jeudi 10 janvier 2013

ENCORE UNE PREMIERE...

ENCORE UNE PREMIERE… Monsieur Barack Hussein Obama est le premier noir devenu Président des Etats-Unis, il sera le deuxième président dans l’histoire du pays, avec Franklin D. Roosevelt, à avoir prêté le serment présidentiel quatre fois. Selon la constitution américaine, le nouveau président doit prêter serment le 20 janvier après son élection le premier mardi du mois de Novembre. Si le 20 janvier est un dimanche, comme c’est le cas pour cette année, le Président doit prêter serment dans une cérémonie privée à la Maison Blanche. Et le lendemain, soit le 21 janvier, il doit prêter serment encore dans la cérémonie publique traditionnelle. Le serment présidentiel comprend 35 mots and il doit être lu et répété dans l’ordre il est écrit, sinon c’est une infraction grave et le serment est anticonstitutionnel. On se rappelle que le 20 janvier 2009, le chef de la Cour Suprême des Etats-Unis, Mr. John G. Roberts avait placé le mot « fidèlement » après « les Etats-Unis », et comme c’est un pays de lois, Mr. Obama se trouvait dans l’obligation de prêter le serment encore une fois à la Maison Blanche le lendemain, 21 janvier 2009.

lundi 7 janvier 2013

HAITI EST LA PREUVE DE L'ECHEC DE L'AIDE INTERNATIONALE

Entretien lundi20 décembre 2010 «Haïti est la preuve de l’échec de l’aide internationale» Par Arnaud Robert, de retour de Port-au-Prince Diplômé de l’Institut de hautes études internationales de Genève, le Brésilien Ricardo Seitenfus a 62 ans. Depuis 2008, il représente l’Organisation des Etats américains en Haïti. Il dresse un véritable réquisitoire contre la présence internationale dans le pays Le Temps: Dix mille Casques bleus en Haïti. A votre sens, une présence contre-productive… Ricardo Seitenfus: Le système de prévention des litiges dans le cadre du système onusien n’est pas adapté au contexte haïtien. Haïti n’est pas une menace internationale. Nous ne sommes pas en situation de guerre civile. Haïti n’est ni l’Irak ni l’Afghanistan. Et pourtant le Conseil de sécurité, puisqu’il manque d’alternative, a imposé des Casques bleus depuis 2004, après le départ du président Aristide. Depuis 1990, nous en sommes ici à notre huitième mission onusienne. Haïti vit depuis 1986 et le départ de Jean-Claude Duvalier ce que j’appelle un conflit de basse intensité. Nous sommes confrontés à des luttes pour le pouvoir entre des acteurs politiques qui ne respectent pas le jeu démocratique. Mais il me semble qu’Haïti, sur la scène internationale, paie essentiellement sa grande proximité avec les Etats-Unis. Haïti a été l’objet d’une attention négative de la part du système international. Il s’agissait pour l’ONU de geler le pouvoir et de transformer les Haïtiens en prisonniers de leur propre île. L’angoisse des boat people explique pour beaucoup les décisions de l’international vis-à-vis d’Haïti. On veut à tout prix qu’ils restent chez eux. – Qu’est-ce qui empêche la normalisation du cas haïtien? – Pendant deux cents ans, la présence de troupes étrangères a alterné avec celle de dictateurs. C’est la force qui définit les relations internationales avec Haïti et jamais le dialogue. Le péché originel d’Haïti, sur la scène mondiale, c’est sa libération. Les Haïtiens commettent l’inacceptable en 1804: un crime de lèse-majesté pour un monde inquiet. L’Occident est alors un monde colonialiste, esclavagiste et raciste qui base sa richesse sur l’exploitation des terres conquises. Donc, le modèle révolutionnaire haïtien fait peur aux grandes puissances. Les Etats-Unis ne reconnaissent l’indépendance d’Haïti qu’en 1865. Et la France exige le paiement d’une rançon pour accepter cette libération. Dès le départ, l’indépendance est compromise et le développement du pays entravé. Le monde n’a jamais su comment traiter Haïti, alors il a fini par l’ignorer. Ont commencé deux cents ans de solitude sur la scène internationale. Aujourd’hui, l’ONU applique aveuglément le chapitre 7 de sa charte, elle déploie ses troupes pour imposer son opération de paix. On ne résout rien, on empire. On veut faire d’Haïti un pays capitaliste, une plate-forme d’exportation pour le marché américain, c’est absurde. Haïti doit revenir à ce qu’il est, c’est-à-dire un pays essentiellement agricole encore fondamentalement imprégné de droit coutumier. Le pays est sans cesse décrit sous l’angle de sa violence. Mais, sans Etat, le niveau de violence n’atteint pourtant qu’une fraction de celle des pays d’Amérique latine. Il existe des éléments dans cette société qui ont pu empêcher que la violence se répande sans mesure. – N’est-ce pas une démission de voir en Haïti une nation inassimilable, dont le seul horizon est le retour à des valeurs traditionnelles? – Il existe une partie d’Haïti qui est moderne, urbaine et tournée vers l’étranger. On estime à 4 millions le nombre de Haïtiens qui vivent en dehors de leurs frontières. C’est un pays ouvert au monde. Je ne rêve pas d’un retour au XVIe siècle, à une société agraire. Mais Haïti vit sous l’influence de l’international, des ONG, de la charité universelle. Plus de 90% du système éducatif et de la santé sont en mains privées. Le pays ne dispose pas de ressources publiques pour pouvoir faire fonctionner d’une manière minimale un système étatique. L’ONU échoue à tenir compte des traits culturels. Résumer Haïti à une opération de paix, c’est faire l’économie des véritables défis qui se présentent au pays. Le problème est socio-économique. Quand le taux de chômage atteint 80%, il est insupportable de déployer une mission de stabilisation. Il n’y a rien à stabiliser et tout à bâtir. – Haïti est un des pays les plus aidés du monde et pourtant la situation n’a fait que se détériorer depuis vingt-cinq ans. Pourquoi? – L’aide d’urgence est efficace. Mais lorsqu’elle devient structurelle, lorsqu’elle se substitue à l’Etat dans toutes ses missions, on aboutit à une déresponsabilisation collective. S’il existe une preuve de l’échec de l’aide internationale, c’est Haïti. Le pays en est devenu la Mecque. Le séisme du 12 janvier, puis l’épidémie de choléra ne font qu’accentuer ce phénomène. La communauté internationale a le sentiment de devoir refaire chaque jour ce qu’elle a terminé la veille. La fatigue d’Haïti commence à poindre. Cette petite nation doit surprendre la conscience universelle avec des catastrophes de plus en plus énormes. J’avais l’espoir que, dans la détresse du 12 janvier, le monde allait comprendre qu’il avait fait fausse route avec Haïti. Malheureusement, on a renforcé la même politique. Au lieu de faire un bilan, on a envoyé davantage de soldats. Il faut construire des routes, élever des barrages, participer à l’organisation de l’Etat, au système judiciaire. L’ONU dit qu’elle n’a pas de mandat pour cela. Son mandat en Haïti, c’est de maintenir la paix du cimetière. – Quel rôle jouent les ONG dans cette faillite? – A partir du séisme, Haïti est devenu un carrefour incontournable. Pour les ONG transnationales, Haïti s’est transformé en un lieu de passage forcé. Je dirais même pire que cela: de formation professionnelle. L’âge des coopérants qui sont arrivés après le séisme est très bas; ils débarquent en Haïti sans aucune expérience. Et Haïti, je peux vous le dire, ne convient pas aux amateurs. Après le 12 janvier, à cause du recrutement massif, la qualité professionnelle a beaucoup baissé. Il existe une relation maléfique ou perverse entre la force des ONG et la faiblesse de l’Etat haïtien. Certaines ONG n’existent qu’à cause du malheur haïtien. – Quelles erreurs ont été commises après le séisme? – Face à l’importation massive de biens de consommation pour nourrir les sans-abri, la situation de l’agriculture haïtienne s’est encore péjorée. Le pays offre un champ libre à toutes les expériences humanitaires. Il est inacceptable du point de vue moral de considérer Haïti comme un laboratoire. La reconstruction d’Haïti et la promesse que nous faisons miroiter de 11 milliards de dollars attisent les convoitises. Il semble qu’une foule de gens viennent en Haïti, non pas pour Haïti, mais pour faire des affaires. Pour moi qui suis Américain, c’est une honte, une offense à notre conscience. Un exemple: celui des médecins haïtiens que Cuba forme. Plus de 500 ont été instruits à La Havane. Près de la moitié d’entre eux, alors qu’ils devraient être en Haïti, travaillent aujourd’hui aux Etats-Unis, au Canada ou en France. La révolution cubaine est en train de financer la formation de ressources humaines pour ses voisins capitalistes… – On décrit sans cesse Haïti comme la marge du monde, vous ressentez plutôt le pays comme un concentré de notre monde contemporain… – C’est le concentré de nos drames et des échecs de la solidarité internationale. Nous ne sommes pas à la hauteur du défi. La presse mondiale vient en Haïti et décrit le chaos. La réaction de l’opinion publique ne se fait pas attendre. Pour elle, Haïti est un des pires pays du monde. Il faut aller vers la culture haïtienne, il faut aller vers le terroir. Je crois qu’il y a trop de médecins au chevet du malade et la majorité de ces médecins sont des économistes. Or, en Haïti, il faut des anthropologues, des sociologues, des historiens, des politologues et même des théologiens. Haïti est trop complexe pour des gens qui sont pressés; les coopérants sont pressés. Personne ne prend le temps ni n’a le goût de tenter de comprendre ce que je pourrais appeler l’âme haïtienne. Les Haïtiens l’ont bien saisi, qui nous considèrent, nous la communauté internationale, comme une vache à traire. Ils veulent tirer profit de cette présence et ils le font avec une maestria extraordinaire. Si les Haïtiens nous considèrent seulement par l’argent que nous apportons, c’est parce que nous nous sommes présentés comme cela. – Au-delà du constat d’échec, quelles solutions proposez-vous? – Dans deux mois, j’aurai terminé une mission de deux ans en Haïti. Pour rester ici, et ne pas être terrassé par ce que je vois, j’ai dû me créer un certain nombre de défenses psychologiques. Je voulais rester une voix indépendante malgré le poids de l’organisation que je représente. J’ai tenu parce que je voulais exprimer mes doutes profonds et dire au monde que cela suffit. Cela suffit de jouer avec Haïti. Le 12 janvier m’a appris qu’il existe un potentiel de solidarité extraordinaire dans le monde. Même s’il ne faut pas oublier que, dans les premiers jours, ce sont les Haïtiens tout seuls, les mains nues, qui ont tenté de sauver leurs proches. La compassion a été très importante dans l’urgence. Mais la charité ne peut pas être le moteur des relations internationales. Ce sont l’autonomie, la souveraineté, le commerce équitable, le respect d’autrui qui devraient l’être. Nous devons penser simultanément à offrir des opportunités d’exportation pour Haïti mais aussi protéger cette agriculture familiale qui est essentielle pour le pays. Haïti est le dernier paradis des Caraïbes encore inexploité pour le tourisme, avec 1700 kilomètres de côtes vierges; nous devons favoriser un tourisme culturel et éviter de paver la route à un nouvel eldorado du tourisme de masse. Les leçons que nous donnons sont inefficaces depuis trop longtemps. La reconstruction et l’accompagnement d’une société si riche sont une des dernières grandes aventures humaines. Il y a 200 ans, Haïti a illuminé l’histoire de l’humanité et celle des droits humains. Il faut maintenant laisser une chance aux Haïtiens de confirmer leur vision. © 2013 Le Temps SA

