samedi 31 décembre 2011

VOEUX

BONNE ET HEUREUSE ANNEE 2012 A TOUS LES FRERES ET SOEURS HAITIENS! QUE DIEU DANS SA BONTE INFINIE BLESSE ET PROTEGE NOTRE CHERE HAITI!

HAITI: BILL CLINTON ET NOUS

jeudi 29 décembre 2011 Par Ericq Pierre Soumis à AlterPresse le 27 décembre 2011 Les Haïtiens suivent de très près les faits et gestes de Bill Clinton. Scrutant ses prestations et passant ses déclarations au peigne fin. Il faut dire que , pour des raisons évidentes, Bill Clinton ne laisse personne indifférent . Même ses adversaires (quand il en avait) le considéraient comme l’homme politique le plus habile et le plus intelligent de sa génération. C’est aussi le président américain qui a connu le plus de succès pendant et après son mandat . Quelqu’un qui , dans le temps, a su affronter l’adversité avec une certaine sérénité. Donnant l’impression qu’il finit toujours par triompher de ses déboires . Il a connu les plus grands honneurs et les plus grandes gloires . Depuis son départ de la Maison-Blanche , il est allé de succès en succès . Travailleur infatigable, il a réussi à monter l’une des plus impressionnantes machines socio-politico-institutionnelles qui aient jamais existé. C’est un homme sympathique. Il ne joue pas la comédie et met tout le monde à l’aise. Impossible de résister à son charme. La Fondation Clinton est actuellement l’une des ONG les mieux financées et les plus influentes de la planète. La Clinton Global Initiative est à la fois un cénacle, une académie et un haut lieu d’échanges pour les plus grands économistes , les plus grands humanistes et les célébrités les plus en vue. Il est difficile de trouver quelqu’un de par le monde qui ait un carnet d’adresses mieux garni que celui de Bill Clinton. Dans ce sens, on peut vraiment parler d’un Empire Clinton. Et ceci, sans même prendre en considération l’ apport d’Hillary Rodham Clinton dont le rayonnement , bien longtemps avant de devenir Première Dame, Sénateur et Secrétaire d’ Etat, était au moins aussi grand , sinon plus , que celui de son mari. L’importance de Hillary ne date pas d’aujourd’hui. Dans les années 80, elle figurait déjà parmi les 100 avocats les plus influents des Etats-Unis. En fait, les observateurs de la scène politique américaine ont toujours reconnu que sans le support continu et inaltérable de Hillary , Bill aurait pu ne pas conquérir la Maison-Blanche en 1992. Ce qui explique que, pendant la campagne des primaires , l’un des slogans que son équipe avait mis à la mode était Buy one , get the second one free. Elisez Bill et vous aurez aussi Hillary en prime ». Bill Clinton est admiré pour son intellect , sa capacité d’écoute , sa disponibilité pour aider, son savoir-faire et son pouvoir de convocation. Ses activités de philanthrope , qui passe une bonne partie de son temps à aider les autres à se relever et à essayer de résoudre les problèmes, ne se comptent plus. S’il n’a pas encore l’âge pour être reconnu comme un vieux sage, il est à coup sûr l’un des anciens chefs d’Etat les plus expérimentés , les plus sollicités et les plus adulés de la planète. C’est ce personnage plus grand que nature que le Secrétaire Général de l’ONU , monsieur Ban Ki Moon, a choisi pour être son Envoyé Spécial en Haïti en 2009 , après les ravages causés par des cyclones en série et les difficultés de mobiliser les ressources nécessaires en faveur d’Haïti . Bill a accepté sans aucune hésitation . Qu’ une personnalité de la stature de Bill Clinton se soit mise au service d’Haïti pour essayer d’améliorer l’image du pays , d’y attirer des investissements et d’y créer des emplois, voilà une entreprise noble à plus d’un titre. Et les Haïtiens ne s’y sont pas trompés. Même s’il n’y a pas eu beaucoup de témoignages publics à ce sujet, ils n’ont jamais manqué en privé d’exprimer leur appréciation vis-à-vis de ce personnage exceptionnel. Et vint la tragédie du 12 janvier 2010 ! Bill Clinton qui était déjà très visible sur le dossier d’Haïti est devenu Monsieur Haïti, d’autant plus que les autorités haïtiennes, ont donné au début l’impression d’être totalement dépassées par l’ampleur de la tragédie . Ban Ki Moon a fait à nouveau appel à lui pour lui demander , outre ses responsabilités d’Envoyé Spécial, de prendre le leadership dans la coordination des efforts d’assistance internationale à Haïti , depuis la phase d’ urgence jusqu’ à celle de la reconstruction. Un mandat de longue durée donc ! Bill Clinton a accepté sans hésiter , déclarant très modestement qu’ il fera de son mieux. Personne ne pourra jamais vraiment évaluer le rôle crucial joué par Bill Clinton, les portes qu’il a ouvertes aux autorités haïtiennes et cette façon bien à lui de vendre Haïti et son peuple. Il a su trouver les mots qu’il faut au moment qu’il faut , réunir l’audience la plus appropriée au moment le plus approprié . Il a pu ainsi trouver au niveau de la plupart des institutions internationales des oreilles totalement favorables à sa démarche et des responsables vraiment bien disposés à former un partenariat avec lui et Haïti. Clinton est devenu le responsable en Chef du dossier des Relations Publiques d’Haïti. C’est aussi l’une des rares personnalités internationales à délivrer un message invariablement positif sur Haïti, ne doutant jamais qu’il relèvera de ses cendres . Il n’hésite pas non plus à dire du bien des présidents haïtiens avec lesquels il a eu l’occasion de collaborer , reconnaissant les mérites du président Préval à un moment où il était critiqué de toutes parts . Et considérant le président Martelly comme l’un des leaders haïtiens le plus articulés des trente dernières années. Dès le lendemain du tremblement de terre et pendant que les Haïtiens s’acharnaient à essayer de retrouver les cadavres de leurs êtres chers ensevelis