mercredi 31 juillet 2013
LA "BACKWARDATION" D'HAITI: DE L'OCCUPATION DE 1915 AUX CARNAVALS DE MARTELLY (2 DE 3)
La « backwardation » d’Haïti : De l’occupation de 1915 aux carnavals de Martelly (2 de 3) - lundi 29 juillet 2013 - Par Leslie Péan* - Soumis à AlterPresse le 29 juillet 2013 - La résistance contre l’occupation américaine continue dans toutes les villes du pays. À la capitale avec Georges Sylvain de l’Union Patriotique ; les frères François Luxembourg Cauvin et Léger Cauvin ; leur neveu François Cauvin tué en juillet 1916 ; Eugène Heurtelou, Élie Guérin, Doisius Gai ; le sénateur Saint-Louis Thimothé qui refuse la Convention ; les Dr. Armand et Dr. Hollant, Alexandre Lilavois, Christian Fish, Louis Édouard Pouget ; Raymond Cabèche, député des Gonaives qui préfère démissionner au lieu d’accepter la Convention. À Baradères avec Planès Edouard, Eugène André. À Port-à-Piment avec N. Sandaire. Au Trou avec Emmanuel Zéphyrin. Au Limbé avec Marcius Félix. À Fort-Liberté avec Bien-aimé Marcellus. À Saint-Marc avec J. E. Kénol. À Pestel avec J.C.D. Lespérance. À Maissade avec Pierre Pinede. Au Cap-Haitien avec le pasteur Auguste Albert. À Hinche avec Saul Péralte. À Terrier-Rouge avec C. Rosefort.
Mais ce qui se détache absolument de tout archaïsme est le combat armé des Cacos avec Charlemagne Péralte et Benoit Batraville qui demeurent fidèles aux aïeux de 1804. La lutte des Cacos, telle que perçue dès le 2 août 1915 par l’amiral américain Caperton [1] dans son mémo au Secrétaire de la Marine à Washington, donne un sens concret à l’idée de l’indépendance nationale. La résistance armée haïtienne se développe dans le pays caco essentiellement concentré autour des localités Cap-Haitien, Dondon, Saint-Raphaël, Pignon, Carice, Mont-Organisé, Ouanaminthe, Saint-Michel, Marmelade, Poteau, Plaisance, Ennery, Gonaïves. La lutte des Cacos remet la pendule nationale à l’heure dans un pays où les générations nouvelles ont tendance à sous-estimer l’importance de la guerre populaire. Cette facette de l’engagement politique des Cacos est reconnue même par les militaires américains. C’est ce que rapporte Berthoumieux Danache, ex-chef de cabinet particulier du président Sudre Dartiguenave, alors Consul d’Haïti à Cuba en 1924. Il écrit : « Un jour du mois de décembre 1924, un ancien Officier du Corps de Marine des États-Unis vint au Consulat d’Haïti à Santiago de Cuba pour affaires concernant l’Usine sucrière dont il était sous-directeur. Il m’apprit qu’il avait passé quatre années en Haïti, et qu’il eut à se mesurer avec les Cacos de Vallières et de Maribaroux. M. le Consul, me dit-il, nous sommes allés chez vous sans aucun droit. Mais votre pays vous appartient, il faut bien que nous nous en retirions un jour. Le premier devoir des Haïtiens, après notre départ, je vous prie de leur dire de ma part, sera d’élever un magnifique monument à Charlemagne Péralte, c’est Péralte et ses Cacos qui, par leur héroïsme et leur mépris de la mort, nous ont porté, nous Américains, à avoir de la considération pour vos compatriotes. Ne croyez pas, M. le Consul, que nous sommes tous les mêmes aux Etats-Unis. Ils sont nombreux parmi nous ceux qui ont le culte de l’honneur et de la bravoure. Personnellement, je serais content, si je retournais en Haïti, de contempler un tel monument [2]. » D’ailleurs nombre de personnalités américaines ont réfuté les arguments racistes de John Russell et ont lutté aux côtés des patriotes haïtiens pour mettre fin à l’occupation américaine. Parmi ces dernières il importe de mentionner le sénateur démocrate William H. King, de l’État de Utah ; Dr. Ernest Gruening, du journal The Nation ; Leslie Buell, les sénateurs républicains Henrik Shipstead, de l’État de Minnesota ; et William Borah, de l’État de Idaho ; Madame Helena B. Weed, Napoleon B. Marshall, les intellectuels noirs américains Dr. W.E. B. Dubois et J. W. Johnson, ainsi que les directeurs d’opinion J. L. Hatchman, Walter White, Emily Green Balch et Paul H. Douglass.
La capitulation économique - Les forces armées américaines établissent une nouvelle dynamique économique. D’abord, elles s’emparent des revenus de l’État avec le contrôle des douanes et donnent le droit de propriété aux étrangers par une disposition de la Constitution de 1918 adoptée par voie de référendum. Puis, elles imposent la Convention monétaire du 12 avril 1919 liant la gourde au dollar américain. Enfin, elles consolident la dette avec l’emprunt forcé de 23 millions du 26 juin 1922. Sur cette lancée, comme le montre le tableau 1, les forces américaines s’engagent dans une campagne d’expropriation des paysans au profit des compagnies américaines. Le résultat de l’occupation est imposant sur le plan de la désarticulation de la société haïtienne. Pas seulement au niveau de la direction politique d’Haïti mais surtout sur le plan économique. « Nous préparons les Haïtiens à être des subordonnés, écrit la Women’s International League for Peace and Freedom en 1926, à travailler sous les autres, lesquels prennent les responsabilités. Nous leur enseignons à accepter le contrôle militaire comme la loi suprême et à acquiescer à l’usage arbitraire de l’autorité [3]. » L’intervention américaine en 1915 a été décisive pour asseoir l’influence américaine en Haïti. Elle s’est surtout faite pour éliminer l’influence allemande, diminuer l’influence française et permettre aux Américains d’avoir l’hégémonie. Le nouvel ordre, mis en place, garantit les intérêts économiques des commerçants syro-libanais, distributeurs de produits américains en Haïti. Face au journal l’Anti-Syrien, d’un secteur de la bourgeoisie, manipulé par les négociants consignataires, les Syro-Libanais choisissent une manière de s’exprimer bien plus révélatrice que ce qu’on dit d’eux. Ils déduisent la vérité de la réalité avec cette profondeur qui les met en rupture avec tout catéchisme. Affrontant la condescendance avec le sourire, ils éclipsent leurs concurrents et gagnent l’estime de la population malgré le sectarisme dont ils sont l’objet de la part des élites traditionnelles. Ainsi, sans faire de digression, quarante-six (46) d’entre eux assument-ils leur position et signent une pétition en janvier 1921 sollicitant la prolongation de l’occupation américaine. Les signataires de cet appel sont : M.J. Kour, John Stambouly, Pierre Sada, Maurice Gebara, Albech Kayen, M.J. Souckar, Joseph Fadoul, Antoine Gebara, Boulos Gebara, Adih Khawly, Nageb Sada, John Boulos, A.B.Bacha, Antoine Abraham Freres, Motes Saieh, S. H. Talamas, John Bross, Ch. Fara, Joseph Jacob, Elias Georges, Abraham Douran, Victor Bigio, Jean Marsouka, Narcis Antoine, Joseph Kassar, E.F. Karpan, Michel Zuraich, Esper Bacah, Habb Joseph, J. Niconla, Joseph Marsouka, Alfred Nicolas, Ch. Marsouka, N.J. Kouri et Joseph Kouri [4]. Le pragmatisme des Levantins triomphe. Ils s’adaptent au pays et se construisent des sympathies dans les classes moyennes tant en province qu’à la capitale. Leur stratégie brille d’un vif éclat au point qu’en février 1943, sur un total de 1550 colis importés en Haïti, 1470 colis sont importés par les commerçants étrangers et 80 seulement par les commerçants haïtiens [5]. Ernest Chauvet, propriétaire-directeur du journal Le Nouvelliste refuse d’embellir les choses et dit la vérité. Il constate la « backwardation » du Pi ta Pi Tris. Dans sa passion d’authenticité, il déclare : « Pas une maison haïtienne n’a pris la place des Maisons Allemandes et Italiennes. Vraiment, c’est un cas unique dans l’Histoire d’un Peuple après 140 ans d’Indépendance. Être, en date, la première République Latino-Américaine, et la deuxième du Continent, et faire cette triste constatation, avouons que c’est pénible. …. Non ! dans le Commerce d’Haïti, les Haïtiens ne sauraient être uniquement des détaillants et des boutiquiers. Nous voulons voir parmi ceux qui ont les possibilités de prendre une patente de Négociant-Consignataire, un nombre pour le moins égal d’Haïtiens et d’étrangers [6]. » L’intervention américaine donne un coup de pouce à la faction mulâtriste des élites haïtiennes. Elle met fin au grotesque des gouvernements éphémères en proie à la grave crise financière de la période 1913-1915, au cours de laquelle Haïti a connu quatre présidents en deux ans. Mais elle ouvre une nouvelle ère d’humiliation pour les patriotes haïtiens. Une période d’aggravation de leur condition. Après le départ des marines américains, en 1934, le gouvernement de François Duvalier les fera revenir, en 1959, avec la Mission militaire américaine. Dans la même mouvance, Duvalier offrira aux Américains le Môle Saint Nicolas pour l’établissement d’une base navale [7]. Après le départ des Duvalier en 1986, on assiste à un parfait chassé-croisé des militaires au pouvoir qui se termine par le gouvernement lavalasse de 1990. Sous des formes caricaturales, le populisme archaïque s’étale sous des formes feutrées ou ouvertes. - Des empreintes aujourd’hui effacées - La situation politique, qui a déterminé l’occupation d’Haïti, en 1915, s’est reproduite, en 1991, ouvrant la porte à des occupations à répétition en 1994 et depuis 2004. Les interrogations de base demeurent au point où les ambassadeurs accrédités en Haïti sont intervenus avec force pour demander la vérification des résultats des élections présidentielles de décembre 2010. En mutilant la conscience du