Monde (Haïti) : L’alphabétisation, un remède puissant pour une société saine, selon l’Unesco
mardi 9 septembre 2008
P-au-P, 8 sept. 08 [AlterPresse] --- L’alphabétisation devrait jouer un rôle majeur dans les réponses à apporter aux grandes préoccupations en matière de santé, estime l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) à l’occasion de la journée internationale de l’alphabétisation le 8 septembre.
“Tout simplement, une personne analphabète risque davantage d’avoir une santé médiocre, et sera moins susceptible de solliciter une aide médicale pour elle-même, sa famille ou sa communauté”, souligne l’Unesco.
Le risque d’attraper le paludisme, par exemple, “qui coûte la vie à un million de personnes chaque année”, ou d’avoir des problèmes de santé est plus élevé chez la population analphabète car « le taux d’alphabétisation a un impact direct sur les comportements sains », explique le japonais Koïchiro Matsuura, directeur général de l’Unesco, dans un communiqué parvenu à AlterPresse.
Près de 10 millions d’enfants en bas âge meurent suite à des maladies infectieuses évitables, et les enfants de familles pauvres sont ceux qui ont le moins de chances de bénéficier d’un traitement en cas de maladie grave. signale Matsuura.
De plus, les femmes, qui ont suivi des études au-delà du primaire, ont cinq fois plus de chances que les femmes analphabètes d’être informées sur le VIH et le SIDA.
Aussi, dit-il, l’alphabétisation devrait être prise en compte dans les politiques et les stratégies de santé publiques, d’autant que dans ce “monde, où la connaissance et la technologie jouent de plus en plus un rôle moteur, nous sommes très loin d’atteindre l’objectif de réduire de moitié le nombre de personnes analphabètes d’ici à 2015”.
“Alors que nous sommes déjà dans la deuxième moitié de la Décennie des Nations Unies pour l’alphabétisation, lancée en 2003, un cinquième des jeunes et adultes âgés de plus de 15 ans ne possède pas les capacités les plus élémentaires requises pour lire un panneau de circulation, un livre pour enfant, une carte, un journal, les noms inscrits sur un bulletin de vote ou les indications figurant sur un flacon médical”, relève l’Unesco.
Le défi consiste justement à agir pour faire baisser notablement le chiffre actuel de 774 millions d’adultes analphabètes.
Aux yeux de l’Unesco, l’alphabétisation, qui est étroitement liée à l’autonomisation, a pour vertu d’éradiquer l’extrême pauvreté, de promouvoir l’égalité entre les sexes, de lutter contre la mortalité infantile, de lutter contre le VIH-Sida et le paludisme, d’améliorer la santé maternelle.
L’alphabétisation “favorise une plus grande prise de conscience et influence le comportement des individus, des familles et des communautés. Elle améliore l’aptitude à communiquer, donne accès au savoir et permet d’acquérir la confiance en soi et l’estime de soi nécessaires pour prendre des décisions. Une femme, qui participe à un programme d’alphabétisation, aura une meilleure connaissance des questions de santé et de planification familiale. Elle aura davantage tendance à prendre des mesures de santé préventives pour elle-même et pour ses enfants ; elle aura plus facilement recours au soutien et aux services médicaux disponibles ; enfin, il lui sera plus facile de respecter des indications médicales pour suivre un traitement adapté pour elle-même ou ses proches. En résumé, l’alphabétisation est un remède puissant, bien que trop souvent négligé, aux menaces qui pèsent sur la santé, car elle permet de favoriser une meilleure nutrition, ainsi que la prévention et le traitement des maladies”.
L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture cite, en exemples, plusieurs programmes, couronnés de succès lors des Prix internationaux d’alphabétisation de l’Unesco 2008.
Parmi ces programmes, il faut mentionner « Kwanibela Project », un projet d’Afrique du Sud qui intègre des informations sur le VIH SIDA dans les programmes d’alphabétisation ; « Literacy Plus » un projet à destination des femmes rurales en Ethiopie pour les encourager à utiliser les moustiquaires et lutter contre le paludisme.
De même, « Reflect and HIV », organisé par le People’s Action Forum en Zambie, a été remarqué pour ses programmes culturels en langues maternelles. Le programme brésilien « Alfabetizando com saude » illustre les avantages d’une collaboration efficace entre les organes municipaux chargés de la santé et de l’éducation dans la ville de Curitiba. Ce programme, qui agit en faveur des personnes souffrant d’affections de longue durée, leur permet de prendre mieux soin d’elles-mêmes et de sortir de leur isolement.
Certaines initiatives, comme celles mises en place en 2007-2008, « savoir pour pouvoir » (LIFE), qui offrait une série de 6 conférences régionales sur l’alphabétisation, ou la Conférence internationale sur l’éducation des adultes (CONFINTEA VI) - qui se tiendra en mai 2009 à Belém (Brésil) - sont la preuve d’une nouvelle dynamique enclenchée dans le champ de l’alphabétisation. [mv rc apr 09/09/2008 13:00]
mercredi 10 septembre 2008
HAITI/CYCLONE: LE RNDDH CRITIQUE LE COMPORTEMENT DES AUTORITES HAITIENNES
Haiti/cyclone : Le RNDDH critique le comportement des autorités haïtiennes
mardi 9 septembre 2008
Communiqué du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH)
Soumis à AlterPresse le 8 septembre 2008
Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) présente ses vives sympathies aux familles victimes des dernières catastrophes naturelles qui ont frappé le pays.
Les tempêtes tropicales Fay, Gustav et Hanna qui ont frappé le pays en l’espace de deux (2) semaines, ont entraîné des pertes en vies humaines et des dégâts matériels considérables. Le bilan partiel de ces intempéries est très lourd :
Plus de deux cents (200) morts et cinquante (50) disparus sont dénombrés. La tempête Hanna a, à elle seule occasionné la mort de près de cent trentesix (136) personnes dont cent deux (102) dans le département de l’Artibonite ;
Des plantations sont ravagées, des têtes de bétail emportées, des maisons, des ponts endommagés, détruits, des routes défoncées, entravant la circulation automobile.
Tous les départements géographiques du pays sont touchés, dont, à titre d’exemples les départements du Centre, du Sud, du Nord, du Sud-est, des Nippes, de l’Ouest et de l’Artibonite :
Dans le département du Centre, il y a lieu de signaler que le barrage hydroélectrique de Péligre d’une capacité de cent-soixante douze mètre-cube (172 m3) d’eau a, au 3 septembre 2008, atteint cent soixante onze mètres cube quarante-trois (171m343), forçant les responsables à lâcher les eaux du barrage, ce qui a provoqué des inondations à Boucan Carré, à Mirebalais et dans une partie du département de l’Artibonite.
Dans la commune de Saut d’eau, au moins deux cent quatre-vingt (280) maisons sont endommagées par l’effet du vent.
A Hinche, plus de trois cent quarante-huit (348) maisons sont inondées.
Dans le département du Sud, onze (11) morts sont recensés dont deux (2) dans la commune des Anglais, deux (2) à Saint Jean du Sud, trois (3) à Torbeck, trois (3) dans la commune de Camp-Perrin et un (1) aux Cayes.
Dans le département du Nord, les toits de plusieurs maisons sont emportés par le vent.
A Plaisance, au moins trente neuf (39) maisons sont détruites.
Dans le département du Sud-est, vingt-deux (22) personnes ont perdu la vie. La ville de Jacmel est inondée.
Dans le département des Nippes, trois (3) morts sont répertoriés. Les ponts de la Rivière Sèche, de Pémêle et de Du Parc sont gravement endommagés. Le pont reliant les départements de l’Ouest et des Nippes est sous les eaux. Les véhicules le franchissent difficilement. Pour la traversée à pied, des particuliers mettent des canots à la disposition des voyageurs.
La route reliant Petite Rivière des Nippes à Anse à veau est coupée.
La Savane Ouest, une localité de Chalon, s’apparente aujourd’hui à un étang.
Dans le département de l’Ouest, douze (12) victimes sont recensées. A Port-au- Prince, des arbres sont déracinés, bloquant la voie publique et endommageant des maisons et des véhicules.
Le département de l’Artibonite est dans une situation particulière. Il y a quatre (4) ans, du 17 au 19 septembre 2004, la tempête Jeanne avait ravagé la ville des Gonaïves faisant trois mille (3.000) morts et des centaines de disparus. La ville des Gonaïves a été complètement immergée.
Au nom des victimes, des milliers de dollars américains et des dons en nature ont été débloqués. Un plan de reconstruction a même été envisagé par le gouvernement de transition. Des travaux d’infrastructures amorcés ont constitué et constituent encore une menace pour la population des Gonaïves tels que des cavités laissées ouvertes sur les chaussées et les trottoirs pendant les quatre (4) dernières années.
Avec le passage de la tempête Hanna, la ville des Gonaïves a, une nouvelle fois, été complètement immergée. De lourdes pertes en vies humaines sont enregistrées. Au moins trente (30) morts sont dénombrés dont certains à cause des cavités laissées béantes par les autorités en place. Trois mille cent dix-huit (3118) familles sinistrées et neuf mille cent cinquante six (9156) déplacés. Dans la commune de Marmelade, plus de trois cents (300) maisons ont été emportées par les eaux.
Le RNDDH note que la population haïtienne est livrée à elle-même dans ces moments pénibles. Le gouvernement est quasiment inexistant. Ceci démontre que les droits du peuple haïtien à une vie décente, à la sécurité, à un environnement sain et sécuritaire ne constituent pas une préoccupation pour les décideurs politiques.
Le RNDDH note qu’après chaque catastrophe naturelle, les autorités haïtiennes sollicitent l’aide de la communauté internationale pour parer au plus pressé.
Cependant, à date, aucun plan de réaménagement du territoire national n’est mis en branle. La coupe effrénée des arbres, les constructions anarchiques, la nonprotection des rivières et des bassins versants, le non curage des canaux d’irrigation, des égouts sont autant d’éléments nocifs à notre environnement. Mais aucune politique publique n’est appliquée pour corriger cet état de fait.
Le RNDDH souhaite une prise en charge par l’Etat des problèmes structurels et une meilleure gestion de l’aide internationale aux fins de minimiser à l’avenir les effets des cyclones et autres catastrophes naturelles. Il s’agit là d’une obligation de l’Etat. Le RNDH invite donc les décideurs politiques à :
renforcer les structures existantes en matière de prévention et de gestion des crises et désastres ;
prendre toutes les dispositions pour que l’aide internationale ne soit ni détournée ni mal distribuée ;
adresser les différents problèmes auxquels fait face le pays ;
apporter une assistance humanitaire immédiate aux victimes des dernières intempéries.
Port-au-Prince, le 5 septembre 2008
mardi 9 septembre 2008
Communiqué du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH)
Soumis à AlterPresse le 8 septembre 2008
Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) présente ses vives sympathies aux familles victimes des dernières catastrophes naturelles qui ont frappé le pays.
Les tempêtes tropicales Fay, Gustav et Hanna qui ont frappé le pays en l’espace de deux (2) semaines, ont entraîné des pertes en vies humaines et des dégâts matériels considérables. Le bilan partiel de ces intempéries est très lourd :
Plus de deux cents (200) morts et cinquante (50) disparus sont dénombrés. La tempête Hanna a, à elle seule occasionné la mort de près de cent trentesix (136) personnes dont cent deux (102) dans le département de l’Artibonite ;
Des plantations sont ravagées, des têtes de bétail emportées, des maisons, des ponts endommagés, détruits, des routes défoncées, entravant la circulation automobile.
Tous les départements géographiques du pays sont touchés, dont, à titre d’exemples les départements du Centre, du Sud, du Nord, du Sud-est, des Nippes, de l’Ouest et de l’Artibonite :
Dans le département du Centre, il y a lieu de signaler que le barrage hydroélectrique de Péligre d’une capacité de cent-soixante douze mètre-cube (172 m3) d’eau a, au 3 septembre 2008, atteint cent soixante onze mètres cube quarante-trois (171m343), forçant les responsables à lâcher les eaux du barrage, ce qui a provoqué des inondations à Boucan Carré, à Mirebalais et dans une partie du département de l’Artibonite.
Dans la commune de Saut d’eau, au moins deux cent quatre-vingt (280) maisons sont endommagées par l’effet du vent.
A Hinche, plus de trois cent quarante-huit (348) maisons sont inondées.
Dans le département du Sud, onze (11) morts sont recensés dont deux (2) dans la commune des Anglais, deux (2) à Saint Jean du Sud, trois (3) à Torbeck, trois (3) dans la commune de Camp-Perrin et un (1) aux Cayes.