sous les décombres, Bill Clinton était à pied d’œuvre, avec les experts du Département d’Etat et ceux de sa Fondation , esquissant les grandes lignes de la structure qui allait devenir la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH). Il a recommandé d’aller au-delà d’une simple reconstruction et de reconstruire mieux . Le slogan Build Back Better qui avait connu son heure de gloire et de succès en Indonésie, après le tsunami de 2004, est devenu chez nous Build Back Better and Beyond. Il ne faut pas seulement reconstruire, il faut reconstruire mieux et aller encore plus loin ! Voilà le rêve inspiré par Bill Clinton que contemplait Haïti sitôt après le 12 janvier 2010 .Ce rêve est-il en train d’être réalisé ? Est-il encore réalisable ? En tout cas, Clinton continue d’y croire fermement. Pour cela, il s’est vraiment attelé à mobiliser ses nombreux amis pour les encourager à investir en Haïti. Parallèlement, il ne rate aucune occasion pour rappeler que sans l’établissement d’un Etat de Droit , il n’y a pas d’investissement possible ni a fortiori développement économique. S’ils ne peuvent pas encore parler de gros succès, la plupart des Haïtiens jugent l’action de Bill globalement positive, compte tenu de l’ampleur des défis à relever et de la nature de son mandat. S’ils concèdent qu’il faudra du temps et beaucoup de patience, ils reconnaissent aussi qu’à cause de Bill, les projecteurs et les caméras du monde entier sont braqués sur Haïti. Diffusant beaucoup d’images. Sympathiques quand elles montrent Bill Clinton en action . Déprimantes quand elles s’écartent de lui pour se fixer sur d’autres objectifs comme des montagnes d’immondices où des humains disputent aux cochons et aux chiens errants des déchets de poubelles. L’image , c’est un peu la langue d’Esope : elle est capable du meilleur comme du pire. Chez nous, bien souvent, elle montre le pire.. C’est peut-être pourquoi, de nombreux compatriotes, mélangeant rumeurs, anecdotes et observations propres, s’interrogent sur l’impact réel et les conséquences de la présence de Bill Clinton en Haïti. Au titre des rumeurs, il y en a qui ont vu tout de suite son empreinte dans la désignation de Garry Conille comme Premier Ministre. En effet, quand le Président Martelly a fait choix de Garry Conille, tous les commentateurs ont rappelé que M. Conille est ou était le Chef de Cabinet de Bill Clinton. De là à conclure que c’est Bill qui l’a proposé (les mauvaises langues disent même qu’il l’a imposé), il n’y a qu’un pas qui a été très vite franchi. Personnellement , sans être le dépositaire d’un quelconque secret ou d’une quelconque confidence , je doute fort que Bill Clinton ait quelque chose à voir avec cette nomination . Cela ne veut pas dire qu’il ne l’ait pas supportée quand il l’a apprise. Mais je suis porté à croire que la nomination n’a été ni de sa suggestion directe ni de son initiative. Il l’a bien accueillie , certes (pourquoi pas ?), mais il n’en n’a pas été l’instigateur. C’est sans doute le moment de clarifier que, malgré toute la prétendue servilité des chefs d’Etat haïtiens vis-à-vis des partenaires internationaux, il a toujours existé des sujets tabous et des zones réservées que ces Chefs d’Etat considèrent comme étant uniquement de leur ressort et de leurs privilèges et qu’ils n’acceptent pas de partager avec les amis étrangers ou nationaux. Pour influents fussent-ils. La position de Premier Ministre appartient à cette catégorie. Et la plupart des observateurs étrangers, au courant des pratiques locales teintées de xénophobie, savent que la meilleure façon de saboter un candidat haïtien auprès d’un Chef d’Etat, c’est de prendre l’initiative de faire sa promotion auprès des autorités nationales. Ceci est valable pour tous les Chefs d’Etat, qu’il s’agisse d’Aristide , de Préval ou de Martelly. Donc, malgré l’apparence copain-copain du Président Martelly avec l’ancien Président américain, je doute qu’il ait accepté que ce soit Bill Clinton qui lui choisisse son Premier Ministre. Ceci étant dit, beaucoup de compatriotes s’interrogent maintenant sur l’opportunité du tandem Bill Clinton/Gary Conille à la tête de la CIRH. Certes, ils estiment qu’au moment de la création de cette nouvelle entité , Bill Clinton lui a apporté son prestige , sa caution personnelle et son savoir-faire, donnant ainsi aux bailleurs les garanties que les ressources seront utilisées à bon escient. Ce qui n’est pas rien dans un contexte où Haïti est classée, à tort ou à raison, parmi les pays à très forte perception de corruption. Mais, à présent que son ex-Chef de Cabinet est le Premier Ministre et de ce fait, co-président de la CIRH, il n’est pas étonnant que des Haïtiens se posent des questions sur le bien-fondé d’un arrangement qui chatouille la susceptibilité nationaliste de plus d’un. Donc si le mandat de la CIRH est renouvelé et que Bill continue d’entre être le co-président avec son ex-chef de cabinet, il sera difficile de combattre la perception que le vrai et unique patron de la CIRH est Bill Clinton. Il n’en sera certes rien dans la réalité, car Bill ne cherche à être le patron de quoi que ce soit en Haïti. Mais c’est le genre d’ambigüité qui devra être levé , si l’on veut mettre les Parlementaires en situation de voir d’un œil plus favorable une extension de la CIRH, après bien sûr, un amendement ou l’abrogation de la fameuse loi d’urgence qui a présidé à sa création. Les Haïtiens apprécient donc l’action de Bill , mais ne sont pas disposés à prendre tout ce qu’il dit pour argent comptant. En fait, comme je l’ai dit plus haut, ils analysent minutieusement chacune de ses déclarations publiques. Ecoutons à cet effet les commentaires d’un vétéran de la diplomatie haïtienne très versé dans les questions de protocole. « Je