samedi 5 janvier 2013

Lettre de Jacques Stephen Alexis à Francois Duvalier - Pétion Ville, le 2 juin 1960 - À son Excellence Monsieur le Docteur François Duvalier Président de la République Palais National - Monsieur le Président, - Dans quelque pays civilisé qu’il me plairait de vivre, je crois pouvoir dire que je serais accueilli à bras ouverts : ce n’est un secret pour personne. Mais mes morts dorment dans cette terre ; ce sol est rouge du sang de générations d’hommes qui portent mon nom ; je descends par deux fois, en lignée directe, de l’homme qui fonda cette patrie, aussi j’ai décidé de vivre ici et peut‐être d’y mourir. Sur ma promotion de vingt‐deux médecins, dix‐neuf vivent en terre étrangère. Moi, je reste, en dépit des offres qui m’ont été et me sont faites. Dans bien des pays bien plus agréables que celui‐ci, dans bien des pays où je serais plus estimé et honoré que je ne le suis en Haïti, il me serait fait un pont d’or, si je consentais à y résider. Je reste néanmoins. Ce n’est certainement pas par vaine forfanterie que je commence ma lettre ainsi, Monsieur le Président, mais je tiens à savoir si je suis ou non indésirable dans mon pays. Je n’ai jamais, Dieu merci, prêté attention aux petits inconvénients de la vie en Haïti, certaines filatures trop ostensibles, maintes tracasseries, si ce n’est les dérisoires avanies qui sont le fait des nouveaux messieurs de tous les pays sous‐développés. Il est néanmoins naturel que je veuille être fixé sur l’essentiel. Bref, Monsieur le Président, je viens au fait. Le 31 mai, soit avant‐hier soir, au vu et au su de tout le monde, je déménageais de mon domicile de la ruelle Rivière, à Bourdon, pour aller m’installer à Pétion Ville. Quelle ne fut pas ma stupéfaction d’apprendre que le lendemain de mon départ, soit hier soir, mon ex‐domicile avait été cerné par des policiers qui me réclamaient, à l’émoi du quartier. Je ne sache pas avoir des démêlés avec votre Police et de toutes façons, j’en ai tranquillement attendu les mandataires à mon nouveau domicile. Je les attends encore après avoir d’ailleurs vaqué en ville à mes occupations ordinaires, toute la matinée de ce jourd’hui 2 juin. Si les faits se révélaient exacts, je suis assez au courant des classiques méthodes policières pour savoir que cela s’appelle une manoeuvre d’intimidation. En effet, j’habite à Pétion Ville, à proximité du domicile de Monsieur le Préfet Chauvet. On sait donc vraisemblablement où me trouver, si besoin réel en était. Aussi si cette manoeuvre d’intimidation, j’ai coutume d’appeler un chat un chat, n’était que le fait de la Police subalterne, il n’est pas inutile que vous soyez informé de certains de ces procédés. Il est enseigné à l’Université Svorolovak dans les cours de technique anti‐policière, que quand les Polices des pays bourgeois sont surchargées ou inquiètes, elles frappent au hasard, alors qu’en période ordinaire, elles choisissent les objectifs de leurs coups. Peut‐être dans cette affaire ce principe classique s’applique‐t‐il, mais Police inquiète ou non, débordée ou non, je dois chercher à comprendre l’objectif réel de cette manoeuvre d’intimidation. Je me suis d’abord demandé si l’on ne visait pas à me faire quitter le pays en créant autour de moi une atmosphère d’insécurité. Je ne me suis pas arrêté à cette interprétation, car peut‐être sait‐on que je ne suis pas jusqu’ici accessible à ce sentiment qui s’appelle la peur, ayant sans sourciller plusieurs fois regardé la mort en face. Je n’ai pas non plus retenu l’hypothèse que le mobile de la manoeuvre policière en question est de me porter à me mettre à couvert. J’ai en effet également appris dans quelles conditions prendre le maquis est une entreprise rentable pour celui qui le décide ou pour ceux qui le portent à le faire. Il ne restait plus à retenir comme explication que l’intimidation projetée visant à m’amener moi‐même à restreindre ma liberté de mouvement. Dans ce cas encore, ce serait mal me connaître. Tout le monde sait que pour qu’une plante produise à plein rendement, il lui faut les sèves de son terroir natif. Un romancier qui respecte son art ne peut‐être un homme de nulle part, une véritable création ne peut non plus se concevoir en cabinet, mais en plongeant dans les tréfonds de la vie de son peuple. L’écrivain authentique ne peut se passer du contact journalier des gens aux mains dures – les seuls qui valent d’ailleurs la peine qu’on se donne –c’est de cet univers que procède le grand oeuvre, univers sordide peut‐être mais tant lumineux et tellement humain que lui seul permet de transcender les humanités ordinaires. Cette connaissance intime des pulsations de la vie quotidienne de notre peuple ne peut s’acquérir sans la plongée directe dans les couches profondes des masses. C’est là la leçon première de la vie et de l’oeuvre de Frédéric Marcelin, de Hibbert, de Lhérisson ou de Roumain. Chez eux, les gens simples avaient accès à toute heure comme des amis, de même que ces vrais mainteneurs de l’haïtianité étaient chez eux dans les moindres locatis des quartiers de la plèbe. Mes nombreux amis de par le vaste monde ont beau s’inquiéter des conditions de travail qui me sont faites en Haïti, je ne peux renoncer à ce terroir. Egalement, en tant que médecin de la douleur, je ne peux pas renoncer à la clientèle populaire, celle des faubourgs et des campagnes, la seule payante au fait, dans ce pays qu’abandonnent presque tous nos bons spécialistes. Enfin, en tant qu’homme et en tant que citoyen, il m’est indispensable de sentir la marche inexorable de la terrible maladie, cette mort lente, qui chaque jour conduit notre peuple au cimetière des nations comme les pachydermes blessés à la nécropole des éléphants. Je connais mon devoir envers la jeunesse de mon pays et envers notre peuple travailleur. Là non plus, je n’abdiquerai pas. Goering disait une fois quand on cite devant lui le mot culture, il tire son révolver ; nous savons où cela a conduit l’Allemagne et l’exode mémorable de la masse des hommes de culture du pays des Nibelungen. Mais nous sommes dans la deuxième moitié du XXème siècle qui sera quoiqu’on fasse le siècle du peuple roi. Je ne peux m’empêcher de rappeler cette parole fameuse du grand patriote qui s’appelle le Sultan Sidi Mohamed Ben Youssef, parole qui illumine les combats libérateurs de ce siècle des nationalités malheureuses. " Nous sommes les enfants de l’avenir !", disait‐il de retour de son exil en relevant son pitoyable ennemi, le Pacha de Marrakech effondré à ses pieds. Je crois avoir prouvé que je suis un enfant de l’avenir. La limitation de mes mouvements, de mes travaux, de mes occupations, de mes démarches ou de mes relations en ville ou à la campagne n’est pas pour moi une perspective acceptable. Je tenais à le dire. C’est ce qui vaut encore cette lettre. J’en ai pris mon parti, car la Police, si elle veut, peut très bien se rendre compte que la politique des candidats ne m’intéresse pas. La désolent et pitoyable vie politicienne qui maintient ce pays dans l’arriération et le conduit à la faillite depuis cent cinquante ans, n’est pas mon fait. J’en ai le plus profond dégoût, ainsi que je l’écrivais, il y a déjà près de trois ans. D’aventure, si, comme en décembre dernier, la douane refuse de me livrer un colis – un appareil de projection d’art que m’envoyait l’Union des Ecrivains Chinois et qu’un des nouveaux messieurs a probablement accaparé pour son usage personnel ‐, j’en sourirai. Si je remarque le visage trop reconnaissable d’un ange gardien veillant à ma porte, j’en sourirai encore. Si un de ces nouveaux messieurs heurte ma voiture et que je doive l’en remercier, j’en sourirai derechef. Toutefois, Monsieur le Président, que je tiens à savoir si oui ou non on me refuse le droit de vivre dans mon pays, comme je l’entends. Je suis sûr qu’après cette lettre, j’aurai le moyen de m’en faire une idée. Dans ce cas, je prendrai beaucoup mieux les décisions qui s’imposent à moi à la fois en tant que créateur, que médecin, qu’homme et que citoyen. Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations patriotiques et de mes sentiments distingués. Jacques Stephen ALEXIS

