Haiti : La question de la double nationalité et les perspectives d’avenir
samedi 15 mars 2008
Débat
Par Michel Julien [1]
Soumis à AlterPresse le 12 mars 2008
Depuis quelques mois, les nouvelles d’Haïti font état de grandes difficultés qui semblent, de plus en plus, ébranler la confiance de nombreux citoyens de toutes les couches sociales du pays. La hausse des prix de nombreux produits alimentaires ainsi que du prix du carburant ajoutée au chômage chronique, ne manque pas de compliquer l’existence de nos compatriotes. Nos frères et soeurs, en tant que consommateurs, ne savent plus comment joindre les deux bouts. Les dirigeants politiques, face à cette situation, ont dû annoncer divers programmes afin de contrer la hausse du coût de la vie et de faciliter le quotidien de la population.
Certains peuvent estimer l’intervention gouvernementale trop tardive ou même se plaindre de l’inadéquation de certaines des mesures prises, d’autres peuvent se sentir offensés par certains discours trop directs ; n’empêche que le gouvernement n’est pas resté insensible et inactif devant la détérioration du pouvoir d’achat des consommateurs, puisqu’il est entrain d’adopter diverses mesures pour essayer de réduire les effets du chômage et de la hausse des prix.
Mais, tandis que l’exécutif se débat pour trouver des solutions aux difficultés du pays, car il faut bien en convenir, à moins de se faire des illusions, de la complexité de la crise haïtienne. Alors que de partout, des cris s’élèvent pour que des actions encore plus vigoureuses soient entreprises en vue de sortir Haïti de cette situation désespérante. Alors que de nombreux compatriotes, vivant à l’extérieur du pays, se dévouent et cherchent, par tous les moyens, à soutenir ceux de l’intérieur, n’est-il pas étonnant que la question de la double nationalité revienne avec autant de force dans l’actualité.
Le moment est-il vraiment bien choisi pour faire de cette question une priorité ? En outre, la façon et surtout les raisons pour lesquelles elle a été abordée ne risquent-elles pas de provoquer des divisions au sein des Haïtiens, au moment où l’union s’avèrerait indispensable ? En fait, quel message veulent lancer ces parlementaires, qui ont soulevé cette question, aux Haïtiens de la diaspora et ne craignent-ils pas un effet boomerang ? Si ces parlementaires ont le droit ou même le devoir de s’assurer du respect de la Constitution, ne doivent-ils pas cependant éviter de laisser croire à une chasse aux sorcières, avec seul objectif de se débarrasser de ces « faux Haïtiens » qui cherchent à envahir le pays ?
En vérité, est-il possible, dans la conjoncture, que le débat sur la double nationalité occupe, en ce moment, une si grande place dans le travail parlementaire ? Devant l’urgence et la complexité de la situation générale du pays, des représentants du peuple ne devraient-ils pas plutôt se pencher sur les moyens de créer des entreprises et des emplois, de dôter le pays d’infrastructures de base comme l’électricité, des routes praticables, des systèmes téléphoniques adéquats ? N’est-il pas beaucoup plus urgent de se pencher sur les problèmes agricoles alors que le pays n’arrive plus à nourrir sa population, d’étudier les moyens d’améliorer les systèmes scolaire et de santé ? N’y a-t-il pas d’autres sujets nettement plus préoccupants, comme le contrôle des prix, la sécurité des citoyens qui devraient retenir leur attention et faire l’objet de débats sérieux ?
En attendant d’obtenir leurs réponses, examinons rapidement les raisons qui nous poussent à attirer l’attention sur les risques inhérents à cette question de la double nationalité, telle qu’elle a été lancée. Peut-être, comprendrions-nous mieux, par la suite, pourquoi cette question mérite d’être traîtée, à la fois, avec délicatesse, objectivité et beaucoup de sagesse. Une telle démarche nous permettra probablement d’éviter des erreurs préjudiciables à la nation haïtienne qui, plus que jamais, a besoin de toutes ses filles et de tous ses fils.
L’approche utilisée, ces dernières semaines, par certains parlementaires comporte, à court terme , mais surtout à moyen et long terme, de grands risques pour notre pays. Tenant compte du contexte historique et politique qui prévalait au moment de la rédaction des textes constitutionnels de 1987, avec le recul, notre communauté nationale ne conviendrait-elle pas de la nécessité, voire de l’urgence de dégager maintenant un consensus afin de reviser cette Constitution pour la débarrasser de toute forme d’émotivité. N’est-il pas de l’intérêt national d’éviter ces distinctions qui créent plusieurs catégories d’Haïtiens et qui peuvent provoquer une rupture brutale entre elles ? Le pays ne confronte-t-il pas déjà assez de problèmes difficiles pour éviter d’en ajouter ? Cette question de la double nationalité, entre autres, doit donc être rigoureusement étudiée avant toute décision et la prudence doit être de mise dans toute démarche visant à amender la Constitution de 1987 malgré ses lacunes. Car, il faut bien reconnaître qu’elle ne reflète pas très bien la culture haïtienne en proposant un régime hybride et en ne tenant pas, non plus, vraiment compte de la situation économique du pays à cause de la fréquence et de la multiplicité des élections qu’elle prévoit et des sommes élevées que l’Etat doit allouer à leur organisation aux dépens de projets à caractère social. Ces motifs, à notre avis, suffisent pour justifier des amendements à l’actuelle Constitution..
Mais, laissons-nous faire ressortir d’autres raisons qui plaident non seulement en faveur de l’amendement constitutionnel mais qui nous font aussi mieux apprécier certains blocages qui découlent du statu quo. C’est en référence à l’article 15 de la Constitution de 1987 que les candidatures de plusieurs Haïtiens provenant de la diaspora ont été empêchées lors des élections générales de 2006. C’est en référence à ce même article que, de nouveau, ces dernières semaines, certains parlementaires interpellent des serviteurs de l’Etat - ministres, sénateurs, députés - qui ont vécu à l’étranger, soupçonnés de double nationalité. Cette question soulève donc de multiples problèmes. Comment la traîter ?
Une analyse objective de la situation nationale démontrerait rapidement combien une telle disposition constitutionnelle va à l’encontre des intérêts du peuple haïtien. En effet, l’article 15 nous engage dans une voie contraire à celle qu’empruntent, de nos jours, beaucoup de pays développés. Plusieurs de ces pays, particulièrement les plus riches, cherchent, par tous les moyens, à attirer sur leur territoire les cerveaux étrangers, autrement dit la matière grise, capital important, pour les aider dans leur propre développement. Pour ces pays, la double nationalité ne constitue nullement un problème. C’est le cas du Canada, par exemple, qui a comme gouverneure générale une canado-haïtienne, Michaelle Jean, qui a été fièrement et chaleureusement reçue en Haïti. En outre, plusieurs Canadiens d’origine étrangère ont été élus députés dans diverses provinces du pays, citons-en deux d’origine haïtienne, Emmanuel Dubourg qui siège à l’Assemblée Nationale du Québec et Viviane Barbeau au Parlement du Canada. C’est également, en partie, le cas aux Etats-Unis où les immigrants naturalisés sont privés du droit d’accéder à la présidence tout en ayant celui de remplir de hautes fonctions au sein du gouvernement américain. Les exemples d’Henry Kissinger né à Nuremberg en Allemagne, de Madeleine Albrigth, née à Prague en Tchcoslovaquie, qui ont été de grands secrétaires d’Etat, sont éloquents. Actuellement, le gouverneur de la Californie est un américain d’origine autrichienne. Notre pays n’aurait-il pas aussi intérêt à faire évoluer sa Constitution en ce sens ? Rendons hommages au Président de la République, M. René Préval, qui a fait preuve de vision en prônant, dès les lendemains de son élection, l’amendement de la Constitution de 1987, en vue d’y apporter les corrections nécessaires. En dépit des tiraillements, il doit maintenir le cap, la grandeur du geste n’échappera pas aux générations futures.
Tôt ou tard, les Haïtiens devront faire preuve de réalisme et amender l’actuelle Constitution. Il faut espérer, que de leur réflexion, découlent des décisions objectives et mûries, particulièrement sur le sort réservé à leurs compatriotes qui ont, pour toutes sortes de raisons, quitté le pays et qui, sans nécessairement renoncer à la nationalité haïtienne, ont acquis d’autres nationalités pour assurer leur avenir. Nos dirigeants politiques doivent donc faire preuve de leadership et choisir le moment idéal pour inviter la nation à réfléchir sérieusement sur les changements qui s’imposent en vue d’améliorer la gouvernance du pays et ses possibilités de développement. Un grand débat démocratique sur les vraies questions est nécessaire pour permettre de dégager un consensus national sur les amendements souhaitables. Afin de faire de ce débat un moment historique, il faut que tous s’élèvent au-dessus des intérêts personnels et partisans pour traiter les vraies questions dans l’intérêt général. Mais alors, quelles sont les vraies questions qui méritent l’attention ? Elles concernent plusieurs articles de la Constitution et traîtent de sujets divers. Plusieurs crises politiques des vingt dernières années sont en rapport direct avec certains articles de la Constitution de 1987 et un simple rappel des faits fera ressortir les questions qui les sous tendaient. Dans notre papier cependant, nous souhaitons nous limiter à celles qui découlent de l’article 15 de la Constitution et qui préoccupent davantage la diaspora en ce moment. Nous en retenons particulièrement cinq auxquelles la nation haïtienne devra répondre avec objectivité et ouverture d’esprit.
1)D’abord, avec le recul, notre nation est-elle prête à reconnaître à tous les Haïtiens indistinctement les mêmes droits ? 2) Les dirigeants Haïtiens comptent-ils mettre à profit ce capital que constitue la matière grise haïtienne de la diaspora dans le redressement du pays ? 3) De quelle façon la nation haïtienne compte-t-elle assurer la continuité des liens avec les descendants, nés à l’étranger, de ces Haïtiens qui ont quitté le pays dans les années 60 ? 4) Le pays peut-il se passer de l’apport financier récurrent ( plus d’un milliard de dollars annuellement) de sa diaspora ? 5) Enfin, le développement régional n’a-t-il pas plus de chance de réussir avec la réintégration des Haïtiens de la diaspora qui souhaitent retourner dans leur localité d’origine respective ?
C’est en réfléchissant sérieusement sur ces questions que notre communauté nationale réalisera combien il est important d’aborder la question de la double nationalité avec beaucoup de tact et d’ouverture. Après vingt ans d’application de la Constitution de 1987, la société haïtienne doit s’interroger sur ses limites, réfléchir sur leurs conséquences et s’engager fermement à faire les amendements nécessaires pour faciliter la gestion de l’Etat. La raison doit donc prévaloir pour que ces changements se fassent en tenant essentiellement compte de l’intérêt national.
La recherche de cohésion sociale doit aussi constituer une priorité pour les dirigeants du pays. Car, en ce moment, il n’est pas exagéré de parler d’un certain émoi dans divers milieux de la diaspora, suite aux récentes interpellations et vérifications d’identités des derniers jours, entamées par quelques parlementaires à l’encontre de certains compatriotes. Plusieurs Haïtiens s’interrogent sur la place qui leur est réservée en Haïti et n’hésitent pas à parler de chasse aux sorcières injustifiée. La plus grande prudence s’impose dans ce dossier. Et, ces écrits n’ont d’autres buts que de sensibiliser nos représentants et nos dirigeants à cette situation. Ils auront besoin de beaucoup d’écoute et de bons conseils. C’est dans cet esprit, que nous nous permettons d’exprimer, en attendant d’autres points de vue, notre opinion sur les questions précédemment soulevées.
Une des meilleures façons de répondre objectivement à la question principale qui porte sur la reconnaissance de tous les droits des Haïtiens de la diaspora est de procéder à une analyse comparative des avantages et désavantages qui en découlent. Mais, les limites d’un article ne nous permettent pas d’être exhaustif. Aussi, nous intéresserons-nous à souligner très simplement et seulement quelques avantages qui nous semblent incontestables. Les désavantages, de toutes les façons, ne sont pas significatifs.
1)La démographie du pays indique une population plutôt jeune. Le départ massif de nombreux intellectuels et de techniciens dans les années soixante a laissé un vide. Le retour des aînés permettra de faire le lien entre l’ancienne génération et la nouvelle qui constitue l’avenir du pays. De plus, ces membres de la diaspora augmenteront le nombre de compatriotes pouvant servir de modèles dans le pays.
2)Nombreux Haïtiens de la diaspora apporteront un savoir et un savoir faire qu’ils pourront transmettre immédiatement aux plus jeunes. En fait, la matière grise Haïtienne, capital inestimable, contribuera à activer la reconstruction nationale. Ces revenants de la diaspora viendront en renfort aux éducateurs, aux techniciens, aux professionnels restés dans le pays et qui travaillent déjà avec beaucoup d’acharnement à sa sauvegarde. Grâce à cette synergie, le pays pourra former rapidement les ressources humaines nécessaires à sa relève.
3)Enfin, ces Haïtiens de la diaspora qui regagneront la terre natale seront, pour leur localité respective, de précieux agents de changement. Leur présence provoquera une certaine activité économique et contribuera au développement des zones où ils seront installés. Ils seront de bons consommateurs, des investisseurs potentiels voire même de bons entrepreneurs ou travailleurs.
La réintégration des Haïtiens de la diaspora comporte à long terme d’autres avantages significatifs. En effet, qu’adviendra-t-il des descendants de la diaspora haïtienne, nés à l’étranger qui n’ont pas encore eu la chance de tisser des liens affectifs avec la patrie de leurs parents ? Le retour de ces derniers en Haïti est le meilleur moyen de corriger la situation. Les enfants, lors des visites de leurs parents, trouveront l’occasion de découvrir le charme du pays et de s’y attacher. Les méfaits de certaines informations et de certaines images dégradantes du pays rapportées par les média, seront relativisés. De voyage en voyage, la nouvelle génération pourra développer des liens plus étroits avec Haïti, ce qui favorisera à long terme la continuité de l’aide de la diaspora. Cet aspect a une incidence économique importante, car le pays n’a pas les moyens de se passer des tranferts de la diaspora qui comblent une partie significative des besoins de nombreux parents. Qu’on le veuille ou non, la probabilité de maintenir ces tranferts d’argent vers Haïti augmente avec la réinstallation des parents retraités en Haïti. Un grand nombre d’entre eux conditionnent cependant leur retour à la pleine reconnaissance de leurs droits. Que faire ?
