jeudi 29 mars 2012
HAITI: IL Y A VINGT-CINQ ANS, UNE NOUVELLE CONSTITUTION ETAIT ADOPTEE
National 28 Mars 2012
(Extrait du "Le Nouvelliste)
Haïti: Il y a vingt-cinq ans, une nouvelle Constitution était adoptée
Le 29 mars 1987, vêtue de blanc comme tous les citoyens qui, suivant les conseils largement diffusés, avaient décidé d'approuver la nouvelle Constitution, j'avais voté "oui". Il fallait le faire et je ne le regrette pas.
C'était un radieux dimanche chargé d'espérances, où résonnait encore l'écho du slogan accrocheur et mobilisateur "Plus jamais ça !". Une vraie fête républicaine, où les citoyens se retrouvaient, en ligne sage et patiente, dans une ambiance presque fraternelle, heureux de participer à cette forme de catharsis chargée de virtualités optimistes. Une nouvelle Constitution était née et il y avait dans l'accueil festif et insouciant qui lui était réservé quelque chose comme une opération d'autosatisfaction qui permettait de la créditer, ne serait-ce qu'un instant, de toutes les vertus curatives, alors que des failles étaient déjà perceptibles. Mais en ce jour solennel, ce n'était pas là l'essentiel et l'émotion patriotique neutralisait les réserves de la froide raison.
La mémoire collective retient ainsi la date du 29 mars pour célébrer la Constitution alors que deux autres auraient mieux correspondu à l'orthodoxie juridique : 10 mars, jour de son adoption, à 2h du matin, conformément à la tradition et tel que le rapporte l'émouvant et très utile témoignage de mon ami Georges Michel dans son livre "La Constitution de 1987. Souvenirs d'un constituant"; ou le 28 avril, date de sa publication dans Le Moniteur (No 36 pour la version française et No 36-A pour la version créole), ce qui l'avait rendue désormais exécutoire.
Une durée non sans problèmes
Un quart de siècle de survie, même chaotique, c'est le record atteint par la dernière en date des 22 Constitutions qui ont jalonné la vie nationale entre 1805 et 1987. Par référence à la durée, elle est devancée d'une courte tête par la Charte de 1816 qui a fonctionné pendant 27 ans jusqu'à la chute de Jean-Pierre Boyer en 1843, et par la doyenne de notre patrimoine, celle de 1889 qui, elle, a bouclé 29 ans, a servi 11 présidents, de Florvil Hyppolite à Sudre Dartiguenave à ses débuts, et organisé 11 législatures, de la 19e à la 29e, et cela sans avoir jamais été amendée malgré cinq tentatives infructueuses (1892, 1898, 1910, 1913, 1916). De ce fait, l'immortelle, comme les historiens l'ont baptisée, est restée vierge et inaltérée jusqu'en 1918. En fait, l'Assemblée constituante où se sont distingués deux éminents juristes de l'époque, Anténor Firmin et Léger Cauvin, est plus retenue comme un extraordinaire moment de science constitutionnelle, et cela jusqu'au milieu du XXe siècle, comme en témoigne l'hommage qui lui a été rendu à l'Assemblée Constituante de 1950, que le texte lui-même qui n'est pas le meilleur produit de notre histoire constitutionnelle.
La Constitution de 1987 a traversé pas mal de péripéties depuis son adoption. Imprudemment conçue pour fonctionner en eau calme, elle a affronté les turbulences de notre vie nationale. En effet, comme balise, elle n'affiche pas un palmarès édifiant même si, par ses seules insuffisances, elle ne saurait être rendue comptable des dysfonctionnements dus à des contingences politiques. Mais l'histoire impitoyable et souvent injuste retiendra ceux que, par ses vertus, elle n'a pas pu empêcher. En effet, elle a vu défiler six présidents élus : Manigat, Aristide I, Préval I, Aristide II, Préval II et Martelly. Seul René Préval, à deux reprises, en 2001 et en 2011 a terminé son mandat, une exception remarquable dans un pays où, sur les 42 Chefs d'Etat, monarques et présidents qui se sont succédé, seuls 5 avant lui ont eu cette opportunité (sans compter, évidemment, Christophe qui s'est suicidé, les 6 qui sont morts au pouvoir : Pétion, Guerrier, Riché, Hyppolite, Auguste, Duvalier; et les 4 qui ont été tués : Dessalines, Salnave, Leconte, Guillaume Sam). Ont en effet connu ce destin constitutionnel : Nissage Saget, le premier en 1874, Tiresias Simon Sam en 1902, Sudre Dartiguenave en 1922, Louis Borno (deux mandats) en 1930, Sténio Vincent (deux mandats) en 1941. Mais parallèlement, elle a dû s'accommoder de 7 gouvernements provisoires, dont 3 militaires : Namphy I et II, Avril. L'Article 149 qui organise la vacance n'a jamais été correctement appliqué, car si Joseph Nerette en 1991 et Boniface Alexandre en 2004 étaient bien sortis du vivier de la présidence de la Cour de cassation, ils ont exercé le pouvoir plus longtemps que les trois mois prévus; Ertha Pascal Trouillot n'était pas la juge la mieux placée dans la hiérarchie de la Cour, mais dans le contexte de 1990, elle jouissait du double avantage d'être une femme et d'avoir suivi un parcours professionnel impeccable, ce qui lui conférait l'auréole de la compétence et de l'intégrité. Et Emile Jonassaint, le prestigieux président de l'Assemblée constituante de décembre 1986 à mars 1987, et devenu Président de la Cour de cassation, a conclu en 1994 dans des circonstances irrégulières l'intermède entre deux passages au pouvoir du Président Aristide.
La Constitution prescrit un exécutif bicéphale en son Article 133, mais les constituants ne prévoyaient pas un défilé de 16 Premiers ministres, de Martial Célestin en 1988 à Gary Conille en 2011, ce qui rétrécit la fonction et même fait douter de l'efficacité de cette dyarchie qui était censée assurer la stabilité à la tête de l'Etat. Le système en tandem a fonctionné entre 4 mois (Manigat-Celestin) et (Martelly-Conille) et 27 mois (Alexandre-Latortue), alors que René Préval a collaboré, à deux reprises, avec Jacques Édouard Alexis, une première fois pendant 23 mois et une seconde pendant 25 mois. Mais le pays a connu quelques entorses juridiques : Namphy II, Avril, Ertha P. Trouillot, Emile Jonassaint ne se sont pas embarrassés d'un Premier ministre et la présidente Ertha Pascal Trouillot a tout simplement phagocyté un Conseil d'Etat non prévu par les normes constitutionnelles, mais à qui on avait confié la tâche improvisée et juridiquement surprenante et contestable de contrôler son pouvoir; Marc Bazin a occupé la Primature sans un président; et enfin René Préval avait placé le système bicéphale en veilleuse de juin 1997 à mars 1998 en ne nommant pas un Premier ministre.
Elle a aussi souffert dans son intégrité. Suspendue au lendemain du coup d'Etat contre le président Leslie Manigat en juin 1988, elle a été rétablie le 13 mars 1989 par le général Prosper Avril, mais amputée de quelques 20 Articles et une ahurissante explication avait été fournie à cette occasion selon laquelle ces dispositions étaient incompatibles avec la forme de son gouvernement. La présidente Ertha Pascal Trouillot la rétablit dans son intégralité quelques mois plus tard.
Nouveautés et souffle nouveau
La Constitution de 1987 a apporté des dispositions novatrices, à notre patrimoine. La première indication de ce renouveau, nous la trouvons dans le préambule. On comprendra ma légitime fierté à rappeler que le texte fut transmis par le RDNP et qu'il fut adopté sans discussion. Cependant les constituants ont, pour la première fois dans une charte, et fort opportunément, ajouté la Déclaration d'indépendance du 1er janvier 1804, associée, en un symbolisme saisissant, à la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948.
Il n'est pas sans intérêt de souligner l'impact de l'Article 5 qui sonne comme une réparation, car il rompait avec une frilosité empreinte de préjugés qui reléguait le créole, par une litote anonyme, au rang de langue usitée dans le pays, depuis la Constitution de 1843 ou de langue parlée et comprise par la majorité. En 1957, pour la première fois, le mot créole fera son apparition dans une Constitution, mais le français était maintenu comme langue officielle et rendu obligatoire dans les services publics. Dans la Constitution de 1983, on avait bien mentionné le créole comme étant une des langues nationales, mais l'Article 62 avait plombé toute possibilité de reconnaissance constitutionnelle égalitaire en édictant que le français tient lieu de langue officielle de la République d'Haiti. Une concession, voire une commodité, à laquelle la charte de 1987 mettra fin, d'autant qu'à l'Article 40 il sera fait obligation à l'Etat de publier tous les textes officiels dans les deux langues. Force est de reconnaître que cette disposition constitutionnelle est restée lettre morte. Mais le texte aurait pu ajouter cette précision que l'on retrouve à la fin des Conventions internationales adoptées dans plusieurs langues, "chacune d'elles faisant également foi", ce qui donnerait une légitimité normative égalitaire aux deux versions de la Constitution.
On peut souligner, dès à présent, que le débat actuel concernant l'amendement mort-né de la Constitution met en évidence, fort opportunément, le fait que seules des versions françaises circulent et que l'on ne fait guère état du texte créole qui lui aussi devrait être amendé afin de respecter l'égalité proclamée à l'Article 5. Il ne s'agit pas seulement d'un problème de sensibilité patriotique pour notre langue nationale, mais aussi d'une question de droit : toute modification d'un texte juridique implique une opération simultanée appliquée à toutes les versions; dans le cas contraire, la révision est frappée de caducité, faute d'être réalisée dans toutes les dimensions de son intégrité juridique. Le texte créole n'est pas une traduction du français; il a été voté et publié séparément dans le journal officiel et il conserve, de ce fait, une authenticité normative autonome.
Une générosité exceptionnelle
Avec 298 articles (y compris les dispositions transitoires qui sont désormais toutes caduques), elle est la plus prolixe de nos chartes, encore que l'on peut allonger le nombre car le décompte nous révèle que 49 articles sont doubles, générant 98 points; 20 sont triples, entraînant 60 données; 12 sont quadruples, débouchant sur 48 dispositions; 3 sont quintuples, donnant naissance à 15 normes; 3 sont sextuples aboutissant à 18 prescriptions. La palme en ce domaine multiplicateur revient à 5 Articles (35, 36, 121,129, 200) identifiés de 1 à 6 comportant ainsi, chacun, 7 éléments, à l'Article 111 qui en engendre 9 tandis que l'Article 32 caracole en tête avec 10 suivants. Ainsi, nous avons un total de 498 articles, dont 204 seulement sont simples, c'est-à-dire comportant des alinéas, mais pas de subdivisions chiffrées. La structure de la Constitution mérite ainsi d'être un peu plus maîtrisée, ce qui permettrait un recours plus rigoureux à la grammaire juridique et une application plus stricte d'un principe cardinal, la suprématie de la lettre, ce qui est énoncé sur l'esprit, les intentions.