vendredi 28 décembre 2012

TRANSCENDANCE

Éditorial – Le Matin Transcendance ! - Les années passent et se ressemblent en Haïti. Comme si le temps haïtien semble s’être figé dans la déclinaison navrante et mortifère du même et du pareil. Le « système » que le candidat Joseph Michel Martelly se proposait d’abattre semble l’avoir ba… 2012-12-27 17:34:05 - Les années passent et se ressemblent en Haïti. Comme si le temps haïtien semble s’être figé dans la déclinaison navrante et mortifère du même et du pareil. Le « système » que le candidat Joseph Michel Martelly se proposait d’abattre semble l’avoir battu et abattu une fois devenu président. Il a plus continué le mal réprouvé qu’il n’a institué le bien recherché. L’Haïti « Tèt kale » a beaucoup donné, en 2012, dans le désordre institutionnel, le flou populiste entre l’autoritarisme et le « lese grennen », les gesticulations intimidantes, les déclamations péremptoires, les promesses chimériques, les mises en scène médiatiques et le faire-semblant burlesque. Cette théâtralisation tragi-comique du pouvoir n’a fait que retarder les échéances et mettre à nu l’incapacité des élites gouvernantes à transformer Haïti et l’engager dans la modernité. La politique-spectacle a montré ses limites au contact de la réalité. Le grand décollage promis a constitué, jusque-là, en un grand décalage entre les résultats et la propagande officielle. La croissance économique n’a été que de 2.9%. Toutes les prévisions optimistes des latino-américains pour notre pays et les chansons roses et fleuries du pouvoir se sont muées pour les agents économiques en lamentations et en ballades de pendus. Avec cette performance économique des plus médiocres de l’équipe Martelly-Lamothe que nous ont révélée les statistiques indépendantes, le pays a droit à un changement de cap en 2013. Inévitablement. Un aggiornamento est nécessaire. Les adaptations cosmétiques à partir de mutations de personnel, de démissions forcées, de replâtrage gouvernemental extravagant dans la forme, et trompeur sur le fond, ou d’opérations vendettas des clans en litige, ne changeront pas la tonalité maussade du climat sociopolitique. Plus et mieux devront être faits dans la sphère des politiques publiques. Les Haïtiens s’ennuient. Les portefeuilles des uns et des autres se rétrécissent. La courte période des fêtes a coïncidé avec une saison de grognes prolongée. Haïti a été, en effet, une République de grognards en 2012. Et pour cause. Les belles et élégantes femmes haïtiennes qui peuplent nos rues nous disent que le pays regorge d’assez de salons de beauté pour qu’on en fasse un d’un gouvernement. Il faudra des changements réels. Non des maquillages. Les bonnes intentions sont, pourtant, là. On eût dit même qu’il n’y a que des « Mères Theresa » et des « Papas bon cœur » au sommet de l’État. Toute politique sociale annoncée au bénéfice du « petit peuple » s’accompagne de louanges et de cérémonies dithyrambiques bruyantes envers les chefs bienfaiteurs. Ce qui manque, c’est une orchestration savante et sophistiquée de l’art de gouverner et une vision sobre et authentiquement transformatrice du pouvoir et du social. Des compétences sont aussi là, éparses et diverses, dans de hautes fonctions et les antichambres. Elles sont saluées, pour la plupart, dans cette édition spéciale du Matin. Nous reconnaissons, toutefois, que le logiciel humain, doctrinal et idéologique à même d’ordonner les élans et pulsions solitaires et de faire fonctionner efficacement et harmonieusement la machine gouvernementale, fait terriblement défaut. Les improvisations désordonnées ont fini par enlever tout ordre à la direction de l’État. D’où cette impression de dérive dans la conduite des affaires de la Nation. Haïti n’a pas connu que des ratés en 2012. De nombreux acteurs du social, du politique et de l’économique se sont admirablement signalés dans des domaines variés durant cette année défunte. Ils sont aussi salués ici sans esprit d’exhaustivité. Ce sont des modèles de courage, de dévouement, de créativité et de performance à émuler en 2013. Malgré les défaillances individuelles et les contraintes structurelles qui ont limité le champ et la portée de leurs actions. Une nouvelle année lourde en désagréments pour notre pays se pointe. Nous ne pouvons qu’émettre le vœu que le pouvoir se transcendera pour se faire neuf, dans son paraître et son être, dans l’accomplissement de ses grandes missions. Le même devoir de transcendance s’imposera à tous les Haïtiens qui devront autant se faire nouveaux, dans leur essence, dans l’impérieuse œuvre collective d’édification d’une Haïti nouvelle. Daly Valet

mercredi 26 décembre 2012

QU'AVONS-NOUS FAIT DE NOTRE INDEPENDANCE? (1/1/1804 - 1/1/2013)