D’autres motifs encore plus importants jouent en faveur de la reconnaissance des droits des Haïtiens de la diaspora et méritent l’attention. Au cours des cinquante dernières années, Haïti est l’un des pays à avoir subi un fort taux d’émigration, surtout pour ce qui concerne sa classe moyenne. Ainsi, le pays a été privé de précieuses ressources humaines, de sa force motrice avec le départ d’innombrables techniciens et de professionnels de toutes sortes tels par exemple, des enseignants, des médecins, des infirmières, des hommes et femmes d’affaires. Il s’est donc créé un vide tant sur le plan démographique, social et économique. En effet, la classe moyenne , dans tous les pays, est celle qui fournit le plus haut taux de main d’oeuvre qualifiée tant au secteur privé qu’au secteur public. C’est elle qui procure généralement à l’Etat, la plus grande part de ses recettes fiscales. L’absence de la classe moyenne pour faire le pont entre la classe la plus riche et la moins favorisée, dans le cas d’Haïti, a eu pour conséquence directe, la désorganisation économique et sociale d’où l’affaiblissement progressif de l’Etat.
Pour ces raisons, une fois adopté un cadre légal approprié à la situstion, les dirigeants doivent, autant que possible, faire appel aux Haïtiens naturalisés de la diaspora pour rapidement reconstituer la classe moyenne haïtienne afin de combler le vide actuel. C’est une condition sine qua non si nous voulons réellement renverser la situation dans des délais raisonnables. Cette solution sera avantageuse pour toute la communauté nationale. Les élites autant que le peuple y trouveront leur compte. La solution à la crise haïtienne passe par la croissance, -augmentation de la richesse nationale- en même temps qu’un partage plus équitable. Cela n’est possible que dans la mesure où le pays arrive à se dôter de nouvelles structures sociales, politiques et économiques. La contribution de la diaspora semble incontournable. C’est faire preuve de sagesse et d’objectivité que de le reconnaître.
Les besoins sont immenses. l’Etat haïtien doit donc convier indistinctement tous les Haïtiens à un urgent coumbite national. Il faut constituer une meilleure fonction publique, un meilleur système d’éducation et de santé, développer le secteur économique, d’où le besoin de cadres, de professionnels et de techniciens divers : enseignants, médecins, infirmières, ingénieurs, agronomes, sociologues, économistes, avocats, informaticiens ou électroniciens, plombiers, électriciens, maçons , etc. Haïti est chanceuse de disposer d’une réserve aussi grande de compétence et d’expertise dans tous ces domaines. Ces québécois venus d’Haïti, livre récemment publié au Québec, qui ne porte que sur une infime partie de l’émigration haïtienne, en atteste. Il appartient maintenant aux dirigeants et aux leaders de prendre les bonnes décisions.
Ce sont là quelques-uns des motifs qui militent en faveur du retour en Haïti des Haïtiens de la diaspora et de la reconnaissance de leurs droits. Il est temps d’admettre que l’alliance des Haïtiens de l’intérieur avec ceux de la diaspora, naturalisés ou non, constitue la seule force pouvant entraîner le pays vers un avenir meilleur. Il faut donc éviter le piège de la discrimination et consentir des droits égaux à tous les Haïtiens. L’avenir du pays en dépend.
Amender la Constitution de 1987 devient de plus en plus impératif pour permettre de régler, une fois pour toute, la question de la double nationalité ainsi que celles portant sur la gouvernance et sur l’organisation des élections. Car Haïti ne peut se permettre d’investir aussi souvent de si fortes sommes dans des élections alors qu’il y a tant de besoins sociaux urgents à combler. Par ailleurs, il faut bien admettre qu’ un pays qui ne peut assumer les coûts de ses propres élections peut difficilement défendre son indépendance.
En terminant, il est souhaitable que nos dirigeants et nos leaders réfléchissent à la portée de leurs gestes en ce moment, car le pays a besoin de stabilité politique, économique et sociale et certains messages d’exclusion qui circulent, en ce moment, ne font que maintenir des incertitudes. Il faut surtout éviter de lancer des messages négatifs vis à vis des citoyens de la diaspora. Convenons que nous sommes tous des HAITIENS.
Je me réjouis, à la toute fin, des résultats du vote sur la motion de confiance envers le Premier Ministre haïtien. De nombreux parlementaires avec à leur tête, le président du Sénat, ont bien saisi l’importance de ce vote. Par ailleurs, divers groupes plaident en faveur d’un remaniement ministériel. Sans porter atteinte aux prérogatives de l’exécutif, il y a lieu de s’interroger sur sa pertinence , maintenant que les Ministres du Gouvernement ont acquis une certaine expérience et maîtrisent mieux leurs dossiers. Pourquoi alors ne pas les maintenir, autant que possible, en poste surtout s’ils ont atteint les objectifs fixés. Haïti ne peut se payer le luxe d’une nouvelle crise politique. Ses impacts seraient catastrophiques. Certes, si les circonstances l’exigent, tout citoyen a le devoir de réagir, mais de préférence, en faisant des critiques constructives. Car, la situation est complexe et les moyens limités. La conjoncture exige donc un front commun de tous les Haïtiens autour d’un projet de pays.
Contact « vegamic@hotmail.com
[1] Consultant senior en développement économique
samedi 15 mars 2008
jeudi 13 mars 2008
REPENSER HAITI AVEC LA JEUNESSE HAITIENNE
Haïti/ Canada : Lancement du projet « Repenser Haïti avec la jeunesse haïtienne »
mercredi 12 mars 2008
Par Cindy Drogue
P-au-P., 12 mars. 08 [AlterPresse] --- L’Association des Ingénieurs et Scientifiques Haïtiano-Canadiens (AIHC) lancera, Le 15 mars 2008, un projet inédit de visioconférences entre Haïti et sa diaspora (canadienne).
D’après le document de référence, le projet consiste à organiser et diffuser 10 visioconférences entre Montréal, Port-au-Prince et différentes villes de provinces ( Hinche et Jacmel pour la première conférence), sous le thème générique « Repenser Haïti avec la jeunesse haïtienne ».
L’hôte des visioconférences à Port-au-Prince sera la Faculté des Sciences de l’Université d’Etat d’Haïti et l’École de Polytechnique de l’Université de Montréal au Cananda.
AlterPresse a interrogé (par tchat) la coordonnatrice du projet, la journaliste Nancy Roc.
AlterPresse : Pouvez-vous nous préciser ce qui vous a motivé dans la conception de ce projet ?
Nancy Roc : D’abord, depuis mon arrivée au Québec, je me suis rendue compte de l’importance du rôle que peut jouer la diaspora en particulier à Montréal qui est un véritable « trésor de cerveaux » ; ceci, malgré une absence de vision gouvernementale sur l’apport concret de la diaspora au-delà des limites de la Constitution.
De plus, suite au dernier concert de Wyclef Jean à Port au Prince, j’ai constaté que les 100.00 jeunes présents ont chanté en anglais pendant deux heures de temps...dans un pays soit-disant à 60% d’analphabètes et je me suis rendue compte que l’on ne connaissait sans doute pas la jeunesse haïtienne aujourd’hui dans ses véritables composantes.
De ce constat, j’ai proposé cette idée de mieux explorer les donnes de la jeunesse au professeur Samuel Pierre qui a poursuivi l’idée en me proposant de mettre sur pied une série de visioconférences.
Apr : Avez-vous rencontré des obstacles dans l’élaboration du projet ?
N. Roc : Pour réaliser ce projet, l’Association des Ingénieurs et Scientifiques Haïtiano-Canadiens (AIHC) a du mettre sur pied un Comité de Coordination International, un Comité de Pilotage National ainsi que des comités locaux d’organisation dans chaque ville de province.
Les organisateurs de l’événement du 15 mars prochain ont dû faire preuve d’une détermination et d’une persévérance exemplaires pour pouvoir lancer le projet de ces visioconférences. En effet, ils ont fait face à de nombreux obstacles pour arriver à leur but : des obstacles d’ordre sociologique, des obstacles technologiques et financiers.
Pour l’ingénieur et Professeur Raymond Noël, président du Comité National de Pilotage, les obstacles sociologiques, qui selon lui ont été les plus importants « renvoient au scepticisme grandissant dans notre société, qui s’enferme hélas trop dans une culture de l’échec. Les réflexes qui s’en dégagent laissent peu de place à l’imagination, aux idées nouvelles, et bien entendu au goût du risque. Dans un tel contexte, la mobilisation de partenaires institutionnels et individuels est loin d’être aisée ».
D’autre part, dans un pays connu pour sa déficience en infrastructures, la mise en œuvre du projet comme prévu, dans les différentes villes ciblées, a vite fait face aux déficiences du pays en matière de pénétration des technologies de l’information : absence de fournisseurs d’accès Internet dans des villes, mauvaise qualité ou inexistence du signal de la TNH dans d’autres, indisponibilité de terminaux de visioconférence, limitation du réseau téléphonique, insuffisance du débit du signal Internet pour la visioconférence, etc.
Selon M. Raymond Noël, cela a amené dans un premier temps à réduire le nombre de villes participantes et risque de compromettre l’extension des visioconférences dans les provinces.
Toutefois, les organisateurs restent optimistes car pour le Professeur Samuel Pierre, « cette expérience unique qui consiste à mettre en situation de dialogue différentes villes du pays et un segment de la diaspora, par l’intermédiaire de ces technologies, constitue une démonstration éloquente de ce que le pays pourrait faire en termes de pratique démocratique (e-democracy), de formation à distance (e-learning), de commerce électronique (e-commerce), de télétravail et de télésanté.
Apr : Les jeunes qui auront la parole pendant les conférences, comment ont-ils été "choisis" ?
N. Roc : en demandant aux nombreuses organisations de jeunes à Montréal aussi bien qu’en Haïti de participer et de choisir des intervenants. Nous avons fait des partenariats avec de nombreuses associations de jeunes parmi lesquelles : l’Association Haïtienne pour le développement des TIC (AHTIC), Jeune Haïti / Fondation Espoir, l’École Supérieure d’Infotronic d’Haïti (ESIH), FOKAL, Réseau Citadelle- Cap Haïtien, IDEJEN, Jeunes unis pour la protection de l’environnement et le développement (JUPED), Mouvement Paysans Papaye (MPP) de Hinche.
A Montréal il y aura les jeunes de la Chaire de recherche industrielle en systèmes réseautiques mobiles de prochaines générations de l’École Polytechnique de l’Université de Montréal, de la Fondation Québec-Haïti pour une scolarisation universelle de qualité (QHASUQ), de la Fondation Canado-Haïtienne pour la promotion de l’excellence en éducation (FOCHAPEE), de la Jeune Chambre de Commerce Haïtienne et de la Maison d’Haïti. La visoconférence aura lieu à l’École de polytechnique de l’Université de Montréal et nous n’avons plus une place qui nous reste.
Apr : Pouvez-vous nous donner une idée du nombre de jeunes que vous envisagez de toucher ?
N. Roc : Pour la première visioconférence, nous allons toucher ( en transmission direct par satellite) 1.000 jeunes ( mille) : 200 à la Faculté des Sciences, 200 à Jacmel à travers l’Alliance française et 600 à Hinche. Le MPP a fait un travail extraordinaire de mobilisation pour ce projet. C’est ce que nous voulions car il faut que les villes s’approprient le projet pour être sélectionnées. Nous appelons à la participation et non à assister la population.
Le but principal de ce projet étant de donner la parole aux jeunes haitiens, les écouter et receuillir leurs revendications et idées dans une banque de données. À cet effet, il y aura aussi la tenue d’ateliers de travail dans chaque ville après les conférences et les comité locaux d’organisation (CLO) nous transmettront les travaux, ceux-ci seront analysés et ensuite distribuer à la presse à la fin de l’année.
Nous espérons que la réussite de cette première visioconférence encouragera d’autres partenaires à nous rejoindre, en particulier la communauté internationale qui n’a pas répondu à l’appel, sauf pour le PNUD et le Ministère des Relations Extérieures du Québec.
Apr : A ce propos, quels sont les bailleurs du projet ?
N. Roc : Le CONATEL, le Ministère de l’Éducation et de la Formation Professionnelle (MENFP), le Ministère des Haïtiens vivant à l’étranger (MHAVE), le Ministère de la Condition Féminine et aux Droits de la Femme (MCFDF), Ministère de la Santé et de la Population (MSPP)
Apr : Vous avez l’appui de nombreux médias également, c’est bien cela ?
N. Roc : Oui la presse a été formidable et nous avons l’appui de plusieurs médias dont : la Télévision Nationale d’Haïti (TNH), Télé Haïti, Télémax, Le Matin, Le Nouvelliste, Radio Métropole, Radio Vision 2000, Signal FM et Radio CKUT à Montréal avec Raymond Laurent qui nous a offert de retransmettre la visioconférence en direct sur www.ckut.ca.
La TNH s’est montrée formidable et nous tenons à remercier son directeur général, Pradel Henriquez. [1]
Apr : Quels résultats concrets attendez-vous de ce projet ?
N. Roc : L’objectif principal de ce projet est de contribuer à redonner l’espoir à une jeunesse exclue et à rendre Haïti plus attractif comme pays pour ses jeunes. Cette initiative permettra de mieux appréhender les attentes d’une jeunesse exclue des débats médiatiques et sociopolitiques autant de permettre un transfert de connaissances, à moindres coûts, vers la terre natale afin que cette génération ne soit pas sacrifiée comme les générations précédentes et qu’elle puisse avoir d’autres opportunités grâce à l’apport des TICs de l’extérieur.
Le projet « Repenser Haïti avec la jeunesse haïtienne » devrait permettre aux Haïtiens et Haïtiennes, restés au pays et dans la diaspora, de se faire une idée plus réaliste des attentes de la jeunesse haïtienne autant que de lui offrir des opportunités en matière de transferts de connaissance et de débouchés professionnels.
Nous espérons qu’un tel dispositif pourra à l’avenir servir à reconnecter le pays, dans ses composantes internes et externes, donnant ainsi corps à une « Haïti virtuel » qui déborderait le simple cadre des frontières nationales, l’Haïti du 21e siècle. Il permettrait également à ces diverses composantes de pouvoir débattre plus facilement des grands enjeux de la vie nationale, dans une quête de compréhension commune considérée comme passage obligé vers la cohésion sociale et point de départ de l’action concertée.
Nous espérons que les potentiels partenaires locaux et internationaux comprendront les enjeux inhérents à la réussite de ce projet pilote inédit. Il faut que les gens se rendent compte de l’importance du transfert des connaissances dans un pays où 83% des cadres se trouvent à l’étranger
Apr : Merci.
N. Roc : Merci beaucoup à vous et nous tenons particulièrement à remercier tous nos partenaires et invitons les autres à nous rejoindre sinon le projet ne pourra pas se poursuivre sur toute l’année. Ce serait une grande perte pour la jeunesse surtout que c’est une action civique et citoyenne et nous avons, tant à Montréal qu’à Port au Prince donné notre temps gratuitement pour ce projet.
Je tiens aussi à saluer la détermination du Professeur Samuel Pierre et celle des membres du Comité National de Pilotage sans lesquels nous aurions été découragés par la quantité d’obstacles qu’il fallait surmonter.
Apr : Merci.
La téléconférence du 15 mars sera retransmise en direct (1O h AM) sur la Télévision Nationale d’Haïti à travers le pays et sur www.ckut.ca à partir de 11hAM. Le champion du monde de boxe des super mi-moyens de la WBA, Joachim Alcine et la vedette internationale Wyclef Jean contribueront au lancement de cette première téléconférence.
