Haïti : Faire de la planification familiale une réalité
lundi 14 juillet 2008
Par Marie Visart
P-au-P., 14 juillet 08 [AlterPresse] --- « Il faut poser la question de la planification familiale en terme de droits », confirme la sociologue Danièle Magloire, le 11 juillet 2008, lors de la journée mondiale de la Population qui s’est déroulée autour du thème « La Planification Familiale : C’est un droit, faisons-en une réalité », à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse.
Organisée par les Fonds des Nations Unies Pour la Population (UNFPA) et le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) en partenariat avec le Réseau National en Population et Développement (RNPD), cette journée a été l’occasion d’aborder les questions relatives à la planification familiale portant sur ses enjeux et sa nécessité pour l’avenir du peuple haïtien et son environnement.
Tout d’abord, pour Magloire, il est impératif de poser la question en terme de droit car « il faut consacrer ce droit au niveau étatique pour qu’il soit reconnu et respecté ».
Il semblerait que, depuis la conférence de 1994 au Caire, la politique du gouvernement haïtien en matière de santé publique n’a pas beaucoup évolué. En effet, il semble que le pays soit dans l’illégalité s’agissant de cette question, car les citoyennes se retrouvent dans l’impasse si leurs droits sont violés.
« La planification familiale s’est mise en place sans que l’Etat haïtien n’ait jamais eu à se prononcer sur ce sujet. Cela leur a permis de faire l’économie de mettre en place un système de recours en justice dans le cas où les citoyens sont victimes », explique Magloire.
Deuxièmement, il faut démédicaliser la contraception pour prendre en considération la conscience humaine trop souvent mise de côté.
« En prenant en compte les individus avec leurs interrogations, on peut proposer des choix adaptés et leur offrir plus d’alternatives, leur permettant ainsi de faire leurs propres choix et donc de se responsabiliser », précise-t-elle, car ce sont des êtres sociaux inscrits dans une dynamique.
La planification familiale doit être abordée en terme de droit, droit de choisir le nombre d’enfants désirés, droit d’interrompre une grossesse non désirée, droit d’avorter dans des conditions sanitaires décentes. L’avortement, en terme de droit, doit se porter comme un dernier recours et ne doit pas être systématisé.
L’utilisation de la contraception diffère suivant l’âge. Il n’y a pas d’étude portant sur ce sujet. Pourtant, il est clair que les femmes ne vivent pas leur sexualité de manière identique et n’utilisent pas les mêmes moyens de contraception suivant leur maturité.
Par ailleurs, il est nécessaire que la femme connaisse son corps, qu’elle soit éduquée sur ce sujet, pour qu’elle le maîtrise afin de lui donner la possibilité de faire des choix conscients et raisonnés.
Par exemple, peu de jeunes filles connaissent leur corps et son fonctionnement. Donc, pour ces raisons elles se retrouvent enceintes très jeunes.
« L’avortement, qui est l’un des recours aux grossesses non désirées, est pratiqué dans toutes les couches de la société. Mais, si la personne vient d’un milieu aisé, elle recevra des soins appropriés ».
L’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (HUEH), plus connu sous le nom d’hôpital général, ne reçoit, semble-t-il, que les conséquences des avortements mal maîtrisés. La société se doit de répondre de manière responsable à cette question car il y a une injustice sociale.
« Ainsi, faudrait-il qu’une enquête nationale soit réalisée sur l’utilisation des moyens contraceptifs, qui prendrait en compte, entre autres, les paramètres précédemment cités, afin d’offrir un service approprié », propose Danièle Magloire.
En effet, le manque d’éducation sexuelle a une conséquence en terme de violence et en terme de propagation de maladies sexuellement transmissibles. En règle générale, il existe peu d’espace dans la société haïtienne pour pouvoir échanger sur ce sujet de planification familiale avec tout ce qu’elle implique.
En troisième lieu, Magloire souhaite que soit analysée la question démographique. Etant donné que la population est constituée d’un âge médian atteignant 21 ans, cela implique que les savoirs sociaux et la mémoire des acquis peuvent poser problèmes.
D’une manière générale, il faudrait savoir quels services de santé faut-il mettre en place pour une meilleure planification dans le pays ? Mais, également quels services d’information et d’éducation seront les plus appropriés pour répondre aux besoins de la population ?
A l’heure actuelle, les failles constatées et l’absence de suivi posent un réel problème dans la réalisation effective de la planification familiale en Haïti.[mv rc apr 14/07/2008 17:20]
mardi 15 juillet 2008
HAITI - PREMIER MINISTRE: LES VRAIS ENJEUX
Haïti-Premier ministre : Les vrais enjeux
lundi 14 juillet 2008
par Vario Serant
La désignation de Michèle Duvivier Pierre-Louis par le président René Préval au poste de Premier ministre, après les rejets successifs par le Parlement de ses deux prédécesseurs, Pierre Éricq Pierre et Robert Manuel, a donné lieu à un débat passionné, émotionnel, et la plupart du temps, scabreux et stérile.
D’ailleurs, le terme débat est peut-être impropre, si l’on se réfère au sens que confèrent à ce concept les penseurs de la modernité.
Le débat actuel face aux ingrédients de la modernité
Dans ce pays où l’on mutile quotidiennement l’histoire, à des fins individuelles, et où la langue de bois règne en maître, la lecture ou la relecture, par certains, de « Communication et Etat de droit Selon Juergen Habermas Patriotisme constitutionnel et reconnaissance de l’autre en Haïti » (Hérold Toussaint, 2004) pourrait leur permettre de découvrir la dimension libératrice de la raison et de la critique (la vraie), de mieux appréhender les concepts d’argumentation, d’intercompréhension, d’éthique de la discussion, d’espace public, de démocratie délibérative, et j’en passe.
Nous vivons dans un pays où chacun fait ses normes sans se soucier d’avoir un encrage théorique et conceptuel solide, la médiocrité ambiante aidant.
Comme le note Jürgen Habermas, « une norme n’est légitime que si elle est fondée sur des raisons publiques résultant d’un processus de délibération. Dans cette perspective, tous les citoyens peuvent être invités à participer à ce processus et à coopérer librement ».
Dans le cas d’Haïti, la discussion politique achoppe sur un problème de taille. Habermas nous dit, je cite : « Pour avoir des chances égales de participer à des discussions d’ordre politique, il faut que tous les citoyens aient un accès égal aux connaissances liées à l’argumentation, à la prise de position et à la défense de vues morales. Sans cette dimension communicationnelle, il ne peut y avoir d’Etat de droit ». Une assertion qui devrait susciter débat dans la présente conjoncture en Haïti.
Le débat actuel et l’intérêt général
Aujourd’hui, comme hier, très rares sont les considérations et argumentations qui orientent le débat sous l’angle de la reconnaissance (des droits) de tous les individus (dans la société), de la reconnaissance par l’Etat d’une dette envers les citoyens et (de) la définition (et la mise en œuvre) ipso facto, d’un projet global axé sur l’intérêt général, c’est-à-dire de toutes les couches de la société.
C’est pourtant le vrai débat. Une telle posture théorique nous porterait à accorder une meilleure attention à la correspondance et aux interactions entre les relations sociales, les sphères économique et politique. Ceux-là qui veulent approfondir ces éléments que nous avançons peuvent se plonger ou se replonger dans deux des ouvrages de Frédéric Gérald-Chéy : La crise permanente (Société, économie et politique en Haïti), paru en 2005, et Discours et décisions, sorti en 2004.
Dans l’un de ses ouvrages, l’auteur évoque même l’impasse du vote démocratique en Haïti. Il nous dit en effet, je cite : « Le vote du citoyen peut paraître sans intérêt dans la mesure où il ne détermine pas une politique de l’Etat qui porte sur l’intérêt général ».
Le débat actuel face aux futurs possibles
Sortir de cette impasse demande tout d’abord une relative concordance des discours des élites avec l’organisation sociale, les pratiques sociales, politiques et économiques. Dans le cas contraire, les élites auront beau se gaver, à longueur de journées, de concepts de modernité et d’État de droit ; mais notre Haïti chérie conservera longtemps encore les attributs d’une société semi-féodale.
Depuis plusieurs décennies, Haïti fait figure de cimetière par excellence des projets de développement successifs annoncés à grands renforts de publicité et financés à coup de millions par les pays « amis » d’Haïti et les institutions (financières) internationales. Toutes sortes de raisons sont généralement avancées pour expliquer ces échecs à répétition : la corruption des dirigeants haïtiens, l’instabilité politique chronique, l’incompétence, la mauvaise foi des élites et les diktats de certaines puissances étrangères. Mais comme nous le disions, après Frédéric Gérald Chéry, ce débat est rarement orienté vers les futurs possibles.
À propos de la campagne de rumeurs sur la vie intime de Michèle Duvivier Pierre-Louis, notamment dans les forums électroniques, certains y voient un alibi pour ne pas adresser les vrais problèmes du pays.
Quels sont les vrais enjeux pour Haïti qui devraient alimenter le débat actuellement ? Ils peuvent se voir à la lumière des différents indicateurs dans différents domaines. Il est vrai que les indicateurs n’expliquent pas tout.
Indicateurs d’Haïti et Horizon temporel des OMD
Pauvreté
Plus de la moitié des Haïtiens, soit 55%, ont un revenu inférieur à un dollar américain par jour. Pour rester dans l’horizon temporel des OMD, Haïti devrait ramener l’incidence de la pauvreté extrême à 39,6% d’ici aux sept prochaines années et à 44,5% d’ici à la fin du mandat de l’actuel chef de l’État, soit fin 2010-début 2011.
La Faim
Plus de la moitié de la population Haïtienne (soit 51,0%) souffre de la faim contre 65,0% en 1990/1992. Pour respecter l’échéance des OMD, Haïti devrait porter le taux de personnes souffrant de la faim à 32,5% d’ici à 2015.
L’éducation primaire pour tous
Le taux net de scolarisation est passé de 43,0% en 1990 à 49,0% en 2003. D’ici à 2015, Haïti se devrait donc de ramener ce taux à 100% pour rester dans l’horizon temporel des OMD.
L’égalité des sexes
Haïti a déjà atteint l’objectif relatif à l’équité des sexes au primaire et au secondaire. En effet, 49,8% de filles fréquentent l’école primaire contre 48,1% de garçons. En revanche, au niveau secondaire, le taux de fréquentation scolaire pour les filles est de 53,1% contre 52,2% pour les garçons.
La mortalité infanto-juvénile
Haïti présente le plus fort taux de mortalité infanto-juvénile dans les Amériques. Pour chaque mille naissances vivantes, 86 enfants de moins de 5 ans meurent (en 2005) contre 119 pour mille en 1997 et 131 (pour mille) en 1992. D’ici à 2015, Haïti se devrait de ramener le taux (de mortalité infanto-juvénile) à 44,5 pour mille.
