vendredi 26 septembre 2008

HAITI: BONNE GOUVERNANCE AU SERVICE DU STATU QUO

Haiti : Bonne gouvernance au service du statu quo

jeudi 25 septembre 2008

Par Franck Laraque [1]

Soumis à AlterPresse le 24 septembre 2008

« Tout comme les autres, il avait dû jouer le jeu, faute de pouvoir le transformer » E. Verdier cité par Leslie J.R.Péan [2]

La déclaration de politique générale du Premier ministre Michèle Duvivier Pierre-Louis est une analyse des problèmes du pays incluant la nécessité et la définition des structures à mettre sur pied pour la bonne gouvernance et la relance de l’économie. Cette déclaration est surtout la vibrante philosophie du Premier-Ministre de la politique du pouvoir. Sa connaissance des problèmes du pays et des solutions adéquates sont présentées avec brio et dans une langue qui reflète la terminologie de l’économie politique moderne. Sa vision des réformes indispensables, nourrie de l’expérience et du succès de FOKAL, est exprimée avec clarté ainsi que la volonté de combattre l’injustice, les inégalités sociales et économiques sans tomber dans la démagogie traditionnelle.

En raison de son manque de spécificité, à peu d’exceptions près, cette déclaration se rapproche beaucoup plus d’une philosophie de la politique du pouvoir que d’un programme concret de gouvernement. On a l’impression que les réalités politiques ont forcé l’adoption de ce que le Premier ministre appelle des compromis et qui sont tout bonnement des compromissions. En politique, particulièrement la diplomatie s’avère indispensable. Mais diplomatie au lieu de substance peut noyer la bonne foi et détruire toute velléité réformatrice. Or, comment expliquer autrement l’absence dans une telle déclaration de questions fondamentales comme : la réforme agraire, les moyens de lutte contre l’aberrante pauvreté des bidonvilles et des sections rurales qui a provoqué les émeutes de la faim, l’occupation, la corruption dans le secteur public et privé, la double nationalité, « la concertation et la participation de toute la population aux grandes décisions engageant la vie nationale » (préambule de la Constitution de 1987), les conférences de presse et débats publics qu’exige la transparence. Une corruption pérenne que Leslie J.R. Péan appelle « économie politique de la corruption » et dont il fait une parfaite radiographie dans son monumental et incomparable Tome IV [3]. Alors que la priorité est accordée à « la rentrée scolaire qui rythme la vie nationale » et dont les moindres dépenses feront désormais partie du budget. Ce n’est pas la rentrée des classes mais bien le sort inacceptable des masses qui rythme la vie nationale ou cause son arythmie. En fait le choix et les allégeances du nouveau gouvernement sont clairs.

Choix et allégeances du nouveau gouvernement

Dans l’article « Concilier l’Inconciliable ? », nous avions indiqué l’impossibilité de concilier des choix antagoniques. Le choix d’une politique favorisant l’intégration des masses dans les circuits économique, politique, social et le choix du statu quo. Le nouveau gouvernement a adopté ce dernier tout en l’assortissant de retouches et de renforcements. En filigrane dans la Déclaration de la Politique Générale se lit la confrontation entre la volonté de transformer et l’impossibilité d’une telle transformation face à la réalité de la corruption tant des différentes branches de l’Etat que de la société et qui aboutit, faute de forces réelles du Premier-Ministre, à la capitulation. Le choix de la politique générale et les allégeances se révèlent dans l’adoption de la même politique nationale et de la même politique internationale, à peu de chose près.

Même politique nationale

Le Premier-Ministre reconduit 8 des anciens ministres soit presque la moitié de l’ancien cabinet ministériel, fait l’éloge du courage d’Alexis, des initiatives de certains ministres pour la création d’emplois et de lutte contre la pauvreté, tout cela et d’autres appréciations sont démentis par les émeutes populaires. Dans les priorités elle dit : « Le Document de Stratégie Nationale pour la Croissance et la Réduction de la pauvreté (5DSNCRP), finalisé, en novembre 2007 et validé par le gouvernement sortant constitue le document de référence en matière de croissance et de réduction de la pauvreté ». Il y aura certains ajustements à faire. Ce document concocté par l’étranger est rejeté par le secteur populaire. Le Premier-Ministre Pierre-Louis ne cache pas ses allégeances : « la majorité fonctionnelle à la Chambre des Députés qui avait accordé un vote de confiance à Alexis et qui l’a ratifiée à une très grande majorité, je veux m’appuyer sur elle pour diriger au mieux les affaires de l’Etat et les partis politiques qui l’ont appuyée. » En récompense, elle promet « d’établir les conditions de financement public d’un parti politique et, finalement, d’inscrire les partis politiques au budget national. » (C’est nous qui soulignons). Nous refusons de croire à l’absurdité de partis politiques émargeant au budget national et à un tel gaspillage des maigres fonds publics . Nous souhaitons nous tromper sur l’interprétation du texte.

Même politique internationale

Le nouveau gouvernement compte sur les mêmes bailleurs de fonds et les mêmes organisations étrangères qui sont les instruments de la politique de privatisation et de globalisation des Etats-Unis et des pays européens qui imposent le système néolibéral. Un système qui a détruit notre économie et celle de la plupart des pays en voie de développement mais garantissant la plus grande partie des dépenses du budget national. Pris dans un tel écrou, comment notre pays va-t-il s’en sortir sans une révolution ?