Dans le département du Nord, les toits de plusieurs maisons sont emportés par le vent.
A Plaisance, au moins trente neuf (39) maisons sont détruites.
Dans le département du Sud-est, vingt-deux (22) personnes ont perdu la vie. La ville de Jacmel est inondée.
Dans le département des Nippes, trois (3) morts sont répertoriés. Les ponts de la Rivière Sèche, de Pémêle et de Du Parc sont gravement endommagés. Le pont reliant les départements de l’Ouest et des Nippes est sous les eaux. Les véhicules le franchissent difficilement. Pour la traversée à pied, des particuliers mettent des canots à la disposition des voyageurs.
La route reliant Petite Rivière des Nippes à Anse à veau est coupée.
La Savane Ouest, une localité de Chalon, s’apparente aujourd’hui à un étang.
Dans le département de l’Ouest, douze (12) victimes sont recensées. A Port-au- Prince, des arbres sont déracinés, bloquant la voie publique et endommageant des maisons et des véhicules.
Le département de l’Artibonite est dans une situation particulière. Il y a quatre (4) ans, du 17 au 19 septembre 2004, la tempête Jeanne avait ravagé la ville des Gonaïves faisant trois mille (3.000) morts et des centaines de disparus. La ville des Gonaïves a été complètement immergée.
Au nom des victimes, des milliers de dollars américains et des dons en nature ont été débloqués. Un plan de reconstruction a même été envisagé par le gouvernement de transition. Des travaux d’infrastructures amorcés ont constitué et constituent encore une menace pour la population des Gonaïves tels que des cavités laissées ouvertes sur les chaussées et les trottoirs pendant les quatre (4) dernières années.
Avec le passage de la tempête Hanna, la ville des Gonaïves a, une nouvelle fois, été complètement immergée. De lourdes pertes en vies humaines sont enregistrées. Au moins trente (30) morts sont dénombrés dont certains à cause des cavités laissées béantes par les autorités en place. Trois mille cent dix-huit (3118) familles sinistrées et neuf mille cent cinquante six (9156) déplacés. Dans la commune de Marmelade, plus de trois cents (300) maisons ont été emportées par les eaux.
Le RNDDH note que la population haïtienne est livrée à elle-même dans ces moments pénibles. Le gouvernement est quasiment inexistant. Ceci démontre que les droits du peuple haïtien à une vie décente, à la sécurité, à un environnement sain et sécuritaire ne constituent pas une préoccupation pour les décideurs politiques.
Le RNDDH note qu’après chaque catastrophe naturelle, les autorités haïtiennes sollicitent l’aide de la communauté internationale pour parer au plus pressé.
Cependant, à date, aucun plan de réaménagement du territoire national n’est mis en branle. La coupe effrénée des arbres, les constructions anarchiques, la nonprotection des rivières et des bassins versants, le non curage des canaux d’irrigation, des égouts sont autant d’éléments nocifs à notre environnement. Mais aucune politique publique n’est appliquée pour corriger cet état de fait.
Le RNDDH souhaite une prise en charge par l’Etat des problèmes structurels et une meilleure gestion de l’aide internationale aux fins de minimiser à l’avenir les effets des cyclones et autres catastrophes naturelles. Il s’agit là d’une obligation de l’Etat. Le RNDH invite donc les décideurs politiques à :
renforcer les structures existantes en matière de prévention et de gestion des crises et désastres ;
prendre toutes les dispositions pour que l’aide internationale ne soit ni détournée ni mal distribuée ;
adresser les différents problèmes auxquels fait face le pays ;
apporter une assistance humanitaire immédiate aux victimes des dernières intempéries.
Port-au-Prince, le 5 septembre 2008
jeudi 4 septembre 2008
L'INJUSTICE SOCIALE TUE
Par Pierre Rimbert
Ce constat sans nuances n’émane pas d’une organisation marxiste orthodoxe, mais d’une étude détaillée sur les déterminants sociaux de la santé dans le monde. Rendu public par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le 28 août 2008, le rapport, intitulé « Combler le fossé en une génération » (1), synthétise les résultats de trois années de recherches.
Il relève qu’aux inégalités sanitaires entre pays s’ajoutent celles entre riches et pauvres d’un même pays. Par exemple, si l’espérance de vie à la naissance d’un garçon américain est supérieure de dix-sept années à celle d’un Indien, l’espérance de vie d’un nouveau-né écossais d’une banlieue déshéritée de Glasgow est de vingt-huit ans inférieure à celle d’un nourrisson mis au monde dans un quartier huppé de la même ville. « L’injustice sociale tue à grande échelle », notent les auteurs réunis au sein de la Commission des déterminants sociaux de la santé. Installée par l’OMS en 2005, celle-ci compte parmi ses membres des chercheurs en sciences sociales, des médecins, des personnalités politiques, etc (2).
Espérance de vie en bonne santé (2006) Cet indicateur tient compte à la fois de l’espérance de vie (mesure composite de la mortalité) et d’une estimation des années passées en mauvaise santé, corrigées de la gravité de l’état de santé. Il est une mesure de la durée de la vie en parfaite santé, c’est-à-dire sans incapacité.
Toutes les figures sont de Philippe Rekacewicz. « La répartition inégale des facteurs qui nuisent à la santé n’est en aucun cas un phénomène naturel, expliquent-ils. Elle résulte des effets conjugués de politiques et de programmes sociaux insuffisants, de modalités économiques injustes et de stratégies politiques mal pensées. » Réduire ces inégalités passe évidemment par un accès universel aux biens élémentaires (eau, nourriture, logement, soins, énergie), mais aussi par l’éducation, la culture, un urbanisme harmonieux et de bonnes conditions de travail. En outre, le fossé sanitaire ne se comblera « que si l’on améliore la vie des femmes, des jeunes filles et des filles », les pouvoirs publics devant s’engager plus fermement pour mettre fin aux discriminations qui frappes ces dernières.
Ce document de 256 pages se lit en creux comme un réquisitoire contre les politiques économiques prônées par les institutions financières internationales et mises en œuvre dans de nombreux pays. Il recommande notamment de « lutter contre les inégalités dans la répartition du pouvoir, de l’argent et des ressources, c’est-à-dire les facteurs structurels dont dépendent les conditions de vie quotidienne aux niveaux mondial, national et local ».
Comparaison de l’espérance de vie globale et en bonne santé (2006)
Mortalité infantile et niveau d’éducation des femmes Liant santé et travail, les membres de la Commission s’écartent singulièrement des préconisations libérales de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) : « Le plein emploi, l’équité en matière d’emploi et des conditions de travail décentes doivent être des objectifs communs des institutions internationales et se situer au cœur des politiques et des stratégies de développement nationales, les travailleurs devant être mieux représentés lors de l’élaboration des politiques, de la législation et des programmes portant sur l’emploi et le travail. » En effet, « un travail sûr, sans danger et correctement rémunéré » réduit les facteurs de risque. De même qu’un emploi stable, attendu que « la mortalité est sensiblement plus élevée chez les travailleurs temporaires que chez les travailleurs permanents ».
Pour remédier aux inégalités sanitaires et aux disparités des conditions de vie quotidiennes, le rapport de l’OMS recommande l’instauration d’« une protection sociale universelle généreuse » – fonctionnant de préférence « par répartition » –, ainsi que d’importants investissements dans le secteur de la santé. Un tel chantier « exige un secteur public puissant, déterminé, capable et suffisamment financé ».
Au moment où les gouvernements des pays capitalistes avancés délèguent au secteur marchand une part toujours plus importante des activités de santé et transfèrent aux assurances privées des pans entiers de la couverture maladie, les auteurs de l’étude rappellent que « la santé n’est pas un bien négociable ». La fourniture des biens sociaux essentiels, comme l’accès à l’eau et aux soins, « doit être régie par le secteur public et non par la loi du marché ». Les membres de la commission de l’OMS insistent sur ce point : « Comme les marchés ne peuvent fournir les biens et services indispensables de façon équitable, le financement par l’Etat exige du secteur public qu’il assure un encadrement solide et consente des dépenses suffisantes. » Avant de conclure, à la barbe des partisans d’une fiscalité toujours plus réduite : « Cela suppose un impôt progressif, car il est attesté qu’une redistribution même modeste contribue bien davantage à résorber la pauvreté que la croissance économique seule. »
A la lumière de ces résultats, faut-il songer à imprimer sur les boîtes de médicaments les mentions « Baisser l’impôt nuit à la santé » et « L’injustice sociale tue » ?
--------------------------------------------------------------------------------
(1) http://www.who.int/social_determina...
(2) http://www.who.int/mediacentre/news...
Deux indices pour (imparfaitement) mesurer les inégalités : Le développement humain et Gini
La mortalité infantile chez les riches et chez les pauvres
Toujours plus riches, toujours aussi pauvres
De fortes disparités dans le développement humain entre les villes et les campagnes chinoises
Evolution de l’espérance de vie en Afrique du Sud
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-09-02-inegalites
Ce constat sans nuances n’émane pas d’une organisation marxiste orthodoxe, mais d’une étude détaillée sur les déterminants sociaux de la santé dans le monde. Rendu public par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le 28 août 2008, le rapport, intitulé « Combler le fossé en une génération » (1), synthétise les résultats de trois années de recherches.
Il relève qu’aux inégalités sanitaires entre pays s’ajoutent celles entre riches et pauvres d’un même pays. Par exemple, si l’espérance de vie à la naissance d’un garçon américain est supérieure de dix-sept années à celle d’un Indien, l’espérance de vie d’un nouveau-né écossais d’une banlieue déshéritée de Glasgow est de vingt-huit ans inférieure à celle d’un nourrisson mis au monde dans un quartier huppé de la même ville. « L’injustice sociale tue à grande échelle », notent les auteurs réunis au sein de la Commission des déterminants sociaux de la santé. Installée par l’OMS en 2005, celle-ci compte parmi ses membres des chercheurs en sciences sociales, des médecins, des personnalités politiques, etc (2).
Espérance de vie en bonne santé (2006) Cet indicateur tient compte à la fois de l’espérance de vie (mesure composite de la mortalité) et d’une estimation des années passées en mauvaise santé, corrigées de la gravité de l’état de santé. Il est une mesure de la durée de la vie en parfaite santé, c’est-à-dire sans incapacité.
Toutes les figures sont de Philippe Rekacewicz. « La répartition inégale des facteurs qui nuisent à la santé n’est en aucun cas un phénomène naturel, expliquent-ils. Elle résulte des effets conjugués de politiques et de programmes sociaux insuffisants, de modalités économiques injustes et de stratégies politiques mal pensées. » Réduire ces inégalités passe évidemment par un accès universel aux biens élémentaires (eau, nourriture, logement, soins, énergie), mais aussi par l’éducation, la culture, un urbanisme harmonieux et de bonnes conditions de travail. En outre, le fossé sanitaire ne se comblera « que si l’on améliore la vie des femmes, des jeunes filles et des filles », les pouvoirs publics devant s’engager plus fermement pour mettre fin aux discriminations qui frappes ces dernières.
Ce document de 256 pages se lit en creux comme un réquisitoire contre les politiques économiques prônées par les institutions financières internationales et mises en œuvre dans de nombreux pays. Il recommande notamment de « lutter contre les inégalités dans la répartition du pouvoir, de l’argent et des ressources, c’est-à-dire les facteurs structurels dont dépendent les conditions de vie quotidienne aux niveaux mondial, national et local ».
Comparaison de l’espérance de vie globale et en bonne santé (2006)
Mortalité infantile et niveau d’éducation des femmes Liant santé et travail, les membres de la Commission s’écartent singulièrement des préconisations libérales de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) : « Le plein emploi, l’équité en matière d’emploi et des conditions de travail décentes doivent être des objectifs communs des institutions internationales et se situer au cœur des politiques et des stratégies de développement nationales, les travailleurs devant être mieux représentés lors de l’élaboration des politiques, de la législation et des programmes portant sur l’emploi et le travail. » En effet, « un travail sûr, sans danger et correctement rémunéré » réduit les facteurs de risque. De même qu’un emploi stable, attendu que « la mortalité est sensiblement plus élevée chez les travailleurs temporaires que chez les travailleurs permanents ».
Pour remédier aux inégalités sanitaires et aux disparités des conditions de vie quotidiennes, le rapport de l’OMS recommande l’instauration d’« une protection sociale universelle généreuse » – fonctionnant de préférence « par répartition » –, ainsi que d’importants investissements dans le secteur de la santé. Un tel chantier « exige un secteur public puissant, déterminé, capable et suffisamment financé ».