Santé maternelle
Haïti a également le taux de mortalité le plus élevé des Amériques. Le ratio de mortalité maternelle en Haïti va totalement à contre-courant des OMD, passant de 457 décès maternels pour 100 mille naissances vivantes en 1991 à 523 décès maternels pour 100 mille naissances vivantes. La tendance à la hausse s’est précisée en 2005 avec un taux (de mortalité maternelle) de 620 pour 100 mille naissances vivantes. Pour rester dans l’horizon temporel des OMD, Haïti se devrait de ramener ce taux, d’ici à 2015, à 114 pour 100 mille naissances vivantes.
Lutte contre le VIH-SIDA
Quatre-vingt-cinq pour cent (85%) des PV-VIH dans la Caraïbe se concentrent en Haïti et en République Dominicaine. Ces quatorze dernières années, le taux de prévalence du VIH/Sida n’a cessé de baisser, passant, de 1993 à 2004, de 6,2% à 3,2%. Il faut toutefois avoir en ligne de mire la mortalité (parmi les PVVIH) qui peut également peser dans la baisse du taux de prévalence.
Paludisme et autres grandes maladies
Concernant d’autres grandes maladies comme le paludisme et la tuberculose, leur prévalence demeure élevée en Haïti. Pour le paludisme, le taux (de prévalence) est passé de 3,9% en 1994 à 17,0% en 2002. Quant à la tuberculose, elle représentait encore en 1999 la sixième cause de mortalité en Haïti, une des premières causes de mortalité infantile étant les infections respiratoires aigues (IRA).
La visibilité de l’environnement
La situation environnementale d’Haïti se traduit notamment par un très faible taux de couverture forestière (9% en 2000 contre 4% en 1987 et moins de 2% actuellement), un déboisement accéléré des bassins versants (de l’ordre de 83%), une urbanisation anarchique et sauvage (40% en 1982 contre 24% en 1971 et 12% en 1950) et un faible accès de la population à une source d’eau de qualité (54% de la population n’ont pas accès à l’eau potable en 2000). Pour rester dans l’horizon temporel des OMD, Haïti se devrait de garantir, d’ici à 2015, l’accès à l’eau potable à plus de 60% de la population (62% plus exactement).
Conclusion
Bref, on réalise que dans le débat actuel, les dimensions démo-économique et socio-culturelle sont totalement occultées. Or, on ne saurait faire l’économie de ces dimensions si on veut véritablement changer le cours des choses, engager le pays sur la voie du développement.
C’est l’occasion de saluer une récente initiative du Centre en population et développement (CEPODE) d’engager une réelle réflexion sur la crise contemporaine haïtienne. Réflexion qui a porté les conférenciers dont le docteur en études du développement, Fritz Dorvilier, à analyser l’anachronisme de l’économie morale, l’inadaptation de l’économie de subsistance à la lumière de textes de Scot, Bourdieu et Harden.
L’occasion également pour les intervenants de rappeler la véritable fonction de l’État/gouvernement, à savoir poursuivre des buts, comme le dirait Parsons.
....................
Références
CHERY, Frédéric-Gérald : Discours et décision, Ed. Henri Deschamps, Nov. 2004
CHERY, Frédéric-Gérald : Société, économie et politique en Haïti (La crise permanente), Editions des Antilles S.A., P-au-P, Sept. 2005
HABERMAS, Jurgen : L’espace public, Ed. Payot, Paris 1992 (traduction en français de Marc B. de Launay).
« Haïti : Quel avenir » in « Nou Tout Konte », chronique sur population et développement, AlterPresse, 3 oct. 2007
« Haïti : Rompre le cycle de l’inégalité » in « Nou Tout Konte », chronique sur population et développement, AlterPresse, 26 sept. 2007
« Haïti : l’impasse de la démocratie et du vote démocratique » in AlterPresse, 27 déc. 2005
« Haïti : Utopie et projet collectif » in AlterPresse, 14 fév. 2005
« L’espace Haïtien face au péril de l’environnement et aux incertitudes économiques et démographiques » in AlterPresse, 31 Juillet 2007
« Penser avec Jürgen Habermas dans le contexte haïtien » in AlterPresse, 24 déc. 2004
« Recommandations sur Population et Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) », Dépliant du RNPD (Réseau National en (Population et Développement)
Séances du cours “Population et Pauvreté » animé par le prof. Dario-Styve Célestin, CEPODE, 2007
« The Millenium Development Goals Report », United Nations, 2006
TOUSSAINT, Hérold, « Communication et Etat de droit Selon Juergen Habermas Patriotisme constitutionnel et reconnaissance de l’autre en Haïti (Patriotisme constitutionnel et reconnaissance de l’autre en Haïti) », Éd. H. Deschamps, P-au-P, 2004
Vario Serant [AlterPresse - Haiti]
lundi 14 juillet 2008
par Vario Serant
La désignation de Michèle Duvivier Pierre-Louis par le président René Préval au poste de Premier ministre, après les rejets successifs par le Parlement de ses deux prédécesseurs, Pierre Éricq Pierre et Robert Manuel, a donné lieu à un débat passionné, émotionnel, et la plupart du temps, scabreux et stérile.
D’ailleurs, le terme débat est peut-être impropre, si l’on se réfère au sens que confèrent à ce concept les penseurs de la modernité.
Le débat actuel face aux ingrédients de la modernité
Dans ce pays où l’on mutile quotidiennement l’histoire, à des fins individuelles, et où la langue de bois règne en maître, la lecture ou la relecture, par certains, de « Communication et Etat de droit Selon Juergen Habermas Patriotisme constitutionnel et reconnaissance de l’autre en Haïti » (Hérold Toussaint, 2004) pourrait leur permettre de découvrir la dimension libératrice de la raison et de la critique (la vraie), de mieux appréhender les concepts d’argumentation, d’intercompréhension, d’éthique de la discussion, d’espace public, de démocratie délibérative, et j’en passe.
Nous vivons dans un pays où chacun fait ses normes sans se soucier d’avoir un encrage théorique et conceptuel solide, la médiocrité ambiante aidant.
Comme le note Jürgen Habermas, « une norme n’est légitime que si elle est fondée sur des raisons publiques résultant d’un processus de délibération. Dans cette perspective, tous les citoyens peuvent être invités à participer à ce processus et à coopérer librement ».
Dans le cas d’Haïti, la discussion politique achoppe sur un problème de taille. Habermas nous dit, je cite : « Pour avoir des chances égales de participer à des discussions d’ordre politique, il faut que tous les citoyens aient un accès égal aux connaissances liées à l’argumentation, à la prise de position et à la défense de vues morales. Sans cette dimension communicationnelle, il ne peut y avoir d’Etat de droit ». Une assertion qui devrait susciter débat dans la présente conjoncture en Haïti.
Le débat actuel et l’intérêt général
Aujourd’hui, comme hier, très rares sont les considérations et argumentations qui orientent le débat sous l’angle de la reconnaissance (des droits) de tous les individus (dans la société), de la reconnaissance par l’Etat d’une dette envers les citoyens et (de) la définition (et la mise en œuvre) ipso facto, d’un projet global axé sur l’intérêt général, c’est-à-dire de toutes les couches de la société.
C’est pourtant le vrai débat. Une telle posture théorique nous porterait à accorder une meilleure attention à la correspondance et aux interactions entre les relations sociales, les sphères économique et politique. Ceux-là qui veulent approfondir ces éléments que nous avançons peuvent se plonger ou se replonger dans deux des ouvrages de Frédéric Gérald-Chéy : La crise permanente (Société, économie et politique en Haïti), paru en 2005, et Discours et décisions, sorti en 2004.
Dans l’un de ses ouvrages, l’auteur évoque même l’impasse du vote démocratique en Haïti. Il nous dit en effet, je cite : « Le vote du citoyen peut paraître sans intérêt dans la mesure où il ne détermine pas une politique de l’Etat qui porte sur l’intérêt général ».
Le débat actuel face aux futurs possibles
Sortir de cette impasse demande tout d’abord une relative concordance des discours des élites avec l’organisation sociale, les pratiques sociales, politiques et économiques. Dans le cas contraire, les élites auront beau se gaver, à longueur de journées, de concepts de modernité et d’État de droit ; mais notre Haïti chérie conservera longtemps encore les attributs d’une société semi-féodale.
Depuis plusieurs décennies, Haïti fait figure de cimetière par excellence des projets de développement successifs annoncés à grands renforts de publicité et financés à coup de millions par les pays « amis » d’Haïti et les institutions (financières) internationales. Toutes sortes de raisons sont généralement avancées pour expliquer ces échecs à répétition : la corruption des dirigeants haïtiens, l’instabilité politique chronique, l’incompétence, la mauvaise foi des élites et les diktats de certaines puissances étrangères. Mais comme nous le disions, après Frédéric Gérald Chéry, ce débat est rarement orienté vers les futurs possibles.
À propos de la campagne de rumeurs sur la vie intime de Michèle Duvivier Pierre-Louis, notamment dans les forums électroniques, certains y voient un alibi pour ne pas adresser les vrais problèmes du pays.
Quels sont les vrais enjeux pour Haïti qui devraient alimenter le débat actuellement ? Ils peuvent se voir à la lumière des différents indicateurs dans différents domaines. Il est vrai que les indicateurs n’expliquent pas tout.
Indicateurs d’Haïti et Horizon temporel des OMD
Pauvreté
Plus de la moitié des Haïtiens, soit 55%, ont un revenu inférieur à un dollar américain par jour. Pour rester dans l’horizon temporel des OMD, Haïti devrait ramener l’incidence de la pauvreté extrême à 39,6% d’ici aux sept prochaines années et à 44,5% d’ici à la fin du mandat de l’actuel chef de l’État, soit fin 2010-début 2011.
La Faim
Plus de la moitié de la population Haïtienne (soit 51,0%) souffre de la faim contre 65,0% en 1990/1992. Pour respecter l’échéance des OMD, Haïti devrait porter le taux de personnes souffrant de la faim à 32,5% d’ici à 2015.
L’éducation primaire pour tous
Le taux net de scolarisation est passé de 43,0% en 1990 à 49,0% en 2003. D’ici à 2015, Haïti se devrait donc de ramener ce taux à 100% pour rester dans l’horizon temporel des OMD.
L’égalité des sexes
Haïti a déjà atteint l’objectif relatif à l’équité des sexes au primaire et au secondaire. En effet, 49,8% de filles fréquentent l’école primaire contre 48,1% de garçons. En revanche, au niveau secondaire, le taux de fréquentation scolaire pour les filles est de 53,1% contre 52,2% pour les garçons.
La mortalité infanto-juvénile
Haïti présente le plus fort taux de mortalité infanto-juvénile dans les Amériques. Pour chaque mille naissances vivantes, 86 enfants de moins de 5 ans meurent (en 2005) contre 119 pour mille en 1997 et 131 (pour mille) en 1992. D’ici à 2015, Haïti se devrait de ramener le taux (de mortalité infanto-juvénile) à 44,5 pour mille.