ne crois vraiment pas que les anciens présidents américains aient encore besoin de médailles, mais je suis très honoré de recevoir celle-ci. J’aime Haïti et je crois dans ses promesses . » C’est en ces termes que Bill Clinton a accueilli la plus haute distinction que lui a octroyée le président Martelly. C’est la deuxième fois en moins d’un an que l’ex-président américain a été honoré par un président haïtien. Le président Préval l’avait aussi fait quelques mois après le séisme. Cette réponse de Bill avait plutôt surpris mon interlocuteur qui affirme qu’elle ne correspond ni au symbolisme du moment ni à l’homme qui met généralement un point d’honneur à ne pas froisser la susceptibilité de ses hôtes. Pour quelqu’un si habile dans le choix du mot juste, dans l’utilisation du langage le moins conflictuel possible, il aurait pu dire tout simplement : « J’ai déjà reçu plusieurs médailles et décorations, mais celle-ci aura une place spéciale dans mon cœur, car j’aime Haïti et je crois dans ses promesses. » Mais rappeler qu’un ancien président américain (en l’occurrence Bill Clinton lui-même) n’a pas vraiment besoin de médaille pendant qu’il en reçoit une est un accroc grave au Protocole, poursuit mon interlocuteur. Surtout quand il s’agit de la plus haute décoration du pays : Grand-Croix, plaqué Or de l’ Ordre National Honneur et Mérite , octroyée uniquement (et rarement) aux Chefs d’Etat. Mon diplomate d’ajouter qu’il sera très intéressé à écouter le discours que Bill Clinton fera quand il recevra la médaille qui accompagne le Prix Nobel de la Paix qui lui sera un jour décerné, entre autres motifs, parce que sa mission en Haïti aura été couronnée de succès tant aux yeux des Haïtiens qu’à ceux de la communauté internationale. Je laisse au lecteur le soin de commenter cette position du diplomate. Mais, je ne peux m’empêcher de souligner la référence au Prix Nobel qui semble indiquer une appréciation certaine des efforts de Bill en faveur d’Haïti. D’autres compatriotes soulignent chez Bill un excès d’optimisme qui a pour corollaire de créer des attentes trop grandes. D’autant que , malgré son charisme , Bill ne peut éviter qu’il y ait des retards ni dans le versement des ressources ni dans les décaissements. Certains disent même que les titres honorifiques de Bill (Envoyé Spécial, Co-Président de CIRH, ) risquent de jeter la confusion chez les Haïtiens et qu’il n’aurait pas dû se laisser enfermer dans un titre quelconque , vu qu’il a par lui-même un prestige qu’aucun titre ne peut ni conférer ni égaler. En fait, ces titres ne font que l’assimiler à un haut fonctionnaire international , héritant ainsi du passif attaché au statut des hauts fonctionnaires qui sont souvent considérés comme non seulement insensibles et sans conviction propre, mais aussi comme esclaves d’un discours public auquel ils ne croient pas et qu’il leur arrive même de renier en privé. Ce n’est certainement pas le cas de Bill Clinton. Mais comme on dit, la perception vaut le fait. Quoi qu’il en soit, en ce qui concerne l’avenir de leur pays, les Haïtiens sont ballottés entre espoir, optimisme modéré et inquiétudes. Espoir et optimisme dus à la somme de bonne volonté et à la solidarité internationale. A l’endurance du peuple haïtien qui, même dans les pires moments , acceptent de considérer le verre à moitié plein et à continuer de lutter .(Bien entendu, cette dernière affirmation ne s’applique pas aux nihilistes) . Inquiétudes cependant pour l’avenir , exprimées sous formes d’interrogations muettes du genre : « Et si malgré les souffrances, malgré les efforts des uns et des autres, malgré toutes les énergies investies, les fruits ne tiennent pas les promesses des fleurs ? » Les plus pessimistes pensent que Bill qui est sollicité de toutes parts, abandonnera bientôt Haïti pour se consacrer à d’autres crises et affronter d’autres challenges, si des résultats satisfaisants et concrets se font trop attendre. Si cela devait arriver, ce serait certainement un signal que les choses ne s’amélioreront pas de sitôt. Alors, même parmi les amis autoproclamés d’Haïti, il s’en trouvera plusieurs pour associer notre pays avec un indéfinissable syndrome d’échec chronique . Je vois déjà ce journaliste de Time Magazine ,dont je ne me rappelle pas le nom, se référer à son dernier article titré « un pays en faillite et qui n’en finit pas de faillir » pour blâmer Haïti et les Haïtiens, non pas tellement parce que les choses vont mal, mais surtout parce que nous aurons fait essuyer à Bill Clinton et à sa Fondation leur premier grand échec public. Heureusement qu’un tel scénario ne se matérialisera pas. Du moins pas pour le moment. Il n’y a pas non plus d’indication que le partenariat Haïti /Bill Clinton est en train de se fissurer . Ni que Bill pense à abandonner sa mission. Au contraire, par ses faits et gestes, par sa rhétorique invariablement positive et par les multiples initiatives qu’il prend pour encourager les investissements, il semble plutôt déterminé à accompagner Haïti aussi longtemps qu’il se sentira utile. Pour finir, je dois quand même rappeler à mes compatriotes qu’avec ou sans Bill Clinton, avec ou sans la communauté internationale, la balle du développement de notre pays est dans notre camp et nous sommes responsables du futur de notre pays. Aussi, au-delà des déclarations d’intention, nous devons renforcer notre foi dans l’avenir et capitaliser beaucoup plus sur ce qui nous unit. L’arbre Bill Clinton ne doit pas nous empêcher d’apprécier la forêt de tous les autres partenaires et plus particulièrement de mettre en valeur la forêt de toutes les initiatives et de toutes les énergies nationales qui se développent chaque jour davantage. Ce sont mes vœux pour 2012. Contact : Rochasse091@yahoo.com