Au moment où les gouvernements des pays capitalistes avancés délèguent au secteur marchand une part toujours plus importante des activités de santé et transfèrent aux assurances privées des pans entiers de la couverture maladie, les auteurs de l’étude rappellent que « la santé n’est pas un bien négociable ». La fourniture des biens sociaux essentiels, comme l’accès à l’eau et aux soins, « doit être régie par le secteur public et non par la loi du marché ». Les membres de la commission de l’OMS insistent sur ce point : « Comme les marchés ne peuvent fournir les biens et services indispensables de façon équitable, le financement par l’Etat exige du secteur public qu’il assure un encadrement solide et consente des dépenses suffisantes. » Avant de conclure, à la barbe des partisans d’une fiscalité toujours plus réduite : « Cela suppose un impôt progressif, car il est attesté qu’une redistribution même modeste contribue bien davantage à résorber la pauvreté que la croissance économique seule. »
A la lumière de ces résultats, faut-il songer à imprimer sur les boîtes de médicaments les mentions « Baisser l’impôt nuit à la santé » et « L’injustice sociale tue » ?
--------------------------------------------------------------------------------
(1) http://www.who.int/social_determina...
(2) http://www.who.int/mediacentre/news...
Deux indices pour (imparfaitement) mesurer les inégalités : Le développement humain et Gini
La mortalité infantile chez les riches et chez les pauvres
Toujours plus riches, toujours aussi pauvres
De fortes disparités dans le développement humain entre les villes et les campagnes chinoises
Evolution de l’espérance de vie en Afrique du Sud
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-09-02-inegalites
mercredi 3 septembre 2008
HAITI: CONTRE LES TARTUFFERIES POLITIQUES ACTUELLES...
Mémo aux élites haïtiennes
Haiti : Contre les tartufferies politiques actuelles…
lundi 1er septembre 2008
Débat
Par Gary Olius
Soumis à AlterPresse le 1er septembre 2008
La petitesse des dirigeants politiques haïtiens me porte à apprécier la grandeur de l’establishment américain. Je le savais déjà, là-bas le pouvoir se porte dans la tête et il est un objet pensé tandis qu’ici on le porte dans le « dada » et il est seulement source de plaisir, on le gère sans le moindre scrupule. Les Etats Unis sont en train de donner au monde entier une leçon inoubliable et apportent une nouvelle preuve qu’ils abritent incontestablement la plus grande nation des temps modernes. Je suis resté pantois en écoutant le discours d’Hilary Clinton et je me suis même laissé aller aux larmes. D’aucuns disent qu’il s’agit d’une simulation pour la consommation du tiers-monde, mais je refuse d’y croire car tout « faire semblant » à sa limite (tou manti pa fon). En dehors de toute considération coloriste, je n’ose pas penser que la montée fulgurante de Barak Obama fait partie d’une mise en scène savamment préparée. Dans cette logique, je concède à Hilary une grande capacité de dépassement. A mon sens, tout ce qu’elle disait laissait transpirer une certaine sincérité. On me qualifierait peut être de naïf, mais je préfère la naïveté à la paranoïa.
Sous un registre contraire, ce qui se passe en Haïti apporte au monde entier la preuve quasi-irréfutable que nous nagerons encore pendant longtemps dans la petitesse. Pourtant, on nous connaissait mondialement grands, pour notre histoire et notre culture. Je parle à l’imparfait et je le fais sciemment. En mon âme et conscience. Cette histoire et cette culture ne sauraient métamorphoser nos bassesses et tartufferies politiques. Elles ne sauraient non plus être considérées comme une loupe qui pourrait transformer notre petitesse en grandeur incontestable. Ceux qui nous observent, n’étant pas aveugles, ils voient à l’œil nu ce que notre élite politique produit et reproduit. Le constat est patent, nous sommes vraiment petits devant l’immensité de nos bêtises…
Je parle d’Haïti en faisant allusion aux Etats-Unis, je ne fais pas de comparaison. Je pourrais aussi parler du peuple haïtien relativement au peuple américain. Il ne s’agit pas de comparaison d’un colibri avec un aigle, mais un recours à un principe établi : la relativité générale. Elle existe et elle est là pour nous permettre aussi de prendre la dimension des choses. Que ceux qui ne sont pas convaincus aillent lire le texte d’Albert Einstein « comment je vois le monde » et ils verront, entre autres, une allusion que le père de la relativité générale fait de l’Allemagne nazi par rapport aux Etats-Unis.
Souffrant atrocement des politicailleries qui se font en Haïti, je ne fais jamais de concession aux dirigeants haïtiens ; je connais leur petitesse et je les considère tous comme pareils, même camouflés sous des apparats idéologiques. Toutefois, je me pose toujours une interrogation à laquelle je ne trouve pas encore un élément de réponse. Est-ce une question d’équilibre du continent qui fait que les américains projettent sans effort cette image de grandeur pendant que les élites haïtiennes ne jurent que par la petitesse ? Il me parait que ce jeu des contraires peut servir à quelque chose et j’y vois plus qu’un simple contraste entre l’aigle, le big apple, l’oncle Sam (La grandeur comme référence) d’une part et le colibri, le tikoridò et le Ti roro… d’autre part (la petitesse comme référence) ; bien que notre histoire nous apprend qu’il n’y a eu ni un Ti Dessalines ni un Ti Louverture.
Je ne suis pas anthropo-sociologue et je ne trouverai jamais une réponse à cette question qui est mienne, mais étant matheux je sais qu’ en partant à l’assaut d’une réalité ou d’une chose à coup de questionnements on finira tôt ou tard par accéder à sa choséité. Déjà je présume que l’essence de cette insupportable situation qu’on est en train de vivre tient en ceci : le pouvoir en Haïti, parce qu’on le porte dans le dada, il est excessivement jouissif et on est prêt à tout pour le garder. Il convertit ses tenants en des épicuriens de troisième génération qui n’hésiteront même pas à mettre en péril l’existence de toute une nation rien que pour conserver le plaisir que procure le pouvoir. C’est une lecture parmi tant d’autres, et j’attends celle des experts.
Du reste, on aura du mal à me convaincre qu’il existe une quelconque vertu dans l’âme des politiciens haïtiens. Hors des espaces de pouvoir politique, ils sont des farouches défenseurs de la constitution et détenteurs de ce même pouvoir, ils découvrent subitement qu’après avoir épuisé leur quota d’autorité cette loi est inacceptable et est la source de tous les maux du pays. C’est très tentant de s’accrocher vitam aeternam a un pouvoir jouissif, Duvalier le savait et assumait pleinement sa posture dictatoriale. Les anti-duvaliéristes d’hier, qui se veulent aujourd’hui démocrates, le savent aussi. Les délices du pouvoir politique les plongent dans une ivresse telle qu’ils trouvent dégoutant le jeu démocratique. Ils s’agitent à tribord et à bâbord pour imposer leur agenda personnel au reste de la société. Un jour ou l’autre, les jouissances du pouvoir les feront perdre la commande de leur langue et dévoileront inconsciemment leur projet. Et, alors la communauté internationale finalement saura…
Contact : golius@excite.com
Haiti : Contre les tartufferies politiques actuelles…
lundi 1er septembre 2008
Débat
Par Gary Olius
Soumis à AlterPresse le 1er septembre 2008
La petitesse des dirigeants politiques haïtiens me porte à apprécier la grandeur de l’establishment américain. Je le savais déjà, là-bas le pouvoir se porte dans la tête et il est un objet pensé tandis qu’ici on le porte dans le « dada » et il est seulement source de plaisir, on le gère sans le moindre scrupule. Les Etats Unis sont en train de donner au monde entier une leçon inoubliable et apportent une nouvelle preuve qu’ils abritent incontestablement la plus grande nation des temps modernes. Je suis resté pantois en écoutant le discours d’Hilary Clinton et je me suis même laissé aller aux larmes. D’aucuns disent qu’il s’agit d’une simulation pour la consommation du tiers-monde, mais je refuse d’y croire car tout « faire semblant » à sa limite (tou manti pa fon). En dehors de toute considération coloriste, je n’ose pas penser que la montée fulgurante de Barak Obama fait partie d’une mise en scène savamment préparée. Dans cette logique, je concède à Hilary une grande capacité de dépassement. A mon sens, tout ce qu’elle disait laissait transpirer une certaine sincérité. On me qualifierait peut être de naïf, mais je préfère la naïveté à la paranoïa.
Sous un registre contraire, ce qui se passe en Haïti apporte au monde entier la preuve quasi-irréfutable que nous nagerons encore pendant longtemps dans la petitesse. Pourtant, on nous connaissait mondialement grands, pour notre histoire et notre culture. Je parle à l’imparfait et je le fais sciemment. En mon âme et conscience. Cette histoire et cette culture ne sauraient métamorphoser nos bassesses et tartufferies politiques. Elles ne sauraient non plus être considérées comme une loupe qui pourrait transformer notre petitesse en grandeur incontestable. Ceux qui nous observent, n’étant pas aveugles, ils voient à l’œil nu ce que notre élite politique produit et reproduit. Le constat est patent, nous sommes vraiment petits devant l’immensité de nos bêtises…
Je parle d’Haïti en faisant allusion aux Etats-Unis, je ne fais pas de comparaison. Je pourrais aussi parler du peuple haïtien relativement au peuple américain. Il ne s’agit pas de comparaison d’un colibri avec un aigle, mais un recours à un principe établi : la relativité générale. Elle existe et elle est là pour nous permettre aussi de prendre la dimension des choses. Que ceux qui ne sont pas convaincus aillent lire le texte d’Albert Einstein « comment je vois le monde » et ils verront, entre autres, une allusion que le père de la relativité générale fait de l’Allemagne nazi par rapport aux Etats-Unis.
Souffrant atrocement des politicailleries qui se font en Haïti, je ne fais jamais de concession aux dirigeants haïtiens ; je connais leur petitesse et je les considère tous comme pareils, même camouflés sous des apparats idéologiques. Toutefois, je me pose toujours une interrogation à laquelle je ne trouve pas encore un élément de réponse. Est-ce une question d’équilibre du continent qui fait que les américains projettent sans effort cette image de grandeur pendant que les élites haïtiennes ne jurent que par la petitesse ? Il me parait que ce jeu des contraires peut servir à quelque chose et j’y vois plus qu’un simple contraste entre l’aigle, le big apple, l’oncle Sam (La grandeur comme référence) d’une part et le colibri, le tikoridò et le Ti roro… d’autre part (la petitesse comme référence) ; bien que notre histoire nous apprend qu’il n’y a eu ni un Ti Dessalines ni un Ti Louverture.
Je ne suis pas anthropo-sociologue et je ne trouverai jamais une réponse à cette question qui est mienne, mais étant matheux je sais qu’ en partant à l’assaut d’une réalité ou d’une chose à coup de questionnements on finira tôt ou tard par accéder à sa choséité. Déjà je présume que l’essence de cette insupportable situation qu’on est en train de vivre tient en ceci : le pouvoir en Haïti, parce qu’on le porte dans le dada, il est excessivement jouissif et on est prêt à tout pour le garder. Il convertit ses tenants en des épicuriens de troisième génération qui n’hésiteront même pas à mettre en péril l’existence de toute une nation rien que pour conserver le plaisir que procure le pouvoir. C’est une lecture parmi tant d’autres, et j’attends celle des experts.