Les programmes de la conférence du 15 mars et des suivantes sont disponibles sur le site du projet : http://www.haiti-quebec.ca/. [cd gp apr 12/03/2008 20:00]
[1] NDLR : AlterPresse est aussi partenaire du projet
mercredi 12 mars 2008
Par Cindy Drogue
P-au-P., 12 mars. 08 [AlterPresse] --- L’Association des Ingénieurs et Scientifiques Haïtiano-Canadiens (AIHC) lancera, Le 15 mars 2008, un projet inédit de visioconférences entre Haïti et sa diaspora (canadienne).
D’après le document de référence, le projet consiste à organiser et diffuser 10 visioconférences entre Montréal, Port-au-Prince et différentes villes de provinces ( Hinche et Jacmel pour la première conférence), sous le thème générique « Repenser Haïti avec la jeunesse haïtienne ».
L’hôte des visioconférences à Port-au-Prince sera la Faculté des Sciences de l’Université d’Etat d’Haïti et l’École de Polytechnique de l’Université de Montréal au Cananda.
AlterPresse a interrogé (par tchat) la coordonnatrice du projet, la journaliste Nancy Roc.
AlterPresse : Pouvez-vous nous préciser ce qui vous a motivé dans la conception de ce projet ?
Nancy Roc : D’abord, depuis mon arrivée au Québec, je me suis rendue compte de l’importance du rôle que peut jouer la diaspora en particulier à Montréal qui est un véritable « trésor de cerveaux » ; ceci, malgré une absence de vision gouvernementale sur l’apport concret de la diaspora au-delà des limites de la Constitution.
De plus, suite au dernier concert de Wyclef Jean à Port au Prince, j’ai constaté que les 100.00 jeunes présents ont chanté en anglais pendant deux heures de temps...dans un pays soit-disant à 60% d’analphabètes et je me suis rendue compte que l’on ne connaissait sans doute pas la jeunesse haïtienne aujourd’hui dans ses véritables composantes.
De ce constat, j’ai proposé cette idée de mieux explorer les donnes de la jeunesse au professeur Samuel Pierre qui a poursuivi l’idée en me proposant de mettre sur pied une série de visioconférences.
Apr : Avez-vous rencontré des obstacles dans l’élaboration du projet ?
N. Roc : Pour réaliser ce projet, l’Association des Ingénieurs et Scientifiques Haïtiano-Canadiens (AIHC) a du mettre sur pied un Comité de Coordination International, un Comité de Pilotage National ainsi que des comités locaux d’organisation dans chaque ville de province.
Les organisateurs de l’événement du 15 mars prochain ont dû faire preuve d’une détermination et d’une persévérance exemplaires pour pouvoir lancer le projet de ces visioconférences. En effet, ils ont fait face à de nombreux obstacles pour arriver à leur but : des obstacles d’ordre sociologique, des obstacles technologiques et financiers.
Pour l’ingénieur et Professeur Raymond Noël, président du Comité National de Pilotage, les obstacles sociologiques, qui selon lui ont été les plus importants « renvoient au scepticisme grandissant dans notre société, qui s’enferme hélas trop dans une culture de l’échec. Les réflexes qui s’en dégagent laissent peu de place à l’imagination, aux idées nouvelles, et bien entendu au goût du risque. Dans un tel contexte, la mobilisation de partenaires institutionnels et individuels est loin d’être aisée ».
D’autre part, dans un pays connu pour sa déficience en infrastructures, la mise en œuvre du projet comme prévu, dans les différentes villes ciblées, a vite fait face aux déficiences du pays en matière de pénétration des technologies de l’information : absence de fournisseurs d’accès Internet dans des villes, mauvaise qualité ou inexistence du signal de la TNH dans d’autres, indisponibilité de terminaux de visioconférence, limitation du réseau téléphonique, insuffisance du débit du signal Internet pour la visioconférence, etc.
Selon M. Raymond Noël, cela a amené dans un premier temps à réduire le nombre de villes participantes et risque de compromettre l’extension des visioconférences dans les provinces.
Toutefois, les organisateurs restent optimistes car pour le Professeur Samuel Pierre, « cette expérience unique qui consiste à mettre en situation de dialogue différentes villes du pays et un segment de la diaspora, par l’intermédiaire de ces technologies, constitue une démonstration éloquente de ce que le pays pourrait faire en termes de pratique démocratique (e-democracy), de formation à distance (e-learning), de commerce électronique (e-commerce), de télétravail et de télésanté.
Apr : Les jeunes qui auront la parole pendant les conférences, comment ont-ils été "choisis" ?
N. Roc : en demandant aux nombreuses organisations de jeunes à Montréal aussi bien qu’en Haïti de participer et de choisir des intervenants. Nous avons fait des partenariats avec de nombreuses associations de jeunes parmi lesquelles : l’Association Haïtienne pour le développement des TIC (AHTIC), Jeune Haïti / Fondation Espoir, l’École Supérieure d’Infotronic d’Haïti (ESIH), FOKAL, Réseau Citadelle- Cap Haïtien, IDEJEN, Jeunes unis pour la protection de l’environnement et le développement (JUPED), Mouvement Paysans Papaye (MPP) de Hinche.
A Montréal il y aura les jeunes de la Chaire de recherche industrielle en systèmes réseautiques mobiles de prochaines générations de l’École Polytechnique de l’Université de Montréal, de la Fondation Québec-Haïti pour une scolarisation universelle de qualité (QHASUQ), de la Fondation Canado-Haïtienne pour la promotion de l’excellence en éducation (FOCHAPEE), de la Jeune Chambre de Commerce Haïtienne et de la Maison d’Haïti. La visoconférence aura lieu à l’École de polytechnique de l’Université de Montréal et nous n’avons plus une place qui nous reste.
Apr : Pouvez-vous nous donner une idée du nombre de jeunes que vous envisagez de toucher ?
N. Roc : Pour la première visioconférence, nous allons toucher ( en transmission direct par satellite) 1.000 jeunes ( mille) : 200 à la Faculté des Sciences, 200 à Jacmel à travers l’Alliance française et 600 à Hinche. Le MPP a fait un travail extraordinaire de mobilisation pour ce projet. C’est ce que nous voulions car il faut que les villes s’approprient le projet pour être sélectionnées. Nous appelons à la participation et non à assister la population.
Le but principal de ce projet étant de donner la parole aux jeunes haitiens, les écouter et receuillir leurs revendications et idées dans une banque de données. À cet effet, il y aura aussi la tenue d’ateliers de travail dans chaque ville après les conférences et les comité locaux d’organisation (CLO) nous transmettront les travaux, ceux-ci seront analysés et ensuite distribuer à la presse à la fin de l’année.
Nous espérons que la réussite de cette première visioconférence encouragera d’autres partenaires à nous rejoindre, en particulier la communauté internationale qui n’a pas répondu à l’appel, sauf pour le PNUD et le Ministère des Relations Extérieures du Québec.
Apr : A ce propos, quels sont les bailleurs du projet ?
N. Roc : Le CONATEL, le Ministère de l’Éducation et de la Formation Professionnelle (MENFP), le Ministère des Haïtiens vivant à l’étranger (MHAVE), le Ministère de la Condition Féminine et aux Droits de la Femme (MCFDF), Ministère de la Santé et de la Population (MSPP)
Apr : Vous avez l’appui de nombreux médias également, c’est bien cela ?
N. Roc : Oui la presse a été formidable et nous avons l’appui de plusieurs médias dont : la Télévision Nationale d’Haïti (TNH), Télé Haïti, Télémax, Le Matin, Le Nouvelliste, Radio Métropole, Radio Vision 2000, Signal FM et Radio CKUT à Montréal avec Raymond Laurent qui nous a offert de retransmettre la visioconférence en direct sur www.ckut.ca.
La TNH s’est montrée formidable et nous tenons à remercier son directeur général, Pradel Henriquez. [1]
Apr : Quels résultats concrets attendez-vous de ce projet ?
N. Roc : L’objectif principal de ce projet est de contribuer à redonner l’espoir à une jeunesse exclue et à rendre Haïti plus attractif comme pays pour ses jeunes. Cette initiative permettra de mieux appréhender les attentes d’une jeunesse exclue des débats médiatiques et sociopolitiques autant de permettre un transfert de connaissances, à moindres coûts, vers la terre natale afin que cette génération ne soit pas sacrifiée comme les générations précédentes et qu’elle puisse avoir d’autres opportunités grâce à l’apport des TICs de l’extérieur.
Le projet « Repenser Haïti avec la jeunesse haïtienne » devrait permettre aux Haïtiens et Haïtiennes, restés au pays et dans la diaspora, de se faire une idée plus réaliste des attentes de la jeunesse haïtienne autant que de lui offrir des opportunités en matière de transferts de connaissance et de débouchés professionnels.
Nous espérons qu’un tel dispositif pourra à l’avenir servir à reconnecter le pays, dans ses composantes internes et externes, donnant ainsi corps à une « Haïti virtuel » qui déborderait le simple cadre des frontières nationales, l’Haïti du 21e siècle. Il permettrait également à ces diverses composantes de pouvoir débattre plus facilement des grands enjeux de la vie nationale, dans une quête de compréhension commune considérée comme passage obligé vers la cohésion sociale et point de départ de l’action concertée.
Nous espérons que les potentiels partenaires locaux et internationaux comprendront les enjeux inhérents à la réussite de ce projet pilote inédit. Il faut que les gens se rendent compte de l’importance du transfert des connaissances dans un pays où 83% des cadres se trouvent à l’étranger
Apr : Merci.
N. Roc : Merci beaucoup à vous et nous tenons particulièrement à remercier tous nos partenaires et invitons les autres à nous rejoindre sinon le projet ne pourra pas se poursuivre sur toute l’année. Ce serait une grande perte pour la jeunesse surtout que c’est une action civique et citoyenne et nous avons, tant à Montréal qu’à Port au Prince donné notre temps gratuitement pour ce projet.
Je tiens aussi à saluer la détermination du Professeur Samuel Pierre et celle des membres du Comité National de Pilotage sans lesquels nous aurions été découragés par la quantité d’obstacles qu’il fallait surmonter.
Apr : Merci.
La téléconférence du 15 mars sera retransmise en direct (1O h AM) sur la Télévision Nationale d’Haïti à travers le pays et sur www.ckut.ca à partir de 11hAM. Le champion du monde de boxe des super mi-moyens de la WBA, Joachim Alcine et la vedette internationale Wyclef Jean contribueront au lancement de cette première téléconférence.
Les programmes de la conférence du 15 mars et des suivantes sont disponibles sur le site du projet : http://www.haiti-quebec.ca/. [cd gp apr 12/03/2008 20:00]
[1] NDLR : AlterPresse est aussi partenaire du projet
dimanche 9 mars 2008
PORTRAIT D'HAITI...
Portrait d’Haïti : Deux mots sur les découvertes d’un chroniqueur canadien
samedi 8 mars 2008
Débat
Par Gary Olius
Soumis à AlterPresse le 5 mars 2008
En six jours, comme le grand Dieu qui a créé l’univers, un chroniqueur canadien croit avoir peint une image parfaite d’Haïti. J’ai examiné son chef-d’œuvre à la recherche que j’étais de cette extase que certains canado-haitiens m’ont fait part pour l’avoir eux-mêmes contemplé. Oh oui, je l’ai examiné avec ma raison tandis que d’autres – il me semble – ont été conditionnés à l’admirer ; c’est peut-être là toute la différence… J’ai passé au peigne fin le papier tel qu’il a été repris, assorti d’une introduction laudative, par un quotidien d’Haïti. Je l’ai lu, l’ai relu, j’y ai vu des vérités, des demi-vérités, des tentatives de galvaudage et j’y ai vu aussi des mensonges abjects. [1]
Ma démarche ici n’est pas pour présenter un compte-rendu de lecture de ce texte dont je ne connaîtrai jamais le vrai but, elle n’est non plus pour commenter systématiquement tout ce qui y a été relaté, elle est plutôt pour répondre à une accusation voilée du chroniqueur qui fait de l’Haïtien un menteur pathologique et aussi pour commenter son idée (…) faisant croire que l’amour de l’Haïtien pour son pays est une espèce de masturbation.
Le « savant-chroniqueur » a su faire, en six jours, ce que des spécialistes d’Haïti comme Mats Lundahl, Gérard Barthélemy, Caprio etc… n’ont pas pu faire durant toute leur carrière de chercheur. Comme par miracle, il a découvert que ‘personne ne dit la vérité dans ce foutu pays’. Cette généralisation dont lui-seul a le secret, il l’a tirée de son contact avec un certain Lenz qui sera sou peu au Canada et de deux Haïtiennes qui ont vécu au Canada. On dirait que Monsieur Lagacé a été envoyé pour prêcher cette vérité inexistante en Haïti, ressortissant qu’il est d’un pays qui en a le monopole.
Personne en Haïti ne dit la vérité, donc, l’Haïtien est le prototype même du mensonge. Il ne peut être homme de science, il ne peut rien construire, il est à fuir et est tout juste bon pour la prison. Pourtant, lors de son séjour dans ce pays du mensonge, le chroniqueur a cru pouvoir tirer des données et des informations de la bouche des menteurs qu’il a rencontrés, matière première pouvant lui permettre de garnir de vérités son carnet de diagnostics (pardon ! de voyage). Et comme à Port-au-Prince, dit-il, il y a toutes les pollutions, l’homme véridique qu’est Lagacé y a peut être pollué son esprit, son jugement et sa moralité et c’est assurément pour cela que dans son texte il utilise abondamment le mot “bullshit”et a accouché tant d’autres perles rares de la même espèce. Je regrette que, comme beaucoup d’étrangers pressés de tirer des conclusions sur Haïti, il ne réalise pas que l’Haïtien est comme un miroir clair et fidèle, en le regardant de très près l’observateur ne peut se faire de doute sur ce qu’il voit. Son propre visage…
On dirait aussi que l’amour que les Haïtiens nourrissent pour Haïti agace Lagacé, puisque son diagnostic l’amène à croire dur comme fer qu’on ne saurait aimé un pays cassé. Sans concession, il dit : “C’est peut-être cet amour qui les pousse, remarquez, à constamment bullshiter”. Si je parlais son langage, je lui dirais : c’est aussi bullshiter de prétendre que Haïti s’est cassée d’elle-même et que le poids du colonialisme ou de son pendant moderne - l’impérialisme rampant - n’y est pour rien. M’accrochant à mon latin, je vais rendre Lagacé plus agacé en lui apprenant que l’amour de l’Haïtien pour son pays (son patriotisme même) a subi deux siècles de bombardement massif et a remarquablement résisté. Les formules du genre “Haïti n’existe pas”, “Haïti est un pays Cassé”, “Haïti, premier H des 4H/SIDA” etc. sont très familières à tous les haïtiens et n’ont pas su saper leur attachement pour leur terre. C’est d’ailleurs ce qui rend fous de rage des envoyés comme lui. Le patriotisme haïtien résiste à la pauvreté n’étant pas basé sur le matérialisme plat, il résiste au dénigrement n’étant pas une simple image peinte pour la consommation des médias, il est imperméable à la médisance étant pourvu d’une réalité invariable et il restera à jamais indestructible car il est d’une nature insondable et insaisissable…
samedi 8 mars 2008
Débat
Par Gary Olius
Soumis à AlterPresse le 5 mars 2008
En six jours, comme le grand Dieu qui a créé l’univers, un chroniqueur canadien croit avoir peint une image parfaite d’Haïti. J’ai examiné son chef-d’œuvre à la recherche que j’étais de cette extase que certains canado-haitiens m’ont fait part pour l’avoir eux-mêmes contemplé. Oh oui, je l’ai examiné avec ma raison tandis que d’autres – il me semble – ont été conditionnés à l’admirer ; c’est peut-être là toute la différence… J’ai passé au peigne fin le papier tel qu’il a été repris, assorti d’une introduction laudative, par un quotidien d’Haïti. Je l’ai lu, l’ai relu, j’y ai vu des vérités, des demi-vérités, des tentatives de galvaudage et j’y ai vu aussi des mensonges abjects. [1]
Ma démarche ici n’est pas pour présenter un compte-rendu de lecture de ce texte dont je ne connaîtrai jamais le vrai but, elle n’est non plus pour commenter systématiquement tout ce qui y a été relaté, elle est plutôt pour répondre à une accusation voilée du chroniqueur qui fait de l’Haïtien un menteur pathologique et aussi pour commenter son idée (…) faisant croire que l’amour de l’Haïtien pour son pays est une espèce de masturbation.
