergie, ils seraient tous égorgés jusqu’au denier. "Dans cette prévision, ajouta-t-il, n’ayant que peu de jours à vivre, il nous faut largement jouir de la vie. Ce n’est qu’avec de l’argent que nous obtiendrons des jouissances ; Eh bien ! pour se les procurer, tous les moyens sont bons." Ce discours qui résumait les idées et les principes des aides de camp de Dessalines fut vivement applaudi. L’esprit de pillage dominait partout [5]. »
Cette représentation des évènements futurs conditionne les esprits jusqu’en 1825. Bien que l’hypothèse d’un retour des Français ait alors perdu toute pertinence, le prix payé a été si lourd qu’il a détruit les possibilités d’une révision mentale du fait même que le financement d’une vraie construction nationale était devenu impossible. Les actions entreprises sur les attentes rationnelles d’un retour des Français pendant 21 ans ont continué avec leurs effets même quand les conditions objectives n’existaient plus.
L’absence de savoir et de main d’œuvre qualifiée
La politique fiscale adoptée par le nouvel État ainsi que la distribution des revenus ont joué contre la grande majorité de la population. La terre existe, mais les autres éléments fondamentaux de la fonction de production sont absents. Il y a carence de capital, de travail, de technologie, et surtout de connaissance. Les idées dominantes recyclent celles de la pourriture coloniale des maîtres et des esclaves pour les présenter sous différents maquillages. Le nouvel État n’a pas les cadres administratifs nécessaires pour procéder à la gestion de la terre. L’anarchie s’installe dans le régime foncier. Le capital nécessaire, estimé à 95 millions de francs, pour régénérer les plantations fait défaut.
Selon Robert K. Lacerte [6], il fallait 51 millions de francs pour réhabiliter 793 plantations de canne à sucre, 20 millions pour les 3117 plantations de café, 24 millions pour les 3906 plantations de coton, d’indigo et de produits vivriers. La population qui était de 520 000 habitants en 1789 n’était que de 380 000 d’après le recensement de 1805. Il y avait donc une rareté de main d’œuvre pour le travail agricole. Enfin au niveau du savoir, « le retard en connaissance et science fournit un angle sous lequel on peut saisir la situation dramatique de la nation haïtienne en 1804. La France, qui a tant exploité Saint-Domingue, y a organisé la conspiration de l’ignorance et y a entretenu le préjugé de couleur qui sera un levain de division au sein de la société haïtienne [7]. »
Le capital immatériel et « intangible » (information, connaissance, savoir-faire) est terriblement absent dans la nouvelle société. Les ressources humaines manquent pour plusieurs raisons. Le départ des « esclaves à talents [8] » avec leurs maîtres a créé un vide surtout dans la fabrication des 14 types de sucre allant du plus foncé au plus blanc. Le relais des colons pris par les généraux haïtiens était condamné à être pour le moins difficile. Comment faire fructifier un héritage déjà maigre quand le savoir n’existe pas ?
C’était un défi de taille que la nouvelle société n’a pas pu relever, car « ces esclaves à talents avaient la maitrise de nombre de métiers nécessaires à la productivité de la plantation. Ils étaient cabrouetiers, guildiviers, forgerons, chauffeurs, charpentiers, tonneliers, tailleurs de pierre, selliers et maçons. Les maîtres parfois les louaient à d’autres plantations pour leurs services contre rémunération [9]. Certains furent même envoyés en France pour parfaire leurs connaissances techniques. La nécessité pour les maîtres de diminuer leurs coûts de production pour augmenter leur rentabilité les amenait à prendre ce risque. En effet, certains esclaves envoyés en France pour acquérir une formation, eurent connaissance de la loi abolissant l’esclavage sur le sol français, remirent leur sort aux tribunaux et furent déclarés libres [10]. Ce fut le cas de Gabriel Pampy et Amanthe Julienne amenés en France de Saint-Domingue par le colon Isaac Mendès France en 1775 [11]. »
Comme le souligne Vertus Saint-Louis, « les moulins dans les plantations n’ont pas été réparés et entretenus. Ceux qui étaient en fer ont été remplacés par des moulins en bois avec comme résultats une diminution de la productivité [12]. Cela a surtout affecté la production de sucre qui a connu une nette diminution autant en quantité qu’en qualité. Sur ce dernier point, la production de sucre terré (semi-raffiné) a diminué et celle de rapadou (sucre non raffiné) a augmenté [13]. Haïti ne pourra pas remonter la pente et atteindre le niveau de Saint Domingue qui produisait 30% de la consommation mondiale de sucre. L’exonération du sucre national de tout droit d’exportation dès 1818 n’a pas suffi à compenser les incidences de l’absence de technologie et de main d’œuvre spécialisée. En effet, les pertes s’accumulaient depuis sous Pétion en 1816. Les élites se battaient certes pour avoir des terres mais pour être des propriétaires fonciers absentéistes. La mise en valeur de terres était laissée à des fermiers.
La prise de conscience du faible niveau de connaissances de la population est restée marginale. L’économiste Edmond Paul commente ainsi cette situation : « la société haïtienne naquit semblable à un monde renversé la tête en bas, où les plus inférieurs de ses membres, nous entendons dire les moins préparés, montèrent subitement à la surface, devinrent les éléments les plus consistants de l’ordre social nouveau, doués, par conséquent, de la vertu de l’affirmer plus solidement aux yeux de l’ennemi du dehors, et que cela accoutuma le peuple à porter ou à souffrir à la tête de son administration intérieure des hommes incultes qui n’y pouvaient désormais que le mal [14]. » Le vrai blocage à l’avancement du pays vient de là, de ce que l’écrivain Dantès Bellegarde identifie quand il dit qu’Haïti est née « sans tête [15]. » En effet, la raison a difficilement droit de cité dans les affaires publiques. On ne saurait nier l’importance de ce facteur dans la perpétuation du triomphe tapageur et ostentatoire d’une médiocrité qui épuise la pensée dans la conduite des affaires publiques. Dénégation qui donne sa consistance au nihilisme qui étreint la société haïtienne.
Le poids des négociants étrangers
Le commerce, la monnaie, l’administration et les impôts hérités de Saint Domingue ne constituent aucunement une référence pour le nouvel État. Les habitants de la colonie ont des compagnies de navigation créées à partir des privilèges que leur accordaient le roi, ses ministres et les membres de la noblesse. Donc, les Haïtiens ont appris que la richesse vient de l’arbitraire du pouvoir d’État. Haïti continuait l’héritage de Saint-Domingue. « Ce fut une véritable tradition de corruption et de prévarication qui s’établit à Saint Domingue et dont, à ses débuts, devait hériter la République d’Haïti. Car, après l’Indépendance, en 1804, la jeune nation adoptera les principes et les pratiques d’administration légués par Saint-Domingue [16]. » Les fonctionnaires à Saint-Domingue n’avaient pas de comptes à rendre au cours de leur carrière qui durait parfois 10, 12 et même 25 ans.
Le nouveau pays est en ruines. La contrebande s’installe dans le commerce extérieur, notamment avec les marchands américains. Les efforts des sudistes esclavagistes américains pour diminuer le commerce des États-Unis avec Haïti se révèlent inutiles. Mais le commerce n’atteint pas les sommets de 1801, quand les échanges américains avec Saint Domingue étaient sept fois supérieurs à ceux de cette colonie avec la France. La relance de l’économie dévastée par la guerre de l’indépendance est difficile du fait même que les dépenses militaires et de sécurité grugent le budget au point de ne rien laisser pour des investissements dans le social. En 1804, les exportations de sucre, de café, de coton et d’indigo sont respectivement de moins de 34%, 40% 43% et 4% de ce qu’elles étaient en 1789. Les paysans sont plus intéressés par l’agriculture vivrière et la petite production marchande simple sur leur lopin que par la production de denrées d’exportation.
La relation étroite avec les commerçants américains fait partie du patrimoine légué par Dessalines à la Nation. Cette relation fait partie des formes d’adaptation imposées par l’ensemble des contraintes de la guerre de l’indépendance. Le général en chef Dessalines adresse une lettre au président américain Jefferson le 23 juin 1803 pour exprimer ses vœux de lendemains enchanteurs. Il écrit : « Le commerce avec les Etats-Unis, Monsieur le Président, présente aux immenses récoltes que nous avons en dépôt et à celles, plus riantes , qui se présentent cette année un débouché que nous réclamons des armateurs de votre Nation [17]. » Dès le départ, sous Dessalines, l’État est obligé de s’endetter auprès des commerçants anglais et américains. Les folies remplacent l’austérité dans les onze ports ouverts au commerce extérieur où les négociants étrangers sont les plus actifs. Ces ports sont Cap-Haitien, Port-de-Paix, Gonaïves, Saint-Marc, Port-au-Prince, Petit-Goâve, Miragoâne, Cayes, Jérémie, Aquin et Jacmel.