peuple haïtien, ces ambassadeurs ont tiré, à bout portant, sur le vote populaire et réalisé, avec obstination, l’érosion politique qui a accouché du pouvoir actuel. L’éclatement s’est fait à l’envers avec le pouvoir rose. Délire. Pour tenter d’arriver à un environnement stable, on verra l’ambassadeur américain déterminer la nationalité haïtienne de Michel Martelly ou encore décider de la date des élections législatives et municipales en 2013 ou 2014. À la fin du 19e siècle, le professeur français C. Texier avait étudié le Corps diplomatique accrédité en Haïti en relevant leurs empreintes aujourd’hui effacées. Toutefois, elles demeurent gravées dans nos mémoires, au-delà de la saisie du temps. Texier avait conclu alors que ces diplomates « flattent les passions malsaines des Haïtiens, les trompent, les exploitent, se livrent aux trafics inavouables, fomentent les guerres civiles, et, se mettant aux trousses des ambitieux, les aident, les poussent dans les menées indignes, préparent avec eux les criminels coups de main et ne visent qu’à troubler les eaux haïtiennes pour y pêcher à leur aise [8]. » Le Corps diplomatique intervenait dans les affaires haïtiennes, particulièrement dans la protection des intérêts des négociants consignataires étrangers. En effet, ces derniers violaient les lois haïtiennes et se livraient au commerce de détail, faisant ainsi une rude concurrence aux commerçants haïtiens. On se rappelle que l’illustre Anténor Firmin, ministre des Finances en 1890, avait pris les dispositions pour faire appliquer la loi de 1876 interdisant aux étrangers le commerce de détail. Il sera l’objet de toutes les intrigues jusqu’à son remplacement à ce ministère, ce qui avalise ainsi le contrôle des commerçants étrangers sur le gouvernement haïtien. Cela portera C. Texier à écrire : « Les agioteurs louches, les malfaiteurs les plus tarés ont leur entrée à toute heure dans les consulats ; les consuls, les ministres les accueillent avec des marques de respect et de familière sympathie, et les reconduisent jusqu’au seuil des légations, jusqu’au marchepied de leur voiture, réservant leur hautain mépris, leurs allures cassantes, leurs insolents refus de protection aux nationaux qui ont le tort d’être des hommes d’honneur [9]. » On aurait tort de croire que ces agissements du corps diplomatique sont dénués de considérations matérielles. Ce ne sont pas des intérêts stratégiques uniquement qui sont défendus. De toute façon, ces intérêts stratégiques se transforment en espèces sonnantes et trébuchantes en fin de compte. À l’époque, après chaque prise d’armes, il y avait des réclamations pour les incendies et dommage subis par les commerçants de la place. Cela donnait lieu à un trafic d’indemnité dans le cadre d’un échange de bons procédés. « Ce trafic d’indemnités, selon Texier, donne lieu aux plus scandaleuses combinaisons ; les sinistrés, qui ont d’abord décuplé le chiffre des dommages éprouvés par eux, doublent la somme pour faire la part de leurs consuls, et la triplent encore pour que le ministre haïtien des affaires étrangères ait sa part du job [10]. » - Les radiés de la liste rouge - L’interminable cortège des malheurs haïtiens connaît deux derniers tours d’intransigeance, avec le coup d’État de septembre 1991 et l’embargo de 1991-1994 qui coincent, en fait, tous les protagonistes. Haïti est écartelée dans un carrefour de contradictions où diplomates et lobbyistes ont la partie belle. Lucidité et courage ayant manqué de part et d’autre, les protagonistes haïtiens pourront difficilement se soustraire à l’empreinte extérieure. Le 4 juin 1993, le président américain William Jefferson Clinton acquiesça aux demandes des lobbyistes du président Jean-Bertrand Aristide et décida d’annuler les visas et d’interdire la rentrée, sur le territoire américain, de tous les Haïtiens, liés de près ou de loin au renversement de ce gouvernement. La présidence Clinton place, sous séquestre, les actifs de ces personnes aux États-Unis et interdit toute transaction avec elles. C’était la dernière phase des mesures coercitives, prises par le gouvernement américain pour porter l’Organisation des États américains (Oea) puis l’Organisation des Nations Unies (Onu) à renforcer son embargo contre Haïti. - Des mesures, qui seront prises le 16 juin et qui seront effectives le 23 juin. - Enfin, le 30 juin 1993, le décret (Executive Order) du président Clinton bloque toutes les transactions commerciales avec Haïti. Le pays est placé sous embargo pétrolier et commercial. Le Département du Trésor américain procède à la radiation de milliers d’Haïtiens des listes d’individus pouvant fouler le sol américain. Ils sont placés sur une liste rouge par le Foreign Control Asset (FCA) et on les appelle Specially Designated Persons (SDP) c’est-à-dire Personnes Spécialement Désignées. Le plaidoyer américain pour le mouvement lavalasse est offensif. L’échantillon des Personnes Spécialement Désignées, présenté au tableau 2, indique, en clair, que les plus hautes cibles sont visées. Le Département du Trésor américain augmente l’univers des Haïtiens SDP au fil des jours, avec la publication de nouvelles listes de noms. Cela renforce la situation d’atomisation des milieux d’affaires, d’une part, mais aussi les brouilles et les luttes d’influence, d’autre part, au sein de ces milieux. Le résultat net pour Haïti est qu’il n’y a plus de repères. On peut difficilement tenir quelque chose pour acquis. Les milieux d’affaires haïtiens ont appris, à leurs dépens, que la direction de la politique extérieure américaine est déterminée par les lobbyistes qui peuvent assouplir ou renforcer les politiques contre rubis sur ongle. Le pactole des millions des entreprises publiques haïtiennes dans les banques américaines a mis le président Aristide en meilleure posture pour réoccuper la présidence en Haïti que ceux qui l’avaient éjecté du pouvoir. En effet, selon le Wall Street Journal, « À l’été 1994, la législature d’Haïti a affirmé avoir la preuve que le 15 Avril, Aristide avait déjà tiré 49,9 millions de dollars du compte bancaire de la compagnie de téléphone, qui contenait initialement 53 millions de dollars [11]. » Tableau 2. Un échantillon des Personnes Spécialement Désignées (SDP) La mesure d’interdiction de rentrer sur le territoire américain et de blocage des comptes ne concerne pas uniquement des individus, mais leur famille élargie.
Par exemple, sur la liste rouge, les familles suivantes ont été ainsi affectées : Vorbe, trente-un (31) membres ; Acra, dix-neuf (19) membres ; Brandt, seize (16) membres ; Armand, neuf (9) membres ; Mevs, huit (8) membres ; Nadal, huit (8) membres ; Mourra, six (6) membres ; Moscoso, six (6) membres ; Cassis , six (6) membres ; Madsen, cinq (5) membres ; Bailly, cinq (5) membres ; Bigio, quatre (4) membres ; Saieh, quatre (4) membres ; Khawly, trois (3) membres. Parmi les victimes, il y a des alliés de la politique américaine en Haïti de plusieurs générations couvrant plus d’un siècle. On remarquera que même des syro-libanais sont écartés dans cette coupe sombre sans artifices. Des gens, qui se considéraient du bon grain, sont arrêtés à leur descente d’avion aux États-Unis et découvrent, avec stupéfaction, qu’ils sont devenus de l’ivraie. Étrange mesure d’interdiction ! Le temps sucré est terminé. Commence celui de la paralysie et du doute. (À suivre)
* Économiste, écrivain - ** Un acre est égal à 0.40 hectare. [1] United States Congress, Inquiry Into Occupation and Administration of Haiti and Santo Domingo, Volume 1, Senate Select Committee on Haiti and Santo Domingo, Washington, D.C., 1922, p. 313. [2] Berthoumieux Danache, Le président Dartiguenave et les Américains, P-au-P, Imprimerie de l’État, 1950, Editions Fardin, 2003, p. 77. [3] Emily Greene Balch, ed., Occupied Haiti, New York, The Writers Publishing Company, Inc., 1927, p. 153. Lire aussi Leslie Péan, Économie Politique de la Corruption. T.III, Le Saccage 1915-1956, p 108-109. [4] Pour la lettre des Syriens, il faut lire Alain Turnier, Les États-Unis et le marché haïtien (1955), P-au-P, Collections de la BRH, 2011, p. 190-194. Pour la liste des signataires de la lettre, il faut lire Vernet Larose, « La réussite commerciale de la diaspora syro-libanaise, notes de recherche, Haïti Nation, 22 juillet 2012.[5] Ernest G. Chauvet, « Triste constatation », Le Nouvelliste, 16 janvier 1943. Lire aussi Ernest G. Chauvet, « Revenons à la charge », Le Nouvelliste, 22 janvier 1943. Lire également Ernest G. Chauvet, « Ce qu’on pourrait faire », Le Nouvelliste, 26 janvier 1943. Lire enfin Ernest G. Chauvet, « Nouvelle constatation », Le Nouvelliste, 1er février 1943. [6] Ernest G. Chauvet, « Triste constatation », Le Nouvelliste, 16 janvier 1943. [7] Charles T. Williamson, The U.S. Naval Mission To Haiti 1959-1963, Naval Institute Press, Annapolis, Maryland, 1999, p. 160. [8] C. Texier, Au pays des généraux, Paris, C. Lévy, 1891, p. 287. [9] Ibid, p. 293. [10] Ibid, p. 300-301 [11] « In the summer of 1994 Haiti’s legislature claimed it had proof that as of April 15, Aristide had drawn $49.9 million on the telephone account, which had originally contained $53 million », Maria Anastasia O’Grady, « What Haiti Can Teach Us About Honduras, After Clinton backed Aristide, key Democrats went into business with the Haitian », Wall Street Journal, August 3, 2009.