mercredi 21 décembre 2011

ETAT DE DROIT ET DEVELOPPEMENT

Etat de Droit et Développement Une simple question que les Haïtiens en général et nos dirigeants en particulier devraient se poser : Existe-t’il un seul pays sur la planète qui soit parvenu à un quelconque stade de développement, au sens large du terme, en dehors d’un cadre normatif en adéquation avec sa réalité sociale, économique et politique? Aucun et c’est l’évidence même, car à partir du moment où les droits et libertés ne sont pas respectés à la lettre, il y aura toujours un groupe d’individus sans scrupules, ni foi ni loi, lesquels, par la ruse ou par la force, finiront par s’arranger pour s’imposer aux autres et les mener au doigt et à l’œil. Suivez mon regard dirait l’autre! C’était le cas avec les monarchies, les systèmes féodaux, les dictatures qui n’ont pas encore tout à fait disparu du paysage, mais la tendance semble de nos jours irréversible. Loin de nous, la sotte prétention de vouloir faire la leçon à qui que ce soit. Toutefois, après avoir été victimes, pendant des siècles, du mépris des droits et libertés, et de la manière la plus abjecte : l’esclavage, nous nous sommes révélés, au péril de nos vies, les plus ardents défenseurs de ce concept fondamental « liberté – égalité – fraternité » ce qui a culminé à la geste glorieuse de mil huit cent quatre. Nous avons étonné le monde entier en mettant fin à ce système odieux de l’exploitation de l’homme par l’homme, avec pour moteur : notre ferme détermination de vivre libre ou de mourir. Nous devrions être, encore et pour toujours, les parangons de cette culture du respect des droits et libertés, or triste paradoxe, il n’en est rien et aujourd’hui, reconnaissons-le, nous sommes la risée de ceux qui voyaient en nous des modèles, sinon des guides. A cause de notre désinvolture inénarrable, de la Perle des Antilles, il n’y a pas si longtemps, nous voilà devenu le champion de l’incompétence, de la corruption et par voie de conséquence, de la misère sous toutes ses formes. Et la vie continue comme si de rien n’était! Les épithètes les plus malheureuses nous sont collées : république de banane, le pays le plus pauvre du continent, la poubelle au coin des Amériques, ce qui ne manque pas de faire pleurer certains d’entre nous, alors que d’autres redoublent de prières et d’incantations de toutes sortes, pourtant rien n’y fait. N’empêche que nous maîtrisons les théories de Montesquieu, celles de Luke, du grand Hobbes, nous faisons les tirades les plus savantes citant allègrement Jean- Jacques Rousseau, Blaise Pascal, Antênor Firmin, Dr Jean Price-Mars, Edouard Glissant, Louis Joseph Janvier, Klébert Georges Jacob, Me Gérard Gourgue, pour ne mentionner que ceux-là, et puis, comme dirait Piram : et puis < anyen ! >. Il est temps pour nous de faire le distinguo entre formation et information. Une perle égarée dans une eau boueuse ne perd rien de ses qualités intrinsèques. Il suffit d’un léger nettoyage pour qu’elle réapparaisse dans toute sa splendeur. Ainsi, en sera-t-il de notre Haïti chérie, à condition de bander toutes nos énergies, de manière pragmatique certes, et de nous attaquer de plein front aux causes de nos tares individuelles et collectives, qui sont d’ailleurs connues. Depuis l’importation de nos codes de lois, ce qui remonte aux années mil huit cent trente cinq, tous nos gouvernements ont littéralement traité le pouvoir judiciaire en parent pauvre, quand ils ne l’ont pas systématiquement vassalisé et avili à plus d’un titre. Ce qui est pour le moins gênant, c’est que tous nos ministres de la justice, exception faite de l’actuel titulaire, furent des avocats, plusieurs de nos présidents étaient issus de la basoche haïtienne et force est de constater que plus ça changeait plus c’était pareil. Est-ce à dire que dans notre même les protecteurs de la veuve et de l’orphelin, dès qu’ils s’égarent en politique, oublient que, dans toute société, sans l’administration d’une justice saine et équitable, il ne saurait y avoir de développement durable tant sur le plan individuel que collectif. La constitution et les lois d’un pays, tout le monde le sait, façonnent le cadre normatif prépondérant et indispensable au bon fonctionnement de ses institutions. Pour amorcer le changement tant attendu et rejoindre le concert des nations civilisées, nous devons donc, sans terme ni délai, créer de manière scientifique les instruments modernes pour une réforme en profondeur du système de justice de la première république nègre du continent. Un seul et unique ingrédient a toujours fait défaut à la concrétisation de cette réforme tant réclamée et depuis toujours : la volonté politique. La loi portant création de la < Commission Nationale d’Ethique Judiciaire > (CNEJ) annoncerait les couleurs et mettrait en confiance les éternels sceptiques. La restauration de l’autorité de l’Etat ne relève pas des caprices du prince, mais se construit à partir du dialogue et de la concertation entre les différents secteurs de notre nation en devenir et s’exprime à travers des lois en adéquation avec notre réalité et notre vision pour l’avenir. La priorité des priorités de l’heure demeure le choléra et la relocalisation de nos milliers de sinistrés, cela va de soi. La justice, la santé et l’éducation doivent constituer les fers de lance de la reconstruction et de la refondation du pays, cependant, faut-il le rappeler et le souligner à l’eau forte pour la énième fois : Un homme qui ne travaille pas, ne saurait être utile à lui-même, à sa famille et encore moins à sa communauté. Le développement étant d’abord humain, la création d’au moins deux millions d’emplois s’avère la clé de voûte incontournable en la circonstance. Ce en quoi, le projet de loi portant création du (FHS) Fonds Haïtien de Solidarité, initiative solidaire et inclusive devrait faire l’objet de l’attention soutenue des adeptes de l’innovation et du développement endogène. C’est par la création de ces millions d’emplois que nous commencerons à recouvrer notre dignité de peuple perdue depuis belle lurette. Grâce au (FHS) Fonds Haïtien de Solidarité, nous allons rompre avec l’attitude de mendiant international et dans un avenir rapproché, nos sœurs et frères de l’intérieur ne seront plus des zombis assistés et nous prouverons au monde entier, auquel nous sommes d’ailleurs reconnaissants, que nous avons décidé de prendre en main notre destin par nous-mêmes et pour nous-mêmes. Me Serge H. Moïse av. cabinetmoise@gmail.com