Selon Thomas Madiou, « Dans la plupart des ports ouverts au grand commerce, les négociants étrangers, en corrompant les agents de douane, faisaient débarquer par contrebande la plus grande partie des marchandises qu’ils importaient. Ils exportaient les denrées par le même moyen. Ils faisaient de rapides fortunes et suscitaient toutes sortes d’embarras à ceux des agents du Gouvernement qui refusaient de transiger avec eux [18]. » Mais, ce n’est pas tout. Ces commerçants sont aussi parfois les agents du renseignement de leurs pays respectifs. Ils apportent un vital élément d’intelligibilité. Par exemple, le 2 septembre 1804, le Secrétaire d’État James Madison et le président Thomas Jefferson utilisèrent les bons offices du commerçant américain Jacob Lewis pour négocier avec Dessalines [19]. Cette rencontre « informelle » a lieu aux Gonaïves. Des années plus tard, Jacob Lewis sera nommé officiellement, sous le président Boyer, agent commercial américain accrédité en Haïti par le président John Quincy Adam le 22 juin 1818 [20]. Robert Sutherland, le commerçant anglais commissionné par Dessalines, informa l’Angleterre sur les effectifs de l’armée de Dessalines à partir de la commande de boutons pour les redingotes qui lui avait été donnée. Enfin, le commerçant français Alfred Laujon se révèle un incontournable agent secret français sous les gouvernements mulâtristes de Pétion et Boyer.
(à suivre)
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*Économiste, écrivain
[1] Roland Paret, « Pauvre Haïti », AlterPresse, 8 janvier 2011
[2] Ghislaine Rey Charlier, Histoire (Femmes dans l’Histoire d’Haïti), 30 octobre 2006. Voir aussi Philippe R. Girard, « Trading Races : Joseph and Marie Bunel, A Diplomat and a Merchant in Revolutionary Saint-Domingue and Philadelphia », Journal of the Early Republic, no. 30, Fall 2010, p. 355.
[3] Leslie Péan, Aux origines de l’État marron 1804-1860, P-au-P, Éditions de l’Université d’État d’Haïti, 2009, p. 89.
[4] Collection de différents discours et pièces de poésie par le jour de la fête donné e à Mr. Duncan McIntosh par les français réfugies de Saint Domingue, Baltimore, 9 janvier 1809.
[5] Edmond Bonnet, Souvenirs historiques de Guy-Joseph Bonnet, Paris, Auguste Durand, 1864, p. 131.
[6] Robert K. Lacerte, « Xenophobia and economic decline : The Haitian case 1820-1843 », The Americas, 1981, p. 507.
[7] Vertus Saint-Louis, « Sucre, science et révolution à Haiti », www.Montraylkreyol.org, 2007, p. 11.
[8] Nathalie Dessens, « Élites et diasporas : Les réfugiés de Saint-Domingue dans les Amériques au XIXe siècle », dans Christian Lerat, Élites et intelligentsias dans le monde caraïbe, Paris, L’Harmattan, 2008. Lire aussi du même auteur « Anatomie d’un oubli historiographique : les réfugiés de Saint-Domingue à la Nouvelle Orléans », dans Haïti, regards croisés, Paris, Manuscrit de l’Université, 2007. Lire enfin Néba Fabrice Yale, La vie quotidienne des esclaves sur l’habitation dans la Saint-Domingue française au XVIIIe siècle : regards de planteurs, de voyageurs et d’auteurs européens, Université Pierre Mendes France de Grenoble, 2011.
[9] Justin Girod-Chantrans, Voyage d’un Suisse dans différentes colonies d’Amérique, Neuchâtel, 1785, p. 162-163.
[10] Néba Fabrice Yale, op. cit., p. 24. Lire aussi Vertus Saint-Louis, « Sucre, science et révolution à Haïti », www.Montraylkreyol.org, 2007, p. 3.
[11] Leslie Péan, « Marasme économique, transmission des savoirs et langues (1 de 6) », AlterPresse, 23 mai 2013
[12] Lire la préface de Vertus Saint Louis à l’ouvrage de James E. McClellan III, Colonialism and Science – Saint Domingue and the Old Regime, University of Chicago Press, 2010, p. vii.
[13] Leslie Péan, Comprendre Anténor Firmin – Une inspiration pour le XXIe siècle, Editions de l’Université d’État d’Haïti, 2012, p. 49.
[14] Edmond Paul, Œuvres Posthumes, Tome I, Paris, Dunod et Vicq, 1896, p. 132.
[15] Dantès Bellegarde, Un haïtien parle, P-au-P, Imprimerie Chéraquit, Haïti, 1934, p. 21.
[16] Henock Trouillot, « L’Organisation et l’administration de Saint-Domingue”, Revista de Historia de América, No. 67/68, Jan - Dec., 1969, p. 123-124.
[17] On peut lire la lettre de Dessalines à Jefferson sur la toile en consultant The Thomas Jefferson Papers Series 1. General Correspondence. 1651-182,
J. J. Dessalines to Thomas Jefferson, June 23, 1803, à l’adresse électronique French
http://hdl.loc.gov/loc.mss/mtj.mtjb.... On peut aussi la lire dans Yves Auguste, « Jefferson et Haïti 1804-1810 », Revue d’Histoire Diplomatique, Paris, Pedone, 1972, p. 336.
[18] Thomas Madiou, Histoire d’Haïti, Tome III, P-au-P, Deschamps, 1989, p. 304.
[19] Gordon S. Brown, Toussaint’s clause – The founding fathers and the Haitian revolution, University Press of Mississippi, 2005, p. 249-250. Voir aussi Yves Auguste, op. cit. p. 341.
[20] Alain Turnier, Les États-Unis et le marché haïtien, Washington, 1955, p. 113.
mercredi 13 novembre 2013
HAITI-HISTOIRE: DE VERTIERES A CE JOUR EN PASSANT PAR LE PONT ROUGE (1 DE 4)
Haiti-Histoire : De Vertières à ce jour en passant par le Pont Rouge (1 de 4) -
mardi 12 novembre 2013 -
Par Leslie Péan* -
Soumis à AlterPresse le 11 Novembre 2013 -
Dans ses Leçons sur la philosophie de l’histoire, Hegel explique que : « … peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire et n’ont jamais agi suivant des maximes qu’on en aurait pu retirer [1]. » C’est à la lumière de ce paradoxe que je me propose d’aborder le sujet du jour, c’est-à-dire en sautant à pieds joints non pas dans ce qui devrait être mais dans ce qui est.
Mon intention est d’examiner quelques grands moments de la formation de la nation haïtienne, et de revenir à la geste de nos aïeux, mais sous un éclairage différent de celui privilégié par la tradition. De retrouver leur mémoire pour essayer d’aller plus loin dans leur connaissance. La bataille de Vertières du 18 novembre 1803 est la plus grande et la dernière des trois grandes batailles de la guerre de l’indépendance. Les deux autres grandes batailles sont celle de la Ravine-à-Couleuvres du 23 février 1802 suivie de celle de la Crête-à-Pierrot (4-24 mars 1802). Au cours de ces deux grandes batailles de 1802 dans l’Artibonite, ce sont les troupes indigènes qui étaient assiégées par les troupes françaises de Leclerc. Mais lors de la bataille de Vertières, ce fut le contraire. Ce sont plutôt les troupes françaises qui étaient cette fois assiégées par les indigènes. Les troupes de Rochambeau contrôlaient dix forts dans les environs de la ville du Cap dont deux, Picolet et d’Estaing, protégeaient le port. Les autres huit fortifications étaient Vigie, Bréda, Pierre-Michel, Bel-Air, Jeantot, Hôpital Champlain, Vertières et la butte Charrier.
Ces forts assuraient l’hégémonie des Français et protégeaient l’accession à la ville du Cap. Les troupes françaises étaient tellement bien implantées dans le fort Vertières, situé à deux kilomètres du Cap-Haitien, qu’elles pensaient que personne ne pourrait les déloger. Avec un astucieux dispositif de cavalerie, d’artillerie, et surtout de grenadiers qui méprisaient la mort, les forces indigènes (20 000 contre 5 000 Français), firent la preuve d’une étonnante supériorité pour vaincre la plus grande armée d’Europe : vaillance, courage, intrépidité, capacité d’organisation, de stratégie et de tactique, don de soi, générosité, etc. La volonté de vaincre était au plus haut point, même si le prix à payer en vies humaines était très élevé.
Les Français répondent par des actions répressives à la détermination des soldats insurgés. Comme le relate Beaubrun Ardouin, les Français « les noyaient, les pendaient, les fusillaient, les étouffaient dans la cale des navires » avant de les faire « dévorer par des chiens amenés de Cuba [2]. » L’intensification de l’extermination atteint des sommets quand Rochambeau fit exécuter une centaine d’hommes à Jacmel. Ardouin écrit : « Rochambeau les fit embarquer sur un navire de guerre : on les plaça dans la cale en fermant hermétiquement les écoutilles, après y avoir allumé du soufre. Ces malheureux furent asphyxiés et leurs cadavres jetés ensuite dans la mer. C’est à ce barbare qu’on doit imputer ce genre de mort, qu’il inventa dans sa rage d’extermination et qui fut employé si souvent sous son gouvernement [3]. » Un crime précurseur des chambres à gaz des nazis que Claude Ribbe [4] a dénoncés clairement en 2005, sans référence oblique ni écriture détournée, en montrant la commune dynamique politique qui unit ces crimes de Napoléon à ceux d’Hitler. Mais dans la conjoncture de 1803, ces crimes ont soudé les soldats de l’armée indigène qui ont préféré mourir au combat plutôt que d’être dévorés par les chiens anthropophages de Rochambeau ou d’être gazés au dioxyde de soufre.