On retrouve dans le texte des principes déjà adoptés auparavant et même depuis le XIXe siècle, par exemple dans le large développement des droits et libertés qui parait surprenant, car ils sont déjà indiqués dans le Code pénal et dans le Code d'instruction criminelle. Pas moins de 39 articles organisent la justice alors que les dispositions y afférentes sont déjà en vigueur dans les Codes en usage. Ce délayage peut se comprendre, car après une longue période de dictature il était inévitable de les marteler, au risque de verser dans la redondance inévitable. Ainsi, on ne peut pas justifier la pertinence de l'Article 41-1 qui stipule qu'un Haitien n'a pas besoin d'autorisation pour quitter son pays ou pour revenir en ignorant (ou en ne se souvenant pas) que, sous les Duvalier, un visa de sortie et de retour était nécessaire, une mesure qui a été abrogée seulement quelques semaines après le 7 février 1986. Le délayage des droits alourdit le texte qui prend parfois l'allure d'un décalogue et il méritera d'être un peu aéré. Et l'Article 32 confie, en termes coercitifs, des tâches écrasantes à l'Etat et aux Collectivités territoriales en matière d'éducation, alors que l'énoncé doctrinal de l'idéal aurait suffi, assorti d'un calendrier raisonnable et d'une planification qui tiennent compte de la complexité et de l'ampleur de la question qui ne doit pas être envisagée en termes de propagande, mais avec sérieux. Dans ce domaine, plus que dans d'autres, il s'avère nécessaire de laisser à la loi le soin de mettre en oeuvre les prescriptions constitutionnelles qui ne peuvent pas tout prévoir.
Il n'était pas inutile d'interdire le culte de la personnalité en prohibant à l'Article 7 la diffusion des photos sur la monnaie, les timbres, mais aussi dans les rues et les ouvrages d'art, car le narcissisme est une tentation à laquelle cèdent trop souvent les détenteurs du pouvoir d'Etat. Dans ce cas aussi, force est de reconnaître qu'à l'heure actuelle, cette disposition n'est pas observée et que l'on constate une flagrante violation de la Constitution par un véritable débauchage photographique public, une publicité largement mensongère qui irrite plus qu'elle ne renseigne.
Un régime mixte insatisfaisant
Au niveau de l'aménagement des institutions, l'accent a été mis sur le pouvoir du Parlement, car il s'agissait pour les constituants de limiter les prérogatives présidentielles. C'est la raison pour laquelle la Constitution a jeté les bases d'un régime qui n'est ni présidentiel ni parlementaire et dont une caractéristique essentielle est l'aménagement d'un pouvoir exécutif bicéphale. Certes, c'est avec la révision intervenue en 1985 de la Constitution de 1983 que la Primature fut instaurée, mais le Président Jean-Claude Duvalier n'a jamais nommé un Premier ministre. Mais un débat est ouvert sur le point de savoir si cette dyarchie est fonctionnelle et s'il n'y avait pas un autre moyen de limiter les pouvoirs du président de la République et ainsi de prévenir tout retour à la dictature.
Le rétablissement du Sénat, qui fut d'ailleurs le premier Parlement monocaméral du pays entre 1807 et 1816, introduit un élément de rééquilibre entre les deux organes législatifs, mais on peut observer que le système de renouvellement par tiers qui remonte à la Constitution de 1806 et maintenu depuis lors paraît obsolète et coûteux, car il augmente le rythme des élections. Par ailleurs, il est évident que si les deux organes partagent des pouvoirs équivalents, par exemple en ce qui concerne la procédure d'adoption des lois, il y a un gonflement en faveur du Sénat qui détient des prérogatives supplémentaires relatives à la nomination des membres de la Cour de cassation et de ceux de la Cour supérieure des Comptes et du Contentieux administratif. Le langage courant et traditionnel reproduit la prééminence du Sénat appelé volontiers la Chambre Haute, tandis que l'autre est qualifiée de Chambre Basse.
Par ailleurs, la décentralisation unanimement réclamée comme une voie conduisant à la démocratie est restée au niveau institutionnel avec d'ailleurs des prérogatives accordées aux Collectivités Territoriales qui ne correspondent pas à leur raison d'être et à la philosophie sur laquelle se construit la nécessaire décentralisation. Ainsi, il ne semble pas opportun d'accorder aux instances prévues le pouvoir de participer à la nomination des juges, tel que l'institue l'Article 175. Mais les réformes normatives envisagées ne sauraient porter atteinte aux principes sur lesquels repose une politique de décentralisation. Dans ce cas aussi, il sera nécessaire d'envisager l'adoption de plusieurs lois d'application pour expliciter, en termes pratiques, les possibilités et les bienfaits de la décentralisation, entre autres, préciser le découpage territorial des unités administratives, les domaines d'intervention de l'Etat et des Collectivités territoriales, la notion d'autonomie financière et les moyens de l'appliquer, la cohabitation d'une fonction publique nationale avec une fonction publique territoriale.
Enfin, les constituants ont manifesté le légitime souci de construire un Etat de droit par lequel tous les citoyens, gouvernants et gouvernés seraient soumis aux rigueurs de la Constitution et de la loi. Ainsi, ils ont repris les dispositions relatives à la Haute Cour de Justice en vigueur depuis la Constitution de 1805 et inscrites, en termes variés, dans toutes nos chartes. Mais à cet égard, il convient de faire remarquer qu'avec l'Article 186, tous les détenteurs du pouvoir d'Etat (président, Premier ministre, ministres, membres du CEP et de la CSCCA, juges et officiers du ministère public près la Cour de cassation, protecteur du citoyen) sont passibles de ce tribunal d'exception, sauf les parlementaires, alors qu'au XIXe siècle, eux aussi étaient exposés à être jugés par cette instance, cela jusqu'à la Constitution de 1874. Ainsi, à côté de l'immunité légitime couplée en irresponsabilité et en inviolabilité, ils jouissent d'une impunité dans l'accomplissement de leurs fonctions qui les couvre du manteau de l'absolution préventive dans l'accomplissement de leurs fonctions.
Par ailleurs, une précision s'impose en ce qui concerne le président de la République, qui, aux termes de l'Article 186 pt.a peut être mis en accusation pour crime de haute trahison ou tout autre crime ou délit commis dans l'exercice de ses fonctions. Une interprétation restrictive voudrait faire croire que seuls des délits dénoncés pendant la durée de son mandat entrent dans ce cadre. Toutefois, l'Article 21 définit le crime de haute trahison et inclut la violation de la Constitution; il s'agit de cas imprescriptibles, on pourrait dire intemporels, caractérisés par leur nature et non par le moment où ils se présentent, dans la mesure où même avant d'assumer le pouvoir, un Président peut avoir commis un crime de haute trahison sous la forme d'une violation de la Constitution, mais qui serait rendu public après.
On entre ainsi dans le domaine de la nécessaire et salutaire combinaison entre le droit et la morale publique. Ainsi, un citoyen ne saurait se réfugier derrière l'immunité de fonction que semble évoquer l'Article 186 et pourrait être traduit devant la Haute Cour de Justice à n'importe quel moment. Le caractère justiciable, en tant que président, commence avec la prestation de serment et, à cet égard, on peut établir un crime de lèse-Constitution s'il jure de respecter et de faire respecter la Charte (Article 135-1) alors que son élection serait entachée de violation et même de forfaiture. Il n'est pas sans intérêt de rappeler, à ce sujet, que le président américain Richard Nixon avait échappé, en démissionnant, à la destitution en 1974, non parce qu'il avait participé à la lamentable effraction d'un bureau du Parti démocrate dans le célèbre immeuble Watergate, mais parce qu'il avait menti à la Commission sénatoriale chargée de l'enquête sur la question. Il y a ainsi une exigence morale qui s'attache au prestige et à l'intégrité de la présidence de la République en tant qu'institution d'Etat et commande comme premier devoir d'un titulaire potentiel qu'il évite de la souiller par des mensonges et des actes délétères, de quelque nature que ce soit et à quelque moment que ce soit.
Une lamentable opportunité ratée
Toute Constitution est fille de son temps et, une fois adoptée, elle ne se transforme pas en une bible intouchable. Aussi le texte prévoit la procédure d'amendement caractérisée par deux principes : les prescriptions sont d'application stricte et leur mise en oeuvre doit respecter le temps constitutionnel inséré dans un chronogramme. Notre histoire révèle que nous avons eu recours plus fréquemment à une nouvelle charte qu'à la procédure d'amendement, et seules 6 Constitutions ont été amendées (1846, 1879, 1918, 1935, 1964, 1983). A six reprises (1846, 1858, 1876, 1879, 1946, 1957), on recourut à la remise en vigueur d'une ancienne Constitution afin d'éviter de prolonger une période d'a-constitutionnalité entre la répudiation d'une charte et la gestation d'une nouvelle. On peut faire remarquer qu'un tel recours ne semblait pas opportun en 1986, au motif qu'il s'était avéré délicat de choisir une de nos anciennes Constitutions; ainsi, le pays a vécu de février 1986 à avril 1987 sans Constitution, une situation passablement dangereuse pour la préservation de l'Etat de droit, car le Conseil national de gouvernement jouissait des pleins pouvoirs, un privilège qui sera d'ailleurs confirmé par la Constitution elle-même qui, par l'Article 285-1, lui permettra d'adopter des décrets-lois jusqu'à l'installation des Chambres, alors qu'elle ne reconnaît pas ce droit au pouvoir exécutif.
Ainsi, la présente charte a prévu les modalités de l'amendement (Articles 282 à 284-4). Il n'est pas inutile de rappeler brièvement les étapes de la seule tentative de révision effectuée depuis 25 ans. Le 4 septembre 2009, l'exécutif faisait parvenir au Parlement des propositions d'amendement et, le 14 septembre, le dernier jour de la dernière session de la 48e Législature, les deux Chambres les entérinaient séparément, avec une rapidité surprenante qui fait douter de la possibilité d'un examen quelconque. En effet, le procès-verbal des deux séances indique qu'à 6h12, l'appel nominal accusa un quorum de 69 députés et, à 7h, le texte était voté : la séance a donc duré 48 minutes. A 7h19, on enregistra la présence de 22 sénateurs et à 8h tout était bouclé en une séance de 41 minutes. L'exécutif a ainsi publié le 6 octobre dans Le Moniteur les résultats de ces étranges et rapides initiatives réalisées au galop et in extremis.
Depuis lors, on assiste à des opérations de rafistolage juridique qui font reculer l'Etat de droit. En effet, conformément aux prévisions, le 9 mai 2011, l'Assemblée nationale de la 49e législature a entériné les amendements et les a transmis à l'exécutif qui les a promulgués puis publiés dans Le Moniteur le 13 mai. Une altération majeure mérite d'être soulignée : la Constitution indique à l'Article 284 que l'amendement ne peut entrer en vigueur qu'après l'installation d'un nouveau président, alors que la loi constitutionnelle publiée indique à l'installation un changement significatif de temps lourd de conséquences. La première préposition souligne la postérité tandis que la seconde la simultanéité.
A partir de là, l'actualité s'emballe et on a entendu des parlementaires souligner que le texte publié n'était pas conforme à celui qu'ils avaient adopté et qu'une manipulation coupable était intervenue et, jusqu'à présent, il n'est pas indiqué d'où elle provenait. Le 31 mai 2011, la procédure enregistre un accroc monumental : un arrêté est publié pour rappeler la loi, une monstruosité juridique de taille, car en raison de la hiérarchie des normes, un arrêté ne saurait annuler une Loi placée au-dessus. Par ailleurs, le nouvel exécutif n'a rien à faire avec une procédure d'amendement achevée avec le précédent chef de l'Etat. Le chronogramme précis indique simplement, à l'Article 284-2, que son installation marque le moment de l'entrée en vigueur de l'amendement obtenu. Le hasard chronologique a voulu que deux étapes se soient produites en un chevauchement de jours, celle du vote de l'Assemblée nationale suivie de la publication au Moniteur et celle de l'entrée en fonction d'un nouveau titulaire. Une opération de simulation aurait pu reléguer la seconde des années après, établissant ainsi une nette séparation entre les différentes phases de la procédure entre l'initiative, la discussion, le vote en Chambres séparées, puis en Assemblée nationale, la promulgation et la mise en oeuvre. Et l'évocation qui est faite de l'Article 136 qui stipule que le Président de la République veille à la stabilité des institutions et à l'application de la Constitution ne signifie, en aucun cas, qu'il dispose du pouvoir d'interpréter, voire de modifier, le texte, d'autant que l'Article 150 précise qu'il n'a d'autres pouvoirs que ceux que lui attribue la Constitution.