Le « savant-chroniqueur » a su faire, en six jours, ce que des spécialistes d’Haïti comme Mats Lundahl, Gérard Barthélemy, Caprio etc… n’ont pas pu faire durant toute leur carrière de chercheur. Comme par miracle, il a découvert que ‘personne ne dit la vérité dans ce foutu pays’. Cette généralisation dont lui-seul a le secret, il l’a tirée de son contact avec un certain Lenz qui sera sou peu au Canada et de deux Haïtiennes qui ont vécu au Canada. On dirait que Monsieur Lagacé a été envoyé pour prêcher cette vérité inexistante en Haïti, ressortissant qu’il est d’un pays qui en a le monopole.
Personne en Haïti ne dit la vérité, donc, l’Haïtien est le prototype même du mensonge. Il ne peut être homme de science, il ne peut rien construire, il est à fuir et est tout juste bon pour la prison. Pourtant, lors de son séjour dans ce pays du mensonge, le chroniqueur a cru pouvoir tirer des données et des informations de la bouche des menteurs qu’il a rencontrés, matière première pouvant lui permettre de garnir de vérités son carnet de diagnostics (pardon ! de voyage). Et comme à Port-au-Prince, dit-il, il y a toutes les pollutions, l’homme véridique qu’est Lagacé y a peut être pollué son esprit, son jugement et sa moralité et c’est assurément pour cela que dans son texte il utilise abondamment le mot “bullshit”et a accouché tant d’autres perles rares de la même espèce. Je regrette que, comme beaucoup d’étrangers pressés de tirer des conclusions sur Haïti, il ne réalise pas que l’Haïtien est comme un miroir clair et fidèle, en le regardant de très près l’observateur ne peut se faire de doute sur ce qu’il voit. Son propre visage…
On dirait aussi que l’amour que les Haïtiens nourrissent pour Haïti agace Lagacé, puisque son diagnostic l’amène à croire dur comme fer qu’on ne saurait aimé un pays cassé. Sans concession, il dit : “C’est peut-être cet amour qui les pousse, remarquez, à constamment bullshiter”. Si je parlais son langage, je lui dirais : c’est aussi bullshiter de prétendre que Haïti s’est cassée d’elle-même et que le poids du colonialisme ou de son pendant moderne - l’impérialisme rampant - n’y est pour rien. M’accrochant à mon latin, je vais rendre Lagacé plus agacé en lui apprenant que l’amour de l’Haïtien pour son pays (son patriotisme même) a subi deux siècles de bombardement massif et a remarquablement résisté. Les formules du genre “Haïti n’existe pas”, “Haïti est un pays Cassé”, “Haïti, premier H des 4H/SIDA” etc. sont très familières à tous les haïtiens et n’ont pas su saper leur attachement pour leur terre. C’est d’ailleurs ce qui rend fous de rage des envoyés comme lui. Le patriotisme haïtien résiste à la pauvreté n’étant pas basé sur le matérialisme plat, il résiste au dénigrement n’étant pas une simple image peinte pour la consommation des médias, il est imperméable à la médisance étant pourvu d’une réalité invariable et il restera à jamais indestructible car il est d’une nature insondable et insaisissable…
vendredi 29 février 2008
CENSURER OU NE PAS CENSURER...
A quelques heures de l’interpellation du Premier ministreHaïti : Censurer ou ne pas censurer le Premier ministre, telle est la question
jeudi 28 février 2008
Par Eric Sauray [1]
Soumis à AlterPresse le 27 février 2008
Il n’y a pas d’interpellation sans vote
L’interpellation d’un Premier ministre est un acte politique grave. En exigeant du Premier ministre qu’il s’explique sur « l’exercice de son autorité » [2], l’interpellation met en jeu la carrière d’un homme, le travail d’une équipe, une politique gouvernementale et la stabilité politique d’un pays.
C’est la raison pour laquelle, l’interpellation, en tant que moyen de contrôle du pouvoir exécutif par le pouvoir législatif, est constitutionnellement réglementée. Mais, quand, malgré tout, la politique menée par le gouvernement exige une interpellation du Premier ministre, il faut appliquer la Constitution dans toute sa rigueur.
D’après l’article 129.3 de la Constitution de 1987 : « La demande d’interpellation doit être appuyée par cinq (5) membres du Corps intéressé. Elle aboutit à un vote de confiance ou de censure pris à la majorité de ce Corps. »
Cette disposition constitutionnelle mélange deux mécanismes juridiques qui n’ont rien à voir.
En effet, dans les règles classiques d’un régime parlementaire ou mixte, une interpellation ne débouche jamais sur un vote de confiance. Elle débouche encore moins sur un vote qui peut être : soit un vote de censure, soit un vote de confiance.
Du fait de cet amalgame malheureux, on se retrouve dans une situation absurde que les spécialistes auront d’emblée identifiée : le Premier ministre, qui est interpellé pour faire face à une motion de censure, va, en réalité, se retrouver dans la situation de poser la question de confiance.
Le texte cité plus haut étant d’une clarté limpide, il faut considérer que toute interpellation, effectuée dans les formes constitutionnelles et en vertu des Règlements d’une branche du Corps Législatif, doit aboutir à un vote qui consacre l’aboutissement, le point final, de la procédure.
On n’interpelle pas un Premier ministre par pure fantaisie, parce que la stabilité institutionnelle est en jeu. Ainsi, en exigeant un vote à l’issue de son interpellation, Jacques-Edouard Alexis est-il dans son droit. Pour une fois, il fait de la bonne stratégie politique en utilisant la Constitution comme ce qu’elle est : une arme dans la bataille pour la conquête et la conservation du pouvoir ainsi que pour l’exercice des prérogatives de la souveraineté.
Pour agir ainsi, il a dû faire ses comptes. Et en exigeant de manière légitime ce vote crucial, il met les députés au pied du mur. Ils ont un choix shakespearien à faire : censurer Jacques-Edouard Alexis ou lui donner la confiance.
En un mot comme en mille, avant le vote, comme tous bons acteurs, ils doivent se mettre à répéter : censurer ou ne pas censurer, telle est la question.
D’autres, en bons spécialistes de la chicane, diront au contraire : donner ou ne pas donner sa confiance, telle est la vraie question.
Les deux camps auront malheureusement raison, puisque, contrairement à l’entendement, les députés iront à la séance d’interpellation les uns pour voter la censure, les autres pour voter la confiance.
L’aboutissement d’une demande d’interpellation : la face noire et la face blanche de la politique
En répondant à une demande d’interpellation, le Premier ministre Jacques-Edouard Alexis joue le jeu institutionnel. Il s’engage à rendre compte de ce qu’il a fait, à dire ce qu’il veut continuer à faire. Ensuite, il s’en remettra au vote des députés. Cela veut dire qu’il va engager la responsabilité de son gouvernement.
Ainsi, à la suite du débat qui suivra la défense de son programme ou de l’action de son gouvernement, les députés voteront-ils.
Les uns pour la censure. Les autres pour la confiance, sauf si Jacques-Edouard Alexis se paye le luxe de ne pas demander un vote de confiance.
C’est la face blanche de l’interpellation et de la politique. Et partant du principe que le résultat de deux votes contradictoires puisse être lisible à la faveur d’une compilation qui relève d’un de ces tours de magie dont seuls les constituants haïtiens ont le secret.
Il y a donc une première alternative : le vote de la censure.
Les députés peuvent voter la censure pour ne pas perdre la face. Dans ce cas, Jacques-Edouard Alexis doit accepter cette sanction qui signifie que les parlementaires, chargés de contrôler la politique de son gouvernement, au nom du peuple, considèrent que son programme et sa déclaration de politique générale ne vont pas dans le sens de l’intérêt général. Il doit remettre la démission de son gouvernement.
C’est la conduite dictée par l’article 129.4 de la Constitution de 1987, dont les dispositions sont claires : « Lorsque la demande d’interpellation aboutit à un vote de censure sur une question se rapportant au programme où à une déclaration de politique générale du Gouvernement, le Premier Ministre doit remettre au Président de la République, la démission de son Gouvernement. ».
Mais, pour en arriver là, il faut que la censure soit votée par la majorité des députés. Rien ne laisse penser que cette majorité soit possible à constituer en l’état actuel des choses. En effet, tous les députés doivent être présents. Il suffit d’une absence pour qu’il soit impossible d’obtenir l’accord de la majorité des députés sur un vote de censure. Et si les députés interpellateurs arrivent à constituer la majorité requise, cela veut dire que la coalition au pouvoir a vécu.
Si les députés ne votent pas la censure, compte tenu des dispositions constitutionnelles, le Premier ministre doit considérer qu’il a bénéficié d’un vote de confiance, même s’il ne l’a pas demandé.
C’est la deuxième alternative proposée par l’article 129.3
Dans ce cas, les députés auront perdu la face. En effet, dans le fonctionnement d’un régime parlementaire ou mixte [3], quand on est député membre de la coalition de partis au pouvoir, on n’interpelle pas le Premier ministre pour lui voter la confiance.
Ce serait ridicule, parce qu’il est le chef de la majorité et la confiance des députés, de la coalition majoritaire, lui est normalement acquise. Dans ce type de régime, on ne vote la confiance au Premier ministre que s’il en a pris l’initiative pour ressouder sa majorité ou s’il est interpellé à l’initiative de l’opposition.
Dans le cas d’une interpellation par l’opposition, on lui vote la confiance pour faire bloc derrière lui et repousser l’assaut de l’opposition.
Sauf à considérer que l’interpellation en cours est l’œuvre de députés rebelles en mission commandée. Dans ce cas, le vote de confiance est un acte d’allégeance, à l’inverse du vote de censure qui serait un acte de lynchage public de son propre Premier ministre.
C’est la face noire de l’interpellation et de la politique. Une face noire qui permet, dans le cas d’espèce, d’apprécier le déséquilibre institutionnel que tous les constitutionnalistes ont mis en exergue en faisant une analyse sérieuse de la Constitution de 1987. A tout moment, le législatif peut sanctionner l’exécutif qui, lui, ne peut pas brandir la menace de la dissolution, comme cela devrait être le cas dans un régime mixte. Il y a là un mauvais usage du droit de censure, compte tenu de la nature mixte du régime.
Tout ceci pour dire que, à la veille de son interpellation, Jacques-Edouard Alexis est en position de force. Il n’a donc pas besoin de renfort qui ne participe pas du jeu institutionnel normal.
Néanmoins, même s’il est maintenu à son poste, Jacques-Edouard Alexis doit se poser la question de savoir s’il est possible d’avoir dans son gouvernement, des ministres issus de certains partis dont les députés veulent le renverser.
Soit les députés suivent la consigne de leurs partis : dans ce cas, le Premier ministre a du souci à se faire. Soit ces députés sont des francs-tireurs : dans ce cas, le Premier ministre doit, conformément aux bonnes stratégies politiques en usage, demander aux partis de les faire entrer dans les rangs ou leur proposer une promotion ministérielle ou diplomatique !
Mais, là, on est chez Machiavel [4], chez Mazarin [5] ou chez Balladur [6].
Nous sommes encore dans la face noire de l’interpellation et de la politique. Or, l’interpellation dont il s’agit ici, nous fait faire une escale chez Shakespeare et nous oblige à poursuivre la répétition pour encourager les députés interpellateurs : censurer ou ne pas censurer, telle est la question.
Mais, un autre peut ajouter : qui ne censure pas donne sa confiance ! En Haïti, oui. Parce qu’en Haïti, quand on interpelle, on censure ou on donne sa confiance. Et quand on a donné sa confiance, on doit tenir parole.
Messieurs les députés, prenez vos responsabilités.
Eric`Sauray
[1] Juriste, politologue, doctorant en droit public, IHEAL - Université de la Sorbonne Nouvelle – Paris 3.
[2] Pierre Avril/Jean Gicquel, Droit parlementaire, Montchrestien, 1996
[3] Mi-présidentiel et mi-parlementaire comme c’est le cas du régime haïtien actuel.
[4] Nicolas Machiavel, Le Prince, Flammarion, 1993.
[5] Mazarin, Bréviaire des politiciens, Arléa, 2007.
[6] Edouard Balladur, Machiavel en démocratie : mécanique du pouvoir, Fayard, 2006.
jeudi 28 février 2008
Par Eric Sauray [1]
Soumis à AlterPresse le 27 février 2008
Il n’y a pas d’interpellation sans vote
L’interpellation d’un Premier ministre est un acte politique grave. En exigeant du Premier ministre qu’il s’explique sur « l’exercice de son autorité » [2], l’interpellation met en jeu la carrière d’un homme, le travail d’une équipe, une politique gouvernementale et la stabilité politique d’un pays.
C’est la raison pour laquelle, l’interpellation, en tant que moyen de contrôle du pouvoir exécutif par le pouvoir législatif, est constitutionnellement réglementée. Mais, quand, malgré tout, la politique menée par le gouvernement exige une interpellation du Premier ministre, il faut appliquer la Constitution dans toute sa rigueur.
D’après l’article 129.3 de la Constitution de 1987 : « La demande d’interpellation doit être appuyée par cinq (5) membres du Corps intéressé. Elle aboutit à un vote de confiance ou de censure pris à la majorité de ce Corps. »
Cette disposition constitutionnelle mélange deux mécanismes juridiques qui n’ont rien à voir.