Commandant les forces indigènes à partir de l’habitation Le Normand de Mézy au Limbé, à cinq kilomètres des combats, Dessalines se révèle un génial précurseur de la guérilla moderne. D’abord, son choix du lieu de naissance de Mackandal et de Boukman pour établir son quartier général n’est pas un hasard. Il se ressourçait sans doute dans la mémoire de la révolte générale des esclaves des 14 et 22 août 1791. Les troupes de Dessalines attaquent sur différents points et obligent l’ennemi à se disperser pendant qu’elles se concentrent en même temps sur l’objectif principal qui est la prise de Vertières. Géniale stratégie s’appuyant sur la flexibilité au plus haut point. Les hostilités commencent avec Augustin Clervaux qui attaque le Fort Bréda aux premières heures du jour le 18 novembre. Dans le même temps, Henri Christophe et Paul Romain assaillent le fort Vigie de l’autre côté de Vertières, puis dirigent leurs feux sur le Fort d’Estaing. François Capois (dit Capois-la-Mort) affronte la butte Charrier plus élevée que le Fort Vertières. Il attaque ensuite Vertières avec ses grenadiers. Après trois assauts successifs au cours desquels ses troupes sont décimées par la mitraille et les boulets, Capois lance un quatrième assaut avec encore plus de bravoure.
Les soldats chantent « Grenadiers ! A l’assaut, ça qui mouri pas z’affaire a yo, Nan point manman, Nan point papa, Grenadiers ! A l’assaut, Ça qui mouri, z’affaire a yo ! » Le cheval de Capois est atteint du boulet d’un canon. Il se met debout et, sabre au poing, se lance à pied à la tête de ses troupes en criant En avant, En avant ! Un autre boulet lui enlève son chapeau. Il continue le combat. Son héroïsme est tel que Rochambeau fait rouler les tambours, arrête la bataille et envoie un officier le féliciter pour sa bravoure. L’anthropologie culturelle haïtienne associe ce haut fait d’armes à l’intervention d’Ogoun Feray, dieu de la guerre dans le vaudou. Le combat reprend. Dessalines envoie à Capois des renforts dirigés par Louis Gabart et Jean-Philippe Daut. Ces derniers s’emparent de la butte Charrier. Au cours des combats qui durent plus de douze heures, les troupes indigènes perdent 1200 hommes, parmi lesquels les généraux Paul Prompt et Dominique. Du côté français, c’est la débandade.
Le matin du 19 novembre, Rochambeau annonce à Dessalines sa capitulation. Après la victoire des forces indigènes, les Français demandent dix jours pour retirer leurs troupes. En honneur de cette bataille héroïque, le 18 Novembre est considéré comme le jour de l’armée en Haïti. Il existe deux versions concernant la date de la proclamation de l’indépendance. Selon un texte paru en 1820 en France [5], l’indépendance aurait été proclamée la veille du jour désigné pour l’évacuation de l’île, soit le 29 novembre 1803, à Fort Dauphin, devenu Fort Liberté, par les généraux Dessalines, Christophe et Clervaux. Thomas Madiou [6] publie ce document en prenant la précaution de préciser qu’il doute de son authenticité, puisque Dessalines était au Cap le 29 novembre 1803 et non à Fort Dauphin. Ce document a été repris dans l’ouvrage de Gaspard Mollien [7] écrit en 1832 qui précède de quinze ans l’Histoire d’Haïti de Thomas Madiou publié en 1847.
La deuxième version, l’officielle, est que l’indépendance a été proclamée aux Gonaïves le 1er janvier 1804. Les vaillants généraux de la bataille de Vertières, Dessalines, Christophe, Romain, Capois-la-Mort, Gabart, Jean-Philippe Daut, Pierre Cangé, André Vernet sont tous signataires de l’Acte de l’indépendance. Cette indépendance a été possible grâce à la bataille de Vertières qui marque la défaite de l’armée expéditionnaire de Napoléon Bonaparte. Ce dernier avait envoyé, pour rétablir l’esclavage, près de 70 000 hommes dont 55 000 d’entre eux laissèrent leurs vies à Saint Domingue. Tout le capital symbolique de la prétendue supériorité de l’homme blanc est anéanti. La discrimination raciale et le projet esclavagiste prennent un coup dont ils ne pourront plus se remettre. Autant la question de l’abolition de l’esclavage que celle de la production de sucre dans la Caraïbe seront affectées par la révolution haïtienne [8].
Mais aussi sur le plan symbolique, la victoire de Vertières change la géopolitique internationale, sinon mondiale, de l’époque. La résistance de l’armée indigène conduit Napoléon à abandonner ses projets de création d’un empire colonial français en Amérique. Suite à la résistance des forces populaires à Saint Domingue, aux difficultés rencontrées par l’armée expéditionnaire qui avait déjà perdu 5 000 soldats en mars 1802 et à la mort de son beau-frère Leclerc en novembre 1802. En effet, comme l’explique Paul Lachance, « la situation à Saint Domingue influencera les décisions de Napoléon d’obtenir la rétrocession de la Louisiane de l’Espagne en 1800 et à le vendre aux États-Unis en 1803 [9]. » La France sera obligée de vendre le territoire de la Louisiane aux Américains le 20 décembre 1803. Les Etats-Unis vont ainsi doubler leur superficie, car le territoire de la Louisiane française était de deux millions de kilomètres carrés et couvrait le Kansas, l’Arkansas, le Nebraska, le Montana, le Wyoming, le Missouri, l’Oklahoma, le Dakota Nord et le Dakota Sud, l’Iowa, et la Louisiane actuelle. Cette conséquence de l’effondrement de l’armée de Napoléon sur l’expansion des Etats-Unis n’a pas été suffisamment soulignée par les historiens.
L’insurrection victorieuse des esclaves culminant dans la révolution haïtienne de 1804 représente une figure de conscience pour Hegel. Comme le démontre Pierre Franklin Tavares [10], la révolution haïtienne influence sur le plan philosophique les développements de la dialectique de la domination et de la servitude, du maître et de l’esclave, établie par Hegel dans la Phénoménologie de l’Esprit. Parlant des Nègres, le penseur de Berlin, dans la maturation de sa propre conscience, dira explicitement que « L’accès à la culture ne peut leur être refusé. Ils n’ont pas ici et là adopté avec bienveillance le christianisme grâce auquel ils ont rompu la longue chaîne de la servitude de l’esprit. Ils ont aussi à Haïti formé un Etat selon des principes chrétiens » [11]. La relation de Hegel à Haïti, longtemps restée dans l’ombre, ne l’est plus aujourd’hui depuis les travaux de 1992 de Pierre Franklin Tavarès [12] et la perspective dégagée en 2000 par Susan Buck-Morss [13].
L’alliance de classe des élites créoles contre les bossales Africains
L’arrestation et la déportation de Toussaint Louverture en France le 7 juin 1802 donne le signal de l’insurrection aux bandes d’insurgés, déclarés « marrons », « Congos », « Bossales » ou « Africains ». En fait, c’étaient des cultivateurs contestataires, qui refusaient de se soumettre aux Français à un moment où les chefs indigènes créoles avaient tous rallié l’armée du général Leclerc. Dans leur entendement, ils livraient une guerre sans pitié pour la bonne cause. Quand les chefs indigènes décidèrent d’abandonner le camp français, ils se devaient d’éliminer les dirigeants des bandes d’insurgés dont les revendications débordaient le cadre de la lutte des chefs créoles. La bataille de Vertières est avant tout l’aboutissement de l’alliance de Pétion et de Dessalines, alliance des chefs des anciens libres et des nouveaux libres, qui étaient des ennemis jurés lors de la guerre du Sud de 1799 entre Toussaint et Rigaud. « Les cultivateurs créoles, dit Barthélemy, ralliant à leurs causes les troupes coloniales, auront assez de puissance pour dominer les congos et chasser les Français [14]. » Cette alliance de classes fait perdre aux Français leurs positions en Haïti au profit des nouvelles élites haïtiennes.