Depuis lors, nous avons en circulation limitée trois textes en souffrance de légitimité : celui soumis par l'Assemblée nationale au président Préval et dont aucune copie ne semble avoir été conservée dans les archives du Parlement; la loi publiée dans Le Moniteur le 13 mai 2011; enfin une version dite "corrigée pour erreurs" soumise à l'exécutif aux fins de publication. Entre-temps, un groupe de spécialistes du droit a pris position le 28 février 2012, soulignant, sur deux colonnes, les contradictions, erreurs, altérations entre deux textes: d'un côté, le "Rapport du Bureau du palais législatif des séances de l'Assemblée nationale des 7,8 et 9 mai 2011"; de l'autre une "Loi constitutionnelle pour reproduction pour erreurs matérielles".
On est en plein imbroglio et la conséquence qui en découle, du point de vue juridique et pour la préservation de l'Etat de droit, est que la Constitution de 1987 n'a pas été amendée, faute de procédure, et par conséquent elle demeure en exercice et elle est d'ailleurs appliquée dans divers domaines de la vie nationale, malgré ses faiblesses. On peut discuter sur la validité et surtout sur le caractère définitif de la publication au journal officiel, une opération qui généralement clôt la procédure d'adoption des textes de loi. A cet égard, la doctrine et le bon sens devraient intervenir pour souligner qu'en l'absence d'un Conseil constitutionnel qui aurait autorité pour annuler le texte a posteriori, il n'existe pas dans notre système juridique une institution habilitée à le faire. En fait, seul le président René Préval, s'il était encore en fonction, aurait pu opérer le retrait de la loi constitutionnelle; en aucun cas son successeur ne peut s'octroyer le droit de le faire. On se trouve placé dans une situation anachronique de caducité virtuelle d'un texte de loi coincé entre une apparente légitimation et une contestation orchestrée par ceux qui l'ont élaboré. Une sorte d'enfant renié par ses pères et qui survit dans les limbes.
Pour entreprendre une nouvelle procédure d'amendement, il faudra attendre la dernière session de la 49e législature, c'est-à-dire le moment constitutionnel entre le deuxième lundi de juin et le deuxième lundi de septembre 2015 et, cette fois, avec sérieux. Mais un agenda de révision peut être élaboré et surtout publié à l'avance afin que les citoyens en prennent conscience, et inclure des questions de grand intérêt national telles que l'admission de la double nationalité, l'assouplissement des conditions pour les postes électifs, la création d'un Conseil constitutionnel et, aux risques de paraître iconoclaste, l'établissement d'un régime présidentiel contrôlé impliquant la suppression de la dyarchie exécutive et donc de la Primature.
Lorsque les conditions de la vie nationale le permettront, il sera souhaitable d'envisager un autre terme de l'alternative, mettre sur pied une Assemblée constituante afin de préparer une nouvelle Constitution. Je n'ai jamais caché ma préférence pour une telle opération chirurgicale sans rejeter la procédure d'amendement, mais à condition qu'elle soit menée à terme selon les prescriptions contenues dans la charte.
En ce vingt-cinquième anniversaire, c'est l'hommage triste et désabusé à rendre à la Constitution de 1987 : lui préserver son intégrité formelle à défaut de transformer son contenu et lui éviter un lamentable rafistolage de fond.
Mirlande MANIGAT
vendredi 23 mars 2012
DANS LE CHAUDRON POLITIQUE CHINOIS
Dans le chaudron politique chinois
Un commentaire
jeudi 22 mars 2012, par Martine Bulard
(Extrait du "Le Monde Diplomatique)
Une croissance qui s’essouffle, des mouvements sociaux qui prolifèrent, un parti qui se divise au grand jour... Commencé sous le signe de la stabilité, le règne du président Hu Jintao et du premier ministre Wen Jiabao, qui quitteront leurs fonctions en octobre prochain, lors du XVIIIe congrès du Parti communiste chinois (PCC) [1], risque de se terminer dans l’agitation, pas forcément contrôlée. Toutes proportions gardées, il faut remonter à 1989, à la veille des événements de la place Tiananmen, pour trouver un tel cocktail, même si les questions du pouvoir d’achat étaient alors plus fortes et les exigences d’ouverture politique plus prégnantes. En tout cas, on comprend l’étrange atmosphère qui régnait lors de la session annuelle de l’Assemblée populaire nationale (APN), réunie du 5 au 14 mars — la dernière séance pour MM. Hu et Wen.
Certes, l’APN est restée assez éloignée du vent de fronde, à la différence d’une précédente réunion, en mars 2009. A l’époque, les dirigeants craignaient un effondrement économique dans la foulée de la crise occidentale. La vaste assemblée s’était même fait l’écho des protestations : « Nous devrions réparer la maison avant qu’il ne pleuve », avait lancé M. Li Yuquan, maire de Dongguan, dans la province exportatrice du Guangdong [2]. Rien de tel en 2012.
Signe des temps, c’est plutôt l’étalage de richesses des députés qui a retenu l’attention. Nombre d’internautes chinois ont comparé la session à « un défilé de mode d’une grande maison de haute couture, vu le nombre de costumes griffés et de sacs à main de marque qui s’y exhibent », rapporte l’Agence France-Presse (5 mars), quelques questions des bloggeurs en plus : « Est-ce que ces délégués représentent vraiment le peuple, notre pays est-il vraiment devenu si riche ? » ; ou encore « Qui donc défendra les droits et allocations des pauvres ? »
Ceux des grandes fortunes, eux, semblent avoir quelques avocats dans la place. Comme le souligne le magazine américain Business Week (5 mars), « la richesse des soixante-dix membres les plus prospères du Parlement chinois [sur 2 985 délégués] a augmenté davantage que la somme des patrimoines des cinq cent trente-cinq membres du Congrès, du président, de son cabinet et de l’ensemble de la Cour suprême des Etats-Unis. (...) Les ressources cumulées de ces députés chinois se sont élevées à 90 milliards de dollars en 2011 ». Il est vrai que ces derniers n’ont quasiment aucun pouvoir (contrairement aux élus du Congrès américain) et qu’ils peuvent tomber en disgrâce du jour au lendemain ; il est non moins vrai qu’une partie de ces grandes fortunes ont leurs petites et grandes entrées dans le cénacle pékinois et pèsent sur les décisions des dirigeants.
Moins de création d’emplois en 2012
Dans son rapport devant l’APN, M. Wen a, sans surprise, dressé un tableau positif de la situation du pays. De fait, le système de santé s’est amélioré (cf. The Lancet, vol. 379, mars 2012) ainsi que celui des retraites ; le pouvoir d’achat des salariés a augmenté — de 4 % à 5 % l’an [3] —, avec des conséquences positives sur la consommation. Mais les revenus des plus fortunés ont grimpé encore plus vite. Enfin, les perspectives ne sont plus aussi flamboyantes qu’au cours de cette dernière décennie : la croissance devrait tomber à 7,5 % pour 2012, contre 9,2 % en 2011, et la création d’emplois à 9 millions dans les agglomérations urbaines, contre 12,1 millions l’année précédente, selon les pronostics mêmes de M. Wen. Les familles craignent pour l’avenir de leur enfant, l’embauche des jeunes diplômés restant l’une des préoccupations majeures des couches moyennes. Du coup, le premier ministre a clairement envisagé de « poursuivre une politique budgétaire de relance ». Il en a (encore) les moyens. Fin 2008, le pouvoir avait injecté l’équivalent de 430 milliards d’euros — ce qui n’était pas allé sans gâchis de capitaux (investissements démesurés, spéculation immobilière...). Depuis, il navigue — avec succès — entre restrictions (pour assainir) et injections (pour relancer). Mais pour combien de temps ?
Par ailleurs, l’arrogance des riches, notamment des « fils de prince » (les enfants des anciens dirigeants) et le creusement des inégalités constituent une bombe sociale à retardement. Les mouvements sociaux et identitaires (Tibet, Xinjiang) se multiplient tandis que les autorités manient plus facilement les pressions, la censure et la répression que la mise en œuvre des réformes. Les exemples de raidissement politique abondent — de l’étroite surveillance des blogs à l’assignation à résidence de tel ou tel « dissident ».
La bataille contre les « cadres nus »
Toutefois, il n’est plus rare de voir, même dans la presse officielle, des intellectuels ou éditorialistes s’inquiéter ouvertement. En novembre dernier, Li Xiguang, directeur du Centre international de communication de Tsinghua, l’une des plus grandes universités chinoises, alertait dans Global Times : « La Chine est désormais la deuxième économie au monde. Mais le coefficient de Gini [4] se rapproche de 0,50, contre environ 0,28 en 1978 ; il figure parmi les plus élevés du monde » (lire « Des “indignés” à la chinoise », Planète Asie, 29 novembre 2011). A la mi-mars, le magazine réformateur de Canton Nanfang Chuang appelait à « mener bataille contre les groupes d’intérêts particuliers (...) qui influencent le processus politique et représentent la racine de nombreux problèmes politiques, économiques et sociaux ». Selon le journal, le gouvernement devrait également « faire des efforts pour mettre en œuvre le système de déclaration du patrimoine des fonctionnaires et lutter contre les ”cadres nus” [fonctionnaires dont les enfants et épouses (ou époux) s’établissent à l’étranger ou ont obtenu la nationalité dans des pays étrangers pour préserver leur fortune ; cf. « La Chine, la crise et les fraudeurs », Planète Asie, 14 novembre 2011]. Selon le Livre bleu publié par l’Académie des sciences sociales, poursuit Nanfang Chuang, 40 % des fonctionnaires acceptent le phénomène des “cadres nus” ; ce n’est plus le seul problème de la corruption, mais aussi celui de l’identité politique et nationale des membres du gouvernement ».
Lors d’une conférence de presse, inhabituelle dans sa longueur (trois heures), le premier ministre a, d’une certaine manière, reconnu l’ampleur du défi : « Nous sommes à un stade critique. Sans une réforme politique couronnée de succès, il est impossible pour la Chine de mener à bien la réforme économique, et les gains que nous avons réalisés peuvent être perdus ; de nouveaux problèmes qui ont surgi dans la société ne pourront pas être fondamentalement résolus. » Et d’ajouter : « Je suis pleinement conscient que, pour résoudre ces problèmes, nous devons mener de front deux réformes structurelles : la réforme économique et la réforme politique, en particulier les réformes sur le système de direction du parti et du pays. » Dommage que M. Wen n’en ait rien dit dans son discours programme devant l’APN. Dommage qu’il n’en ait rien fait, au cours de ces dernières années. Pas plus que le numéro un, M. Hu. La stabilité s’est muée en immobilisme.