En effet, dans les règles classiques d’un régime parlementaire ou mixte, une interpellation ne débouche jamais sur un vote de confiance. Elle débouche encore moins sur un vote qui peut être : soit un vote de censure, soit un vote de confiance.
Du fait de cet amalgame malheureux, on se retrouve dans une situation absurde que les spécialistes auront d’emblée identifiée : le Premier ministre, qui est interpellé pour faire face à une motion de censure, va, en réalité, se retrouver dans la situation de poser la question de confiance.
Le texte cité plus haut étant d’une clarté limpide, il faut considérer que toute interpellation, effectuée dans les formes constitutionnelles et en vertu des Règlements d’une branche du Corps Législatif, doit aboutir à un vote qui consacre l’aboutissement, le point final, de la procédure.
On n’interpelle pas un Premier ministre par pure fantaisie, parce que la stabilité institutionnelle est en jeu. Ainsi, en exigeant un vote à l’issue de son interpellation, Jacques-Edouard Alexis est-il dans son droit. Pour une fois, il fait de la bonne stratégie politique en utilisant la Constitution comme ce qu’elle est : une arme dans la bataille pour la conquête et la conservation du pouvoir ainsi que pour l’exercice des prérogatives de la souveraineté.
Pour agir ainsi, il a dû faire ses comptes. Et en exigeant de manière légitime ce vote crucial, il met les députés au pied du mur. Ils ont un choix shakespearien à faire : censurer Jacques-Edouard Alexis ou lui donner la confiance.
En un mot comme en mille, avant le vote, comme tous bons acteurs, ils doivent se mettre à répéter : censurer ou ne pas censurer, telle est la question.
D’autres, en bons spécialistes de la chicane, diront au contraire : donner ou ne pas donner sa confiance, telle est la vraie question.
Les deux camps auront malheureusement raison, puisque, contrairement à l’entendement, les députés iront à la séance d’interpellation les uns pour voter la censure, les autres pour voter la confiance.
L’aboutissement d’une demande d’interpellation : la face noire et la face blanche de la politique
En répondant à une demande d’interpellation, le Premier ministre Jacques-Edouard Alexis joue le jeu institutionnel. Il s’engage à rendre compte de ce qu’il a fait, à dire ce qu’il veut continuer à faire. Ensuite, il s’en remettra au vote des députés. Cela veut dire qu’il va engager la responsabilité de son gouvernement.
Ainsi, à la suite du débat qui suivra la défense de son programme ou de l’action de son gouvernement, les députés voteront-ils.
Les uns pour la censure. Les autres pour la confiance, sauf si Jacques-Edouard Alexis se paye le luxe de ne pas demander un vote de confiance.
C’est la face blanche de l’interpellation et de la politique. Et partant du principe que le résultat de deux votes contradictoires puisse être lisible à la faveur d’une compilation qui relève d’un de ces tours de magie dont seuls les constituants haïtiens ont le secret.
Il y a donc une première alternative : le vote de la censure.
Les députés peuvent voter la censure pour ne pas perdre la face. Dans ce cas, Jacques-Edouard Alexis doit accepter cette sanction qui signifie que les parlementaires, chargés de contrôler la politique de son gouvernement, au nom du peuple, considèrent que son programme et sa déclaration de politique générale ne vont pas dans le sens de l’intérêt général. Il doit remettre la démission de son gouvernement.
C’est la conduite dictée par l’article 129.4 de la Constitution de 1987, dont les dispositions sont claires : « Lorsque la demande d’interpellation aboutit à un vote de censure sur une question se rapportant au programme où à une déclaration de politique générale du Gouvernement, le Premier Ministre doit remettre au Président de la République, la démission de son Gouvernement. ».
Mais, pour en arriver là, il faut que la censure soit votée par la majorité des députés. Rien ne laisse penser que cette majorité soit possible à constituer en l’état actuel des choses. En effet, tous les députés doivent être présents. Il suffit d’une absence pour qu’il soit impossible d’obtenir l’accord de la majorité des députés sur un vote de censure. Et si les députés interpellateurs arrivent à constituer la majorité requise, cela veut dire que la coalition au pouvoir a vécu.
Si les députés ne votent pas la censure, compte tenu des dispositions constitutionnelles, le Premier ministre doit considérer qu’il a bénéficié d’un vote de confiance, même s’il ne l’a pas demandé.
C’est la deuxième alternative proposée par l’article 129.3
Dans ce cas, les députés auront perdu la face. En effet, dans le fonctionnement d’un régime parlementaire ou mixte [3], quand on est député membre de la coalition de partis au pouvoir, on n’interpelle pas le Premier ministre pour lui voter la confiance.
Ce serait ridicule, parce qu’il est le chef de la majorité et la confiance des députés, de la coalition majoritaire, lui est normalement acquise. Dans ce type de régime, on ne vote la confiance au Premier ministre que s’il en a pris l’initiative pour ressouder sa majorité ou s’il est interpellé à l’initiative de l’opposition.
Dans le cas d’une interpellation par l’opposition, on lui vote la confiance pour faire bloc derrière lui et repousser l’assaut de l’opposition.
Sauf à considérer que l’interpellation en cours est l’œuvre de députés rebelles en mission commandée. Dans ce cas, le vote de confiance est un acte d’allégeance, à l’inverse du vote de censure qui serait un acte de lynchage public de son propre Premier ministre.
C’est la face noire de l’interpellation et de la politique. Une face noire qui permet, dans le cas d’espèce, d’apprécier le déséquilibre institutionnel que tous les constitutionnalistes ont mis en exergue en faisant une analyse sérieuse de la Constitution de 1987. A tout moment, le législatif peut sanctionner l’exécutif qui, lui, ne peut pas brandir la menace de la dissolution, comme cela devrait être le cas dans un régime mixte. Il y a là un mauvais usage du droit de censure, compte tenu de la nature mixte du régime.
Tout ceci pour dire que, à la veille de son interpellation, Jacques-Edouard Alexis est en position de force. Il n’a donc pas besoin de renfort qui ne participe pas du jeu institutionnel normal.
Néanmoins, même s’il est maintenu à son poste, Jacques-Edouard Alexis doit se poser la question de savoir s’il est possible d’avoir dans son gouvernement, des ministres issus de certains partis dont les députés veulent le renverser.
Soit les députés suivent la consigne de leurs partis : dans ce cas, le Premier ministre a du souci à se faire. Soit ces députés sont des francs-tireurs : dans ce cas, le Premier ministre doit, conformément aux bonnes stratégies politiques en usage, demander aux partis de les faire entrer dans les rangs ou leur proposer une promotion ministérielle ou diplomatique !
Mais, là, on est chez Machiavel [4], chez Mazarin [5] ou chez Balladur [6].
Nous sommes encore dans la face noire de l’interpellation et de la politique. Or, l’interpellation dont il s’agit ici, nous fait faire une escale chez Shakespeare et nous oblige à poursuivre la répétition pour encourager les députés interpellateurs : censurer ou ne pas censurer, telle est la question.
Mais, un autre peut ajouter : qui ne censure pas donne sa confiance ! En Haïti, oui. Parce qu’en Haïti, quand on interpelle, on censure ou on donne sa confiance. Et quand on a donné sa confiance, on doit tenir parole.
Messieurs les députés, prenez vos responsabilités.
Eric`Sauray
[1] Juriste, politologue, doctorant en droit public, IHEAL - Université de la Sorbonne Nouvelle – Paris 3.
[2] Pierre Avril/Jean Gicquel, Droit parlementaire, Montchrestien, 1996
[3] Mi-présidentiel et mi-parlementaire comme c’est le cas du régime haïtien actuel.
[4] Nicolas Machiavel, Le Prince, Flammarion, 1993.
[5] Mazarin, Bréviaire des politiciens, Arléa, 2007.
[6] Edouard Balladur, Machiavel en démocratie : mécanique du pouvoir, Fayard, 2006.
mardi 12 février 2008
HAITI-RD: LES DESSOUS POLITIQUES DU DOSSIER DES OEUFS ET DES POULETS
lundi 11 février 2008
Par Edwin Paraison
Soumis à AlterPresse le 9 février 2008
L´échec de la mission dominicaine dirigée par le Ministre de l´Agriculture Salvador (Chio) Jimenez, au palais national, à la capitale haïtienne, le 30 janvier dernier, est un élément important d´analyse de la gestion haïtienne de l´affaire des œufs et poulets dominicains, interdits d´importation depuis le commencement de l´année 2008 à cause de l´apparition de la grippe aviaire dans un poulailler de la ville de Higuey, à l´est de la République Dominicaine.
Protocolairement, en recevant personnellement le Ministre Jimenez, il est sous entendu que le président René Préval, reçoit un envoyé spécial de son ami le président Leonel Fernandez, sur le dossier en question. Aucune concession n´a été faite. Même après la conversation téléphonique tenue par les deux Chefs d´Etat au moment de la rencontre au palais. Pour le moins, la partie haïtienne a accepté d´envoyer une nouvelle mission technique en territoire dominicain afin de vérifier l´évolution de la situation.
A remarquer que les deux mandataires ne laissent jamais passer une occasion de souligner leur amitié personnelle et le fait qu´ils se soient retrouvés, une nouvelle fois, à la tête de ces deux pays qui se partagent l´ile de Qusiqueya.
Si durant leur premier mandat, à travers la Commission Mixte Bilatérale Haitiano-Dominicaine, ils avaient effectivement conclu plusieurs accords de coopération dans différents domaines, la migration et le commerce, malgré l´amitié qu´ils affichent, sont jusqu´à date des dossiers conflictuels, dont une gestion inappropriée peut avoir des retombées politiques négatives pour l´un ou l´autre.
A rappeler que Préval avait effectué, comme en 1995, son premier voyage à l´étranger en République Dominicaine en tant que président élu en mars 2006. En cette occasion, il était venu faire une visite de réparation à son ami Fernandez, suite aux violentes protestations ayant marqué l´arrivée du Chef d´Etat dominicain à Port-au-Prince, en décembre 2005. La « politique migratoire » du distingué hôte face aux travailleurs migrants installés dans son pays et des propos inadéquats à l´égard des dirigeants haïtiens auraient été, selon les protestataires, a la base de ces manifestations.
De fait, la « politique migratoire » de l´administration Fernandez n´a pas changé. La position de certains officiels dominicains face à Haïti non plus. Le Premier Ministre Jacques Edouard Alexis a du protester énergiquement contre un discours du chancelier Carlos Morales Troncoso, à Madrid en décembre 2006. L´Ambassadeur Rhadames Batista, Président du Conseil National des Frontières, avait, de son coté, demandé en octobre 2007, l´interdiction de l´usage du créole et des symboles nationaux haïtiens à la télévision dominicaine.
Sur le plan commercial, le protectionnisme dominicain contre les produits haïtiens, n´a pas disparu. Etrangement c´est dans la foulée du débat sur les œufs et poulets, que les autorités dominicaines ont découvert la nocivité de la boisson énergisante haïtienne « Toro », massivement commercialisée en territoire dominicain depuis plus d´un an. Le produit est actuellement frappé d´interdiction de vente.
Ces aspects fondamentaux des relations entre les deux pays, n´ont pas été cependant abordés durant les 3 voyages en République Dominicaine de Préval, qui jouissait de la « meilleure image » connue d´un Chef d´Etat haïtien, durant les 22 dernières années, dans l´opinion publique dominicaine, jusqu´aux différends sur le cas décrit dans cet article, présenté par les medias dominicains comme un bras de fer entre les deux gouvernements.
C´est dans ce contexte que de hauts cadres dominicains utilisent jusqu´à présent les déclarations attribuées par le Listin Diario en mars 2007 à Préval, posant un démenti aux dénonciations des ONGs iliennes et de l´étranger relatives aux conditions de vie des travailleurs migrants haïtiens en terre voisine, assimilées à l´esclavage moderne.
Dans la même lignée, les propos de l´Ambassadeur Fritz Cinéas aux medias du Groupe Corripio en aout 2007, concernant la nationalité des enfants nés d´Haïtiens en République Dominicaine ont renforcé ce qui a été perçu par les analystes des relations haitiano-dominicaines, comme un choix délibéré du mandataire haïtien de « soigner » son image dans l´opinion publique dominicaine, en même temps que d´éviter tout malaise avec son homologue dominicain.
D´un coup, cette image « positive » semble s´effondrer. La fiancée du président Préval a été mêlée à l´ affaire des poulets et œufs par des journalistes de tendance officielle à Santo Domingo. Le président lui même a été vivement critiqué pour avoir reçu la délégation dominicaine de façon très informelle sur le plan vestimentaire. A vrai dire...c´est ne pas connaitre l´homme.
Dans les milieux gouvernementaux dominicains, la situation est beaucoup plus préoccupante, à cause de la manipulation politico-électorale de ce thème de la part des opposants du président-candidat.
La position haïtienne, techniquement correcte pour la préservation de la santé de la population, à la fois politiquement exploitable par le gouvernement Préval-Alexis, dont la gestion des relations haitiano-dominicaines est questionnée par différents secteurs haïtiens, à tous les points de vue, a eu des conséquences politiques négatives pour le secteur officiel dominicain. Surtout après l´échec de la deuxième mission Jimenez.
Le candidat à la présidence du Parti Réformiste Social Chrétien (PRSC), Amable Aristy Castro, qui détient selon les sondages entre 9 et 12% de l´électorat, tout en accusant le gouvernement dominicain et son candidat Leonel Fernandez, d’être responsables de la crise que traverse le secteur avicole, a offert son appui à la paralysie des marchés binationaux de Dajabon et Jimani, effectuée le 4 février dernier.
Cette action de protestation contre la mesure officielle haïtienne a reçu également le soutien des autorités municipales locales, à travers la mairesse de Dajabon, Sonia Mateo. Paradoxalement les derniers cas de poulets infectés ont été détectés le 7 février dans le poulailler du sénateur Noe Sterling Vasquez du PRSC à Barahona.
De son coté, le vice-président du Sénat haïtien, Roudolph Boulos, a publié en « espace payé » dans la presse dominicaine, un communiqué pour démentir son implication dans le maintien de l´embargo sanitaire contre les produits dominicains, suivant des informations diffusées dans les medias locaux. Boulos a même souhaité la levée de l’interdiction haïtienne.
Le Gouvernement dominicain qui avait annoncé la possibilité d´un accord avec le Venezuela dans une opération d´échanges d´œufs et poulets pour du pétrole, a eu un autre revers politique dans l´opinion publique, avec la position adoptée par le pays sud américain de mettre en avant les mêmes exigences faites par Haïti avant d’accepter les produits avicoles dominicains.
Evidemment, la conjoncture électorale est à la base de la gestion officielle dominicaine du problème. Au lieu d´appliquer la procédure internationale émanant de l´Office International des Epizooties (OIE), qui prévoit entre autres mesures, l´abattage des poulets et l´inspection des poulaillers, nos amis dominicains ont opté pour l´offensive diplomatique vers Haïti, se basant sur les bonnes relations existantes entre les deux mandataires.