À cet égard, le témoignage écrit entre 1830 et 1835 par le soldat et historien Joseph Elisée Peyre-Ferry de l’armée expéditionnaire est révélateur à plus d’un titre. Il écrit :
« L’arrestation de Toussaint Louverture fut le signal de l’insurrection. Elle commença à se manifester dans différents ateliers avoisinant ses domaines. Un nommé Sylla se mit à la tête des mécontents ; mais sa révolte fut bientôt étouffée. Les ateliers étaient composés en grande partie des cultivateurs armés qui avaient fait la guerre sous les ordres de Toussaint et de ses généraux. Après la soumission des chefs noirs, le général Leclerc conserva les troupes régulières, c’est-à-dire les demi-brigades organisées par Toussaint, mais les cultivateurs furent renvoyés sur les plantations où ils étaient employés avant notre arrivée [15]. »
Dessalines se mobilise dans la guerre contre les Africains. Avec les arguments puissants que sont leurs incohérences, leurs croyances superstitieuses et leurs manquements à la discipline. Il n’est pas question de cacher les faiblesses des faibles. Ce n’est pas leur rendre service que de passer sous silence leurs responsabilités dans l’existence de ces faiblesses. Dans le meilleur des cas, les chefs indigènes récusent le combat à visage découvert des Africains quand ils estiment qu’il importe d’avancer masqué. Après Toussaint Louverture, Dessalines tient à s’asseoir sur la chaise du chef et à ne plus s’en lever. Les bandes d’insurgés sont donc un obstacle à ses desseins. Une correspondance de Leclerc à Bonaparte en date du 16 septembre 1802 illustre son zèle dans leur élimination : « Dessalines est dans ce moment le boucher des noirs. C’est par lui que je fais exécuter toutes les mesures odieuses. Je le garderai tant que j’en aurai besoin. J’ai mis auprès de lui deux aides de camp qui le surveillent et qui lui parlent constamment du bonheur que l’on a en France d’avoir de la fortune. Il m’a déjà prié de ne pas le laisser à Saint-Domingue après moi [16] »
Leclerc donne l’ordre à Dessalines de neutraliser Charles Belair, neveu de Toussaint Louverture et général de brigade, qui n’avait pas accepté la reddition et essayait d’unifier les cultivateurs contestataires sous son commandement. Belair est arrêté, jugé par un jury présidé par Clervaux et fusillé sous les ordres de Dessalines le 15 octobre 1802. Son épouse Sanite Belair eut le même sort. Les luttes de pouvoir sont cruelles parmi les pères fondateurs comme elles le sont entre les nouveaux propriétaires tels que Dessalines qui avait 32 habitations et les cultivateurs contestataires qui refusent d’accepter le caporalisme agraire consacré dans les règlements de culture de 1801 de Toussaint Louverture [17]. Ces règlements de culture sont la continuation « de l’ordonnance de Toussaint du 12 octobre 1800, enjoignant à tous ceux qui étaient esclaves en 1793 de retourner travailler la terre sur l’habitation de leurs anciens maîtres » [18].
Les cultivateurs contestataires sont dans le collimateur de Dessalines. Dans le Sud, ils ont pour noms Jean Panier, Goman, Janvier Thomas, Gilles Bénech [19]. Dans le Nord, ce sont Sans-Souci, Jasmin, Macaya, Sylla, Petit-Noël Prieur, Mathieu, Jacques Tellier, Vamalheureux, Cacapoule, Mavougou, etc. Dans l’Ouest, la répression sévit contre Lamour Dérance, Courjolles, Mamzèl, Halaou, les disciples de Romaine Rivière dit Romaine la prophétesse et de Gingembre Trop Fort. Dans le Nord-Est, les concernés sont Appolon Beaujour du Haut du Trou, Lafleur de Fort-Liberté, Trou-Canne de Sainte Suzanne, Jean Charles Daux et Chateaubriand. Tous seront fusillés sous les ordres de Dessalines et de Christophe en 1802 [20].
On aurait tort de croire que la thèse raciste des leaders créoles contre les Africains, Congos ou Bossales se circonscrit à la période de l’indépendance. Loin d’être une époque révolue, cette forme de pensée circule dans bien des cercles dominants et soi-disant populaires en Haïti. Ces vieux concepts sont réactivés par la bande à François Duvalier dans Le problème des classes à travers l’histoire d’Haïti. Il écrit en effet : « Et que dire de tous ces congos, incarnation des forces d’anarchie et de désordre : Lamour Dérance, Macaya, Ti-Noël Prieur, etc. qu’on a été oblige de " blanchir " pour rendre possible l’œuvre de l’indépendance nationale [21]. » Pour Duvalier " blanchir " signifiait tuer.
Selon Vertus Saint-Louis, « Avant même d’être dirigée contre les Français, l’alliance entre Pétion et Dessalines, présentée comme fondatrice de la nation haïtienne, a été une coalition des classes dirigeantes indigènes visant à écarter de toute participation à la vie politique, ceux qu’elle considère comme des Africains, dangereux » [22]. En effet, à partir des phénotypes identifiés par Thomas Madiou [23], les 37 signataires de l’Acte de l’Indépendance, 23 Mulâtres, 13 Noirs et un Blanc (Mallet) sont des représentants des élites des anciens libres, des nouveaux libres et d’un bon blan. C’est sous l’appellation de bon blan que Mallet fut connu [24]. Il n’existe aucun représentant des Africains, Congos ou Bossales qui, comme le souligne Gérard Barthélemy, sont des gens du « pays en dehors » [25]. L’acte de naissance du pays exclut donc ces catégories ethniques et politiques. Non seulement Dessalines intègre le colonel Bernard Loret, qui avait déserté et rejoint les Français lors de la bataille de la Crête-à-Pierrot, mais aussi il ouvre les bras à Segrettier, David Troy et Delpech qui étaient restés fidèles à la France durant toute la guerre de l’indépendance. Bernard Loret sera ainsi signataire de l’Acte de l’Indépendance mais aussi Aide-de-camp de Dessalines, Commandant du 10e régiment, Commandant de la place de Léogane, et enfin Commandant des Gonaïves. Mais Petit-Noël Prieur, un des derniers survivants des chefs Africains, qui devint commandant de la ville de Vallières après l’indépendance, est fusillé par Dessalines en avril 1804.
(à suivre)
……………… * Économiste, écrivain
[1] Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire, Vrin, Paris, 1987, p. 20.
[2] Beaubrun Ardouin, Histoire d’Haïti, Tome cinquième, Paris, 1854, Chez L’Editeur Dr. François Dalencour, 5 Rue Saint Cyr, P-au-P, 1958), p. 63.
[3] Ibid, p. 59.
[4] Claude Ribbe, Le Crime de Napoléon, Paris, Editions Privé, 2005.
[5] Débarquement de la flotte française à Saint-Domingue faisant suite aux révolutions de cette île, Paris, 1820, p. 50-53
[6] Thomas Madiou, Histoire d’Haïti, Tome III, 1803-1807, P-au-P, Imprimerie Deschamps, 1989, p. 125-127.
[7] Gaspard Théodore Mollien, Haïti ou Saint Domingue, Tome II, Paris, L’Harmattan, 2006, p. 9-10.
[8] David Brian Davis, « Impact of the French and Haitian revolutions » in Davd P. Geggus, The impact of the Haitian revolution in the Atlantic World, ed. South Carolina Press, 2001.
[9] Paul Lachance, « Repercussions of the Haitian Revolution in Louisiana », in David P. Geggus, The impact of the Haitian revolution in the Atlantic World, op. cit. p. 209.
[10] Pierre Franklin Tavares, « Hegel et l’Abbé Grégoire », Éthiopiques, numéro 57-58
revue semestrielle de culture négro-africaine
1er et 2e semestres 1993.
[11] Hegel, Encyclopédie ... III, Philosophie de l’esprit, Paris, Vrin, 1989, p. 417.
[12] Pierre Franklin Tavares, « Hegel et Haïti, ou le silence de Hegel sur Saint-Domingue », Chemins Critiques, vol. 2, no. 3, P-au-P, mai 1992.
[13] Susan Buck-Morss, « Hegel and Haïti », Critical Inquiry, Vol. 26, No. 4, Summer, 2000. Pour la traduction française, voir Susan Buck-Morss, Hegel et Haïti, Paris, Lignes-Léo Scheer, 2006.
[14] Gérard Barthélemy, Le Pays en dehors, essai sur l’univers rural haïtien, P-au-P, H. Deschamps, 1989.
[15] Joseph Elisée Peyre-Ferry, Journal des opérations militaires de l’Armée française à Saint-Domingue pendant les années X - XI et XII (1802 et 1803), P-au-P, Imprimerie Henri Deschamps, 2005, p. 329.
[16] Yves Bénot et Marcel Dorigny, Rétablissement de l’esclavage dans les colonies françaises – Aux origines d’Haïti, Maisonneuve et Larose, 2003, p. 567
[17] Vertus Saint Louis, « Régime militaire et Règlements de culture en 1801 », Chemins critiques, P-au-P, décembre 1993.
[18] Vertus Saint-Louis, « Les termes de citoyen et Africain pendant la révolution de Saint-Domingue », dans Laennec Hurbon, L’insurrection des esclaves de Saint-Domingue, Paris, Les Éditions Karthala, 2000, p. 91.
[19] Carolyn Fick, The Making of Haiti : The Saint-Domingue Revolution from Below, University of Tennessee Press, Knoxville, 1990.
[20] Claude B. Auguste, « Les Congos dans la Révolution Haïtienne », Revue de la Société Haïtienne d’Histoire et de Géographie, numéro 168, P-a-P, Haïti, Décembre 1990.