Conclusion

Nous pensons que plus que tout autre candidat le Premier-Ministre Michèle Duvivier Pierre-Louis offre une petite lueur d’espoir et qu’on doit lui accorder un appui-critique et attendre la mise en exécution de sa politique pour un jugement objectif et non partisan. Dans l’intervalle, il faut ensemble se consacrer à l’immense tâche de porter un secours immédiat à nos sinistrés aux abois. D’ailleurs, la répartition des fonds de secours et la distribution de l’aide alimentaire aux régions éprouvées ainsi que la préparation et les priorités du budget national ne vont pas tarder à donner une idée liminaire de la capacité de gestion et du degré de transparence du nouveau gouvernement.

……………………….

Notes

[1] Professeur émérite, City College, New York

[2] Leslie J. R.Péan, Haiti, économie politique de la corruption Tome IV L’ensauvagement macoute et ses conséquences 1957-1990. Paris : Maisonneuve & Larose.

[3] Ibidem

mardi 23 septembre 2008

HAITI-CATASTROPHES: EXIGENCE DE TRANSPARENCE ET RESPONSABILITE

Haïti-Catastrophes : Exigence de transparence et responsabilité

lundi 22 septembre 2008

P-au-P, 22 Sept. 08 [AlterPresse] ---Des voix s’élèvent en Haiti sur une exigence de transparence et de responsabilité dans la gestion des catastrophes, alors que des suspicions de corruption pèsent sur les interventions effectuées aux Gonaives (Nord), ville nouvellement inondée après avoir été sévèrement affectée en septembre 2004.

Quatre années après les inondations meurtrières provoquées par la tempête tropicale Jeanne aux Gonaives, laissant au moins 3000 morts et disparus, des projets d’assainissement de la ville sont apparamment restés sans suite, malgré l’annonce de déblocage de fortes sommes d’argent.

L’exécution de projets estimés à plus de 7 millions de dollars (7,883,318.91) américains a été confiée par le gouvernement de Gérard Latortue aux firmes GRETCO, NACOSE, TECINA et BGAS, selon un communiqué publié à Port-au-Prince, le 7 novembre 2005.

Ce « programme de remise en état de l’infrastructure de base de la ville des Gonaïves » a été mis sur pied par le ministère de l’économie et des finances, en collaboration avec l’Unité technique d’exécution (UTE).

L’entreprise GRETCO était responsable de l’exécution d’une partie du programme relative au « Drainage des eaux pluviales des Gonaïves ». Un budget de 1,077,229.59 dollars américains était alloué à la réalisation de ce projet.

Un autre volet était confié à la firme NACOSE pour une durée de six mois. Le coût de ce projet était de 1,136,013.76 dollars américains.

Sur une durée de six mois, NACOSE devait aussi exécuter une partie du programme, dont le budget était de 1,324,130.78 dollars américains.

La firme TECINA s’était, elle aussi, chargée d’une intervention qui coûtait 829,079.57 dollars américains sur une période de six mois.

La firme BGAS, quant à elle, devait exécuter un autre lot du même programme pour un montant de 3516 865. 21 dollars américains, à raison de 1,692,548.36 pour un premier volet et 1,824,316.85 dollars pour le second.

Ce « programme de remise en état de l’infrastructure de base de la ville des Gonaïves » devait être achevé, le 19 septembre 2006, selon ce qui a été conclu.

On ignore jusqu’à présent si les fonds alloués à l’exécution de ce programme ont été à l’époque débloqués, si les travaux ont été totalement effectués et s’ils ont été validés.

Contactée à ce sujet, une source de l’actuel gouvernement dirigé par Michèle Duvivier Pierre-Louis, « n’est pas encore en mesure de se prononcer sur la question ».

Gonaives a, une autre fois, payé le prix fort en termes de vies humaines lors des dernières inondations, qui ont fait au moins 426 morts, 50 disparus et 800.000 sinistrés à travers le pays.

Aujourd’hui, des dizaines de milliers de personnes se retrouvent dans des abris provisoires aux Gonaives, où les rues demeurent couvertes d’une boue épaisse, qui se retrouve également à l’intérieur des résidences, devenues inutilisables. [do gp apr 22/09/2008 14:30

dimanche 21 septembre 2008

LE RNDDH ANALYSE LA LOI SUR L'ETAT D'URGENCE DU 9 SEPTEMBRE 2008

Le RNDDH analyse la loi sur l’Etat d’Urgence du 9 septembre 2008 adoptée par le Parlement

Septembre 2008

INTRODUCTION

Le RNDDH a pris connaissance de la loi sur l’état d’urgence, votée à la va-vite le 9 septembre 2008 par le corps législatif haïtien. Cette loi attire l’attention du RNDDH tant par sa justesse, ses faiblesses et ses limites que par son caractère exceptionnel, car l’état d’urgence est par nature une mesure restrictive des libertés publiques.

I- JUSTESSE DE LA LOI

La République d’Haïti fait souvent face à des situations de perturbation grave de l’ordre public, à des catastrophes naturelles et à la paralysie des services publics essentiels où il est parfois impossible d’assurer l’approvisionnement en produits de première nécessité à des populations entières dans des zones importantes du territoire national. Il est indéniable que les mesures d’exception peuvent se révéler nécessaires pour faire face à ces situations exceptionnelles qui empêchent le fonctionnement normal des institutions publiques.

II- FAIBLESSES DE LA LOI

L’initiative des parlementaires risque cependant d’aller à l’encontre de l’intention dont ils sont animés et ceci en raison des nombreuses faiblesses du texte adopté par les deux (2) chambres en moins de vingt-quatre (24) heures.

1. Objet - définition

La loi du 9 septembre 2008 réduit l’état d’urgence à des cas de catastrophes naturelles uniquement. Cependant les cataclysmes publics entraînant la paralysie du territoire peuvent ne pas résulter uniquement de catastrophes naturelles. Il est incompréhensible aussi, dans le cadre d’une telle loi, de ne pas prévoir des dispositions spécifiques sur l’état de siège qui peut être déclaré en cas de menaces contre la souveraineté et l’intégrité du territoire.