L´option haïtienne, moins couteuse sur les plans politique et économique, tenant compte particulièrement du prix sur le marché des « coqs de combat » et de la résistance qu’opposeraient bon nombre de leurs propriétaires à l´abattage par exemple, avait été priorisée. Ceci, malgré les recommandations des techniciens haïtiens, des leur première visite dans les fermes dominicaines à la mi-janvier, encourageant leurs homologues à se procurer la certification internationale.
Cependant ce n´est qu´au retour à la capitale dominicaine de la délégation qui a rencontré le Chef d´Etat haïtien que le Ministre de l´Agriculture dominicain, face à la réaffirmation par Préval des dispositions haïtiennes, a annoncé que l´OIE a été invitée à visiter la République Dominicaine pour l´émission d´un certificat sanitaire international. Et l´abattage a commencé timidement.
L´on ne comprend pourquoi, malgré des arguments aussi forts, aucune stratégie communicationnelle, n´ ait été mise en place par la représentation diplomatique haïtienne à Santo Domingo, pour désamorcer la campagne médiatique contre la position officielle haïtienne dans ce dossier, qui fait passer nos responsables pour des corrompus et des dirigeants insensibles aux souffrances de la population.
Par Edwin Paraison
Soumis à AlterPresse le 9 février 2008
L´échec de la mission dominicaine dirigée par le Ministre de l´Agriculture Salvador (Chio) Jimenez, au palais national, à la capitale haïtienne, le 30 janvier dernier, est un élément important d´analyse de la gestion haïtienne de l´affaire des œufs et poulets dominicains, interdits d´importation depuis le commencement de l´année 2008 à cause de l´apparition de la grippe aviaire dans un poulailler de la ville de Higuey, à l´est de la République Dominicaine.
Protocolairement, en recevant personnellement le Ministre Jimenez, il est sous entendu que le président René Préval, reçoit un envoyé spécial de son ami le président Leonel Fernandez, sur le dossier en question. Aucune concession n´a été faite. Même après la conversation téléphonique tenue par les deux Chefs d´Etat au moment de la rencontre au palais. Pour le moins, la partie haïtienne a accepté d´envoyer une nouvelle mission technique en territoire dominicain afin de vérifier l´évolution de la situation.
A remarquer que les deux mandataires ne laissent jamais passer une occasion de souligner leur amitié personnelle et le fait qu´ils se soient retrouvés, une nouvelle fois, à la tête de ces deux pays qui se partagent l´ile de Qusiqueya.
Si durant leur premier mandat, à travers la Commission Mixte Bilatérale Haitiano-Dominicaine, ils avaient effectivement conclu plusieurs accords de coopération dans différents domaines, la migration et le commerce, malgré l´amitié qu´ils affichent, sont jusqu´à date des dossiers conflictuels, dont une gestion inappropriée peut avoir des retombées politiques négatives pour l´un ou l´autre.
A rappeler que Préval avait effectué, comme en 1995, son premier voyage à l´étranger en République Dominicaine en tant que président élu en mars 2006. En cette occasion, il était venu faire une visite de réparation à son ami Fernandez, suite aux violentes protestations ayant marqué l´arrivée du Chef d´Etat dominicain à Port-au-Prince, en décembre 2005. La « politique migratoire » du distingué hôte face aux travailleurs migrants installés dans son pays et des propos inadéquats à l´égard des dirigeants haïtiens auraient été, selon les protestataires, a la base de ces manifestations.
De fait, la « politique migratoire » de l´administration Fernandez n´a pas changé. La position de certains officiels dominicains face à Haïti non plus. Le Premier Ministre Jacques Edouard Alexis a du protester énergiquement contre un discours du chancelier Carlos Morales Troncoso, à Madrid en décembre 2006. L´Ambassadeur Rhadames Batista, Président du Conseil National des Frontières, avait, de son coté, demandé en octobre 2007, l´interdiction de l´usage du créole et des symboles nationaux haïtiens à la télévision dominicaine.
Sur le plan commercial, le protectionnisme dominicain contre les produits haïtiens, n´a pas disparu. Etrangement c´est dans la foulée du débat sur les œufs et poulets, que les autorités dominicaines ont découvert la nocivité de la boisson énergisante haïtienne « Toro », massivement commercialisée en territoire dominicain depuis plus d´un an. Le produit est actuellement frappé d´interdiction de vente.
Ces aspects fondamentaux des relations entre les deux pays, n´ont pas été cependant abordés durant les 3 voyages en République Dominicaine de Préval, qui jouissait de la « meilleure image » connue d´un Chef d´Etat haïtien, durant les 22 dernières années, dans l´opinion publique dominicaine, jusqu´aux différends sur le cas décrit dans cet article, présenté par les medias dominicains comme un bras de fer entre les deux gouvernements.
C´est dans ce contexte que de hauts cadres dominicains utilisent jusqu´à présent les déclarations attribuées par le Listin Diario en mars 2007 à Préval, posant un démenti aux dénonciations des ONGs iliennes et de l´étranger relatives aux conditions de vie des travailleurs migrants haïtiens en terre voisine, assimilées à l´esclavage moderne.
Dans la même lignée, les propos de l´Ambassadeur Fritz Cinéas aux medias du Groupe Corripio en aout 2007, concernant la nationalité des enfants nés d´Haïtiens en République Dominicaine ont renforcé ce qui a été perçu par les analystes des relations haitiano-dominicaines, comme un choix délibéré du mandataire haïtien de « soigner » son image dans l´opinion publique dominicaine, en même temps que d´éviter tout malaise avec son homologue dominicain.
D´un coup, cette image « positive » semble s´effondrer. La fiancée du président Préval a été mêlée à l´ affaire des poulets et œufs par des journalistes de tendance officielle à Santo Domingo. Le président lui même a été vivement critiqué pour avoir reçu la délégation dominicaine de façon très informelle sur le plan vestimentaire. A vrai dire...c´est ne pas connaitre l´homme.
Dans les milieux gouvernementaux dominicains, la situation est beaucoup plus préoccupante, à cause de la manipulation politico-électorale de ce thème de la part des opposants du président-candidat.
La position haïtienne, techniquement correcte pour la préservation de la santé de la population, à la fois politiquement exploitable par le gouvernement Préval-Alexis, dont la gestion des relations haitiano-dominicaines est questionnée par différents secteurs haïtiens, à tous les points de vue, a eu des conséquences politiques négatives pour le secteur officiel dominicain. Surtout après l´échec de la deuxième mission Jimenez.
Le candidat à la présidence du Parti Réformiste Social Chrétien (PRSC), Amable Aristy Castro, qui détient selon les sondages entre 9 et 12% de l´électorat, tout en accusant le gouvernement dominicain et son candidat Leonel Fernandez, d’être responsables de la crise que traverse le secteur avicole, a offert son appui à la paralysie des marchés binationaux de Dajabon et Jimani, effectuée le 4 février dernier.
Cette action de protestation contre la mesure officielle haïtienne a reçu également le soutien des autorités municipales locales, à travers la mairesse de Dajabon, Sonia Mateo. Paradoxalement les derniers cas de poulets infectés ont été détectés le 7 février dans le poulailler du sénateur Noe Sterling Vasquez du PRSC à Barahona.
De son coté, le vice-président du Sénat haïtien, Roudolph Boulos, a publié en « espace payé » dans la presse dominicaine, un communiqué pour démentir son implication dans le maintien de l´embargo sanitaire contre les produits dominicains, suivant des informations diffusées dans les medias locaux. Boulos a même souhaité la levée de l’interdiction haïtienne.
Le Gouvernement dominicain qui avait annoncé la possibilité d´un accord avec le Venezuela dans une opération d´échanges d´œufs et poulets pour du pétrole, a eu un autre revers politique dans l´opinion publique, avec la position adoptée par le pays sud américain de mettre en avant les mêmes exigences faites par Haïti avant d’accepter les produits avicoles dominicains.
Evidemment, la conjoncture électorale est à la base de la gestion officielle dominicaine du problème. Au lieu d´appliquer la procédure internationale émanant de l´Office International des Epizooties (OIE), qui prévoit entre autres mesures, l´abattage des poulets et l´inspection des poulaillers, nos amis dominicains ont opté pour l´offensive diplomatique vers Haïti, se basant sur les bonnes relations existantes entre les deux mandataires.
L´option haïtienne, moins couteuse sur les plans politique et économique, tenant compte particulièrement du prix sur le marché des « coqs de combat » et de la résistance qu’opposeraient bon nombre de leurs propriétaires à l´abattage par exemple, avait été priorisée. Ceci, malgré les recommandations des techniciens haïtiens, des leur première visite dans les fermes dominicaines à la mi-janvier, encourageant leurs homologues à se procurer la certification internationale.
Cependant ce n´est qu´au retour à la capitale dominicaine de la délégation qui a rencontré le Chef d´Etat haïtien que le Ministre de l´Agriculture dominicain, face à la réaffirmation par Préval des dispositions haïtiennes, a annoncé que l´OIE a été invitée à visiter la République Dominicaine pour l´émission d´un certificat sanitaire international. Et l´abattage a commencé timidement.
L´on ne comprend pourquoi, malgré des arguments aussi forts, aucune stratégie communicationnelle, n´ ait été mise en place par la représentation diplomatique haïtienne à Santo Domingo, pour désamorcer la campagne médiatique contre la position officielle haïtienne dans ce dossier, qui fait passer nos responsables pour des corrompus et des dirigeants insensibles aux souffrances de la population.
vendredi 8 février 2008
HAITI: 7 FEVRIER 1986: JEAN-CLAUDE DUVALIER, 22 ANS APRES
jeudi 7 février 2008
Par Magloire Démesmin
Soumis à AlterPresse le 05 février 2008
Chaque fois que nous voyons Jean Claude Duvalier, dans les rues de Paris, c’est toute notre jeunesse haïtienne qui se défile devant nous, tellement cet homme a marqué notre vie. Chaque fois que nous le voyons comme une âme en peine se déambuler comme n’importe quel promeneur dans les beaux quartiers de la ville lumière, nous nous posons toujours la même question : qu’est-ce qui se passe dans la tête de l’héritier d’une dictature qui fut l’une des plus sanglantes au monde ?
Une fois, nous l’avons vu attablé « Aux deux Margots », un célèbre café parisien de la rive gauche, en plein saint Germain des Prés, il était seul. Il semblait être plongé dans une intense réflexion qui absorbe toute son énergie, absent, le regard vide, l’homme avait l’air vraiment d’être dans un autre monde, perdu, mélancolique voire même taciturne, son visage dit une tristesse qui n’a de nom. Comme dit le poète « les grandes tristesses sont muettes ».
Nous le regardons sans qu’il nous aperçoive, et nous avons décidé de rentrer à notre tour, pour le regarder de près, l’observer, le jauger. Nous prenons une place en face de lui.
Comprendra-t-il notre petit manège ? En tout cas, il semble d’avantage préoccupé par ce qui se passe au dehors que dedans.
L’inaccessible président à vie que l’on a connu à Haïti, toujours entouré d’une garde prétorienne armée jusqu’aux dents, est là comme un vulgaire citoyen en train de boire son café comme monsieur tout le monde.
Tout à coup, une centaine de questions nous passent par la tête et que nous avons toujours envie de lui poser. Mais, voilà que l’ex président s’est toujours comporté d’une manière tout à fait inacceptable, refusant de donner interview aux journalistes haïtiens, mais s’est prêté de bonne grâce aux questions des journalistes étrangers et français. Une fois de plus, il exclut ses compatriotes.
D’abord, s’agit-il vraiment de Jean Claude Duvalier ? Nous doutons, mais il faut bien se rendre à l’évidence qu’il est bel et bien là. Il est assis sur une chaise au décor design. Devant lui, sa tasse de café terminée au milieu de plein de gens qui, manifestement, ignoraient qui il était. Il somnolait de temps à autres et se réveillait par intervalles réguliers avec les bruits des cuillères.
Est-ce bien lui ?
Des souvenirs précis nous reviennent.
Lors de la naissance de Michèle Aia le 1er Décembre 1984, on ignorait pour quelle raison, la police est intervenue avec une brutalité inouïe bloquant le Bois Verna pendant plus de deux heures, parce que, tout simplement, le chef de l’Etat devait traverser le quartier pour aller voir sa fille à l’hôpital du Canapé Vert. Militaires et tontons macoutes compris ont envahi la zone, les élèves sont restés cloîtrés dans leurs établissements respectifs.
Parfois, nous arrivions à l’école en retard, parce que, tout simplement, le maître du pays allait sortir, il ne fallait pas s’aventurer dans les rues. Autres souvenirs, aux Gonaïves, le fils de papa Doc devait effectuer une visite officielle à la ravine à Couleuvre. Trois jours avant son arrivée, la chasse aux soi-disant opposants étant ouverte, le préfet de la circonscription, qui n’est pas une lumière, ordonne de jeter en prison pas moins de vingt jeunes garçons accusés d’être des communistes. Ah ! Dieu !, que ce mot a fait de ravages dans ce pays !
Le jour J, Jean Claude Duvalier est arrivé avec une caravane, composée d’au moins une cinquantaine de voitures. Malheur à ceux qui ne sont pas rendus sur la place pour accueillir le président, tout le monde doit être sur la place des Gonaïves, nous sommes en 1984. Un fou a décidé de faire de la résistance, il s’est assis en forme de provocation sur sa galerie. Malchance, le président passe, sa femme à ses côtés, et, comme d’habitude, par réflexe, ce dernier envoie de l’argent depuis sa voiture. L’impertinent se lève et laisse tomber des liasses de billet. Dix minutes après, une escouade de tontons macoutes est venue l’arrêter, il est resté cinq jours emprisonné aux Gonaïves, puis transféré à Port-au-Prince.
C’était cela le duvaliérisme, un régime intolérant, une dictature qui n’accepte aucune divergence.
N’en déplaise à monsieur Rony Gilot, ancien ministre de l’information qui confond allègrement, dans son livre, histoire et hagiographie, propagande et fait avérés ; pas un mot, dans son ouvrage, sur Fort dimanche, sur ses compatriotes qui y ont laissé leur vie, bref un livre sans importance historique, dont le seul mérite est de restaurer l’image d’un régime qui a fait, en trente ans, plus de 50,000 victimes.
Jean- Claude Duvalier en voie de clochardisation
D’ailleurs, nous ne l’aurions pas reconnu si nous ne l’avions pas vu, deux mois auparavant, dans un restaurant haïtien en banlieue parisienne à Clichy, nous sommes en 1998. Ce fut sa première sortie officielle auprès de ses compatriotes à Paris.