Santé maternelle
Haïti a également le taux de mortalité le plus élevé des Amériques. Le ratio de mortalité maternelle en Haïti va totalement à contre-courant des OMD, passant de 457 décès maternels pour 100 mille naissances vivantes en 1991 à 523 décès maternels pour 100 mille naissances vivantes. La tendance à la hausse s’est précisée en 2005 avec un taux (de mortalité maternelle) de 620 pour 100 mille naissances vivantes. Pour rester dans l’horizon temporel des OMD, Haïti se devrait de ramener ce taux, d’ici à 2015, à 114 pour 100 mille naissances vivantes.
Lutte contre le VIH-SIDA
Quatre-vingt-cinq pour cent (85%) des PV-VIH dans la Caraïbe se concentrent en Haïti et en République Dominicaine. Ces quatorze dernières années, le taux de prévalence du VIH/Sida n’a cessé de baisser, passant, de 1993 à 2004, de 6,2% à 3,2%. Il faut toutefois avoir en ligne de mire la mortalité (parmi les PVVIH) qui peut également peser dans la baisse du taux de prévalence.
Paludisme et autres grandes maladies
Concernant d’autres grandes maladies comme le paludisme et la tuberculose, leur prévalence demeure élevée en Haïti. Pour le paludisme, le taux (de prévalence) est passé de 3,9% en 1994 à 17,0% en 2002. Quant à la tuberculose, elle représentait encore en 1999 la sixième cause de mortalité en Haïti, une des premières causes de mortalité infantile étant les infections respiratoires aigues (IRA).
La visibilité de l’environnement
La situation environnementale d’Haïti se traduit notamment par un très faible taux de couverture forestière (9% en 2000 contre 4% en 1987 et moins de 2% actuellement), un déboisement accéléré des bassins versants (de l’ordre de 83%), une urbanisation anarchique et sauvage (40% en 1982 contre 24% en 1971 et 12% en 1950) et un faible accès de la population à une source d’eau de qualité (54% de la population n’ont pas accès à l’eau potable en 2000). Pour rester dans l’horizon temporel des OMD, Haïti se devrait de garantir, d’ici à 2015, l’accès à l’eau potable à plus de 60% de la population (62% plus exactement).
Conclusion
Bref, on réalise que dans le débat actuel, les dimensions démo-économique et socio-culturelle sont totalement occultées. Or, on ne saurait faire l’économie de ces dimensions si on veut véritablement changer le cours des choses, engager le pays sur la voie du développement.
C’est l’occasion de saluer une récente initiative du Centre en population et développement (CEPODE) d’engager une réelle réflexion sur la crise contemporaine haïtienne. Réflexion qui a porté les conférenciers dont le docteur en études du développement, Fritz Dorvilier, à analyser l’anachronisme de l’économie morale, l’inadaptation de l’économie de subsistance à la lumière de textes de Scot, Bourdieu et Harden.
L’occasion également pour les intervenants de rappeler la véritable fonction de l’État/gouvernement, à savoir poursuivre des buts, comme le dirait Parsons.
....................
Références
CHERY, Frédéric-Gérald : Discours et décision, Ed. Henri Deschamps, Nov. 2004
CHERY, Frédéric-Gérald : Société, économie et politique en Haïti (La crise permanente), Editions des Antilles S.A., P-au-P, Sept. 2005
HABERMAS, Jurgen : L’espace public, Ed. Payot, Paris 1992 (traduction en français de Marc B. de Launay).
« Haïti : Quel avenir » in « Nou Tout Konte », chronique sur population et développement, AlterPresse, 3 oct. 2007
« Haïti : Rompre le cycle de l’inégalité » in « Nou Tout Konte », chronique sur population et développement, AlterPresse, 26 sept. 2007
« Haïti : l’impasse de la démocratie et du vote démocratique » in AlterPresse, 27 déc. 2005
« Haïti : Utopie et projet collectif » in AlterPresse, 14 fév. 2005
« L’espace Haïtien face au péril de l’environnement et aux incertitudes économiques et démographiques » in AlterPresse, 31 Juillet 2007
« Penser avec Jürgen Habermas dans le contexte haïtien » in AlterPresse, 24 déc. 2004
« Recommandations sur Population et Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) », Dépliant du RNPD (Réseau National en (Population et Développement)
Séances du cours “Population et Pauvreté » animé par le prof. Dario-Styve Célestin, CEPODE, 2007
« The Millenium Development Goals Report », United Nations, 2006
TOUSSAINT, Hérold, « Communication et Etat de droit Selon Juergen Habermas Patriotisme constitutionnel et reconnaissance de l’autre en Haïti (Patriotisme constitutionnel et reconnaissance de l’autre en Haïti) », Éd. H. Deschamps, P-au-P, 2004
Vario Serant [AlterPresse - Haiti]
HAITI: FLAMBEE CONTINUE DES PRIX DES PRODUITS ALIMENTAIRES
Haiti : Flambée continue des prix des produits alimentaires
lundi 14 juillet 2008
P-au-P., 14 juil. 08 [AlterPresse] --- La plupart des produits alimentaires de base ont subi une hausse considérable depuis les manifestations d’avril dernier contre la cherté de la vie, constate AlterPresse.
Les prix des produits tels que le riz, le maïs, la farine, le sucre blanc, l’huile, les lames, les mangues ont fortement augmenté.
La palme revient au sac de maïs qui était à 400,00 gourdes l’année passée et qui aujourd’hui revient à 1050,00 gourdes (1,00 USD = 37,50 gourdes). Sur le marché, la marmite de maïs haïtien coûte 100,00 gourdes, donc moins cher que le maïs importé de Etats-Unis qui est à 150,00 gourdes la marmite.
Le riz du pays est passé de 125,00 gourdes à 225,00 gourdes la marmite. Le prix du riz en provenance des Etats-Unis a cependant diminué. Avant la crise, le sac de riz états-unien s’élevait à 2500,00 gourdes et depuis il est à 2000,00 gourdes.
Cette différence de prix pour ce produit peut être préjudiciable aux producteurs haïtiens.
La marmite de petit mil qui revenait à 45,00 gourdes s’élève aujourd’hui à 100,00 gourdes.
S’agissant du blé, l’année dernière, la marmite vacillait entre 60,00 gourdes et 75,00 gourdes, mais aujourd’hui, elle atteint les 125,00 gourdes.
La marmite de blé qui coûtait entre 60,00 gourdes et 75,00 gourdes a presque doublé aujourd’hui et s’élève à 125,00 gourdes. De même pour le sac de farine qui est passé de 900,00 gourdes à 1500,00 gourdes.
Une douzaine de « véritables » (arbre véritable) passe de 100,00 gourdes à 150,00 gourdes et le gallon d’huile de 290,00 gourdes à 325,00 gourdes.
Pour le pois, le prix est redevenu à la norme c’est-à-dire 150,00 gourdes, tandis qu’en avril il avoisinait les 200,00 gourdes.
Le prix du sucre a connu une légère hausse. Le sac de sucre états-unien était à 1250,00 gourdes en avril et aujourd’hui il vaut presque 1500,00 gourdes. Une marmite de sucre blanc revient à 110,00 gourdes alors qu’une marmite de sucre roux, fabrication locale, revient à 100,00 gourdes.
La grosse marmite de café est passée de 150,00 gourdes à 250,00 gourdes.
S’agissant des mangues, il semblerait que les vendeurs préfèrent les acheter en gros aux usines qui leur refilent les produits qui ne sont pas exportables à un prix moins élevés. La douzaine de mangues qui revenait avant à 25,00 gourdes est à l’heure actuelle à 40,00 gourdes.
Des produits comme le lait, les spaghettis ont varié à la baisse. Le prix de la caisse de lait est passé de 700,00 gourdes à 690,00 gourdes et celui des spaghettis de 460,00 gourdes à 420,00 gourdes. [mv gp apr 14/07/2008 00:20]
lundi 14 juillet 2008
P-au-P., 14 juil. 08 [AlterPresse] --- La plupart des produits alimentaires de base ont subi une hausse considérable depuis les manifestations d’avril dernier contre la cherté de la vie, constate AlterPresse.
Les prix des produits tels que le riz, le maïs, la farine, le sucre blanc, l’huile, les lames, les mangues ont fortement augmenté.
La palme revient au sac de maïs qui était à 400,00 gourdes l’année passée et qui aujourd’hui revient à 1050,00 gourdes (1,00 USD = 37,50 gourdes). Sur le marché, la marmite de maïs haïtien coûte 100,00 gourdes, donc moins cher que le maïs importé de Etats-Unis qui est à 150,00 gourdes la marmite.
Le riz du pays est passé de 125,00 gourdes à 225,00 gourdes la marmite. Le prix du riz en provenance des Etats-Unis a cependant diminué. Avant la crise, le sac de riz états-unien s’élevait à 2500,00 gourdes et depuis il est à 2000,00 gourdes.
Cette différence de prix pour ce produit peut être préjudiciable aux producteurs haïtiens.
La marmite de petit mil qui revenait à 45,00 gourdes s’élève aujourd’hui à 100,00 gourdes.
S’agissant du blé, l’année dernière, la marmite vacillait entre 60,00 gourdes et 75,00 gourdes, mais aujourd’hui, elle atteint les 125,00 gourdes.
La marmite de blé qui coûtait entre 60,00 gourdes et 75,00 gourdes a presque doublé aujourd’hui et s’élève à 125,00 gourdes. De même pour le sac de farine qui est passé de 900,00 gourdes à 1500,00 gourdes.
Une douzaine de « véritables » (arbre véritable) passe de 100,00 gourdes à 150,00 gourdes et le gallon d’huile de 290,00 gourdes à 325,00 gourdes.
Pour le pois, le prix est redevenu à la norme c’est-à-dire 150,00 gourdes, tandis qu’en avril il avoisinait les 200,00 gourdes.
Le prix du sucre a connu une légère hausse. Le sac de sucre états-unien était à 1250,00 gourdes en avril et aujourd’hui il vaut presque 1500,00 gourdes. Une marmite de sucre blanc revient à 110,00 gourdes alors qu’une marmite de sucre roux, fabrication locale, revient à 100,00 gourdes.
La grosse marmite de café est passée de 150,00 gourdes à 250,00 gourdes.
S’agissant des mangues, il semblerait que les vendeurs préfèrent les acheter en gros aux usines qui leur refilent les produits qui ne sont pas exportables à un prix moins élevés. La douzaine de mangues qui revenait avant à 25,00 gourdes est à l’heure actuelle à 40,00 gourdes.
Des produits comme le lait, les spaghettis ont varié à la baisse. Le prix de la caisse de lait est passé de 700,00 gourdes à 690,00 gourdes et celui des spaghettis de 460,00 gourdes à 420,00 gourdes. [mv gp apr 14/07/2008 00:20]
samedi 12 juillet 2008
HAITI - PREMIER MINISTRE: DEUX VISIONS EN CONFLIT
Haïti – Premier Ministre : Deux visions en conflit
samedi 12 juillet 2008
Par Wooldy Edson Louidor
Analyse
P-au.P, 12 juillet 08 [AlterPresse] --- Les débats suscités en Haïti, autour de la désignation de Michèle Duvivier Pierre-Louis au poste de première ministre par le président haïtien René Garcia Préval le 23 juin 2008, mettent en lumière deux grandes visions opposées sur ce qu’est la morale et sur ce qui serait actuellement prioritaire pour le pays, relève l’agence en ligne AlterPresse.