2. Procédure

La déclaration de l’état d’urgence est une mesure d’une telle gravité que généralement la compétence est réservée au Gouvernement, par décision prise en Conseil des Ministres et, dans certaines circonstances avec l’autorisation du Parlement. Cette autorisation doit porter non seulement sur le principe mais également sur les moindres détails du dispositif de l’arrêté ou du décret déclarant l’état d’urgence. Or, dans le texte adopté émotionnellement par nos parlementaires, au chapitre III, il est permis au Président de la République, au Premier Ministre, ou à tout Ministre exerçant la fonction de Premier Ministre par intérim, de déclarer seul l’état d’urgence. Même un délégué départemental ou un vice-délégué d’arrondissement a autorité pour déclarer l’état d’urgence.

L’article 5 de la loi prévoit l’assentiment du corps législatif seulement pour des périodes allant au-delà de trente (30) jours. Mais aucune précision n’est donnée sur la manière dont le corps législatif doit exprimer son assentiment : doit-il se réunir en chambre séparée ou en assemblée nationale? Par quel type de vote ?

Cette loi, en son article 7, alinéas 3 et 4, autorise le gouvernement à faire les dépenses jugées nécessaires sans tenir compte de la loi budgétaire et des règles de procédure pour des achats publics. Le gouvernement est aussi autorisé à disposer des fonds du Trésor Public, comme il le veut, à l’exception des salaires, indemnités et pensions de retraite. Ces dispositions représentent une véritable source de corruption.

3. Limites

En plus des pouvoirs étendus du gouvernement, énumérés dans la loi celui-ci peut, en vertu de l’article 7, alinéa 19, prendre « toutes autres mesures permettant de faire face à la situation ». Il s’agit là d’une sorte de pouvoir illimité. Or, il est généralement admis que les droits fondamentaux susceptibles d’être affectés en période de crise où l’état d’urgence est déclaré, sont : les droits à la liberté et à la sûreté, à l’inviolabilité du domicile, au secret des communications, à la liberté de circulation et de résidence, à la liberté d’expression et d’information, le droit de réunion et le droit de grève. La loi doit néanmoins préciser dans quelle mesure chacun de ces droits peut-être suspendu. La loi du 9 septembre 2008 ne précise pas non plus les droits qui ne peuvent en aucun cas faire l’objet de restrictions, tels : le droit de réunion des organes statutaires des partis politiques, des syndicats, des associations socioprofessionnelles et patronales, les droits des détenus, etc.

4. Recours

Le droit au recours devant les tribunaux est un droit fondamental garanti par Haïti à partir d’engagements internationaux. En situation d’état d’urgence et pour des raisons supérieures d’intérêt général et d’efficacité, les pouvoirs de police sont renforcés. Si les circonstances conduisent à la disparition de l’administration, il est aussi permis à des particuliers d’assurer la continuité de l’Etat en vertu de la théorie dite du fonctionnaire de fait. Dans ces situations, les cas d’abus, d’exagération et de violation des droits humains sont souvent légion. Or, les parlementaires se contentent de dire de manière vague et imprécise que les mesures adoptées pendant l’état d’urgence par le gouvernement sont susceptibles de recours par devant la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif.

Il est impensable que la loi du 9 septembre 2008 ne prévoie pas le recours devant les tribunaux pour tout citoyen victime d’une mesure prise en période d’état d’urgence, qu’elle n’organise pas le référé administratif ou le référé suspension pour faciliter la suspension rapide d’une mesure susceptible de prévenir, de contrôler ou de limiter la crise, mais qui ne respecte pas le principe de proportionnalité ou qui risque de causer inutilement des torts irréparables à des citoyens.

CONCLUSION

Le RNDDH, en fonction de la théorie des circonstances exceptionnelles, ne conteste pas l’idée pour l’Etat de recourir à ce que l’on appelle généralement « la légalité d’exception » c’est-à-dire un ensemble de dispositions juridiques permettant aux autorités constituées, en période de crise grave, d’exercer des pouvoirs qu’elles ne détiennent pas en situation normale. Ce régime provisoire de confusion des pouvoirs, dans un Etat de droit, doit être limité et soumis au contrôle du Juge de la légalité. Il ne peut en aucun cas et pour quelque raison que ce soit faciliter la violation des droits indérogeables et intangibles, ou transformer l’Etat en un Etat irresponsable. Telle est la motivation du RNDDH en publiant la présente analyse.

Au demeurant, une loi accordant des pouvoirs exceptionnels aux autorités publiques en période de crise grave est une nécessité pour Haïti. L’initiative des parlementaires en ce sens est bien venue. Mais le texte adopté et voté le 9 septembre est à parfaire, car cette loi est dangereuse pour la démocratie et l’Etat de droit que le peuple haïtien appelle de ses vœux. La loi, telle que votée, confond la prérogative de déclaration d’état d’urgence, l’annonce de déclaration d’état d’urgence et fait abstraction du pouvoir de confirmation par le Parlement des mesures prises par le gouvernement par décisions réglementaires. Elle viole aussi le principe de la permanence du Sénat.