Inconsciemment, l’image du président à vie, récitant ses discours comme un acteur de théâtre, est resté figée dans notre mémoire. Visage poupin, grosse moustache, une voix nasillarde, tel fut Jean Claude Duvalier en occupant tout l’espace à Haïti. Lui et ses tontons macoutes jetèrent en prison ceux qui n’avaient pas la même opinion qu’eux.
Quand le restaurateur haïtien, devant une salle archicomble, présenta son hôte qui était assis à ses côtés, stupéfaction !, nous n’étions pas seuls à ne pas l’avoir reconnu. L’ex dictateur est méconnaissable (...) [1].
D’un geste machinal, nous avons enlevé nos lunettes, nous les avons essuyées pour voir si l’image que nous avions devant nous correspondait à la réalité.
La voix nasillarde, qui fut sa marque de fabrique, a quasiment disparu pour faire place à celle d’un vieillard. Visiblement, notre homme paraissait malade et avait dû mal à articuler.
Quelle vie, quel contraste entre l’ancien homme fort d’Haïti, tout puissant, qui avait droit de vie et de mort sur ses compatriotes, et le parisien qu’il est devenu, toujours presque seul. Après avoir mené une vie de pacha sur les côtes d’azur, en dépensant sans compter, celui qui avait régné sur Haïti pendant plus de 14 ans est ruiné.
Il a pris la poudre d’escampette, le 3 Novembre 1995, en laissant des ardoises un peu partout sur la Côte d’Azur, plus de 110000 francs, au point que l’association des commerçants de la région avait fait passer le message de ne plus vendre à l’ancien chef de l’Etat Haïtien. Par ailleurs, le propriétaire d’un restaurant l’ange Bleue à Nice avait porté plainte contre Baby Doc au parquet de Grasse, plainte qui n’a pas eu de suite. C’est à cette époque que Baby Doc s’est définitivement évanoui dans la nature pour refaire surface en banlieue parisienne, c’était le 13 Novembre 1995.
Quelle descente aux enfers ! Son statut de paria en France a largement contribué à sa pauvreté, contraint d’utiliser des prête-noms, pour tout ce qui relève de l’administration, et d’investir son colossal magot (entre 600 et 800 millions de dollars) qu’il a détourné dans les caisses haïtiennes.
Son non statut est lié à la manière qu’il est rentré sur le sol français le 8 Février 1986, quand il est arrivé à Grasse. Immédiatement frappé d’un arrêté de reconduite à la frontière pour séjour illégal. Allez comprendre, officiellement les autorités françaises recherchent toujours un pays d’accueil pour son hôte, mais voilà personne ne veut recevoir cet encombrant personnage. Malgré de l’argent mis sur la table par Laurent Fabius, alors premier ministre, personne ne bouge, peine perdue.
Dans son livre « les blessures de la vérité », le deuxième premier ministre de François Mitterrand affirme : « Les Etats-Unis frappaient à toutes les portes pour trouver une terre d’asile pour Baby Doc, des sommes considérables ont été offertes au pays qui acceptait de le recevoir. Mais la partie n’était pas facile, car les pays, qui se portèrent volontiers candidats pou l’accueillir, étaient ceux d’Afrique, ceux dont justement la femme du dictateur, Michèle Bennett, ne voulut pas entendre et refusa toutes propositions qui ne soient pas un pays occidental. D’autres pays, comme l’Espagne en Europe, ont été consultés, mais ont décliné l’offre, arguant que leurs opinions publiques n’accepteraient pas. Or, en Haïti, le face à face entre les derniers mohicans du duvaliérisme, les tontons macoutes et les manifestants qui commencèrent à brûler les écoles, pouvait dégénérer à tout moment ».
En tout cas, le piège s’est refermé littéralement sur le Gouvernement de Laurent Fabius qui avait appelé les américains à respecter leurs engagements. Peine perdue, ils sont devenus amnésiques, et Baby Doc est toujours en France.
Et l’ancien premier ministre, vingt deux ans après, de constater : « Duvalier, qu’on ne peut tout de même pas faire repartir de France, pour le lâcher du haut d’un avion en pleine mer, reste chez nous. L’opposition haïtienne, devenue majoritaire, proteste contre notre accueil mollement d’ailleurs. Les organisations françaises des droits de l’homme nous accablent. Les Etats-Unis s’en lavent les mains. Et nous, nous les défenseurs des droits de l’homme, nous passons pour des incohérents et des menteurs ».
Le droit d’asile, qui ne devait pas excéder huit jours, est de toute évidence un vœu pieux. Entre les autorités françaises et son avocat, l’un des ténors du barreau parisien, Maître Vaisse, le statut juridique de l’ancien homme fort d’Haïti, quelle que soit la couleur des autorités qui dirigent la France, fait débat.
Mais Baby doc est toujours un sans papier, donc vivant illégalement sur le territoire, au point que, de temps à autre, la polémique enfle.
Ainsi, après l’arrestation de Pinochet, des associations françaises et haïtiennes ont-elles décidé de remettre sur le tapis le cas de Duvalier réfugié en France. Dans un premier temps, elles ont déposé une plainte pour crime contre l’humanité, l’affaire est encore à l’étude, donc au point mort.
Jean Claude Duvalier pensait s’en tirer à bon compte, mais c’était sans compter avec la ténacité d’un Gérald Bloncourt qui jure, tant il est vivant, que Jean Claude Duvalier doit savoir qu’il doit rendre des comptes.
En 1998, le débat autour des sans papiers a attiré les foudres des militants des droits de l’homme dont un français, Jacques Samyn, ami des haïtiens qui a décidé de faire un pied de nez au ministre de l’intérieur de l’époque, Jean Pierre Chevènement. Il contacte un panel de députés et de sénateurs qui, pour la plupart, refusent de jouer le jeu. Mais, Maxime Gremetz, député communiste de la Somme, accepte et interroge le ministre de l’intérieur.
Le débat autour de Baby Doc s’envenime une fois de plus : Jean Pierre Chevènement qui lui répond le 25 Janvier 1998 : « en principe, Jean-Claude Duvalier est un sans-papiers comme un autre. Bien entendu, s’il fait l’objet d’un contrôle sur le territoire français et s’il ne possède pas de titre de séjour, il est susceptible de voir engager à son encontre une procédure de reconduite à la frontière, comme tout étranger en situation irrégulière dans les mêmes conditions ».
Son avocat, maître Vaisse, s’insurge contre cette déclaration et assène que son client « bénéficie d’un asile régalien ».
Faux, rétorque le Cabinet de Jean Pierre Chevènement, d’autant plus que le parti socialiste, entre temps poussé par la base, adopte une motion demandant à ce que les autorités judiciaires s’en mêlent, ce qui fut fait.
La justice a délivré une citation directe pour séjour irrégulier à l’encontre de Jean Claude Duvalier devant le tribunal correctionnel de Grasse. Mais, à l’audience, il n’est pas là, les organisations des droits de l’homme qui défendent les sans papiers s’insurgent : pourquoi réserver un accueil particulier à un dictateur (de père en fils), quand des honnêtes citoyens sont persécutés par la police pour séjour irrégulier ?
Le ministère de l’Intérieur fit clore le débat par cette pirouette qui en dit long sur l’ambigüité des autorités françaises quant à la présence de l’ancien dictateur haïtien sur leur sol.
Quand Jean-Claude Duvalier n’est plus persona non grata dans la communauté haïtienne
Cependant, compte tenu de ce qu’a été l’aristidisme en Haïti, les intellectuels haïtiens de gauche à Paris ne le tiennent plus rigueur au fil des années. C’est une sorte d’indifférence, voire une forme de pitié qui s’installe. Même ceux qui ont perdu un parent, des frères, des sœurs, ont ravalé leurs rancunes contre le fils de Papa doc. Ainsi, le voit-on, de plus en plus, dans des milieux haïtiens à Paris, parfois lors des funérailles ou encore lors des communions ou baptêmes.
Ironie du sort, Jean Claude Duvalier, qui a vendu son château Théméricourt dans le Val d’Oise en 1992, est un sans domicile fixe : tantôt il vit à l’hôtel (ce fut le cas pendant plus de cinq ans aux Champs Elysées, à l’hôtel Marriott appartenant à Al Fayed qui a eu ses premiers millions grâce à papa Doc), tantôt chez son fils aîné qui avait commencé des études à l’institut libre de l’économie et des relations internationales (lLERI), qu’il a abandonnées depuis.
Dans sa traversée de désert, Jean Claude Duvalier n’a trouvé personne pour l’aider, à part les chauffeurs de taxis haïtiens qui, de temps à autre, lui viennent en aide financièrement en cotisant. Ses anciens ministres, qui se sont amplement enrichis sous son règne, ne lui ont jamais manifesté la moindre solidarité.
(…) [2]
Tout le monde a abandonné Baby Doc, y compris sa femme qui l’a quitté en 1990 pour un riche cannois. Les dettes se sont accumulées au point que l’ancien président a passé une petite annonce dans un journal local à la recherche du travail.
Pour cause, en 1994, il s’est déclaré ruiné. Au magazine VSD, il a confié qu’il ne vit que grâce à la solidarité de la communauté Haïtienne.
Cependant, en 2005, Jean-Claude Duvalier (aurait) reçu une bonne nouvelle, une première depuis le 7 Février 1986 : l’Etat Haïtien lui (aurait) délivré un passeport diplomatique. Mais, une fois arrivé à échéance (si tel est le cas), rien ne dit que le gouvernement en place voudrait lui renouveler son passeport.
En tout cas, un retour éventuel de Jean-Claude Duvalier dans son pays fera, qu’on le veuille ou non, l’objet de négociation entre Français et Haïtiens.
Contact :[magloiredemesmin@live.fr –>magloiredemesmin@live.fr]
[1] ndlr : partie non publiée pour convenance rédactionnelle
[2] Ndlr : ibidem
Par Magloire Démesmin
Soumis à AlterPresse le 05 février 2008
Chaque fois que nous voyons Jean Claude Duvalier, dans les rues de Paris, c’est toute notre jeunesse haïtienne qui se défile devant nous, tellement cet homme a marqué notre vie. Chaque fois que nous le voyons comme une âme en peine se déambuler comme n’importe quel promeneur dans les beaux quartiers de la ville lumière, nous nous posons toujours la même question : qu’est-ce qui se passe dans la tête de l’héritier d’une dictature qui fut l’une des plus sanglantes au monde ?
Une fois, nous l’avons vu attablé « Aux deux Margots », un célèbre café parisien de la rive gauche, en plein saint Germain des Prés, il était seul. Il semblait être plongé dans une intense réflexion qui absorbe toute son énergie, absent, le regard vide, l’homme avait l’air vraiment d’être dans un autre monde, perdu, mélancolique voire même taciturne, son visage dit une tristesse qui n’a de nom. Comme dit le poète « les grandes tristesses sont muettes ».
Nous le regardons sans qu’il nous aperçoive, et nous avons décidé de rentrer à notre tour, pour le regarder de près, l’observer, le jauger. Nous prenons une place en face de lui.
Comprendra-t-il notre petit manège ? En tout cas, il semble d’avantage préoccupé par ce qui se passe au dehors que dedans.
L’inaccessible président à vie que l’on a connu à Haïti, toujours entouré d’une garde prétorienne armée jusqu’aux dents, est là comme un vulgaire citoyen en train de boire son café comme monsieur tout le monde.
Tout à coup, une centaine de questions nous passent par la tête et que nous avons toujours envie de lui poser. Mais, voilà que l’ex président s’est toujours comporté d’une manière tout à fait inacceptable, refusant de donner interview aux journalistes haïtiens, mais s’est prêté de bonne grâce aux questions des journalistes étrangers et français. Une fois de plus, il exclut ses compatriotes.
D’abord, s’agit-il vraiment de Jean Claude Duvalier ? Nous doutons, mais il faut bien se rendre à l’évidence qu’il est bel et bien là. Il est assis sur une chaise au décor design. Devant lui, sa tasse de café terminée au milieu de plein de gens qui, manifestement, ignoraient qui il était. Il somnolait de temps à autres et se réveillait par intervalles réguliers avec les bruits des cuillères.
Est-ce bien lui ?
Des souvenirs précis nous reviennent.
Lors de la naissance de Michèle Aia le 1er Décembre 1984, on ignorait pour quelle raison, la police est intervenue avec une brutalité inouïe bloquant le Bois Verna pendant plus de deux heures, parce que, tout simplement, le chef de l’Etat devait traverser le quartier pour aller voir sa fille à l’hôpital du Canapé Vert. Militaires et tontons macoutes compris ont envahi la zone, les élèves sont restés cloîtrés dans leurs établissements respectifs.
Parfois, nous arrivions à l’école en retard, parce que, tout simplement, le maître du pays allait sortir, il ne fallait pas s’aventurer dans les rues. Autres souvenirs, aux Gonaïves, le fils de papa Doc devait effectuer une visite officielle à la ravine à Couleuvre. Trois jours avant son arrivée, la chasse aux soi-disant opposants étant ouverte, le préfet de la circonscription, qui n’est pas une lumière, ordonne de jeter en prison pas moins de vingt jeunes garçons accusés d’être des communistes. Ah ! Dieu !, que ce mot a fait de ravages dans ce pays !
Le jour J, Jean Claude Duvalier est arrivé avec une caravane, composée d’au moins une cinquantaine de voitures. Malheur à ceux qui ne sont pas rendus sur la place pour accueillir le président, tout le monde doit être sur la place des Gonaïves, nous sommes en 1984. Un fou a décidé de faire de la résistance, il s’est assis en forme de provocation sur sa galerie. Malchance, le président passe, sa femme à ses côtés, et, comme d’habitude, par réflexe, ce dernier envoie de l’argent depuis sa voiture. L’impertinent se lève et laisse tomber des liasses de billet. Dix minutes après, une escouade de tontons macoutes est venue l’arrêter, il est resté cinq jours emprisonné aux Gonaïves, puis transféré à Port-au-Prince.
C’était cela le duvaliérisme, un régime intolérant, une dictature qui n’accepte aucune divergence.
N’en déplaise à monsieur Rony Gilot, ancien ministre de l’information qui confond allègrement, dans son livre, histoire et hagiographie, propagande et fait avérés ; pas un mot, dans son ouvrage, sur Fort dimanche, sur ses compatriotes qui y ont laissé leur vie, bref un livre sans importance historique, dont le seul mérite est de restaurer l’image d’un régime qui a fait, en trente ans, plus de 50,000 victimes.
Jean- Claude Duvalier en voie de clochardisation
D’ailleurs, nous ne l’aurions pas reconnu si nous ne l’avions pas vu, deux mois auparavant, dans un restaurant haïtien en banlieue parisienne à Clichy, nous sommes en 1998. Ce fut sa première sortie officielle auprès de ses compatriotes à Paris.
Inconsciemment, l’image du président à vie, récitant ses discours comme un acteur de théâtre, est resté figée dans notre mémoire. Visage poupin, grosse moustache, une voix nasillarde, tel fut Jean Claude Duvalier en occupant tout l’espace à Haïti. Lui et ses tontons macoutes jetèrent en prison ceux qui n’avaient pas la même opinion qu’eux.