LA "BACKWARDATION" D'HAITI: DE L'OCCUPATION DE 1915 AUX CARNAVALS DE MARTELLY
La « backwardation » d’Haïti : De l’occupation de 1915 aux carnavals de Martelly (1 de 3)
dimanche 28 juillet 2013 - Par Leslie Péan* - Soumis à AlterPresse le 28 juillet 2013
En économie financière, généralement les prix des contrats à terme pour les actifs financiers (forward price) sont plus élevés que leur prix au comptant (spot price). On parle de « backwardation » lorsque c’est le contraire, c’est-à-dire lorsque les prix des contrats à terme sont inférieurs aux prix au comptant. Cette expression de la valeur peut s’appliquer à la fois aux choses et aux êtres humains. En 2011 le PIB réel per capita d’Haïti est de 1 034 dollars, soit 25% moins de ce qu’il était il y a 20 ans, en 1991 [1]. Près de 80% de la population vivent avec moins de deux dollars par jour, alors que ce chiffre était de 70% il y a 20 ans. L’environnement des affaires reste peu attrayant. Au tableau de bord de l’économie, tous les indicateurs sont au rouge. Selon Doing Business Indicators, Haïti est au 174e rang sur 185 pays, tandis que selon l’indice de compétitivité mondiale 2012-13 (Global Competitiveness Index), Haïti se classe 142 sur 144 pays. La volatilité de l’économie haïtienne est due essentiellement à la situation politique marquée par un refus d’institutionnalisation de la part des dirigeants politiques. Tout comme la situation de l’environnement international reflète le cancer du déport (backwardation) en phase terminale, la raréfaction de l’offre de gouvernance associée à l’équipe au pouvoir est un signe annonciateur du point de rupture. Les élections municipales et législatives qui devaient avoir lieu depuis décembre 2011 sont constamment renvoyées par le pouvoir exécutif. Enfin le déficit fiscal, l’absence d’électricité malgré les prix très élevés du kilowatt-heure ($0.35/kWh) et l’inflation des produits alimentaires créent une situation désespérante pour plus de 80% de la population. C’est clair qu’on ne peut pas dire « Haïti is open for business ». Avec moins de 2% de couverture végétale sur l’ensemble du territoire, il y a un refus de l’avenir et la destruction de l’environnement ne laisse guère d’espoir pour les générations futures.
La chasse à la pensée critique - On peut dire globalement que c’est la crise des finances publiques et la dette rongeant Haïti depuis sa naissance au monde qui ont abouti à l’occupation américaine de 1915-1934 et à toutes les occupations étrangères subséquentes. Cette longue crise ne cesse de s’aggraver avec l’augmentation de la population et la diminution de la capacité productive du pays. Mais cette crise prend aussi d’autres proportions du fait même qu’elle bloque l’émergence du savoir et de la réflexion critique sur l’organisation de la société. Il y a donc autant au niveau de la matière (économie) qu’à celui de la pensée (philosophie) un vide expliquant le mal de la routine à la petite semaine des partisans de la force qui se battent pour le pouvoir politique. D’où divisions absurdes et querelles dérisoires pour accaparer une grande partie de la rente dans un conservatisme sans souffle et sans génie. La puissance de scandale des prébendes n’a jamais pu avoir d’effet fécondateur pour le développement de la société. Entretemps, il s’est développé une lumpen pensée en déphasage total avec le mouvement social. Les doléances des masses paysannes se sont multipliées à mesure que la société des baïonnettes se renforçait dans la cupidité sans cœur des élites. La gouvernementalité, en donnant l’illusion d’une société homogène culturellement, n’a pas permis d’intégrer la complexité sociale héritée de la colonie de Saint Domingue pour construire la cohésion nationale à travers, entre autres, une saine gestion de la situation agraire. Le dirigisme d’État a perverti les comportements des acteurs sociaux dominants et le nationalisme s’en est ressenti. Enfin, l’acceptation de la dette de l’indépendance a non seulement empêché la transition historique vers un capitalisme national, mais a surtout augmenté l’ampleur des disparités économiques et sociales. Le faible niveau de couverture des besoins essentiels (éducation, santé, logement, alimentation) a conduit à la perte des références. On peut être abasourdi, embarrassé ou humilié par le discours si peu imaginatif qui suit, mais il n’empêche que cela signifie l’implantation d’une mentalité de régression et d’incompétence. Dans cet entendement, « Plus un Haïtien est instruit, plus, suivant l’opinion courante, il est impropre à l’exercice du pouvoir. Gouverner tout un peuple est une chose facile que chacun y peut prétendre excepté ceux qui, poussés par nous ne savons quels préjugés ridicules, ont cru que c’était là une science exigeant de longues études, une observation minutieuse des phénomène sociaux, et, plus simplement, la connaissance des règles de gouvernement et d’administration [2]. » Le cynisme est devenu d’une telle banalité qu’on se demande si les gens qui émettent de telles opinions ont tout leur esprit. Cet indice de régression de la mentalité des élites est d’autant plus révoltant qu’il vient du journal Le Soir en 1902 dirigé par l’intellectuel Justin Lhérisson. Avec une telle façon de voir, la société rentre dans une situation de déport « backwardation » sociale caractérisée par le fait que l’avenir est pire que le présent. Pi ta pi tris . Ce que le journal Le Soir continue de traduire en ces termes : « N’est-il pas bien entendu, une fois pour toutes, qu’Haïti est un pays exceptionnel ! Que faut-il pour être chef d’État haïtien ? Comme on posait une fois cette question à Mesmin Lavaud (grand journaliste des années 1873-1890), qui était un sceptique doublé d’un ironiste, il répondit : Savoir se tenir à cheval. Voilà toute la science. Il n’en faut pas d’autre. Et puis comme disait un vieillard de ma connaissance : ce ne sont pas les hommes instruits qui ont fait l’indépendance. »
Flirtant avec la sénilité, cette forme de pensée chantant la légitimité de l’absurde revendique toutes sortes de voltiges. Pourtant, elle inspire encore une interprétation misérabiliste excessive de la réalité historique haïtienne. La fermeté de pareilles convictions valorise le discours de la déraison en privilégiant tous les amalgames. La porte est grande ouverte à l’irrationnel, à l’occulte, à l’ésotérisme et à toutes les superstitions qui feront le lit de l’occupation américaine. Or, la moindre analyse reconnaît que la société haïtienne depuis Saint-Domingue est composite et plurale. Elle naît autant des révoltes de Blancs contre l’administration coloniale suite à la révolution française de 1789, que des revendications des affranchis culminant dans le mouvement d’Ogé et de Chavannes du 28 octobre 1790, qu’enfin de la révolte des esclaves qui a abouti à la grande nuit du 22 août 1791. Une diversification qui se retrouve dans les signataires de l’Acte de l’Indépendance de 1804 avec 24 Mulâtres, 11 Noirs et un Blanc.