Elle s’apparente au phénomène des « pleins pouvoirs », des chambres « J’approuve » des Duvalier régulièrement accordés à l’Exécutif en période de vacances parlementaires. L’adoption de cette loi est une volonté maladroitement exprimée de retour aux pratiques anciennes, comme si la bonne gouvernance et la gestion démocratique et responsable de l’Etat en période de crise étaient impossibles. Le RNDDH appelle l’Exécutif et le Parlement à revoir cette loi qui représente une véritable menace pour la démocratie, la lutte contre la corruption, la bonne gouvernance et l’Etat de droit.

samedi 20 septembre 2008

HAITI/CYCLONE: L'EMPIRE DE L'EAU

Haiti/Cyclones : L’empire de l’eau

vendredi 19 septembre 2008

Par Jean-Claude Bajeux

Soumis à AlterPresse le 18 septembre 2008

Les jours de “Haïti chérie” semblent bien révolus et bien des refrains du romantisme haïtien, même « Choucoune » font mal à entendre ou à chantonner, après les trois ouragans qui ont frappé le pays, tout le pays. Il semblerait que ce qui est arrivé à Gonaïves, il y a quatre ans, exactement, n’était qu’un avertissement, comme une répétition générale de désastres à suivre. Cette fois-ci, c’est littéralement le ciel qui nous tombait sur la tête aux quatre coins du pays, coupant les routes, emportant des ponts et rendant quasi impossible, pendant des jours, d’aider ceux qui étaient pris par les eaux, les victimes, les prisonniers de l’eau.

Dans les journaux, les radios, les écrans de télévision, ce que nous percevons, c’est beaucoup plus qu’une catastrophe nationale. C’est la catastrophe de la nation. C’est un verdict apocalyptique, concernant les responsables irresponsables, les farceurs pontifiants, les corrompus endurcis, les casseurs, nous tous sans exception. Que répondra-t-on dans trois, quatre ans quand le morne l’Hôpital se sera effondré sur Port-au-Prince ?

Pourtant, l’eau de plus en plus est classée comme une richesse qui se vend cher, qui s’évalue cher et qui a fait la fortune de grandes compagnies mondiales inscrites à la bourse. L’eau, sous toutes ses formes, salée, douce, tiède, glace ou neige est célébrée comme une bénédiction, eau lustrale dans des rites sacrés immémoriaux. Le tiers d’ile que nous occupons, avec plus d’un millier de kilomètres de côtes reçoit, de cette mer, du soleil et du vent, plus d’eau que nous ne pourrions utiliser. Et chacun de nous conserve, idéalisées, le souvenir d’heures de grâce en compagnie de cette amie de toujours, une eau, quelque part, source de bonheur.

Mais aussi, inconscients comme nous avons l’air de l’être, ignorants des secrets de cette mère du monde, l’eau, indifférente, claire ou boueuse, insidieuse ou violente est capable, nous le voyons, nous l’avons vu, nous le verrons, les larmes aux yeux, de déployer, sur nous, devant nous et tout autour de nous, une puissance de caprice et de destruction, au lieu d’être une source de bien-être. Car pour révéler ses bienfaits, elle demande un traitement spécial, d’être reçue de fa¬çon spéciale sinon elle revient au tohu-bohu originel, chaudron de désordre et d’infécondité, faisant éclater de partout les arbres, la terre, les roches, les ponts, les routes et les habitations, en route pour un rendez-vous avec la mer.

La leçon après ces passages cycloniques, tumultueux, de la violence aquatique est claire. Il nous faut répondre à ce message, pour ne pas dire cet ultimatum. Pour que l’eau soit richesse et non malédiction, il nous faut, de la source à la mer, créer les chemins de l’eau et prévoir, entre ces deux points, tous les usages possibles de l’eau pour en tirer le maximum de bénéfices, apprivoisant sa turbulence pour utiliser la variété vitale de ses services. C’est donc tout un pays qu’il nous faut aménager. Pour survivre, nous sommes acculés à accepter le défi faustien de réaliser la séparation de l’eau et de la terre, préparer les circuits qui permettent à l’eau qui tombe de retrouver les chemins de l’eau qui dort. C’est pourquoi dans un pays comme le nôtre, la première filière pour un futur libéré de nos tragédies récentes est la filière de l’eau, elle qui conduit à toutes les transformations qui répondraient aux multiples besoins de l’exister humain. Nous n’avons pas d’autre choix.

Eau qui lave, qui nourrit et alimente la vie, eau qui nettoie, eau qui ruisselle là où l’on veut qu’elle ruisselle et pas ailleurs, eau qui cuisine, l’eau, source d’énergie, l’eau qui s’allie à la terre, l’eau est une invitée qui récompense de mille façons ceux qui savent préparer sa venue. En fait un pays qui marche mal est un pays ou l’eau n’est pas où elle devrait être et ne peut faire ce qu’elle est supposée faire. Cette leçon est primordiale, que ce soit pour les pays plein de montagnes, ou pour les pays plats comme la main. Pour faire exister notre terre, il faut sur tout le parcours, de l’amont à l’aval, avoir dessiné les chemins de l’eau pour les buts précis définis par un projet national. C’est une condition sine qua non de la vie des communautés humaines. Sinon au bout du compte, on se retrouve à brasser les sables du désert ou à barboter dans les boues des marécages. Nous n’avons pas le choix. L’eau et la terre définissent pour de longues années encore le destin national, sa faillite ou sa réussite.

Voici donc que nous sommes le dos au mur, aujourd’hui, contemplant le drame. Les photos, les témoignages nous renvoient à l’image d’un échec collectif qui est bien notre échec. La solidarité à quoi personne ne peut dire non nous mènera-t-elle à de grandes déterminations ? Verrons-nous s’entrouvrir la porte pour qu’une nation se refonde, pour qu’un pays renaisse ? L’eau serait alors la filière primordiale qui ne supporte pas les petits projets, ni les dons qui n’en finissent pas, ni l’indolence calculée d’une bureaucratie, ni les contrats secrets ni les dessous de table. La terre et l’eau seraient le tissu, la matière de ce grand projet national et comme la matrice d’une nation qui surgirait hors de la honte, hors de la misère, hors de mendicité, « hors d’eau ».