DIALOGUE DE SOURDS

Dialogue de sourds Depuis trente ou quarante ans, des démarches sont régulièrement entreprises afin d’attirer au pays des investisseurs étrangers dans la perspective de relancer notre économie. De temps à autre des voyages sont organisés pour des délégations pléthoriques qui reviennent avec des promesses mirobolantes, lesquelles hélas n’arrivent jamais à se concrétiser. Pourtant, gouvernement après gouvernement, l’on assiste au même scénario inutile, avec toujours le même résultat. Il ne suffit pas de s’accrocher à un rêve pour qu’il devienne réalité. Encore faut-il de manière rationnelle et pragmatique, en tenant compte des besoins de la population, toutes classes confondues, préparer le terrain à cet effet. Attirer des investisseurs étrangers, et, à ce chapitre, il y a loin de la coupe aux lèvres, à cause de l’insécurité grandissante, les tracasseries administratives pour enregistrer une compagnie commerciale, le non respect du droit de propriété et des lois en général, l’état de délabrement de nos routes et du système judiciaire, la pénurie en matière d’électricité, autant de facteurs négatifs qui ne peuvent que décourager d’éventuels affairistes en quête de profits plus ou moins juteux. L’humanitaire se révèle donc plus intéressant que toute autre forme d’investissement, faisant de notre coin de terre l’industrie de la misère humaine sous toutes ses formes. Nous devons donc apprendre à d’abord compter sur nous-mêmes. Nous l’avons fait à une époque où nous ne disposions pas dans nos rangs de cette kyrielle d’analystes, de théoriciens, d’intellectuels de belle eau et de techniciens aux connaissances les plus pointues et ce dans tous les domaines. Il nous a fallu un peu plus de trois cents ans de tentatives avortées, d’essais mal planifiés, de trahison entre nous, de revers et de mauvaise fortune. Mais nous n’avions pas baissé les bras. Nous avons recouru à des ruses témoignant d’une perspicacité et d’une intelligence supérieure. Nous avons inventé le marronnage et qui plus est, nous avons utilisé la force de l’ennemi pour le combattre et le terrasser. Certaines chaines de notre esclavage furent donc rompues, celles visibles à l’œil nu évidemment. L’indépendance nationale fut proclamée à grand renfort de tambours et de trompettes au grand dam des « bwanas ». La preuve venait d’être faite que l’homme noir avait lui aussi une âme susceptible d’atteindre la cime des dieux tutélaires. A partir de cette geste héroïque à nulle autre pareille, nous sommes devenus le phare de la race tout entière. Ceux qui ont voulu nous imiter furent systématiquement éliminés. Les bourreaux ont juré que cet exemple ne se reproduirait plus jamais et ils ont tenu parole, bien souvent, avec la complicité consciente ou non de certains de nos frères. La vie étant une lutte perpétuelle, il ne faut donc pas s’attendre à ce que la nôtre prenne fin aujourd’hui ou demain. Si comme le célèbre pied noir Enrico Macias, nous pouvons chanter « Rien n’est plus beau qu’un fusil rouillé », il n’en demeure pas moins que pour avoir baissé les bras et ce à plus d’un titre, nous avons-nous-mêmes contribué, largement, à nous retrouver dans ces profondeurs abyssales du laxisme, de la corruption et de la misère. Puisque nous en sommes conscients, tout n’est pas encore perdu, la rédemption demeure donc possible à condition de respecter les lois de la nature que les anciens n’ont pas manqué de nous enseigner et qui s’expriment à partir de sages adages tel : « Une famille divisée est une famille affaiblie, appelée à disparaître ». La zizanie, les luttes mesquines et fratricides, les inégalités sociales et l’analphabétisme maintenus à dessein ne peuvent conduire qu’à ce chaos que nous avons échafaudé patiemment et inlassablement depuis l’ignominie de mil huit cent six au pont rouge. « Ventre affamé n’a point d’oreille ». L’éducation gratuite pour tous, certainement et dans les plus brefs délais. Toutefois, il faut éviter de mettre la charrue avant les bœufs. Ne confondons pas scolarisation et éducation car en reproduisant des générations d’acculturés, la nation risque de ne jamais émerger de son gouffre actuel. De plus les besoins primaires doivent être pris en compte avant les besoins secondaires, tertiaires et ainsi de suite. Les parents qui ne travaillent pas ne peuvent pas loger, nourrir et habiller leurs enfants et les rendre aptes à recevoir les bienfaits de l’éducation. La création d’emplois demeure le point de départ incontournable à partir de quoi tout le reste devient possible. « Il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre et pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir ». Vouloir à tout prix faire comme les autres, les singer autrement dit, nous maintiendra irrémédiablement dans cette situation d’assistanat qui fait le bonheur de tous, sauf le nôtre. « Pour pratiquer la vertu il faut un minimum de bien-être » Demander à des gens qui ne travaillent pas et qui n’ont aucune chance de le faire, de respecter la morale et le droit, dépasse l’entendement humain. Une maman dont les trois ou quatre rejetons crèvent de faim ne saurait résister à la tentation de se prostituer afin de nourrir ses poupons, au risque d’attraper le virus du sida. Désespérée, elle n’hésite pas! « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil » En effet, les cataclysmes tant naturels qu’humains ont jalonné, sous toutes formes, notre histoire sur cette minuscule planète. Nous avons tout vu et pourtant… « Les défaites du Droit sont toujours provisoires » Puisqu’il est encore question de changement, la modernisation de la législation haïtienne, lentement mais sûrement, sera amorcée sous peu aux fins de nous permettre de rejoindre le cercle des nations civilisées. Nous invitons nos aimables lecteurs à poursuivre ce bel exercice et à réaliser qu’en effet, tout a été dit, mais qu’entre le dire et le faire, il y a souvent un fossé difficile à franchir. Nos propos sont, pour souligner à l’eau forte cette fois-ci, que la solution à nos problèmes ne se situent pas aux antipodes de nos capacités. Bien au contraire, l’important pour nous est d’arrêter de chercher midi à quatorze heures. Il nous incombe de créer notre propre modèle de développement qui commencera par l’instauration de cette grande chaine de solidarité, pas au niveau des discours et des interminables palabres, mais de manière concrète à travers le (FHS) Fonds Haïtien de Solidarité. Travaillons tous ensemble à faire disparaître, autant que faire se peut, les inégalités sociales par la création immédiate d’emplois sur toute l’étendue du territoire national. C’est possible avec le Fonds Haïtien de Solidarité. Mettons un terme à notre dialogue de sourds séculaire, faisons une réalité de notre maxime nationale : L’union fait la force. C’est nettement possible avec le Fonds Haïtien de Solidarité. Faisons franchement appel à la participation active de toutes les filles et tous les fils de la nation, tant ceux de l’intérieur que ceux de l’extérieur dans le cadre de cette grande kombite nationale. C’est certainement possible avec le Fonds Haïtien de Solidarité. Me Serge H. Moïse Barreau de P-au-P.