L’effet boule de neige - La dynamique des luttes de pouvoir a établi des rapports entre l’homme et la nature d’une part et des rapports sociaux d’autre part qui sont d’une grande hostilité produisant systématiquement de la destruction. Les dissensions haïtiennes ne peuvent pas être écartées dans l’exposé des causes de l’occupation américaine. Les luttes pour le pouvoir sont terribles et donnent naissance à un courant annexionniste qui joue toutes ses cartes pour demander aux Américains d’intervenir en Haïti. C’est le cas avec Alain Clérié qui écrit le 21 février 1911 au Président américain William H. Taft : « Je termine ces lignes, où saigne mon âme meurtrie par les détresses de mes compatriotes, en sollicitant de votre bienveillance, dans le cas où vous vous seriez laissé pénétrer par la pureté et la sincérité de mon intention et de mes sentiments, qu’elle daigne me faire l’honneur de m’inspirer quant aux moyens de provoquer l’influence ou le contrôle effectif sur Haïti du gouvernement des Etats-Unis [3]. » On voit également les positions prises par Louis Édouard Pouget, représentant d’Haïti en Allemagne qui dit au Département d’État, par son émissaire Morgan Schuster, le 21 décembre 1910, qu’Anténor Firmin est financé par un groupe de banquiers français pour retourner en Haïti prendre le pouvoir et combattre les intérêts américains. Les informations envoyées par Pouget ont fait l’objet d’un mémo détaillé du Département d’État envoyé au Président des Etats-Unis, lequel mémo est reproduit dans le dernier tome de la série de Roger Gaillard [4]. Comme on le sait, Firmin ne fut pas autorisé à débarquer en Haïti aussi bien le 8 janvier 1911 au Cap-Haitien, le 14 janvier 1911 à Port-au-Prince et le 7 août 1911 également à Port-au-Prince. Il s’en ira mourir à Saint Thomas le 19 septembre 1911 [5]. Ce qui transparait ici, ce sont les effets du coup de langue de Louis Édouard Pouget. Une question qui préoccupe déjà les Grecs du VIIe siècle avant Jésus-Christ. En effet, la littérature d’alors raconte comment Xantus, le maitre d’Ésope, lui ayant dit d’acheter au marché ce qu’il y avait de meilleur, puis ce qu’il y avait de pire, celui-ci acheta chaque fois que de la langue. Xantus lui demanda pourquoi cette constance. Ésope répondit que, selon l’usage que l’homme en fait, la langue peut être aussi bien la meilleure que la pire des choses. Enfin, les luttes politiciennes aboutissent au massacre de 167 prisonniers politiques par Charles Oscar, chef de la police, le 27 juillet 1915. Parmi les victimes, on peut compter les trois frères Seymour, Sievers et Maurice Polynice, Alfred Celcis, Justin Turnier, Gaspard Nérette, etc. Ce sera le dernier prétexte utilisé par les Américains pour débarquer le lendemain 28 juillet, ce d’autant plus que Charles Oscar avait été massacré en représailles, ainsi que le président Vilbrun Guillaume Sam qui s’était réfugié à la Légation de France. Pas besoin d’apparente retenue. La décision longtemps prise d’occuper Haiti est appliquée. Sans excuses. Des raisons humanitaires sont même évoquées.
Les luttes contre l’occupation - La ligne principale de l’occupation est d’ouvrir Haïti au capital américain en mettant au pouvoir une classe politique locale totalement vouée à la défense de leurs intérêts à travers la création de la Garde d’Haïti. Toute représentativité est enlevée aux Haïtiens. John Russell, le haut-commissaire américain, avait déclaré à Washington que les Haïtiens étaient des incapables qui avaient une « mentalité d’un enfant de sept ans » [6]. Russell reprenait avec ses propres mots les thèses racistes d’Alvey A. Adee, Assistant Secrétaire d’ État américain, qui eut à dire en 1888 que « Haïti est une nuisance » [7]. De plus, dans une lettre à son neveu Kermit Roosevelt datée de 1906, Théodore Roosevelt disait que « Haïti est en train de devenir une terre de nègres sauvages qui retournent au vaudou et au cannibalisme » [8]. Des thèses racistes farfelues qui seront d’ailleurs reprises et diffusées par l’écrivain américain John Houston Craige, un ex-capitaine des marines accrédité en Haïti, dans ses ouvrages Black Bagdad et Canibal Cousins en 1933 et 1934. L’occupation américaine jette sur Haïti un discrédit qui n’est plus sournois mais de bon ton. Il s’est donc agi pour les troupes américaines de façonner les élites haïtiennes afin de faire rentrer dans leur tête une autre vision du monde moins tournée vers l’Europe. En dépit du fait que nombre de pistes ont été brouillées et bien des traces effacées, la traversée du siècle depuis l’occupation de 1915 a donné les résultats escomptés. À la force de pensée des Jacques Roumain et Jean Price-Mars a succédé celle des dilettantes de la trempe des Jean-Claude Duvalier, président à 19 ans et des Michel Martelly. L’opinion raciste du brigadier John Russell ne doit pourtant pas cacher une autre qui reflète plutôt la geste de Charlemagne Péralte. En effet, l’élan donné par la lutte armée menée par Charlemagne Péralte et les Cacos seconde manière a été hautement apprécié par les Américains qui ont compris que le peuple haïtien avait aussi de mystérieux ressorts qui se détachent de tout archaïsme. À moins d’être aveugle, ces ressorts réfutent la thèse raciste du brigadier américain. Et ils sont nombreux. Cela commence avec Joseph Massieu et le soldat Joseph Pierre Sully tué par les marines le mercredi soir du 28 juillet 1915. Puis il y a les soldats Macédoine, Macius, Ledan, Occilius, Saintilus et le capitaine-adjudant du régiment d’artillerie de l’arsenal qui ont été blessés. Cela continue avec Joseph Jolibois qui écrit au journal Le Matin le 31 juillet 1915 pour protester contre le débarquement des marines et appeler à l’union de tous les Haïtiens pour « sortir de l’impasse dans laquelle nous sommes. » Certains se suicident comme c’est le cas avec Edmond Laforest du journal La Patrie, en signe de protestation en octobre 1915. D’autres partent en exil et refusent de remettre les pieds en Haïti tant que le pays est occupé. C’est le cas avec le Dr. Rosalvo Bobo. (À suivre)
* Économiste, écrivain
[1] IMF Country Report, no. 13/90, March 2013. - [2] Le Soir, numéro 160, 1902 dans Jean Desquiron, Haïti à la Une, Tome II 1870-1908, P-au-P, 1994, p. 205. - [3] Voir Archives Nationales de Washington, 838.00/528, cité par Roger Gaillard in « L’Impérialisme sait aussi attendre », Le Nouveau Monde, P-au-P, 30 novembre 1977 et 1er décembre 1977. Voir aussi Roger Gaillard, La République Exterminatrice – Antoine Simon ou la Modification (décembre 1908-février 1911), t. 6, Imprimerie Le Natal, P-au-P, 1998, p. 178-180. - [4] Roger Gaillard, La République Exterminatrice – Antoine Simon ou la Modification (décembre 1908-février 1911), op. cit., p. 146. - [5] Leslie Péan, Comprendre Anténor Firmin – Une inspiration pour le XXIe siècle, P-au-P, Presses de l’Université d’État d’Haïti, 2012. - [6] Arthur C. Millspaugh, Haiti under American control, 1915–1930, Boston, Mass., 1931, p. 110. - [7] “The turning of Haïti into a land of savage negroes, who have reverted to voodooism and cannibalism”, Théodore Roosevelt to Kermit Roosevelt, November 14,1906, in Brenda Gayle Plummer, Haïti and the Great Powers, op. cit. p. 5. - [8] Jean Desquiron, Haïti à la Une, t. II 1870-1908, Port-au-Prince, 1994, p. 141
jeudi 9 mai 2013
CHANGEMENT ET RUPTURE: NI DUVALIER NI ARISTIDE: CE SONT LES DEUX FACES DE LA MEME MEDAILLE
Le Nouvelliste | Publié le : jeudi 02 mai 2013
Changement et rupture: ni Duvalier ni Aristide : ce sont les deux faces de la même médaille !