Bo Xilai ou le spectre de la Révolution culturelle
C’est dans ce contexte de crise reconnue que vient d’éclater l’affaire Bo Xilai, dirigeant communiste de la ville-province de Chongqing (32,6 millions d’habitants), destitué avec fracas et remplacé illico presto, au lendemain de la réunion de l’APN, le 15 mars. Il avait pourtant amorcé une (légère) autocritique devant ses pairs, dans la plus pure tradition du parti. En vain. Fort opportunément circule désormais sur les sites chinois un « rapport officiel » accusant M. Bo de corruption et de brutalité, le soupçonnant d’avoir menacé son bras droit et chef de la police Wang Lijun... lequel se serait réfugié au consulat de Chengdu, à quelque trois cents kilomètres de Chongqing, avant d’être récupéré par le pouvoir central pour être mis en « congé pour surmenage ». On se croirait dans un roman du John Le Carré de la guerre froide.
Ce n’est pas la première fois qu’un dirigeant est ainsi écarté. Le secrétaire du parti de Pékin en 1995, celui de Shanghaï en 2006, tous deux membres du Bureau politique, ont été limogés puis emprisonnés. La bataille n’était pas dénuée d’arrière-pensées politiques — leur éviction arrangeait bien l’équipe au pouvoir —, mais la corruption était avérée. Dans le cas de M. Bo, l’histoire semble plus compliquée.
Le tandem Bo-Wang s’est fait une réputation d’incorruptible et de chasseur de corrompus qui a dépassé très largement de cadre de la province. Quand il est arrivé à Chongqing en 2007, M. Bo — fils d’un héros de la Révolution, Bo Yibo, ayant connu les purges maoïstes (sa femme est morte en prison) avant d’être réhabilité — a décidé de faire le grand ménage. Il a coupé les liens entre l’appareil du parti et celui de l’Etat, d’un côté, et les grands manitous économiques et les organisations mafieuses, de l’autre. Avec son chef de la police, il a procédé à de vastes arrestations. Et beaucoup leur ont reproché — avant qu’ils ne tombent — leurs méthodes expéditives et l’absence de procès équitable pour les victimes.
Mais, dans un pays où la corruption est l’une des plus grandes plaies, l’action de M. Bo fut extrêmement populaire dans sa ville comme à l’extérieur. Il ne se privait pas de le faire savoir ni de mettre en accusation ses prédécesseurs à Chongqing : M. Wang Yang (qui n’a aucun lien de parenté avec le chef de la police Wang Lijun), l’actuel gouverneur de la province du Guangdong (réformateur libéral, pressenti pour être l’un des neuf membres du secrétariat permanent du PCC, le saint des saints, comme l’était jusque-là M. Bo) ; M. He Guoqiang, ex-secrétaire du parti et désormais secrétaire de la commission centrale de contrôle de la discipline du PCC (celle qui mène l’enquête sur M. Bo). La bataille d’influence apparaît clairement. D’autant que l’ancien dirigeant de Chongqing aimait à manier les références à Mao Zedong, envoyant, paraît-il, des textos avec des citations du Grand Timonier, ou exaltant les foules autour des chants d’antan.
C’est sans doute ce qui a conduit le premier ministre, lors de sa conférence de presse du 14 mars, à mettre en garde : « Des tragédies historiques, comme la Révolution culturelle, peuvent arriver de nouveau en Chine. » L’avertissement servait surtout à préparer l’opinion à l’éviction de M. Bo, dont les références tenaient plus du folklore que de la nostalgie, même si, dans les affaires publiques, les symboles ont toujours une connotation politique.
A Chongqing, une politique sociale inédite
Toutefois, on aurait tort de réduire l’action de M. Bo à ses méthodes sommaires de lutte contre la corruption et à ses « chants rouges ». En cinq ans, il a mené une politique sociale et de droits pour les migrants inédite en Chine. Par un système assez complexe d’échange de terres, il a stabilisé la surface cultivée autour de la ville, alors qu’elle ne cessait de se rétrécir avec l’urbanisation. Comme le montre Cui Zhiyuan [5], chercheur à la prestigieuse Ecole de politique publique et management (équivalent de l’ENA) à Pékin, plus de deux millions de migrants (entre août 2010 et juillet 2011) ont été régularisés alors qu’ils travaillaient depuis plus de cinq ans dans la ville sans permis de résidence — et donc sans droits pour eux et leurs enfants. Chaque matin, une distribution de lait et d’œufs était organisée dans les écoles, bénéficiant à un million d’enfants. Un vaste programme de construction de logements sociaux a été lancé, réduisant la montée des prix de l’immobilier. Enfin, grand partisan du partenariat public-privé, M. Bo s’est attaché a attirer les investissements dans sa ville-province, tout en reprenant la main publique dans plusieurs secteurs (dont la construction).
Evidemment, ces choix l’ont rendu très populaire auprès d’une partie des habitants — on a parfois parlé de « modèle de Chongqing ». A contrario, il était particulièrement détesté dans les milieux d’affaires et dans une partie de l’élite. Etait-il pour autant au-dessus de tout soupçon de corruption ? On dit que son policier en chef Wang Lijun avait mis au jour des malversations et de corruption dans son entourage. C’est ce que laisse entendre une lettre qui a circulé sur Internet après son « exfiltration » par les dirigeants de Pékin. Mais nul ne sait pourquoi il s’était soudainement mis à enquêter.
Incontestablement sensible aux inégalités et à la situation difficile des migrants, M. Bo n’a guère montré de volonté réformatrice du côté politique. Pour lui, l’ancien modèle était toujours de mise.
Un rival démocrate partisan du libéralisme
Son grand rival, M. Wang Yang, se situe, au contraire, aux côtés de l’élite économique qui réclame des réformes libérales et des privatisations, tout en affirmant une vision politique beaucoup plus ouverte. Il a joué un rôle positif pour dénouer l’affaire de Wukan : dans ce village du Guangdong, les paysans ont, pendant plusieurs semaines, affronté le potentat local qui voulait les spolier et avait battu à mort l’un des leurs. Non seulement ils ont eu gain de cause, mais ils ont pu, sous la houlette de M. Wang Yang, organiser des élections libres. M. Lin Zuluan, l’un des leaders de la révolte, a même été élu chef du village. Une première dans le pays... vite récupérée par le PCC et M. Wang Yang. Pour en faire un exemple au prochain Congrès ?
C’est ce que laissait entendre le premier ministre lors de sa conférence de presse fleuve : « Il faut poursuivre la mise en œuvre du système d’auto-gouvernance des villageois et assurer la protection de leurs droits légitimes à des élections directes. Dans de nombreux villages, les paysans ont montré leur capacité à réussir l’élection directe des comités villageois ; les gens sont capables de bien gérer leur village, ils peuvent bien le faire également à l’échelle du canton et du comté. Nous devrions les encourager à expérimenter avec audace. »
D’une certaine manière, l’affrontement Bo Xilai — Wang Yang résume le débat (et ses limites) qui agite le pays. Ce qui étonne, c’est l’éclat donné à ces divisions et à cette querelle de chefs dans un parti où le futur numéro un, M. Xi Jinping, et le futur numéro deux, M. Li Keqiang, sont connus depuis plus d’un an. Pour l’heure, M. Hu Jintao est resté fort discret. Tout au plus son poulain, M. Xi, a-t-il mis en garde dans une revue du PCC contre « ceux qui jouent la foule » et « usent de leur position pour gagner la célébrité ou la richesse [6] ». Exit M. Bo !
LIRE AUSSI
« Relève inquiète en Chine », Atlas du Monde diplomatique, mondes émergents.
Le XVIIIe congrès du Parti communiste va se tenir sur fond de crise économique, de mécontentement social et de tensions diplomatiques.
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Notes
[1] Leurs successeurs, qui seront désignés en octobre, prendront officiellement leurs fonctions lors de l’Assemblée populaire nationale en mars 2013.
[2] « La Chine, la relance et la consommation », Planète Asie, 11 mars 2009.
[3] Yann Rousseau, « Forte poussée des salaires dans toute l’Asie », Les Echos, Paris, 21 mars 2012.
[4] Le coefficient de Gini mesure les inégalités. Plus il est proche de 1, plus la société est inégalitaire ; plus il est près de 0, plus on se rapproche de l’égalité.
[5] Rencontre avec l’auteur à Pékin en novembre 2011. Lire « Partial intimations of the coming whole ; the Chongqing experiment in light of theories of Henry George, James Mead and Antonio Gramsci », Modern China, Sage, Pékin, 2011.
[6] Cité par Michael Wines et Jonathan Ansfield, « Report on ousted China official shows effort at damage control », International Herald Tribune, 19 mars 2012.
dimanche 18 mars 2012
YOU LEKOL TET ANBA NAN YOU PEYI TET ANBA
C’est du lavage de cerveau, quand l’éducation est utilisée pour supprimer l’identité, le langage, la culture, et la philosophie de vie d’une personne et les remplacer par quelque chose d’autre. » (Hampton, intellectuel amérindien)
« Quoi d’étonnant si la prison ressemble aux usines, aux écoles, aux casernes, aux hôpitaux, qui tous ressemblent aux prisons ? » (Michel Foulcault)
« You lekol tèt anba nan you peyi tèt anba. » (Yves Déjean)
(Extrait d'UMPP)
Entre la seconde moitié du 19e et le début du 20e siècle, au moment où chaque puissance colonial esclavagiste de l’Europe peaufinait ses stratégies pour mieux assurer sa domination sur le reste du monde, l’Évêque Joseph Shanahan, à l’instar d’un « prophète » avait prédit ce qui suit : « Qui tient l’école tient le pays, tient la religion, tient l’avenir ». À cet effet, durant leur « second espace colonial », les Français ont été parmi les premiers à prendre au sérieux les mots de cet Évêque catholique. Ils ont appliqué dans tout leur empire la doctrine de « l’assimilation » via une éducation dispensée dans la langue du soit disant « civilisé »: le français. Dans le néo-colonialisme français baptisée « mission civilisatrice », l’éducation formelle a joué un rôle primordial, central et fondamental, puisqu’avant tout il était question d’une conquête morale. Comme disait Delassus (1958), « Il s’agit pour elle de faire la conquête morale de ses sujets, de les préparer à être de vrais enfants adoptifs. C’est une seconde conquête à accomplir, plus noble et moins nécessaire que la première. Il s’agit pour elle d’affermir sa domination en soumettant les âmes, en les faisant français » C’est dans ce contexte que l’« école coloniale », a été mis en place sous la direction du « ministère des colonies ». Pour bien instaurer et faire fonctionner cette « école coloniale », les autorités de l’hexagone ont bénéficié de l’appui inconditionnel d’une grande armée de missionnaires catholiques. Notons bien que plus de deux tiers (2/3) des missionnaires dans le monde à cette époque étaient des Français (Pruhomme, 1994). Ils étaient éparpillés aux quatre (4) coins du monde. Ces religieux et religieuses assuraient bien l’hégémonie de l’empire dans les nouvelles et anciennes colonies françaises qui regroupaient plus de soixante millions de colonisés et néocolonisés (Deming Lewis, 1962). À ce sujet, Claude Prudhomme (1994), dans sa thèse « Stratégie Missionnaire du Saint-Siège sous Léon XIII (1878-1903) : Centralisation Romaine et Défis Culturels, a indiqué à partir de source primaire le statut et l’importance de ces missionnaires catholiques dans le système néocolonial français. À la page 496, nous lisons ce qui suit : « Le rapport établi par l'ambassade de France pour le président du Conseil plaide ardemment afin que le gouvernement accorde aux congrégations missionnaires un traitement particulier. «Il est facile de concevoir les bénéfices que notre action dans le monde retire du concours de ces milliers de missionnaires des deux sexes qui, de l'avis unanime de nos diplomates, de nos consuls, de nos autorités militaires, de nos agents coloniaux, et - ce qui n'est pas moins caractéristique - de nos concurrents, s'emploient avec une ardeur égale à défendre la cause de la France en même temps que celle de la Religion.» Et plus loin, le rapport a conclu en ces termes: « ... Notre véritable armée, la seule sur laquelle nous puissions compter, c'est donc celle que composent les religieux catholiques ».