vendredi 2 décembre 2011

DISCOURS D'INVESTITURE DU PRESIDENT DUMARSAIS ESTIME

Discours d’investiture du président Dumarsais Estimé Messieurs les membres de l’Assemblée nationale, En vous remerciant de la confiance que vous avez bien voulu manifester en m’élevant à la première magistrature de l’État, (et en remerciant Monsieur le Président de l’Assemblée nationale des paroles aimables qu’il a prononcées, et des vœux qu’il a émis) je ne perds pas de vue qu’en m’accordant vos votes, c’est la grande famille des masses, dont je suis un représentant, que vous avez bien voulu honorer. Vous avez choisi, entre ceux qui briguaient vos suffrages, un homme qui ne se recommandait ni par l’éclat d’un grand nom, ni par le prestige d’une illustre naissance. Ce que les masses m’ont valu aujourd’hui, je m’engage à le leur rendre en me dévouant à leur cause. Tous ici, à cette heure, nous avons à la pensée la Révolution de Janvier qui a mis au grand jour les aspirations du peuple la liberté, au travail protégé, à la paix, et la justice sociale qui assure un ordre nouveau où les privilèges que quelques-uns sont courbés au profit du bien collectif. Mon gouvernement s’efforcera, avec votre collaboration éclairée, et dans la limite des pouvoirs qui lui seront laissés par la Constitution libérale, à laquelle votre Haute Assemblée est en train de travailler, de répondre à ces aspirations. Toute ma vie, à travers des étapes difficiles, j’ai porté en moi un idéal de respect et de dignité de l’homme du peuple, et à une époque où il n’y avait pas de place pour les partis politiques et les organismes de revendications, je m’étais donné pour tâche d’étendre et de fortifier la position où m’avaient placé les populations de mon arrondissement natal afin d’être en mesure, un jour, d’émerger avec le peuple et pour le peuple. Je ne dissimule pas les difficultés auxquelles nous pouvons nous heurter. Mais aussi bien que le peuple tout entier n’a cru pouvoir trouver le commencement de son salut que dans l’établissement à bref délai d’un Exécutif régulier, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour justifier son attente. Nous allons travailler à la libération financière du Pays, à l’éducation des masses, à l’organisation rationnelle de notre agriculture. Les systèmes progressistes d’organisation, tels que celui des coopératives seront encouragés, afin que le sol enrichisse celui qui le cultive, et non les intermédiaires. Nous protègerons l’artisan et le travailleur salarié. Les syndicats ne seront pas opprimés dans leurs revendications, car il sont la garantie que le travailleur ne sera pas soumis au bon vouloir du patron. Quand à la jeunesse, et je pense, aussi bien qu’à celle des villes, à tous les adolescents issus directement des masses prolétariennes et paysannes, quant à la jeunesse, cette source d’intelligence et de courage à qui est donnée la mission de revigorer la nation par son ardeur, elle recevra notre attention spéciale, et rien de sa flamme ne sera étouffé sous le gris manteau des servitudes. C’est sur cette dernière pensée que je voudrais achever ce message, et je désire parler non seulement pour vous, Messieurs les Membres de l’Assemblée, qui détenez un mandat du peuple et êtes les dépositaires de sa souveraineté, mais à tous ceux qui sont ici comme témoins, et par-dessus vous tous à la Nation toute entière : ce gouvernement que vous venez de consacrer n’appellera jamais personne à la servitude. Nous savons ce que valent les dictatures et les crimes à quoi elles poussent contre les vies, contre les courages, contre les consciences, contre les patries. Je prends l’engagement formel de respecter les principes de la séparation des pouvoirs, seule garantie pour le peuple de ne pas voir son destin échapper à son propre contrôle. Quant à la presse, ce quatrième pouvoir que le peuple s’est donné pour être un œil ouvert sur tous les autres, nous ne porterons jamais la mais sur elle, car nous espérons n’avoir jamais aucune honte à cacher. Au seuil de ce mandat qui est appelé à s’exercer dans des circonstances difficiles, autant parce que l’héritage recueilli est grevé de lourdes hypothèques, qu’à cause des contingences économiques, géographiques et sociales qui ont chacune leur aiguillon, j’adresse au nom du Destin de la Patrie, un appel solennel à toux les haïtiens, de tous les départements, de toutes les classes, et particulièrement des masses, pour qu’ils nous fassent confiance. J’appelle à l’union sacrée, à la coalition autour du drapeau, notre commun héritage, tous les adversaires d’hier, quels qu’ils soient, quelle qu’ait été la violence de leurs attaques. C’est l’heure où chacun de nous doit démontrer que la patrie est la première et la plus sacrée de ses préoccupations. Si, bergers du troupeau, nous nous en constituons les loups; si, gardiens de la maison, nous nous faisons les voleurs qui la brisent et la pillent; si rebelles au meilleur de nous-mêmes, nous manquons à nos engagements solennels, alors il sera temps d’entrer en jugement avec nous et de nous demander des comptes Mais je sais que nous sommes en route pour une meilleure et plus forte et plus fière Haïti. C'est notre désir. C'est notre but. Que Dieu nous soit en aide. Dumarsais Estimé Siège de l’Assemblée nationale Port-au-Prince, le 16 août 1946