Auteur:Georgemain PROPHETE Quartier-Morin
Par : Georgemain PROPHETE* 29 avril 2013 Je suis né à la fin du règne de Paul Eugène Magloire. J'ai grandi sous celui de Duvalier père. Il n'y a pas vraiment grand-chose dont je me souvienne si ce n'est qu'à la mort de François Duvalier, nous avions eu peur même de chuchoter la nouvelle. Peur que ce ne fût qu'une rumeur comme il y en eut tant d'autres à cette époque. Si nous colportions la nouvelle et que ce n'était pas vrai, nous courrions le risque de très grandes représailles. J'ai commencé à avoir une conscience de la chose politique sous Jean-Claude Duvalier. Son père avait fait la révolution politique alors que lui, disait-il, nous promettait la révolution économique. Nous étions très excités à l'idée de cette transformation économique et étions très curieux de voir à quoi ressemblait un président à vie. Et quand, en 1971, il fit sa première visite officielle au Cap-Haïtien, nous étions en nombre imposant, sur la place de la Douane, pour le voir de près et écouter son discours. Nous étions jeunes, enthousiastes et pleins de rêves pour ce pays. Puis se succédèrent des évènements en cascade qui ont changé le cours de choses en Haïti : l'assassinat de Gasner Raymond en juin 1976, la rafle des journalistes du 28 novembre 1980, la visite du pape Jean-Paul II en Haïti et le départ de la famille présidentielle pour la France à l'aube de ce vendredi 7 février 1986 pour un exil qui aura duré 25 ans. Le début de la transition J'étais dans les rues ce vendredi 7 février 1986 devant le palais national, pour assister à l'intronisation du Conseil national de gouvernement, puis aux Gonaïves le mardi 11 février pour participer à la célébration de la naissance de la Nouvelle Haïti, Haïti Libérée, comme nous l'appelions et, enfin le mardi 25 février pour la montée du bicolore bleu et rouge en remplacement du drapeau noir et rouge. J'ai suivi, avec beaucoup d'intérêt, les péripéties du CNG pour mettre en place le premier Conseil électoral provisoire (CEP), en particulier les échanges entre feu Me François Saint-Fleur, ministre de la Justice et Jean L. Dominique qui, par une simple intervention au cours de la conférence de presse du gouvernement pour présenter la loi électorale, a changé le cours des évènements politiques en Haïti. J'ai suivi le massacre de la ruelle Vaillant, l'instrumentalisation de ses conséquences politiques et la décision de ne pas proclamer Me Gérard Gourgue, président élu de la République. J'ai suivi la mascarade du dimanche 18 janvier 1988 qui a vu le professeur Leslie François Manigat nommé président de la République au grand dam d'un autre candidat moins disant. Quatre (4) mois plus tard, il a été renversé alors qu'il festoyait en compagnie des siens. On rapporte qu'il n'avait rien vu venir. J'ai suivi le coup d'État qui a porté au pouvoir l'autoproclamé général-président Prosper Avril, le 18 septembre 1988 et le déchoukaj en règle qui s'en est suivi : capitaines, colonels, généraux et plusieurs hauts gradés de la défunte armée ont laissé leur peau et leur grade au cours de ces moments mouvementés de notre histoire. J'ai suivi la tentative de coup d'État des colonels Rébu, Qualo et Biamby et la guerre militaro-militaire qui s'en est suivie. D'un côté, les unités militaires du palais appuyés par le Corps des Engins lourds, de l'autre, les Casernes Dessalines et le Corps de Léopards. Le général-président gagna la bataille, mais cet affrontement aura laissé des fissures profondes au sein de l'institution militaire. C'était la goutte d'eau qui allait faire déverser le verre des Forces armées d'Haïti. Le compte à rebours a alors commencé. La descente aux enfers pour nos militaires était devenue inéluctable. Ça fait 19 ans que cela dure ! Et quand, Clarens Renois, éminent journaliste de Radio Métropole, a été reçu dans les bureaux du général-président pour une interview sur la dégradation de la situation politique et que le général Avril a suggéré qu'une démonstration des forces du béton (mobilisation de masse dans les rues de la capitale) lui suffisait pour remettre le pouvoir, le général Abraham n'avait qu'à se frotter les mains. Les portes du pouvoir intérimaire lui étaient grandes ouvertes. Il y siégera, en effet, pendant 72 heures : le temps de désigner un successeur au général-président. Il fallait quelqu'un qui acceptât d'organiser des élections libres, honnêtes et démocratiques en Haïti. Madame Ertha Pascal Trouillot accepta de relever le défi et reçut l'intronisation des mains du général Abraham. On se rappelle ces paroles célèbres du général au garde-à-vous : Madame la présidente, les Forces armées d'Haïti sont à vos ordres ! J'ai eu le privilège et l'honneur d'être reçu au palais national par cette grande dame dans le cadre des démarches pour la participation du FICA au championnat des Clubs champions de la CONCACAF. Ce fut un moment exceptionnel. Le paysage politique haïtien pâtit du manque de ces êtres humbles de tempérament, mais forts de caractère et de personnalité qui respectent la parole donnée, c'est-à-dire qui cultivent cette noble qualité de s'en tenir à leurs engagements quand ils les ont pris. Elle avait promis d'organiser les élections. Elle les a organisées en dépit des difficultés de tous ordres rencontrées sur sa route, en dépit des défections au sein de son gouvernement, en dépit du coup d'État manqué du 7 janvier 1991, en dépit du déchoucage qui a suivi ce putsch manqué, en dépit du risque personnel qu'elle encourait, vu les circonstances de l'époque. Après coup, elle témoignera au micro de Valéry Numa, sur Radio Vision 2000, que sa plus grande peine est qu'elle soit obligée de porter, encore aujourd'hui sur le dos, une tâche rouge sur sa robe immaculée. Elle faisait référence à son arrestation et son emprisonnement au pénitencier national après avoir passé le pouvoir à Jean-Bertrand Aristide. L'élection d'Aristide et le régime lavalas : ce devait la fin de la Transition ! Recruté sur concours, en mars 1976, comme beaucoup d'autres qui, comme moi, ont fréquenté l'École nationale des douanes, je suis de la génération de douaniers d'expérience tels que : Edouard Vales Jean-Laurent et Jean Jacques Valentin, tous les deux plusieurs fois directeur général des Douanes, Fritz Deshommes, actuel vice-recteur à l'Université d'État d'Haïti, Allrich Nicolas, boursier du gouvernement allemand, ancien ambassadeur d'Haïti en Allemagne et ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de madame Michèle Pierre-Louis, le professeur Camille Charlmers, grand altermondialiste de son état, Aliette Joseph, les frères Charles et Serge Audate et j'en passe. En 1990, j'ai profité du fait que l'Administration générale des douanes m'ait refusé une promotion que je croyais me revenir de droit pour demander au directeur général d'alors, mon ami Claude Grand-Pierre, ma mise en disponibilité pour une période indéterminée. La lettre était datée du 4 décembre. Les élections présidentielles étaient programmées pour le 16 décembre. J'ai assisté, à la Barrière Bouteille, à l'entrée triomphale du candidat Jean-Bertrand Aristide au Cap-Haïtien. Après avoir écouté son intervention sur la place Toussaint Louverture de la rue 3 devenue, depuis, le plus grand marché de la ville, il ne faisait aucun doute dans mon esprit que le prêtre des pauvres allait gagner les élections. Le contraste entre son intervention et celui de K-Plim était trop saisissant. Il y avait comme de la magie dans le verbe d'Aristide. J'ai su que j'avais fait le bon choix en démissionnant de la douane parce que l'avalanche qui s'annonçait allait tout emporter sur son passage. Lavalas est effectivement arrivé au pouvoir et a tout balayé, ou presque. En tout cas et juste pour donner une idée des dégâts au niveau de l'administration publique haïtienne, sur les 40 employés qui émargeaient au budget de l'Administration générale des douanes pour le bureau du Cap-Haïtien, une commission a débarqué dans la ville une fin de semaine et a, sans aucun ménagement, aucune forme et aucuns égards, révoqué 39 employés sur les 40 de sorte que, le lundi matin, il était impossible pour la douane de liquider les taxes pour les marchandises importées faute de cadres capables de préparer un bordereau. On a dû repêcher un sous-directeur et un employé pour combler le vide en attendant le recrutement des militants. En cette année 1991, le régime lavalas paraissait solide comme un roc. Sauf qu'à un certain niveau dans les sphères du consensus de Washington, la décision était prise d'en finir avec lui. Ces rumeurs ont été reçues avec beaucoup d'incrédulité que ce soit de la part du pouvoir, encore plus de la part de beaucoup d'observateurs : un président aussi populaire ne pouvait pas être renversé ! Surtout après avoir célébré la réconciliation avec l'Armée qui n'avait, tout de même, pas apprécié la mise à pied des membres de son État-major le jour même et au cours du discours d'investiture du président. Et pourtant, comme Manigat avant lui, le président Aristide a été renversé par le coup d'État du 30 septembre 1991 bien que, contrairement à son prédécesseur et trois (3) ans plus tard, il sera rétabli dans ses fonctions grâce à la diligence du président américain Bill Clinton qui a mis, pour cela, vingt mille (20 000) soldats de l'armée américaine à sa disposition. Le retour d'Aristide : Retour à la case-départ ! J'ai fait la connaissance de Me Emile Jonassaint à Port-de-Paix en 1983. Je venais d'être installé comme directeur de la douane et le directeur sortant a eu l'amabilité de me faire faire un tour de ville. Je fus introduit au patriarche qui prit beaucoup de plaisir à me rappeler qu'il a vécu au Cap-Haïtien dans les années 1940 et fréquenté, lui aussi, le collège Notre-Dame du Perpétuel Secours. Donc, quand il a pris sur lui la décision de laisser entrer les Américains pour éviter le bombardement de Port-au-Prince, comme on l'en menaçait, je savais qu'il avait mesuré toute la gravité de la situation mais réalisé, tout d'un coup, qu'il venait de signer l'acte de capitulation sans avoir reçu un coup de canon, pas même une égratignure. Seulement des menaces. L'une des conséquences évidentes est que l'ancienne armée devait faire place à la nouvelle. C'était