Soumis à Tout Haiti le 25 Décembre 2012 - Pratt Vernio Memnon --- Le Congrès des Clairières avec Boukman Dutty, les défaites des Espagnols et du général anglais Maitland aux mains du général Toussaint Louverture, l'héroïque résistance du général Henry Christophe face à l'expédition de Leclerc, la brillante révolte menée par le général Alexandre Pétion contre les Français au Haut-du-Cap, la sanglante bataille de la Crête-à-Pierrot gagnée par le général Jean-Jacques Dessalines, l'historique bataille de Vertières avec le général Capois-la-Mort qui scella la victoire des noirs de Saint-Domingue, enfin, autant de luttes antiesclavagistes livrées avec éclat et succès par les pères fondateurs jusqu'à l'apothéose de 1804. Alors, comment expliquer qu'après de tels glorieux faits d'armes et de telles prouesses historiques inédits dans l'histoire de l'humanité qu'Haïti soit aujourd'hui l'un des dix-sept pays les plus faibles de la planète et le seul pays moins avancé de l'Amérique ? On s'était fait à l'idée, dès sa création, que notre nation ne serait jamais parfaite, car elle est composée et dirigée par des humains ; des humains qui sont capables du meilleur autant que du pire. Mais on savait que les erreurs et les abus du passé nous rappelleraient toujours notre besoin de nous améliorer sans cesse, d'apporter les ajustements nécessaires, le cas échéant, et, finalement de toujours préserver notre patrie aux fins de la remettre intégralement aux mains des générations naissantes et futures. C'est d'ailleurs un gage de survie, de continuité et d'épanouissement pour toute société organisée. On s'était également fait à l'idée que la vie nationale collective ne serait pas facile ; tant de choix à faire, de défis à relever, de responsabilités à assumer. Mais on espérait voir germer dans le cœur de chaque citoyen haïtien un incoercible sentiment de profond amour pour leur pays, une exigence, voire une obligation de le chérir et de le protéger. J'entends déjà vos commentaires; oui, mais l'amour des Haïtiens pour leur pays est connu de tous. C'est tout à fait vrai. Les musiciens l'ont chanté et les poètes l'ont immortalisé. C'est encore juste. Toutefois cet amour qu'ont les Haïtiens pour cette terre qui les a vus naître, est-il un amour vrai caractérisé par un patriotisme authentique? Un patriotisme authentique qui exprime notre civisme et notre participation citoyenne, et surtout qui fait appel à notre capacité de servir notre pays sans rien attendre en retour sinon que la fierté citoyenne d'avoir contribué au bonheur de notre nation, car il n'y a pas de plus grande expression de patriotisme que de se mettre au service de son pays et que chaque personne qui détienne une responsabilité dans notre société se souvienne qu'elle est, avant tout, au service des autres. Notre insouciance a entrainé le pays dans des conflits de valeurs, des changements culturels troublants avec comme conséquence une radicale remise en question de nos traditions historiques, une déliquescence de l'État qui plonge le pays dans une gouvernance malsaine, dans une déchéance des valeurs ancestrales qui caractérisent depuis toujours notre société. Le peuple haïtien assiste médusé et impuissant, depuis environ trois décennies, à une dégradation accélérée de ses modes de vie et à un effritement prononcé de cette liberté fécondée et née du sacrifice surhumain des esclaves, nos pères et nos mères. Nous sommes à un point de non-retour. Notre terre natale est malade et menacée. Comme citoyens et citoyennes, comment nous situer, où donc devons-nous nous positionner par rapport à tout cela ? Comment orienter notre réflexion pour affronter les défis du XXIe siècle ? Une chose est certaine, si nous voulons réellement donner à notre pays un regain d'énergies citoyennes, ranimer la fierté patriotique commune, retrouver cette liberté reçue en héritage et transformer cette ère difficile en une ère agréable, nous devons nous y investir immédiatement et massivement dans ce qui constitue la raison existentielle de notre patrie : défendre et protéger la dignité de l'homme haïtien ; une dignité dont la valeur est inaliénable et universelle. Le philosophe Kant ne nous a t'il pas enseigné que la dignité de l'être humain est sacrée ? Il y a des pratiques à abandonner, à éradiquer : les ambiguïtés dans nos choix politiques, la course effrénée vers l'argent et le pouvoir, l'iniquité de notre système judiciaire, l'agriculture de subsistance imposée à nos paysans, l'extrême concentration de la richesse dans des mains pas trop nationalistes, la centralisation à outrance de la bureaucratie publique. Il y a aussi des choses à cultiver et à faire grandir irrémédiablement : la souveraineté nationale, la stabilité politique, le dialogue national permanent et continu ainsi que l'émergence d'une économie durable et endogène. En ce sens, Haïti se situe exactement au point de rencontre de ces deux références au temps : célébrer son histoire pour réveiller son esprit de grandeur et définir ses priorités d'avenir pour gagner la bataille du XXIe siècle. Pour cela, il nous faut rénover notre présent dévasté par nos inconséquences pour le rendre apte à regarder l'avenir avec sérénité, reprendre l'itinéraire authentique tracé par les pères de la patrie et arrimer notre quotidien à la promotion d'une société égalitaire et respectueuse de leurs rêves. Ainsi nous aurons réveillé dans la conscience nationale les idéaux de grandeur endormis depuis trop longtemps et trop profondément dans notre mémoire collective. ... ne dit-on pas que les peuples matures regardent toujours leur passé avec honnêteté, respect et inspiration...? Alors, à défaut de pouvoir changer le passé, inspirons-nous-en et engageons-nous ensemble à construire le futur. Ce chantier collectif fait appel à toutes les strates sociales haïtiennes. Des politiciens, qui doivent définir les normes d'une réelle démocratie, pas n'importe laquelle, une démocratie qui fera enfin décoller cette refonte de notre système politique initiée au tournant des années quatre-vingt et qui est porteuse de grands espoirs pour la nation, aux acteurs de la finance, qui doivent également revisiter notre système économique, revoir tout son mode de fonctionnement ; et cette fois, pas de demi-mesure pour satisfaire quelques ambitions personnelles: nous devons prendre à bras-le-corps l'élaboration d'une nouvelle architecture économique destinée à doter le pays d'une classe moyenne nombreuse, entreprenante et instruite. Les universitaires doivent y participer, y contribuer, eux aussi, en transmettant à nos jeunes une formation solide et authentique, car une démocratie forte et une économie saine requièrent la contribution de citoyens instruits. Et quant aux jeunes, porteurs de grandes valeurs pour l'avenir de notre pays, ils doivent avoir l'audace d'un Toussaint et la détermination d'un Capois pour pouvoir résister à l'appât de la facilité financière que leur offre la déchéance sociale. Qu'ils sachent aussi que l'ascension du pays vers la rédemption se trouve entre leurs mains. Naturellement, la gent masculine doit comprendre et admettre que tout cela ne se fera pas sans la participation sensible des femmes haïtiennes. Elles sont incontournables, "non-indexables" car c'est par elles que la prospérité économique arrivera puisqu'elles ont toujours été et sont encore les poumons de notre pays. Je vous en conjure, mesdames, soyez des femmes d'action et de cœur, des femmes d'acharnement et de persévérance afin d'imprégner la pensée économique nationale d'une nouvelle sensibilité sociale et surtout d'infuser un peu de sagesse et d'équilibre à la politique haïtienne longtemps désertée par le sens de la répartie. Est-ce utopique de croire encore en un rêve commun, en un idéal commun, en une nation commune? Est-ce farfelu de croire qu'Haïti puisse être à la fois un pays fier de son passé, satisfait de son présent et confiant dans son avenir? Non, le miracle est encore possible si, animés d'un patriotisme sincère, mais austère, d'un dévouement civique et sans limites, nous acceptons d'y consentir les sacrifices politiques adéquats, nous acceptons d'y déployer les efforts sociaux requis, nous acceptons d'y dépenser les énergies citoyennes nécessaires au lieu de nous accrocher à nos convictions obscurantistes, jusqu'au-boutistes et rétrogrades ou mieux à la peur d'être dépassés par un futur incertain. Nous avons le devoir de transformer le pays, l'obligation d'achever notre indépendance et pour que cela soit possible, il nous faut nous tenir les uns à côté des autres formant une véritable nation unanime, tricotée à mailles serrées. Nous devons panser nos "blessures sociopolitiques" et retisser nos fragiles liens sociaux, nous libérer de nos peurs et vaincre chacune des résistances des uns et des autres afin de rétablir le juste équilibre et une connexion féconde entre les diverses couches sociales, politiques et économiques de la nation haïtienne, avoir un comportement patriotique, un respect toujours plus grand de l'autre. Nous devons nous donner les moyens de nos ambitions et ses moyens sont entre autres : un nouveau rapport d'équilibre entre les hommes et les femmes, des leaders forts et engagés au côté du peuple, une démocratie citoyenne vigoureuse et authentique. C'est alors et alors seulement que le rêve d'une Haïti plus humaine et plus juste totalement libérée de l'exploitation économique, de la dictature politique, de l'exclusion sociale, des querelles intestines, trouvera écho en nos âmes et consciences et conséquemment, non seulement, on ravira à la communauté internationale tout espoir de nous réoccuper, mais, encore et surtout, on confirmera au monde entier que notre indépendance n'a pas été un accident de l'histoire. Que la célébration de ce 1er janvier 2013 réveille notre conscience citoyenne pour trouver réponse à la question suivante : que voulons-nous faire de notre pays ? C'est de notre conscience citoyenne que jaillira en effet la réponse. Il n'y a ni de bonnes, ni de mauvaises réponses, mais seulement des gestes patriotiques dynamiques et des actions citoyennes hardies et ambitieuses à la hauteur de nos talents et de nos compétences. Que les dieux tutélaires de la nation nous guident et nous protègent! Pratt Vernio Memnon