À côté de cette armée de missionnaires, il y avait aussi toute une batterie de spécialistes et d’experts qui avaient pris part à la conception de cette école. Linda S. Lehmil de Tulane University (USA) nous a gratifiés en 2007 d’une thèse de 328 pages (À L’ÉCOLE DU FRANÇAIS : POLITIQUES COLONIALES DE LA LANGUE (1830-1944) dans laquelle elle a mis à nu toute la structure oppressive et l’idéologie raciste de l’école coloniale dans les espaces francophones. Selon Lehmil, il faut « interroger les doctrines scientifiques (anthropologiques et biologiques), morales, religieuses, politiques et éducatives sur lesquelles se sont basées les éducateurs et décisionnaires pour décider de la forme à donner à cette éducation aux indigènes et pour montrer comment cette théorisation politique façonnera l’institutionnalisation de la politique scolaire… ».
De son côté, Georges Hardy, l’un des dirigeants de cette école en Afrique, dans son livre « Une conquête morale en A.O.F » publié en 1917, a exposé tout le côté déshumanisant de cette éducation. Par exemple, à la page 350, il a exprimé en ces termes la stratégie qui a été appliquée pour favoriser l'assimilation: « Pour transformer les peuples primitifs de nos colonies, pour les rendre le plus dévoués à notre cause et utiles à nos entreprises, nous n’avons à notre disposition qu’un nombre très limité de moyens, et le moyen le plus sûr, c’est de prendre l’indigène dès l’enfance, d’obtenir de lui qu’il nous fréquente assidûment et qu’il subisse nos habitudes intellectuelles et morales pendant plusieurs années de suites ; en un mot, de lui ouvrir des écoles où son esprit se forme à nos intentions. » Comme on peut le remarquer ici, la stratégie est simple et précise. Elle consiste à s’assurer que le néo-colonisé puisse fréquenter dès son jeune âge des écoles où son esprit se forme à leurs intentions. Dans ces lignes, Hardy a souligné toute l’importance accordée à l’école primaire dans le projet colonial. Et de fait, comme l’a souligné Lehmil (2007), « Les critiques en théorie postcoloniale admettent à l’unanimité le rôle clé joué par l’école primaire, garde-fou de la pérennisation de la colonisation et agent de l’institutionnalisation de la francophonie aux colonies …. Elle est considérée comme le moyen le plus efficace pour asseoir la domination territoriale de la France et pénétrer les âmes conquises. » Les idéologues de l’ « école coloniale » ont probablement misé sur le fait que les premiers apprentissages scolaires ont souvent de lourdes conséquences sur le devenir de l’élève.
Dans son ouvrage Éducation, Ellen White affirme que «Les leçons que l’enfant apprend pendant les sept premières années de sa vie forment son caractère plus sûrement que tout ce qu’il apprendra au cours des années suivantes.» Aujourd’hui, de nombreuses études sur le développement du caractère et du sens moral ont confirmé la justesse de cette affirmation. Selon De Landsheere (1992), « Grâce notamment aux travaux de Freud, on sait combien les expériences vécues dans les premières années de la vie peuvent marquer profondément l’individu. Ceci est vrai tant pour le développement affectif que pour le développement intellectuel… » Pour sa part, l’Américain Robert Havighust, auteur de l’ouvrage «Human Development and Education » très connu dans le monde de l’éducation, a recueilli avec l’aide d’autres chercheurs des informations sur les premières années de l’enfant. Une de leurs principales découvertes montre qu’à l’âge de dix (10) ans, ou même avant, le caractère est largement formé.
Le cerveau d’un enfant est en quelque sorte comme une cassette vierge. Sa façon de voir le monde et les choses, sa perception de lui-même et des autres et sa conception de la réalité sont le résultat de ce qu’on a décidé d’y enregistrer au fur et mesure qu’il grandit. Dans cette optique, Goodlad (2004) affirme que « ce que nous sommes en tant qu’individus est, pour la plupart, le résultat d’un processus continu appelé Éducation. » (Ma traduction) Et dans ce processus, l’école occupe la plus importante partie.
Haïti a été l’un des tout premiers pays à avoir expérimenté le modèle d’école coloniale française. En effet, à partir de la deuxième moitié du 19e siècle des missionnaires catholiques venant d’une des zones les plus racistes et conservatrices de la France (la Bretagne) ont fait main mise sur le système éducatif haïtien. Durant une certaine période de notre histoire, ils ont pu contrôler l’intégralité de notre système éducatif. En 2012, leur impact sur le système reste intact et visible.
Ce modèle d’ « école coloniale » mis en place en Haïti a été conçu dans un but bien précis. Toujours dans son livre, George Hardy a défini clairement l’objectif général de cette école. À la page 19, il a écrit ceci : « Comme exigence générale le nouveau système mis en place devait fournir une classe subalterne qui était censée servir d’intermédiaire entre le colonisateur et les populations indigènes… » L’objectif est donc clair. Cette école est censée créer une « élite subalterne » qui doit servir de pont entre la France et Haïti. D’où ce même système à deux écoles installé chez nous, avec d’un côté, les « écoles élites » urbaines, et d’un autre côté, les écoles rurales et autres institutions scolaires défavorisées.
Aussi, pour bien comprendre l’attitude subalterne des différentes élites haitiennes face aux Blancs, il est indispensable d’analyser l’éducation formelle qu’elles ont reçue en amont. Car, le comportement subalterne a été implanté dans leur psyché durant les premières années de leur formation. Leur conscience a été falsifiée durant leur éducation primaire et secondaire. Toute la base qui sert à la construction de leur personnalité est donc mauvaise. On ne peut rien construire de solide sur une mauvaise base. Nous savons que toute bonne construction doit inévitablement avoir une bonne base. Sans une bonne base ou un bon fondement, tout s’effondra très rapidement. L’éducation de base est appelée éducation fondamentale parce qu’elle est dispensée durant l’étape la plus déterminante dans le cheminement académique d’un individu. C’est cette éducation qui détermine le devenir d’un individu. Un pays qui prend à cœur sa survie ne peut en aucun cas confier le mental de ses enfants à n’importe qui, encore moins à des étrangers, de faux amis.
Gustave Le Bon a défini l’éducation comme « l’art de transformer le conscient en inconscient. » En d’autres termes, c’est « l’art de créer des reflexes » chez l’individu. Une telle définition renforce davantage la valeur et la toute puissance de l’éducation de base. Quand on a été exposé dès son enfance à un curriculum fabriqué à l'aide de mensonges et/ou de demi-vérités sur son identité, son histoire, son environnement, ou sa réalité, on doit forcément développer de mauvais reflexes. Quand le contenu qu’on apprend consciemment est faux et/ou demi vrai, notre inconscient doit inévitablement emmagasiner, puis projeter la fausseté et/ou la demi vérité. La conscience de l’élève haïtien reçoit un contenu antinational, par conséquent, son inconscient doit logiquement produire des reflexes anti-haïtiens.
De plus, que dire des reflexes à caractère raciste, sexiste et classiste développés par le curriculum implicite ou caché. Que dire des dommages causés par les apprentissages implicites résultant de l’interaction avec les Bretons ou autres mauvais modèles des écoles. Je n’aurai pas le temps d’en parler présentement. Ce sera pour une prochaine fois.
En conclusion, je dirai que l’Haïtien qui a eu accès à ce type d’école peut toujours accumuler maîtrise sur maîtrise et/ou doctorat sur doctorat, mais il restera toujours le même, à savoir un « SUBALTERNE » qui servira d’abord les intérêts du « Blanc ». Dans de telles conditions, l’éducation postsecondaire qu’il reçoit (même dans les grandes universités du monde) ne fera que renforcer son l’aliénation culturelle. Ces études ne feront que l’éloigner davantage de la réalité haïtienne. Le salut est possible sauf si l’individu en question arrive à devenir conscient de son mal pour ensuite le soigner.
Notre président et son équipe, le parlement, la classe politique, la société civile, comme nous tous d’ailleurs, sont de purs produits de ce vieux modèle d’école coloniale française. Ils ont été programmés pour servir l’intérêt de l’étranger au détriment de leur propre pays. Leurs reflexes sont normalement anti-Haïtiens. Aujourd’hui, il y a lieu d’admettre que la prédiction de l’Évêque Shanahan s’est pleinement réalisée chez nous. Les résultats sont là sous nos yeux. On n’a qu’à regarder notre réalité quotidienne. Puisqu’ils tiennent notre école, ils tiennent notre religion, notre pays et notre avenir. Ils nous tiennent par le bout du nez comme de petits jouets. Ils nous ont bien eus. Nous avons donc été éduqués pour détruire le projet de 1804.
À un moment où l’on parle de bienfaits du « programme de scolarisation universelle » en cours, je me suis souvent posé ces questions:
Comment peut-on vouloir changer les choses en Haïti quand on envoie des enfants à l’école sans être soi-même conscient qu’on est le produit de cette mauvaise école ?
Et comment peut –on vouloir réformer l’école haïtienne sans être soi-même conscient d’abord de son mal-éducation ?
Est-ce qu’on veut vraiment changer les choses quand on a choisi d’envoyer les enfants dans le même modèle d’école qui a préparé des générations d’hommes et de femmes ayant failli collectivement ?
Est-ce qu’on veut vraiment changer les choses quand on a choisi d’envoyer les enfants dans un modèle d’école qui a préparé des générations d’hommes et de femmes qui n’ont fait que marginaliser et déshumaniser une grande majorité de leurs semblables?
Dans de telles conditions, quel type de changement veut-on avoir? Peut-on obtenir des résultats positifs quand on ignore complètement l’état réel des choses ?
Je ne le pense. Voilà pourquoi, dans de pareilles circonstances, je ne m’attends pas à ce que cette équipe soit différente des autres. Telle qu’elle est actuellement, elle ne peut pas l’être. On ne peut pas donner à Haïti ce qu’on n’a pas. Opérer le moindre changement positif dans ce pays exige obligatoirement une PRÉPARATION SPÉCIALE.
Ce sera notre prochain thème. Dans le prochain texte, je dirai davantage.
À suivre….
Cordialement Roselor François
N.B. Le générique masculin est employé ici dans le seul but d’alléger le texte. Et les références complètes peuvent être fournies sur demande.
vendredi 16 mars 2012
LA COMMISSION D'AUDIT...
Haïti: La commission d'audit recommande que les contrats soient suspendus...
(Extrait du "Le Nouvelliste)
La commission d'audit sur les contrats signés de manière irrégulière par le gouvernement Préval/Bellerive à la fin de la période d'urgence, a remis un rapport préliminaire au gouvernement démissionnaire. Elle confirme que les procédures de passation de marchés publics n'ont été aucunement respectées. Les intérêts de l'Etat n'ont pas été protégés. La commission d'audit évoque 35 contrats qui ont été passés de gré à gré et 6 autres avec appels d'offres restreints pour plus de 500 millions de dollars. Aucun des bénéficiaires n'a rempli les conditions requises. Après l'analyse des contrats, la commission d'audit recommande, entre autres, qu'ils soient suspendus, le temps de vérifier l'état d'avancement des travaux entrepris au regard des décaissements déjà effectués.