[21] François Duvalier et Lorimer Denis, Le problème des classes à travers l’histoire d’Haïti, troisième édition, P-au-P, 1959, p. 92.
[22] Ibid, p. 202.
[23] Thomas Madiou, Histoire d’Haïti, Tome III, P-au-P, Imprimerie Courtois, 1848, p. 502-508.
[24] Jacques de Cauna, Haïti : l’éternelle révolution, PRNG Éditions, 2009, p. 147
[25] Gérard Barthélemy, Le Pays en dehors, op. cit., 1989.
mercredi 11 septembre 2013
LES 18 DERIVES ANTIDEMOCRATIQUES ET INACCEPTABLES DU REGIME MARTELLY/LAMOTHE
Actualités
Premier Appel Des Citoyens Engagés A La Nation Haïtienne - Les 18 dérives antidémocratiques et inacceptables du régime Martelly/Lamothe -
Publié le lundi 2 septembre 2013 04:28 -
club-citoyen-engage -
Chers Compatriotes, notre Nation est en danger ! Les Institutions sont à genoux aux pieds du Palais national, bref, nous sommes dans un Etat en faillite ! -
Que se passe- t-il ? -
Les 18 dérives antidémocratiques et inacceptables liées directement à la présidence du pays, nous tirent, nous, Citoyens engagés, du lieu de notre observation pour réclamer la vérité pour le peuple haïtien, toutes tendances confondues. Ces événements scandaleux, connus d’une grande majorité de la nation, sont les suivants :
1° L’affaire des appels téléphoniques internationaux et des transferts d’argents vers Haïti : voilà que des taxes sont prélevées sans aucun texte de loi en faisant fi de l’article 218 de la constitution. Ainsi, le Président, M. Michel Martelly et le premier Ministre, Laurent Lamothe reçoivent 13 millions de dollars américains chaque mois à partir de ces fameux appels téléphoniques ; bien entendu le CONATEL ne peut fournir aucune explication sur les 60 millions de dollars déjà collectés.
2° L’arrestation, sur la demande du Président de la République, du Député en fonction Arnel Bélizaire, en octobre 2011 est un acte inqualifiable dans un Etat de droit où la séparation des pouvoirs est la clef de voute.
3° Les permis octroyés dans des conditions douteuses pour exploiter des richesses naturelles du pays, dérangent la conscience des citoyens les moins avisés.
4° Des licenciements massifs et arbitraires ont lieu dans l’administration publique au vu et su de tout le monde. Ainsi, Des centaines de citoyens sont révoqués illégalement pour être remplacés par des proches du pouvoir sans titres ni qualités.
5° Des nominations massives de personnes non qualifiées sont faites dans la diplomatie haïtienne et ceci au profit de certains parlementaires dévoyées par le pouvoir exécutif.
6° Le culte de la personnalité pratiqué sous la dictature des Duvalier est remis à la mode ainsi contrairement à la constitution de 1987 : les photos du Président Michel Martelly sont dans toutes les rues, figurent sur toutes les pancartes. Les bâtiments publics, les espaces publicitaires sont couverts désormais de la couleur du pouvoir, ce qui porte certains étrangers à confondre les couleurs du drapeau national bleu et rouge avec celles rose et blanc qui sont les couleurs de la fondation de la famille du Président de la République M. Michel Martelly et toute cette campagne est financée par les fonds du trésor public.
7° Il est évident que la Justice haïtienne est vassalisée et il est notoire que l’exécutif a ses propres juges pour mettre en prison n’importe quel citoyen avec lequel il n’est pas d’accord. Avec de telles pratiques, nous commençons à avoir des prisonniers politiques comme sous le régime des Duvalier. En l’occurrence : les frères Enold Florestal José Florestal sont en prison à cause de leurs revendications qui font obstacles à la mégalomanie du pouvoir.
8° Il est de notoriété publique que le Président qui, après ces élections, ne comptait que deux Députés, s’est taillé une majorité de plus de cinquante et tout ceci se fait aux frais de la république et voilà que nous avons une chambre des Députés aussi vassalisés que la Justice.
9° De nos jours, les attaques sont à peine voilées contre la Presse dont la liberté est garantie par la constitution.
10° Ces jours-ci, le Président de la République prononce des discours dans lesquels les charges, les attaques, les dénonciations et les menaces sont de plus en plus claires contre les partis politiques qui ont commis, d’après le pouvoir, le crime d’exprimer leurs désaccords avec ce Dernier et de se réclamer de l’opposition, droit qui est confirmé par la constitution.
11° Les victimes du choléra ne sont défendues ni par le gouvernement ni par des représentant dans les institutions internationales ; alors que les centres de recherches les plus sérieux ont déterminé la provenance et les sources de cette maladie.
12° La République d’Haïti est devenue une République de Sinécures : au moins 400 consultants sont attachés au service du Président et reçoivent en moyenne 250 mille gourdes mensuellement.
13° L’utilisation des maigres ressource de la nation : voyages présidentiels, tournées en hélicoptère, utilisation de per diem sont devenus, contrairement aux principes de la fonction publique, des méthodes de gouvernement.
14° Nous sommes devenus une République de scandales où les affaires se succèdent aux affaires : l’affaire Moloskot et Jojo Lorquet, l’affaire Brandt où sont mêlés des hauts fonctionnaires de la police nationale attachés au service du palais national, ces derniers sont arrêtés et emprisonnés. L’affaire Lambert, conseiller principal du Président de la République, l’affaire du sénateur Felix Batista refait surface. A cet effet, une enquête du Sénat dominicain est en cours pour faire la lumière sur le financement frauduleux de la campagne électorale de M. Michel Martelly. Affaire à suivre !
15° Le Népotisme : le Président de la République M. Martelly a émis, les 24 janvier et 15 juin 2012 deux Arrêtés nommant son épouse Sophia Martelly et son fils Olivier Martelly à la tête de deux commissions officielles faisant injonction au Trésor Public de mettre à la disposition de ces derniers, l’argent des contribuables qu’ils peuvent utiliser sans de compte à rendre à personne.
16° Le mensonge est devenu l’arme privilégiée du pouvoir : le 4 juin 2013 le gouvernement a été convoqué au parlement pour justifier les dépenses qui ont été affectées à l’organisation du carnaval présidentiel ; les mêmes dépenses ont été constatées dans les mêmes conditions à l’organisation du deuxième anniversaire du Président au pouvoir et le mensonge a été utilisé pour expliquer ces dépenses non budgétisées.
17° L’état d’urgence un prétexte pour faire de l’argent : après le passage du cyclone Sandy, le gouvernement a déclaré l’état d’urgence pour 5 milliards de gourdes et dépensé plus de 16 milliards. Le 4 juin, au cours de la même audition, au Sénat, le premier ministre Laurent Lamothe et son gouvernement n’ont pu donner aucune explication !
18° L’affaire du Juge, Jean Serge Joseph, chargé du dossier de corruption dans laquelle est mêlée la famille présidentielle : Il est évident que le Magistrat a trouvé la mort dans des conditions suspectes et pour une bonne partie de la population, cette affaire traduit une intrusion de l’exécutif dans le judiciaire ce qui est contraire à l’établissement de l’Etat de droit prôné par le Président et exigé par la constitution. -
Chers compatriotes, que vous soyez sur le sol national ou à l’étranger, nous sommes tous concernés par cette situation qui nous engage absolument dans une voie sans issue et dangereuse ! C’est à ce titre que nous vous demandons de vous rejoindre à nous pour qu’ensemble, nous formions un bloc solide pour dire non à l’imposture ! Non à l’inacceptable ! Nous devons reprendre la voie qui nous a été indiquée par les pères fondateurs de la Nation !
Cet appel s’adresse à toutes les couches de la société : les mères de famille, les pères de famille, les socio-professionnels, les étudiants, les entrepreneurs, les syndicats, les démocrates et les militants des partis politiques du pays. Nous profitons de cette même occasion pour demander à la population de continuer d’apporter son soutien aux deux jeunes avocats MM André Michel et Newton Louis Saint Juste ; ils le méritent, car le combat qu’ils mènent est le nôtre.
En ce sens, nous, le Club des Citoyens engagés et les signataires de cet appel réclamons la vérité sur toutes ces questions que nous avons mentionnées plus haut. Nous informons l’opinion publique tant nationale qu’internationale que nous ne voulons pas rester trop longtemps avec les bras croisés ; si dans un délai pas trop lointain aucune explication n’est donnée, nous déclencherons une mobilisation permanente, nous utilisons tous les moyens pacifiques : les réseaux sociaux, les téléphones, les tracts, la Presse à travers les dix départements de la République pour qu’enfin on engage ce pays sur la voie de la reconstruction.