jeudi 20 décembre 2012

BILAN DE L'ANNEE 2012

Michel Soukar: BILAN DE L'ANNÉE 2012 - Publié le jeudi 20 décembre 2012 18:30 - Ecrivain Michel Soukar - L'année 2012 est marquée par une série de scandales, de conflits, de crises, de désastres aussi bien humains que naturels. I. PLAN POLITIQUE - Conquis au nom du changement et basé sur un programme axe sur 5 «E» : Education, Emploi, Environnement, État de Droit et Énergie, le Pouvoir Exécutif s'est enlisé dans une série d'affaires, de conflits, de scandales et de crises à répétition, entrainant dans son sillage les deux (2) autres Pouvoirs de l'Etat : le Législatif et le Judiciaire . A. POUVOIR EXECUIF - Depuis l'adoption de la Constitution du 29 mars 1987, le Peuple haïtien soupire après un changement qui tarde à se concrétiser. Pour la Vérité et pour l'Histoire, c'est l'homme d'affaires Daniel Gérard Rouzier qui, désigné Premier Ministre par le Président Joseph Michel Martelly, avait synthétisé et résumé le programme du Gouvernement en 4 «E», auxquels est venu se greffer un cinquième. Dans ses interventions publiques, il avait clairement indiqué qu'il allait s'inspirer des recommandations du rapport de la Commission sur la Compétitivité, formée sous le Gouvernement de René Préval, pour étoffer son programme de Gouvernement. Mais on connait le sort réservé au choix de Monsieur Rouzier. Parmi les quatre (4) Premiers Ministres désignés par le Président Joseph Michel Martelly, deux (2) ont bénéficié des faveurs du Parlement. Il s'agit de Garry Conille et de Laurent Salvador Lamothe. Durant les quatre (4) mois passés comme Chef de Gouvernement, Monsieur Conille n'a pas eu le temps de doter les 5 «E» d'un contenu réel. 1. Des «E» Vides. - Contrairement au Président Préval qui avait formé des Commissions pour réfléchir sur des thèmes d'intérêt commun, le Président Martelly change de méthode. Il a opté plutôt pour l'organisation de semaines de réflexions sur ces thèmes. C'est ainsi qu'il y a eu consécutivement des semaines de réflexion sur le Tourisme, la Construction, l'Éducation, le Logement, l'investissement, etc. Mais aucun document n'est sorti de ses réflexions. Sous le Gouvernement dirigé par le Premier Ministre Lamothe, les réunions se sont accélérées. Il ne se passait une semaine sans qu'il ne fût organisé un colloque ou un séminaire dans un des hôtels de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Pourtant, les «E» sont vides. Les slogans ont pris le pas sur les programmes : a) Éducation : le problème est mal posé. La question de l'adéquation entre l'offre et la demande scolaire et celle de la qualité de l'enseignement ne sont pas abordées ; b) Emploi : il n'existe ni politique ni programme tendant à créer des emplois et à réduire le chômage dans le pays ; c) Environnement : encore absence de politique et de programme destinés à réduire la vulnérabilité du pays dans ce domaine ; d) État de Droit : la primauté du droit et l'égalité de tous devant la Loi sont des vœux pieux ; e) Énergie : c'est la confusion. Personne ne sait qui du nouveau Ministre délégué a l'Energie, qui de l'ED'H est chargé de la définition de la politique dans ce domaine crucial. C'est plutôt la propagande politique qui occupe l'espace médiatique. Cette propagande s'articule autour de slogans creux comme «Ti Manman Chérie, Aba Grangou, Katie Pam Poze, Banm Limie Banm Lavi, Ede pep, etc. » Les Conseils de Gouvernement et des Ministres sont retransmis en direct à la radio et à la télévision. La Télévision Nationale cesse d'être «la Chaine du Service Public». Elle est devenue depuis sa fusion avec la Radio Nationale et le changement à la tête de sa Direction Générale, «tantôt «la vue et l'image du changement», tantôt le son et la vue de la Nation.» D'autres stations de Télévision privées lui ont même emboité le pas. Serait-on revenu au temps des «Affaires publiques» sous Duvalier ? 2. Affaires, Scandales, et Conflits - L'année 2012 débute sur un conflit latent entre les Pouvoirs Législatif et Exécutif. La rentrée Parlementaire du deuxième lundi de janvier 2012 s'annonçait chaude. Avant son ajournement, la Chambre des Députés avait promis de se prononcer sur le cas de l'arrestation du Député Anel Belizaire. Rien n'en fit! Les quatre cent millions de gourdes, débloqués à l'occasion des fêtes de fin d'année, ont eu raison de l'affaire Belizaire. C'est plutôt le Sénateur du Nord, Moise Jean-Charles, qui passait à l'action en remettant en question la nationalité du Président de la République et de certains Ministres et Secrétaires d'Etat du Gouvernement Martelly-Conille. D'entrée de jeu, le Senat avait décidé de former une commission d'enquête sur la question. Cette commission avait axé son travail sur l'analyse des documents de voyage de tous les membres du Pouvoir Exécutif. Cette question de nationalité a créé beaucoup de tension et de confusion au sein du Pouvoir Exécutif. Le Président de la République et certains Ministres étaient contre la soumission des documents de voyage à la Commission Sénatoriale d'enquête. Mais, le Premier Ministre Conille était pour. Jusqu'à présent, on attend le rapport de la Commission Sénatoriale. D'autres conflits interpersonnels s'accentuaient au sein du Pouvoir Exécutif. Le Premier Ministre Garry Conille affichait ouvertement des différences de vue très marquées avec le Président de la République sur des points comme l'arrestation du Député Belizaire, la double nationalité et la publication de la Constitution de 1987 amendée. M. Conille a rendu visite au Député Belizaire au Pénitencier National le soir de son arrestation. Il était pour la communication des passeports des Membres de son Gouvernement à la Commission d'Enquête Sénatoriale et pour la publication de la version amendée de la Constitution de 1987. Le conflit entre le Président et son Premier Ministre avait laissé le stade de ragots pour se manifester en plein jour. Un incident très grave s'était produit. Le Président de la République débarque en pleine soirée à la Résidence officielle du Premier Ministre à Musseau, au moment ou celui-ci offrait un diner en l'honneur de certains Parlementaires, question peut-être de soigner sa base. La Presse a fait état d'échanges de propos disgracieux entre le Président de la République et certains Parlementaires présents ou absents. Selon les analystes politiques, le conflit entre le Président de la République et le Premier Ministre Conille avaient atteint un point de non retour. Ce point de vue était corroboré par l'absence remarquée du Premier Ministre aux festivités commémoratives du Carnaval national, organisé aux Cayes. L'annonce de la démission du Premier Ministre Garry Conille et son acceptation par le Président de la République ne s'étaient pas fait attendre. La Presse locale se faisait déjà l'écho des noms de candidats au poste de Premier Ministre. C'était ceux de Messieurs Laurent Lamothe, Thierry Mayard-Paul et de Madame Anne-Valérie Timothée Milford. Apres les consultations d'usage avec les Présidents des deux branches du Parlement, Monsieur Laurent Salvador Lamothe, Ministre des Affaires Etrangères du Gouvernement Martelly-Conille, était désigné par le Président de la République pour remplacer le Premier Ministre Garry Conille, démissionnaire. Mais une question fusait de toutes parts : Monsieur Lamothe remplissait-il les conditions requises à l'Article 157 de la Constitution de 1987 pour être nommé Premier Ministre ? De sérieux doutes subsistaient sur sa nationalité haïtienne, sa résidence dans le pays au cours de cinq (5) années consécutives. Seule la condition relative à l'âge était remplie. Mais, la question était posée différemment au sein du Pouvoir Législatif. L'approbation du choix de M. Lamothe était assujettie à quatre (4) conditions : la soumission des documents de voyage du Président de la République à la Commission Sénatoriale, la publication de la version amendée et corrigée de la Constitution de 1987, la participation directe au Gouvernement et l'octroi de postes aux proches des Sénateurs et des Députés. La question de la nationalité du Président de la République était réglée. Au cours d'une cérémonie, réunissant au Palais National des Membres du Cabinet Ministériel et des Représentants du Corps Diplomatique et de Religion pour la Paix, le Président Martelly, accompagnée de sa femme, étalait ses passeports haïtiens sur une table devant les cameras de la presse et sous les regards des journalistes présents. Le clou de la cérémonie était le témoignage de l'Ambassadeur des Etats-Unis d'Amérique du Nord, disant que le Président Michel Martelly n'avait pas la nationalité américaine et qu'il est Haïtien. Puis, les Représentants de Religion pour la Paix, une organisation réunissant un Evêque de l'Eglise Catholique Romaine, un de l'Eglise Apostolique, un Pasteur de cultes réformés et un Prêtre Vodou, étaient chargés de communiquer les documents au Sénat. La publication de la version amendée et corrigée de la Constitution de 1987 était chose acquise. Elle devait simplement attendre la ratification du choix du Premier Ministre et de sa Déclaration de Politique Générale. Aucun doute ne subsistait non plus sur la question du partage du pouvoir. De nombreux Sénateurs étaient pressentis comme Ministres. Quant à la question d'octroi de postes aux proches de Sénateurs et de Députés, elle était également réglée. Pratiquant la diplomatie d'affaires, le Ministre des Affaires Etrangères Laurent S. Lamothe a rempli les couloirs des Représentations Diplomatiques et Consulaires à l'étranger de nouveaux fonctionnaires, proches parents et allies Sénateurs et de Députés. Ce n'est pas étonnant d'entendre que des proches parents de députés nommés dans la diplomatie s'adonnent au trafic de visas. C'est la diplomatie d'affaires! Comme prévu, la ratification du choix du Premier Ministre Laurent Salvador Lamothe et celle de son Énoncé de Politique Générale s'étaient effectuées sans surprise par les deux (2) branches du Parlement. Au Sénat, cette ratification était facilitée par la présence et la collaboration des 10 Sénateurs dont le mandat allait arriver à expiration : Jean Hector Anacasis (ouest), Joseph Lambert (Sud-est), Nenel Cassy (Nippes), Yvon Bissereth (Sud), Michel Clerié (Grande-Anse), Youri Latortue (Artibonite), Kely C. Bastien (Nord), Evallieres Beauplan (Nord-d'Ouest), Rodolphe Joazile (Nord-d'Est) et Edmonde Supplice Beauzile (Centre). Comme pour créer de l'Emploi, le Président Martelly et le Premier Ministre Lamothe ont formé un Cabinet Ministériel pléthorique, composé d'une trentaine de Ministres et de Secrétaires d'Etat. Par exemples, un Ministère à la Pauvreté est créé à côté du Ministère des Affaires Sociales, un Ministère à la Condition Paysanne est créé à côté du Ministère de l'Agriculture, des ressources Naturelles et du Développement Rural, le Ministère de la Défense est séparé de celui de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales. En plus de la duplication de postes et de fonctions, a-t-on réfléchi au poids du Gouvernement sur le Budget de la République ? Quelques temps plus tard, un conflit de personnalité entre le Premier Ministre Lamothe et le Ministre de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales, M. Thierry Mayard-Paul, a abouti au renvoi de ce dernier et à un replâtrage du Cabinet Ministériel. Le Premier Ministre s'attribue le Portefeuille de la Planification et de la Coopération Externe, le Ministre de la Planification passe aux Affaires Sociales. Le Ministre des Affaires Sociales devenait Ministre de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales. Débouté sur la