Une vision inquisitrice, hypocrite et priorisant l’application de ce qu’elle considère comme « la morale » à la vie privée de la première ministre désignée
Il y a une première vision « moraliste » qui insiste sur l´application de ce qu´elle considère comme la « morale » à la vie privée des aspirants et aspirantes à occuper de hautes fonctions publiques. En ce sens, il n´y aurait pas d´ « autonomie » entre le public et le privé.
Cette vision est inquisitrice : elle se met à fouiller dans la vie privée de l´actuelle première ministre désignée et se met au créneau pour juger, pour critiquer, au nom de cette « morale » et avec une intention frisant la diffamation.
En ce sens, ce qui serait actuellement prioritaire pour le pays, selon cette vision, ce n´est pas tant la conformité des pièces et documents de Madame Pierre-Louis avec les critères établis par la Constitution haïtienne de 1987, encore moins l´éventail de ses compétences, ses qualifications et autres capacités, acclamées ici et ailleurs, et prouvées sur le terrain sur la base de sa longue expérience.
En fait, quel est le véritable intérêt de ceux et celles qui prônent cette vision « moraliste » ? Qu´ont-ils/elles fait au profit du pays et, pire encore, dans cette conjoncture difficile ponctuée par la misère, l´insécurité, la corruption… ? Est-il moral que des millions de gens meurent de faim et vivent terrorisés par le kidnapping, la violence et sous la menace de l´imminence d´une explosion sociale ?
On pourrait aussi se demander si ces prétendus moralistes et/ou d’autres secteurs ne sont-ils/elles pas en train de mener cette campagne de dénigrement sur la vie privée d’une future cheffe de gouvernement dont la crédibilité, le sens éthique et professionnel et la détermination à lutter contre la corruption sont hors de tout doute et leur font peur ?
Une vision priorisant l’engagement social et citoyen et l’union de tous et de toutes pour reconstruire le pays
Il est clair que la morale, dont le pays a besoin, doit être une morale de sincérité et d’honnêteté. Elle ne peut non plus hypocritement se fermer sur elle-même, sur sa prétendue pureté intérieure, sur son soi-disant attachement à des principes éthiques, à des règles morales…
L’autre vision pense que la morale doit surtout être constructivement active en s´ouvrant à notre communauté haïtienne et en travaillant avec et pour des compatriotes, pour qui manger, vivre en paix, en sécurité, avoir accès à des soins de santé, au pain de l´instruction …, pourtant des droits humains fondamentaux, deviennent de plus en plus un luxe.
Cette vision met l´accent sur l´engagement que doit prendre chaque haïtien et haïtienne en tant que citoyen/ne à faire quelque chose de concret pour le pays, à apporter son grain de sable à la reconstruction de notre pays, à recoudre le tissu social si déchiré, à construire l´unité et à retrouver notre force dans l´union. Ce serait la priorité des priorités pour cette autre vision.
Comment transformer la situation actuelle ?
Le mal dans ce pays est à l´intérieur de chacun de nous, mais le mal intérieur se manifeste à son paroxysme dans notre société haïtienne. Personne ne saurait être et demeurer pur dans une société si impure, où la corruption et son cortège de maux font la loi.
Nous sommes tous et toutes à la fois victimes et en partie coupables de cette situation. Donc, il nous revient de la transformer en donnant le meilleur de nous-mêmes et en choisissant la voie de l´union et de la collaboration pour assainir le pays, pour lui rendre sa pureté, sa beauté et sa vérité. [wel rc apr 12/07/2008
samedi 12 juillet 2008
Par Wooldy Edson Louidor
Analyse
P-au.P, 12 juillet 08 [AlterPresse] --- Les débats suscités en Haïti, autour de la désignation de Michèle Duvivier Pierre-Louis au poste de première ministre par le président haïtien René Garcia Préval le 23 juin 2008, mettent en lumière deux grandes visions opposées sur ce qu’est la morale et sur ce qui serait actuellement prioritaire pour le pays, relève l’agence en ligne AlterPresse.
Une vision inquisitrice, hypocrite et priorisant l’application de ce qu’elle considère comme « la morale » à la vie privée de la première ministre désignée
Il y a une première vision « moraliste » qui insiste sur l´application de ce qu´elle considère comme la « morale » à la vie privée des aspirants et aspirantes à occuper de hautes fonctions publiques. En ce sens, il n´y aurait pas d´ « autonomie » entre le public et le privé.
Cette vision est inquisitrice : elle se met à fouiller dans la vie privée de l´actuelle première ministre désignée et se met au créneau pour juger, pour critiquer, au nom de cette « morale » et avec une intention frisant la diffamation.
En ce sens, ce qui serait actuellement prioritaire pour le pays, selon cette vision, ce n´est pas tant la conformité des pièces et documents de Madame Pierre-Louis avec les critères établis par la Constitution haïtienne de 1987, encore moins l´éventail de ses compétences, ses qualifications et autres capacités, acclamées ici et ailleurs, et prouvées sur le terrain sur la base de sa longue expérience.
En fait, quel est le véritable intérêt de ceux et celles qui prônent cette vision « moraliste » ? Qu´ont-ils/elles fait au profit du pays et, pire encore, dans cette conjoncture difficile ponctuée par la misère, l´insécurité, la corruption… ? Est-il moral que des millions de gens meurent de faim et vivent terrorisés par le kidnapping, la violence et sous la menace de l´imminence d´une explosion sociale ?
On pourrait aussi se demander si ces prétendus moralistes et/ou d’autres secteurs ne sont-ils/elles pas en train de mener cette campagne de dénigrement sur la vie privée d’une future cheffe de gouvernement dont la crédibilité, le sens éthique et professionnel et la détermination à lutter contre la corruption sont hors de tout doute et leur font peur ?
Une vision priorisant l’engagement social et citoyen et l’union de tous et de toutes pour reconstruire le pays
Il est clair que la morale, dont le pays a besoin, doit être une morale de sincérité et d’honnêteté. Elle ne peut non plus hypocritement se fermer sur elle-même, sur sa prétendue pureté intérieure, sur son soi-disant attachement à des principes éthiques, à des règles morales…
L’autre vision pense que la morale doit surtout être constructivement active en s´ouvrant à notre communauté haïtienne et en travaillant avec et pour des compatriotes, pour qui manger, vivre en paix, en sécurité, avoir accès à des soins de santé, au pain de l´instruction …, pourtant des droits humains fondamentaux, deviennent de plus en plus un luxe.
Cette vision met l´accent sur l´engagement que doit prendre chaque haïtien et haïtienne en tant que citoyen/ne à faire quelque chose de concret pour le pays, à apporter son grain de sable à la reconstruction de notre pays, à recoudre le tissu social si déchiré, à construire l´unité et à retrouver notre force dans l´union. Ce serait la priorité des priorités pour cette autre vision.
Comment transformer la situation actuelle ?
Le mal dans ce pays est à l´intérieur de chacun de nous, mais le mal intérieur se manifeste à son paroxysme dans notre société haïtienne. Personne ne saurait être et demeurer pur dans une société si impure, où la corruption et son cortège de maux font la loi.
Nous sommes tous et toutes à la fois victimes et en partie coupables de cette situation. Donc, il nous revient de la transformer en donnant le meilleur de nous-mêmes et en choisissant la voie de l´union et de la collaboration pour assainir le pays, pour lui rendre sa pureté, sa beauté et sa vérité. [wel rc apr 12/07/2008
lundi 7 juillet 2008
LES BIOCARBURANTS, UNE SOLUTION POUR HAITI?
Les Biocarburants, une solution pour Haïti ?
dimanche 6 juillet 2008
Débat
Par Réginald Noël et Gaël Pressoir [1]
Soumis à AlterPresse en juin 2008
Les deux premiers postes à l’importation en Haïti sont les produits pétroliers et les produits alimentaires. Ensemble, ils représentent les deux tiers de nos importations. À l’heure où tout le monde semble subitement découvrir qu’il serait peut-être une bonne chose de produire plutôt que d’importer, on a lu et entendu des pseudos experts affirmer que la production nationale des aliments et celle des biocarburants ne sont pas conciliables. Rien n’est plus faux. Nous pouvons produire suffisamment pour nous nourrir et pour satisfaire notre consommation énergétique et ainsi changer l’économie Haïtienne.
À en croire certains, la production de biocarburants dans le monde serait responsable de tous nos maux, et particulièrement de la hausse des prix des aliments de base dont le riz. Or, on ne fait pas de biocarburants avec du riz… Lula, Président du Brésil, s’est exclamé récemment, "Ne me dites pas, pour l’amour de Dieu, que la nourriture est chère à cause du biocarburant. Elle est chère parce que le monde n’était pas préparé à voir des millions de Chinois, d’Indiens, d’Africains, de Brésiliens et de Latino-Américains manger trois fois par jour." Il a ajouté : "Les biocarburants ne sont pas les méchants qui menacent la sécurité alimentaire, au contraire, ils permettent de se libérer de la dépendance énergétique sans menacer la nourriture". Et pour citer une dernière fois Lula, "parlons [des problèmes] sans passion et de façon rationnelle".
Plaidoyer pour les biocarburants en Haïti
Aujourd’hui, la hausse continue du prix des carburants s’explique par la formidable croissance économique de pays émergents comme l’Inde et la Chine associé au fait que l’offre ne peut suivre la demande sans cesse grandissante et que le pétrole est de plus en plus cher à extraire. Et il n’y a aucune raison que ça s’arrête. Le pétrole va continuer à être de plus en plus cher sur les marchés internationaux. Et la cherté de la vie en Haïti est pour beaucoup tributaire du coût des transports (le TapTap et les camions qui transportent les denrées alimentaires de nos campagnes vers nos villes).
Mais le coût grandissant du prix du pétrole n’explique pas seul la hausse vertigineuse du prix des aliments de base. Il faut également compter sur des facteurs à long terme comme l’augmentation de la population mondiale et la richesse croissante de pays comme l’Inde, la Chine ou le Brésil où l’on consomme plus de viande et de produits agricoles (il faut noter que l’élevage de bétail et de volaille est consommateur d’énormes quantités de maïs et de soja contribuant à la hausse des prix des aliments). Tout cela suggère que la hausse des prix des matières premières agricoles est durable.