aussi simple que cela et les évènements survenus au quartier général de la police du Cap-Haïtien allaient illustrer à cette assertion : Quand vous laissez entrer votre rival dans votre demeure, vous dégagez. Sinon !!! Suite au retour du président Aristide et à la démobilisation des Forces armées d'Haïti qui s'ensuivit, les opérations de déchoukaj ont repris de plus belle sur presque toute l'étendue du territoire, comme aux plus beaux jours. C'est que les différentes armées et missions d'occupation ont toujours répété à qui veut l'entendre que les forces étrangères présentes sur le terrain n'avaient pas pour mission de protéger les Haïtiens encore moins d'interférer dans leurs différends et conflits. Seulement de s'interposer. Et ils ont tenu parole. C'est leur mandat encore aujourd'hui, je pense. Les seules fois que j'ai eu conscience de leur intervention, ce furent pour empêcher que le président Aristide ne s'octroie une prolongation de son mandat en 1995 et exiger la tenue des élections de 2010 sous le mandat du président Préval. Les autres fois, des concours de circonstances ou de petits gestes ou exercices de cooptation des autorités constituées avaient suffi pour leur accorder, sur un plateau d'argent, tout ce qu'elles souhaitaient obtenir. Pourquoi toutes ces polémiques autour des Duvalier et d'Aristide ? Il faut en débattre parce que nos chers anciens présidents, en l'occurrence, François et Jean-Claude Duvalier d'un côté et Jean-Bertrand Aristide, de l'autre, représentent les deux faces de la même médaille. Ils incarnent, chacun à leur manière, le projet d'émancipation manquée des masses haïtiennes après la révolution de 1946. Ce sont deux moments importants de notre histoire de peuple qui ont eu le même objectif, choisi le même itinéraire, appliqué les mêmes méthodes pour, finalement et malheureusement, donner le même résultat : la déconstruction du pays, le naufrage du bateau haïtien. Rappelez-vous le «Naje pou sòti» du président Préval ! Nous devons en parler parce que nous avons réalisé que ni Duvalier, ni Aristide ne sont parvenus à prendre conscience de leur état propre, ni de celui du pays et du peuple. Ils vivent dans un état intermédiaire qui les retient coupés de la réalité des choses terre à terre. Ce n'est pas qu'ils s'en moquent. Ils n'en ont aucune conscience. Nous devons nous en inquiéter et le faire savoir parce que ni Duvalier, ni Aristide n'ont démontré, à ce jour, un quelconque capacité de s'ajuster en fonction des profondes mutations qui se sont opérées dans le monde et des réalités existentielles haïtiennes qui ont transformé l'environnement immédiat dans lequel ils sont revenus vivre. Beaucoup de choses ont changé ! Haïti, aujourd'hui, accueille des sommets de chefs d'État et de gouvernement de la Caraïbe et des Amériques. C'est une transformation majeure de notre image qui mérite d'être encouragée et non d'être banalisée. Nous nous devons de le leur rappeler parce que ni Duvalier, ni Aristide ne veulent accepter le principe de la nécessité du changement de paradigmes entre les gouvernants et les gouvernés, en particulier, du principe de la reddition des comptes, même quand on n'a pas été comptable des deniers publics. Nous sommes plusieurs à penser que leur position et leur fonction passées, l'immense popularité dont ils ont joui à un moment de leur présidence, la fin brutale de leur mandat, la mise à sac de leur demeures respectives et tant d'autres aléas et vicissitudes qui ont marqué leur vie auraient dû les interpeller et les préparer à avoir une nouvelle approche de la réalité haïtienne contemporaine. Peine est de constater, qu'il n'en est rien. Ni pour l'un ni pour l'autre ! Ni chez l'un, ni chez l'autre ! Comment ont-ils pu croire, en effet, qu'ils vont continuer à jouir des privilèges et prérogatives d'anciens présidents sans être disposés à payer la plus petite contrepartie qui est, en cet instant précis de notre vie de peuple, de descendre de leur piédestal. La démystification du statut des détenteurs du pouvoir d'État fait partie du cahier de charges du peuple revendicatif. Elle s'adresse aussi à eux. L'heure est venue pour eux de nous démontrer qu'ils sont prêts à se conformer aux exigences de notre démocratie naissante. S'il y a mandat de comparution devant un juge, le minimum que nous attendons de quiconque, qu'il s'appelle Duvalier ou Aristide, est qu'il se présente le plus humblement du monde pour y répondre. Ces tentatives maladroites de nous distraire pour échapper à la justice constituent de très mauvais précédents pour la construction de l'État de droit que nous appelons tous de nos voeux. Point n'est besoin d'entrer dans le débat sur le fond des choses reprochées à nos anciens présidents, il faut qu'ils se conforment à la procédure. Or, le minimum est qu'ils répondent à toutes les convocations qui leur sont régulièrement signifiées. «Anything less is unacceptable»
samedi 9 mars 2013
POURQUOI LES FEMMES SONT AU COEUR DE LA POLITIQUE ETRANGERE AMERICAINE
Pourquoi les femmes sont au cœur de la politique étrangère américaine -
vendredi 8 mars 2013 -
Par John Kerry * -
Soumis à AlterPresse le 7 mars 2013 -
Au cours de ma première semaine en tant que secrétaire d’État des États-Unis, j’ai eu l’honneur de m’entretenir avec un groupe de femmes courageuses de la Birmanie. Deux d’entre elles étaient des anciennes prisonnières politiques, et bien qu’elles aient connu des difficultés incroyables dans leur vie, chacune d’entre elles était déterminée à aller de l’avant - lutter pour l’enseignement et la formation des filles, pour des emplois pour les chômeurs et pour une plus grande participation de la société civile. Je n’ai aucun doute qu’elles continueront à être des agents puissants du changement, apportant le progrès à leurs communautés et à leur pays dans les années à venir.
Ce sont des faits comme ceux-ci qui nous rappellent pourquoi il est si vital que les États-Unis continuent à travailler avec les gouvernements, les organisations et les individus dans le monde entier pour protéger et promouvoir les droits des femmes et des filles. Après tout, comme dans notre propre pays, les problèmes économiques, sociaux et politiques les plus pressants du monde ne peuvent tout simplement pas être résolus sans la pleine participation des femmes.
Selon le Forum économique mondial, les pays où les hommes et les femmes sont près d’avoir des droits égaux sont plus compétitifs économiquement que ceux où le fossé entre les genres ne procure aux femmes et aux jeunes filles qu’un accès limité ou inexistant aux soins médicaux, à l’éducation, aux postes électifs et au commerce. De même, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture estime que si les agricultrices avaient le même accès aux semences, aux engrais et à la technologie que les hommes, elles pourraient réduire le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde de 100 millions à 150 millions.
Pourtant, dans de trop nombreuses sociétés et dans de trop nombreux foyers, les femmes et les filles sont encore sous-estimées, privées de possibilités d’aller à l’école et forcées dans des mariages précoces. Trop de vies ont été perdues ou ruinées par la violence sexospécifique. En tant que père de deux filles, je ne peux pas imaginer la douleur éprouvée par les parents de la jeune femme connue sous le nom de « Nirbhaya », une étudiante en médecine âgée de 23 ans assassinée dans un bus à New Delhi simplement parce qu’elle était une femme, ou l’angoisse ressentie par les parents de Malala Yousafzai, la jeune fille Pakistanaise blessée par balles par des extrémistes alors qu’elle était elle aussi à bord d’un bus, simplement pour le fait de vouloir aller à l’école. Mais je suis inspiré par l’engagement inébranlable de Malala à sa cause, par la détermination de Nirbhaya, alors qu’elle était sur le point de mourir, de traduire ses agresseurs en justice, et par le courage de leurs pères, en s’exprimant au nom de leurs filles et des femmes partout dans le monde.
Aucun pays ne peut avancer s’il laisse la moitié de sa population derrière. C’est pour cette raison qu’aux États-Unis l’égalité des genres est essentielle à nos objectifs communs de prospérité, de stabilité et de paix, et c’est aussi pourquoi investir dans les femmes et les filles du monde entier est essentiel pour faire avancer la politique étrangère américaine.
Nous investissons dans la formation et le mentorat des femmes entrepreneurs afin qu’elles puissent non seulement prendre soin de leurs propres familles, mais aussi pour qu’elles puissent contribuer à la croissance des économies de leurs pays. Nous investissons dans l’éducation des filles afin qu’elles puissent échapper à un mariage précoce forcé, briser le cycle de la pauvreté et devenir des leaders communautaires et des citoyennes engagées. Améliorer l’éducation des filles et des femmes et leur accès aux ressources améliore également la santé et l’éducation de la prochaine génération.
Nous collaborons avec des partenaires du monde entier afin d’améliorer le niveau de santé maternelle, afin de permettre aux agricultrices de devenir plus autonomes, et afin de prévenir et d’enrailler la violence sexospécifique parce que toutes les sociétés bénéficient du fait que les femmes soient en bonne santé, en sécurité et qu’elles puissent contribuer par leur travail, leur leadership et leur créativité à l’économie mondiale. Les diplomates américains, partout dans le monde, travaillent afin d’intégrer pleinement les femmes dans les négociations de paix et dans les efforts de sécurité, car les expériences, les préoccupations et les idées introduites par les femmes peuvent aider à prévenir de futurs conflits et à construire une paix plus durable.
Aujourd’hui, la Journée internationale de la femme est une journée de célébration. C’est aussi un jour où chacun de nous doit s’engager à nouveau, pour mettre fin à l’inégalité qui empêche le progrès dans tous les coins du monde. Nous pouvons et nous devons nous engager à cela afin que chacune de nos filles puisse prendre le bus à l’école sans crainte, que chacune de nos sœurs puisse réaliser son énorme potentiel et que chaque femme et chaque fille puisse vivre sa vie à la hauteur de son plein potentiel.