VIVE HAITI ! VIVE LA DEMOCRATIE
Fait à Port-Au-Prince, le 25 Aout 2013
Contacts : Continy ARIDOU/Tel : (509) 38 49 97 38
LES SIGNATAIRES : LES SIGNATAIRES :
1-Continy ARIDOU 24-Gladimir DENIS
2-Fritz LEBON 25-Rodner AMBOISE
3-Joseph SAINTUNE 26-Juvenson SYLVAIN
4-Gnanie CHARLES 27-Thérèse ROLANE
5-Meriame PIERE 28-Wilbert ANTOINE
6-Jean Mary PLANTIN 29-Yolette FRANCOIS
7-Philippe DORCHARD 30-James PIERRE
8-Muracia PIERRE 31-Hervé JEAN LOUIS
9-Robenson PETIDE 32-Berlice MERVEILLE
10-Marilienne AUGUSTE 33-Bendie JOSEPH
11-Wildeson GILOT 34-Vidal LUCIEN
12-Rochenel JOSEPH 35-Gelor ALTEUS
13-Frenel DORVILIEN 36-Annette BRUNO
14-Abner EMIL 37-Beauvais LOUIS
15-Jerôme ST JUSTE 38-Withlène JEAN
16-Jean-Pierre JN LOUIS 39-Willy CAJUSMA
17-Venande PIERRE 40-Odile BERNADIN
18-Anne DORVAL 41-Patrick HENRY
19-Luder VERNET 42-Roosvelt JUSTE
20-Junior PHILIAS 43-Mercile THELIMON
21-Kenley VERNET 44-Milor EDGAR
22-Altidor ELVA 45-Natacha LOZIER
23-Samus ELVA 46-Marilourdes BERNARD
47-Carly EUGENE 64-Claudine JEAN
48-Lucaint CHARLES 65-Johny DORMEUS
49-Youdy PIERRE 66-Jocelin CELESTIN
50-Altidor FRANCOIS 67-Wilnise DESIR
51-Saintilus JUSTIN 68-Beranise OSCAR
52-Celestin MULIN 69-Nadine DHAITI
53-Alex PAUL 70-Monitha ETIENNE
54-Evans ALMONOR 71- Claudette PRESEDIEU
55-Janine JEAN BAPTISTE 72- Alcide ROLOND
56-Waldeck EDOUARD 73-Oslet VARISTIN
57-Denis BIEN-AIME 74-Benoît JEAN
58-Junel LOUIS 75-Osias JACQUES
59-Patrick HERAUX 76-Louidjy CALIXTE
60-Faguste MENARD 77-Catherine TELFORT
61-Histoine MONESTIME 78-Salene SAINTIL
62-Winsky AUGUSTE 79-Arsene VARISTIN
63-Jose PIERRE
N.B. Ces 79 signataires forment l’échantillon représentatif des 10 Départements de la République.
mardi 10 septembre 2013
ACTE FORMEL DE MISE EN ACCUSATION DE MICHEL MARTELLY ET LAURENT LAMOTHE DEPOSE AU PARLEMENT
PROPOSITION DE MISE EN ACCUSATION
VU l’article 136 de la Constitution qui dispose : « Le Président de la République, Chef de l'Etat, veille au respect et à l'exécution de la Constitution et à la stabilité des Institutions. Il assure le fonctionnement régulier des Pouvoirs publics ainsi que la Continuité de l'Etat » ;
VU l’article 150 de la Constitution suivant lequel le Président de la République n'a d'autres pouvoirs que ceux que lui attribue la Constitution ;
VU les attributions du Premier Ministre et des ministres qui sont limitativement fixées par les articles 158 à 165 de la Constitution ;
VU l’article 135.1 de la Constitution prescrivant le serment prêté par le Président de la République avant d’entrer en fonction, à savoir : « Je jure, devant Dieu et devant la Nation, d’observer et de faire observer fidèlement la Constitution et les lois de la République, de respecter et de faire respecter les droits du peuple haïtien, de travailler à la grandeur de la Patrie, de maintenir l’indépendance nationale et l’intégrité du territoire » ;
VU l’article 163 de la Constitution qui dispose : « Le Premier ministre et les ministres sont responsables solidairement tant des actes du Président de la République qu’ils contresignent que de ceux de leurs ministères. Ils sont également responsables de l’exécution des lois, chacun en ce qui le concerne » ;
CONSIDERANT que le Président Michel Joseph Martelly et le chef de Gouvernement Laurent Salvador Lamothe, au lieu de veiller au respect de la Constitution et à sa stricte application, la viole constamment et brutalement, et ainsi exerce leurs fonctions en dehors des normes républicaines et à l’encontre de la souveraineté du peuple;
CONSIDERANT que, en vertu de l’article 153 de la Constitution, « le Président de la République a sa résidence officielle au Palais national, à la capitale, sauf en cas de déplacement du siège du pouvoir exécutif », alors que le Président Michel Joseph Martelly essaye de faire déposséder arbitrairement un citoyen haïtien de son bien immeuble sous prétexte de protection de sa propriété privée située à Pétionville, Pegguy Ville, Impasse Brouard ;
CONSIDERANT que le Président de la République ainsi que le chef du Gouvernement, en dépit des appels et mises en garde réitérés de la classe politique et de la société civile, s’entêtent à pratiquer, depuis deux ans, la politique du dilatoire et du fait accompli pour ne pas organiser les élections nécessaires au renouvellement du Sénat et des Collectivités Territoriales, et ce dans le dessein macabre de créer un vide institutionnel qui le consacrerait comme seul maître à bord et précipiter la barque nationale dans les abysses ;
CONSIDERANT que le Gouvernement garde en son sein, ce depuis janvier 2013, Monsieur Ralph Théano, le ministre chargé des relations avec le Parlement, déclaré persona non grata par la Chambre des Députés et par le Sénat et ainsi devenu « ministre sinécuriste » au sein dudit Gouvernement, pour avoir tenu dans la presse des propos racistes et insultants à l’endroit des parlementaires et des familles monoparentales haïtiennes qui représentent environ 52% des familles du pays ; ce qui constitue des faits avérés de rébellion contre le Parlement, de malversation et de corruption ;
CONSIDERANT la Note Circulaire du CONATEL prise en date 23 mai 2012 selon les directives spécifiques du Président de la République, ordonnant aux opérateurs de téléphonie mobile et aux maisons de transfert de prélever arbitrairement des taxes sur les citoyens pour les appels internationaux et les transferts d’argent, violant ainsi l’article 218 de la Constitution qui interdit péremptoirement l’établissement et la collecte, en marge de la loi, c’est-à-dire sans une loi préalable, d’aucun impôt au profit de l’Etat ;
CONSIDERANT l’arrestation sur ordre du Président de la République du Député en fonction Arnel BELIZAIRE le 26 Octobre 2011 en violation de l’article 114.2 de la Constitution qui sanctionne toute contrainte par corps exercée contre un membre du Pouvoir Législatif pendant la durée de son mandat, fait confirmé par l’entérinement par l’Assemblée de la Chambre des Députés du rapport de la Commission de ladite Chambre chargée d’enquêter sur l’arrestation dudit Député, en date du 22 mars 2012 ;
CONSIDERANT le détournement des Fonds Publics pour la réalisation de programmes dits sociaux en violation des prévisions budgétaires, et donc en dehors des formes de mobilisation des ressources financières prévues par la Constitution ;
CONSIDERANT l’adoption en date du 24 janvier 2012 et en celle du 15 juin 2012 de deux Arrêtés, le premier portant formation de la Commission Nationale de lutte Contre la Faim et la Malnutrition (COLFAM) et établissant le programme ABA GRANGOU dirigée par la Première Dame Sophia ST REMY MARTELLY et l’autre portant création de la Commission d’Appui à la Coordination des Infrastructures de Sport et d’Accompagnement de la Jeunesse Haïtienne (CACISAJH) dirigée par Olivier MARTELLY, tout en ordonnant à l’Etat de mettre à la disposition de ces Commissions les moyens financiers, matériels et logistiques nécessaires à l’accomplissement de leur mandat et tout en disposant arbitrairement et illégalement que ces deux Commissions jouissent d’une autonomie complète et échappent à tout contrôle; ce qui permet à ces membres de la famille présidentielle de concurrencer des membres du Cabinet ministériel ratifié par le Parlement, violant ainsi l’article 236 de la Constitution qui établit que « la loi fixe l’organisation des diverses structures de l’Administration et précise leurs conditions de fonctionnement », violant également l’article 200 de la Constitution qui dispose : « La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif est une juridiction financière, administrative, indépendante et autonome. Elle est chargée du contrôle administratif et juridictionnel des recettes et des dépenses de l'Etat, de la vérification de la comptabilité des Entreprises de l'Etat ainsi que de celles des collectivités territoriales» ;
CONSIDERANT les attaques orchestrées de manière répétée contre la presse et la classe politique violant ainsi les articles 28 et 31 de la Constitution ainsi que le serment constitutionnel fait par le Chef de l’Etat l’obligeant pourtant à, entre autres, « respecter et à faire respecter les droits du peuple, à travailler à la grandeur de la Patrie » ;