Nous avons l’opportunité d’encourager la production nationale à la fois pour les produits alimentaires et les biocarburants. Nous devons faire le choix rationnel et patriotique de préférer enrichir la paysannerie haïtienne plutôt que d’importer des produits qui grèvent notre balance des paiements. Continuer à importer des produits qui coûtent toujours plus cher sur les marchés internationaux ne fera qu’aggraver la situation de la cherté de la vie ici en Haïti. Le coût de l’alimentation, du transport et de l’énergie va continuer à augmenter irrémédiablement, nous devons accepter cette réalité. Mais nous pouvons et devons améliorer la situation de notre économie et la rendre plus forte et moins vulnérable.
Les biocarburants en Haïti, une opportunité unique
Pour résoudre ce grave défi des années à venir nous devons relancer la production nationale. Produire de la nourriture, certes, mais nous pouvons également produire les carburants dont notre économie a besoin.
Peut-on produire des biocarburants en Haïti sans porter atteinte au potentiel agricole pour satisfaire notre demande alimentaire ?
Oui. Les biocarburants peuvent contribuer à la sécurité énergétique et alimentaire en Haïti (aussi surprenant que cela puisse paraître pour certains).
Les cultures pour faire des biocarburants vont-elles déplacer les cultures vivrières et contribuer à l’insécurité alimentaire en Haïti ?
Non. Cela pourrait être vrai si on visait à produire de l’éthanol à partir du mais. Mais ce serait économiquement aberrant et ce ne serait pas rentable du tout (cela fonctionne aux USA uniquement parce que l’éthanol y est largement subventionné). Les solutions en Haïti sont autres et vont nous permettre de construire notre sécurité énergétique tout en contribuant à la sécurité alimentaire.
Quels Biocarburants pour Haïti ?
Il existe deux types de biocarburants pouvant être utilisé sans modification de nos moteurs : le biodiesel et l’éthanol. Le biodiesel peut être utilisé en mélange ou pur dans n’importe quel moteur diesel et ce, sans modification du moteur. Le biodiesel est produit à partir d’huile végétale et requiert donc des plantes dites oléagineuses. L’éthanol, pour sa part, est un additif de la gazoline qui augmente l’indice d’Octane. On peut l’utiliser jusqu’à hauteur de 15% sans modification du moteur ; au-delà de 15%, il faut avoir un véhicule flexfuel du type de ceux qui roulent au Brésil. L’éthanol résulte de la fermentation du sucre et requiert donc des plantes avec des tiges/grains/tubercules sucrés ou amylacés. Par choix stratégique et dans le meilleur intérêt d’Haïti, nous exclurons ici les tubercules et grains qui sont des aliments pour ne considérer que les tiges qui n’ont pas de vocation alimentaire.
Gwo Medsiyen, Gwo Avantaj !
Une solution pour le biodiesel : le Gwo Medsiyen (ou Medsiyen Beni). Connu dans le reste du monde sous son nom scientifique Jatropha curcas, le Gwo Medsiyen pousse sur des terres sablonneuses et marginales impropres à l’agriculture (on peut penser aux vastes étendues de mornes calcaires, par exemple dans le Nord d’Ouest, qui ne sont pas cultivées et où pourrait être cultivé le Gwo Medsiyen). Le Gwo Medsiyen permettrait donc de valoriser des terres aujourd’hui mises à nu par la déforestation et qui ne sont pas utilisées pour l’agriculture vivrière. L’huile de Gwo Medsiyen présente la qualité requise pour la production de biodiesel (esters méthyliques ou éthyliques) et peut également être utilisée pure et non transformée dans des moteurs diesels modifiés ou encore dans des moteurs de type Lister (moteurs à révolution lente <1200tr/mn). Par ailleurs, le tourteau, riche en protéines, des graines de Gwo Medsiyen non toxique (les variétés présentes en Haïti aujourd’hui ont des graines toxiques, mais il existe dans le monde des variétés à graines non toxiques) permettrait de nourrir des élevages de poissons et de poulets (l’un des principaux problèmes de l’élevage avicole en Haïti est le coût prohibitif de la nourriture importée).
La culture du Gwo Medsiyen ne contribuerait donc aucunement à l’insécurité alimentaire. Au contraire ! La culture du Gwo Medsiyen nous permettrait de produire des biocarburants et de l’alimentation pour l’élevage ainsi que lutter contre l’érosion, le tout sur des terres non utilisées ou sous-utilisées à l’heure actuelle. On estime aujourd’hui que près de 70% du territoire n’est pas cultivé en Haïti. Or avec de bonnes variétés de Gwo Medsiyen, il ne faudrait pas plus de 10% du territoire pour produire tout le diesel que nous consommons aujourd’hui !
Pitimi dous, pi dous pou nou tout !
Une solution pour la production d’éthanol : le Sorgho ou Pitimi sucré. C’est une variété de Pitimi dont la canne est juteuse et sucrée (comme la canne à sucre). On peut donc produire de l’éthanol avec la canne et de la nourriture avec les grains. C’est uniquement la canne et non le grain qui est utilisé pour faire de l’alcool et donc de l’éthanol. Les grains peuvent être consommés comme le sont les grains de pitimi ordinaire (le pitimi ak pwa kongo est d’ailleurs un délice de la cuisine locale traditionnelle à redécouvrir par ceux qui ne mangent plus que du riz). L’utilisation du Pitimi sucré à la place du Pitimi traditionnel permettrait de produire de l’éthanol sans affecter en aucune sorte la production de céréales (grains) tout en permettant aux agriculteurs d’augmenter considérablement leurs revenus (deux produits au lieu d’un seul).
Nous voyons donc que non seulement la production de biocarburants en Haïti n’affecterait pas la production alimentaire, mais elle contribuerait grandement à l’augmenter. Repenser l’agriculture en Haïti
La hausse du prix des produits agricoles et des produits pétroliers offre en fait une opportunité unique de redévelopper l’agriculture en Haïti ; en effet, grâce aux prix élevés, l’agriculture dans ce pays est virtuellement à nouveau rentable !
Une agriculture qui produira à la fois de l’énergie et des aliments puisque l’espace à utiliser pour les cultures alimentaires traditionnelles et le Gwo Medsiyen n’est pas le même. Le Gwo Medsiyen nous permettra de détourner les fonds utilisés à l’achat de carburant vers nos agriculteurs et grâce aux variétés non toxiques, son tourteau riche en protéines permettra de réaliser des aliments équilibrés pour nos élevages. Le Pitimi sucré, pour sa part, représente à la fois une culture alimentaire (grain) et une culture énergétique (bagasse, jus de canne), et permettra à nos agriculteurs d’augmenter leurs revenus.
Nous avons ici mentionné à plusieurs reprises le terme de variété. Il est en effet crucial d’avoir les variétés appropriées pour que la culture de ces plantes soit économiquement attractive. Des variétés à haute teneur en sucre et haut rendement en grains pour le Pitimi sucré ; des variétés à haute teneur en huile et haut rendement en grains non toxiques pour le Gwo Medsiyen. Le secret de la réussite en agriculture réside dans le triptyque variétés (variétés adaptées à nos besoins et nos conditions agro-environnementales), dissémination (production de semences et de plantules ainsi que leur réseau de distribution) et agronomie (itinéraires techniques). Il est essentiel pour la réussite de la filière biocarburants d’apporter à nos agriculteurs et nos entreprises agricoles, la technologie adéquate et le support technique à travers la mise en place de centres techniques (ceci est vrai pour toutes les filières agricoles et est indispensable à la relance de la production nationale agricole). L’ensemble des pays ayant connu une révolution agricole avaient mis en place les structures assurant ce triptyque de la réussite. Et il est aujourd’hui grand temps pour Haïti de faire sa propre révolution agricole. Il est temps d’arrêter de considérer nos cultivateurs comme des simples paysans et de leur permettre aujourd’hui de devenir des agriculteurs travaillant à la réussite économique du pays tout entier. Une bonne variété peut plus que doubler les revenus d’un agriculteur. Avec la technologie appropriée (variétés/dissémination/agronomie), la culture du Gwo Medsiyen et du Pitimi sucré peut être très rentable pour nos agriculteurs et leur permettre de s’enrichir et de sortir de la pauvreté qui aujourd’hui caractérise nos zones rurales (tout particulièrement dans les zones les plus marginales où aujourd’hui rien ne pousse et où pousserait facilement le Gwo Medsiyen).
Agriculture et décentralisation : des outils contre l’exode rural
Si les biocarburants peuvent être profitables pour nos agriculteurs, ils représentent également une formidable opportunité de créer une véritable agro-industrie génératrice d’activités dans nos provinces. Pour presser l’huile de Jatropha, la transformer en biodiesel, pour presser la canne et faire du sirop, pour produire de l’éthanol, il faudra mettre en place ces petites industries qui aujourd’hui manquent cruellement aux régions reculées du pays. Le considérable avantage d’une culture non destinée à l’exportation, c’est que nous créons non seulement des emplois agricoles, mais également les emplois nécessaires à la transformation de ces produits. L’autre avantage lié aux biocarburants, c’est que nous avons un marché captif de plusieurs centaines de millions de dollars, un marché qui n’est pas près de s’épuiser. L’industrie des biocarburants ne serait donc tributaire d’aucun choix stratégique réalisé dans et par un quelconque autre pays.
Quant à nos provinces où le diesel se vend souvent 35% plus cher qu’à Port-au-Prince, la production locale de carburant (notamment de biodiesel) permettrait de diminuer sensiblement le coût du transport et permettrait ainsi de diminuer le coût d’acheminement des denrées agricoles (l’installation d’une unité de production locale de biodiesel peut être mise en place pour moins de 50,000 dollars US). Les provinces pourront aussi générer de l’électricité à partir de l’huile à un coût moitié moindre de celui payé aujourd’hui en utilisant le diesel. L’ensemble de la filière économique (chaîne de valeur) trouverait sa place au cœur même de nos provinces et y génèrerait des revenus (avec de l’argent qui autrement part dans des pays exportateurs de pétrole). Si nous substituions la production nationale à nos importations de carburant, cette filière pourrait créer plusieurs centaines de milliers d’emplois et devenir le premier employeur du pays.
Enfin, la misère en Haïti est une question de pouvoir d’achat. Augmenter le pouvoir d’achat de nos cultivateurs, c’est leurs permettre de mieux nourrir leur famille, de payer l’écolage des enfants, de se vêtir et de consommer des biens de services et de production.
Agriculture et environnement : protéger et revaloriser
Le Gwo Medsiyen est un outil extraordinaire pour le reboisement du pays puisque c’est une culture pérenne qui pourrait fournir des revenus aux agriculteurs : c’est une plante économiquement utile, elle ne fait pas de charbon de bois et elle ne craint pas les animaux (le Gwo Medsiyen est traditionnellement utilisé pour réaliser des haies vives – lantouray et maintenir les cabris à l’écart des cultures). Le Gwo Medsiyen permet de lutter contre l’érosion et la déforestation et de récupérer ainsi des terres mises à nu par le déboisement sauvage et préalablement perdues pour l’agriculture. Enfin nous pouvons mettre avec le Gwo Medsiyen de la végétation là ou il n’y en avait pas et piéger une quantité importante de dioxyde de carbone (CO2) et contribuer ainsi à la lutte contre le réchauffement climatique.