* Secrétaire d’État américain
mercredi 6 mars 2013
HOMMAGE A HUGO RAFAEL CHAVEZ FRIAS
« Il y a des noms qui sonnent comme un manifeste. » avait dit Léopold Sedar Senghor. Hugo Chavez était et est un manifeste. Élu à la Première Magistrature Suprême de son pays en 1999, il a tenu ses promesses d’élection en améliorant le sort des masses défavorisées du Venezuela. Il a utilisé toutes les ressources de son pays pour réduire le taux de pauvreté et d’analphabétisme. Il a non seulement changé la face du Venezuela mais aussi celle de l’Amérique Latine. Il était l’homme le plus démonisé de la planète. Par sa politique, il a réduit l’influence des grandes puissances dans cette partie du monde. Venezuela n’était pas l’ami d’Haïti (je ris dans mon for intérieur quand les gens accouchent cette idiotie « les amis d’Haïti » dans leur analyse, texte, ou article. Un pays a des intérêts permanents selon un ancien président des Etats-Unis. Venezuela était avec Hugo Chavez une nation sœur et reconnaissante. Le président vénézuélien connaissait l’histoire de son pays. Il était au courant qu’à Bolivar, qui avec insistance lui demandait comment lui manifester sa reconnaissance, Pétion répondit : « En abolissant l'esclavage dans tous les territoires qui tomberont sous votre domination. » (Extrait des Archives du « Le Monde Diplomatique, Mai 1957, René Jeanty). Hugo Chavez faisait tout ce qui était en son pouvoir pour aider les soi-disant leaders d’Haïti à améliorer à leur tour le sort de leurs compatriotes. Il a mis à la disposition d’Haïti des fonds à travers le « Petro-Caribe. » Mais les hommes au pouvoir d’Haïti ont fait disparaitre ces fonds avec une efficacité et une dextérité qui ont même fait rougir les « boss » de la Mafia Internationale. Les leaders Haïtiens, peut-on observer durant toute l’histoire de ce pays, n’ont jamais raté une occasion pour manquer une opportunité. Venezuela a perdu un symbole, un nationaliste farouche, et un défenseur des pauvres, Haïti a perdu l’un des rares chefs d’Etat qui professait une admiration et un respect profonds pour la Nation Haïtienne. Que la terre lui soit légère !
LeGrand Parisien Salvant, MBA
West Palm Beach, Florida
mardi 5 mars 2013
HUGO CHAVEZ, UN HOMME DIFFAME
Hugo Chavez, un homme diffamé
Le Monde.fr | 04.10.2012 à 16h15 • Mis à jour le 05.10.2012 à 11h29 Par Jean-Luc Mélenchon, député européen ; Ignacio Ramonet, essayiste et journaliste
Hugo Chavez et Jean-Luc Mélenchon, à la clôture du Forum de Sao Paolo, à Caracas, le 6 juillet 2012.
Hugo Chavez est sans doute le chef d'Etat le plus diffamé du monde. À l'approche de l'élection présidentielle au Venezuela, le 7 octobre, ces diffamations redoublent d'ignominie. Tant à Caracas qu'en France. Elles témoignent du désespoir des adversaires de la révolution bolivarienne devant la perspective (que les sondages semblent confirmer) d'une nouvelle victoire électorale de Chavez. Un dirigeant politique doit être jugé sur ses actes, et non sur les rumeurs colportées contre lui. Les candidats font des promesses pour se faire élire ; rares sont ceux qui, une fois élus, les tiennent. Dès le début, la promesse électorale de Chavez a été claire : travailler au profit de ceux, majoritaires dans son pays, qui vivaient dans la pauvreté. Et il a tenu parole.
C'est le moment de rappeler ce qui est vraiment en jeu dans cette élection au moment où le peuple vénézuélien va voter. Le Venezuela est un pays très riche en raison des fabuleux trésors de son sous-sol, en particulier les hydrocarbures. Mais presque toutes ces richesses étaient accaparées par les élites dirigeantes et des entreprises multinationales. Jusqu'en 1999, le peuple n'en recevait que des miettes. Les gouvernements successifs, démocrates-chrétiens ou sociaux-démocrates, corrompus et soumis aux marchés, privatisaient à tout va. Plus de la moitié des Vénézuéliens vivait sous le seuil de pauvreté (70,8% en 1996). Chavez a placé la volonté politique au poste de commande. Il a mis les marchés au pas et stoppé l'offensive néolibérale puis, grâce à l'implication populaire, il a permis à l'Etat de se réapproprier les secteurs stratégiques de l'économie. Il a recouvré la souveraineté nationale. Et a ensuite procédé à une redistribution de la richesse au profit des services publics et des laissés pour compte.
UN ÎLOT DE RESISTANCE DE GAUCHE AU NEOLIBERALISME
Politiques sociales, investissements publics, nationalisations, réforme agraire, plein emploi, salaire minimum, impératifs écologiques, accès au logement, droit à la santé, à l'éducation, à la retraite... Chavez s'est également attaché à la construction d'un Etat moderne. Il a mis sur pied une ambitieuse politique d'aménagement du territoire: routes, chemins de fer, ports, barrages, gazoducs, oléoducs. En matière de politique étrangère, il a misé sur l'intégration latino-américaine et privilégié les axes Sud-Sud, tout en imposant aux Etats-Unis des relations fondées sur le respect mutuel... L'élan du Venezuela a entrainé une véritable vague de révolutions progressistes en Amérique latine, faisant désormais de ce continent un exemplaire îlot de résistance de gauche contre les ravages du néolibéralisme. Un tel ouragan de changements a complètement chamboulé les structures traditionnelles de pouvoir au Venezuela et entrainé la refondation d'une société jusqu'alors hiérarchique, verticale, élitaire. Cela ne pouvait lui valoir que la haine des classes dominantes, convaincues d'être les propriétaires légitimes du pays. Avec leurs amis protecteurs de Washington, ce sont elles qui financent les grandes campagnes de diffamation contre Chavez. Elles sont allé jusqu'à organiser - en alliance avec les grands médias qu'elles possèdent - un coup d'Etat le 11 avril 2002. Ces campagnes se poursuivent aujourd'hui et certains secteurs politiques et médiatiques européens les reprennent en chœur. La répétition étant - hélas - considérée comme une démonstration, des esprits simples en viennent à croire que Hugo Chavez incarnerait "un régime dictatorial où il n'y a pas de liberté d'expression".
Mais les faits sont têtus. A-t-on déjà vu un " régime dictatorial " élargir le périmètre de la démocratie au lieu de le restreindre ? Et donner le droit de vote à des millions de personnes dépourvues jusque là de carte d'électeur? Les élections au Venezuela n'avaient lieu que tous les quatre ans, Chavez en organise plus d'une par an (14 en 13 ans). Dans des conditions de légalité démocratique reconnues par l'ONU, l'Union européenne, l'Organisation des Etats américains, le Centre Carter, etc. Chavez démontre qu'on peut construire le socialisme dans la liberté et la démocratie. Il en fait même une condition du processus de transformation sociale. Il a prouvé son respect du verdict populaire en renonçant à une réforme constitutionnelle refusée par les électeurs lors d'un référendum en 2007. Ce n'est pas un hasard si la Foundation for Democratic Advancement (FDA), du Canada, dans une étude publiée en 2011, situe désormais le Venezuela en tête du classement des pays qui respectent la justice électorale . Le gouvernement d'Hugo Chavez consacre 43,2% du budget aux politiques sociales. Résultat: le taux de mortalité infantile a été divisé par deux. L'analphabétisme éradiqué. Le nombre de professeurs des écoles multiplié par cinq (de 65 000 à 350 000). Le pays détient le coefficient de Gini (qui mesure les inégalités) le plus performant d'Amérique latine. Dans son rapport de janvier 2012, la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC, un organisme de l'ONU) établit que le Venezuela est le pays sud-américain - avec l'Equateur -, qui, entre 1996 et 2010, a le plus réduit le taux de pauvreté. Enfin l'institut américain de sondages Gallup classe le pays d'Hugo Chavez, 6e nation "la plus heureuse du monde".