question de la nationalité, le Sénateur Moise Jean-Charles contre attaquait sur l'ensemble de dossiers : la milice rose, la vie chère et la corruption. Sur la question de l'armée, il était bien servi dans ses dénonciations par la mobilisation des membres des anciennes Forces Armées d'Haïti (FAd'H) et de jeunes postulants dans certaines régions du pays, notamment à Port-au-Prince, à Saint-Marc et au Cap-Haitien. Ces derniers déambulaient lourdement armés dans des camionnettes dans plusieurs villes du pays sans être inquiétés. Au Cap-Haitien, ils ont occupé les locaux désaffectés de l'Organisme de Développement du Nord (ODN). Ils ont même reçu la visite de l'ex-chef rebelle Guy Philippe le 18 mai. Ceux de Port-au-Prince ont une fois tenté de s'introduire au Parlement. Les réponses du Gouvernement Martelly-Lamothe paraissaient à la fois timides et contradictoires. Cependant, on apprenait un bon matin que les ex-FAd'H ainsi que les jeunes postulants avaient abandonné leurs campements. De gré ou de force ? En fin d'année, des rumeurs circulaient dans la presse sur la formation d'un groupe de pression au Cayes, dénommé « le Police ». Le Sénateur Moise Jean-Charles abandonnait le Sénat pour prendre la tête de manifestations populaires contre la vie chère et les malversations se donnant libre cours dans l'entourage du Président Martelly. Il était rejoint dans sa croisade non seulement par d'autres Sénateurs mais aussi par deux (2) jeunes avocats du Barreau de Port-au-Prince, Mes Newton St-Juste et André Michel. Ces derniers avaient décidé d'intenter une action en justice contre la Première Dame de la République et son Fils ainé pour usurpation de titres et détournement de fonds publics. Ils accusaient la Première Dame et son fils de gérer des fonds du Trésor pour financer des programmes sociaux sans titre ni qualité. Le Parquet près le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince avait décidé de classer l'affaire sans suite, en application du principe de l'opportunité des poursuites. Cependant, leur action avait porté le Gouvernement à regrouper ses prétendus programmes sociaux sous le vocable «Ede Pep». La gestion et l'exécution de «Ede Pep» sont confiées au Fonds d'Assistance Economique et Sociale (FAES). Cependant, ce n'est pas la Mission du FAES de gérer ni d'exécuter ce genre de programme. Le risque de dévoyer la mission de cette institution, créée conjointement par l'Etat haïtien et les Institutions Financières internationales, est énorme. Il en est de même de l'utilisation abusive des fonds du Programme Petro Caribe à des fins humanitaires. Autant d'éléments qui apportent de l'eau au moulin des organisations internationales reportant sur la perception de la corruption. Sur la question de la corruption, l'environnement politique haïtien s'envenimait, suite aux révélations d'une journaliste d'investigation de la République Dominicaine du nom de Nuria Piera. Selon elle, un Sénateur-investisseur dominicain, Felix Bautista, aurait financé la campagne électorale de deux candidats finalistes aux élections présidentielles haïtiennes en mars 2011, Mr Martelly et Mme Manigat. Les réactions des prétendus bénéficiaires haïtiens étaient trop molles, pour dissiper les doutes entretenus des deux côtés de la frontière. A la même époque, le Département d'Etat Américain publiait son Rapport annuel sur la situation des Droits Humains en Haïti. Ce Rapport dénonçait la corruption au sein des instances gouvernementales haïtiennes. D'autres rapports venaient amplifier la situation de la corruption dans le pays. Cependant, celui de Transparency International a fait état de progrès dans le classement du pays (165e sur 176 pays) par rapport a l'année passée. 3. Crises à Répétition - Le Pouvoir Exécutif semblait oublier que l'année 2012 était une année électorale. En plus du tiers du Senat, il fallait renouveler les Assemblées locales, les Conseils d'Administration des Sections Communales et les Conseil Communaux. L'organisation de ces élections nécessite la mise en place d'un autre Conseil Electoral, après la débâcle de celui présidé par Gaillot Dorsinvil. Entre temps, malgré les protestations des Associations des Maires issus des dernières élections et des organisations de la société civile, le Ministère de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales Thierry Mayard-Paul amorçait un mouvement de remplacement des Conseils communaux élus par des Conseils intérimaires ; question d'accorder des postes aux proches du pouvoir et de se débarrasser de candidats potentiels encombrants. En publiant la version amendée de la Constitution de 1987, le Pouvoir Exécutif affichait clairement son option pour la formation d'un Conseil Electoral Permanent (CEP). Pour ce faire, il fallait des représentants des 3 Pouvoirs de l'Etat : Législatif, Exécutif et Judiciaire. Cette décision renforçait la division au sein du Sénat de la République et de la classe politique haïtienne. Au niveau du Législatif, le Senat est amputé de 10 membres, ce qui rend mathématiquement impossible la désignation des représentants du pouvoir Législatif au CEP permanent, sans une réduction éventuelle du quorum. La désignation des représentants du Pouvoir Judiciaire passe par la mise en place du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ). La formation du CSPJ suppose la nomination des Juges à la Cour de Cassation. Sur ce point, l'Exécutif s'est montré très actif. L'effectif de la Cour de Cassation est complété. Le Président de la République ne tardait pas à former et à installer le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire. Cette installation répondait à un triple objectif : doter le pouvoir judiciaire d'un organe de gestion ; renforcer l'indépendance et la séparation des pouvoirs ; promouvoir le renforcement de l'Etat de Droit. Mais l'objectif immédiat demeurait la constitution du CEP permanent. Le Conseil Supérieur du pouvoir Judiciaire (CSPJ) est constitué. Ses Membres prêtent serment et sont installés, conformément à la loi régissant son fonctionnement. Des tensions ne tardaient pas à s'installer entre le Ministère de la Justice et le CSPJ sur la nomination récente de magistrats dans le système. Le CSPJ effectuait son premier faux pas. Quatre (4) membres sur 9 procédaient à la sélection des Représentants de l'Institution au Conseil Electoral Permanent (CEP). Cette désignation était contestée par de nombreux secteurs sociaux et politiques du pays. Malgré les protestations des secteurs des Droits Humains, de la Société Civile et de la Fédération des Barreaux haïtiens, les noms des personnes sélectionnées sont transmises à l'Exécutif. Le Pouvoir Exécutif n'avait pas tardé à designer ses Représentants et à publier un Arrêté nommant 6 des 9 Membres du Conseil Electoral Permanent (CEP). Une nouvelle crise s'installe aussi bien au sein du CSPJ, de la Classe Politique que du Parlement qui s'abstient de designer ses Représentants. Le Président du CSPJ, Me Anel Alexis Joseph, est voué aux gémonies. Le Senat adopte une Résolution réclamant son remplacement ainsi que celui de 2 autres juges, Mes Kesner Michel Thermezi et Frantzy Philemenont, nommés à la Cour de Cassation, en dehors des normes légales. Ces pressions semblaient porter fruit. Quelques semaines plus tard, le CSPJ procédait au choix de 3 nouveaux Représentants au CEP. L'Exécutif va-t-il rappeler l'Arrêté de nomination des 6 Membres du CEP ? Par ailleurs, devant l'impossibilité de convoquer le Parlement en session extraordinaire, l'Exécutif avait décidé d'engager des négociations directes avec le Parlement, bénéficiant encore des bons offices de Religion pour la Paix. A la première rencontre, chaque partie avait décidé de désigner 3 membres pour le lancement des discussions devant aboutir à la mise en place du CEP (permanent, provisoire, de consensus ou de transition). Qui sait ? De toute façon, l'année 2012 se terminera sans l'organisation des élections et renforce la perception d'instabilité des institutions. 4. Instabilité et Insécurité - Le poste de Commissaire de Gouvernement de Port-au-Prince est devenu celui le plus instable du pays en 2012. Plus de 4 Commissaires se sont succédé à la tête du Parquet près le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince. Me Jean-Renel Senatus, qui avait pris le pari de combattre la délinquance juvénile dans sa juridiction, avait été révoqué par le Ministre de la Justice pour insubordination. Le Commissaire congédié n'avait pas manqué de s'en prendre à la personnalité de son Ministre de Tutelle, Me. Jean Renel Sanon. La machine de l'insécurité n'a pas chômé non plus en 2012. Tout le monde en pâtit. Ses victimes se recrutent dans toutes les classes sociales. Avocats, Juges de Paix, Policiers, gens d'affaires, étudiants, simples citoyens sont tombés. Un des cas le plus retentissant est celui de l'assassinat du policier Walky Calixte. Les réactions de la population ne s'étaient pas fait attendre : trafic automobile perturbé, route de carrefour paralysé, arrêt de travail ou grève au sein de la Police Nationale d'Haïti (PNH). Le Député Rodriguez Séjour était pointé du doigt dans cette affaire. Le Député était interrogé par le Cabinet d'Instruction. On ne saurait passer sous silence les cas d'assassinat de Me. Durand Jeanty et de Venel Joseph. Ce dernier était un ancien Gouverneur de la Banque Centrale de 2001 à 2004. En fin d'année, l'assassinat de l'étudiant Damael D'Haiti, en pleine fête des bleus à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de l'Université d'Etat d'Haïti, jetait la communauté estudiantine de la capitale dans l'émoi. Le kidnapping reprenait du service et s'était même intensifié. A Port-au-Prince, deux (2) membres de la famille de l'homme d'affaires Robert Moscosso étaient enlevés. Une semaine plus tard, on annonce le démantèlement d'un puissant réseau, dirigé par l'homme d'affaires Clifford Brandt. Cette nouvelle avait jeté l'émoi dans la société haïtienne. Les enquêteurs de la Direction de la Police Judiciaire soupçonnaient la participation dans le réseau de policiers en service actif et/ou révoqués. Quelques-uns étaient mis en isolement et d'autres remis à la justice. A Jacmel, un enfant de 3 ans était enlevé et son oncle tué par les ravisseurs. Elle a été libérée contre rançon. A carrefour, une fillette était enlevée sur la cour de son école. Ces nouvelles ne sont pas de nature à créer un climat propice à l'investissement dans le pays. C'est dans de contexte qu'intervenait le remplacement du Directeur General de la Police Nationale. En effet, en Août 2012, le mandat de Monsieur Mario Andresol comme Commandant en Chef de la Police nationale d'Haïti (PNH) prenait fin. Le Président de la République ne tardait pas à jeter son dévolu sur l'Inspecteur General Godson Orelus, dont le choix a été ratifié par le Senat de la République, conformément à la Constitution. Suite à son installation, 79 policiers faisaient l'objet d'une décision de renvoi de la PNH, Cette mesure faisait suite à l'évaluation (vetting) réalisée en 2008 par la MINUSTAH sur un groupe de 3300 policiers environ. Inutile de décrire la confusion que cette décision de révocation avait créé dans le pays, juste quelques jours après le démantèlement du gang Brandt. B. POUVOIR LEGISLATIF - Plusieurs questions divisent les Pouvoirs Législatif et Exécutif. Citons, par exemples, celle du renouvellement du mandat de la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d'Haïti (CIRH), celle de la publication de la version amendée de la Constitution de 1987, celle de la formation du Conseil Electoral Permanent (CEP). Cette dernière