jeudi 1 décembre 2011

REPONSE DU MINISTRE BRESILIEN DE L'EDUCATION

RÉPONSE DU MINISTRE BRÉSILIEN DE L'ÉDUCATION INTERROGÉ PAR DES ÉTUDIANTS DES ÉTATS-UNIS. Superbe réponse du ministre brésilien de l'Education interrogé par des étudiants aux Etats-Unis... La presse nord-américaine a refusé de publier ce texte. Pendant un débat dans une université aux États-unis, le ministre de l'Éducation Cristovam Buarque, fut interrogé sur ce qu'il pensait au sujet de l'internationalisation de l'Amazonie. Le jeune étudiant américain commença sa question en affirmant qu'il espérait une réponse d'un humaniste et non d'un Brésilien. Réponse de M. Cristovam Buarque: En effet, en tant que Brésilien je m'élèverais tout simplement contre l'internationalisation de l'Amazonie. Quelle que soit l'insuffisance de l'attention de nos gouvernements pour ce patrimoine, il est nôtre. En tant qu'humaniste, conscient du risque de dégradation du milieu ambiant dont souffre l'Amazonie, je peux imaginer que l'Amazonie soit internationalisée, comme du reste tout ce qui a de l'importance pour toute l'humanité. Si, au nom d'une éthique humaniste, nous devrions internationaliser l'Amazonie, alors nous devrions internationaliser les réserves de pétrole du monde entier. Le pétrole est aussi important pour le bien-être de l'humanité que l'Amazonie l'est pour notre avenir. Et malgré cela, les maîtres des reserves de pétrole se sentent le droit d'augmenter ou de diminuer l'extraction de pétrole, comme d'augmenter ou non son prix. De la même manière, on devrait internationaliser le capital financier des pays riches. Si l'Amazonie est une réserve pour tous les hommes, elle ne peut être brûlée par la volonté de son propriétaire, ou d'un pays. Brûler l'Amazonie, c'est aussi grave que le chômage provoqué par les décisions arbitraires des spéculateurs de l'économie globale. Nous ne pouvons pas laisser les réserves financières brûler des pays entiers pour le bon plaisir de la spéculation. Avant l'Amazonie, j'aimerais assister à l'internationalisation de tous les grands musées du monde. Le Louvre ne doit pas appartenir à la seule France. Chaque musée du monde est le gardien des plus belles oeuvres produites par le génie humain. On ne peut pas laisser ce patrimoine culturel, au même titre que le patrimoine naturel de l'Amazonie, être manipulé et détruit selon la fantaisie d'un seul propriétaire ou d'un seul pays. Il y a quelque temps, un millionnaire japonais a décidé d'enterrer avec lui le tableau d'un grand maître. Avant que cela n'arrive, il faudrait internationaliser ce tableau. Pendant que cette rencontre se déroule, les Nations unies organisent le Forum du Millénaire, mais certains Présidents de pays ont eu des difficultes pour y assister, à cause de difficultés aux frontières des États-unis. Je crois donc qu'il faudrait que New York, lieu du siège des Nations unies, soit internationalisé. Au moins Manhattan devrait appartenir à toute l'humanité. Comme du reste Paris, Venise, Rome, Londres, Rio de Janeiro, Brasília, Recife, chaque ville avec sa beauté particulière, et son histoire du monde devraient appartenir au monde entier. Si les États-Unis veulent internationaliser l'Amazonie à cause du risque que fait courir le fait de la laisser entre les mains des Brésiliens, alors internationalisons aussi tout l'arsenal nucléaire des États-unis. Ne serait-ce que par ce qu'ils sont capables d'utiliser de tells armes, ce qui provoquerait une destruction mille fois plus vaste que les déplorables incendies des forêts brésiliennes. Au cours de leurs débats, les actuels candidats à la Présidence des Etats-Unis ont soutenu l'idée d'une internationalisation des réserves forestières du monde en échange d'un effacement de la dette. Commençons donc par utiliser cette dette pour s'assurer que tous les enfants du monde aient la possibilité de manger et d'aller à l'école. Internationalisons les enfants, en les traitant, où qu'ils naissent, comme un patrimoine qui mérite l'attention du monde entier. Davantage encore que l'Amazonie.Quand les dirigeants du monde traiteront les enfants pauvres du monde comme un Patrimoine de l'Humanité, ils ne les laisseront pas travailler alors qu'ils devraient aller à l'école, ils ne les laisseront pas mourir alors qu'ils devraient vivre. En tant qu'humaniste, j'accepte de défendre l'idée d'une internationalisation du monde. Mais tant que le monde me traitera comme un Brésilien, je lutterai pour que l'Amazonie soit à nous. Et seulement à nous!