Du reste, on aura du mal à me convaincre qu’il existe une quelconque vertu dans l’âme des politiciens haïtiens. Hors des espaces de pouvoir politique, ils sont des farouches défenseurs de la constitution et détenteurs de ce même pouvoir, ils découvrent subitement qu’après avoir épuisé leur quota d’autorité cette loi est inacceptable et est la source de tous les maux du pays. C’est très tentant de s’accrocher vitam aeternam a un pouvoir jouissif, Duvalier le savait et assumait pleinement sa posture dictatoriale. Les anti-duvaliéristes d’hier, qui se veulent aujourd’hui démocrates, le savent aussi. Les délices du pouvoir politique les plongent dans une ivresse telle qu’ils trouvent dégoutant le jeu démocratique. Ils s’agitent à tribord et à bâbord pour imposer leur agenda personnel au reste de la société. Un jour ou l’autre, les jouissances du pouvoir les feront perdre la commande de leur langue et dévoileront inconsciemment leur projet. Et, alors la communauté internationale finalement saura…
Contact : golius@excite.com
mardi 2 septembre 2008
HAITI: IL N'YA PAS DE BONS DUVALIERISTES
Haiti : Il n’ y a pas de bons duvaliéristes
lundi 1er septembre 2008
Débat
Par Frank Laraque [1]
Soumis à AlterPresse le 29 aout 2008
Il n’ y a pas de bons duvaliéristes, comme dirait Jean- Paul Sartre. Ni aujourd’hui, ni hier. Ils ne sont pas tous des tontons-macoutes, des criminels, des meurtriers qui ont tué de leurs propres mains des milliers d’innocents. Mais ceux qui n’ont pas renié le duvaliérisme, ni n’ont pas eu le courage de se repentir, de faire amende honorable ne sont pas moins coupables. Ils se rangent parmi les architectes des structures duvaliéristes, les ordonnateurs d’exécutions sommaires, les complices des semeurs de mort par leurs machinations, leur silence, leur tacite ou exaltante justification. Il suffit de se rappeler les vingt- neuf années de règne du sida duvaliériste qui a décimé la population, déstructuré l’économie, dépouillé le Trésor Public. Terrorisme d’Etat créé ou encouragé par la démocratie américaine, non seulement en Haïti avec les Duvalier, mais aussi en République dominicaine avec les Trujillo, à Cuba avec les Batista, au Nicaragua avec les Somoza, au Venezuela avec les Jimenez, au Paraguay avec les Stroessner, au Guatemala avec les Montt et Armas, en Argentine avec les Videla, en Colombie avec les Pinilla et Uribe, en Bolivie avec les Banzer. Le grand démocrate des quatre libertés, le Président Franklin Delano Roosevelt n’ a-t-il pas dit au sujet de l’un d’eux ce qu’il aurait pu dire au sujet de tous : « He is a son of a bitch but he is our son of a bitch » (C’est un fils de pute mais c’est notre fils de pute) ?
Ce terrorisme d’Etat est trop connu pour en faire ici la longue liste de déprédations et d’assassinats. Quelques titres suffisent pour en révéler l’horreur : les Cagoulards, les tonton- macoutes ou prétendus volontaires de la sécurité nationale, les « disparus » sans laisser de traces, le drapeau noir et rouge , l’uniforme bleu et le foulard rouge, les boat- people, les bidonvilles, la révolution politique du père et la révolution économique du fils (pitit tig se tig), la tuerie des cochons créoles, la vente de la force de travail des ouvriers haïtiens en République dominicaine... Mais aujourd’hui ce qui nous préoccupe : le processus d’abolition de la mémoire populaire dont nous mentionnerons les artisans. Heureusement qu’il existe aussi des gardiens vigilants de cette mémoire.
Artisans de l’abolition de la mémoire
Un peuple sans mémoire ou démémoiré est condamné à répéter les mêmes erreurs, à subir les mêmes dictatures du passé. C’est la mission que s’assignent les intellectuels, jouisseurs du terrorisme d’Etat duvaliériste lorsqu’ils faisaient partie de la camarilla qui empochait les fonds publics avec droit de vie et de mort sur la population. Racine dans Britannicus (une tranche d’histoire que le jeanclaudisme reflète) montre comment des courtisans peuvent sur le coup changer de visage : « Mais ceux qui de la cour ont un plus long usage/ Sur les yeux de César composent leur visage ». Ainsi, témoins de l’empoisonnement de Britannicus par Néron, ils se changent en complices
Les vendeurs de sang, de cadavres, et leurs acolytes forment un peu partout de petites cliques qui perpétuent le souvenir de l’ère duvaliériste. Les intellectuels ne se contentent pas de composer un nouveau visage. Sous forme de roman ou d’essai, ils falsifient l’histoire, désarticulent la vérité, forgent l’image d’un François justicier et leader international, d’un Jean-Claude, jeune rénovateur, banalisant crimes et vols des fonds publics. La résurgence du duvaliérisme en Haïti est leur objectif . Le gouvernement Fanmi Lavalas et l’OPL [2] ont contribué à cette résurgence en intégrant dans leurs rangs des duvaliéristes notoires. Un centre François Duvalier est fondé en Haïti sans aucune protestation des organisations populaires autrefois activement antiduvaliéristes. Les journaux collaborationnistes se taisent, acquiescent. « Le Nouvelliste » ouvre ses colonnes à Bennett qui s’est enrichi scandaleusement au cours de la dictature de son gendre Jean-Claude Duvalier. Mais il y a pis. Des journalistes, victimes du duvaliérisme, tombent dans le panneau. Mélodie 103.3 FM , un programme radiodiffusé, reproduit dans « Haiti en Marche » 6 août 2008 exorcise Dadou Berrouet. En effet, Mélodie lui reconnaît des péchés mignons : « Il a porté l’uniforme VSN, communément appelé « tonton macoute ». Il a été assistant commandant de la prison secrète (la Bastille) du régime où des milliers d’opposants ont perdu la vie. Il sera plus tard ministre de l’intérieur et de la défense nationale, et ministre de l’agriculture sous le gouvernement de Jean-Claude Baby Doc Duvalier ». Pas plus que ça. C’est pourquoi : « Les gens (qui ont perdu la mémoire) lui témoignent le même respect et même au fur et à mesure presque de l’affection ». Notre ami et brillant pamphlétaire Fanfan Latour ajouterait fort à propos : « Se tròkèt la chay la dèyè ». Le cœur gros, nous lisons un peu plus loin ; « … il existe aujourd’hui, en effet, une certaine nostalgie de l’ère de Papa Doc … A son avis, Duvalier a sauvé Haïti en la sortant de sa manière sauvage de concevoir et de faire la politique. Sauvage. Tribale. Egoïste… Dadou a dû plus d’une fois penser que seul Duvalier avait raison. Comme pour beaucoup d’entre nous aujourd’hui. Même pour certains à leur cœur défendant…. Le duvaliérisme avait une chance de se racheter comme le balaguérisme et avant lui le trujillisme. Il l’a raté. » La solution logique semble être : ce qu’il faut au pays, c’est un nouveau Duvalier qui termine son règne comme Balaguer et Trujillo. Dieu merci ! Nous voulons bien croire que l’animateur de Mélodie, lui-même une victime du duvaliérisme, face à la révoltante et chaotique conjoncture de notre malheureux pays s’est bourré en laissant les mots dépasser sa pensée. Qu’il se ressaisira et dissipera tout malentendu.
Les gardiens vigilants de la mémoire populaire
La littérature révolutionnaire de l’époque (poèmes, romans, essais, musique, pièces de théâtre) à l’unisson avec l’action des masses mobilisées en grande partie par la théologie de la libération a été d’un grand apport dans le renversement de la dictature satanique des Duvalier. Le peuple a fait consacrer le rejet de cette maudite idéologie dans la Constitution de l987 . L’article 291 prescrit que toute personne notoirement connue pour avoir été par ses excès de zèle un des artisans de la dictature et de son maintien durant les vingt-neuf (29) dernières années ne pourra briguer aucune fonction publique durant les dix (10) années qui suivront la publication de la Présente Constitution. Il en est de même pour toute personne ayant torturé les prisonniers politiques ou commis des crimes politiques. Ces prescriptions nous indiquent la voie à suivre pour prévenir le retour de toute dictature, particulièrement le duvaliérisme. L’un de ces moyens consiste dans la réminiscence des tortures, assassinats de l’ère duvaliériste. Beaucoup d’écrits de nos compatriotes sont consacrés à cette tâche patriotique Il nous est impossible de les inclure tous dans le cadre restreint de notre article. Nous citerons quelques-uns qui nous semblent les plus appropriés. Leurs auteurs, nous les appelons les gardiens vigilants de la mémoire populaire. Dans le domaine de la chronique de la vérité historique : Albert Chassagne , Patrick Lemoine et Frantz Latour . Dans la fiction (le roman) : Marie Chauvet et Marie-Célie Agnant.
Albert Chassagne, dont le frère ainé Roland, poète talentueux et capitaine retraité de l’Armée, a été arrêté et « disparu », « désireux de parler pour que tout soit su » a recueilli le témoignage de duvaliéristes présents au cours des arrestations, tortures et mises à mort des familles jérémiennes et écrit Bain de sang en Haïti [3]. Ces Vêpres Jérémiennes ordonnées par François Duvalier et exécutées en 1964 par ce que Chassagne appelle un aréopage macoutard composé de Jacques Fourcand, Pierre Biambi, Sanète Balmir (fillette- lalo), Capitaine Abel Jérôme, Saint-Ange Bontemps, Sony Borges, officier de l’Armée, Raoul Cédras (père du Générél Cédras), pour ne citer que ceux-là. Les familles Villedrouin, Drouin , Sansaricq, Guilbaud, soit vingt-sept innocentes personnes, ont été humiliées, torturées, assassinées. Parmi elles, une octogénaire, une folle, des enfants âgés de deux à six ans. « À la caserne, Abel Jérôme exige que les prisonniers se dévêtent et complètement.(page 15 )… Les filles de Louis Drouin se heurtent à leur père qui a longtemps déjà perdu conscience. Toujours nues dans leur cellule, les deux reposent la tête ensanglantée de leur père sur leurs jambes.- Papa, papa ! Mais Louis Drouin ne répondra jamais plus » (p.16). La femme de Gérard Guilbaud « Alice Drouin gît déjà près de lui. Alors à bout portant une balle lui est logée dans la tête. Gérard Brunache, à mi-chemin entre l’homme et l’animal, lui plante un poignard dans le cœur. » (p.17). On n’est pas encore au comble de l’horreur. « Le mouchoir offert est une cigarette allumée, éteinte par Sony Borges dans les prunelles de l’enfant. Puis Gérard Brunache, soulevant le bébé par le bras, lui enfonce un stylet dans le ventre. Un cri violent, puis un soupir, puis plus rien. Stéphane a passé. Et la brute Sony Borges de s’exclamer : « Pitit la tòdye tan kou yon vè » (l’enfant s’est tordu comme un ver)° (p.23).
Les écrits des autres auteurs cités plus haut se vendant dans les librairies, nous en donnerons brièvement les lignes générales et exhortons le public à les acheter pour en propager les idées saines et progressistes.
Parick Lemoine, arrêté et emprisonné le 2 décembre 1971 est libéré le 25 Septembre 1977. Il publie Fort Dimanche Fort- la- Mort. [4] Il n’a pas écrit pour tirer gloire de son courage durant ces années dans l’enfer carcéral duvaliériste. Il a préféré une autre voie plus noble et plus digne. Dans les chapitres : Pris dans l’engrenage, La chute dans les ténèbres, Fort Dimanche l’enfer, De nouveau dans les Casernes, il montre le mécanisme du terrorisme duvaliériste. Comment ce terrorisme choisit ses victimes, fabrique des conspirations et force les accusés à admettre leur culpabilité au cours d’interrogatoires accompagnés d’inimaginables souffrances afin de les envoyer à Fort Dimanche. Fort Dimanche le lieu de supplices et d’exterminations. Les bourreaux habillés en uniforme militaire ont pour mission d’affamer les prisonniers, de les martyriser en inventant les tortures les plus sophistiquées dont l’objectif est de détruire le physique, la volonté de résistance, d’acculer au désespoir, au suicide. Jusque dans leurs cachots des duvaliéristes, prisonniers eux aussi, les poursuivent de leur haine, les espionnent et les dénoncent. Dans un capharnaüm d’immondices, d’urine, qui sert parfois de désinfectant, de matières fécales, où sont tombés, sans se rendre, des compagnons emportés par la tuberculose, l’épuisement, l’inanition. Patrick et ses compagnons, morts ou survivants, représentent l’esprit de la résistance inébranlable, de la liberté séquestrée, un superbe défi en plein enfer à l’oppression et au terrorisme d’Etat . Un jour, la communauté de la diaspora et le peuple haïtien, reconnaissants, leur rendront le bel hommage auquel ils ont droit.
Frantz Latour, à la prose intarissable qui coule de source, écrit trois articles importants dans l’hebdomadaire « Haïti Liberté. » [5] Nul mieux que lui n’a compris l’obligation de conserver la mémoire des combats menés par des lutteurs célèbres ou anonymes en Haïti et ailleurs pour la défense des intérêts des masses. Sa rubrique au titre suggestif « Devoir de Mémoire » manifeste la volonté de nous rappeler que nous n’avons pas le droit d’oublier. Que la fidélité à cette mémoire peut servir de lien à la solidarité nécessaire pour secourir le peuple haïtien livré aux affres de la pauvreté, de l’injustice et de l’inégalité. Il ne s’agit pas d’une lutte partisane mais d’un rassemblement d’individus, en dépit des divergences idéologiques non antagoniques, visant à libérer et à sauver Haïti. Mon ami, feu Jean F. Brierre me répétait : « Franck, pourquoi attendons-nous la mort d’un compatriote pour célébrer ses vertus ». J’en garde la mémoire.