Pour cela doivent fonctionner deux autres filières dont il faudra reparler qui, elles aussi, sont nécessairement convoquées, la filière du savoir, des savoir-faire, de la compétence et cette autre, la gestion, l’organisation séquentielle des actions, la volonté de gérer et de faire fonctionner l’entreprise nationale de production et de services.

A ce compte, l’eau, aurait trouvé sa finalité : une terre fertile et un peuple au travail.

17 septembre 2008

mardi 16 septembre 2008

LES DEUX MANDATS DE GEORGE W. BUSH

EXTRAIT DE "LE MONDE DIPLOMATIQUE"

Manière de voir — Demain, l’Amérique...

Les deux mandats de George W. Bush

2000

7 novembre. L’élection présidentielle oppose le républicain George W. Bush, gouverneur du Texas, au démocrate Albert Gore, vice-président sortant. Les deux candidats étant quasiment à égalité, une bataille juridico-politique s’engage pour les départager en Floride.

12 décembre. La Cour suprême entérine un décompte du vote en Floride qui favorise M. Bush. Celui-ci a recueilli moins de suffrages populaires que son concurrent (47,9 %, contre 48,4 % pour M. Gore à l’échelle nationale) mais, avec le résultat en Floride, obtenu plus de voix de grands électeurs (271, contre 266). Au Sénat, les républicains se retrouvent à égalité avec les démocrates – 50 sièges chacun – mais ils restent majoritaires à la Chambre des représentants (221 sièges, contre 212).

2001
15 février. Une enquête judiciaire est ouverte concernant la grâce accordée au milliardaire Marc Rich par M.William Clinton la veille de la fin du mandat présidentiel. Le financier, réfugié en Suisse depuis 1983, est poursuivi pour évasion fiscale et soupçonné d’avoir effectué des dons illégaux au Parti démocrate.

10-12 avril. Des émeutes éclatent à Cincinnati (Ohio) après la mort d’un jeune Noir tué par la police – le cinquième dans la ville depuis novembre 2000. Le maire décrète l’état d’urgence.

24 mai. Les démocrates deviennent majoritaires au Sénat après la décision du sénateur du Vermont, M. James Jeffords, de quitter le Parti républicain pour siéger comme indépendant.

10 août. M. Bush déçoit la droite religieuse en autorisant le financement de la recherche sur les cellules souches embryonnaires existantes.

11 septembre. Attentats de masse contre New York et Washington. D’abord hagard, le président se ressaisit et devient immensément populaire.

26 octobre. Promulgation du Patriot Act, qui renforce les pouvoirs du Federal Bureau of investigation (FBI) et des autres agences de maintien de l’ordre.

6 novembre. Le républicain Michael Bloomberg, magnat de l’information financière et économique, succède à M. Rudolph Giuliani à la mairie de New York.

18 décembre. Un juge fédéral casse le verdict de juillet 1982 condamnant à mort Mumia Abu Jamal, un journaliste et membre des Black Panthers accusé du meurtre d’un policier, à Philadelphie, en 1981. Sa peine sera commuée en prison à vie en 2008.

2002
20 mars. Le Congrès adopte la loi sur le financement des campagnes électorales. Elle limite les contributions financières versées aux partis par les groupes de pression mais relève le plafond des donations directes – de 1 000 à 2 000 dollars (2 300 aujourdhui) – faites à titre individuel aux candidats.

20 juin. La Cour suprême interdit l’exécution des handicapés mentaux, jusqu’alors possible dans vingt Etats.

5 novembre. Les républicains reprennent le contrôle du Sénat, lors des élections de mi-mandat, et confortent leur majorité à la Chambre des représentants.

25 novembre. M. Bush signe la loi créant le ministère de la sécurité intérieure (Department of Homeland Security). Cette nouvelle administration fédérale doit regrouper 170 000 fonctionnaires répartis jusqu’alors dans vingt-deux ministères et agences nationales.

2003
11 janvier. Estimant que le système judiciaire est « profondément défectueux », le gouverneur de l’Illinois, M. George Ryan, gracie quatre condamnés à mort et commue la peine de 167 personnes contre lesquelles l’exécution capitale avait été prononcée.

18 janvier. Près de 500 000 personnes défilent à Washington et 200 000 à San Francisco pour clamer leur opposition à une guerre contre l’Irak.

27 mars. Mis en cause pour conflit d’intérêts entre ses activités publiques et celles de consultant pour des sociétés d’armement, M. Richard Perle, artisan de la guerre en Irak, démissionne de son poste de conseiller auprès du Pentagone.

23 juin. Amenée à statuer sur la plainte d’un étudiant de l’université de Michigan, la Cour suprême réaffirme le principe de la discrimination positive (affirmative action). En novembre 2006, 58 % des électeurs du Michigan voteront la suppression des traitements préférentiels accordés par leur Etat.

7 octobre. A l’occasion d’un référendum exceptionnel, les Californiens destituent le gouverneur démocrate Gray Davis, auquel ils reprochent sa mauvaise gestion. L’acteur et candidat républicain Arnold Schwarzenegger lui succède. Dans son premier discours de législature, le 6 janvier 2004, il annonce de « douloureuses coupes budgétaires ».

2004
7 janvier. M. Bush propose un plan de régularisation des travailleurs immigrés clandestins qui concerne de 8 à 10 millions de personnes, pour la plupart d’origine mexicaine. 6 juin. Mort de l’ancien président Ronald Reagan.

22 juillet. Le rapport de la commission d’enquête bipartisane sur les attentats du 11 Septembre met en cause les administrations Clinton et Bush, ainsi que les services de police et de renseignement.

26-29 juillet. Le candidat démocrate à l’élection présidentielle, M. John Kerry, reçoit l’investiture officielle de son parti lors de la convention nationale réunie à Boston. M. Bush obtient celle du Parti républicain en septembre à New York.