Le plus scandaleux, dans l'actuelle campagne de diffamation, c'est de prétendre que la liberté d'expression serait bridée au Venezuela. La vérité c'est que le secteur privé, hostile à Chavez, y contrôle largement les médias. Chacun peut le vérifier. Sur 111 chaînes de télévision, 61 sont privées, 37 communautaires et 13 publiques. Avec cette particularité que la part d'audience des chaînes publiques n'est que de 5,4%, celle des privées dépassant les 61% ... Même chose pour la radio. Et 80% de la presse écrite sont contrôlés par l'opposition ; les deux quotidiens les plus influents - El Universal, El Nacional - étant hostiles au gouvernement. Tout est, certes, loin d'être parfait dans le Venezuela bolivarien. Où existe-t-il un régime parfait ? Mais rien ne justifie ces campagnes de mensonges et de haine. Le nouveau Venezuela est la pointe avancée de la vague démocratique qui a balayé les régimes oligarchique de neuf pays dès le lendemain de la chute du mur de Berlin quand d'aucuns annonçait "la fin de l'histoire" et "le choc des civilisations" comme seuls horizons pour l'humanité. Le Venezuela bolivarien est une source d'inspiration où nous puisons sans aveuglement ni naïveté. Mais avec la fierté d'être du bon côté de la barricade et de réserver nos coups à l'empire malfaisant des Etats Unis et de ses vitrines si chèrement protégées au Proche-Orient et partout où règnent l'argent et les privilèges. Pourquoi ses adversaires en veulent-ils tant à Chavez ? Sans doute parce que, tel Bolivar, il a su arracher son peuple à la résignation. Et lui donner l'appétit de l'impossible.
Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche, député européen ; Ignacio Ramonet, président de l'association Mémoire des luttes, président d'honneur d'Attac.
Jean-Luc Mélenchon, député européen ; Ignacio Ramonet, essayiste et journaliste
samedi 23 février 2013
ACTUALITES POLITIQUES: GRANDES LIGNES
Thèmes de l’Émission de la semaine -
Orlando le 22 février, 2013 -
Actualités Politiques : Grandes Lignes – ROBERT BENODIN -
Certes, comparé à l’énorme accumulation d’innombrables crises non-résolues qui gruge ce pays depuis 55 ans, l’incident d’exclusion de groupe musical du cortège carnavalesque du Cap-Haitien, paraît insignifiant et banal. Cependant, il y a des signes et des indices déjà vus et vécus, qui ne trompent pas. Qui fait revenir à la mémoire collective des réminiscences définitivement inquiétantes, quand on comprend ce qui sous-tend ces impulsions et leurs conséquences. Il y a des mises en garde avec un certain ton, avec une certaine expression d’autorité, qui dévoilent clairement, certains penchants, certains réflexes tendancieux. La réaction musclée de Martelly, corrobore avec éloquence le fait que ses mesures draconiennes de censure révèlent et montrent que la critique a sans aucun doute atteint sa cible, dénonçant les lacunes du gouvernement. Il y a de fait, un ras-le-bol, qui s’exprime clairement à travers la lyrique de ces méringues carnavalesques. Elles sont l’expression rythmée et répétitive à travers le refrain, articulant et ponctuant une frustration générale qui n’est pas des moindres. Musicien de profession et un peu egocentrique, devenu chef d’état, croit-il puérilement que tous musiciens devraient éprouver envers lui un sentiment de loyauté collective inébranlable ? Pris de cours et à rebrousse-poil dans son propre domaine, la musique, Martelly a mal réagi, laissant libre cours à ses réflexes autoritaires, qui n’est qu’un aveu incontestable de sa désillusion ! Intervenu trop tard, après que la liste des participants ait été dressée. Voilà indubitablement la gaffe qui a provoqué ce scandale. Il lui fallait prévenir, garder ses distances et passer des instructions avant la création de la liste. Timing et tact en politique, sont fondamentaux. On est en train de percevoir un profile inquiétant qui se dégage depuis peu, montrant clairement un chef d’état qui prend graduellement les plis de ses prédécesseurs. Et qui s’y accommode avec aise et confort. De fait, il ne reste que très peu, qui peut encore le distinguer de ses prédécesseurs. Le réflexe autoritaire s’est définitivement manifesté sans équivoque, particulièrement dans un domaine que Martelly a dominé pendant longtemps, en tant que musicien. Aujourd’hui président, il tient encore à exercer cette dominance d’antan dans un domaine qu’il aurait dû dépasser, vu les circonstances ! Est-ce un cas de fausse conscience ? A-t-il encore des difficultés à prendre conscience que ce ne soit plus, ni sa profession, ni son domaine, ni son rôle ? Malgré les apparences, il paraît n’avoir pas grandi. Après presque 2 ans à la présidence, il est encore en porte-à-faux entre chef d’état et chef de bande ! Où se sent-il le plus à l’aise, ne peut plus être la question ? Dans ces circonstances, on est bien obligé de se rappeler le fait, que ce soit par le biais de la transposition d’une popularité acquise dans le domaine de la musique, en politique, que Martelly ait été catapulté au pouvoir. Comme ce fut le cas, 20 ans plus tôt pour Aristide, dont la popularité acquise dans la prêtrise, a été transposée en politique, en guise de légitimité politique ! Cependant, il faut bien se rappeler que ce soit l’Eglise qui a dû rompre avec Aristide, et non l’inverse. S’attacher au point d’ancrage et d’origine qui vous a façonné, où on se sent naturellement plus confortable, est compréhensible. Cependant, il est important d’être conscient quand dans sa vie, on a l’exceptionnelle opportunité de faire un tel saut qualitatif, de ne pas retourner en arrière, où on se sent plus confortable. Il faut embrasser le présent dans sa totalité et dans toutes ses nuances. Devenir le nouveau personnage que l’on est, pour arriver à gérer son nouveau rôle avec maestria. Voilà la tâche à laquelle on doit s’adonner corps et âme !
Pour Martelly, la célébration du carnaval dans une grande ville autre que Port-au-Prince, chaque année dans un département différent, est une stratégie politique d’expansion et de maintien de sa popularité (légitimité). C’est aussi l’expression simpliste d’une volonté de décentralisation. Mais, dans son esprit, il est en charge et en contrôle de cette stratégie. Alors que l’organisation du carnaval soit une fonction qui relève exclusivement de la municipalité. Certes c’est lui qui a pris cette décision de célébrer le carnaval dans différentes villes chaque année. Mais il ne lui revient pas pour autant d’en micro-gérer l’exécution ! A la présidence, il faut apprendre et savoir maintenir ses distances et déléguer, bien sûr avec des instructions. Malheureusement cette décision draconienne de censure, après que la municipalité du Cap-Haïtien ait inclus cette bande musicale dans la liste des participants, a mis en exergue le caractère possessif, autoritaire et obstiné de Martelly. Cela démontre aussi un certain crétinisme de sa part, dans sa volonté de micro-gérer les festivités carnavalesques. Même dans un domaine qu’il veut encore garder comme le sien, il n’a pas jugé nécessaire qu’il fallait à l’avance donner à la mairie des instructions bien spécifiques, établissant la liste des participants, pour ne pas avoir de mauvaises surprises, d’une part. Mais d’autre part, être forcé personnellement d’intervenir post-mortem. Il fallait prévenir pour éviter un tel scandale. Gouverner ce n’est pas prévoir ? Il y a un autre aspect important de cet incident qui révèle un point crucial à prendre en considération. Alors que Martelly s’est senti contraint par le besoin de frapper du poing sur la table pour faire valoir la prépondérance de son autorité, en assumant publiquement à la radio, sa décision d’exclusion de groupe musical de la liste des participants au cortège carnavalesque. Ce que cet acte a révélé en outre, avec un peu plus de clarté, est un contraste frappant et édifiant entre deux réalités politiques de deux époques différentes. Cet incident a dévoilé clairement que Martelly n’ait pas encore atteint le niveau de contrôle absolu, ni le niveau de prépondérance d’un pouvoir politique, lui permettant de s’imposer sans effort, par le biais traditionnel de l’internalisation de la peur, à l’instar de ses deux prédécesseurs, Duvalier et Aristide. Si c’était ces deux dictateurs, éprouveraient-ils la nécessité d’aller à la radio personnellement pour déclarer, assumer et renforcer une telle décision ? Absolument pas ! Ils n’auraient qu’à passer l’ordre à un subalterne. Et ce serait non-seulement fait immédiatement, mais automatiquement accepté et entériné dans le silence le plus absolu par toute la société. De plus, en réaction, on aurait ressenti instinctivement l’obligation de s’écarter le plus vite et le plus loin possible de ces exclus pour ne pas être soupçonné de complicité ou de sympathie. Aujourd’hui, avec Martelly, on constate exactement l’effet contraire. On sympathise. On se rapproche des exclus. Mieux on les défend. Or à la lumière de ce contraste, peut-on oser croire, que ce soit seulement une lueur de possibilité d’émancipation ? Ou mieux, que l’on soit enfin sur la voie, prêt à franchir le seuil de l’émancipation de l’ère traditionnelle de l’internalisation de la peur ? Réciproquement, est-ce aussi, parce que Martelly n’ayant jusqu'à présent que l’ambition d’atteindre ce plateau traditionnel, n’est pas encore arrivé à acquérir les moyens d’une telle politique ? Face à l’évidence de ce que l’on est en train de constater, est-il possible d’obvier et de faire obstacle à la possibilité d’un retour probable à la condition traditionnelle d’internalisation de la peur ? Compte tenu des tendances autoritaires que Martelly est en train de montrer manifestement à l’avant-scène politique à chaque opportunité qui s’offre à lui et l’effort qu’il est en train de déployer énergiquement pour y parvenir. Que faire pour prévenir et obvier à cette régression ? C’est une opportunité qu’il ne faut pas seulement saisir, mais empoigner avec vigueur et ténacité !
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