Un intervalle de près de quarante années sépare les œuvres principales de Marie Chauvet (Amour , Colère et Folie, 1968) [6] et de Marie-Célie Agnant ( Un alligator nommé R0SA, 2007) [7]. Deux romancières au talent remarquable et hardi qui n’ont pas hésité à s’attaquer à la peste duvaliériste. Le premier roman au duvaliérisme au pouvoir avec François et le second aux suppôts de l’enfer duvaliériste réfugiés dans les pays vraiment « amis » qui leur garantissent la sécurité et l’impunité.
La trilogie de Marie Chauvet, Amour, Colère et Folie publiée par Gallimard l’a rendue célèbre. Une célébrité qui a causé la colère de Duvalier, la dissolution de son mariage, son exil et sa mort hors du pays natal. Alors qu’un mutisme imposé par la terreur régnait sur tout le territoire, une telle alerte d’alarme défiait l’hydre. La fiction devient la réalité en cours . Point n’est besoin d’interprétation pour comprendre que les personnages ne sont pas fictifs, mais des tontons-macoutes se livrant à leurs activités coutumières. Dans Amour, Dora Soubirou est à demi estropiée par le commandant Calédu qui l’a cravachée tandis qu’elle était maintenue sur le dos par quatre mendiants pouilleux à qui il l‘a ensuite livrée. Dans Colère, le chef des hommes en noir force Rose à se livrer à lui pendant trente jours dans une chambre tapissée de miroirs, les bras en croix et en silence. Dans Folie , le commandant Cravache menace Marcia qui se plaint d’avoir été violée ainsi que sa maîtresse Cécile : « Oublie ce que tu as vu, entendu en prison, si tu ne veux pas que je t’arrache la langue ». Marie Chauvet entend détruire le mythe de la femme qui dit non mais ne le pense pas et s’attend à être violée . Le dynamisme de la terreur est ralenti ou accéléré par des bourreaux qui changent seulement de noms (Cravache, le Gorille, Calédu), instruments d’un terrorisme qui s’éternise et crée partout des cellules d’incarcération. La maison des Normil (le pays) est entouré de pieux, des poètes se séquestrent dans leurs chambres ainsi que beaucoup de gens dans leurs maisons sans être à l’abri du kidnapping. Les mises à mort ne se contentent plus des cellules de prison et de champs clos, envahissent la rue. Jacques le fou est assassiné dans la rue. Au cours d’une procession le grand-père et l’enfant infirme sont abattus. Un affamé qui n’a pas le droit d’avoir faim est exécuté sur la place de Pétionville. Même les oiseaux aux ailes de liberté ne sont pas épargnés. La rue, lieu de circulation, devient un lieu où plus personne ne bouge. « Sak an wo pa desann, sak an ba pa monte ». La paix des cimetières règne sur un pays zombifié.
Déjà trente-cinq années depuis que Marie Chauvet, qui dans son dernier roman, Les Rapaces, a repris son nom de jeune fille Marie Vieux, nous a quittés. Son admirable talent d’écrivain engagé nous la tient, devoir de mémoire, vivante dans notre cœur et nos pensées .
Marie-Célie Agnant connait à un très jeune âge, une existence tragique . Son père , dans le maquis, décide de venir saluer sa famille. Il est suivi par des tontons-macoutes qui l’emportent et le disparaissent à jamais. Une petite orpheline éplorée est adoptée, à l’encontre de ses protagonistes, par un deuxième père qui met tous ses efforts à lui faire oublier cette cruelle disparition. Il prédit qu’elle sera une femme de lettres. Et pour notre bonheur, une très grande femme de lettres. Inquiété par les allées et venues menaçantes des sbires, il décide bien qu’âgé de gagner l’exil avec sa famille.
Dans son roman Un alligator nommé R0SA, elle mentionne les « tontons- macoutes » , tels que Cambronna, Benjalen Trélas, Jean Boivreau, Jean Remon Claude, Norcemer, Angelot Bontemps, Franco Nero ( dont les noms ou prénoms sont modifiés) « et cet animal malade, un nommé Daisir , qui s’acquittait de son travail de tortionnaire, coiffé de son chapeau melon, une bible dans la poche de sa veste. Entre chaque séance de torture, il récitait des psaumes. » (page 168) . Sans oublier ceux que le macoute, père de la fameuse fillette-lalo Marie Louise, appelait les lèche-bottes et les culs-offerts. Elle se concentre surtout sur Rosa Bosquet, dont elle donnera les détails de sa carrière de Chef Suprême des VSN et sur sa cohorte de reines-choches et de fillettes-lalo appelées ses Gazelles féroces. Sa fiction est bâtie sur le duel entre Rosa, réfugiée dans le calme d’un petit village au sud de la France, à la mort de François Duvalier, Antoine et Laura, tous deux rendus orphelins par cette même Rosa. Les réactions d’Antoine et de Laura différentes au début finissent par se concilier. Antoine Guibert a 10 ans mais en paraît cinq ou six, ce qui a aidé peut-être à épargner sa vie, est traumatisé à jamais par l’assassinat de son père et de sa mère aux mains de Rosa Bosquet. Puis, elle l’a vendu à Rébu, un colonel retraité. Cet officier change le nom de Guibert et Antoine est nommé Antoine Rébu. Plein de haine, il passe 40 ans à rêver de vengeance contre Rosa. Il a l’opportunité de se faire l’infirmier de Rosa Bosquet qui exagère sa maladie et ne pousse que des grognements. Il la traque, lui inflige toutes sortes de punitions afin de la faire avouer ses crimes par écrit dans l’espoir de l’utiliser dans tout procès contre elle . Un duel plus sourd et difficile survient entre lui et Laura empêtrée dans ses ambiguïtés causées par l’assassinat de ses parents par le Chef des VSN qui ne lui a pas ravi la vie et l’a adoptée, traitée comme sa propre enfant et pris soin d’elle. Le respect et l’adulation dont elle est l’objet ont dû avoir un effet sur une gosse vulnérable et confuse. Ce sentiment de reconnaissance envers un criminel endurci est éprouvé quelques fois par ceux dont la vie a été arrachée à la mâchoire de la mort. Ses hésitations sont vaincues par les dossiers prouvant le nombre d’assassinats commis par Rosa, les renseignements fournis par Marie-Louise la jeune fillette-lalo, entraînée comme tant d’autres par Rosa dans l’art de torturer et de tuer. D’accord sur l’indéfendable culpabilité de Rosa, Antoine et Laura décident de la mettre dans un mouroir, comme tant d’autres innocents agonisants. Marie Chauvet et Marie-Célie nous exhortent à ne pas oublier ce régime infernal mais dont les crimes restent impunis dans ces romans et dans la réalité. La justice flotte dans l’air. Il incombe aux jeunes générations informées sur la vérité historique de ramener cette justice sur terre et de mettre fin à l’impunité.
[1] Professeur émérite, City College, New York
[2] NDLR : Organisation du Peuple en Lutte
[3] Albert Chassagne, Bain de sang en Haiti Texte polycopié sans date. 2ème publication in En grandissant sous Duvalier. L’agonie d’un Etat-nation (dir.) Frantz Antoine Leconte. Edition Les marrons du Savoir et Harmattan ,1999.
[4] Patrick Lemoine, Fort Dimanche, Fort-la-Mort. Port-au-Prince : Regain, 1976. Nouvelles publications : EU : Fordi9, 1997, 2006.
[5] Frantz Latour, « Haïti Liberté » directeur : Berthony Dupont. Email : editor@haitiliberte.com.
[6] Marie Chauvet, Amour, Colère et Folie. Paris : Gallimard, 1968.
[7] Marie-Célie Agnant Un alligator nommé ROSA . Montréal : Les éditions du remue-ménage, 2007
lundi 1er septembre 2008
Débat
Par Frank Laraque [1]
Soumis à AlterPresse le 29 aout 2008
Il n’ y a pas de bons duvaliéristes, comme dirait Jean- Paul Sartre. Ni aujourd’hui, ni hier. Ils ne sont pas tous des tontons-macoutes, des criminels, des meurtriers qui ont tué de leurs propres mains des milliers d’innocents. Mais ceux qui n’ont pas renié le duvaliérisme, ni n’ont pas eu le courage de se repentir, de faire amende honorable ne sont pas moins coupables. Ils se rangent parmi les architectes des structures duvaliéristes, les ordonnateurs d’exécutions sommaires, les complices des semeurs de mort par leurs machinations, leur silence, leur tacite ou exaltante justification. Il suffit de se rappeler les vingt- neuf années de règne du sida duvaliériste qui a décimé la population, déstructuré l’économie, dépouillé le Trésor Public. Terrorisme d’Etat créé ou encouragé par la démocratie américaine, non seulement en Haïti avec les Duvalier, mais aussi en République dominicaine avec les Trujillo, à Cuba avec les Batista, au Nicaragua avec les Somoza, au Venezuela avec les Jimenez, au Paraguay avec les Stroessner, au Guatemala avec les Montt et Armas, en Argentine avec les Videla, en Colombie avec les Pinilla et Uribe, en Bolivie avec les Banzer. Le grand démocrate des quatre libertés, le Président Franklin Delano Roosevelt n’ a-t-il pas dit au sujet de l’un d’eux ce qu’il aurait pu dire au sujet de tous : « He is a son of a bitch but he is our son of a bitch » (C’est un fils de pute mais c’est notre fils de pute) ?
Ce terrorisme d’Etat est trop connu pour en faire ici la longue liste de déprédations et d’assassinats. Quelques titres suffisent pour en révéler l’horreur : les Cagoulards, les tonton- macoutes ou prétendus volontaires de la sécurité nationale, les « disparus » sans laisser de traces, le drapeau noir et rouge , l’uniforme bleu et le foulard rouge, les boat- people, les bidonvilles, la révolution politique du père et la révolution économique du fils (pitit tig se tig), la tuerie des cochons créoles, la vente de la force de travail des ouvriers haïtiens en République dominicaine... Mais aujourd’hui ce qui nous préoccupe : le processus d’abolition de la mémoire populaire dont nous mentionnerons les artisans. Heureusement qu’il existe aussi des gardiens vigilants de cette mémoire.
Artisans de l’abolition de la mémoire
Un peuple sans mémoire ou démémoiré est condamné à répéter les mêmes erreurs, à subir les mêmes dictatures du passé. C’est la mission que s’assignent les intellectuels, jouisseurs du terrorisme d’Etat duvaliériste lorsqu’ils faisaient partie de la camarilla qui empochait les fonds publics avec droit de vie et de mort sur la population. Racine dans Britannicus (une tranche d’histoire que le jeanclaudisme reflète) montre comment des courtisans peuvent sur le coup changer de visage : « Mais ceux qui de la cour ont un plus long usage/ Sur les yeux de César composent leur visage ». Ainsi, témoins de l’empoisonnement de Britannicus par Néron, ils se changent en complices
Les vendeurs de sang, de cadavres, et leurs acolytes forment un peu partout de petites cliques qui perpétuent le souvenir de l’ère duvaliériste. Les intellectuels ne se contentent pas de composer un nouveau visage. Sous forme de roman ou d’essai, ils falsifient l’histoire, désarticulent la vérité, forgent l’image d’un François justicier et leader international, d’un Jean-Claude, jeune rénovateur, banalisant crimes et vols des fonds publics. La résurgence du duvaliérisme en Haïti est leur objectif . Le gouvernement Fanmi Lavalas et l’OPL [2] ont contribué à cette résurgence en intégrant dans leurs rangs des duvaliéristes notoires. Un centre François Duvalier est fondé en Haïti sans aucune protestation des organisations populaires autrefois activement antiduvaliéristes. Les journaux collaborationnistes se taisent, acquiescent. « Le Nouvelliste » ouvre ses colonnes à Bennett qui s’est enrichi scandaleusement au cours de la dictature de son gendre Jean-Claude Duvalier. Mais il y a pis. Des journalistes, victimes du duvaliérisme, tombent dans le panneau. Mélodie 103.3 FM , un programme radiodiffusé, reproduit dans « Haiti en Marche » 6 août 2008 exorcise Dadou Berrouet. En effet, Mélodie lui reconnaît des péchés mignons : « Il a porté l’uniforme VSN, communément appelé « tonton macoute ». Il a été assistant commandant de la prison secrète (la Bastille) du régime où des milliers d’opposants ont perdu la vie. Il sera plus tard ministre de l’intérieur et de la défense nationale, et ministre de l’agriculture sous le gouvernement de Jean-Claude Baby Doc Duvalier ». Pas plus que ça. C’est pourquoi : « Les gens (qui ont perdu la mémoire) lui témoignent le même respect et même au fur et à mesure presque de l’affection ». Notre ami et brillant pamphlétaire Fanfan Latour ajouterait fort à propos : « Se tròkèt la chay la dèyè ». Le cœur gros, nous lisons un peu plus loin ; « … il existe aujourd’hui, en effet, une certaine nostalgie de l’ère de Papa Doc … A son avis, Duvalier a sauvé Haïti en la sortant de sa manière sauvage de concevoir et de faire la politique. Sauvage. Tribale. Egoïste… Dadou a dû plus d’une fois penser que seul Duvalier avait raison. Comme pour beaucoup d’entre nous aujourd’hui. Même pour certains à leur cœur défendant…. Le duvaliérisme avait une chance de se racheter comme le balaguérisme et avant lui le trujillisme. Il l’a raté. » La solution logique semble être : ce qu’il faut au pays, c’est un nouveau Duvalier qui termine son règne comme Balaguer et Trujillo. Dieu merci ! Nous voulons bien croire que l’animateur de Mélodie, lui-même une victime du duvaliérisme, face à la révoltante et chaotique conjoncture de notre malheureux pays s’est bourré en laissant les mots dépasser sa pensée. Qu’il se ressaisira et dissipera tout malentendu.