Quand le restaurateur haïtien, devant une salle archicomble, présenta son hôte qui était assis à ses côtés, stupéfaction !, nous n’étions pas seuls à ne pas l’avoir reconnu. L’ex dictateur est méconnaissable (...) [1].
D’un geste machinal, nous avons enlevé nos lunettes, nous les avons essuyées pour voir si l’image que nous avions devant nous correspondait à la réalité.
La voix nasillarde, qui fut sa marque de fabrique, a quasiment disparu pour faire place à celle d’un vieillard. Visiblement, notre homme paraissait malade et avait dû mal à articuler.
Quelle vie, quel contraste entre l’ancien homme fort d’Haïti, tout puissant, qui avait droit de vie et de mort sur ses compatriotes, et le parisien qu’il est devenu, toujours presque seul. Après avoir mené une vie de pacha sur les côtes d’azur, en dépensant sans compter, celui qui avait régné sur Haïti pendant plus de 14 ans est ruiné.
Il a pris la poudre d’escampette, le 3 Novembre 1995, en laissant des ardoises un peu partout sur la Côte d’Azur, plus de 110000 francs, au point que l’association des commerçants de la région avait fait passer le message de ne plus vendre à l’ancien chef de l’Etat Haïtien. Par ailleurs, le propriétaire d’un restaurant l’ange Bleue à Nice avait porté plainte contre Baby Doc au parquet de Grasse, plainte qui n’a pas eu de suite. C’est à cette époque que Baby Doc s’est définitivement évanoui dans la nature pour refaire surface en banlieue parisienne, c’était le 13 Novembre 1995.
Quelle descente aux enfers ! Son statut de paria en France a largement contribué à sa pauvreté, contraint d’utiliser des prête-noms, pour tout ce qui relève de l’administration, et d’investir son colossal magot (entre 600 et 800 millions de dollars) qu’il a détourné dans les caisses haïtiennes.
Son non statut est lié à la manière qu’il est rentré sur le sol français le 8 Février 1986, quand il est arrivé à Grasse. Immédiatement frappé d’un arrêté de reconduite à la frontière pour séjour illégal. Allez comprendre, officiellement les autorités françaises recherchent toujours un pays d’accueil pour son hôte, mais voilà personne ne veut recevoir cet encombrant personnage. Malgré de l’argent mis sur la table par Laurent Fabius, alors premier ministre, personne ne bouge, peine perdue.
Dans son livre « les blessures de la vérité », le deuxième premier ministre de François Mitterrand affirme : « Les Etats-Unis frappaient à toutes les portes pour trouver une terre d’asile pour Baby Doc, des sommes considérables ont été offertes au pays qui acceptait de le recevoir. Mais la partie n’était pas facile, car les pays, qui se portèrent volontiers candidats pou l’accueillir, étaient ceux d’Afrique, ceux dont justement la femme du dictateur, Michèle Bennett, ne voulut pas entendre et refusa toutes propositions qui ne soient pas un pays occidental. D’autres pays, comme l’Espagne en Europe, ont été consultés, mais ont décliné l’offre, arguant que leurs opinions publiques n’accepteraient pas. Or, en Haïti, le face à face entre les derniers mohicans du duvaliérisme, les tontons macoutes et les manifestants qui commencèrent à brûler les écoles, pouvait dégénérer à tout moment ».
En tout cas, le piège s’est refermé littéralement sur le Gouvernement de Laurent Fabius qui avait appelé les américains à respecter leurs engagements. Peine perdue, ils sont devenus amnésiques, et Baby Doc est toujours en France.
Et l’ancien premier ministre, vingt deux ans après, de constater : « Duvalier, qu’on ne peut tout de même pas faire repartir de France, pour le lâcher du haut d’un avion en pleine mer, reste chez nous. L’opposition haïtienne, devenue majoritaire, proteste contre notre accueil mollement d’ailleurs. Les organisations françaises des droits de l’homme nous accablent. Les Etats-Unis s’en lavent les mains. Et nous, nous les défenseurs des droits de l’homme, nous passons pour des incohérents et des menteurs ».
Le droit d’asile, qui ne devait pas excéder huit jours, est de toute évidence un vœu pieux. Entre les autorités françaises et son avocat, l’un des ténors du barreau parisien, Maître Vaisse, le statut juridique de l’ancien homme fort d’Haïti, quelle que soit la couleur des autorités qui dirigent la France, fait débat.
Mais Baby doc est toujours un sans papier, donc vivant illégalement sur le territoire, au point que, de temps à autre, la polémique enfle.
Ainsi, après l’arrestation de Pinochet, des associations françaises et haïtiennes ont-elles décidé de remettre sur le tapis le cas de Duvalier réfugié en France. Dans un premier temps, elles ont déposé une plainte pour crime contre l’humanité, l’affaire est encore à l’étude, donc au point mort.
Jean Claude Duvalier pensait s’en tirer à bon compte, mais c’était sans compter avec la ténacité d’un Gérald Bloncourt qui jure, tant il est vivant, que Jean Claude Duvalier doit savoir qu’il doit rendre des comptes.
En 1998, le débat autour des sans papiers a attiré les foudres des militants des droits de l’homme dont un français, Jacques Samyn, ami des haïtiens qui a décidé de faire un pied de nez au ministre de l’intérieur de l’époque, Jean Pierre Chevènement. Il contacte un panel de députés et de sénateurs qui, pour la plupart, refusent de jouer le jeu. Mais, Maxime Gremetz, député communiste de la Somme, accepte et interroge le ministre de l’intérieur.
Le débat autour de Baby Doc s’envenime une fois de plus : Jean Pierre Chevènement qui lui répond le 25 Janvier 1998 : « en principe, Jean-Claude Duvalier est un sans-papiers comme un autre. Bien entendu, s’il fait l’objet d’un contrôle sur le territoire français et s’il ne possède pas de titre de séjour, il est susceptible de voir engager à son encontre une procédure de reconduite à la frontière, comme tout étranger en situation irrégulière dans les mêmes conditions ».
Son avocat, maître Vaisse, s’insurge contre cette déclaration et assène que son client « bénéficie d’un asile régalien ».
Faux, rétorque le Cabinet de Jean Pierre Chevènement, d’autant plus que le parti socialiste, entre temps poussé par la base, adopte une motion demandant à ce que les autorités judiciaires s’en mêlent, ce qui fut fait.
La justice a délivré une citation directe pour séjour irrégulier à l’encontre de Jean Claude Duvalier devant le tribunal correctionnel de Grasse. Mais, à l’audience, il n’est pas là, les organisations des droits de l’homme qui défendent les sans papiers s’insurgent : pourquoi réserver un accueil particulier à un dictateur (de père en fils), quand des honnêtes citoyens sont persécutés par la police pour séjour irrégulier ?
Le ministère de l’Intérieur fit clore le débat par cette pirouette qui en dit long sur l’ambigüité des autorités françaises quant à la présence de l’ancien dictateur haïtien sur leur sol.
Quand Jean-Claude Duvalier n’est plus persona non grata dans la communauté haïtienne
Cependant, compte tenu de ce qu’a été l’aristidisme en Haïti, les intellectuels haïtiens de gauche à Paris ne le tiennent plus rigueur au fil des années. C’est une sorte d’indifférence, voire une forme de pitié qui s’installe. Même ceux qui ont perdu un parent, des frères, des sœurs, ont ravalé leurs rancunes contre le fils de Papa doc. Ainsi, le voit-on, de plus en plus, dans des milieux haïtiens à Paris, parfois lors des funérailles ou encore lors des communions ou baptêmes.
Ironie du sort, Jean Claude Duvalier, qui a vendu son château Théméricourt dans le Val d’Oise en 1992, est un sans domicile fixe : tantôt il vit à l’hôtel (ce fut le cas pendant plus de cinq ans aux Champs Elysées, à l’hôtel Marriott appartenant à Al Fayed qui a eu ses premiers millions grâce à papa Doc), tantôt chez son fils aîné qui avait commencé des études à l’institut libre de l’économie et des relations internationales (lLERI), qu’il a abandonnées depuis.
Dans sa traversée de désert, Jean Claude Duvalier n’a trouvé personne pour l’aider, à part les chauffeurs de taxis haïtiens qui, de temps à autre, lui viennent en aide financièrement en cotisant. Ses anciens ministres, qui se sont amplement enrichis sous son règne, ne lui ont jamais manifesté la moindre solidarité.
(…) [2]
Tout le monde a abandonné Baby Doc, y compris sa femme qui l’a quitté en 1990 pour un riche cannois. Les dettes se sont accumulées au point que l’ancien président a passé une petite annonce dans un journal local à la recherche du travail.
Pour cause, en 1994, il s’est déclaré ruiné. Au magazine VSD, il a confié qu’il ne vit que grâce à la solidarité de la communauté Haïtienne.
Cependant, en 2005, Jean-Claude Duvalier (aurait) reçu une bonne nouvelle, une première depuis le 7 Février 1986 : l’Etat Haïtien lui (aurait) délivré un passeport diplomatique. Mais, une fois arrivé à échéance (si tel est le cas), rien ne dit que le gouvernement en place voudrait lui renouveler son passeport.
En tout cas, un retour éventuel de Jean-Claude Duvalier dans son pays fera, qu’on le veuille ou non, l’objet de négociation entre Français et Haïtiens.
Contact :[magloiredemesmin@live.fr –>magloiredemesmin@live.fr]
[1] ndlr : partie non publiée pour convenance rédactionnelle
[2] Ndlr : ibidem
mercredi 6 février 2008
LE FUTUR PRESIDENT DANS UNE AMERIQUE DIVISEE
Il y a presque deux mois, les pondîtes de la presse ont chanté les funérailles politiques de John McCain. Il y a presque deux mois, les ennemis d’Hillary Clinton dans la presse ont enterre ses aspirations politiques. On en a assez des Clintons. Il ya presque deux mois, les experts d’opinion de la presse ignoraient la présence de Mike Huckabee, l’ancien gouverneur de l’Etat d’Arkansas. Maintenant l’équation politique a changé.
De la Floride, le Révérend Mike Huckabee s’exclamait sans ambages : « Je vais rester dans la course jusqu'à ce qu’un candidat obtienne les mile cent quatre-vingt onze délégués requis pour sceller la nomination du parti républicain. » Y-a-t’il une guerre froide de religions en cours aux Etats-Unis ? Protestantisme versus Mormonisme. Les Etats-Unis veulent-ils ou non élire un mormon a la Magistrature Suprême de l’Etat ?
Les conservateurs de l’extrême droite n’aiment pas John McCain. Mitt Romney, ancien gouverneur de Massachussetts et Mike Huckabee partagent les votes des conservateurs. Tout vote en faveur de Mike Huckabee est un vote perdu par Mitt Romney, un adhérent de la foi mormone. Avec cette perte, il est incapable d’opposer fermement John McCain. Mitt Romney est foutu.
Les conservateurs de l’extrême droite sont très mecontents de l’ascendance de John McCain. Les modérés l’adorent. Rush Limbaugh et Ann Coulter, deux voix puissantes de l’extrême droite, n’hésiteront pas a abandonner le navire conservatiste pour appuyer Hillary Clinton, un libéral a leurs yeux. Prenez note : ils ne disaient pas Obama. Glenn Beck, une personnalité forte de la radio et télévision s’exclamait le lundi avant les primaires du Mardi, 5 Février 2008 : « Si l’Amérique vote mal, le soleil va exploser ». L’Amérique est divisée.
· Les noirs ont voté massivement pour Barack H. Obama.
· Les voteurs d’origine latine et asiatique ont votee pour Hillary R. Clinton
· Les hommes blancs, qui sont anti-femme, ont votee pour Barack H. Obama. On se demande qui ils voteraient pour si le choix est entre un blanc et un noir ?
· Les femmes blanches d’un certain âge supportaient Hillary R. Clinton
· Les jeunes, blancs ou noirs, ont votee pour Barack H. Obama
· Les gens âgés supportaient Hillary R. Clinton
· Les conservateurs de l’extrême droite ont supporte Mitt Romney et Mike Huckabee
· Les modérés ont votee pour John McCain
Puisque les républicains vont occuper la Maison Blanche, le cartel John McCain-Mike Huckabee semble être la solution idéale dans une Amérique divisée par les mésententes mesquines. Ce cartel unifiera au moins le parti républicain déjà fracturé et le nouveau président se mettra vite a la tache pour tendre la branche d’olive, après tout nous sommes tous américains.
De la Floride, le Révérend Mike Huckabee s’exclamait sans ambages : « Je vais rester dans la course jusqu'à ce qu’un candidat obtienne les mile cent quatre-vingt onze délégués requis pour sceller la nomination du parti républicain. » Y-a-t’il une guerre froide de religions en cours aux Etats-Unis ? Protestantisme versus Mormonisme. Les Etats-Unis veulent-ils ou non élire un mormon a la Magistrature Suprême de l’Etat ?
Les conservateurs de l’extrême droite n’aiment pas John McCain. Mitt Romney, ancien gouverneur de Massachussetts et Mike Huckabee partagent les votes des conservateurs. Tout vote en faveur de Mike Huckabee est un vote perdu par Mitt Romney, un adhérent de la foi mormone. Avec cette perte, il est incapable d’opposer fermement John McCain. Mitt Romney est foutu.
Les conservateurs de l’extrême droite sont très mecontents de l’ascendance de John McCain. Les modérés l’adorent. Rush Limbaugh et Ann Coulter, deux voix puissantes de l’extrême droite, n’hésiteront pas a abandonner le navire conservatiste pour appuyer Hillary Clinton, un libéral a leurs yeux. Prenez note : ils ne disaient pas Obama. Glenn Beck, une personnalité forte de la radio et télévision s’exclamait le lundi avant les primaires du Mardi, 5 Février 2008 : « Si l’Amérique vote mal, le soleil va exploser ». L’Amérique est divisée.
· Les noirs ont voté massivement pour Barack H. Obama.
· Les voteurs d’origine latine et asiatique ont votee pour Hillary R. Clinton
· Les hommes blancs, qui sont anti-femme, ont votee pour Barack H. Obama. On se demande qui ils voteraient pour si le choix est entre un blanc et un noir ?
· Les femmes blanches d’un certain âge supportaient Hillary R. Clinton
· Les jeunes, blancs ou noirs, ont votee pour Barack H. Obama
· Les gens âgés supportaient Hillary R. Clinton
· Les conservateurs de l’extrême droite ont supporte Mitt Romney et Mike Huckabee
· Les modérés ont votee pour John McCain
Puisque les républicains vont occuper la Maison Blanche, le cartel John McCain-Mike Huckabee semble être la solution idéale dans une Amérique divisée par les mésententes mesquines. Ce cartel unifiera au moins le parti républicain déjà fracturé et le nouveau président se mettra vite a la tache pour tendre la branche d’olive, après tout nous sommes tous américains.
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