En résumé, les biocarburants peuvent contribuer à la sécurité énergétique du pays tout en contribuant (et certainement sans affecter aucunement) notre sécurité alimentaire. Les biocarburants peuvent générer une nouvelle économie dans nos provinces et nos zones rurales, et créer plusieurs centaines de milliers d’emplois durables. Enfin, le Gwo Medsiyen peut contribuer à résoudre le drame écologique causé par le déboisement en Haïti.
Le choix des biocarburants est un choix stratégique pour Haïti, un choix qui peut nous conduire sur la voie de l’autosuffisance énergétique et contribuer au démarrage de la croissance de l’économie haïtienne à travers la revitalisation de son agriculture. C’est un choix patriotique, pour une Haïti plus verte et plus riche.
[1] Réginald Noël est l’un des fondateurs de Biocarburants d’Haïti SA, connu aussi sous le nom de Groupe Biodiesel Haïti, une société pionnière en Haïti dans la production de biodiesel. www.biocarburantsdhaiti.com. Gaël Pressoir est chercheur à la FONDATION CHIBAS, un centre de recherches et d’appui technique sur les biocarburants. www.chibas-bioenergy.org
dimanche 6 juillet 2008
Débat
Par Réginald Noël et Gaël Pressoir [1]
Soumis à AlterPresse en juin 2008
Les deux premiers postes à l’importation en Haïti sont les produits pétroliers et les produits alimentaires. Ensemble, ils représentent les deux tiers de nos importations. À l’heure où tout le monde semble subitement découvrir qu’il serait peut-être une bonne chose de produire plutôt que d’importer, on a lu et entendu des pseudos experts affirmer que la production nationale des aliments et celle des biocarburants ne sont pas conciliables. Rien n’est plus faux. Nous pouvons produire suffisamment pour nous nourrir et pour satisfaire notre consommation énergétique et ainsi changer l’économie Haïtienne.
À en croire certains, la production de biocarburants dans le monde serait responsable de tous nos maux, et particulièrement de la hausse des prix des aliments de base dont le riz. Or, on ne fait pas de biocarburants avec du riz… Lula, Président du Brésil, s’est exclamé récemment, "Ne me dites pas, pour l’amour de Dieu, que la nourriture est chère à cause du biocarburant. Elle est chère parce que le monde n’était pas préparé à voir des millions de Chinois, d’Indiens, d’Africains, de Brésiliens et de Latino-Américains manger trois fois par jour." Il a ajouté : "Les biocarburants ne sont pas les méchants qui menacent la sécurité alimentaire, au contraire, ils permettent de se libérer de la dépendance énergétique sans menacer la nourriture". Et pour citer une dernière fois Lula, "parlons [des problèmes] sans passion et de façon rationnelle".
Plaidoyer pour les biocarburants en Haïti
Aujourd’hui, la hausse continue du prix des carburants s’explique par la formidable croissance économique de pays émergents comme l’Inde et la Chine associé au fait que l’offre ne peut suivre la demande sans cesse grandissante et que le pétrole est de plus en plus cher à extraire. Et il n’y a aucune raison que ça s’arrête. Le pétrole va continuer à être de plus en plus cher sur les marchés internationaux. Et la cherté de la vie en Haïti est pour beaucoup tributaire du coût des transports (le TapTap et les camions qui transportent les denrées alimentaires de nos campagnes vers nos villes).
Mais le coût grandissant du prix du pétrole n’explique pas seul la hausse vertigineuse du prix des aliments de base. Il faut également compter sur des facteurs à long terme comme l’augmentation de la population mondiale et la richesse croissante de pays comme l’Inde, la Chine ou le Brésil où l’on consomme plus de viande et de produits agricoles (il faut noter que l’élevage de bétail et de volaille est consommateur d’énormes quantités de maïs et de soja contribuant à la hausse des prix des aliments). Tout cela suggère que la hausse des prix des matières premières agricoles est durable.
Nous avons l’opportunité d’encourager la production nationale à la fois pour les produits alimentaires et les biocarburants. Nous devons faire le choix rationnel et patriotique de préférer enrichir la paysannerie haïtienne plutôt que d’importer des produits qui grèvent notre balance des paiements. Continuer à importer des produits qui coûtent toujours plus cher sur les marchés internationaux ne fera qu’aggraver la situation de la cherté de la vie ici en Haïti. Le coût de l’alimentation, du transport et de l’énergie va continuer à augmenter irrémédiablement, nous devons accepter cette réalité. Mais nous pouvons et devons améliorer la situation de notre économie et la rendre plus forte et moins vulnérable.
Les biocarburants en Haïti, une opportunité unique
Pour résoudre ce grave défi des années à venir nous devons relancer la production nationale. Produire de la nourriture, certes, mais nous pouvons également produire les carburants dont notre économie a besoin.
Peut-on produire des biocarburants en Haïti sans porter atteinte au potentiel agricole pour satisfaire notre demande alimentaire ?
Oui. Les biocarburants peuvent contribuer à la sécurité énergétique et alimentaire en Haïti (aussi surprenant que cela puisse paraître pour certains).
Les cultures pour faire des biocarburants vont-elles déplacer les cultures vivrières et contribuer à l’insécurité alimentaire en Haïti ?
Non. Cela pourrait être vrai si on visait à produire de l’éthanol à partir du mais. Mais ce serait économiquement aberrant et ce ne serait pas rentable du tout (cela fonctionne aux USA uniquement parce que l’éthanol y est largement subventionné). Les solutions en Haïti sont autres et vont nous permettre de construire notre sécurité énergétique tout en contribuant à la sécurité alimentaire.
Quels Biocarburants pour Haïti ?
Il existe deux types de biocarburants pouvant être utilisé sans modification de nos moteurs : le biodiesel et l’éthanol. Le biodiesel peut être utilisé en mélange ou pur dans n’importe quel moteur diesel et ce, sans modification du moteur. Le biodiesel est produit à partir d’huile végétale et requiert donc des plantes dites oléagineuses. L’éthanol, pour sa part, est un additif de la gazoline qui augmente l’indice d’Octane. On peut l’utiliser jusqu’à hauteur de 15% sans modification du moteur ; au-delà de 15%, il faut avoir un véhicule flexfuel du type de ceux qui roulent au Brésil. L’éthanol résulte de la fermentation du sucre et requiert donc des plantes avec des tiges/grains/tubercules sucrés ou amylacés. Par choix stratégique et dans le meilleur intérêt d’Haïti, nous exclurons ici les tubercules et grains qui sont des aliments pour ne considérer que les tiges qui n’ont pas de vocation alimentaire.
Gwo Medsiyen, Gwo Avantaj !
Une solution pour le biodiesel : le Gwo Medsiyen (ou Medsiyen Beni). Connu dans le reste du monde sous son nom scientifique Jatropha curcas, le Gwo Medsiyen pousse sur des terres sablonneuses et marginales impropres à l’agriculture (on peut penser aux vastes étendues de mornes calcaires, par exemple dans le Nord d’Ouest, qui ne sont pas cultivées et où pourrait être cultivé le Gwo Medsiyen). Le Gwo Medsiyen permettrait donc de valoriser des terres aujourd’hui mises à nu par la déforestation et qui ne sont pas utilisées pour l’agriculture vivrière. L’huile de Gwo Medsiyen présente la qualité requise pour la production de biodiesel (esters méthyliques ou éthyliques) et peut également être utilisée pure et non transformée dans des moteurs diesels modifiés ou encore dans des moteurs de type Lister (moteurs à révolution lente <1200tr/mn). Par ailleurs, le tourteau, riche en protéines, des graines de Gwo Medsiyen non toxique (les variétés présentes en Haïti aujourd’hui ont des graines toxiques, mais il existe dans le monde des variétés à graines non toxiques) permettrait de nourrir des élevages de poissons et de poulets (l’un des principaux problèmes de l’élevage avicole en Haïti est le coût prohibitif de la nourriture importée).
La culture du Gwo Medsiyen ne contribuerait donc aucunement à l’insécurité alimentaire. Au contraire ! La culture du Gwo Medsiyen nous permettrait de produire des biocarburants et de l’alimentation pour l’élevage ainsi que lutter contre l’érosion, le tout sur des terres non utilisées ou sous-utilisées à l’heure actuelle. On estime aujourd’hui que près de 70% du territoire n’est pas cultivé en Haïti. Or avec de bonnes variétés de Gwo Medsiyen, il ne faudrait pas plus de 10% du territoire pour produire tout le diesel que nous consommons aujourd’hui !
Pitimi dous, pi dous pou nou tout !
Une solution pour la production d’éthanol : le Sorgho ou Pitimi sucré. C’est une variété de Pitimi dont la canne est juteuse et sucrée (comme la canne à sucre). On peut donc produire de l’éthanol avec la canne et de la nourriture avec les grains. C’est uniquement la canne et non le grain qui est utilisé pour faire de l’alcool et donc de l’éthanol. Les grains peuvent être consommés comme le sont les grains de pitimi ordinaire (le pitimi ak pwa kongo est d’ailleurs un délice de la cuisine locale traditionnelle à redécouvrir par ceux qui ne mangent plus que du riz). L’utilisation du Pitimi sucré à la place du Pitimi traditionnel permettrait de produire de l’éthanol sans affecter en aucune sorte la production de céréales (grains) tout en permettant aux agriculteurs d’augmenter considérablement leurs revenus (deux produits au lieu d’un seul).
Nous voyons donc que non seulement la production de biocarburants en Haïti n’affecterait pas la production alimentaire, mais elle contribuerait grandement à l’augmenter. Repenser l’agriculture en Haïti
La hausse du prix des produits agricoles et des produits pétroliers offre en fait une opportunité unique de redévelopper l’agriculture en Haïti ; en effet, grâce aux prix élevés, l’agriculture dans ce pays est virtuellement à nouveau rentable !
Une agriculture qui produira à la fois de l’énergie et des aliments puisque l’espace à utiliser pour les cultures alimentaires traditionnelles et le Gwo Medsiyen n’est pas le même. Le Gwo Medsiyen nous permettra de détourner les fonds utilisés à l’achat de carburant vers nos agriculteurs et grâce aux variétés non toxiques, son tourteau riche en protéines permettra de réaliser des aliments équilibrés pour nos élevages. Le Pitimi sucré, pour sa part, représente à la fois une culture alimentaire (grain) et une culture énergétique (bagasse, jus de canne), et permettra à nos agriculteurs d’augmenter leurs revenus.