Les gardiens vigilants de la mémoire populaire
La littérature révolutionnaire de l’époque (poèmes, romans, essais, musique, pièces de théâtre) à l’unisson avec l’action des masses mobilisées en grande partie par la théologie de la libération a été d’un grand apport dans le renversement de la dictature satanique des Duvalier. Le peuple a fait consacrer le rejet de cette maudite idéologie dans la Constitution de l987 . L’article 291 prescrit que toute personne notoirement connue pour avoir été par ses excès de zèle un des artisans de la dictature et de son maintien durant les vingt-neuf (29) dernières années ne pourra briguer aucune fonction publique durant les dix (10) années qui suivront la publication de la Présente Constitution. Il en est de même pour toute personne ayant torturé les prisonniers politiques ou commis des crimes politiques. Ces prescriptions nous indiquent la voie à suivre pour prévenir le retour de toute dictature, particulièrement le duvaliérisme. L’un de ces moyens consiste dans la réminiscence des tortures, assassinats de l’ère duvaliériste. Beaucoup d’écrits de nos compatriotes sont consacrés à cette tâche patriotique Il nous est impossible de les inclure tous dans le cadre restreint de notre article. Nous citerons quelques-uns qui nous semblent les plus appropriés. Leurs auteurs, nous les appelons les gardiens vigilants de la mémoire populaire. Dans le domaine de la chronique de la vérité historique : Albert Chassagne , Patrick Lemoine et Frantz Latour . Dans la fiction (le roman) : Marie Chauvet et Marie-Célie Agnant.
Albert Chassagne, dont le frère ainé Roland, poète talentueux et capitaine retraité de l’Armée, a été arrêté et « disparu », « désireux de parler pour que tout soit su » a recueilli le témoignage de duvaliéristes présents au cours des arrestations, tortures et mises à mort des familles jérémiennes et écrit Bain de sang en Haïti [3]. Ces Vêpres Jérémiennes ordonnées par François Duvalier et exécutées en 1964 par ce que Chassagne appelle un aréopage macoutard composé de Jacques Fourcand, Pierre Biambi, Sanète Balmir (fillette- lalo), Capitaine Abel Jérôme, Saint-Ange Bontemps, Sony Borges, officier de l’Armée, Raoul Cédras (père du Générél Cédras), pour ne citer que ceux-là. Les familles Villedrouin, Drouin , Sansaricq, Guilbaud, soit vingt-sept innocentes personnes, ont été humiliées, torturées, assassinées. Parmi elles, une octogénaire, une folle, des enfants âgés de deux à six ans. « À la caserne, Abel Jérôme exige que les prisonniers se dévêtent et complètement.(page 15 )… Les filles de Louis Drouin se heurtent à leur père qui a longtemps déjà perdu conscience. Toujours nues dans leur cellule, les deux reposent la tête ensanglantée de leur père sur leurs jambes.- Papa, papa ! Mais Louis Drouin ne répondra jamais plus » (p.16). La femme de Gérard Guilbaud « Alice Drouin gît déjà près de lui. Alors à bout portant une balle lui est logée dans la tête. Gérard Brunache, à mi-chemin entre l’homme et l’animal, lui plante un poignard dans le cœur. » (p.17). On n’est pas encore au comble de l’horreur. « Le mouchoir offert est une cigarette allumée, éteinte par Sony Borges dans les prunelles de l’enfant. Puis Gérard Brunache, soulevant le bébé par le bras, lui enfonce un stylet dans le ventre. Un cri violent, puis un soupir, puis plus rien. Stéphane a passé. Et la brute Sony Borges de s’exclamer : « Pitit la tòdye tan kou yon vè » (l’enfant s’est tordu comme un ver)° (p.23).
Les écrits des autres auteurs cités plus haut se vendant dans les librairies, nous en donnerons brièvement les lignes générales et exhortons le public à les acheter pour en propager les idées saines et progressistes.
Parick Lemoine, arrêté et emprisonné le 2 décembre 1971 est libéré le 25 Septembre 1977. Il publie Fort Dimanche Fort- la- Mort. [4] Il n’a pas écrit pour tirer gloire de son courage durant ces années dans l’enfer carcéral duvaliériste. Il a préféré une autre voie plus noble et plus digne. Dans les chapitres : Pris dans l’engrenage, La chute dans les ténèbres, Fort Dimanche l’enfer, De nouveau dans les Casernes, il montre le mécanisme du terrorisme duvaliériste. Comment ce terrorisme choisit ses victimes, fabrique des conspirations et force les accusés à admettre leur culpabilité au cours d’interrogatoires accompagnés d’inimaginables souffrances afin de les envoyer à Fort Dimanche. Fort Dimanche le lieu de supplices et d’exterminations. Les bourreaux habillés en uniforme militaire ont pour mission d’affamer les prisonniers, de les martyriser en inventant les tortures les plus sophistiquées dont l’objectif est de détruire le physique, la volonté de résistance, d’acculer au désespoir, au suicide. Jusque dans leurs cachots des duvaliéristes, prisonniers eux aussi, les poursuivent de leur haine, les espionnent et les dénoncent. Dans un capharnaüm d’immondices, d’urine, qui sert parfois de désinfectant, de matières fécales, où sont tombés, sans se rendre, des compagnons emportés par la tuberculose, l’épuisement, l’inanition. Patrick et ses compagnons, morts ou survivants, représentent l’esprit de la résistance inébranlable, de la liberté séquestrée, un superbe défi en plein enfer à l’oppression et au terrorisme d’Etat . Un jour, la communauté de la diaspora et le peuple haïtien, reconnaissants, leur rendront le bel hommage auquel ils ont droit.
Frantz Latour, à la prose intarissable qui coule de source, écrit trois articles importants dans l’hebdomadaire « Haïti Liberté. » [5] Nul mieux que lui n’a compris l’obligation de conserver la mémoire des combats menés par des lutteurs célèbres ou anonymes en Haïti et ailleurs pour la défense des intérêts des masses. Sa rubrique au titre suggestif « Devoir de Mémoire » manifeste la volonté de nous rappeler que nous n’avons pas le droit d’oublier. Que la fidélité à cette mémoire peut servir de lien à la solidarité nécessaire pour secourir le peuple haïtien livré aux affres de la pauvreté, de l’injustice et de l’inégalité. Il ne s’agit pas d’une lutte partisane mais d’un rassemblement d’individus, en dépit des divergences idéologiques non antagoniques, visant à libérer et à sauver Haïti. Mon ami, feu Jean F. Brierre me répétait : « Franck, pourquoi attendons-nous la mort d’un compatriote pour célébrer ses vertus ». J’en garde la mémoire.
Un intervalle de près de quarante années sépare les œuvres principales de Marie Chauvet (Amour , Colère et Folie, 1968) [6] et de Marie-Célie Agnant ( Un alligator nommé R0SA, 2007) [7]. Deux romancières au talent remarquable et hardi qui n’ont pas hésité à s’attaquer à la peste duvaliériste. Le premier roman au duvaliérisme au pouvoir avec François et le second aux suppôts de l’enfer duvaliériste réfugiés dans les pays vraiment « amis » qui leur garantissent la sécurité et l’impunité.
La trilogie de Marie Chauvet, Amour, Colère et Folie publiée par Gallimard l’a rendue célèbre. Une célébrité qui a causé la colère de Duvalier, la dissolution de son mariage, son exil et sa mort hors du pays natal. Alors qu’un mutisme imposé par la terreur régnait sur tout le territoire, une telle alerte d’alarme défiait l’hydre. La fiction devient la réalité en cours . Point n’est besoin d’interprétation pour comprendre que les personnages ne sont pas fictifs, mais des tontons-macoutes se livrant à leurs activités coutumières. Dans Amour, Dora Soubirou est à demi estropiée par le commandant Calédu qui l’a cravachée tandis qu’elle était maintenue sur le dos par quatre mendiants pouilleux à qui il l‘a ensuite livrée. Dans Colère, le chef des hommes en noir force Rose à se livrer à lui pendant trente jours dans une chambre tapissée de miroirs, les bras en croix et en silence. Dans Folie , le commandant Cravache menace Marcia qui se plaint d’avoir été violée ainsi que sa maîtresse Cécile : « Oublie ce que tu as vu, entendu en prison, si tu ne veux pas que je t’arrache la langue ». Marie Chauvet entend détruire le mythe de la femme qui dit non mais ne le pense pas et s’attend à être violée . Le dynamisme de la terreur est ralenti ou accéléré par des bourreaux qui changent seulement de noms (Cravache, le Gorille, Calédu), instruments d’un terrorisme qui s’éternise et crée partout des cellules d’incarcération. La maison des Normil (le pays) est entouré de pieux, des poètes se séquestrent dans leurs chambres ainsi que beaucoup de gens dans leurs maisons sans être à l’abri du kidnapping. Les mises à mort ne se contentent plus des cellules de prison et de champs clos, envahissent la rue. Jacques le fou est assassiné dans la rue. Au cours d’une procession le grand-père et l’enfant infirme sont abattus. Un affamé qui n’a pas le droit d’avoir faim est exécuté sur la place de Pétionville. Même les oiseaux aux ailes de liberté ne sont pas épargnés. La rue, lieu de circulation, devient un lieu où plus personne ne bouge. « Sak an wo pa desann, sak an ba pa monte ». La paix des cimetières règne sur un pays zombifié.
Déjà trente-cinq années depuis que Marie Chauvet, qui dans son dernier roman, Les Rapaces, a repris son nom de jeune fille Marie Vieux, nous a quittés. Son admirable talent d’écrivain engagé nous la tient, devoir de mémoire, vivante dans notre cœur et nos pensées .
Marie-Célie Agnant connait à un très jeune âge, une existence tragique . Son père , dans le maquis, décide de venir saluer sa famille. Il est suivi par des tontons-macoutes qui l’emportent et le disparaissent à jamais. Une petite orpheline éplorée est adoptée, à l’encontre de ses protagonistes, par un deuxième père qui met tous ses efforts à lui faire oublier cette cruelle disparition. Il prédit qu’elle sera une femme de lettres. Et pour notre bonheur, une très grande femme de lettres. Inquiété par les allées et venues menaçantes des sbires, il décide bien qu’âgé de gagner l’exil avec sa famille.