13 septembre. Après dix ans d’interdiction, à la suite du moratoire décidé par M. Clinton en 1994, les armes d’assaut sont à nouveau en vente libre aux Etats-Unis.

2 novembre. M. Bush est réélu avec 50,8 % des suffrages et 286 grands électeurs, contre 48,3 % des voix et 252 grands électeurs en faveur de M. Kerry. Le Parti républicain sort renforcé au Congrès à l’issue des élections législatives (231 sièges à la Chambre des représentants, 55 au Sénat et 28 postes de gouverneur).

2005
1er mars. La Cour suprême abolit la peine capitale pour les moins de 18 ans. Cet arrêt annule les peines prononcées à l’encontre de soixante-douze condamnés à mort mineurs au moment des faits.

31 mars. Décès de Terry Schiavo, une femme de 41 ans placée dans un coma végétatif depuis quinze ans, dont le sort a donné lieu à une longue bataille politico-judiciaire et relancé le débat sur l’euthanasie. La droite conservatrice, avec l’appui de M. Bush, s’empara de cette histoire pour en faire un symbole de la lutte pour le maintien de la vie et défendre ses convictions religieuses.

1er juillet. Sandra Day O’Connor, juge à la Cour suprême, démissionne de son poste. Conservatrice modérée, elle avait à plusieurs reprises fait basculer la majorité, notamment sur l’avortement, la discrimination positive ou la vie privée. M. Bush choisit le républicain John G. Roberts pour la remplacer. Il sera nommé président en septembre après le décès du juge William Rehnquist.

29-31 août. L’ouragan Katrina frappe le sud du pays, faisant des milliers de morts. La Nouvelle-Orléans est détruite à 80 %. Critiqué pour son impéritie et pour la lenteur des secours apportés aux nombreux sinistrés de cette ville pauvre et majoritairement noire, M. Bush admet la responsabilité du gouvernement. Sa popularité plonge et ne se rétablira plus par la suite.

28 septembre. M. Tom DeLay, le chef des républicains à la Chambre des représentants, est inculpé pour financement politique illégal au Texas, et, une semaine plus tard, pour blanchiment d’argent dans le cadre de la campagne de mi-mandat de 2002.

28 octobre. M. Lewis Libby, directeur de cabinet du vice-président Richard Cheney, est mis en examen pour avoir révélé que la femme d’un ancien diplomate, opposant à la guerre en Irak, était un agent de la CIA.

31 octobre. Le juge conservateur Samuel Alito est nommé par M. Bush pour siéger à la Cour suprême. Sa confirmation par le Sénat sera acquise à une large majorité et avec le concours de quatre élus démocrates.

2 décembre. Le millième condamné à mort depuis le rétablissement de la peine capitale, en 1976, est exécuté en Caroline du Nord. Le New Jersey abolira la peine capitale en décembre 2007.

16 décembre. Le New York Times révèle qu’un programme d’écoutes téléphoniques a été mis en place par l’Agence de sécurité nationale (NSA) en 2002, sur décision du président et sans mandat de justice, pour espionner des milliers de citoyens américains ou étrangers vivant aux Etats-Unis. Le programme sera suspendu en janvier 2007. Le Congrès le légalisera six mois plus tard.

20 décembre. Le juge fédéral John Jones déclare anticonstitutionnel l’enseignement dans les écoles publiques de la thèse créationniste du « dessein intelligent », développée par les chrétiens conservateurs qui récusent la théorie darwinienne de l’évolution.

2006
3 janvier. Le lobbyiste républicain Jack Abramoff plaide coupable, devant un tribunal fédéral de Washington, pour escroquerie, fraude fiscale et corruption de responsables publics.

6 mars. Le Dakota du Sud interdit l’avortement, même en cas de viol ou d’inceste.

Mars-avril. Des centaines de milliers d’immigrés hispaniques manifestent à Los Angeles, Phoenix, Milwaukee et Denver pour protester contre le projet de loi anti-immigration en discussion au Congrès.

23 juin. La presse rapporte que la CIA a espionné les flux bancaires internationaux, pour identifier les réseaux financiers d’Al-Qaida, en utilisant un système européen de gestion des informations bancaires mondiales censé demeurer confidentiel.

19 juillet. M. Bush oppose son droit de veto à un projet de loi visant à étendre la recherche sur les cellules souches embryonnaires.

28 septembre. Le Congrès adopte une loi antiterroriste sur les tribunaux militaires, la détention et la torture qui prive les étrangers suspectés de terrorisme du bénéfice de l’habeas corpus (droit de contester toute détention préventive devant un juge).

26 octobre. M. Bush signe la loi autorisant la construction d’un mur de 1 100 kilomètres à la frontière du Mexique pour lutter contre l’immigration clandestine.

7 novembre. Victoire des démocrates aux élections de mi-mandat. Ils remportent, pour la première fois depuis 1994, la majorité à la Chambre des représentants (233 sièges) et comptent 28 gouverneurs sur 50.

2007
4 janvier. La démocrate Nancy Pelosi devient la première femme à présider la Chambre des représentants.

2 avril. La Cour suprême rend un avis recommandant au gouvernement de réglementer les gaz à effet de serre, mais essuie le refus de M. Bush.

16 avril. Un étudiant sud-coréen tue à bout portant trente-deux personnes sur le campus de l’université de Virginie puis se suicide. M. Bush mais aussi les différents candidats à l’élection présidentielle expriment leurs condoléances sans aborder la question du contrôle des armes à feu.

28 juin. La Cour suprême limite la discrimination positive à l’école, estimant qu’une classification raciale utilisée dans le cadre d’une politique éducative est une « approche extrême ».