CONSIDERANT que le Président de la République, Monsieur Joseph Michel MARTELLY, le Premier Ministre, Monsieur Laurent Salvador LAMOTHE, et le Ministre de la Justice, Me Jean Renel SANON, ont violé le Principe de la Séparation des Pouvoirs consacrés par la Constitution en ordonnant le jeudi 11 juillet 2013 la réalisation d’une rencontre au Cabinet de Me. Gary LISSADE avec le Juge Jean Serge Joseph qui s’y était rendu sur l’instigation du Doyen du Tribunal Civil de Port-au-Prince, Me Raymond Jean Michel ;
CONSIDERANT que nonobstant les démentis formels apportés par le Président de la République, le Premier Ministre et le Ministre de la Justice sur leur participation à cette rencontre, les Commissions d’Enquête du Sénat et de la Chambre des Députés ont établi que cette réunion au cours de laquelle de graves menaces ont été proférées contre le Magistrat par le Président et le Premier Ministre pour qu’il « mette un terme le 16 juillet 2013 au plus tard au dossier » de corruption de la famille présidentielle, s’est bel et bien tenue ;
CONSIDERANT que le Président de la République Joseph Michel MARTELLY et le Premier Ministre Laurent Salvador LAMOTHE s’adonnent constamment à l’affichage de leurs portrais munis de messages louangeurs et de l’emblème de leur parti politique dans les espaces publics, violant ainsi les articles 7 et 2 de la Constitution disposant que : « le culte de la personnalité est formellement interdit. Les effigies, les noms de personnages vivants ne peuvent figurer sur la monnaie, les timbres, les vignettes. Il en est de même pour les bâtiments publics, les rues et les ouvrages d'art », et « les couleurs nationales sont le bleu et le rouge » ;
CONSIDERANT que, au cours d’une visite à Radio Caraïbes, le Président a déclaré qu’il assume les violations des articles 2 et 7 de la Constitution, lesquelles, selon lui, sont mineures et que cette campagne (de photos, pancartes, billboards …) est réalisée par des membres de son Cabinet avec les Fonds du Trésor Public, ce qui constitue un détournement des Fonds Publics du fait que ces dépenses ne sont pas prévues par les Lois de Finances de la République ;
CONSIDERANT que le Président de la République a menti plus d’une fois à la Nation en violation de l’article135.1 de la Constitution s’énonçant: « Je jure, devant Dieu et devant la Nation, d'observer fidèlement la Constitution et les lois de la République, de respecter et de faire respecter les droits du Peuple Haïtien, de travailler à la Grandeur de la Patrie, de maintenir l'Indépendance Nationale et l'Intégrité du Territoire » ;
CONSIDERANT que ces agissements du Chef de l’Etat ne font pas honneur à la Dignité de la Fonction Présidentielle ;
CONSIDERANT la déclaration de l’ex-Commissaire du Gouvernement, Me Jean Renel Sénatus, suivant laquelle le ministre de la Justice l’avait remis une liste de noms de citoyens à appréhender illégalement, pour uniquement des motifs politiques, refus qui lui a valu sa révocation ; laquelle action qui constitue une tentative d’instrumentalisation de la justice et un abus de pouvoir ;
CONSIDERANT que l’intrusion constante du Chef de l’Etat, du Premier Ministre et du Ministre de la Justice dans le Pouvoir Judiciaire, soit par la nomination de « personnes à moralité douteuse » au sein de l’appareil judiciaire, soit par l’exercice de pressions sur des magistrats, comme celles qui ont été faites sur le Juge Jean Serge JOSEPH, constitue une violation flagrante de la Constitution et de la Loi ;
CONSIDERANT que ces actes – violations systématiques de la Constitution et de la Loi, parjure, crimes contre la Constitution, abus de pouvoir… – constituent des crimes de Haute Trahison, consistant dans le fait par le Chef de l’Etat ou un membre du Gouvernement, chargés de faire respecter la Constitution, de voler ou détourner les biens de l'Etat confiés à sa gestion ou de violer la Constitution à un niveau ou à un autre ;
CONSIDERANT que les dérives et violations flagrantes de la Constitution et de la Loi ci-avant énumérées, perpétrées par le Président de la République Michel Joseph MARTELLY, le Premier Ministre Laurent Salvador LAMOTHE et le Gouvernement pendant ces deux dernières années, éclaboussent l’image et la dignité de Peuple Haïtien, et mettent la Nation en péril ;
CONSIDERANT les recommandations du Rapport de la Commission d’enquête de la Chambre des Députés sur le dossier du Juge Jean Serge JOSEPH demandant à l’Assemblée des Députés, entre autres, de mettre en accusation le chef de l’Etat, le Premier ministre et le ministre de la Justice pour parjure, crime contre la Constitution et abus de pouvoir ;
CONSIDERANT les recommandations du Rapport de la Commission d’enquête du Sénat sur le dossier du Juge Jean Serge JOSEPH demandant à la Chambre des Députés de prendre toutes les dispositions que de droit aux fins de :
a) Constater l’immixtion du Chef de l’Etat, du Premier Ministre et du Ministre de la justice dans l’exercice souverain du Pouvoir Judiciaire aux fins d’obtenir que des décisions de justice soient prises en leur faveur ;
b) Déclarer le caractère parjure de ces autorités du Pouvoir Exécutif qui ont tous nié leur participation à la réunion du 11 juillet 2013 alors que l’enquête confirme leur participation effective à ladite rencontre ;
c) Constater la trahison du Chef de l’Etat qui avait juré de faire respecter la Constitution et les lois de la République ;
d) Mettre en accusation le Chef de l’Etat pour crime de haute trahison ;
CONSIDERANT les dispositions de l’article 186 de la Constitution qui dispose:
« La Chambre des Députés, à la majorité des deux tiers (2/3) de ses membres, prononce la mise en accusation:
a) du Président de la République pour crime de haute trahison ou tout autre crime ou délit commis dans l'exercice de ses fonctions;
b) du Premier Ministre, des Ministres et des Secrétaires d'Etat pour crimes de haute trahison et de malversations, ou d'excès de Pouvoir ou tous autres crimes ou délits commis dans l'exercice de leurs fonctions;
c) des membres du Conseil Electoral Permanent et ceux de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif pour fautes graves commises dans l'exercice de leurs fonctions;
d) des juges et officiers du Ministère Public près de la Cour de Cassation pour forfaiture;
e) du Protecteur du citoyen » ;
CONSIDERANT que la Défense Suprême des Intérêts Supérieurs de la Nation commande à l’Assemblée des Députés d’exercer pleinement et souverainement ses Attributions Constitutionnelles ;
Nous, Députés signataires de la Présente, DEMANDONS formellement :
Article 1.- La mise en accusation, à prononcer par la Chambre des Députés, du Chef de l’Etat Joseph Michel MARTELLY, du Premier ministre Laurent Salvador Lamothe et du ministre de la Justice et de la Sécurité publique Jean Renel Sanon, pour parjure, violations systématiques de la Constitution, abus de pouvoir, empiétement dans le champ d’action souveraine du Pouvoir Judiciaire, crimes contre la Constitution, donc pour Crimes de Haute Trahison, tel que démontré plus haut tout en exhortant ladite Chambre à assumer, en cette heure si sombre, ses responsabilités historiques.
Article 2.- La destitution du Président de la République ainsi que le renvoi du Premier ministre et du Ministre de la Justice et de la Sécurité publique à prononcer par la Haute Cour de Justice.
Article 3.- Le remplacement du Président de la République suivant la forme prévue par la Constitution ; la nomination et la mise en place d’un nouveau Gouvernement.
Article 4.- L’envoi de l’acte d’accusation au Président de la République, au Premier ministre, au ministre de la Justice, au Sénat de la République, à la Cour de Cassation et au Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire.
Article 5.- Une large publication de l’acte d’accusation par les Présidents des deux Chambres.
Fait à Port-au-Prince, le 06 août 2013.