Nous avons ici mentionné à plusieurs reprises le terme de variété. Il est en effet crucial d’avoir les variétés appropriées pour que la culture de ces plantes soit économiquement attractive. Des variétés à haute teneur en sucre et haut rendement en grains pour le Pitimi sucré ; des variétés à haute teneur en huile et haut rendement en grains non toxiques pour le Gwo Medsiyen. Le secret de la réussite en agriculture réside dans le triptyque variétés (variétés adaptées à nos besoins et nos conditions agro-environnementales), dissémination (production de semences et de plantules ainsi que leur réseau de distribution) et agronomie (itinéraires techniques). Il est essentiel pour la réussite de la filière biocarburants d’apporter à nos agriculteurs et nos entreprises agricoles, la technologie adéquate et le support technique à travers la mise en place de centres techniques (ceci est vrai pour toutes les filières agricoles et est indispensable à la relance de la production nationale agricole). L’ensemble des pays ayant connu une révolution agricole avaient mis en place les structures assurant ce triptyque de la réussite. Et il est aujourd’hui grand temps pour Haïti de faire sa propre révolution agricole. Il est temps d’arrêter de considérer nos cultivateurs comme des simples paysans et de leur permettre aujourd’hui de devenir des agriculteurs travaillant à la réussite économique du pays tout entier. Une bonne variété peut plus que doubler les revenus d’un agriculteur. Avec la technologie appropriée (variétés/dissémination/agronomie), la culture du Gwo Medsiyen et du Pitimi sucré peut être très rentable pour nos agriculteurs et leur permettre de s’enrichir et de sortir de la pauvreté qui aujourd’hui caractérise nos zones rurales (tout particulièrement dans les zones les plus marginales où aujourd’hui rien ne pousse et où pousserait facilement le Gwo Medsiyen).
Agriculture et décentralisation : des outils contre l’exode rural
Si les biocarburants peuvent être profitables pour nos agriculteurs, ils représentent également une formidable opportunité de créer une véritable agro-industrie génératrice d’activités dans nos provinces. Pour presser l’huile de Jatropha, la transformer en biodiesel, pour presser la canne et faire du sirop, pour produire de l’éthanol, il faudra mettre en place ces petites industries qui aujourd’hui manquent cruellement aux régions reculées du pays. Le considérable avantage d’une culture non destinée à l’exportation, c’est que nous créons non seulement des emplois agricoles, mais également les emplois nécessaires à la transformation de ces produits. L’autre avantage lié aux biocarburants, c’est que nous avons un marché captif de plusieurs centaines de millions de dollars, un marché qui n’est pas près de s’épuiser. L’industrie des biocarburants ne serait donc tributaire d’aucun choix stratégique réalisé dans et par un quelconque autre pays.
Quant à nos provinces où le diesel se vend souvent 35% plus cher qu’à Port-au-Prince, la production locale de carburant (notamment de biodiesel) permettrait de diminuer sensiblement le coût du transport et permettrait ainsi de diminuer le coût d’acheminement des denrées agricoles (l’installation d’une unité de production locale de biodiesel peut être mise en place pour moins de 50,000 dollars US). Les provinces pourront aussi générer de l’électricité à partir de l’huile à un coût moitié moindre de celui payé aujourd’hui en utilisant le diesel. L’ensemble de la filière économique (chaîne de valeur) trouverait sa place au cœur même de nos provinces et y génèrerait des revenus (avec de l’argent qui autrement part dans des pays exportateurs de pétrole). Si nous substituions la production nationale à nos importations de carburant, cette filière pourrait créer plusieurs centaines de milliers d’emplois et devenir le premier employeur du pays.
Enfin, la misère en Haïti est une question de pouvoir d’achat. Augmenter le pouvoir d’achat de nos cultivateurs, c’est leurs permettre de mieux nourrir leur famille, de payer l’écolage des enfants, de se vêtir et de consommer des biens de services et de production.
Agriculture et environnement : protéger et revaloriser
Le Gwo Medsiyen est un outil extraordinaire pour le reboisement du pays puisque c’est une culture pérenne qui pourrait fournir des revenus aux agriculteurs : c’est une plante économiquement utile, elle ne fait pas de charbon de bois et elle ne craint pas les animaux (le Gwo Medsiyen est traditionnellement utilisé pour réaliser des haies vives – lantouray et maintenir les cabris à l’écart des cultures). Le Gwo Medsiyen permet de lutter contre l’érosion et la déforestation et de récupérer ainsi des terres mises à nu par le déboisement sauvage et préalablement perdues pour l’agriculture. Enfin nous pouvons mettre avec le Gwo Medsiyen de la végétation là ou il n’y en avait pas et piéger une quantité importante de dioxyde de carbone (CO2) et contribuer ainsi à la lutte contre le réchauffement climatique.
En résumé, les biocarburants peuvent contribuer à la sécurité énergétique du pays tout en contribuant (et certainement sans affecter aucunement) notre sécurité alimentaire. Les biocarburants peuvent générer une nouvelle économie dans nos provinces et nos zones rurales, et créer plusieurs centaines de milliers d’emplois durables. Enfin, le Gwo Medsiyen peut contribuer à résoudre le drame écologique causé par le déboisement en Haïti.
Le choix des biocarburants est un choix stratégique pour Haïti, un choix qui peut nous conduire sur la voie de l’autosuffisance énergétique et contribuer au démarrage de la croissance de l’économie haïtienne à travers la revitalisation de son agriculture. C’est un choix patriotique, pour une Haïti plus verte et plus riche.
[1] Réginald Noël est l’un des fondateurs de Biocarburants d’Haïti SA, connu aussi sous le nom de Groupe Biodiesel Haïti, une société pionnière en Haïti dans la production de biodiesel. www.biocarburantsdhaiti.com. Gaël Pressoir est chercheur à la FONDATION CHIBAS, un centre de recherches et d’appui technique sur les biocarburants. www.chibas-bioenergy.org
vendredi 4 juillet 2008
CONFERENCE-DEBAT SUR LA DOUBLE NATIONALITE
CONFERENCE-DEBAT SUR LA DOUBLE NATIONALITE
La question de la double nationalité a suscite de vives discussions le weekend dernier (27-28 Juin 2008) a Evanston, Illinois. La conférence-débat a été organisée par le Haitian Congress. Des personnalités politiques telles, le Sénateur Rudolph Herve Boulos, le Députe Maxeau Balthazar, Maitre Victor Benoit, Président du parti Fusion des Sociaux-démocrates, Pasteur Chavannes Jeune, Président du Parti l’Union ont honoré la conférence-débat de leur présence et ont partagé leur expertise sur la question. La Conférence-débat a débuté avec une analyse objective et profonde de la question par le Professeur Max Gustave Joseph et le Comptable Alix Claude, tous deux membres du Comite Directeur de Haitian Congress. Rien n’était laissé au hasard dans le contexte de la mondialisation de la double nationalité. Ils ont mis a jour les avantages, les conceptions, et aussi les faits saillants autour de la question. Il y a, selon les deux intervenants, plus de cent (100) pays qui accordent la double nationalité a leurs ressortissants.
Tout au cours de ces deux journées du 27-28 juin 2008, l’aspect légal, constitutionnel, politique, social, et économique de la double nationalité était débattu. Des experts, venus de New Jersey, Haïti, Georgia, ont parle des atouts politiques de la Diaspora, son influence, le statut des Haïtiens a l’étranger, les lacunes et les ambigüités de la Constitution du 29 mars 1987, l’impact de la Constitution sur les droits des Haïtiens naturalises étrangers, l’utilisation de la contribution financière de la Diaspora, comment investir en Haïti et enfin les rôles et enjeux des individus, des organisations, et officiels du gouvernement d’Haïti dans la lutte pour la reconnaissance de la double nationalité. De brillantes interventions de certaines personnalités telles que,
• Harry Fouché, économiste, Président-Directeur General du Consortium for Haitian Empowerment
• Frantz Bourget, Comptable, Census 2010
• Joseph Mackhandal Champagne, avocat, Haitian-American Leadership Conference
• Emmanuel Coffy, avocet, Haitian-American Leadership Conference
• Dr. Bernier Lauredan, M.D., President-Directeur General de Haitian Community Relations
• Dr. Daniel Faustin, Vice-président du SIMACT
…ont fait de cette conférence-débat un succès unissant les enfants d’une même patrie. Haitian Congress a posé une pierre angulaire dans la construction de ce dialogue qui risque de provoquer des divisions au sein des Haïtiens si la question n’est pas traitée avec objectivité, sagesse et délicatesse. Une proposition de projet de loi, préparée par un avocat, membre de Haitian Congress, a été lue pour l’audience. Pour plus d’amples informations, visiter le site suivant : www.haitiancongress.com ou téléphoner le 847.424.0400
LeGrand Parisien Salvant, MBA
La question de la double nationalité a suscite de vives discussions le weekend dernier (27-28 Juin 2008) a Evanston, Illinois. La conférence-débat a été organisée par le Haitian Congress. Des personnalités politiques telles, le Sénateur Rudolph Herve Boulos, le Députe Maxeau Balthazar, Maitre Victor Benoit, Président du parti Fusion des Sociaux-démocrates, Pasteur Chavannes Jeune, Président du Parti l’Union ont honoré la conférence-débat de leur présence et ont partagé leur expertise sur la question. La Conférence-débat a débuté avec une analyse objective et profonde de la question par le Professeur Max Gustave Joseph et le Comptable Alix Claude, tous deux membres du Comite Directeur de Haitian Congress. Rien n’était laissé au hasard dans le contexte de la mondialisation de la double nationalité. Ils ont mis a jour les avantages, les conceptions, et aussi les faits saillants autour de la question. Il y a, selon les deux intervenants, plus de cent (100) pays qui accordent la double nationalité a leurs ressortissants.
Tout au cours de ces deux journées du 27-28 juin 2008, l’aspect légal, constitutionnel, politique, social, et économique de la double nationalité était débattu. Des experts, venus de New Jersey, Haïti, Georgia, ont parle des atouts politiques de la Diaspora, son influence, le statut des Haïtiens a l’étranger, les lacunes et les ambigüités de la Constitution du 29 mars 1987, l’impact de la Constitution sur les droits des Haïtiens naturalises étrangers, l’utilisation de la contribution financière de la Diaspora, comment investir en Haïti et enfin les rôles et enjeux des individus, des organisations, et officiels du gouvernement d’Haïti dans la lutte pour la reconnaissance de la double nationalité. De brillantes interventions de certaines personnalités telles que,
• Harry Fouché, économiste, Président-Directeur General du Consortium for Haitian Empowerment
• Frantz Bourget, Comptable, Census 2010
• Joseph Mackhandal Champagne, avocat, Haitian-American Leadership Conference
• Emmanuel Coffy, avocet, Haitian-American Leadership Conference
• Dr. Bernier Lauredan, M.D., President-Directeur General de Haitian Community Relations
• Dr. Daniel Faustin, Vice-président du SIMACT
…ont fait de cette conférence-débat un succès unissant les enfants d’une même patrie. Haitian Congress a posé une pierre angulaire dans la construction de ce dialogue qui risque de provoquer des divisions au sein des Haïtiens si la question n’est pas traitée avec objectivité, sagesse et délicatesse. Une proposition de projet de loi, préparée par un avocat, membre de Haitian Congress, a été lue pour l’audience. Pour plus d’amples informations, visiter le site suivant : www.haitiancongress.com ou téléphoner le 847.424.0400
LeGrand Parisien Salvant, MBA
HAITI - ETHIQUE ET POLITIQUE: OU EN SOMMES-NOUS?