L'analyse préliminaire de ces contrats a permis à la commission de constater un certain nombre d'irrégularités susceptibles de soulever des interrogations quant aux conditions dans lesquelles ils ont été signés. Des irrégularités ayant rapport avec les procédures de passation de marchés publics, la distribution des contrats et la protection des intérêts de l'Etat. Les 6 contrats d'appels d'offres restreints totalisent un montant global de trois cent quarante-huit millions, vingt-cinq mille huit cent quatre-vingt-un dollars et soixante-trois cents (348 025 881, 63). La firme haïtienne CONSTRUCTURA HADOM S.A. en a bénéficié d'un. Il s'agit de celui de la construction du palais législatif pour la somme totale de trente-trois millions sept cent soixante-cinq mille soixante-six dollars et huit cents. Alors qu'il était clairement dit dans le contrat d'appel d'offres que les soumissionnaires devraient avoir au moins 5 ans d'expérience, cette firme, elle, n'avait que 2 ans d'existence au moment de la signature du contrat, le 8 novembre 2010. Donc, elle ne répondait pas au critère d'expérience. La firme dominicaine CONSTRUCTIONES Y DISENOS R.M.N. S.A., elle, a bénéficié de 2 des contrats d'appels d'offres restreints pour la rénovation urbaine et le développement résidentiel de Bowenfiel pour un montant de cent trente-cinq millions trois cent neuf mille deux cent dix-huit dollars et soixante cinq cents (135 309 218, 65). Créée le 12 mai 2006, cette firme n'a pas non plus satisfait au critère d'expérience au moment de la signature des contrats. Une autre firme dominicaine a bénéficié des trois autres contrats d'appels d'offres restreints pour cent soixante-dix-hui millions neuf cent cinquante et un mille deux cent quatre-vingt-seize dollars et quatre-vingt-dix cents pour la rénovation urbaine et le développement résidentiel au Fort-National (centre-ville de Port-au-Prince). Cette dernière répond, certes, au critère d'expérience mais son président directeur général, Ramon Bautista Rosario, est l'actionnaire majoritaire de l'autre firme dominicaine HADOM S.A. Le principe de la réelle concurrence est mis en cause et la possibilité d'entente entre ces deux firmes n'est pas à écarter, selon les enquêteurs. Ils signalent que le Comité d'ouverture des plis et d'évaluation des offres a pris trois (3) jours pour l'ouverture des plis. Ce qui constitue, selon eux, un accroc à la législation haïtienne sur les marchés publics qui prévoit que les dossiers de soumission soient ouverts en séance publique, au plus tard trente (30) minutes après la réception des plis. (Réf : Article 53 de la loi du 10 juin 2009 relative aux marchés publics). Les investigateurs disent noter également que les contrats contiennent beaucoup de fautes grammaticales, des termes incorrects et imprécis pouvant affecter l'esprit et la lettre du document d'appel d'offres. Cette situation nécessite une réécriture du DAO, pour éviter dans le futur tout litige entre les parties au détriment de l'État haïtien.
Venons en maintenant aux 35 contrats de gré à gré signés entre l'ancien Premier ministre Jean-Max Bellerive et 14 firmes pour la somme globale de quatre-vingt-trois millions cinq cent quarante-deux mille huit cent quatre-vingt dollars et quatre-vingt- cinq cents (83 542 880, 85). Les deux plus grands bénéficiaires : SECOSA a reçu 9 contrats pour plus de 33 millions de dollars et Milfort Augustin et co / J&J CONSTRUCTION, qui en a bénéficié de 13 pour près de 6 millions de dollars. 16 d'entre eux ont été paraphés le 12 mai 2011, soit deux jours avant l'investiture du président Michel Martelly.
Les membres de la commission d'audit notent qu'aucune information n'est disponible à propos de l'ingénieur architecte Thelusma Hérode, qui a signé au nom de la firme J&J Construction 13 contrats avec Jean-Max Bellerive.
Dans ce rapport préliminaire, les enquêteurs affirment que les intérêts de l'Etat ne sont pas suffisamment protégés, particulièrement dans les clauses traitant de la résiliation des contrats.
Après avoir analysé les quarante et un (41) contrats transmis par le ministère de la Planification et de la Coopération externe, la commission d'enquête, dans le souci de sauvegarder les intérêts de l'Etat, a formulé les recommandations suivantes :
suspendre, comme mesure conservatoire, l'ensemble des contrats en cours d'exécution pour lesquels le montant total n'a pas été décaissé;
vérifier l'état d'avancement des travaux entrepris en regard des décaissements déjà effectués;
solliciter du MPCE tout autre document détenu dans ses archives relatif aux 41 contrats examinés, notamment les fiches techniques des entreprises, les rapports d'évaluation détaillés relatifs aux trois (3) DAO restreints ;
solliciter de la Banque centrale les relevés bancaires du Programme d'investissement public (PIP) pour la période allant du 1er novembre 2010 au 31 octobre 2011 ;
mettre à la disposition de la CA les copies des statuts créant les entreprises qui ont participé aux appels d'offres ou qui ont obtenu des marchés de gré à gré;
veiller à l'application de l'article 34-3 de la loi du 10 juin 2009 sur la Passation des marchés publics ;
solliciter du MPCE la transmission à la DGI de tous les contrats signés durant la période de l'état d'urgence de janvier 2010 à octobre 2011 ;
veiller à la mise en application stricte des procédures d'appels d'offres restreints ;
réviser la procédure de passation de marchés publics de gré à gré;
solliciter du MPCE la transmission à la Primature des autres contrats passés sous l'empire de la loi d'urgence;
transmettre le présent rapport aux institutions concernées de l'Etat (CSC/CA, DGI, UCREF, ULCC) pour les suites utiles.
A rappeler que la commission d'enquête chargée d'analyser les contrats signés par l'ancien Premier ministre Jean-Max Bellerive pendant la période d'urgence est composée de trois membres : Me Stanley Gaston, Uder Antoine et Me Paul Rachel Cadet. Elle a examiné 41 contrats passés par l'ancien chef de gouvernement pendant la période allant du 8 novembre 2010 au 12 octobre 2011.
Source: Radio Vision 2000
INSECURITE, L'ALARME SONNE - RESEAU NATIONAL DE DEFENSE DES DROITS HUMANS
Haïti: Insécurité, l'alarme sonne
(EXTRAIT DU "LE NOUVELLISTE)
Le Réseau national de défense des Droits humains (RNDDH) est profondément préoccupé par la recrudescence dans le pays, particulièrement dans la zone métropolitaine, des actes d'insécurité et de violence organisée, à un moment où les autorités haïtiennes parlent de l'établissement d'un Etat de droit en Haïti.
En effet, depuis plusieurs mois, le RNDDH constate que la population haïtienne est totalement livrée à elle-même. En dépit du fait que les cas spectaculaires d'assassinats, d'enlèvements et de séquestrations contre rançon, de vols, de filatures à bord de motocyclettes suivies de vols, de viols, d'incendies soient perpétrés journellement, les autorités haïtiennes ne semblent pas évaluer l'ampleur de la situation en vue d'y apporter les réponses appropriées. Il ne se passe pas un jour sans qu'on n'enregistre, un peu partout dans le pays, des tirs d'armes automatiques. De plus, quotidiennement, des citoyens, à leur sortie des banques commerciales, sont pris en filature par des bandits armés circulant à moto. Ils sont alors frappés, blessés par balle ou même tués et leur argent emporté.
Pour la seule période allant du 1er janvier au 14 mars 2012, au moins cent quarante-sept (147) personnes ont trouvé la mort, dont cent trente (130) par balle. Parmi les victimes, sont répertoriés cinq (5) policiers et un (1) ancien militaire.
Assassinats
Le 13 janvier 2012, un militaire haïtien des Forces Armées d'Haïti (FAD'H) démobilisées, du nom de Roc PRÉSENT, est criblé de balles à l'angle des rues Miracles et Dr Aubry.
Le 19 janvier 2012, Maxime ALCIUS, chauffeur d'un journaliste de Radio Métropole, Anthony LAPEYRE, a succombé à ses blessures après que des bandits eurent ouvert le feu sur la voiture du journaliste, pilotée par son chauffeur. L'assassinat est perpétré sur la route de l'ancienne piste d'aviation de Boenfield.
Le 19 janvier 2012, Emmanuel ESPERANCE, ingénieur de formation, a été assassiné à la rue Pavée.
Le 23 janvier 2012, un individu non identifié a été assassiné et six (6) autres sont blessés lors d'une lutte d'hégémonie entre deux (2) bases respectivement dénommées Base Cameroun et Base 117, localisées à la rue Saint-Martin, Bel-Air.
Le 24 janvier 2012, trois (3) personnes sont mortes par balle à Port-de-Paix. Il s'agit de Jean ODLIN, huissier du tribunal de première instance de Port-de-Paix, de Atila DORÉLIEN et Héribert LAZARRE.
Le 28 janvier 2012, Pierre Edmond DÉSERT, employé du Programme national de cantine scolaire (PNCS), a reçu trois (3) projectiles, tirés par des individus circulant à moto. Cette attaque a été perpétrée à la rue Charles Sumer.
Le 28 janvier 2012, Wilhem PHILIPPE, agent policier affecté à la CAT TEAM, a été tué par balle à la rue Pavée par des individus armés non identifiés.
Le 29 janvier 2012, le policier Yves MENARD, affecté au sous-commissariat du Canapé-Vert, a été blessé par balle après que des bandits eurent ouvert le feu sur son véhicule, sur la route 9.
Le 30 janvier 2012, le corps mutilé d'une jeune femme a été trouvé à Carrefour, dans la zone du quartier Christophe Chanel.
Le 8 février 2012, Carlo PIERRE, propriétaire d'un dépôt de boissons gazeuses, localisé à l'avenue Magloire Ambroise, a reçu plusieurs balles. Ses attaquants étaient des individus armés circulant à moto.
Le 11 février 2012, Tanya CADET ainsi que ses deux (2) filles, Sabine CADET, et Judith PHILOGÈNE, sont enlevées à Jacmel, localité Breman et assassinées. Leurs corps ont été retrouvés à Fauché, dans la commune de Grand-Goâve.
Le 14 février 2012, Edmond PIERRE est assassiné à Jacmel dans la localité de Mayard par des individus armés.
Le 15 février 2012, Patrick CÉLESTIN, âgé de quarante et un (41) ans, agent de la PNH, affecté à la Brigade d'intervention motorisée (BIM) a été tué au cours d'une attaque menée par des individus armés circulant à moto. Cette attaque s'est déroulée à Delmas 18. Au cours des échanges, un (1) autre policier du nom de Retz DOMINGUE est blessé.
Le 23 février 2012, Angelo PIERRE-LOUIS, un agent de la PNH, est assassiné par des individus armés alors qu'il se trouvait à Martissant. Il était affecté à la SWAT TEAM.
Dans la nuit du 23 au 24 février 2012, un mineur de douze (12) ans est enlevé chez lui par des individus armés portant l'uniforme de la PNH.
Le 24 février 2012, un individu du nom de Junior GASSANT, alias Jiji, a trouvé la mort à l'angle de la rue Nicolas et de l'avenue Magloire Ambroise.