semble être la plus épineuse. Depuis l'adoption de la Constitution de 1987, aucun des deux Pouvoirs ne veut concéder le contrôle de la formation du CEP permanent à l'autre. En début d'année, le Senat et la Chambre des Députés se dotaient de nouveaux Bureaux. Le Sénateur Simon Dieuseul Desras succédait au Sénateur Jean Rodolphe Joazile comme Président du Sénat et le Député Levaillant Louis Jeune succédait au Député Sorel Jacinthe à la Présidence de la Chambre des Députés. Le bilan du Parlement au cours de l'année 2012 n'est pas brillant. Très peu de lois ont été votées. A la Chambre des Députés, les groupes parlementaires se métamorphosent comme des chrysalides. Le groupe Parlementaire pour la Stabilité et le Progrès (PSP) remplaçait le Groupe Parlementaire pour le Renouveau (GPR). En face, il y a le groupe Parlementaire pour le Renforcement Institutionnel (PRI). Le PSP constitue la nouvelle majorité dont le Premier Ministre Lamothe a besoin pour supporter son Programme de Gouvernement. La malice populaire soupçonne les membres du PSP d'être à la solde du Pouvoir Exécutif. Ce que semble leur reprocher également leurs collègues PRI. Mais le PRI semble avoir un prix. Ses membres se sont donnés en spectacle en organisant un concert de Klaxon dans la cour de la Primature pour réclamer le décaissement de 10 millions de gourdes prévus dans le budget de la République pour les communes de leur juridiction. La situation n'est pas différente au Sénat de la République. Amputé de 10 membres dont le mandat a expiré depuis mai, le Sénat éprouve du mal à organiser une séance. Les 20 Sénateurs restant sont divisés sur la question de la formation du Conseil Electoral Permanent (CEP). Mathématiquement, il est impossible au Sénat de réunir le nombre de voix nécessaire (20) pour designer les membres du CEP permanent, le Président ne votant pas. Des négociations sont en cours en vue de trouver un consensus sur la composition d'un CEP de transition devant organiser les élections pour le renouvellement du tiers du Sénat et des collectivités territoriales. Ces négociations risquent d'achopper sur le statut des Membres désignés par le Pouvoir Judiciaire. C. POUVOIR JUDICIAIRE - La Constitution de 1987 prévoit l'existence d'un Pouvoir judiciaire indépendant et impartial en Haïti. Mais, ce n'est pas chose aisée. Depuis 2007, plusieurs lois ont été votées en vue de la création et du renforcement de ce Pouvoir. L'existence d'un tel Pouvoir est indispensable à la création d'un véritable État de Droit. En 2012, des efforts ont été déployés en ce sens. Les postes vacants à la Cour de Cassation ont été comblés. Le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) a été formé. Mais, son fonctionnement n'est pas facile. Aucun Ministre de la Justice n'est prêt à se soustraire de la gestion du Pouvoir Judiciaire. Des tensions persistent entre le CSPJ et le Ministère de la Justice sur la question de la nomination des juges. Cependant, le CSPJ a commis son plus grand faux pas à l'occasion de la désignation de ses représentants au Conseil Electoral Permanent (CEP). Ne s'étant pas entendu sur le choix de ces représentants, 4 des 9 membres du CSPJ ont laissé la salle pour infirmer le quorum. Les 4 membres restants ont voté en l'absence de majorité le choix des 3 Membres du Pouvoir Judiciaire au sein du CEP. Les protestations ne se sont pas fait attendre. Le CSPJ est paralysé à sa naissance. La Fédération des Barreaux et les Organismes de Droits Humains avaient rappelé leur représentant. Le Président de la Fédération des Barreaux introduisait une action devant la Haute Cour de Justice contre Me Anel Alexis Joseph, à la fois Président de la Cour de Cassation et Président du CSPJ. Parallèlement, le Sénat adoptait une Résolution, réclamant la destitution du Magistrat ainsi que la révocation de deux autres juges de la Cour de Cassation, nommés en dehors des normes constitutionnelles. Autant de pressions qui ont porté le CSPJ à reconsidérer son choix initial et à procéder à un second vote. Mais, le problème reste entier. Les trois représentants désignés initialement s'accrochent à leur poste. Deux acteurs risquent de débloquer la situation : l'aboutissement des négociations entre les Pouvoirs Législatif et Exécutif et le dernier scandale qui éclabousse Me. Josué Pierre-Louis. En fin d'année, Me Josué Pierre-Louis, Président du CEP (Présidentiel, Permanent, Provisoire) fait l'objet d'une accusation de viol sur la personne de Mademoiselle Marie Danielle Bernadin, son assistante administrative. Rappelons que Me. Josué Pierre-Louis avait perdu son portefeuille de Ministre de la Justice au début de l'année 2012, suite à l'arrestation du Député Anel Belizaire. Est-il sur le point de perdre son Poste de Président du CEP de 6 Membres à la fin de la même année ? Son image et sa réputation sont mises à mal par une dénonciation d'un cas de viol de la part des institutions de défense des Droits Humains RNDDH et SOFA ? L'impunité continuait d'être la marque de fabrique du système judiciaire haïtien. De l'assassinat de Jean Dominique à celui de Guiteau Toussaint, aucun procès n'a encore été organisé. La situation des droits humains ne s'est pas améliorée non plus. Les cas de Calixte Valentin et de l'ancien Maire de Thomonde sont là pour en témoigner. La situation carcérale est préoccupante. La détention préventive prolongée persiste. C'est l'Expert indépendant des Nations-Unes pour les Droits de l'Homme, Michel Forst qui est venu tirer la sonnette d'alarme en fin d'année. Pas de développement économique sans une justice indépendante et impartiale. PLAN ÉCONOMIQUE - Sur le plan économique, le Bilan de l'Année 2012 n'est pas rose. La sécheresse qui a sévi de mai à août 2012 a grandement affecté la production agricole du pays. De plus, le pays a été sévèrement affecté par deux (2) tempêtes tropicales. Isaac et Sandy ont porté des coups très durs à l'agriculture haïtienne. Des jardins ont été dévastés, des têtes de bétail emportées et des vies humaines perdues. Le Parc Industriel de Caracol a été inauguré. Un millier d'emploi direct y est créé par la Firme Coréenne SEA. Les travaux d'aménagement de l'aéroport du Cap-Haitien progressent. L'avion transportant le Secrétaire d'Etat américain, Mme Hilary Clinton et son Mari Bill Clinton y a atterri sans problème. Mais pour des raisons de sécurité, l'avion a été se garer en République Dominicaine. Le gouvernement clame sur tous les toits que le pays est ouvert aux affaires. Pourtant, l'environnement des Affaires ne s'est pas amélioré. Haïti continue de battre les records de mauvais classement dans les rapports publiés par les institutions internationales. Avec la recrudescence de l'insécurité, les Ambassades des pays amis continuent de déconseiller le voyage de leurs ressortissants en Haïti. Tous les efforts de promotion entrepris par le gouvernement sont affectés par le climat d'insécurité et les manifestations de rues dans plusieurs régions du pays. Les Fonds du Programme Petro caribe sont une dette à long terme que les générations futures doivent rembourser. Le Gouvernement aurait dû les utiliser à des fins plutôt productives. Les infrastructures routières, portuaires et aéroportuaires sont encore défaillantes. L'électricité, le téléphone et les nouvelles technologies de l'information et de la communication ne sont pas encore au point. Cette année, le Gouvernement a introduit à temps son Projet de Loi des Finances au Parlement, soit le 30 juin 2012. Cette Loi 2012-2013 a été voté séparément par chacune des deux branches du Parlement haïtien. Mais pour devenir une loi, le document doit être voté dans les mêmes termes par les deux branches. En application du Décret de 2005 sur la Comptabilité et le Budget et suite à un accord avec le Parlement, le Gouvernement a publié le document. Une controverse est née sur la nature du document publié dans le Journal officiel, Le Moniteur. En tout cas, le Budget 2012-2013 de 131 milliards de gourdes est en application depuis le 1er octobre 2012. Le pays fait face à une échéance critique sur le plan de la lutte contre le blanchiment d'argent. Le Groupe d'Action Financière de la Caraïbe (GAFIC) doit évaluer les progrès accomplis dans ce domaine par l'Etat haïtien. La loi modifiant celle de 2001 n'est pas encore votée. Le désaccord entre l'Exécutif et le Parlement sur la formation du Conseil Électoral entrave la tenue de la séance convoquée à l'extraordinaire. L'instabilité politique et sociale n'est pas de nature à favoriser l'investissement direct étranger en Haïti. Entre temps, les prix des produits de première nécessité augmentent sur le marché national. Le déficit commercial se creuse avec les principaux partenaires commerciaux. Le chômage continue d'affecter un fort pourcentage (60-70%) de la population active du pays. Le pays est sous la menace de l'insécurité alimentaire. La Mission du Fonds Monétaire International (FMI) a revu à la baisse les prévisions de croissance économique pour 2012. Le pays ne connaitra pas la croissance et le développement économique si la justice n'est pas indépendante et impartiale. Le pays ne connaitra pas la croissance et le développement économique si le droit de propriété n'est pas garanti, si la section communale n'est pas dotée d'une police qui protège la terre, la culture et l'élevage des paysans. Comme partout ailleurs dans la Caraïbe, le Tourisme peut être le moteur de notre développement. Mais, il ne peut se développer dans un environnement malsain, insalubre, insécurisant et instable. Le problème est chez nous et en nous. Nos dirigeants doivent favoriser la stabilité et la paix sociale en privilégiant le dialogue, le renforcement des institutions et le respect des échéances électorales. II. PLAN SOCIAL Le peuple haïtien, dans sa grande majorité, vit dans une misère abjecte. La paupérisation des couches moyennes de la population s'accélère. Cependant, le peuple haïtien a eu droit à deux grands exercices carnavalesques : le carnaval national, organisé aux Cayes et le carnaval des fleurs, organisé au Champ de Mars. Seules l'éducation et le travail sont de nature à redonner sa dignité au peuple haïtien. Les programmes sociaux mis en œuvre actuellement par le Gouvernement Martelly-Lamothe sont des palliatifs. Les personnes déplacées par le séisme du 12 janvier 2010 qui occupaient l'espace des principales places publiques de Port-au-Prince et de Pétion-Ville ont été relocalisées dans le cadre du Programme 16/6. Mais le camp de déplacés de Canaan ne cesse de s'étendre. Le Gouvernement a déclaré l'Etat d'urgence d'un mois pour venir en aide aux victimes, après le passage de la tempête tropicale Sandy. Sa durée vient d'être prorogée d'un mois (5 décembre 2012-5 janvier 20013). Le Gouvernement doit réduire sa taille et utiliser plus rationnellement les ressources du budget national à des fins de création d'emploi, cesser les voyages tous azimuts, en grand nombre, aux frais du contribuable, lesquels déplacements ne rapportent pas grand-chose. Enfin, les valeurs morales se sont effritées davantage au cours de cette année. La dépravation des mœurs s'est accélérée. Il suffit de parcourir les journaux et scruter les informations circulant sur les réseaux sociaux pour s'en convaincre. Souhaitons que le Peuple haïtien se réveille et se mette debout pour réclamer et favoriser la moralisation de la Gouvernance politique, économique et sociale du pays. A Consulter: Michel Soukar: BILAN de L'ANNEE 2008 Ecouter Michel Soukar : 28 Novembre 1980, Vague de répression visant journalistes et hommes politiques par le régime de Jean Claude Duvalier