2008
4 mars. Le sénateur John McCain remporte les élections primaires de son parti et devient le candidat républicain à l’élection présidentielle du 4 novembre.

En juin, M. Barack Obama sort vainqueur des primaires démocrates aux dépens de Mme Hillary Clinton.

En août, M. Barack Obama désigne M. Joseph R. Biden, sénateur du Delaware, comme vice-président (le 23). Du côté républicain, McCain hoisit Mme Sarah Palin, gouverneure d’Alaska (le 29).

Olivier Pironet.
Affairisme, Démocratie, Élections, Justice, Parti politique, Politique, Peine capitale, États-Unis (affaires intérieures)

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"HUMBLE" ENFIN?

http://www.monde-diplomatique.fr/mav/101/HALIMI/16321 - Page 4

« Humble » enfin ?
Par Serge Halimi

En 2000, le candidat républicain George W. Bush protesta contre les interventions à l’étranger de l’administration démocrate sortante – celle du président William Clinton –, souvent expliquées par le désir de défendre la démocratie de marché dans le monde. Et il promit que les Etats-Unis redeviendraient une « nation humble »... A l’époque, le pays avait pourtant les moyens de ses ambitions internationales. Il connaissait l’ère de croissance la plus longue de son histoire, son budget était excédentaire, la généralisation des technologies de l’information lui laissait entrevoir un nouvel âge d’or.

On connaît la suite. Embourbée dans deux conflits simultanés et confrontée à une crise majeure de l’immobilier et du système financier, l’Amérique réapprend l’humilité. Elle se contente de hausser le ton quand la Russie écrase l’armée géorgienne, laquelle doit alors rapatrier le contingent qu’elle avait dépêché en Irak pour complaire à Washington. La leçon est rude : se proclamer proaméricain ne garantit plus une immunité militaire. Car des nations ont resurgi, qui équilibrent la puissance des Etats-Unis ; les mouvements de menton de la Maison Blanche ne les effraient pas. Comment peut-il en être autrement quand la Russie, dopée par un taux de croissance annuel de 8 % et par les troisièmes réserves de change de la planète, envisage de tourner le dos à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ? Ou quand, dès son introduction en Bourse, le titre du groupe énergétique chinois PetroChina atteint un niveau de capitalisation (1 000 milliards de dollars) égal à ceux d’ExxonMobil et de General Electric réunis ?

Les grandes impulsions économiques de ces quinze dernières années sont cependant parties, comme autrefois, de New York et de Californie. Au milieu des années 1990, la « bulle Internet » avait diffusé dans le monde une ère d’expansion, avant d’exploser. A l’été 2007, la crise des prêts hypothécaires risqués (subprime) a contaminé l’économie mondiale. S’en tenir à ce rappel serait néanmoins faire bon marché de la perte de crédit du modèle néolibéral appelé « consensus de Washington » et des deux grandes institutions localisées dans la capitale américaine qui procuraient à ce modèle rayonnement et moyens d’action : le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale. La crise financière de 1997-1999 a prouvé que leurs recommandations péremptoires ne garantissaient pas la croissance et qu’elles entraînaient l’affaiblissement des Etats (1). Pour s’en être dégagée, la Russie s’est redressée. Elle a repris le contrôle de ses richesses naturelles, a remboursé sa dette avant terme et, au passage, le rouble a regagné 60 % par rapport au dollar.

Il n’en faut pas davantage pour que réapparaissent les ruminations moroses de la fin des années 1980 sur la « surextension impériale » des Etats-Unis. A trop avoir sacrifié les dépenses d’investissements à une frénésie de consommation à crédit, à trop avoir privilégié la composante militaire de la puissance, l’Amérique de George Bush aurait sapé les assises financières de son hégémonie. Et elle se retrouve en position de débitrice, voire de quémandeuse, lorsqu’il lui faut solder ses comptes : recours aux fonds souverains des pays pétroliers, accroissement des créances chinoises sous forme de bons du Trésor américains et de réserves de change en dollars, ventes en série de ses fleurons économiques et culturels.

Ainsi, une entreprise contrôlée par des Brésiliens mais localisée en Belgique, InBev, vient de prendre le contrôle du grand brasseur américain Anheuser-Busch. A défaut de satisfaire les buveurs de bière de Saint Louis, la transaction (52 milliards de dollars) est lucrative pour les actionnaires et, compte tenu de la valeur du billet vert, elle n’est pas prohibitive pour les acheteurs. Au même moment, les Européens s’offrent des villas en Floride ; des investisseurs de Dubaï acquièrent le building de General Motors à New York, un fonds souverain d’Abou Dhabi jette son dévolu sur celui de Chrysler, célèbre pour son style « art déco » ; le groupe suisse Roche prend le contrôle de la société de biotechnologie Genentech. En 2007, deux mille entreprises américaines ont ainsi été l’objet de cessions de ce genre, pour une valeur globale six fois supérieure à celle de 2003 (2). Et, de même qu’en France les « talents » qui émigrent à Londres font l’objet de reportages incessants, on évoque à présent aux Etats-Unis « une vague de citoyens nés au pays qui partent à l’étranger à la recherche de nouveaux défis, de nouvelles occasions à saisir, et d’un mode de vie plus satisfaisant (3) ».

Mais au cœur de la Silicon Valley, naguère traversée par les 4×4, la course aux énergies vertes – sources de profits de demain – a déjà commencé. Il y a quinze ans, après que les achats du Rockefeller Center par Mitsubishi, de MCA par Matsushita et de Columbia Pictures par Sony eurent provoqué un déluge de commentaires angoissés, le président Clinton avait ponctué sa prestation de serment par la formule : « Il n’y a rien de ce qui va mal en Amérique qui ne puisse être guéri par ce qui va bien en Amérique. » Une telle croyance demeure vivace aux Etats-Unis. L’humilité n’est pas ce qui la caractérise...