Le 24 février 2012, le chauffeur d'un minibus de transport en commun est abattu. Un passager monté à bord de ce véhicule est aussi blessé grièvement lors d'un braquage perpétré par des individus armés. Cet incident s'est déroulé à la rue Saint-Honoré.
Le 29 février 2012, deux (2) personnes non identifiées sont tuées par balle. Le même jour, un jeune homme est retrouvé mort au Portail Léogane.
Le 3 mars 2012, à la rue du Centre, Mario LABADIE, juge de paix de Croix-des-Bouquets, age de quarante (40) ans, est assassiné par balle.
Le 5 mars 2012, Jean-Liphète NELSON, âgé de trente-huit (38) ans, directeur de Radio Boukman, une radio communautaire émettant à Cité-Soleil sur la fréquence 95.9 FM, est tué par balle. Son accompagnateur a aussi été tué.
Le 5 mars 2012, tôt dans la matinée, Me Jeanty R. DURAND, avocat inscrit au barreau de Port-au-Prince, est assassiné par balle sur la cour même de sa résidence, par des individus armés.
Le 6 mars 2012, Venel JOSEPH, ancien gouverneur de la Banque de la République d'Haïti (BRH), est assassiné.
Le 6 mars 2012, Wilner CAZEAU est assassiné par balle à l'avenue Christophe.
Le 9 mars 2012, Jean-Baptiste JEAN-PHILIPPE, alias Samba Boukman, est criblé de balles à Delmas 95, à la porte de l'établissement scolaire de sa fille qu'il attendait à la sortie de l'école. Samba Boukman est connu pour avoir été en 2004 le porte-parole de l'opération Bagdad.
Le 12 mars 2012, un chauffeur assurant le trajet Port-au-Prince / Port-de-Paix est assassiné à la station de Port-de-Paix lors d'une attaque armée.
Le 12 mars 2012, des individus armés non identifiés, circulant sur trois (3) motocyclettes, ont ouvert le feu contre une patrouille fixe de police basée à La Saline. L'agent Serge CASÉUS a succombé à ses blessures sur le chemin de l'hôpital.
Le 12 mars 2012, Justin SAINT-VILIEN, un cambiste travaillant aux Gonaïves, est assassiné par balle par des individus armés.
Incendies
Deux (2) marchés publics, à savoir le marché de Tabarre et le marché Carton ont été complètement incendiés. Un feu, déclaré au marché Hyppolite, a pu être contrôlé avant la consomption complète. De plus, d'autres incendies se sont déclarés un peu partout dans le pays. En voici quelques exemples :
Le 8 février 2012, un feu a ravagé le Camp Argentine, localisé à la rue Saint- Martin. Kimderline DAMUSTE, une fillette de deux (2) ans, a été calcinée. De plus, trois cents (300) abris de fortune ont été complètement détruits.
Le 24 février 2012, des individus armés non identifiés ont incendié le marché public de Tabarre.
Le 26 février 2012, des individus non identifiés ont mis le feu à une ancienne maison située à l'angle de la rue Lamartinière et de l'impasse Lavaud. Une personne a perdu la vie. Une autre en est sortie blessée.
Le 11 mars 2012, un incendie a détruit une partie du camp d'hébergement localisé sur la cour du lycée Toussaint Louverture. Dix-neuf (19) des trente (30) tentes installées dans ce camp ont été incendiées. Trois (3) personnes, dont un (1) enfant, ont perdu la vie.
Le 13 mars 2012, cinq (5) membres d'une même famille ont été assassinés avant d'être carbonisés dans le feu qui a été mis à la maisonnette située à l'avenue N où elles se trouvaient.
Parallèlement, le RNDDH tient à attirer l'attention des autorités concernées sur l'existence de plusieurs groupes lourdement armés, constitués d'individus s'affirmant être des militaires démobilisés. La plupart d'entre eux ont eu maille à partir avec les autorités judiciaires et sont des évadés de prison. Ils sont répertoriés notamment à Terre-rouge, à la Croix-des-Bouquets, au Camp Corail, à Maïssade et à Lamentin. Ils s'entraînent régulièrement. En certains endroits du pays, ils établissent même des patrouilles fixes, imposant ainsi leur présence à la population.
Le RNDDH estime que ces groupes armés constituent une menace grave et réelle pour la sécurité du pays. En effet, en plusieurs endroits, bon nombre d'entre eux ont engagé avec les agents de la PNH une lutte d'hégémonie et une hostilité sans pareille.
Le RNDDH condamne avec la plus grande véhémence le laxisme des autorités étatiques face à la dégradation incessante de la situation sécuritaire du pays.
Le RNDDH considère que la question de sécurité est une affaire importante qui doit être traitée sérieusement, avec tout le respect dû aux citoyens. En aucun cas elle ne peut être convertie en une affaire personnelle, assurée par les citoyens eux-mêmes, selon qu'ils sont détenteurs ou non d'armes à feu ou d'armes contondantes.
Fort de tout ce qui précède, le RNDDH enjoint les autorités concernées de:
- prendre immédiatement toutes les mesures nécessaires visant à rétablir une situation vivable dans le pays, notamment à Port-au-Prince et dans ses environs ;
- renforcer les patrouilles fixes et mobiles à Port-au-Prince et dans ses environs ;
- contrôler les stations de motocyclettes, notamment celles qui sont situées à proximité des banques commerciales ;
- porter les banques commerciales du pays à encourager les citoyens à utiliser des services bancaires tels que les cartes de crédit, les cartes de débit, les chèques, les virements bancaires, en lieu et place de cash ;
- arrêter et juger tous les individus qui sont impliqués dans la perpétration des actes susmentionnés.
Le peuple haïtien est las de toujours être obligé de faire, avec les autorités policières et judiciaires, le décompte des dégâts et le constat de l'assassinat de ses enfants, dans des circonstances abominables.
jeudi 19 janvier 2012
DISCOURS DU PRESIDENT LEONEL FERNANDEZ A L'INAUGURATION DE L'UNIVERSITE HENRI CHRISTOPHE
Haïti: Discours du président Leonel Fernández à l'inauguration de l'Université Henri Christophe
Lors de l'inauguration du campus Universitaire, offert à Haïti par la République dominicaine, le 12 janvier 2012 à Limonade, le président de la République dominicaine, Leonel Fernández, dans son discours, a mentionné avec beaucoup d'intelligence ce qu'Haïti avait de meilleur, en évitant toute forme de paternalisme et avec un profond respect pour la nation haïtienne. Un succès incontestable de la diplomatie dominicaine, qui a su faire oublier, ce jour-là, les nombreuses difficultés que rencontrent nos compatriotes vivant sur le territoire dominicain.
Mesdames, Messieurs les invités,
Il y a exactement une semaine, à 5 h 30 minutes du matin, un séisme de magnitude 5,6 sur l'échelle de Richter a bouleversé la République dominicaine. Cet événement a affecté les différentes parties du pays, et il a réveillé plus tôt que d'habitude une grande partie de notre population. C'est ainsi que j'ai été tiré de mon sommeil profond par un bruit et par le mouvement des objets autour de moi.
Fort heureusement, nous n'avons eu à déplorer aucune perte en vies humaines. Aucun bâtiment ne s'est effondré et nos infrastructures sont restées intactes. Il reste que ce séisme a provoqué une grande peur et une immense anxiété. Il nous a permis d'imaginer ce qui s'est passé ici, en Haïti, il y a exactement deux ans.
Il y a deux ans, 250,000 frères haïtiens ont trouvé la mort. Il y a deux ans, l'équivalent de 120 % de la richesse nationale a été annihilé. Il y a deux ans, des milliers d'étudiants ont disparu, des centaines d'enseignants ont été ensevelis sous les décombres, et près de 80 % des infrastructures universitaires ont été détériorées. Il y a deux ans, le territoire d'Haïti a été dévasté, provoquant détresse, confusion et incertitude.
Au nom du peuple dominicain, permettez-moi, une fois encore, de vous apporter le témoignage de notre solidarité avec le peuple haïtien à l'occasion du deuxième anniversaire de cet événement, qui a mobilisé l'attention du monde entier et l'a profondément ému.
Pour le peuple dominicain, la tragédie haïtienne a fourni l'occasion de montrer ce qu'il y a de meilleur en lui. Les travailleurs, les entrepreneurs, les membres des professions libérales, les étudiants, les artistes et jusqu'aux plus modestes employés de maison ont manifesté leur ferme volonté de contribuer à atténuer l'impact de cette situation sans précédent sur leurs frères et sœurs haïtiens.
Notre gouvernement a ressenti comme un honneur de servir de canal et de catalyseur du désir collectif de la société dominicaine de voler au secours d'un peuple frère confronté à d'indescriptibles situations de peine, de tristesse et de désolation.
Dans notre pays, nous n'oublierons jamais la photo d'une mère de famille dominicaine, Sonia Marmolejos, s'offrant à allaiter un enfant haïtien qui venait de perdre ses parents.
Pour autant, force est de constater que le drame haïtien ne date pas du 12 janvier 2010. C'est une tragédie qui a commencé à s'écrire dès le moment où ses dirigeants les plus éminents, tels Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines, Alexandre Pétion et Henri Christophe, ont non seulement annoncé au monde entier la naissance d'une Haïti indépendante, mais où, de surcroît, ils ont eu l'audace de briser les chaînes de l'esclavage.
Aucun peuple de la région n'avait jusqu'alors fait preuve d'une telle audace, d'un tel courage, en combinant lutte pour l'indépendance et abolition de l'esclavage. Cet incroyable exploit, quasiment surréaliste du point de vue des puissances esclavagistes de l'époque et cet hymne éternel à la liberté constituent paradoxalement, les causes fondamentales de la difficile trajectoire historique du peuple haïtien.
C'est sa lutte pour l'émancipation, et surtout l'exemple que son action héroïque représentait pour les peuples voisins, d'où la crainte des puissances coloniales de voir l'abolition de l'esclavage se répéter ailleurs, qui entraînèrent l'isolement international du peuple haïtien et, par voie de conséquence, son processus progressif d'appauvrissement.
Cette situation, cette douleur et cette angoisse ont duré au-delà de ce qui est moralement et humainement supportable.
Le temps est venu pour que de la tragédie surgisse l'espoir ; de la douleur, l'optimisme ; et de l'angoisse, la joie.
Telle est bien la signification symbolique que nous souhaitons donner à l'inauguration de ce campus universitaire Henri Christophe. Il s'agit d'un don du peuple dominicain, d'un nouveau geste de solidarité de mes compatriotes, fruit de leur sensibilité et de leur désir de contribuer à la reconstruction d'Haïti. C'est enfin un acte d'amour et l'expression du vœu que le peuple frère haïtien surmonte ses difficultés et accède au bien-être.
Ce campus universitaire est construit sur une superficie de 144 000 mètres carrés. Il pourra accueillir 10 000 étudiants dans ses quatre bâtiments, représentant un total de 72 salles de cours à raison de 30 étudiants par salle. Cette infrastructure comprend aussi une bibliothèque, des salles de réunion, des laboratoires scientifiques, des centres numériques, une infirmerie, un auditorium, une cafétéria, un bâtiment administratif et des installations universitaires et sportives, le tout équipé de matériels modernes et adaptés.
Aujourd'hui, comme tout le peuple dominicain, je me réjouis que se concrétise l'engagement que nous avons pris de prendre en charge la construction de ce centre universitaire. Nous espérons que la communauté internationale aura à cœur, elle aussi, de tenir les promesses de reconstruction d'Haïti exprimées après le 12 janvier 2010.