mardi 8 novembre 2011

DECLARATION DU CONSEIL DE L’UNIVERSITE SUR LES CONDITIONS ACTUELLES DE FONCTIONNEMENT DE L’UEH

Déclaration du Conseil de l’Université sur les conditions actuelles de fonctionnement de l’UEH Document soumis à AlterPresse le 6 novembre 2011 Le Conseil de l’Université d’État d’Haïti (CUEH) réuni en session extraordinaire les 21, 22 et 23 octobre 2011 a débattu des conditions matérielles de fonctionnement de l’UEH et a dressé le bilan suivant : 1. Depuis plus de 10 ans, le budget alloué à l’UEH déjà largement insuffisant, est en diminution constante en valeur réelle, entraînant une dégradation continue des structures existantes et l’impossibilité de mettre en œuvre une politique d’investissement pour le développement de l’UEH. Il s’en est suivi une dégradation accélérée des équipements mobiliers et immobiliers, la détérioration continue des supports académiques aux enseignements en particulier des laboratoires, des bibliothèques et des services de reproduction. Or dans le même temps, la pression des jeunes sortant du secondaire pour intégrer l’UEH augmente de manière exponentielle. Malgré le manque criant de moyens, les directions des entités de l’UEH à Port-au-Prince et en province ont fait des efforts considérables pour augmenter les effectifs et essayer d’apporter une réponse à l’accroissement de la demande sociale, en gardant l’espoir qu’un comportement plus responsable des autorités leur permettrait de continuer à progresser dans cette voie. 2. Aujourd’hui, le constat d’échec est évident. Au lieu d’accompagner l’UEH pour lui permettre d’améliorer l’offre de formation, les tenants des pouvoirs législatif et exécutif ont, année après année, confirmé leur désengagement de l’enseignement supérieur, allant même, pour des intérêts politiciens mesquins, à priver l’UEH d’importants fonds venant soit du Trésor Public, soit de la coopération externe au profit de leur chapelle politique ou d’établissements privés appartenant à leurs proches. Les conséquences de ce désengagement sur le fonctionnement quotidien de l’UEH ont atteint des limites qui ne sont plus supportables. Dans plusieurs facultés, les étudiants, le personnel, les enseignants évoluent dans un environnement à la limite de l’insalubrité. L’insatisfaction profonde des étudiants devant les conditions matérielles de fonctionnement alimente une hostilité qui prend parfois des formes violentes vis-à-vis des responsables des entités, voire même des enseignants accusés d’être indifférents à la situation, et ceci explique en bonne partie, les crises à répétition que connaît l’UEH. 3. Face à ce constat, le Conseil de l’UEH estime qu’il est de sa responsabilité de stopper cette descente vertigineuse aggravée de façon dramatique par les conséquences néfastes pour l’institution du séisme du 12 janvier 2010 qui a détruit la majeure partie de ses infrastructures physiques. Il faut aujourd’hui prévenir une implosion qui signifierait l’agonie de l’UEH. Dans un environnement où les mauvaises politiques publiques ont réduit à une peau de chagrin le principe républicain de l’égalité des chances d’accès à une éducation de qualité au niveau des enseignements primaire et secondaire, le Conseil prend l’engagement de lutter pour éviter que cette dégringolade n’emporte également l’UEH, privant ainsi le pays de cet outil majeur de formation au service d’un développement respectant les intérêts de la majorité de la population. Il est temps de sortir de la complaisante acceptation de l’inacceptable pour créer une dynamique de lutte visant à obtenir, dès cette année académique 2011-2012, les conditions minimales d’un fonctionnement décent de l’UEH. 4. Dans cette optique, les membres du Conseil de l’UEH prennent l’engagement de lancer une large concertation au sein des entités, à Port-au-Prince et en province, pour fixer dans l’unité, et de manière responsable, les priorités à retenir dans l’augmentation des budgets de fonctionnement et d’investissement ainsi que les voies et moyens qui doivent être adoptés pour amener les autorités actuelles du Parlement et de l’Exécutif à prendre leurs responsabilités dans le financement de l’UEH.