Suivent les signatures :
1.- Député Levaillant Louis Jeune
2.- Député Sadrac Dieudonné
3.- Député Jean Danton Léger
4.- Député Jacinthe Sorel
5.- Député Patrick Joseph
6.- Député Arnel Bélizaire
7.- Député Dorgil Jusclaire
8.- Député Jules Lionel Anélus
9.- Député Faustin Poly
10.-Députée Guerda B. Benjamin
11.-Député Dieujuste Johnson
12.-Député Denius Francenet
13.-Député Sinal Bertrand
mardi 27 août 2013
SI J'AI PECHE, PARDONNEZ-MOI SEIGNEUR... - PAR MICHAELLE JEAN
Si j'ai péché, pardonnez-moi Seigneur... Texte de Michaelle Jean - Le sous-développement d’Haïti est tellement évident qu’on lui conteste son épithète de Tiers-Monde pour le ranger de préférence dans la catégorie des pays du Quart-Monde c’est à dire parmi les pays les plus pauvres du Monde. Pourtant par un curieux paradoxe, Haïti est l’un des plus grands exportateurs de matière grise proportionnellement à la taille de sa population. Nos techniciens brillent dans les plus grandes Universités du Monde comme professeurs, chercheurs. etc. Ils occupent des positions d’avant-garde dans les Organisations Internationales,
les Services Gouvernementaux des pays étrangers et dans certaines Entreprises Privées Internationales. Ils s’acquittent de leurs responsabilités avec brio et se distinguent par l’éminence de leur personnalité sans avoir besoin de s’agenouiller au pied d’un quelconque baron de la politique. Ils se font apprécier de tous par l’excellence de leurs services. -
Michaelle Jean Gouverneure Générale du Canada -
L’éventail des compétences de la diaspora haitienne est vraiment large et la gamme très variée. Nous comptons des Docteurs ès lettres, ès sciences politiques, ès sciences économiques, des Docteurs en droit, sociologie, médecine, des ingénieurs en Agronomie, Génie, Electricité, Electronique, Mécanique, Electro-mécanique, Communication, Géologie, Environnement, des Gestionnaires, des Administrateurs, des Comptables agréés, d’élégants Diplomates qui ont déjà fait l’honneur de la Chancellerie Haitienne par la finesse de leur touche, des Infirmières chevronnées qui performent dans les Hopitaux en Amérique et en Europe, des Travailleurs Sociaux qualifiés etc.. Dans une levée de boucliers de la diaspora haïtienne des USA, du Canada, de la France etc. Haïti pourrait bénéficier d’un apport substantiel et appréciable de ses fils et de ses filles, mais à certaines conditions.-
*Dr Jean Claude Fouron
Dr Jean Claude Fouron, Haitien d'origine, cardiologue émérite , chercheur et professeur titulaire au Département de Pédiatrie de l'Université de Montréal a reçu le Prix québécois de la citoyenneté , le 11 mai à la salle du Conseil Législatif à l’hôtel du Parlement* D’un côté certains techniciens qui vivent à l’étranger doivent se dépouiller de leurs complexes. Souvent ils débarquent en Haïti, comme en pays conquis, avec la tête enflée, trop fier de leur diplôme universitaire et de leurs expériences étrangères. Ils sont trop exigeants et souvent méprisent leurs homologues haïtiens qui, déjà sur place, connaissent les aspérités de la
topographie du milieu de travail. En conséquence, ils peuvent aussi apprécier mieux qu’eux l’application de certaines données ou l’adéquation de certains concepts. Souvent certains collaborateurs frustrés leur glissent des pelures de banane pour causer leurs échecs.
*Ralph Gilles*
Ralph Gilles fierté de la communauté haïtienne en Amérique du nord, aux USA comme au Canada, un designer automobile américain, vice-président de Jeep & Truck design chez Chrysler Group. Gilles est devenu célèbre pour avoir dessiné la Chrysler 300 en 2005 (ci-contre). *Chrysler 300 dessiné par Ralph Gilles*
De l’autre côté, en Haïti on manifeste une certaine répulsion envers les Cadres Etrangers. D’où l’épithète odieuse de "diaspora" sous laquelle on les désigne. Vue l’étroitesse du Marché du Travail haïtien on les considère comme des concurrents qu’il faut à tout prix éliminer. Déjà l’insécurité qui sévit en Haiti fait l’objet d’une grande peur chez les Haïtiens et les Haïtiennes vivant à l’étranger. De plus , compte tenu de la rareté des compétences à l’échelle gouvernementale, les Centres de décisions politiques manifestent une grande réticence et même une certaine crainte envers les éléments de la diaspora dont l’éclat ternit leur rayonnement. Dans une telle conjoncture, la colloboration est éprouvante et la forfaiture inévitable. Ce système d'abat-jour tend à faire briller les faibles lumières de certains acrobates de l'administration haïtienne et justifier l'ascension des hommes politiques de paille.
*Patrick Gaspard*, *un Haïtien a la Maison Blanche*
- President Obama's Political Director* -
- Service Employees International Union local *
En attendant, certains techniciens se portent très bien sur leurs terres d’accueil. Leurs familles sont bien implantées dans le milieu. Donc bon nombre d"entre eux ne retourneront plus en Haiti, en dépit de leur nostalgie. De zélés patriotes, bravant certains dangers, n’ont pas tardé à cracher leur grande déception. Les conditions de travail ne sont pas satisfaisantes et les commodités de la vie courante manquent. Sans le respect, sans eau courante ni électricité et un climat d’insécurité ahurissant, il faudrait à la fois du fiel et du corazòn. Par ailleurs les
interférences de la militance politique sont incompatibles avec les décisions scientifiques et les applications techniques. En Haiti les désirs les plus fantaisistes et les plus irrationnels du Chef sont des ordres. L’empiètement des profanes qui, par un heureux hasard détiennent les leviers du pouvoir, n’est pas acceptable et jure avec le code d’éthique. Ce conflit peut conduire à la révocation arbitraire de l’intervenant qui est obligé de retourner à l’étranger et repartir à zéro.
*Dumarsais Siméus*
Dumarsais Siméus , paysan de Pont Sondé -
Industriel implanté à Mansfield, Texas, USA -
Certains hommes d"affaires haïtiens réussissent très bien à l’étranger. Nous pouvons citer l’exemple de Thomas Désulmé dans l’industrie hotelière à Kingston, Jamaïque où il est mort. Dumarsais Siméus, actuellement fait preuve d’une capacité entrepreneuriale extraordinaire dans l’industrie alimentaire au Texas avec ses deux usines. En Haiti il se serait déjà heurté à la sempiternelle politique de deux camps:
- Noir/Mulâtre
-Nègre la ville/Nègre en dehors
-Estimiste/Magloiriste défavorable aux Noiristes
-Magloiriste/Duvaliériste défavorable aux Mulâtres étiquetés Camoquins
-Duvaliériste/ Lavalas Prévalas aux Noirs dénommés Macoutes
- Avec Martelly , est-ce que çà va changer? Il est étonnant de constater que les paysans n'étaient pas invités au Gala Présidentiel à l'enseigne *"Réponse Paysan". *
Ces luttes politiques ne sont pas platoniques puisqu’elles se soldent souvent dans le sang. En un clin d’oeil nous avons vu disparaitre, un lundi à Jérémie en 1969 le Magasin et les maisons d'habitation de Pierre Sansaricq à la Place Dumas, la Boulangerie de Louis Droin à la Rue Sténio Vincent et les résidences des familles Vildroin à Bordes. Depuis lors la ville de Jérémie ne s'est pas réveillée de sa léthargie.
- Marcel Numas et Milou Droin attachés à un poteau pour être exécutés -
- Mr et Mme Pierre Sansaricq Adrien Sansaricq* et d'autres membres de leurs familles ont été fusillés. -
Les mêmes scénarios sont répétés à diverses époques de notre histoire dans d’autres villes d’Haiti. Selon Michèle Montas de Radio Haiti Inter, au cours du mois d’octobre 1999, 40 commerçants haïtiens ont dû fermer boutique et laisser le pays. Le 17 octobre 1999, Georges et Serge Brierre, deux commerçants de la Place, ont été abattus par des zenglendos. Notons que la plupart des crimes sont le plus souvent commandités par des concurrents ambitieux pour se procurer une plus grande part de marché.
*Dany Laferrière* -
Dany Laferrière, un écrivain haitien vivant au Canada. L'encre de sa plume est indélebile*
Inviter la Diaspora Haïtienne à participer au développement économique et social d’Haiti est une initiative très louable. Cependant il faut passer de l’esthétique émotionnelle au pragmatisme rationnel. Pour libérer le potentiel tiel haïtien étranger et bénéficier de ses connaissances scientifiques et de sa vocation entrepreneuriale il faut:
- une politique de performance globale c’est à dire axée sur la compétence non sur la militance, excluant la couleur de la peau, le népotisme des clubs d'amis,
- un régime de libre entreprise encouragé par un état organisateur mais non une bourgeoisie mafieuse qui finance les élections pour avoir l’aval du pouvoir afin d'échapper au filet du fisc et importer des produits alimentaires qui concurrencent la production nationale.
*Dr Samuel Pierre*
Dr Samuel Pierre un savant originaire d'Haïti-Membre de l'Académie Canadienne du Génie-Maitre de Thèse Université Paris -7-Ecole Polytechnique de Lausanne-Auteur de plusieurs ouvrages scientifiques
Les faux remèdes, les médecines jalapes proposés par les charlatans gynécologues qui ont accouché, tout au cours de notre histoire, les dictatures populistes et sanguinaires ne font qu’aiguiser les ridicules antagonismes de classe basés sur la couleur de la peau et accentuer le sous-développement d’Haiti. Personne ne détient le monopole de la violence. Est-il possible pour un membre de la Diaspora de laisser un environnement stable et sécuritaire pour s’exposer aux caprices des dieux de la politique haïtienne associés à des hommes d’affaires cupides et sans scrupule. Les dirigeants haïtiens, dans leur appel insistant à la diaspora, ne doit pas seulement poser comme appât, la double nationalité. Ils doivent offrir des garanties en aménageant un climat de sécurité non seulement pour les têtes calées mais surtout pour les têtes bien faites. La couleur de la peau n’est pas un critère de compétence ni de supériorité raciale. Pourtant
en Haïti, mine de rien, ce clientélisme, de nature purement épidermique, sert encore de carte de visite. En Haïti, le développement économique et la paix sociale doivent être inaugurés sous le signe de la méritocratie. -
En posant les conditions de participation de la diaspora à la modernisation d’Haïti, si j’ai péché, pardonnez-moi Seigneur
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