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(1) Lire Jacques Sapir, Le Nouveau XXIe Siècle, Seuil, Paris, 2008.

(2) Jeff Israely et William Boston, « The great American yard sale », Business Week, 25 août 2008.

(3) Jay Tolson, « The quiet Exodus : More Americans find success and happiness by moving abroad », US News & World Report, 4 août 2008.



http://www.monde-diplomatique.fr/mav/101/HALIMI/16321

mercredi 10 septembre 2008

MONDE (HAITI): L'ALPHABETISATION...

Monde (Haïti) : L’alphabétisation, un remède puissant pour une société saine, selon l’Unesco

mardi 9 septembre 2008

P-au-P, 8 sept. 08 [AlterPresse] --- L’alphabétisation devrait jouer un rôle majeur dans les réponses à apporter aux grandes préoccupations en matière de santé, estime l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) à l’occasion de la journée internationale de l’alphabétisation le 8 septembre.

“Tout simplement, une personne analphabète risque davantage d’avoir une santé médiocre, et sera moins susceptible de solliciter une aide médicale pour elle-même, sa famille ou sa communauté”, souligne l’Unesco.

Le risque d’attraper le paludisme, par exemple, “qui coûte la vie à un million de personnes chaque année”, ou d’avoir des problèmes de santé est plus élevé chez la population analphabète car « le taux d’alphabétisation a un impact direct sur les comportements sains », explique le japonais Koïchiro Matsuura, directeur général de l’Unesco, dans un communiqué parvenu à AlterPresse.

Près de 10 millions d’enfants en bas âge meurent suite à des maladies infectieuses évitables, et les enfants de familles pauvres sont ceux qui ont le moins de chances de bénéficier d’un traitement en cas de maladie grave. signale Matsuura.

De plus, les femmes, qui ont suivi des études au-delà du primaire, ont cinq fois plus de chances que les femmes analphabètes d’être informées sur le VIH et le SIDA.

Aussi, dit-il, l’alphabétisation devrait être prise en compte dans les politiques et les stratégies de santé publiques, d’autant que dans ce “monde, où la connaissance et la technologie jouent de plus en plus un rôle moteur, nous sommes très loin d’atteindre l’objectif de réduire de moitié le nombre de personnes analphabètes d’ici à 2015”.

“Alors que nous sommes déjà dans la deuxième moitié de la Décennie des Nations Unies pour l’alphabétisation, lancée en 2003, un cinquième des jeunes et adultes âgés de plus de 15 ans ne possède pas les capacités les plus élémentaires requises pour lire un panneau de circulation, un livre pour enfant, une carte, un journal, les noms inscrits sur un bulletin de vote ou les indications figurant sur un flacon médical”, relève l’Unesco.

Le défi consiste justement à agir pour faire baisser notablement le chiffre actuel de 774 millions d’adultes analphabètes.

Aux yeux de l’Unesco, l’alphabétisation, qui est étroitement liée à l’autonomisation, a pour vertu d’éradiquer l’extrême pauvreté, de promouvoir l’égalité entre les sexes, de lutter contre la mortalité infantile, de lutter contre le VIH-Sida et le paludisme, d’améliorer la santé maternelle.

L’alphabétisation “favorise une plus grande prise de conscience et influence le comportement des individus, des familles et des communautés. Elle améliore l’aptitude à communiquer, donne accès au savoir et permet d’acquérir la confiance en soi et l’estime de soi nécessaires pour prendre des décisions. Une femme, qui participe à un programme d’alphabétisation, aura une meilleure connaissance des questions de santé et de planification familiale. Elle aura davantage tendance à prendre des mesures de santé préventives pour elle-même et pour ses enfants ; elle aura plus facilement recours au soutien et aux services médicaux disponibles ; enfin, il lui sera plus facile de respecter des indications médicales pour suivre un traitement adapté pour elle-même ou ses proches. En résumé, l’alphabétisation est un remède puissant, bien que trop souvent négligé, aux menaces qui pèsent sur la santé, car elle permet de favoriser une meilleure nutrition, ainsi que la prévention et le traitement des maladies”.

L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture cite, en exemples, plusieurs programmes, couronnés de succès lors des Prix internationaux d’alphabétisation de l’Unesco 2008.

Parmi ces programmes, il faut mentionner « Kwanibela Project », un projet d’Afrique du Sud qui intègre des informations sur le VIH SIDA dans les programmes d’alphabétisation ; « Literacy Plus » un projet à destination des femmes rurales en Ethiopie pour les encourager à utiliser les moustiquaires et lutter contre le paludisme.

De même, « Reflect and HIV », organisé par le People’s Action Forum en Zambie, a été remarqué pour ses programmes culturels en langues maternelles. Le programme brésilien « Alfabetizando com saude » illustre les avantages d’une collaboration efficace entre les organes municipaux chargés de la santé et de l’éducation dans la ville de Curitiba. Ce programme, qui agit en faveur des personnes souffrant d’affections de longue durée, leur permet de prendre mieux soin d’elles-mêmes et de sortir de leur isolement.

Certaines initiatives, comme celles mises en place en 2007-2008, « savoir pour pouvoir » (LIFE), qui offrait une série de 6 conférences régionales sur l’alphabétisation, ou la Conférence internationale sur l’éducation des adultes (CONFINTEA VI) - qui se tiendra en mai 2009 à Belém (Brésil) - sont la preuve d’une nouvelle dynamique enclenchée dans le champ de l’alphabétisation. [mv rc apr 09/09/2008 13:00]