Dans son roman Un alligator nommé R0SA, elle mentionne les « tontons- macoutes » , tels que Cambronna, Benjalen Trélas, Jean Boivreau, Jean Remon Claude, Norcemer, Angelot Bontemps, Franco Nero ( dont les noms ou prénoms sont modifiés) « et cet animal malade, un nommé Daisir , qui s’acquittait de son travail de tortionnaire, coiffé de son chapeau melon, une bible dans la poche de sa veste. Entre chaque séance de torture, il récitait des psaumes. » (page 168) . Sans oublier ceux que le macoute, père de la fameuse fillette-lalo Marie Louise, appelait les lèche-bottes et les culs-offerts. Elle se concentre surtout sur Rosa Bosquet, dont elle donnera les détails de sa carrière de Chef Suprême des VSN et sur sa cohorte de reines-choches et de fillettes-lalo appelées ses Gazelles féroces. Sa fiction est bâtie sur le duel entre Rosa, réfugiée dans le calme d’un petit village au sud de la France, à la mort de François Duvalier, Antoine et Laura, tous deux rendus orphelins par cette même Rosa. Les réactions d’Antoine et de Laura différentes au début finissent par se concilier. Antoine Guibert a 10 ans mais en paraît cinq ou six, ce qui a aidé peut-être à épargner sa vie, est traumatisé à jamais par l’assassinat de son père et de sa mère aux mains de Rosa Bosquet. Puis, elle l’a vendu à Rébu, un colonel retraité. Cet officier change le nom de Guibert et Antoine est nommé Antoine Rébu. Plein de haine, il passe 40 ans à rêver de vengeance contre Rosa. Il a l’opportunité de se faire l’infirmier de Rosa Bosquet qui exagère sa maladie et ne pousse que des grognements. Il la traque, lui inflige toutes sortes de punitions afin de la faire avouer ses crimes par écrit dans l’espoir de l’utiliser dans tout procès contre elle . Un duel plus sourd et difficile survient entre lui et Laura empêtrée dans ses ambiguïtés causées par l’assassinat de ses parents par le Chef des VSN qui ne lui a pas ravi la vie et l’a adoptée, traitée comme sa propre enfant et pris soin d’elle. Le respect et l’adulation dont elle est l’objet ont dû avoir un effet sur une gosse vulnérable et confuse. Ce sentiment de reconnaissance envers un criminel endurci est éprouvé quelques fois par ceux dont la vie a été arrachée à la mâchoire de la mort. Ses hésitations sont vaincues par les dossiers prouvant le nombre d’assassinats commis par Rosa, les renseignements fournis par Marie-Louise la jeune fillette-lalo, entraînée comme tant d’autres par Rosa dans l’art de torturer et de tuer. D’accord sur l’indéfendable culpabilité de Rosa, Antoine et Laura décident de la mettre dans un mouroir, comme tant d’autres innocents agonisants. Marie Chauvet et Marie-Célie nous exhortent à ne pas oublier ce régime infernal mais dont les crimes restent impunis dans ces romans et dans la réalité. La justice flotte dans l’air. Il incombe aux jeunes générations informées sur la vérité historique de ramener cette justice sur terre et de mettre fin à l’impunité.
[1] Professeur émérite, City College, New York
[2] NDLR : Organisation du Peuple en Lutte
[3] Albert Chassagne, Bain de sang en Haiti Texte polycopié sans date. 2ème publication in En grandissant sous Duvalier. L’agonie d’un Etat-nation (dir.) Frantz Antoine Leconte. Edition Les marrons du Savoir et Harmattan ,1999.
[4] Patrick Lemoine, Fort Dimanche, Fort-la-Mort. Port-au-Prince : Regain, 1976. Nouvelles publications : EU : Fordi9, 1997, 2006.
[5] Frantz Latour, « Haïti Liberté » directeur : Berthony Dupont. Email : editor@haitiliberte.com.
[6] Marie Chauvet, Amour, Colère et Folie. Paris : Gallimard, 1968.
[7] Marie-Célie Agnant Un alligator nommé ROSA . Montréal : Les éditions du remue-ménage, 2007
mardi 26 août 2008
ACCORD DE PARTENARIAT ECONOMIQUE...
Accord de partenariat économique : une ONG régionale appelle à un délai de réflexion et de concertation supplémentaire
lundi 25 août 2008
P-au-P., 25 août 08 [AlterPresse] --- Le Centre de Programme de Développement de la Caraïbe (CPDC) soutient le mouvement impulsé par certains gouvernements qui réclament un délai de réflexion et de concertation supplémentaire, avant qu’ils ne signent et n’engagent leur peuple en faveur de l’Accord de Partenariat Économique (EPA) proposé par la Commission Européenne.
Le CPDC réitère son appel aux gouvernements des caraïbes pour renégocier cet accord, apporter des corrections et éclaircir les points litigieux, souligne un communiqué soumis à l’agence en ligne AlterPresse.
Depuis 2004, le CPDC a été l’une des seules organisations à attirer l’attention sur l’absence de processus de négociation et sur le fondement de l’accord lui-même.
En tant qu’organisation régionale non gouvernementale, le CPDC représente « l’intérêt de l’homme moyen », dans un souci d’accompagner, d’écouter et de comprendre les préoccupations des communautés de la zone ».
Selon Shantal Munro- Knight Snr, responsable du CPDC, « dès qu’il s’agit de faire participer la population ou de prendre en considération les voies discordantes « nos leaders et technocrates sont dédaigneux et insultants ».
Les membres du CPDC se disent extrêmement déçus par les allégations du nouveau directeur général du « Caribbean Regional Negotiating Machinery » (CRNM), Henry Gill, selon lesquelles les détracteurs de l’accord EPA devraient être ignorés.
Pour le CPDC, cette déclaration met en exergue le manque évident d’intérêt accordé aux préoccupations des citoyens, des planteurs de bananes, des petits producteurs, de ces chefs de gouvernement de la Caraïbe et à la question du genre.
Le responsable du CPDC souligne qu’un débat d’une telle importance devrait être encouragé au lieu d’être étouffé ou ignoré.
Le CPDC condamne ce type d’approche qui réduit au silence les voix alternatives, limite le débat et va à l’encontre du modèle de démocratie représentative choisi dans la région.
L’Accord de Partenariat Économique risque de changer de manière radicale la nature des échanges commerciaux avec l’Europe, et déterminer les bases des négociations futures avec le Canada et les Etats-Unis, souligne le CPDC.
Dans ce contexte, cette organisation non gouvernementale et régionale recommande vivement aux gouvernements de ne pas se satisfaire d’un accord défectueux, ni de signer un accord fait à la va vite ; mais plutôt d’insister sur la renégociation pour assurer que l’accord sera bénéfique dans le long terme. [mv vs apr 25/08/2008 17:30]
lundi 25 août 2008
P-au-P., 25 août 08 [AlterPresse] --- Le Centre de Programme de Développement de la Caraïbe (CPDC) soutient le mouvement impulsé par certains gouvernements qui réclament un délai de réflexion et de concertation supplémentaire, avant qu’ils ne signent et n’engagent leur peuple en faveur de l’Accord de Partenariat Économique (EPA) proposé par la Commission Européenne.
Le CPDC réitère son appel aux gouvernements des caraïbes pour renégocier cet accord, apporter des corrections et éclaircir les points litigieux, souligne un communiqué soumis à l’agence en ligne AlterPresse.
Depuis 2004, le CPDC a été l’une des seules organisations à attirer l’attention sur l’absence de processus de négociation et sur le fondement de l’accord lui-même.
En tant qu’organisation régionale non gouvernementale, le CPDC représente « l’intérêt de l’homme moyen », dans un souci d’accompagner, d’écouter et de comprendre les préoccupations des communautés de la zone ».
Selon Shantal Munro- Knight Snr, responsable du CPDC, « dès qu’il s’agit de faire participer la population ou de prendre en considération les voies discordantes « nos leaders et technocrates sont dédaigneux et insultants ».
Les membres du CPDC se disent extrêmement déçus par les allégations du nouveau directeur général du « Caribbean Regional Negotiating Machinery » (CRNM), Henry Gill, selon lesquelles les détracteurs de l’accord EPA devraient être ignorés.
Pour le CPDC, cette déclaration met en exergue le manque évident d’intérêt accordé aux préoccupations des citoyens, des planteurs de bananes, des petits producteurs, de ces chefs de gouvernement de la Caraïbe et à la question du genre.
Le responsable du CPDC souligne qu’un débat d’une telle importance devrait être encouragé au lieu d’être étouffé ou ignoré.
Le CPDC condamne ce type d’approche qui réduit au silence les voix alternatives, limite le débat et va à l’encontre du modèle de démocratie représentative choisi dans la région.
L’Accord de Partenariat Économique risque de changer de manière radicale la nature des échanges commerciaux avec l’Europe, et déterminer les bases des négociations futures avec le Canada et les Etats-Unis, souligne le CPDC.
Dans ce contexte, cette organisation non gouvernementale et régionale recommande vivement aux gouvernements de ne pas se satisfaire d’un accord défectueux, ni de signer un accord fait à la va vite ; mais plutôt d’insister sur la renégociation pour assurer que l’accord sera bénéfique dans le long terme. [mv vs apr 25/08/2008 17:30]
LEONEL FERNANDEZ ET HAITI
Leonel Fernández et Haїti
lundi 25 août 2008
Par Edwin Paraison [1]
Soumis à AlterPresse le 24 aout 2008
Depuis que le président Leonel Fernández a remporté sa première victoire en 1996, avec l’appui de la coalition « Front Patriotique », suite à une campagne où l’anti-haïtianisme a été brandi comme une arme politique à l’encontre du leader et candidat d’origine haïtienne du Parti Revolutionnaire Dominicain (PRD), feu José Francisco Peña Gomez, l’opinion publique en Haїti reste sceptique face au mandataire dominicain qui a débuté le 16 août dernier son troisième mandat jusqu´en 2012.
Toutefois les travaux de la Commission mixte bilatérale, l’incorporation à l’appareil d’État de fonctionnaires dont les liens avec Haїti étaient et sont connus, les efforts conjoints pour intégrer les deux pays dans les blocs économiques régionaux, la visite historique en Haїti en juin 1998 et la relation personnelle tissée avec son homologue René Préval, ont favorisé l’avènement d’une conjoncture favorable pendant la période 1996-2000 qui a contribué à projeter une image positive de Fernández, tout au moins au sein des milieux officiels et des groupes influents de la société haïtienne.
Cependant au terme de ce premier mandat, en juin 2000, le scandale international suscité par l’implication de militaires dominicains dans le massacre de Guayubin où sont mortes six victimes haïtiennes du trafic frontalier de personnes, dont certaines tuées par balles, a entaché une gestion à la fois critiquée par Amnistie Internationale et ternie par les rapatriements massifs, les violations des droits humains des immigrants haïtiens et l’impunité qui caractérise ces cas.
La période 2004-2008 fut marquée par divers événements survenus en 2005 : les actions de persécution collective de type xénophobe contre nos compatriotes, provoquées par la mort violente de la marchande Maritza Nuñez à Hatillo Palma, attribuée à des Haïtiens en mai, les trois jeunes immigrants haïtiens brulés vifs en août dans la capitale, et le verdict de la Cour interaméricaine des Droits de l’homme en septembre, condamnant l’Etat dominicain, pour avoir refusé d´octroyer des actes de naissance à des fillette d’origine haïtienne.
De même, la visite de Fernández à Port-au-Prince en décembre qui, contrairement à celle effectuée en 1998, s’est soldée par de violentes protestations - fait sans précédent dans l´histoire des deux pays - contre la présence du Chef dominicain qui avait tenu, quelques jours auparavant, des propos inappropriés à l´égard des autorités haïtiennes, lors d´une interview accordée à la BBC de Londres.
Durant cette période gouvernementale, il s´est développé parallèlement, sur deux scènes différentes et avec la même intensité, d’une part, une campagne internationale pour dénoncer les conditions de vie et de travail des ouvriers migrants haïtiens spécialement dans les bateyes, assimilées à de « l’esclavage moderne ». D’autre part, au niveau local, une campagne anti-haïtienne soutenue par des fonctionnaires gouvernementaux et des législateurs de partis d’extrême-droite alliés au pouvoir. Resultat : la détérioration évidente des relations entre Haïtiens et Dominicains.
Le retour de René Préval au pouvoir en 2006, au milieu d’une grave crise politique interne qui l’a forcé à rechercher des alliés dans la région, aura au moins permis la reprise des relations personnelles entre les deux chefs d’Etat qui jusqu’à présent, cependant, ne s’est pas transformée en relancement formel des travaux de la Commission mixte Bilaterale haitiano dominicaine.
La visite de « dedomagemment » effectuée par le président élu haïtien en mars de la meme année en rapport aux mauvais moments vécus par son homologue dans la capitale haïtienne en decembre 2005, a fomenté un appui évident de la part de l’administration Fernandez en faveur du gouvernement haïtien, par le biais d’une sorte de pression diplomatique, pour un engagement financier soutenu de la communauté internationale et le maintien des troupes de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation d’Haiti (MINUSTHA).