mercredi 19 décembre 2012

EDDY-MICHEL DANIEL, DETENTEUR DE LA MEDAILLE DU MERITE AGRICOLE

Eddy-Michel Daniel, détenteur de la médaille du Mérite agricole - Le Nouvelliste | Publié le : 2012-12-18 - Gérard Jeanty Junior Jounty003@yahoo.fr - Eddy-Michel Daniel - On naît avec l'esprit entrepreneurial. On le developpe au contact des influences extérieures. C’est le credo du géniteur de l’Agro Haïti, Eddy-Michel Daniel. Ce dernier s'adonne à l’agriculture. Et rien qu’à cela. A travers son entreprise Agro Haïti, Eddy-Michel veut contribuer à la modernisation de la production alimentaire dans le pays. Son génie se trouve dans la création. Il consacre son temps à créer de nouveaux produits, dans le domaine agricole, pour plaire aux consommateurs. Le propriétaire de Agro Haïti fait du marketing l’axe principal de ses activités. Dans le domaine agricole, il s’est résolu à ne rien négliger: la production, la transformation, la distribution et la commercialisation. Eddy-Michel a pris le produit dans son aspect multidimensionnel. Fraîchement sorti de l’université, Eddy-Michel Daniel a mis sur pied une entreprise spécialisée dans l’importation et la distribution d’un outil servant à mesurer l’humidité des terres cultivables. Epaulé par sa femme, le chef de l’entreprise Agro Haïti lutte pour que la production agricole nationale prenne un nouvel essor. « Je veux contribuer à la modernisation de la production agricole en Haïti. En ce sens, je veux que nous présentions des produits de qualité, comparables ou supérieurs à ceux des autres pays. Je veux aussi que nous progressions dans la transformation et la capacité d’exporter des produits plus compétitifs sur le marché mondial, en termes de qualité et de prix. C’est l’unique façon pour nous de franchir cette étape de production artisanale », soutient-il. A cet effet, Eddy-Michel a fait des études de marché l’une des activités privilégiées de Agro Haïti. « Je les ai entreprises souvent pour comprendre et connaître les goûts et les désirs des consommateurs. Et comme leurs goûts changent constamment, je fais toujours des mises à jour pour présenter de nouveaux produits, des produits capables de répondre à leur besoin », a révélé Eddy-Michel qui fait du marketing le pilier de ses activités. Homme courageux et déterminé, il ne recule pas devant les difficultés. Au contraire, il dit aimer les difficultés puisqu’un entrepreneur doit y faire face quotidiennement. Pour les surmonter, il confie avoir exercé sa capacité d’invention et de création. C’est ce qui lui a permis de devancer ses compétiteurs. Le secteur agricole est l’unique champ dans lequel Eddy-Michel travaille comme professionnel. Il ne se voit pas exercer d’autres professions. « Je retomberai encore dans ce que je suis en train de faire. Car toutes mes activités ont toujours été en relation avec la production agricole, de la ferme à la fourchette », répond-il au cas où il devrait faire quelque chose d’autre. Eddy-Michel se présente comme un homme discipliné qui exécute les choses à la perfection. Le chef de l’entreprise Agro Haïti révèle aussi son défaut : « Je ne sais pas quand dire non. » Quand il prend la route pour se rendre à sa ferme à Thomonde, il s’arrête pour contempler le lac de Péligre. C’est, dit-il, un endroit capable d’attirer de nombreux touristes. Outre le lac, il considère également la rivière qui traverse sa ferme comme un endroit qui pourrait attirer des visiteurs. En famille, Eddy-Michel ne vit qu’avec sa femme. Cette dernière est le cerveau de l’entreprise Agro Haïti. Elle a décroché un diplôme en contrôle de qualité des produits alimentaires et pharmaceutiques aux Etats-Unis. Au sein de l’entreprise, sa femme, dont il s’est gardé de citer le nom, s’occupe de la transformation des produits alimentaires et des études de sol dans les fermes pour déterminer les types d’engrais appropriés. Souvent, le directeur de Agro Haïti se trouve accompagné de sa femme pendant des voyages d’affaires. Et quand il doit voyager seul, cela ne pose pas de problème au sein de sa famille. La lecture constitue le passe-temps favori d’Eddy-Michel Daniel. Ses livres préférés sont ceux qui sont devenus des best-sellers. Il s’intéresse surtout aux livres traitant du monde des affaires, de la gestion, du contrôle de qualité et de la production agro-industrielle. Eddy-Michel est un mordu du football américain. Il apprécie les musiques en vogue dans les différents pays où il a vécu. Eddy-Michel aime aussi les peintures traditionnelles qui représentent les activités journalières. Le géniteur de Agro Haïti avoue avoir réalisé tous ses rêves, sauf celui qu’il caresse ces derniers temps: contribuer à la modernisation de la production alimentaire en Haïti. Gérard Jeanty Junior Jounty003@yahoo.fr