La jeunesse haïtienne avait besoin d'un espace pour travailler à l'amélioration de ses propres conditions de vie par l'enseignement, la recherche et l'innovation.
La principale richesse d'Haïti, c'est son propre peuple, c'est sa jeunesse studieuse et talentueuse. Une jeunesse qui n'attend que l'occasion d'avancer et progresser. Haïti est une nation qui a beaucoup de raisons d'être fière de son histoire, de sa culture, de ses traditions, de ses grands artistes, poètes, romanciers et scientifiques. Quel pays n'éprouverait pas une grande fierté de compter Jacques Roumain parmi les siens ? Quel pays ne sentirait pas honoré d'avoir donné naissance à un Jacques Stephen Alexis ? Qui ne valoriserait pas l'œuvre scientifique de Jean Price Mars ? Ou le travail historiographique de Dantès Bellegarde ? Et que dire des figures contemporaines du courage d'un Lyonel Trouillot, d'un Dany Laferrière, d'un Franck Etienne, d'une Edwidge Danticat, pour ne citer que quelques noms ? Quel pays du monde ne s'enorgueillirait pas d'un Wyclef Jean ?
Chers amis haïtiens, je suis ici en tant que chef d'État de la République dominicaine pour inaugurer avec vous cette université Henri Christophe. Il s'agit de la cristallisation de l'engagement de toute une génération d'aider Haïti à créer et à développer des capacités qui élèvent sa nation au niveau de la grandeur de son histoire.
Ce campus universitaire se veut un espace de diffusion des connaissances, un espace de débats intellectuels, culturels et scientifiques. Il doit donner la possibilité à une nouvelle génération d'intellectuels, de chercheurs et d'universitaires haïtiens de cultiver leurs talents et de développer leurs potentialités créatives.
Mes chers frères et sœurs haïtiens,
je suis ici pour vous dire que l'avenir de nos nations repose sur la capacité de nos peuples de se doter des ressources humaines nécessaires pour garantir la croissance de nos économies, éradiquer la pauvreté et faire diminuer les inégalités.
Je suis ici pour vous dire que nous devons renforcer nos relations en menant des actions plus directes en matière de coopération, d'échanges culturels, de sécurité, d'investissements et de commerce.
Je suis ici pour vous dire que le peuple dominicain est avec vous.
Qu'il a été présent immédiatement après le séisme pour vous aider.
Qu'il a ensuite été présent dans l'étape initiale de la reconstruction.
Qu'il sera demain à vos côtés pour célébrer vos nouvelles victoires.
La victoire du maintien d'un État de droit.
La victoire de la démocratie, de la liberté et de la justice sociale.
La victoire du progrès et de la prospérité.
Que vive la République d'Haïti !
Que vive la République Dominicaine !
Que vivent l'amitié et la solidarité entre nos peuples !
Merci beaucoup !
Mesi anpil
En Haïti et la République Dominicaine, Se Pi devan nou prale ! »
Président Léonel Fernandez
UNE VERITE QUI FAIT MAL
Les rapports humains sont régis par des conditions, parfois tacites, auxquelles personnes ne peut échapper, sans se marginaliser. Les relations internationales sont encore plus complexes et plus déterminantes. Parfois on fait semblant de ne rien comprendre mais la camisole qu’on vous impose à dessein, vous identifie aux yeux de tous. Inutile de jouer à l'autruche en vous cachant la tête. Il est toujours conseillé de ne pas ignorer une maladie car la mort arrive plus vite et à coup sûr. L’inauguration de l’Université du Roi Henri Christophe par la République Dominicaine vient de couronner la décrépitude de l’État haïtien et le reniement d’une marque de fabrique fondamentale : la fierté nationale. En plein cœur du Royaume de Christophe Leonel Fernandez vient de camper un Cheval de Troie. Dans un élan d’orgueil et de dignité nationale le Roi du Nord, après avoir reçu en cadeau une voiture de la Reine d’Angleterre en visite à la Citadelle Laferrière, a commandé à ses techniciens de construire sa réplique beaucoup plus jolie qu'il a offerte en retour à la Couronne d’Angleterre.
Qu’est-il advenu de cette race d’hommes qui nous ont affranchis de l’esclavage malgré la puissance de feu de l’Empire de Napoléon ? Le moment est venu pour nous rendre compte que nous sommes arrivés au dernier barreau de l’échelle avec la gifle dominicaine ! Oui c’est une gifle que nous a flanquée en plein visage Leonel Fernandez. L’empreinte de ses doigts demeurent indélébile dans cette nouvelle page d’histoire des relations haitiano-dominicaines. Le message est clair. En lisant entre les lignes, le Gouvernement Dominicain vient de confirmer l’impéritie de nos dirigeants et prouver leur incapacité à offrir à la jeunesse haïtienne les fruits de l’arbre de la science. Dans l'espace d'un an un Campus Universitaire, aux lignes architecturales bien définies, est implanté à Limonade. Nos dirigeants peuvent-il réaliser un tel record. sans aucune fuite de capitaux ? Nous en doutons.
Il y a belle lurette que nos jeunes sont obligés de se rendre à Santo Domingo pour leur formation professionnelle faute de cadres adéquats en Haïti. D’ailleurs chez nous. le mot Université a perdu son sens étymologique. L’Agora qui constitue son épicentre est envahie par des oiseaux de tout acabit qui se parent de titres ronflants sans les études académiques adéquates. Les ramages de la plupart d’entre eux ne se rapportent nullement à leurs plumages. Sont-ils eux-mêmes des Universitaires ? N’importe qui enseigne n’importe quoi avec leurs yeux rivés sur leurs livres et pis encore dans un cahier jauni par le temps. La désuétude et même la faiblesse de leurs connaissances ne répondent plus au vagissement du Monde moderne. Alors comment voulez-vous que nos diplômés soient compétitifs sur le marché du travail.
Quedense a casa! Restez chez vous ! Voilà le souhait le plus sincère de la République Dominicaine en faisant don aux Haïtiens d’une Université. On ne peut pas faire semblant de ne rien comprendre, sans honte et sans vergogne ! Disons tout de suite que partout dans le Monde la Construction des Universités a toujours été l’œuvre de la Hiérarchie Catholique et de l’aile progressiste de la bourgeoisie sous l 'égide de certains Chefs d’État éclairés. Par exemple l’Université d’Ottawa au Canada est l’œuvre des Jésuites. En Haïti, nous nageons dans un triangle de merdes. Peut-être que le clergé breton pourrait y arriver mais nous avons fait le triste constat de ce penchant grabataire des Evêques haïtiens. L’œuvre la plus spectaculairequ'ils ont réalisée c’est le déchouquage. En guise d'Université, ils ont instauré les TKL (Ti Komite Legliz) ou Communautés ecclésiales de base qui ont gâché les examens du baccalauréat sous l'ordre du tristement célèbre Evêque Rache Manyòk.
Quant à la bourgeoisie haïtienne, nous comprenons bien leur indifférence par rapport à l’implantation des Universités en Haïti. Rien qu’en se basant sur leurs noms dores et déjà, on constate qu’on est en présence d’une bourgeoisie déracinée qui n’a aucune commune mesure avec les aspirations haïtiennes. Leurs enfants, ils les envoient dans leurs pays d’origine c’est à dire les Universités européennes. Pourtant en arrivant en Haïti leurs ancêtres n’avaient ni sou ni maille. Pour démêler les ficelles, faisons un petit tour d’horizon :
- Les premiers arrivés trainaient avec une boite sur les galeries des grands magasins qu’ils ont fini par acquérir jusqu’à leur Manufacture de vêtements.
- Les autres n’avaient qu’un petit garage à la Grand‘rue au départ pour monter une manufacture de chaussures, une fonderie et une Chaine de production industrielle.
- Les derniers arrivés ont pris le train de la mondialisation pour acquérir au rabais, à la faveur de la privatisation, les Entreprises d’Etat : Minoterie d’Haïti, Ciment d’Haïti, Banques privées etc. Au décomple le prix de la livre de farine et de ciment a quintuplé.
Sans feinte et sans rancune, ils doivent tous admettre, exception faite de rares entrepreneurs, que leur participation à l’œuvre de construction nationale est nulle, que dire de la reconstruction ! Pour mieux les convaincre nous leur adressons ce questionnaire :
1. Combien d’écoles primaires, secondaires privées ou publiques ont-ils construit ? Zéro ! Pourtant la Fondation Digiciel qui ne milite pas longtemps, après le séisme du 12 janvier 2010, a engagé 6 millions de dollars et construit 50 écoles en Haiti pendant 540 jours.
2. Combien de Collèges ou d’Universités ont-ils bâti pour la formation professionnelle de la jeunesse haïtienne ? Zéro ! Ce sont les intellectuels de la Classe Moyenne qui, avec leurs ongles, tentent de meubler l'esprit de nos jeunes. Chapeau!
3. Combien d’hôpitaux publics ou privés ont-ils construits en Haïti à l’instar des Juifs qui maitrisent le secteur médical aux USA ? Zéro ! Quand ils sont malades ils appellent un avion ambulance tant pis pour les laissés-pour-compte.
4. Quelle somme ont-ils investi dans l’Industrie de la Construction en vue de permettre à la population de se loger dans une maison modeste ? Zéro !
La plus grande tragédie dérive du fait que la Droite haïtienne n’est pas la seule à se comporter ainsi. Il est étonnant de rencontrer parmi la Gauche la réplique de cette bourgeoisie pesée succée.Ils s'enrichissent aux dépens de la Doctrine qu'ils foulent aux pieds. Tant pis pour les camarades qui crèvent!
Dans tous les pays du monde, ce sont les élites qui donnent le ton. Avec une bourgeoisie salope qui se contente de la sous-traitance et de la pitance qu’elle reçoit des grandes chaines de production internationales, ce n’est pas nécessaire de former des universitaires. Les ingénieurs sont casés dans les pays riches. La main-d’œuvre servile est recrutée dans les pays pauvres comme Haïti pour travailler dans les Zones Franches. Avec des socialistes caviars qui se comportent en de véritables collabos, même lorsqu’ils ont leurs représentants au Parlement, les revendications de la classe ouvrière n’auront aucune suite. Le salaire minimum ne bougera pas.
Comme le lion nous préférons regagner le fond des bois pour y mourir au lieu de nous faire humilier par le don de l’Université de Limonade. Qui pis est, ils n’ont aucun budget ni structure organisationnelle, ni cadre compétent pour assurer le suivi. Remettre les clés au Rectorat de l’Université d’État d’Haïti, sans aucun budget de fonctionnement, c’est un déni de responsabilité. Partout dans le monde ce sont les Grandes Firmes qui patronnent les Universités et accordent aux étudiants des bourses déductibles d’impôt. Le Gouvernement Martelly Conille doit employer cette méthode de financement pour faire fonctionner le Campus Universitaire de Limonade. L’échec sera encore plus cuisant et la honte plus profonde si on n’arrive même pas à ouvrir ses portes. Les matériels et ses mobiliers seront volés. En filigrane, c’est le grand défi que nous lance le Gouvernement dominicain. Le Président Leonel Fernandez vient de mettre le Gouvernement haitien le dos au mur tout en prouvant au monde entier que les Haitiens auront une vie meilleure sous son protectorat. Une vérité qui fait mal.
Jean Erich René
erichrene@bell.net
19 Janvier 2012
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