Haiti - Ethique et politique : Où en sommes-nous ?
jeudi 3 juillet 2008
Par Josué J. P. Dahomey [1]
Soumis a AlterPresse le 1er juillet 08
La question du rapport entre éthique et politique semblait avoir trouvé, depuis au moins un siècle, sa résolution la plus pertinente. L’argument semblait en fait clair et faisait autorité chez toutes les consciences éclairées : la séparation de la sphère publique et de la sphère privée ne devrait souffrir aucun amalgame. L’espace public comme espace de délibération des citoyens sur ce qui relève de l’intérêt commun se séparait de tout ce qui relève des convictions religieuses, des goûts, préférences et valeurs individuelles. La chose semblait jusqu’ici claire et entendue. Au demeurant, il y a lieu de se demander par quelle déroute de l’intelligence on en vient à assister en Haïti aujourd’hui à l’émergence de « palabres » sur une question qui relève de la sphère privée et qui ne devrait, sous aucun prétexte, être évoquée dans l’espace public ?
La chose est déconcertante, et en tant que telle, elle est l’indice d’une sorte de défaite de la pensée, trop longtemps acceptée dans notre société, au profit d’une certaine vulgarité qui porte l’empreinte des temps de l’inquisition. La sclérose intellectuelle dont sont frappées certaines gens ici est pathétique. Mais le comble dans tout cela, C’est l’immoralisme de ceux qui, au nom de la morale, commettent les forfaitures du dénigrement et de la misogynie. Les arguments fallacieux qui consistent à faire grande messe de la vie privée, cachent souvent les motivations les plus perfides, et les schémas dont ils se prévalent, sont aussi perfidement d’un autre temps. Il nous faut donc une pédagogie politique pour sortir des archaïsmes de tous bords qui ensablent notre société et l’enfoncent de part en part dans ce désert de conscience critique et démocratique.
L’âge démocratique et ses exigences éthiques
Il est difficile de prendre part à un débat qui n’en est pas un. Car c’est toujours délicat de vouloir ramener à la raison les gens qui sont, ou bien de mauvaise foi, ou bien tout simplement enrôlés dans des fondamentalismes, et, à fortiori, des fondamentalismes phallocratiques. Aussi, Il est difficile d’engager une discussion sérieuse sur des propos qui, de par leur teneur médiocre, ne sauraient aucunement s’élever au rang d’une simple pétition de principes. Toutefois, devant le spectre de l’immobilisme, voire du retour à l’intolérance et à l’incivilité ; devant le spectacle de la haine distillée dans les rouages de la société, il est impératif de convoquer la conscience critique sur les valeurs et exigences de l’âge démocratique.
En effet, pour qu’il y ait démocratie, il est impératif qu’advienne dans une société un certain nombre de valeurs et d’exigences dont les plus représentatives sont, la pluralité des formes de vie, l’égalité, la libre détermination ou l’autonomie individuelle ou encore la liberté, la solidarité. Il n’y a pas de démocratie sans valeurs démocratiques. Et de ce fait, les valeurs démocratiques sont les seules exigences éthiques qu’une société a le droit de requérir de ses membres. Tout le reste – les convictions religieuses, les tendances affectives, les codes émotionnels, etc. – relève du champ de la vie intime et privée et ne saurait, dans une société démocratique, être en aucune façon évoqué à des fins délibératives.
Par ailleurs, c’est une réalité désormais incontournable que la dynamique démocratique ne saurait être solidaire d’une structure sociale caractérisée par le patriarcat, la misogynie, le sexisme, ou l’homophobie. Car même si le travail à faire sur les mentalités est immense et exige une longue patience, la phallocratie ne peut plus être tenue comme une condition naturelle pour une société juste et bien ordonnée. Les vieux réflexes de la domination masculine ne peuvent plus être tenus pour des principes intangibles. C’est la logique démocratique de transformation des conditions structurelles des mentalités elle-même qui appelle à une refondation des superstructures intellectuelles.
Pourtant, malgré cette dynamique de notre temps, nous faisons l’expérience, actuellement dans l’arène politique haïtienne, d’une sorte de degré zéro du débat, où l’on fait fi des problèmes réels (sociaux, politiques, économiques), pour se focaliser, non sur un faux problème, mais sur un problème qui n’en est pas un du tout. La récupération de l’ordre des urgences de notre société par ces joutes aussi verbeuses que creuses sur la vie privée d’une personne, est en elle-même éloquente du déficit éthique d’un moralisme pré-démocratique. Il faudra pourtant bien vite aller au-delà de ces inepties. Car en dépit de tout, nous sommes tenus d’avancer. Mais que sais-je ! Après tout, il est peut-être important de chercher à comprendre pourquoi, aujourd’hui, il s’impose à nous de débattre d’un non-débat. C’est peut-être en disant non à cette négation suffocante, non à la machine de destruction et du ressentiment, non au lynchage politique ; c’est peut-être dans la négation de la négation, que la dynamique démocratique chez nous puisse trouver enfin son moteur. J’invite toutes les consciences éclairées de la société à la négation (critique) de la négation (destructrice).
C’est enfin au nom des repères éthiques de l’âge démocratique, que nous exigeons l’arrêt immédiat de ce lynchage contre la personne du premier ministre désigné.
Messieurs les pseudo-moralisateurs, souffrez qu’on exige de vous un peu plus d’efforts, et que vos seuls arguments ne soient plus guère que l’expression vile de vos refoulements mal négociés avec vous-mêmes.
[1] Professeur de philosophie éthique et politique
jeudi 3 juillet 2008
Par Josué J. P. Dahomey [1]
Soumis a AlterPresse le 1er juillet 08
La question du rapport entre éthique et politique semblait avoir trouvé, depuis au moins un siècle, sa résolution la plus pertinente. L’argument semblait en fait clair et faisait autorité chez toutes les consciences éclairées : la séparation de la sphère publique et de la sphère privée ne devrait souffrir aucun amalgame. L’espace public comme espace de délibération des citoyens sur ce qui relève de l’intérêt commun se séparait de tout ce qui relève des convictions religieuses, des goûts, préférences et valeurs individuelles. La chose semblait jusqu’ici claire et entendue. Au demeurant, il y a lieu de se demander par quelle déroute de l’intelligence on en vient à assister en Haïti aujourd’hui à l’émergence de « palabres » sur une question qui relève de la sphère privée et qui ne devrait, sous aucun prétexte, être évoquée dans l’espace public ?
La chose est déconcertante, et en tant que telle, elle est l’indice d’une sorte de défaite de la pensée, trop longtemps acceptée dans notre société, au profit d’une certaine vulgarité qui porte l’empreinte des temps de l’inquisition. La sclérose intellectuelle dont sont frappées certaines gens ici est pathétique. Mais le comble dans tout cela, C’est l’immoralisme de ceux qui, au nom de la morale, commettent les forfaitures du dénigrement et de la misogynie. Les arguments fallacieux qui consistent à faire grande messe de la vie privée, cachent souvent les motivations les plus perfides, et les schémas dont ils se prévalent, sont aussi perfidement d’un autre temps. Il nous faut donc une pédagogie politique pour sortir des archaïsmes de tous bords qui ensablent notre société et l’enfoncent de part en part dans ce désert de conscience critique et démocratique.
L’âge démocratique et ses exigences éthiques
Il est difficile de prendre part à un débat qui n’en est pas un. Car c’est toujours délicat de vouloir ramener à la raison les gens qui sont, ou bien de mauvaise foi, ou bien tout simplement enrôlés dans des fondamentalismes, et, à fortiori, des fondamentalismes phallocratiques. Aussi, Il est difficile d’engager une discussion sérieuse sur des propos qui, de par leur teneur médiocre, ne sauraient aucunement s’élever au rang d’une simple pétition de principes. Toutefois, devant le spectre de l’immobilisme, voire du retour à l’intolérance et à l’incivilité ; devant le spectacle de la haine distillée dans les rouages de la société, il est impératif de convoquer la conscience critique sur les valeurs et exigences de l’âge démocratique.
En effet, pour qu’il y ait démocratie, il est impératif qu’advienne dans une société un certain nombre de valeurs et d’exigences dont les plus représentatives sont, la pluralité des formes de vie, l’égalité, la libre détermination ou l’autonomie individuelle ou encore la liberté, la solidarité. Il n’y a pas de démocratie sans valeurs démocratiques. Et de ce fait, les valeurs démocratiques sont les seules exigences éthiques qu’une société a le droit de requérir de ses membres. Tout le reste – les convictions religieuses, les tendances affectives, les codes émotionnels, etc. – relève du champ de la vie intime et privée et ne saurait, dans une société démocratique, être en aucune façon évoqué à des fins délibératives.
Par ailleurs, c’est une réalité désormais incontournable que la dynamique démocratique ne saurait être solidaire d’une structure sociale caractérisée par le patriarcat, la misogynie, le sexisme, ou l’homophobie. Car même si le travail à faire sur les mentalités est immense et exige une longue patience, la phallocratie ne peut plus être tenue comme une condition naturelle pour une société juste et bien ordonnée. Les vieux réflexes de la domination masculine ne peuvent plus être tenus pour des principes intangibles. C’est la logique démocratique de transformation des conditions structurelles des mentalités elle-même qui appelle à une refondation des superstructures intellectuelles.
Pourtant, malgré cette dynamique de notre temps, nous faisons l’expérience, actuellement dans l’arène politique haïtienne, d’une sorte de degré zéro du débat, où l’on fait fi des problèmes réels (sociaux, politiques, économiques), pour se focaliser, non sur un faux problème, mais sur un problème qui n’en est pas un du tout. La récupération de l’ordre des urgences de notre société par ces joutes aussi verbeuses que creuses sur la vie privée d’une personne, est en elle-même éloquente du déficit éthique d’un moralisme pré-démocratique. Il faudra pourtant bien vite aller au-delà de ces inepties. Car en dépit de tout, nous sommes tenus d’avancer. Mais que sais-je ! Après tout, il est peut-être important de chercher à comprendre pourquoi, aujourd’hui, il s’impose à nous de débattre d’un non-débat. C’est peut-être en disant non à cette négation suffocante, non à la machine de destruction et du ressentiment, non au lynchage politique ; c’est peut-être dans la négation de la négation, que la dynamique démocratique chez nous puisse trouver enfin son moteur. J’invite toutes les consciences éclairées de la société à la négation (critique) de la négation (destructrice).
C’est enfin au nom des repères éthiques de l’âge démocratique, que nous exigeons l’arrêt immédiat de ce lynchage contre la personne du premier ministre désigné.
Messieurs les pseudo-moralisateurs, souffrez qu’on exige de vous un peu plus d’efforts, et que vos seuls arguments ne soient plus guère que l’expression vile de vos refoulements mal négociés avec vous-mêmes.
[1] Professeur de philosophie éthique et politique
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