Quoique, à Port au Prince, la mission diplomatique et consulaire dominicaine a du souvent tenté l’impossible pour atténuer dans l’opinion publique locale les effets d’un discours officiel tres ambigüe venant de l´Etat voisin et transmis par les médias, décrivant Haїti comme un pays en faillite, et la migration haïtienne comme une charge pour la République Dominicaine.
Paradoxalement, depuis la célébration du centenaire de Jacques Roumain dans les locaux de la Fondation Globale Democratie et Developppement (FUNGLOBE) en présence de Préval, en juin 2007, un travail intense dirigé vers différents secteurs, a débuté avec l´installation d´une représentation permanente de l’entité privée de Fernandez sur le terrain en Haïti.
Le récent lancement, par la FUNGLODE, du Forum global dominico-haitien (FGDH) dont les présidents d’honneur sont les deux mandataires de l’île, témoigne d’une planification qui semble pourvue d’objectifs plus précis que la politique gouvernementale. La jeunesse haitienne y tient une place privilégiée. Il en va de même pour un secteur de l’intelligentsia haïtienne et de sa disapora, avec lesquels le président Fernández est parvenu à établir d’importants rapports grâce à sa connaissance du français et de l´anglais.
Face au manque de leadership actuel en Haïti, l’image de Fernández est au beau fixe dans ces milieux haïtiens. Le mandataire dominicain y compte de nombreux défenseurs de ses œuvres critiquées par l´opposition, tel que le Métro, sans pour autant prendre la défense de leurs compatriotes qui travaillent à leur réalisation.
Globalement, du point de vue d’importants secteurs de l’île et à l’étranger, la balance de ces huit années de gouvernement, strictement sur le plan de la gestion de la question haïtienne, est négative.
Aucun accord bilatéral n’a été conclu dans les domaines conflictuels de la migration et du commerce. Une entente parvenue sur l´embauche de travailleurs saisonniers et les rapatriements n´a été respectée par aucune des deux parties.
D´autre part, à coté des plaintes constantes de nos commerçants contre le protectionnisme dominicain, les réactions « nationalistes » à l´encontre de l´embargo décrété par le gouvernement haitien depuis le commencement de l´année, contre les produits avicoles locaux, prouvent la nécessité urgente d´un traité régissant les échanges en matière de commerce entre nos deux pays.
Aussi, l´entrée en vigueur de la loi 285-04 sur la migration approuvée en août 2004, faute de règlement, est toujours en veilleuse. Les dénonciations de violations des droits humains et la discrimination raciale contre les Haïtiens se poursuivent. La participation dans la vie politique des Dominicains d´origine haïtienne est systématiquement refusée. Les pensionnaires haïtiens de l´Etat dominicain n´ont jusqu´a présent aucun statut migratoire et risquent de ne pouvoir bénéficier de l´assurance sociale. Le Créole et les symboles nationaux haïtiens n´ont pas droit de cite, selon un haut fonctionnaire.
Évidemment, il existe de profondes contradictions dans l’intérêt manifesté par le chef d’État dominicain pour défendre ses co-nationaux immigrants, face à la loi de la « directive du retour » des pays membres de l’Union européenne, et promouvoir leur intégration politique aux Étas-Unis, en comparaison à la situation d’exclusion à différents niveaux des Haïtiens et de leurs descendants dans ce pays.
Cet état de choses provient en partie de la plus forte pression politique et l´incidence publique exercées tout au long des deux mandats du Parti de la Liberation Dominicaine (PLD) par les groupes nationalistes – ouvertement anti-haitiens - membres de la coalition électorale du mandataire. Et ceci, malgré qu’ils soient minoritaires et qu’ils aient recueilli moins de votes que les autres formations politiques de cette alliance triomphale dénommée « Bloque Progresista », au cours de la dernière campagne.
L’expérience indique clairement que la politique officielle de « laisser faire » appliqué vis-a-vis des secteurs ultra-nationalistes, n´est pas le meilleur choix pour la bonne santé des relations entre nos pays. Déjà au commencement de l´actuelle période gouvernementale un nouvel épisode de persécution collective de nos compatriotes a été enregistré à « Vicente Noble », au sud du pays.
Pour des relations transparentes entre les deux Etats, gouvernements et peuples, il faudrait renverser la situation au cours de ce nouveau mandat. La volonté politique du président Leonel Fernández, est requise.
lundi 25 août 2008
Par Edwin Paraison [1]
Soumis à AlterPresse le 24 aout 2008
Depuis que le président Leonel Fernández a remporté sa première victoire en 1996, avec l’appui de la coalition « Front Patriotique », suite à une campagne où l’anti-haïtianisme a été brandi comme une arme politique à l’encontre du leader et candidat d’origine haïtienne du Parti Revolutionnaire Dominicain (PRD), feu José Francisco Peña Gomez, l’opinion publique en Haїti reste sceptique face au mandataire dominicain qui a débuté le 16 août dernier son troisième mandat jusqu´en 2012.
Toutefois les travaux de la Commission mixte bilatérale, l’incorporation à l’appareil d’État de fonctionnaires dont les liens avec Haїti étaient et sont connus, les efforts conjoints pour intégrer les deux pays dans les blocs économiques régionaux, la visite historique en Haїti en juin 1998 et la relation personnelle tissée avec son homologue René Préval, ont favorisé l’avènement d’une conjoncture favorable pendant la période 1996-2000 qui a contribué à projeter une image positive de Fernández, tout au moins au sein des milieux officiels et des groupes influents de la société haïtienne.
Cependant au terme de ce premier mandat, en juin 2000, le scandale international suscité par l’implication de militaires dominicains dans le massacre de Guayubin où sont mortes six victimes haïtiennes du trafic frontalier de personnes, dont certaines tuées par balles, a entaché une gestion à la fois critiquée par Amnistie Internationale et ternie par les rapatriements massifs, les violations des droits humains des immigrants haïtiens et l’impunité qui caractérise ces cas.
La période 2004-2008 fut marquée par divers événements survenus en 2005 : les actions de persécution collective de type xénophobe contre nos compatriotes, provoquées par la mort violente de la marchande Maritza Nuñez à Hatillo Palma, attribuée à des Haïtiens en mai, les trois jeunes immigrants haïtiens brulés vifs en août dans la capitale, et le verdict de la Cour interaméricaine des Droits de l’homme en septembre, condamnant l’Etat dominicain, pour avoir refusé d´octroyer des actes de naissance à des fillette d’origine haïtienne.
De même, la visite de Fernández à Port-au-Prince en décembre qui, contrairement à celle effectuée en 1998, s’est soldée par de violentes protestations - fait sans précédent dans l´histoire des deux pays - contre la présence du Chef dominicain qui avait tenu, quelques jours auparavant, des propos inappropriés à l´égard des autorités haïtiennes, lors d´une interview accordée à la BBC de Londres.
Durant cette période gouvernementale, il s´est développé parallèlement, sur deux scènes différentes et avec la même intensité, d’une part, une campagne internationale pour dénoncer les conditions de vie et de travail des ouvriers migrants haïtiens spécialement dans les bateyes, assimilées à de « l’esclavage moderne ». D’autre part, au niveau local, une campagne anti-haïtienne soutenue par des fonctionnaires gouvernementaux et des législateurs de partis d’extrême-droite alliés au pouvoir. Resultat : la détérioration évidente des relations entre Haïtiens et Dominicains.
Le retour de René Préval au pouvoir en 2006, au milieu d’une grave crise politique interne qui l’a forcé à rechercher des alliés dans la région, aura au moins permis la reprise des relations personnelles entre les deux chefs d’Etat qui jusqu’à présent, cependant, ne s’est pas transformée en relancement formel des travaux de la Commission mixte Bilaterale haitiano dominicaine.
La visite de « dedomagemment » effectuée par le président élu haïtien en mars de la meme année en rapport aux mauvais moments vécus par son homologue dans la capitale haïtienne en decembre 2005, a fomenté un appui évident de la part de l’administration Fernandez en faveur du gouvernement haïtien, par le biais d’une sorte de pression diplomatique, pour un engagement financier soutenu de la communauté internationale et le maintien des troupes de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation d’Haiti (MINUSTHA).
Quoique, à Port au Prince, la mission diplomatique et consulaire dominicaine a du souvent tenté l’impossible pour atténuer dans l’opinion publique locale les effets d’un discours officiel tres ambigüe venant de l´Etat voisin et transmis par les médias, décrivant Haїti comme un pays en faillite, et la migration haïtienne comme une charge pour la République Dominicaine.
Paradoxalement, depuis la célébration du centenaire de Jacques Roumain dans les locaux de la Fondation Globale Democratie et Developppement (FUNGLOBE) en présence de Préval, en juin 2007, un travail intense dirigé vers différents secteurs, a débuté avec l´installation d´une représentation permanente de l’entité privée de Fernandez sur le terrain en Haïti.
Le récent lancement, par la FUNGLODE, du Forum global dominico-haitien (FGDH) dont les présidents d’honneur sont les deux mandataires de l’île, témoigne d’une planification qui semble pourvue d’objectifs plus précis que la politique gouvernementale. La jeunesse haitienne y tient une place privilégiée. Il en va de même pour un secteur de l’intelligentsia haïtienne et de sa disapora, avec lesquels le président Fernández est parvenu à établir d’importants rapports grâce à sa connaissance du français et de l´anglais.
Face au manque de leadership actuel en Haïti, l’image de Fernández est au beau fixe dans ces milieux haïtiens. Le mandataire dominicain y compte de nombreux défenseurs de ses œuvres critiquées par l´opposition, tel que le Métro, sans pour autant prendre la défense de leurs compatriotes qui travaillent à leur réalisation.
Globalement, du point de vue d’importants secteurs de l’île et à l’étranger, la balance de ces huit années de gouvernement, strictement sur le plan de la gestion de la question haïtienne, est négative.
Aucun accord bilatéral n’a été conclu dans les domaines conflictuels de la migration et du commerce. Une entente parvenue sur l´embauche de travailleurs saisonniers et les rapatriements n´a été respectée par aucune des deux parties.
D´autre part, à coté des plaintes constantes de nos commerçants contre le protectionnisme dominicain, les réactions « nationalistes » à l´encontre de l´embargo décrété par le gouvernement haitien depuis le commencement de l´année, contre les produits avicoles locaux, prouvent la nécessité urgente d´un traité régissant les échanges en matière de commerce entre nos deux pays.
Aussi, l´entrée en vigueur de la loi 285-04 sur la migration approuvée en août 2004, faute de règlement, est toujours en veilleuse. Les dénonciations de violations des droits humains et la discrimination raciale contre les Haïtiens se poursuivent. La participation dans la vie politique des Dominicains d´origine haïtienne est systématiquement refusée. Les pensionnaires haïtiens de l´Etat dominicain n´ont jusqu´a présent aucun statut migratoire et risquent de ne pouvoir bénéficier de l´assurance sociale. Le Créole et les symboles nationaux haïtiens n´ont pas droit de cite, selon un haut fonctionnaire.
Évidemment, il existe de profondes contradictions dans l’intérêt manifesté par le chef d’État dominicain pour défendre ses co-nationaux immigrants, face à la loi de la « directive du retour » des pays membres de l’Union européenne, et promouvoir leur intégration politique aux Étas-Unis, en comparaison à la situation d’exclusion à différents niveaux des Haïtiens et de leurs descendants dans ce pays.
Cet état de choses provient en partie de la plus forte pression politique et l´incidence publique exercées tout au long des deux mandats du Parti de la Liberation Dominicaine (PLD) par les groupes nationalistes – ouvertement anti-haitiens - membres de la coalition électorale du mandataire. Et ceci, malgré qu’ils soient minoritaires et qu’ils aient recueilli moins de votes que les autres formations politiques de cette alliance triomphale dénommée « Bloque Progresista », au cours de la dernière campagne.
L’expérience indique clairement que la politique officielle de « laisser faire » appliqué vis-a-vis des secteurs ultra-nationalistes, n´est pas le meilleur choix pour la bonne santé des relations entre nos pays. Déjà au commencement de l´actuelle période gouvernementale un nouvel épisode de persécution collective de nos compatriotes a été enregistré à « Vicente Noble », au sud du pays.
Pour des relations transparentes entre les deux Etats, gouvernements et peuples, il faudrait renverser la situation au cours de ce nouveau mandat. La volonté politique du président Leonel Fernández, est requise.
Inscription à :
Articles (Atom)